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Transcendant

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1 Algébrique et transcendant
Définition 1.1 z ∈ C est algébrique si et seulement si il existe Z ∈ Q[X]\{0}
tel que Z(z) = 0. De façon évidente, il est équivalent de dire que z ∈ C est
algébrique si et seulement si il existe Z ∈ Z[X]\{0} tel que Z(z) = 0.
Définition 1.2 On dit qu’un complexe z ∈ C est transcendant si et seule-
ment si il n’est pas algébrique.

2 e est transcendant
Proposition 2.1 e est transcendant
Démonstration: On suppose que e est algébrique. D’après la proposi-
tion 4.3, page 12, il existe un polynôme à coefficients entiers Ze ∈ Z[X]\{0}
tel que
Ze (e) = 0 (1)
et
Ze (0) 6= 0 (2)

On fixe dans toute la suite n = deg Ze ∈ N où deg est le degré du polynôme.
On définit alors
(βk )k∈<0,n> ∈ Zn+1
par
n
X
Ze = βk X k
k=0

Soit p ∈ N . On définit τp : C[X] → C[X] par, ∀P ∈ C[X]
X p−1
τp (P ) = P (3)
(p − 1)!
et Qp ∈ Z[X] par

Qp = [(X − 1)(X − 2)...(X − n)]p = (X − 1)p (X − 2)p ...(X − n)p (4)

On utilisera par la suite l’opérateur D : C[X] → C[X], défini par, ∀P ∈ C[X]


deg P
X
D(P ) = P (k) (5)
k=0
+∞
X
= P (k)
k=0
[Link] 2

où, pour tout k ∈ N, on note P (k) la k ième dérivée du polynôme P ∈ C[X]


(par convention, P (0) = P ). Soit enfin k ∈< 1,n >. En prenant, dans les
hypothèses de la proposition 4.4, page 13

P = τp (Qp )

et
α=k
on obtient, d’après (39)
Z 1
k
e D(τp (Qp ))(0) = D(τp (Qp ))(k) + k ek(1−t) τp (Qp )(kt) dt
0

En multipliant par βk puis en sommant sur k ∈< 1,n >, on obtient


Xn n
X
k
D(τp (Qp ))(0).[ βk e ] = βk D(τp (Qp ))(k)
k=1 k=1
n
X Z 1
+ kβk ek(1−t) τp (Qp )(kt) dt (6)
k=1 0

Comme Ze (e) = 0 d’après (1), on a


n
X
βk ek = Ze (e) − Ze (0)
k=1
= −Ze (0)

(6) s’écrit donc également


n
X Z 1
kβk ek(1−t) τp (Qp )(kt) dt = −D(τp (Qp ))(0).Ze (0)
k=1 0
n
X
− βk D(τp (Qp ))(k) (7)
k=1

D’abord, d’après le résultat (42) de la proposition 4.6, page 14, on a

D(τp (Qp ))(0) ∈ Z (8)

Ensuite, comme Ze ∈ Z[X],


Ze (0) ∈ Z (9)
[Link] 3

Enfin, d’après le résultat (44) de la proposition 4.7, page 16, et comme ∀k ∈<
1,n >
βk ∈ Z
on a
n
X
βk D(τp (Qp ))(k) ∈ Z (10)
k=1

En regroupant (8), (9) et (10) dans (7), page 2, on en déduit que


n
X Z 1
kβk ek(1−t) τp (Qp )(kt) dt ∈ Z (11)
k=1 0

Or, d’après le résultat (46) de la proposition 4.8, page 17


n
X Z 1
kβk ek(1−t) τp (Qp )(kt) dt → 0
0 p→+∞
k=1

Cette convergence a lieu dans Z d’après (11), donc il existe p0 ∈ N∗ tel


que ∀p ∈ N∗ , p ≥ p0
n
X Z 1
kβk ek(1−t) τp (Qp )(kt) dt = 0 (12)
k=1 0

Ainsi, ∀p ∈ N∗ , p ≥ p0 , (7) s’écrit


n
X
− D(τp (Qp ))(0).Ze (0) = βk D(τp (Qp ))(k) (13)
k=1

D’après le résultat (45) de la proposition 4.7, page 16, on a


n
X
βk D(τp (Qp ))(k) ≡ 0[p] (14)
k=1

On déduit de (13) et (14) que, ∀p ∈ N∗ , p ≥ p0

− D(τp (Qp ))(0).Ze (0) ≡ 0[p] (15)

Ensuite, d’après le résultat (43) de la proposition 4.6, page 14, on a

D(τp (Qp ))(0) ≡ Qp (0)[p] (16)


[Link] 4

On déduit de (15) et (16) que, ∀p ∈ N∗ , p ≥ p0

− Qp (0).Ze (0) ≡ 0[p] (17)

Par ailleurs, on vérifie aisément que

Qp (0) = [(0 − 1)...(0 − n)]p


= (−1)np (n!)p (18)

On déduit de (17) et (18) que, ∀p ∈ N∗ , p ≥ p0

− (−1)np (n!)p Ze (0) ≡ 0[p] (19)

En appliquant le petit théorème de Fermat, en supposant en outre p pre-


mier, on obtient
(n!)p ≡ n![p] (20)
Comme p est premier, si l’on suppose en outre que p ≥ 3, p est donc impair
et ainsi

(−1)np = ((−1)p )n
= (−1)n (21)

En utilisant (20) et (21) dans (19), page 4, on obtient, ∀p ∈ N∗ , si p premier,


p ≥ max(p0 ,3)

(−1)n+1 n!Ze (0) ≡ 0[p]

donc p divise (−1)n+1 n!Ze (0), qui ne dépend pas de p, pour tout entier pre-
mier tel que p ≥ max(p0 ,3) : nécessairement,

(−1)n+1 n!Ze (0) = 0

Or, n! > 0 et Ze (0) 6= 0 d’après (2), donc

(−1)n+1 n!Ze (0) 6= 0

Ces deux résultats sont incompatibles : l’hypothèse initiale était donc fausse.
e est donc transcendant.

3 Pi est transcendant
Proposition 3.1 π est transcendant
[Link] 5

Démonstration: On raisonne par l’absurde : on suppose que π est algé-


brique. Comme l’ensemble des nombres algébriques est un corps d’après la
proposition 5.24, page 39, et comme i est algébrique de façon évidente (i est
racine de 1 + X 2 ), iπ est algébrique. D’après la définition 4.3, page 12, il
existe un polynôme non nul à coefficients entiers Ziπ ∈ Z[X]\{0} tel que

Ziπ (iπ) = 0

Soit n = deg Ziπ ∈ N∗ . On définit (dj )j∈<0,n> ∈ Zn+1 par


n
X
Ziπ = dj X j
j=0

avec
dn 6= 0
Comme C est algébriquement clos, il existe (ωj )j∈<1,n> ∈ Cn tel que
n
Y
Ziπ = dn (X − ωj )
j=1

Comme Ziπ (iπ) = 0, on note qu’il existe j0 ∈< 1,n > tel que

ωj0 = iπ

d’où
eωj0 = −1
et donc, finalement
n
Y
(1 + eωj ) = 0
j=1

Soit (Lj )j∈<1,2n > les sous-parties, deux à deux distinctes, de < 1,n >. On
pose
X
αj = ωk
k∈Lj

Quitte à renuméroter les parties, on peut supposer qu’il existe M ∈< 0,2n >
tel que, ∀j ∈< 1,M >
αj 6= 0
et ∀j ∈< M + 1,2n >
αj = 0
[Link] 6

On a ainsi
n
Y
(1 + eωj ) = 0
j=1
M
X
= eαj + 2n − M
j=1

d’où
M
X
eαj = M − 2n ∈ Z
j=1

On remarque en outre que, comme ∅ compte parmi les (Lj )j∈<1,2n > , l’un au
moins des (αj )j∈<1,2n > est nul. Ainsi

M < 2n

et donc
M
X
eαj = M − 2n ∈ Z∗ (22)
j=1

On pose alors
Z = dM
n (X − α1 ) . . . (X − αM )

Ce n’est pas évident a priori, mais Z est un polynôme à coefficients entiers


d’après la proposition 4.12, page 20, dans laquelle on a choisi A = Z. On a
en outre
YM
M M
Z(0) = (−1) dn αj
j=1

donc
Z(0) 6= 0 (23)
∀p ∈ N∗ , on définit Gp ∈ C[X] par

Gp = τp (dp−1 p
n Z ) (24)

avec τp défini, comme en (3), page 1, par, ∀P ∈ C[X]

X p−1
τp (P ) = P
(p − 1)!
[Link] 7

On utilise à nouveau l’opérateur D : C[X] → C[X], introduit en (5), page 1,


et défini par, ∀P ∈ C[X]
deg P
X
D(P ) = P (k)
k=0

Soit enfin k ∈< 1,M >. En choisissant, dans la proposition 4.4, page 13

P = Gp

et
α = αk
on obtient, d’après (39)
Z 1
αk
e .D(Gp )(0) = D(Gp )(αk ) + αk eαk (1−t) Gp (αk t) dt
0

En sommant sur k ∈< 1,M >, on obtient

XM M
X
D(Gp )(0).[ eαk ] = D(Gp )(αk )
k=1 k=1
XM Z 1
+ αk eαk (1−t) Gp (αk t) dt (25)
k=1 0

D’après le résultat (51) de la proposition 4.13, page 22


M
X
D(Gp )(αk ) ∈ Z (26)
k=1

D’après le résultat (42) de la proposition 4.6, page 14, en prenant Q = dp−1


n Z
p

dans les hypothèses, on a

D(τp (dp−1 p
n Z ))(0) ∈ Z

Or, d’après (24)

Gp = τp (dp−1 p
n Z )

donc

D(Gp )(0) ∈ Z (27)


[Link] 8

Ensuite, d’après (22), on a


M
X
eαj ∈ Z∗ (28)
j=1

Enfin, d’après (25)


M
X Z 1 M
X M
X
αk (1−t)
αk e Gp (αk t) dt = D(Gp )(αk ) − D(Gp )(0).[ eαk ]
k=1 0 k=1 k=1

donc, d’après (26), (27) et (28)


M
X Z 1
αk eαk (1−t) Gp (αk t) dt ∈ Z
k=1 0

Or, d’après la proposition 4.14, page 25, on a


M
X Z 1
αk eαk (1−t) Gp (αk t) dt → 0
0 p→+∞
k=1

Cette convergence a donc lieu dans Z : il existe p0 ∈ N tel que, ∀p ∈ N∗ ,


p ≥ p0
M
X Z 1
αk eαk (1−t) Gp (αk t) dt = 0 (29)
k=1 0

donc, d’après (25), ∀p ∈ N∗ , p ≥ p0

XM M
X
D(Gp )(0).[ eαk ] = D(Gp )(αk )
k=1 k=1

qui s’écrit aussi, d’après (22),


M
X
n
(M − 2 )D(Gp )(0) = D(Gp )(αk ) (30)
k=1

D’après le résultat (52) de la proposition 4.13, page 22, on a également


M
X
D(Gp )(αk ) ≡ 0[p] (31)
k=1
[Link] 9

On déduit de (30) et (31) que, ∀p ∈ N∗ , p ≥ p0

(M − 2n )D(Gp )(0) ≡ 0[p] (32)

Ensuite, d’après le résultat (42) de la proposition 4.6, page 14, en prenant Q =


dp−1 p
n Z dans les hypothèses, et en se souvenant que

Gp = τp (dp−1 p
n Z )

on a

D(Gp )(0) ≡ dp−1 p


n Z (0)[p] (33)

On déduit de (32) et (33) que, ∀p ∈ N∗ , p ≥ p0

dp−1 n p
n (M − 2 )Z (0) ≡ 0[p] (34)

Si l’on suppose de plus que p est premier et strictement supérieur à dn , donc


premier avec dn , d’après le petit théorème de Fermat

dp−1
n ≡ 1[p] (35)

et
Z p (0) ≡ Z(0)[p] (36)
En utilisant (35) et (36) dans (34), on obtient alors

(M − 2n )Z(0) ≡ 0[p] (37)

p divise donc (M − 2n )Z(0), qui ne dépend pas de p, pour tout p premier


strictement supérieur à max(p0 ,dn ) : nécessairement,

Z(0)(M − 2n ) = 0

Or (M − 2n ) 6= 0 d’après (22) et Z(0) 6= 0 d’après (23), donc

Z(0)(M − 2n ) 6= 0

Ces deux résultats sont contradictoires. On a donc montré par l’absurde que π
est transcendant.
[Link] 10

4 Résultats propres à la démonstration


4.1 Résultats communs aux deux démonstrations
Définition 4.1 Soit A un anneau inclus dans C. On appelle clôture algébri-
que de A dans C l’ensemble des racines des polynômes à coefficients dans A.
On la note, dans ce document, A.

Définition 4.2 Soit A un anneau inclus dans C. On dit que z ∈ C est A-


algébrique si et seulement si il existe Z ∈ A[X]\{0} tel que Z(z) = 0. Ainsi,
d’après la définition 1.1, page 1, z ∈ C est algébrique si et seulement si il est
Z-algébrique ou encore si et seulement si il est Q-algébrique.

Définition 4.3 On appelle polynôme unitaire tout polynôme de C[X] non


nul dont le coefficient du terme dominant est égal à 1.

Proposition et définition 4.1 Soit K un sous-corps de C. Soit x ∈ C∗


un nombre K-algébrique au sens de la définition 4.2 précédente, un corps
étant en particulier un anneau. Il existe un unique polynôme unitaire (cf.
définition 4.3) noté Ux ∈ K[X] de degré minimal tel que

Ux (x) = 0

En outre, Ux est irréductible dans K[X], et Ux (0) 6= 0.

Démonstration de la proposition 4.1: L’existence d’un polynôme P ∈


K[X] de degré minimal dont x est racine est évidente. On remarque alors que
s’il existait (A,B) ∈ (K[X])2 tel que P = AB avec deg A ≥ 1 et deg B ≥ 1
alors on aurait
A(x) = 0 avec deg A < deg P
ou
B(x) = 0 avec deg B < deg P
ce qui est impossible, deg P étant minimal par hypothèse. Donc P est ir-
réductible dans K[X]. A présent, en divisant P par le coefficient de son
terme dominant, on obtient un polynôme unitaire (et toujours irréductible
dans K[X], évidemment) dont x est racine.
Soit (P,Q) ∈ (K[X])2 unitaires de degrés minimaux dont x est racine. On
a
deg P ≤ deg Q
et
deg Q ≤ deg P
[Link] 11

donc
deg Q = deg P
On pose alors n = deg P = deg Q ∈ N∗ . Comme P et Q sont en outre
unitaires, leur terme dominant est égal à X n . Ainsi,

deg(P − Q) < n

Par ailleurs,
(P − Q)(x) = P (x) − Q(x) = 0
Si P − Q 6= 0, en divisant P − Q par le coefficient de son terme dominant,
on obtient un polynôme unitaire de degré strictement inférieur à n dont x
est racine : c’est impossible, P et Q étant de dégré minimal, égal à n. Donc
P − Q = 0, d’où l’unicité. Enfin, soit U est un polynôme de K[X] de degré
minimal dont x est racine. Si l’on avait

U (x) = 0

alors il existerait un polynôme V ∈ K[X] tel que

U = X.V

Comme x 6= 0, on aurait donc

V (x) = 0

avec
deg V < deg U
C’est impossible, U étant de degré minimal. Donc

U (x) 6= 0

Proposition et définition 4.2 Soit x ∈ C algébrique, au sens de la défini-


tion 1.1, page 1. Si Ux est défini par 4.1 dans le cas où K = Q, alors

{n ∈ N∗ |nUx ∈ Z[X]}

est un sous-ensemble non vide de N∗ . On définit alors la fonction d sur


l’ensemble de nombres algébriques Q par, ∀x ∈ Q,

d(x) = min{n ∈ N∗ |nUx ∈ Z[X]} (38)


[Link] 12

Démonstration de la proposition 4.2: Ux est un polynôme à coeffi-


cients dans Q. Il existe (αk ,βk )k∈<0, deg Ux > ∈ (Z × N∗ )deg Ux +1 tels que
deg Ux
X αk
Ux = Xk
k=0
βk

alors
deg Ux
Y
m= βk ∈ N∗
k=0

et mUx ∈ Z[X] : l’ensemble {n ∈ N |nUx ∈ Z[X]} est donc non vide. Il admet
donc un minimum unique. d(x) est donc parfaitement définie sur Q.
Proposition et définition 4.3 ∀x ∈ C algébrique, au sens de la défini-
tion 1.1, page 1, on définit le polynôme Zx par

Zx = d(x)Ux

avec Ux défini par la définition 4.1 et d définie par la définition 4.2. Alors

Zx ∈ Z[X]

Zx (x) = 0
et
Zx (0) 6= 0
Démonstration de la proposition 4.3: On a

d(x) = min{n ∈ N∗ |nUx ∈ Z[X]}

donc, en particulier,

d(x) ∈ {n ∈ N∗ |nUx ∈ Z[X]}

donc
Zx = d(x)Ux ∈ Z[X]
Par ailleurs
Zx (x) = d(x)Ux (x) = 0
et
Zx (0) = d(x)Ux (0)
avec d(x) 6= 0 et Ux (0) 6= 0. Donc

Zx (0) 6= 0
[Link] 13

Définition 4.4 On définit l’opérateur D : C[X] → C[X] par, ∀P ∈ C[X]


deg P
X
D(P ) = P (k)
k=0
+∞
X
= P (k)
k=0

Proposition 4.4 ∀P ∈ C[X], ∀α ∈ C


Z 1
α
e D(P )(0) = D(P )(α) + α eα(1−t) P (αt) dt (39)
0

Démonstration: Soit f une fonction holomorphe (i.e. dérivable dans C)


sur C: ∀α ∈ C, on a, par intégration par parties
Z 1 Z 1
1
α(1−t)
eα(1−t) αf 0 (αt) dt
 α(1−t)
αe f (αt) dt = −e f (αt) 0 +
0
Z 10
= eα f (0) − f (α) + αeα(1−t) f 0 (αt) dt (40)
0

Soit k ∈ N. Soit P ∈ C[X]. Comme P (k) est un polynôme, u 7→ P (k) (u) est
évidemment une fonction holomorphe. D’après (40)
Z 1 Z 1
α(1−t) (k) α (k) (k)
αe P (αt) dt = e P (0) − P (α) + αeα(1−t) P (k+1) (αt) dt
0 0

En sommant sur k ∈< 0, deg P >


deg P Z 1 deg P deg P
X X X
α(1−t) (k) α (k)
αe P (αt) dt = e P (0) − P (k) (α)
k=0 0 k=0 k=0
deg P 1
XZ
+ αeα(1−t) P (k+1) (αt) dt
k=0 0
deg P Z 1
0
X
= αeα(1−t) P (k ) (αt) dt + eα D(P )(0) − D(P )(α)
k0 =1 0
Z 1
+ αeα(1−t) P (deg P +1) (αt) dt
0

Après simplification et en remarquant que P (deg P +1) = 0.


Z 1
α eα(1−t) P (αt) dt = eα D(P )(0) − D(P )(α)
0
[Link] 14

d’où (39).
Définition 4.5 Soit p ∈ N∗ . On définit τp : C[X] → C[X] par, ∀P ∈ C[X]

X p−1
τp (P ) = P
(p − 1)!
Proposition 4.5 Soit τ l’opérateur défini par la définition 4.5. Soit p ∈ N∗ .
Soit D l’opérateur défini par la définition 4.4 et τp défini par la définition 4.5.
On a, ∀Q ∈ C[X],
p−1 +∞
X X p−1−j X j
D(τp (Q)) = C Q(k) (41)
j=0
(p − 1 − j)! k=0 k+j

Démonstration:
+∞ X
k
dj X p−1
X  
D(τp (Q)) = Cjk Ij≤p−1 Q(k−j)
k=0 j=0
dX j (p − 1)!
+∞ X
k
X X p−1−j
= Cjk Ij≤p−1 Q(k−j)
k=0 j=0
(p − 1 − j)!
+∞ +∞
X X p−1−j X j (k−j)
= Ij≤p−1 C Q
j=0
(p − 1 − j)! k=j k
p−1 +∞
X X p−1−j X j 0
= Ck0 +j Q(k )
j=0
(p − 1 − j)! k0 =0

Proposition 4.6 Soit p ∈ N∗ . Soit D l’opérateur défini par la définition 4.4


et τp défini par la définition 4.5. ∀Q ∈ Z[X]

D(τp (Q))(0) ∈ Z (42)

et
D(τp (Q))(0) ≡ Q(0)[p] (43)
Démonstration: D’après (41)
p−1 +∞
X X p−1−j X j
D(τp (Q)) = C Q(k)
j=0
(p − 1 − j)! k=0 k+j
p−2
+∞ +∞
!
X X X p−2−j X j
= Cp−1
k+p−1 Q
(k)
+X Ck+j Q(k)
k=0 j=0
(p − 1 − j)! k=0
[Link] 15

donc
+∞
X
D(τp (Q))(0) = Cp−1 (k)
k+p−1 Q (0)
k=0

On en déduit que D(τp (Q))(0) ∈ Z.


Par ailleurs, par hypothèse, il existe (αk )k∈<0, deg Q> ∈ Zdeg Q+1 tels que
deg Q
X
Q= αk X k
k=0

+∞
X
D(τp (Q))(0) = Cp−1 (k)
k+p−1 Q (0)
k=0
deg Q
X (k + p − 1)!
= k!αk
k=0
k!(p − 1)!
deg Q
X (k + p − 1)!
= αk
k=0
(p − 1)!

Or, ∀k ≥ 1, p ≤ k + p − 1 donc

p! divise (k + p − 1)!

donc
(k + p − 1)!
p divise
(p − 1)!
d’où
deg Q
X (k + p − 1)!
p divise αk
k=1
(p − 1)!
Ainsi
D(τp (Q))(0) ≡ α0 [p]
Comme α0 = Q(0)
D(τp (Q))(0) ≡ Q(0)[p]

4.2 Transcendance de e
Définition 4.6 Soit (n,p) ∈ (N∗ )2 . On définit Qn,p ∈ Z[X] par

Qn,p = [(X − 1)(X − 2)...(X − n)]p = (X − 1)p (X − 2)p ...(X − n)p


[Link] 16

Proposition 4.7 Soit p ∈ N∗ . Soit D l’opérateur défini par la définition 4.4


et τp défini par la définition 4.5. ∀n ∈ N∗ , ∀l ∈< 1,n >,
D(τp (Qn,p ))(l) ∈ Z (44)
et
D(τp (Qn,p ))(l) ≡ 0[p] (45)
Démonstration: D’après (41), ∀(n,p) ∈ (N∗ )2
p−1 np
X X p−1−j X j dk
D(τp (Qn,p )) = Ck+j ((X − 1)p ...(X − n)p )
j=0
(p − 1 − j)! k=0 dX k

∀k ∈< 0,np >, on pose


dk
Vk,p = ((X − 1)p ...(X − n)p )
dX k
n
X k! Y dim
= (X − m)p
i1 !...in ! m=1 dX im
(i1 ,...,in )∈<0,p>n
i1 +...+in =k
n
X k! Y p!
= (X − m)p−im
i1 !...in ! m=1 (p − im )!
(i1 ,...,in )∈<0,p>n
i1 +...+in =k

Soit (i1 ,...,in ) ∈< 0,p >n , i1 + ... + in = k. ∀l ∈< 1,n >, si il < p alors
n
Y p!
(l − m)p−im = 0
m=1
(p − i m )!

D’où
n
X k! Y p!
Vk,p (l) = (l − m)p−im
i1 !...in ! m=1 (p − im )!
(i1 ,...,in )∈<0,p>n
i1 +...+in =k
il =p
n
X k! Y p!
= p! (l − m)p−im
i1 !...in ! m=1 (p − im )!
(i1 ,...,in )∈<0,p>n
i1 +...+in =k m6=l
il =p

Ainsi, Vk,p (l) est divisible par p!. On pose


Vk,p (l)
vk,p,l = ∈Z
p!
[Link] 17

p−1 np
X lp−1−j X j
D(τp (Qn,p ))(l) = C Vk,p (l)
j=0
(p − 1 − j)! k=0 k+j
p−1 np
X lp−1−j X j
= C p!vk,p,l
j=0
(p − 1 − j)! k=0 k+j
p−1 np
X lp−1−j X
= p! Cj vk,p,l
j=0
(p − 1 − j)! k=0 k+j
p−1 np
!
X (p − 1)! p−1−j X j
= p l Ck+j vk,p,l
j=0
(p − 1 − j)! k=0

avec
p−1 np
X (p − 1)! p−1−j X j
l Ck+j vk,p,l ∈ Z
j=0
(p − 1 − j)! k=0

d’où les résultats recherchés :

D(τp (Qn,p ))(l) ∈ Z

et

D(τp (Qn,p ))(l) ≡ 0[p]

Proposition 4.8 ∀(n,p) ∈ (N∗ )2 , ∀α ∈ C


Z 1
eα(1−t) τp (Qn,p )(αt) dt → 0 (46)
0 p→+∞

Démonstration:
+∞ Z 1
X +∞ Z
X 1
α(1−t)
| e τp (Qn,p )(αt) dt| ≤ |eα(1−t) |.|τp (Qn,p )(αt)| dt
p=1 0 p=1 0
Z 1 +∞
X
α(1−t)
≤ |e | |τp (Qn,p )(αt)| dt
0 p=1
1 +∞
(|(αt)(αt − 1)...(αt − n)|)
Z X
α(1−t)
≤ |e |.|(αt − 1)...(αt − n)|
0 p=1
(p − 1)!
Z 1
≤ |eα(1−t) |.|(αt − 1)...(αt − n)|e|(αt)(αt−1)...(αt−n)| dt
0
< ∞
[Link] 18

P R1
Donc la série p 0
eα(1−t) τp (Qn,p )(αt) dt est absolument convergente. En
particulier Z 1
eα(1−t) τp (Qn,p )(αt) dt → 0
0 p→+∞

4.3 Transcendance de Pi
Lemme 4.9 Soit A un anneau inclus dans C. Soit P ∈ A[X] un polynôme
à coefficients dans A de degré n ∈ N∗ . Soit (ωj )j∈<1,n> ses racines dans C.
Soit d ∈ A∗ tel que
n
Y
P = d (X − ωj )
j=1

Soit (Σk,n )k∈<1,n> ∈ (Z[X1 , . . . ,Xn ])n les polynômes symétriques élémentaires
définis en 5.6, page 27. Alors, ∀k ∈< 1,n >

dΣk,n (ω1 , . . . ,ωn ) ∈ A

Démonstration: D’après (55), page 27


n
Y
P = d (X − ωj )
j=1
n−1
X
n
= dX + (−1)n−k d Σk+1,n (ω1 , . . . ,ωn )X k
k=0

donc, par hypothèse sur P , ∀k ∈< 0,n − 1 >

(−1)n−k d Σk+1,n (ω1 , . . . ,ωn ) ∈ A

d’où le résultat.
Théorème 4.10 (Waring) Soit A un anneau inclus dans C. Soit P ∈ A[X]
un polynôme à coefficients dans A de degré n ∈ N∗ . Soit (ωj )j∈<1,n> ses
racines dans C. Soit d ∈ A∗ tel que
n
Y
P = d (X − ωj )
j=1

Soit enfin un polynôme S ∈ Z[X1 , . . . ,Xn ] symétrique. Alors

S(dω1 , . . . ,dωn ) ∈ A
[Link] 19

Démonstration: D’après la proposition 5.13, page 31, il existe un po-


lynôme Q de Z[X1 , . . . ,Xn ] tel que
S = Q(Σ1,n , . . . ,Σn,n )
D’après le lemme 4.9, ∀k ∈< 1,n >
dΣk,n (ω1 , . . . ,ωn ) ∈ A
D’après (56), page 27
Σk,n (dω1 , . . . ,dωn ) = dk Σk,n (ω1 , . . . ,ωn )
donc
Σk,n (dω1 , . . . ,dωn ) = dk−1 (dΣk,n (ω1 , . . . ,ωn )) ∈ A
Finalement
S(dω1 , . . . ,dωn ) = Q(Σ1,n (dω1 , . . . ,dωn ), . . . ,Σn,n (dω1 , . . . ,dωn )) ∈ A

Corollaire 4.11 Soit A un anneau inclus dans C. Soit P ∈ A[X] un po-


lynôme à coefficients dans A de degré n ∈ N∗ et unitaire. Soit (ωj )j∈<1,n> ses
racines dans C. Soit enfin un polynôme S ∈ Z[X1 , . . . ,Xn ] symétrique. Alors
S(ω1 , . . . ,ωn ) ∈ A
Démonstration: On applique le théorème 4.10 précédent avec d = 1, P
étant unitaire.
Définition 4.7 Soit A un anneau inclus dans C. Dans tout ce qui suit, on
associera à tout polynôme P ∈ A[X]\{0} à coefficients dans A de degré n ∈
N∗ les éléments d ∈ A∗ , M ∈< 1,2n > et (α1 , . . . ,αM ) ∈ (C∗ )M suivants :
soit (ωj )j∈<1,n> ∈ Cn les racines de P , distinctes ou non. On a
n
Y
P = d (X − ωj )
j=1

Soit (Lj )j∈<1,2n > les sous-parties, deux à deux distinctes, de < 1,n >. On
pose
X
αj = ωk
k∈Lj

Quitte à renuméroter les parties, on peut supposer sans perte de généralité


que, ∀j ∈< 1,M >, αj 6= 0 et ∀j ∈< M + 1,2n >, αj = 0.
[Link] 20

Proposition 4.12 Soit A un anneau inclus dans C. On définit d ∈ A∗ ,


M ∈< 1,2n > et (α1 , . . . ,αM ) ∈ (C∗ )M selon la définition 4.7. Si l’on définit
le polynôme Q par
M
Y
M
Q = d (X − αj )
j=1

alors

Q ∈ A[X]

Démonstration: On définit les polynômes (φk )k∈<1,2n > , à coefficients en-


tiers de manière évidente, donc dans Z[X1 , . . . ,Xn ], par
2 n
Y X
Q(X,X1 , . . . ,Xn ) = (X − Xk )
j=1 k∈Lj
2n −1
n
X
= X2 + φk+1 (X1 , . . . ,Xn )X k
k=0

Soit σ une permutation de < 1,n >. On a


n −1
2X 2 n

2n
Y X
X + φk+1 (Xσ(1) , . . . ,Xσ(n) )X k = (X − Xσ(k) )
k=0 j=1 k∈Lj

Y2n X
= (X − Xk )
j=1 k∈Lj
2n −1
n
X
= X2 + φk+1 (X1 , . . . ,Xn )X k
k=0

donc les polynômes (φk )k∈<1,2n > sont symétriques et à coefficients entiers.
D’après le théorème 4.10, page 18,

φk (dω1 , . . . ,dωn ) ∈ A
[Link] 21

Si l’on pose à présent


2 n
Y
Q̃ = (X − dαj )
j=1
2 n
Y X
= (X − d ωk )
j=1 k∈Lj
2n
Y X
= (X − (dωk ))
j=1 k∈Lj

= Q(X,dω1 , . . . ,dωn )
n −1
2X
2n
= X + φk+1 (dω1 , . . . ,dωn )X k
k=0

on constate que Q̃ est un polynôme à coefficients dans A dont les racines


sont (dαj )j∈<1,2n > . Par ailleurs, on constate que c’est un polynôme unitaire.
Si l’on pose à présent
M
Y
Q̂ = (X − dαj )
j=1

on a
n −M
Q̃ = X 2 Q̂

et donc Q̂ est un polynôme unitaire à coefficients dans A dont les racines


sont (dαj )j∈<1,M > .
Soit S un polynôme symétrique de Z[X1 , . . . ,XM ]. D’après le corollaire 4.11,
on obtient alors
S(dα1 , . . . ,dαM ) ∈ A

Définition 4.8 On définit d ∈ Z∗ , M ∈< 1,2n > et (α1 , . . . ,αM ) ∈ (C∗ )M


selon la définition 4.7. On définit

Z = dM (X − α1 ) . . . (X − αM )
[Link] 22

∀p ∈ N∗ , on définit Qp ∈ C[X,X1 , . . . ,XM ] et Gp ∈ C[X] par

dM p+p−1 X p−1
Qp = [(X − X1 ) . . . (X − XM )]p (47)
(p − 1)!
dM p+p−1 X p−1
Gp = [(X − α1 ) . . . (X − αM )]p (48)
(p − 1)!
= Qp (X,α1 , . . . ,αM ) (49)
= dp−1 τp (Z p ) (50)

Proposition 4.13 On définit d ∈ Z∗ , M ∈< 1,2n >, (α1 , . . . ,αM ) ∈ (C∗ )M


selon la définition 4.7. ∀p ∈ N∗ , on définit par ailleurs Gp ∈ C[X] selon la
définition 4.8. On a alors
M
X
(D(Gp ))(αk ) ∈ Z (51)
k=1

et, de plus
M
X
(D(Gp ))(αk ) ≡ 0[p] (52)
k=1

Démonstration: On a, d’après le résultat (55) de la définition 5.6, page 27


M −1
X p−1 M p+p−1 M X
Qp = d (X + (−1)M −k X k Σk+1,M )p
(p − 1)! k=0

avec (Σk,M )k∈<1,M > ∈ (Z[X1 , . . . ,XM ])M les polynômes symétriques élémentaires
définis en 5.6, page 27. Ainsi, de façon évidente, il existe (φk,p )k∈<0,M p+p−1> ∈
Z[X1 , . . . ,XM ]M p+p des polynômes symétriques à coefficients entiers tels que
M p+p−1
dM p+p−1 X
Qp = φk,p X k
(p − 1)! k=0

Ainsi, ∀j ∈< 0,M p + p − 1 >,


M p+p−1
dj Qp dM p+p−1 X k!
= φk,p X k−j
dX j (p − 1)! k=j
(k − j)!

On pose alors
M M p+p−1
X X dj Qp
Θ= ( )|X=Xl
l=1 j=0
dX j
[Link] 23

On a, pour toute permutation σ de < 1,M >


M p+p−1 M p+p−1
M
!
dM p+p−1 X X X k!
Θ(Xσ(1) , . . . ,Xσ(M ) ) = φk,p (Xσ(1) , . . . ,Xσ(M ) ) (Xσ(l) )k−j
(p − 1)! l=1 j=0 k=j
(k − j)!
M p+p−1 M p+p−1
M
!
dM p+p−1 X X X k! k−j
= φk,p (X1 , . . . ,XM ) (Xσ(l) )
(p − 1)! l=1 j=0 k=j
(k − j)!
M p+p−1 M p+p−1 M
!
dM p+p−1 X X k! X
= φk,p (X1 , . . . ,XM ) (Xσ(l) )k−j
(p − 1)! j=0 k=j
(k − j)! l=1
M p+p−1 M p+p−1 M
!
dM p+p−1 X X k! X
= φk,p (X1 , . . . ,XM ) Xlk−j
(p − 1)! j=0 k=j
(k − j)! l=1
M p+p−1 M p+p−1
M
!
dM p+p−1 X X X k! k−j
= φk,p (X1 , . . . ,XM ) X
(p − 1)! l=1 j=0 k=j
(k − j)! l
= Θ(X1 , . . . ,XM )
Θ est un polynôme symétrique.
Pour alléger les notations, dans tout ce qui suit, on notera Ip l’ensemble
suivant :
Ip =< 0,p − 1 > × < 0,p >M
et, ∀(n,p) ∈ N2 , n ≥ p, on notera Anp l’entier suivant
n!
Anp =
p!
On a, ∀k ∈< 0,M p + p − 1 >,
dk Qp dM p+p−1 dk p−1 p p

= X (X − X 1 ) ...(X − X M )
dX k (p − 1)! dX k
M
dM p+p−1 X k! di0 X p−1 Y dim
= (X − Xm )p
(p − 1)! i0 !i1 !...iM ! dX i0 l=1 dX im
(i0 ,i1 ,...,iM )∈Ip
i0 +i1 +...+iM =k
M
dM p+p−1 X k! p−1
Y
= Ap−1−i0 X p−1−i0
App−im (X − Xm )p−im
(p − 1)! i0 !i1 !...iM ! m=1
(i0 ,i1 ,...,iM )∈Ip
i0 +i1 +...+iM =k

Soit (i0 ,i1 ,...,iM ) ∈ Ip , i0 + i1 + ... + iM = k. ∀l ∈< 1,M >, si il < p alors
M
Y
App−im (Xl − Xm )p−im = 0
m=1
[Link] 24

d’où
M
dk Qp dM p+p−1 X k! Y
( )|X=Xl = Ap−1 X
p−1−i0 l
p−1−i0
App−im (Xl − Xm )p−im
dX k (p − 1)! i0 !i1 !...iM ! m=1
(i0 ,i1 ,...,iM )∈Ip
i0 +i1 +...+iM =k
il =p
M
dM p+p−1 X k! Y
= p! Ap−1 X p−1−i0
App−im (Xl − Xm )p−im
(p − 1)! i0 !i1 !...iM ! p−1−i0 l m=1
(i0 ,i1 ,...,iM )∈Ip
i0 +i1 +...+iM =k m6=l
il =p
 
 M 
 M p+p−1 X k! p−1 p−1−i0
Y p

p−im 
= p
d Ap−1−i0 Xl Ap−im (Xl − Xm )
i0 !i1 !...iM ! m=1

 (i0 ,i1 ,...,iM )∈Ip 
i0 +i1 +...+iM =k m6=l
il =p
 
 M 
 k X k! p−1 p−1−i0
Y p

p−im 
= p
d Ap−1−i0 (dXl ) Ap−im (dXl − dXm )
i0 !i1 !...iM ! m=1

 (i0 ,i1 ,...,iM )∈Ip 
i0 +i1 +...+iM =k m6=l
il =p

Ainsi, il existe (Ωk,l )(k,l)∈<0,M p+p−1>×<1,M > ∈ Z[X1 , . . . ,XM ](M p+p−1)M tel
que, ∀(k,l) ∈< 0,M p + p − 1 > × < 1,M >
dk Qp
( )|X=Xl = pΩk,l (dX1 , . . . ,dXM )
dX k
On définit alors Ψ ∈ Z[X1 , . . . ,XM ] par
M MX
X p+p−1
Ψ = Ωk,l
l=1 k=0

Ainsi, Ψ est un polynôme à coefficients entiers. Comme


1 X1 XM
Ψ = Θ( , . . . , )
p d d
et comme Θ est symétrique, Ψ est symétrique. D’après le corollaire 4.10,
page 18
Ψ(dα1 , . . . ,dαM ) ∈ Z
d’où
Θ(α1 , . . . ,αM ) = pΨ(dα1 , . . . ,dαM ) ∈ Z
[Link] 25

et, de plus

Θ(α1 , . . . ,αM ) = pΨ(dα1 , . . . ,dαM ) ≡ 0[p]

On conclut en remarquant que


M
X
(D(Gp ))(αk ) = Θ(α1 , . . . ,αM )
k=1

Proposition 4.14 ∀p ∈ N∗ , soit Gp défini par la définition 4.8 ∀α ∈ C


Z 1
eα(1−t) Gp (αt) dt → 0
0 p→+∞

Démonstration: On pose

Z = dM (X − α1 ) . . . (X − αM )

∀α ∈ C, on a
+∞ Z 1
X +∞ Z
X 1
α(1−t)
| e Gp (αt) dt| ≤ |eα(1−t) ||Gp (αt)| dt
p=1 0 p=1 0
Z 1 +∞
X
≤ |eα(1−t) | |Gp (αt)| dt
0 p=1
1 +∞
|dαtZ(αt)|p−1
Z X
α(1−t)
≤ |e ||Z(αt)| dt
0 p=1
(p − 1)!
Z 1
≤ |eα(1−t) ||Z(αt)|e|dαtZ(αt)| dt
0
< ∞
P R1
Donc la série p 0
eα(1−t) Gp (αt) dt est absolument convergente. En particu-
lier Z 1
eα(1−t) Gp (αt) dt → 0
0 p→+∞

5 Définitions et propositions générales


5.1 Définitions générales
Définition 5.1 Soit A un anneau inclus dans C. On dit qu’un polynôme P ∈
A[X] est réductible dans A[X] si et seulement si il existe deux polynômes Q ∈
[Link] 26

A[X] et R ∈ A[X] vérifiant simultanément

deg Q ≥ 1
deg R ≥ 1
P = QR

Définition 5.2 Soit A un anneau inclus dans C. Soit A ⊂ C. On dit qu’un


polynôme P ∈ A[X], de degré supérieur à 1 et à coefficients dans A, est
scindé sur A si et seulement si toutes ses racines sont dans A.

Définition 5.3 Soit A un anneau inclus dans C. On dit que A est algé-
briquement clos si et seulement si tout polynôme à coefficients dans A est
scindé sur A. Autrement dit, A est égal à sa clôture algébrique A (voir
définition 4.1, page 10). D’après la proposition 5.24, page 39, on note que A
est nécessairement un corps.

Définition 5.4 Soit K un sous-corps de C. Soit (A,B) ∈ (K[X]\{0})2 . On


note
U =A∧B
l’unique polynôme unitaire de K[X]\{0} de degré le plus élevé divisant à la
fois A et B dans K.

5.2 Rappels sans démonstration


Théorème 5.1 (Division euclidienne) Soit K un corps inclus dans C. Soit
(A,Q) ∈ K[X] × K[X]\{0} tel que deg Q ≥ deg A. Il existe (P,R) ∈ (K[X])2
tel que
A = PQ + R
et
deg R < deg Q

Théorème 5.2 (Bezout) Soit K un sous-corps de C. Soit (A,B) ∈ (K[X]\{0})2


tel que
A∧B =1
Alors il existe (U,V ) ∈ (K[X])2 tel que

AU + BV = 1
[Link] 27

5.3 Polynômes symétriques


Définition 5.5 Soit A un anneau inclus dans C. Soit P ∈ A[X1 , . . . ,Xn ].
P est un polynôme symétrique si et seulement si pour toute permutation σ
de < 1,n >
P (X1 , . . . ,Xn ) = P (Xσ(1) , . . . ,Xσ(n) )
Définition 5.6 Soit n ∈ Z∗ . On définit les polynômes symétriques élémen-
taires (Σk,n )k∈<1,n> ∈ (Z[X1 , . . . ,Xn ])n par, ∀k ∈< 1,n >
X Y
Σk,n = Xi (53)
I⊂<1,n> i∈I
Card I=k

où Card I est le nombre d’éléments distincts de I. De façon évidente, on peut


les définir également par, ∀λ ∈ C
n
Y n
X
(1 + λXj ) = 1 + λk Σk,n (54)
j=1 k=1
ou encore
n
Y n−1
X
n
(X − Xj ) = X + (−1)n−k Σk+1,n X k (55)
j=1 k=0

Par exemple
Σ1,n = X1 + X2 + . . . + Xn
et
Σn,n = X1 X2 . . . Xn
On remarque que, ∀λ ∈ C, ∀k ∈< 1,n >
Σk,n (λX1 , . . . ,λXn ) = λk Σk,n (56)

Définition 5.7 On définit la relation ≺ entre deux monômes, M1 = X1α1 . . . Xnαn


et M2 = X1β1 . . . Xnβn , par M1 ≺ M2 si et seulement si
αn < βn
ou (αn = βn et αn−1 < βn−1 )
...
ou (αn = βn et . . . et α2 = β2 et α1 < β1 )
On définit la relation  entre deux monômes, M1 et M2 , par M1  M2 si et
seulement si
M1 ≺ M2 ou M1 = M2
On vérifie aisément que  est une relation d’ordre total sur les monômes.
[Link] 28

Définition 5.8 Soit P ∈ C[X1 , . . . ,Xn ]\{0}. On définit M(P ) comme le


plus grand monôme de P au sens de .

Proposition 5.3 Soit P ∈ C[X1 , . . . ,Xn ]\{0} un polynôme symétrique. Soit


(α1 , . . . ,αn ) ∈ Nn tel que

M(P ) = X1α1 . . . Xnαn

alors
α1 ≤ . . . ≤ αn

Démonstration: Soit P ∈ C[X1 , . . . ,Xn ]\{0} un polynôme symétrique.


Soit M un monôme de P . Soit (α1 , . . . ,αn ) ∈ Nn tel que

M = X1α1 . . . Xnαn

S’il existe 1 ≤ i < j ≤ n tel que αi > αj alors, si τ note la transposition de i


et j dans < 1,n >,
M 0 = Xτα(1)
1
. . . Xτα(n)
n

est un monôme strictement plus grand que M pour . Or, P étant symétrique
et τ étant une permutation, par définition, M 0 est également un monôme
de P . Donc
M ≺ M(P )
Par contraposée, on obtient le résultat.
Proposition 5.4 Soit (P1 ,P2 ) ∈ (C[X1 , . . . ,Xn ]\{0})2 deux polynômes. Alors

M(P1 − P2 )  max(M(P1 ),M(P2 ))




et
M(P1 − P2 ) ≺ max(M(P1 ),M(P2 ))


si et seulement si
M(P1 ) = M(P2 )
et le coefficient de M(P1 ) dans P1 et le coefficient de M(P2 ) dans P2 sont
égaux.
Démonstration: Un peu fastidieux mais évident, par définition de .
Proposition 5.5 Soit (M1 ,M2 ,M ) ∈ (C[X1 , . . . ,Xn ]\{0})3 trois monômes.
Si
M1  M2
alors
M.M1  M.M2
[Link] 29

Démonstration: Immédiat d’après la définition de .


Proposition 5.6 Soit (P1 ,P2 ) ∈ (C[X1 , . . . ,Xn ]\{0})2 deux polynômes. Alors
M(P1 P2 ) = M(P1 )M(P2 )
Démonstration: De façon évidente, le monôme M(P1 )M(P2 ) est un monôme
de P1 P2 donc
M(P1 )M(P2 )  M(P1 P2 )
Réciproquement, il existe deux monômes (M1 ,M2 ) ∈ (C[X1 , . . . ,Xn ]\{0})2
tels que
M(P1 P2 ) = M1 M2
avec M1 un monôme de P1 et M2 un monôme de P2 . Donc
M1  M(P1 ) (57)
et
M2  M(P2 ) (58)
D’après la proposition 5.5, on en déduit que
M1 .M2  M(P1 ).M2
M(P1 ).M2  M(P1 ).M(P2 )
d’où,  étant une relation d’ordre total (donc transitive)
M(P1 P2 ) = M1 .M2
 M(P1 ).M(P2 )

Finalement,
M(P1 )M(P2 ) = M(P1 P2 )

Corollaire 5.7 Soit P ∈ C[X1 , . . . ,Xn ]\{0}. Alors


M(P n ) = (M(P ))n
Démonstration: D’après la proposition 5.6, par récurrence immédiate.
Proposition 5.8 Soit n ∈ Z∗ . Soit (Σk,n )k∈<1,n> ∈ (Z[X1 , . . . ,Xn ])n les po-
lynômes symétriques élémentaires définis en 5.6, page 27. Alors, ∀k ∈< 1,n >
n
Y
M(Σk,n ) = Xj
j=k

et le coefficient de M(Σk,n ) dans Σk,n est égal à 1.


[Link] 30

Démonstration: Evident, par définition des (Σk,n )k∈<1,n> .


Corollaire 5.9 Soit n ∈ Z∗ . Soit (Σk,n )k∈<1,n> ∈ (Z[X1 , . . . ,Xn ])n les po-
lynômes symétriques élémentaires définis en 5.6, page 27. Soit (α1 , . . . ,αn ) ∈
N. Alors

M(Σα1,n
1
Σα2,n
2
. . . Σαn,n
n
) = X1α1 X2α1 +α2 . . . Xnα1 +α2 +...+αn

Démonstration: Immédiat, en utilisant la proposition 5.6, le corollaire 5.7


et la proposition 5.8.
Proposition 5.10 Soit (Mi )i∈N suite de monômes décroissante pour . Alors
(Mi )i∈N est constante à partir d’un certain rang.
Démonstration: Soit (Mi )i∈N une suite de monômes décroissante pour .
∀i ∈ N, on pose alors (αk (i))k∈<1,n> l’exposant de Xk dans Mi . Comme la
suite (Mi )i∈N est décroissante, par définition de , la suite (αn (i))i∈N est
une suite décroissante dans N. Elle admet donc un minimum, qu’elle at-
teint au rang in ∈ N. Alors, la suite (αn−1 (i + in ))i∈N est à son tour une
suite décroissante dans N, qui admet donc un minimum, qu’elle atteint au
rang in−1 ∈ N. On définit ainsi, de proche en proche, (i1 , . . . ,in ) ∈ Nn . Mais
alors, ∀k ∈< 1,n >, ∀i ≥ i1 + . . . + in , αk (i) est constant. (Mi )i∈N est donc
constante à partir de ce rang.
Corollaire 5.11 Il n’existe pas de suite infinie de monômes strictement dé-
croissante pour .
Démonstration: Si une telle suite strictement décroissante existait, elle
serait en particulier décroissante, donc, d’après la proposition 5.10, constante
à partir d’un certain rang. Ceci est incompatible avec sa stricte décroissance.

Proposition et définition 5.12 Soit A un anneau inclus dans C. Soit P


un polynôme symétrique non nul de A[X1 , . . . ,Xn ]. Si α ∈ A est le coefficient
(nécessairement non nul) de M(P ) dans P et si

M(P ) = X1β1 X2β2 . . . Xnβn

alors, si l’on définit P(P ) par


2 −β1
P(P ) = P − αΣβ1,n
1
Σβ2,n n −βn−1
. . . Σβn,n

P(P ) est un polynôme symétrique de A[X1 , . . . ,Xn ] tel que

M(P(P )) ≺ M(P ) (59)

Démonstration: D’après la proposition 5.3, on a, ∀i ∈< 2,n >

βi ≥ βi−1
[Link] 31

donc P(P ) ainsi défini est bien un polynôme. Il est symétrique comme diffé-
rence de deux polynômes symétriques. Enfin, d’après la proposition 5.9
2 −β1
M(Σβ1,n
1
Σβ2,n n −βn−1
. . . Σβn,n ) = X1β1 X2β2 . . . Xnβn = M(P )

d’où, d’après la proposition 5.4,

M(P(P )) ≺ M(P )

Théorème 5.13 (Riemann) Soit A un anneau inclus dans C. Soient (Σk,M )k∈<1,M > ∈
(Z[X1 , . . . ,XM ])M les polynômes symétriques élémentaires définis en 5.6, page 27.
Soit P un polynôme symétrique de A[X1 , . . . ,Xn ]. Il existe un polynôme Q
de A[X1 , . . . ,Xn ] tel que

P = Q(Σ1,n , . . . ,Σn,n )

Démonstration: Soit P un polynôme symétrique de A[X1 , . . . ,Xn ]. On


définit la suite (Pj )j∈N par
P0 = P
et, ∀j ∈ N

Pj+1 = P(Pj ) si Pj 6= 0
Pj+1 = 0 si Pj = 0 (60)

avec P définie par la définition 5.12. Si aucun élément de la suite (Pj )j∈N
n’était nul, la suite (M(Pj ))j∈N serait une suite de polynômes strictement
décroissante pour  d’après (59). C’est impossible d’après le corollaire 5.11.
Donc il existe un entier j0 ∈ N∗ tel que

Pj0 = 0

Ainsi
j0 −1
X
P = P0 = (Pj − Pj+1 )
j=0

avec Pj − Pj+1 s’écrivant sous la forme d’un élément de A multiplié par un


monôme pris en les polynômes symétriques élémentaires, d’où le résultat.
[Link] 32

5.4 Résultats sur les nombres algébriques


Définition 5.9 Soit K un sous-corps de C. Soit A ⊂ C. On note K(A)
l’intersection de tous les sous-corps de C contenant K et A.
\
K(A) = K
K⊂C, K corps
A⊂K, K⊂K

Rappel: On rappelle sans démonstration que K(A) est un sous-corps de C,


le plus petit (au sens de l’inclusion) contenant K et A.
Proposition et définition 5.14 Si K1 ⊂ K2 sont deux sous-corps de C,
K2 est un K1 -espace vectoriel de dimension supérieure ou égale à 1, éven-
tuellement infinie. On appelle degré de l’extension K2 de K1 la dimension de
ce K1 -espace vectoriel. On le note [K2 : K1 ].
Démonstration de la proposition 5.14: 0 ∈ K2 . Par ailleurs, si λ ∈ K1
et (x,y) ∈ (K2 )2 , alors λ ∈ K2 donc λx + y ∈ K2 corps. Par critère, K2 est un
K1 -espace vectoriel, de dimension supérieure ou égale àé 1 de façon évidente.

Proposition 5.15 Soient K1 ⊂ K2 ⊂ K3 trois sous-corps de C. Alors,


dans N∗ ∪ {+∞}
[K3 : K2 ].[K2 : K1 ] = [K3 : K1 ]
Démonstration:
Si n = [K2 : K1 ] < +∞ et m = [K3 : K2 ] < +∞, alors il existe une
base (f1 , . . . ,fn ) de K2 vu comme un K1 -espace vectoriel, et une base (e1 , . . . ,em )
de K3 vu comme un K2 -espace vectoriel. Soit y ∈ K3 . Par définition, il existe
(λi )i∈<1,m> ∈ (K2 )m tel que

y = λ1 e1 + . . . + λm em

Comme, ∀i ∈< 1,m >, λi ∈ K2 , par définition à nouveau, il existe

(µi,j )i∈<1,m>,j∈<1,n> ∈ (K1 )mn

tels que, ∀i ∈< 1,m >

λi = µi,1 f1 + . . . + µi,n fn

Ainsi m X
n
X
y= µi,j ei fj
i=1 j=1
[Link] 33

(ei fj )i∈<1,m>,j∈<1,n> est une famille génératrice de K3 vu comme un K1 -espace


vectoriel. De plus, si
m X
X n n X
X m
µi,j ei fj = 0 = ( µi,j ei )fj
i=1 j=1 j=1 i=1

alors, comme (f1 , . . . ,fn ) est une base de K2 vu comme un K1 -espace vectoriel,
∀j ∈< 1,n >
Xm
µi,j ei = 0
i=1

et comme (e1 , . . . ,em ) est une base de K3 vu comme un K2 -espace vectoriel,


∀i ∈< 1,m >
µi,j = 0
(ei fj )i∈<1,m>,j∈<1,n> est une famille libre de K3 vu comme un K1 -espace vec-
toriel. C’est donc une base de K3 vu comme un K1 -espace vectoriel. Ainsi,
K3 est un K1 -espace vectoriel de dimension finie nm d’où

[K3 : K2 ].[K2 : K1 ] = [K3 : K1 ]

Réciproquement, supposons que p = [K3 : K1 ] < +∞. K2 , vu comme un K1 -


espace vectoriel, est inclus dans K3 qui est un K1 -espace vectoriel de dimen-
sion finie. Donc K2 est un K1 -espace vectoriel de dimension finie m ≤ p. Soit,
à présent (g1 , . . . ,gp ) ∈ Kp3 une base de K3 vu comme un K1 -espace vectoriel.
Pour tout x ∈ K3 Il existe (λ1 , . . . ,λp ) ∈ Kp1 , non tous nuls, tels que
p
X
x= λk gk
k=1

Or K1 ⊂ K2 donc ∀k ∈< 1,p >, λk ∈ K2 . Donc (g1 , . . . ,gp ) ∈ Kp3 est une
famille génératrice de K3 vu comme un K2 -espace vectoriel. K3 est donc un
K2 -espace vectoriel de dimension finie n, avec n ≤ p. On s’est donc ramené
au cas précédent : on en déduit que [K3 : K1 ] < +∞, ce que l’on savait déjà,
mais également que p = mn. On vient donc de démontrer la proposition 5.15
dans les cas où la dimension est finie. En particulier, on vient de montrer que

{[K3 : K1 ] < +∞} ⇐⇒ {[K2 : K1 ] < +∞ et [K3 : K2 ] < +∞}

qui peut s’écrire aussi, par négation de l’équivalence précédente

{[K3 : K1 ] = +∞} ⇐⇒ {[K2 : K1 ] = +∞ ou [K3 : K2 ] = +∞} (61)


[Link] 34

Finalement, comme [K2 : K1 ] ≥ 1 et [K3 : K2 ] ≥ 1, l’égalité

[K3 : K2 ].[K2 : K1 ] = [K3 : K1 ](= +∞)

est donc également vraie lorsqu’un des termes au moins est égal à +∞,
d’après (61).
Corollaire 5.16 Soient K1 ⊂ K2 ⊂ K3 trois sous-corps de C. Alors, dans N∗ ∪
{+∞}
[K2 : K1 ] ≤ [K3 : K1 ]
Démonstration du corollaire 5.16: D’après la proposition 5.15, on a

[K3 : K2 ].[K2 : K1 ] = [K3 : K1 ]

Or [K3 : K2 ] ≥ 1. On a donc

[K2 : K1 ] ≤ [K3 : K1 ]

Corollaire 5.17 Soit A ⊂ B ⊂ C. Soit K un sous-corps de C. Alors,

[K(A) : K] ≤ [K(B) : K]

Démonstration du corollaire 5.17: Soit A ⊂ B ⊂ C. On a évidemment


K ⊂ K(A) ⊂ K(B). D’après le corollaire 5.16, on a donc

[K(A) : K] ≤ [K(B) : K]

Lemme 5.18 Soient K1 ⊂ K2 deux sous-corps de C. Si x ∈ C est K1 -algé-


brique alors il est K2 -algébrique.
Démonstration du lemme 5.18: Si x ∈ C est K1 -algébrique, il existe
P ∈ K1 [X] tel que P (x) = 0. Mais K1 ⊂ K2 donc P ∈ K2 [X] et donc x
est K2 -algébrique.
Proposition 5.19 Soit K un sous-corps de C. Soit A ⊂ C et B ⊂ C. Alors

(K(A))(B) = (K(B))(A) = K(A ∪ B)

Démonstration: D’une part, A ⊂ A ∪ B donc, par définition

K(A) ⊂ K(A ∪ B)

Ensuite, comme B ⊂ A ∪ B et A ∪ B ⊂ K(A ∪ B)

B ⊂ K(A ∪ B)
[Link] 35

K(A ∪ B) est un corps contenant K(A) et B donc, par définition

(K(A))(B) ⊂ K(A ∪ B) (62)

D’autre part, K ⊂ K(A) et K(A) ⊂ (K(A))(B) donc

K ⊂ (K(A))(B)

et A ⊂ K(A) ⊂ (K(A))(B) et B ⊂ (K(A))(B) donc

A ∪ B ⊂ (K(A))(B)

(K(A))(B) est un corps contenant K et A ∪ B donc, par définition

K(A ∪ B) ⊂ (K(A))(B) (63)

D’après (62) et (63), par double inclusion

(K(A))(B) = K(A ∪ B)

En interchangeant les rôles de A et B, on obtient que

(K(B))(A) = K(B ∪ A) = K(A ∪ B) = (K(A))(B)

Proposition 5.20 Soit K un sous-corps de C. Soit x ∈ C un nombre K-al-


gébrique. Soit Ux défini par 4.1, page 10. Si

K1 (x) = {Q(x)|Q ∈ K[X]}


K2 (x) = {Q(x)|Q ∈ K[X], deg Q < deg Ux }

alors
K({x}) = K1 (x) = K2 (x)
Démonstration de la proposition 5.20:
– De façon évidente, K2 (x) ⊂ K1 (x).
– Soit y ∈ K1 (x). Il existe Q ∈ K[X] tel que y = Q(x). Si deg Q <
deg Ux , y ∈ K2 (x). Sinon, soit R le reste de la division euclidienne
(cf. théorème 5.1, page 26) dans K[X] de Q par Ux : ∃D ∈ K[X] tel
que Q = DUx + R avec deg R < deg Ux . Or

R(x) = Q(x) − D(x)Ux (x) = Q(x) − 0 = y

donc y ∈ K2 (x) également. Dans tous les cas, y ∈ K2 (x) donc K1 (x) ⊂
K2 (x).
[Link] 36

Par double inclusion, K1 (x) = K2 (x).


– Soit y ∈ K1 (x). Il existe Q ∈ K[X] tel que Q(x) = y. Comme K({x}) est
un corps contenant x et K, y = Q(x) ∈ K({x}). Donc K1 (x) ⊂ K({x}).
– On va à présent montrer que K1 (x) est un corps qui contient x et K.
Comme on a déjà montré que K1 (x) = K2 (x), on utilisera l’un ou l’autre
de ces deux ensembles suivant la pertinence pour le point à démontrer.
De façon évidente, K1 (x) contient K car il contient les polynômes
constants de K[X]. Ainsi, 0 ∈ K1 (x) et 1 ∈ K1 (x). Comme 1.X ∈ K[X],
x ∈ K1 (x).
Soit (y,z) ∈ (K1 (x))2 : il existe (P,Q) ∈ (K[X])2 , tel que

y = P (x)

et
z = Q(x)
On a
y − z = P (x) − Q(x) = (P − Q)(x)
avec (P − Q) ∈ K[X] donc

y − z ∈ K1 (x)

De même,
yz = P (x)Q(x) = (P Q)(x)
avec (P Q) ∈ K[X] donc
yz ∈ K1 (x)
Soit enfin z ∈ K2 (x)\{0} : il existe L ∈ K[X]\{0} tel que

z = L(x)

avec deg L < deg Ux . Ux est irréductible dans K[X] d’après la propo-
sition 4.1, page 10 et deg L < deg Ux donc L ∧ Ux = 1. D’après le
théorème de Bezout 5.2, page 26, il existe (U,V ) ∈ (K[X])2 tel que

U L + V Ux = 1

D’où
U (x)L(x) + V (x)Ux (x) = 1
Or Ux (x) = 0 et L(x) = y donc

yU (x) = 1
[Link] 37

avec
U (x) ∈ K1 (x)
donc
U (x) ∈ K2 (x)
Par définition, y a un inverse dans K2 (x). On a donc bien démontré
que K1 (x) = K2 (x) est un sous-corps de C. Comme il contient K et x,
par définition de K({x})
K({x}) ⊂ K1 (x)

Par double inclusion, K({x}) = K2 (x) = K1 (x).


Corollaire 5.21 Soit K un sous-corps de C. Soit x ∈ C. x est K-algébrique
si et seulement si
[K({x}) : K] < +∞
Démonstration du corollaire 5.21: Si x est K-algébrique alors, d’après
la proposition 5.20, si Ux est défini par 4.1, page 10,
K({x}) = {Q(x)|Q ∈ K[X], deg Q < deg Ux }
donc tout y ∈ K({x}) peut s’écrire sous la forme
deg Ux −1
X
y= λk x k
k=0

avec (λk )k∈<0, deg Ux −1> ∈ (K)deg Ux : (x0 , . . . ,xdeg Ux −1 ) est une famille génératrice
de K({x}) vu comme un K-espace vectoriel, donc
[K({x}) : K] < +∞
Réciproquement, comme x ∈ K({x}) et comme K({x}) est un corps, ∀k ∈ N,
xk ∈ K({x}). Si, de plus, [K({x}) : K] < +∞, alors il existe n ∈ N∗ tel
que (x0 ,x, . . . ,xn ) est une famille liée. Autrement dit, il existe (λk )k∈<0,n> ∈
(K)n+1 , non tous nuls, tels que
n
X
λk x k = 0
k=0

Par définition, x est K-algébrique.


Corollaire 5.22 Soit K un sous-corps de C. Soit n ∈ N∗ . Soit (x1 , . . . ,xn ) ∈
Cn . Pour tout i ∈< 1,n >, xi est K-algébrique si et seulement si
[K({x1 , . . . ,xn }) : K] < +∞
[Link] 38

Démonstration du corollaire 5.22:


On établit quelques résultats préliminaires.
On pose K0 = K et, pour tout i ∈< 1,n >,

Ki = K({x1 , . . . ,xi })

Comme ∀i ∈< 1,n >


{xi } ⊂ {x1 , . . . ,xn }
d’après le corollaire 5.16, page 34

[K({xi }) : K] ≤ [Kn : K] (64)

En outre, on a, ∀i ∈< 1,n >

K ⊂ Ki−1 ⊂ Ki

d’où, d’après la proposition 5.15, page 32, ∀i ∈< 1,n >

[Ki : K] = [Ki : Ki−1 ].[Ki−1 : K]

soit, par récurrence immédiate


n
Y
[Kn : K] = [Ki : Ki−1 ] (65)
i=1

On démontre à présent la proposition : si l’on suppose que

[Kn : K] < +∞

alors, d’après (64), ∀i ∈< 1,n >

[K({xi }) : K] < +∞

D’après le corollaire 5.21, xi est K-algébrique.


Réciproquement, si l’on suppose que ∀i ∈< 1,n >, xi est K-algébrique,
alors, comme K ⊂ Ki−1 , xi est Ki−1 -algébrique d’après le lemme 5.18, page 34,
d’où, d’après le corollaire 5.21

[Ki−1 ({xi }) : Ki−1 ] < +∞

Or, d’après la proposition 5.19, page 34, ∀i ∈< 1,n >

Ki−1 ({xi }) = K({x1 , . . . ,xi−1 } ∪ {xi }) = Ki


[Link] 39

d’où
[Ki : Ki−1 ] < +∞
et donc, d’après (65)
n
Y
[Kn : K] = [Ki : Ki−1 ] < +∞
i=1

Critère 5.23 Soit K un sous-corps de C. K est algébriquement clos (voir la


définition 5.3, page 26) si et seulement si tout polynôme P ∈ K[X] de degré
supérieur à 1 admet au moins une racine dans K.
Démonstration du critère 5.23: Pour n ∈ N∗ , on pose P(n) la propriété
suivante:
“Tout polynôme à coefficients dans K et de degré compris entre 1 et n
est scindé sur K”
De façon évidente, P(1) est vraie. On suppose à présent que P(n) vraie
pour un n ∈ N∗ . Soit alors P ∈ K[X] de degré compris entre 1 et n + 1. Si
son degré est inférieur à n, on applique P(n) et c’est terminé. S’il est égal
à n + 1, alors, par hypothèse, il existe α ∈ K tel que
P = (X − α)Q
De façon évidente, Q ∈ K[X] et le degré de Q est égal à n. En appliquant P(n)
à Q, Q est scindé sur K et donc P est également scindé sur K, et donc P(n+1)
est vraie. Par récurrence, on a montré le critère 5.23, page 39.
Proposition 5.24 Soit A un anneau non trivial de C. L’ensemble A des
nombres A-algébriques est un corps algébriquement clos.
Démonstration de la proposition 5.24: Soit A un anneau non trivial
de C. Soit K l’ensemble des rationnels issus de A, défini par
p
K = { ∈ C; (p,q) ∈ A × A\{0}}
q
On vérifie aisément que K est un corps. Par ailleurs,
A⊂K
donc
A⊂K
Réciproquement, si P ∈ K[X] est un polynôme à coefficients dans K, il
existe (α0 , . . . ,αn ) ∈ Kn+1 tel que
n
X
P = αk X k
k=0
[Link] 40

Il existe donc (q0 , . . . ,qn ) ∈ An+1 tels que, ∀k ∈< 0,n >

αk qk ∈ A

donc, en définissant le polynôme Q par


n
Y
Q=( qk ).P
k=0

on a
Q ∈ A[X]
et Q et P ont les mêmes racines. Donc

K⊂A

Par double inclusion,


A=K
On a évidemment
K⊂K
donc, en particulier, K est non vide et contient les éléments 0 et 1. Soit
2
(x,y) ∈ K . De façon évidente,

x − y ∈ K({x,y})

donc
K({x − y}) ⊂ K({x,y})
par définition de K({x,y}). D’après le corollaire 5.22,

[K({x,y}) : K] < +∞

et donc, d’après le corollaire 5.16

[K({x − y}) : K] ≤ [K({x,y}) : K] < +∞ (66)

D’après le corollaire 5.21, x − y est K-algébrique. De même, ∀(x,y) ∈ K ×


(K\{0})
xy −1 ∈ K({x,y})
donc
K({xy −1 }) ⊂ K({x,y})
par définition de K({x,y}). A nouveau, d’après les corollaires 5.16 et 5.22

[K({xy −1 }) : K] ≤ [K({x,y}) : K] < +∞ (67)


[Link] 41

D’après le corollaire 5.21, xy −1 est K-algébrique. Par critère, on a montré que


A = K est un corps. Soit enfin un polynôme P ∈ K[X] de degré supérieur
à 1. On pose
Xn
P = pk X k
k=0
n+1
avec (pk )k∈<0,n> ∈ K . Soit

M = K({p0 , . . . ,pn })

D’après le corollaire 5.22,


[M : K] < +∞
Soit x ∈ C une racine de P . Par définition, x est M-algébrique et donc,
d’après le corollaire 5.21,

[M({x}) : M] < +∞

Mais, d’après la proposition 5.15, on a

[M({x}) : M].[M : K] = [M({x}) : K]

donc
[M({x}) : K] < +∞
Or, d’après la proposition 5.19

M({x}) = (K({p0 , . . . ,pn }))({x}) = K({p0 , . . . ,pn ,x})

donc
[K({p0 , . . . ,pn ,x}) : K] < +∞
D’après le corollaire 5.21 à nouveau, x est K-algébrique, donc x ∈ K : P po-
lynôme de degré supérieur à 1 et à coefficients dans K y admet une racine.
D’après le critère 5.23, A = K est algébriquement clos.

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