Tuberculose de L'adulte Et de L'enfant 2024
Tuberculose de L'adulte Et de L'enfant 2024
Résumé : La tuberculose est une pathologie ancienne dont l’éradication reste envisagée. Mais l’épidémie
de VIH, du sida qui en découle, les migrations depuis les zones d’endémies et l’apparition de formes résis-
tantes ont rendu cet objectif difficile, voire impossible, à atteindre à moyen terme. La tuberculose reste à
notre époque un problème majeur de santé publique et est l’une des premières causes de mortalité par
maladie infectieuse dans le monde, devant le VIH et le paludisme, mais devancé pour les années 2020
à 2022 par la Covid-19. La tuberculose est la treizième cause de mortalité, toutes causes confondues,
dans le monde. Malgré une politique volontariste de l’Organisation mondiale de la santé dans le cadre
du programme End-TB pour les objectifs du millénaire, l’accès aux traitements efficaces est difficile dans
certains pays, notamment dans ceux à forte endémie. L’observance et la tolérance du traitement sont
également des facteurs cruciaux, insuffisamment pris en compte et participant à l’émergence de résis-
tances représentant un véritable défi pour la santé publique et l’industrie pharmaceutique. Sur le territoire
français, l’incidence de la tuberculose continue sa décrue, et la problématique de la résistance reste très
confinée et concerne des cas importés (Afrique du Nord, pays de l’ex-Union soviétique, Afrique subsaha-
rienne). Nous présentons ici les dernières données épidémiologiques concernant la France métropolitaine,
les Outre-mer, les principales formes cliniques de tuberculose et les stratégies thérapeutiques existantes.
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8-038-C-30 Tuberculose de l’adulte et de l’enfant
sont acido-alcoolo-résistants (BAAR) et intracellulaires facultatifs. En Europe de l’Est correspondant aux pays de l’ancien bloc
Leur métabolisme est aérobie strict, leur croissance est lente (2 à soviétique, la prévalence et l’incidence sont de modérées à fortes.
8 semaines). Le seul réservoir de M. tuberculosis est humain. La Fédération de Russie présentait, par exemple, en 2020, un taux
d’incidence de 58,2 pour 100 000 habitants. Le nombre de nou-
veaux cas de tuberculose diagnostiqués en 2021 dans les anciens
Épidémiologie pays du bloc soviétique étaient les suivants :
• Fédération de Russie, 68 000 ;
En Europe et dans le monde • Ukraine, 32 000 ;
• Ouzbékistan, 22 000 ;
En 2021, dans son dernier rapport dans le cadre de sa Stratégie • Turquie et Kazakhstan, 13 000 chacun ;
EndTB, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait que • Roumanie, 12 000.
près de 1,7 milliards de personnes (un quart de la population mon- Le nombre de cas par rapport à la population (taux d’incidence)
diale) étaient infectées par M. tuberculosis [2] . Selon les estimations, était le plus élevé au Kirghizistan (105 pour 100 000 habitants),
10,6 millions de personnes ont développé une tuberculose- suivi du Tadjikistan (84 cas), de la République de Moldavie
maladie, et 1,6 millions sont décédées, dont 187 000 avec une (74 cas), de l’Ukraine (73 cas) et de la Géorgie (70 cas). Ainsi,
co-infection VIH (virus de l’immunodéficience humaine) [2, 3] . Sur Les schémas et les tendances épidémiques varient considérable-
les 10,6 millions, on estimait qu’il y avait 1,2 millions d’enfants ment, les pays de l’Union européenne et de l’espace économique
avec une tuberculose-maladie, en 2021. L’épidémiologie de la européen ayant un faible niveau d’incidence, tandis que la région
tuberculose varie considérablement dans le monde. Les incidences globale (comprenant l’Europe de l’Est) compte neuf des 30 pays
les plus élevées (> 100 pour 100 000 habitants) sont observées en dans lesquels la charge de la tuberculose multirésistante est la plus
Afrique subsaharienne, en Inde et dans les îles d’Asie du Sud-Est élevée au monde [6] .
et de Micronésie. Des taux intermédiaires de tuberculose (26 à
100 cas pour 100 000) sont observés en Chine, en Amérique cen-
trale et du Sud, en Europe de l’Est et en Afrique du Nord. Des taux En France
faibles (moins de 25 cas pour 100 000 habitants) sont observés
La tuberculose est une des 37 maladies à déclaration obligatoire
aux États-Unis, en Europe occidentale, au Canada, au Japon et en
auprès de Santé publique France [7] . Globalement, la tuberculose
Australie [2] .
est en net recul dans notre pays. Le suivi systématique a permis
L’épidémiologie de la tuberculose montre que cette maladie
de constater que l’incidence de la tuberculose est en diminution,
reste encore associée à la précarité, tant sociale qu’économique.
avec 6,4 cas pour 100 000 habitants en 2021, contre 11 en 2000
L’épidémie mondiale d’infection à VIH a joué un rôle majeur dans
– soit 4306 cas contre 6714 près de 20 ans plus tôt. Le nombre de
le retard pris pour son élimination mondiale, y compris dans les
cas de tuberculoses multirésistantes (MDR) a également diminué :
pays dits développés. Un nouveau facteur, qui est celui de la résis-
44 cas en 2021 contre 67 en 2020 (environ 1 % des cas) [8] .
tance aux antibiotiques, participe de manière significative à la
Néanmoins, plusieurs ressauts ont pu être constatés lors des
recrudescence de l’épidémie mondiale de tuberculose [2] . Envi-
périodes de 2007-2008 et en 2017-2019, avec respectivement une
ron 95 % des cas de tuberculose surviennent dans les pays en
hausse de l’incidence de 9/100 000 et de 7,6/100 000. Depuis 2019,
développement. Environ un nouveau cas de tuberculose sur neuf
on note une accélération de la baisse, avec une incidence de 6,8
survient chez des personnes infectées par le VIH ; 72 % de ces
et 6,4/100 000 en 2020 et 2021, contre 7,6/100 000 pour 2019.
cas surviennent en Afrique [3] . On estime à 500 000 cas par an le
Cette diminution récente, bien qu’étant une bonne nouvelle, est
nombre de cas de tuberculose multirésistante (MDR) ou de tuber-
à relativiser, car elle pourrait découler en partie des mesures de
culose résistante à la rifampicine (RMP) [4] , seul un tiers environ
confinement et de port du masque, lors de la pandémie Covid-
des personnes atteintes de tuberculose pharmacorésistante ont eu
19, mais aussi d’une possible baisse des diagnostics du fait d’un
accès au traitement en 2021.
accès aux soins limité. Cette diminution récente dénote de celle
Le développement socioéconomique et l’accès à des services de
observée depuis 30 ans, puisque l’on constate plutôt une baisse
santé de qualité semblent être au moins aussi importants que toute
régulière mais faible depuis des décennies, en moyenne de –1,7 %
mesure spécifique de lutte contre la tuberculose. La probabilité de
par an, au cours des 30 dernières années [9] .
succès des efforts de lutte contre la tuberculose est probablement
Bien que le territoire français soit considéré comme une zone
liée aux indicateurs socio-économiques, notamment le produit
de faible incidence par l’OMS, de façon générale, on constate de
intérieur brut par habitant, la mortalité infantile (mortalité avant
5 ans) l’accès à l’eau potable, les dépenses d’assainissement et fortes disparités selon les régions, avec les Outre-mer et l’Île-de-
de la santé adéquates par habitant [3, 5] . L’importance de tenir France en principaux foyers :
compte de ces facteurs socioéconomiques pour parvenir à contrô- • Mayotte compte 12,0 cas pour 100 000 habitants ;
ler la tuberculose est renforcée par le fait que de nombreux pays • L’Île-de-France, 13,2 cas pour 100 000 habitants (38 % des cas).
ont connu une diminution rapide des nouveaux cas de tubercu- La Seine-Saint-Denis est le département de Métropole le plus
lose, pourtant sans avoir un bon accès à un traitement de qualité. affecté, avec 24,3 cas pour 100 000 habitants ;
En Europe, par exemple, la morbidité et la mortalité liées à la • La Guyane, 25,5 cas pour 100 000 habitants.
tuberculose ont diminué bien avant qu’une chimiothérapie effi- Trois catégories de personnes sont particulièrement affectées
cace ne soit disponible, en grande partie grâce au développement et à risque de développer une tuberculose-maladie : les per-
socioéconomique, à l’amélioration des conditions de vie, à une sonnes sans domicile (68 cas pour 100 000 habitants), celles
meilleure nutrition et à l’isolement des cas infectieux dans les détenues (44/100 000 habitants) et celles nées hors de France
sanatoriums [6] . (32/100 000 habitants) – principalement les jeunes (25-39 ans),
Le continent européen présente une situation épidémiologique dans un pays à forte endémie. Le risque d’apparition d’une tuber-
très contrastée, entre une Europe occidentale avec une prévalence culose chez les migrants est le plus élevé dans les 2 à 4 ans suivant
et une incidence de la tuberculose considérées comme faibles l’arrivée dans le pays d’accueil puis décroît avec le temps. Ainsi,
(incidence < 10/100 000 habitants) et une partie de l’Europe de en 2018, 8,3 % des cas déclarés de tuberculose-maladie concer-
l’Est avec des incidences plus importantes. Ainsi, dans l’Union naient des personnes sans domicile fixe ; on retrouvait 4,1 cas pour
européenne, l’ECDC (European Control disease center) l’évaluait 100 000 habitants nés en France contre 36,1 en cas de naissance
à 7,3 cas pour 100 000 habitants, en 2020–soit environ 33 000 nou- à l’étranger. Le sex-ratio était de 202 hommes pour 100 femmes
veaux cas. L’OMS estimait en 2021 à plus de 21 000 le nombre de (67 % d’hommes), avec un âge médian de 38 ans. Sur l’ensemble
décès dûs à la tuberculose en Europe (2,3 décès pour 100 000 per- des cas de tuberculose pulmonaire déclarés en 2020 en France,
sonnes), dont environ 3 800 dans l’UE (0,8 décès pour 100 000) ; 54,14 % étaient des formes pulmonaires, et 52 % d’entre elles
une augmentation, la première en plus de vingt ans, qui s’explique avaient un examen microscopique direct positif des prélèvements
notamment par un retard ou une absence de diagnostic, à la suite respiratoires [10] . Le nombre de décès imputables directement à
de perturbations des services de lutte contre la maladie lors de la la tuberculose est stable entre 2016, et avec près de 440 décès
pandémie de Covid-19 [6] . recensés par an [11] .
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Tuberculose de l’adulte et de l’enfant 8-038-C-30
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8-038-C-30 Tuberculose de l’adulte et de l’enfant
Diagnostic Tableau 1.
Gènes de résistance et molécules concernées [15] .
Examen microscopique direct [19, 20] Gènes impliqués Molécules concernées par la résistance
dans la résistance
L’examen direct des crachats et des prélèvements bronchoal-
véolaires par coloration de Ziehl-Neelsen ou à l’Auramine est la Gène rpoB Mutation associée à la résistance à la rifampicine
technique historique et est encore largement pratiquée de par le Gène katG Mutation associée à la résistance de haut niveau
monde. Ces examens directs peuvent être réalisés sur tous types à l’isoniazide
de prélèvements (crachat, aspiration bronchique, liquide gas- Gène inhA Mutation associée à la résistance de bas niveau à
trique essentiellement), à l’exception du sang total et du plasma. l’isoniazide
L’examen direct nécessite néanmoins des prélèvements répétés. Mutation associée à la résistance à
Historiquement, il était préconisé un prélèvement le matin à jeun, l’éthionamide
trois jours d’affilés, mais les données récentes et les recommanda-
Gènes gyrA et gyrB Mutation associée à la résistance aux
tions de l’OMS vont dans le sens de trois crachats au cours de fluoroquinolones
la même journée, sans perte de sensibilité de ceux-ci, que cela
Gène rrs Mutation associée à la résistance aux
soit dans des zones à forte ou faible endémie tuberculeuse [21–23] .
aminosides de réserve (amikacine,
Quand les crachats ne peuvent pas être recueillis (petit enfant,
capréomycine, kanamycine)
trouble de la vigilance, impossibilité d’expectorer), les tubages gas-
triques, le matin, à jeun, peuvent également être réalisés. Cette Gène emb Mutation associée à la résistance à l’éthambutol
procédure est néanmoins souvent mal tolérée et mal vécue par les Gène pncA Mutation associée à la résistance au
patients. pyrazinamide
De plus en plus, dans les laboratoires de microbiologie, la lec- Gènes ethA et ethR Mutation associée à la résistance à
ture des lames de crachats se fait par fluorescence avec objectif à l’éthionamide
diodes luminescentes LED, pour des raisons logistiques et de ren-
dement. Le nombre des bacilles observés sur les frottis doit être
noté, car il est corrélé à la contagiosité du malade. Un examen 20 %, selon les études) avec également des « faux positif » pos-
direct positif correspond à au moins 104 BAAR/ml (bacille acido- sibles. Aussi, réaliser uniquement une PCR en cas de suspicion de
alcoolorésitant). Des techniques de coloration existent également tuberculose ou de mycobactéries atypiques représente une perte
pour colorer les BAAR viables et les distinguer des morts. Cette de chance pour les patients [20] .
approche pourrait avoir un avantage dans la levée de l’isolement Depuis près d’une décennie se développent également les
des patients sous traitements, par exemple [24] . Un programme techniques fondées sur les technologies dite de next generation
hospitalier de recherche clinique est en cours sur cette question. sequencing (NGS) [28] . Elles explorent partiellement ou complé-
tement le génome du bacille de Koch (BK). Cette approche
Culture permettrait la détection exhaustive des résistances génotypique
aux molécules antituberculeuses de première et de seconde ligne.
La culture réalisée à partir des crachats ou à partir de prélève- Le gain de temps, en comparaison de la résistance phénotypique,
ments de sang ou de moelle doit être réalisée, dans la mesure du représente son plus gros avantage. Mais les NGS présentent encore
possible, dans les centres de référence de mycobactéries. La culture plusieurs limitations, dont la principale est le coût d’acquisition
se fait sur milieu solide à l’œuf de Lowenstein-Jensen ou de Colet- et d’entretien, ce qui réduit fortement le nombre de plates-formes
sos, avec une pousse allant de 4 à 8 semaines, voire 12 semaines, disponibles et donc la possibilité de réaliser cette technique en
et requiert un niveau de sécurité et de confinement L3. Il est routine, à plus forte raison dans les pays à ressources limitées [20] .
possible d’obtenir une pousse plus précocement sur des géloses Les gènes dont la mutation est associée à une résistance sont
dites de Middlebrook ou en milieu liquide par système Fluores- résumés dans le Tableau 1. Chaque gène peut être le siège de dif-
cent MGIT, les premiers résultats étant alors disponibles en 10 à férentes mutations n’octroyant pas le même niveau de résistance.
21 jours. L’antibiogramme permet de rechercher une résistance La recherche de mutation de résistance sur le gène de résistance à
primaire aux médicaments antituberculeux de première ligne, la rifampicine (rpoB) est systématiquement recommandée devant
ou secondaire lors de l’échec du traitement, avec rechute. Cet toute découverte de tuberculose, nouvelle ou récidivante [19] . La
antibiogramme phénotypique est long à obtenir et nécessite une recherche de façon systématique des mutations sur les gènes
expertise pour qu’il soit considéré comme fiable, d’où la nécessité inhA et katG associées à la résistance à l’isoniazide serait éga-
d’adresser autant que possible ces prélèvements à un des centres lement souhaitable, bien qu’elle ne soit pas à ce jour effectuée
de référence du réseau du CNR des mycobactéries et au CNR. dans tous les laboratoires. Alors que les tests génotypiques de
première ligne peuvent être rendus rapidement, la biologie molé-
culaire de deuxième ligne et la réalisation d’un antibiogramme sur
Tests d’amplification des acides nucléiques l’ensemble des molécules de deuxième ligne nécessitent en France
Xpert MTB/RIF et Xpert MTB/RIF Ultra [19, 20] l’envoi de la souche au CNR des mycobactéries.
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Tuberculose de l’adulte et de l’enfant 8-038-C-30
Tableau 2.
Indications de traitement des infections tuberculeuses latentes chez les patients de moins de 15 ans en fonction de l’intradermoréaction (IDR).
Âge Induration IDR BCG < 10 ans BCG > 10 ans Absence de BCG Exposition à
haut risque
2–15 ans 5–10 mm Pas de traitement Pas de traitement À discuter Traitement
10–15 mm À discuter Traitement Traitement Traitement
> 15 mm ou phlycténulaire Traitement
< 2 ans Traitement
Tableau 3.
Indications de traitement des infections tuberculeuses latentes chez les patients de plus de 15 ans en fonction de l’intradermoréaction (IDR).
Terrain Induration IDR Pas d’exposition à haut risque Exposition à haut risque
Patient non immunodéprimé 5–10 mm Pas de traitement À discuter
10–15 mm À discuter Traitement
> 1 mm ou phlycténulaire Traitement Traitement
Patient immunodéprimé ou porteur de pathologie chronique Traitement
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Formes cliniques clinique peut être suraiguë, avec un syndrome de détresse respira-
toire aiguë constituant une forme hypoxémiante.
Primo-infection tuberculeuse ou infection
tuberculeuse précoce Complications de la tuberculose pulmonaire
La primo-infection tuberculeuse a longtemps été considérée Hémoptysie
comme une pathologie de l’enfance. Depuis, un nombre crois- L’hémoptysie au cours de la tuberculose survient dans 5 à 15 %
sant d’études rapporte une augmentation de son incidence chez des cas, dans les pays industrialisés, mais sa proportion est plus
les adultes [33] . importante dans les pays à forte endémie [35, 36] . L’hémoptysie
Elle est le plus souvent asymptomatique, se limitant à un est plus fréquente lorsque la maladie est active mais peut aussi
virage des réactions tuberculiniques et/ou une positivation des survenir sur des séquelles. Avant l’avènement des traitements anti-
tests interféron gamma. Dans le cas contraire, elle peut se mani- tuberculeux, les hémoptysies pouvaient être massives et étaient
fester par une fièvre modérée, avec altération minime de l’état responsables d’environ 5 % des décès [37] . Des hémoptysies surve-
général et atteinte radiologique discrète (infiltrat pulmonaire ou nant chez un patient avec un antécédent de tuberculose doivent
adénopathie hilaire). Il peut s’y associer un érythème noueux, évoquer une récidive, la survenue d’une aspergillose, des dilata-
une kératoconjonctivite phlycténulaire ou une pleurésie sérofi- tions des bronches (bronchectasies) séquellaires ou une néoplasie.
brineuse liée à un chancre d’inoculation sous-pleural. Une étude En cas d’hémoptysies importantes ou répétées, la chirurgie amé-
ancienne s’était intéressée à 517 patients, adultes et enfants, liore la survie [38–40] . L’embolisation artérielle est actuellement une
présentant un virage de leur réaction tuberculinique cutanée, solution alternative de choix [41, 42] .
suivis pendant plus de cinq ans. Un tiers de cette population
avait présenté des signes cliniques pulmonaires. Le symptôme Pneumothorax
le plus fréquent était la fièvre, présente chez environ deux tiers
des patients symptomatiques. Celle-ci était en général modérée Depuis l’apparition des traitements antituberculeux, les pneu-
et persistait en moyenne 14 à 21 jours et disparaissait dans les mothorax surviennent chez moins de 1 % des patients
dix semaines. Les patients fébriles présentaient, dans un quart hospitalisés [43] . C’est une complication dangereuse qui reste très
des cas, des signes associés, comme des douleurs thoraciques et fréquente dans les pays à forte incidence [44] . Les pneumothorax
pleurales. L’asthénie, la toux et les arthralgies étaient rares. Les nécessitent le plus souvent un drainage. Les facteurs associés à
douleurs rétrosternales et interscapulaires étaient rapportées à un échec du drainage sont un parenchyme pathologique, avec
d’importantes adénopathies médiastinales [1–4, 34] . d’importantes fistules bronchopleurales, un délai important entre
Dans cette série, la radiographie thoracique de 65 % des patients l’apparition du pneumothorax et le drainage ainsi que le dévelop-
retrouvait une adénopathie hilaire apparaissant entre 1 semaine et pement d’un abcès ou d’un empyème dus à la tuberculose et aux
2 mois après le virage tuberculinique. Les autres anomalies radio- surinfections à pyogènes [45] .
logiques recensées étaient un épanchement pleural (33 %), des
infiltrats parenchymateux (27 %) essentiellement à droite, avec le Bronchectasies
plus souvent une adénopathie homolatérale. Les bronchectasies peuvent se développer après une primo-
Chez l’adulte, l’évolution est spontanément favorable dans infection ou une réactivation tuberculeuse [46–49] . Elles se situent
environ 90 % des cas, en dehors d’une immunodépression. Le généralement dans les segments apicaux et postérieurs du lobe
risque de développer une tuberculose-maladie est beaucoup plus supérieur et peuvent être la cause d’hémoptysie.
élevé chez le nourrisson et le jeune enfant. Rarement peuvent
survenir des complications de type troubles ventilatoires ou des Destructions pulmonaires extensives
bronchectasies. Le passage à la tuberculose-maladie se fait par
dissémination dans les voies bronchiques, avec survenue d’une La tuberculose peut occasionner d’importantes destructions
tuberculose pulmonaire commune ou disséminée par voie héma- pulmonaires, essentiellement lors d’une infection chronique
togène pouvant être responsable d’une miliaire tuberculeuse, sévère non ou mal traitée. Les signes cliniques sont une dyspnée,
d’une méningite ou d’une atteinte osseuse, etc. associée à une perte de poids et à des hémoptysies. Le pronostic
est sombre [50] . En cas d’évolution vers la destruction suraiguë, cer-
tains auteurs ont proposé le terme de « gangrène pulmonaire »,
Infection tuberculeuse tardive la nécrose pulmonaire entraînant alors des destructions majeures
s’associant à des lésions d’artérite et de thrombose vasculaire [37] .
L’infection tuberculeuse est asymptomatique, par définition, et Le décès survient en général dans 75 % des cas, même s’il existe de
ne se manifeste que par le virage des réactions tuberculiniques rares cas de résolution sous traitement antituberculeux efficace.
cutanées ou la positivité d’un test de détection de l’interféron
gamma. L’ITL peut se réactiver et évoluer en tuberculose-maladie Néoplasie
en cas d’immunodépression ou lors du vieillissement.
Une étude menée par le National Cancer Institute a retrouvé
un surrisque de cancer pulmonaire de 2,1 en cas de tuber-
Tuberculose pulmonaire commune culose pulmonaire après ajustement sur le tabagisme et les
conditions socioéconomiques [51] . Les parois des mycobacté-
Elle touche préférentiellement les régions pulmonaires les ries pourraient induire la production de substances impliquées
mieux ventilées : sommets et lobes postérieurs. Cliniquement, dans des modifications de l’acide désoxyribonucléique (ADN) des
on retrouve des signes respiratoires (toux prolongée, hémopty- cellules, conduisant à la carcinogenèse. Les traitements immuno-
sie, douleurs thoraciques, dyspnée) associés à des signes généraux suppresseurs et la radiothérapie pour le traitement des cancers
comme un amaigrissement souvent important, une asthénie, une pulmonaires pourraient favoriser la tuberculose. Il existe des
fièvre et des sueurs nocturnes. Classiquement, la fièvre est dite similitudes cliniques et radiologiques entre ces deux pathologies
« hectique » ou désarticulée, dans la tuberculose-maladie. pouvant compliquer leurs diagnostics respectifs et induire des
L’ensemble de ce tableau clinique doit évoquer le diagnostic, en biais dans les études [52] .
particulier si l’évolution des signes est chronique (> 3 semaines).
Complications thromboemboliques
Miliaire tuberculeuse Longtemps passées inaperçues, les complications thromboem-
boliques à type de thrombose veineuses profondes (TVP) et/ou
Physiopathologiquement, elle est due à la dissémination du/des d’embolie pulmonaire (EP) commencent à être de plus en plus
foyer(s) pulmonaire(s) vers les autres organes, par voie hémato- clairement associées à une tuberculose-maladie pulmonaire, et
gène. Il apparaît alors de multiples granulomes de la taille d’un notamment celles avec des atteintes diffuses extrapulmonaires.
grain de mil, qui donne le nom à cette forme. La présentation Plusieurs travaux retrouvent un surrisque significatif. Dans les
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Tuberculose de l’adulte et de l’enfant 8-038-C-30
travaux de Dental et al., les auteurs retrouvaient une préva- La tuberculose pose des problèmes thérapeutiques spécifiques,
lence de 2,07 %, soit un risque équivalent à celui retrouvé dans car les bactéries responsables sont à croissance lente. En outre,
les néoplasies [53] . D’autres travaux retrouvaient une prévalence coexistent trois formes de bacilles au sein d’un même foyer :
d’événements thromboembolique de 3,5 % (IC95% [2,2,2–5]) • des bacilles à métabolisme actif en milieu aérobie (extracellu-
chez les patients atteints de tuberculose active. La prévalence de laire ou intracavitaire) ;
l’EP était de 5,8 % (IC 95% [2,2–7,7–10]) et celle de la throm- • des formes intramacrophagiques (intracellulaires, pour les-
bose veineuse profonde (TVP) de 1,3 % (IC95% [0,8–2,0]). Les quelles les antibiotiques doivent avoir une bonne diffusion
patients atteints de tuberculose active présentaient un risque plus intracellulaire et une activité en milieu acide) ;
élevé de complication thromboembolique (OR = 2,90 ; IC95% • des bacilles intracaséeux anaérobies quiescents ou dormants,
[2,30–3,67]), de TVP (OR = 1,56 ; IC95% [1,14–2,14]) et d’EP (OR difficiles d’accès aux antibiotiques et dont le métabolisme est
= 3,58 ; IC95% [2,54–5,05]) [54–56] . très lent et rend nécessaire un traitement prolongé [61] .
Le mécanisme par lequel ces complications surviennent dans Les trois molécules les plus efficaces sont l’isoniazide (INH), la
la tuberculose est encore mal compris. Habituellement, le pro- rifampicine et le pyrazinamide. C’est grâce à leur association que
cessus infectieux lui-même est considéré comme un risque de l’on a pu réduire le traitement à 6 mois dans la grande majorité
thrombose, et la plupart des auteurs suggèrent que l’origine des formes cliniques. Il est nécessaire d’utiliser concomitamment
repose sur la triade de Virchow [56] . D’autres causes ont été explo- plusieurs molécules antituberculeuses, afin d’éviter la sélection de
rées, notamment une possible participation dysimmunitaire par mutants résistants et de maintenir un traitement prolongé pour
l’action d’anticorps antiphospholipides, sans que l’on puisse défi- obtenir une stérilisation complète du foyer.
nitivement trancher [57] .
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Tableau 4.
Posologies et caractéristiques des principaux antituberculeux.
Dénomination commune Nom commercial Présentation Posologie Effets indésirables
internationale Spécialités
Izoniaside (INH) Rimifon® Forme orale : (comprimé) à 50 mg Adulte : 4 à 5 mg/kg/j Cytolyse hépatique
(Formes combinées : et 150 mg Enfant : 5 à 10 mg/kg/j Hypersensibilité
Rifinah® et Rifater® ) Forme parentérale (ampoule) : Ne pas dépasser 300 mg/j Troubles
500 mg neuropsychiatriques
Lupus induit
Rifampicine (RMP) Rifadine® Forme orale : gélule de 300 mg Adulte : 10 mg/kg/j Hypersensibilité
Rimactan® Sirop : 100 mg/5 ml Enfant : 10 à 20 mg/kg/j Insuffisance rénale
(Formes combinées : Forme parentérale (ampoule) : Ne pas dépasser 600 mg/j
Rifinah® et Rifater® ) 600 mg
Rifabutine Ansatipine® Forme orale : gélule de 150 mg Adulte : 10 mg/kg/j Hypersensibilité
Ne pas dépasser 600 mg/j Insuffisance rénale
Éthambutol (EMB) Myambutol® Forme orale : comprimé de Adulte : 15 à 20 mg/kg/j Névrite optique
Dexambuthol® 500 mg (Dexambuthol® ) Enfant : 15 à 25 mg/kg/j rétrobulbaire
comprimé de 400 mg Ne pas dépasser 2,5 g/j
(Myambutol® )
Forme parentérale (ampoule de
Myambutol® ) 1000 mg/10 ml
Pyrazinamide (PZA) Pyrilène® Forme orale : comprimé de Adulte et enfant 20 à Insuffisance rénale
Formes combinées : 500 mg 30 mg/kg/j Hyperuricémie
Rifater® Ne pas dépasser 2000 mg/j
Tableau 5. recommandée par l’OMS dans son dernier rapport comme une
Antituberculeux combinés. solution alternative possible [12] .
Nom commercial Molécules Présentation Parallèlement, depuis près d’une décennie, la question de la
posologie de la rifampicine se pose également. On parle de forte
Rifinah® RMP + INH RMP (300 mg) + INH (150 mg) dose de rifampicine à partir de 15 mg/kg par prise. De nombreux
per os comprimé non sécable travaux ont été réalisés, mais jusqu’à récemment ne permettaient
Rifater® RMP + INH + PZA RMP (120 mg) + INH (50 mg) pas de trancher pour une meilleure efficacité tant clinique que
+ PZA (300 mg) per os microbiologique. Par ailleurs, il est à noter qu’il existe une très
comprimé non sécable grande disparité dans la littérature de la posologie dite forte de
rifampicine. Pour les tuberculoses pulmonaires bacillifères, les
RMP : rifampicine ; INH : izoniazide ; PZA : pyrazinamide.
données semblent en faveur d’une accélération de la clairance des
crachats et s’inscrivent dans une optique de réduction de la durée
de traitement. Les travaux de Svensson et al. [68, 69] ainsi que l’essai
de Paton et al. [70] vont dans le sens d’une réduction de la durée
un patient porteur d’une tuberculose multirésistante. Dans ce
de traitement. On retrouve dans les différents travaux un seuil de
cas, la stratégie thérapeutique n’est pas formellement protoco-
tolérance à 35–40 mg/kg.
lisée, même si des recommandations de l’OMS existent, mais il
Concernant les tuberculoses du système nerveux central,
est raisonnable d’attendre les résultats de sensibilité des différents
les résultats sont, semble-t-il, moins univoques, probablement
médicaments antituberculeux afin d’éviter de sélectionner de plus
compte tenu du fait que les groupes de malades sont moins homo-
amples résistances.
gènes (50 % de tuberculoses prouvées en moyenne). Les travaux
De manière générale, un traitement de 6 mois peut être envisagé
ne mettent pas en évidence de différences significatives entre le
uniquement si trois antituberculeux majeurs sont utilisés (INH
groupe forte posologie et le groupe avec une posologie standard.
+ RMP + PZA). Une trithérapie initiale de 3 mois par INH, RMP
Il faut nuancer le fait que les posologies utilisées restent relative-
et EMB, relayée par une bithérapie INH et RMP pendant 6 mois,
ment faibles (15 mg/kg). Dans tous les cas, on ne retrouvait pas
peut être utilisée en cas d’intolérance ou de résistance au PZA,
non plus de différences entre les groupes concernant la tolérance
résistance naturelle en cas d’infection à M. bovis ou au bacille
et les effets indésirables induits par la rifampicine [69] .
de Calmette et Guérin (BCG) [66] . En l’absence d’utilisation d’un
des trois antituberculeux majeurs (INH, RMP, PZA), il convient de À la phase d’entretien, différents essais de traitements inter-
prolonger le traitement au-delà de 6 mois [12] . mittents avec des prises 2 ou 3 fois par semaine ont retrouvé
La RMP peut être remplacée par la rifabutine lorsqu’elle n’est une efficacité similaire à un traitement quotidien [71] . Ces traite-
pas tolérée ou contre-indiquée (par exemple une interaction avec ments intermittents sont recommandés dans certaines situations,
les inhibiteurs de protéase du VIH). L’efficacité de la rifabu- notamment aux États-Unis et dans les pays en voie de dévelop-
tine est comparable, mais les interactions médicamenteuses sont pement, mais il convient de s’assurer d’une adhérence parfaite,
moindres [66] . éventuellement à l’aide d’une délivrance supervisée. Dans ces cas,
Mais au-delà de l’approche classique rapportée précédemment, les posologies d’INH, EMB et PZA sont plus élevées. Mais cette
plusieurs grands travaux récents tendent à vouloir apporter plu- stratégie est fortement déconseillée chez les patients immunodé-
sieurs évolutions. Dorman et al. ont conduit un essai randomisé primés, notamment chez ceux infectés par le VIH, du fait d’un
dans le cadre de la tuberculose pulmonaire de l’adulte, comparant risque d’échec de traitement plus important [72] .
un schéma standard à un schéma plus court [67] . Le schéma court Aux États-Unis, un programme de traitement supervisé, ou
comprenait pendant 4 mois de la rifapentine, de l’INH et de la DOT, a eu des effets spectaculaires sur la diminution des échecs,
moxifloxacine, associées pendant les 2 premiers mois à du pyra- des rechutes à distance et de l’émergence de souches résis-
zinamide. Cet essai concluait à une non-infériorité par rapport au tantes [73] . Les formes combinées peuvent aussi avoir un intérêt de
traitement classique. Mais plusieurs éléments en limitent la por- facilitation et de compréhension du traitement, favorisant ainsi
tée. En effet, d’une part, en France, à l’heure actuelle, la rifapentine l’observance. En France, il existe une forme combinée pour le
n’est pas disponible. L’utilisation pour une durée aussi prolongée traitement d’attaque associant RMP, INH et PZA (l’EMB doit être
de fluoroquinolone se heurte à une problématique de coût, de ajouté séparément), et une forme combinée pour le traitement
risque écologique et de tolérance. Cette approche est néanmoins d’entretien associant RMP et INH (Tableau 5).
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Tuberculose de l’adulte et de l’enfant 8-038-C-30
Tableau 6.
Surveillance et tolérance d’un traitement antituberculeux.
j0 j15 j30 2 mois 4 mois 6 mois
Consultation X X X X X X
Recherche de BK X Xa
Radio de thorax X X X X
ALAT, ASAT X X X X X
NFS plaquette, uricémie, créatinine X X X Si anomalie précédente Si anomalie précédente Si anomalie précédente
Examen ophtalmologique X X
BK : bacilles de Koch ; ALAT : alanine aminotransférase ; ASAT : aspartate aminotransférase ; NFS : numération formule sanguine.
a
À renouveler si toujours positif à J15.
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Tuberculose de l’adulte et de l’enfant 8-038-C-30
long terme) [87] . En revanche, la pneumectomie n’apporte pas de antirétroviraux dès J15 de traitement antituberculeux, sauf excep-
bénéfice. tions [77, 91, 92] . L’introduction des ARV dans les 15 jours suivant le
Des circonstances particulières nécessitent parfois une adapta- traitement contre la tuberculose a montré un gain de survie signi-
tion : ficatif par rapport à ceux dont le traitement était retardé dans
• pour l’enfant, les principes et la surveillance du traitement sont plusieurs essais de grandes envergures. D’après une étude conduite
identiques à l’adulte, mais les formes galéniques associées ne au Vietnam sur les méningites tuberculeuses, la présentation cli-
peuvent pas être utilisées chez l’enfant de moins de 30 kg ; nique de cette forme dans la population séropositive pour le VIH
• les femmes enceintes et allaitantes doivent recevoir le traite- ne diffère pas de celle de la population séronégative, mais la survie
ment conventionnel, avec une supplémentation en vitamine à 9 mois est inférieure [89] . En effet, un essai randomisé a mon-
B6 ; tré que l’introduction des traitements antirétroviraux 2 semaines
• en cas d’insuffisance hépatique préexistante, l’utilisation simul- après le début du traitement antituberculeux classique, chez les
tanée de la RFP, de l’INH et du PZA impose une vigilance accrue. patients séropositifs immunodéprimés (CD4 ≤ 200), améliorait la
Le PZA n’est pas utilisé en cas d’atteinte hépatique sévère ; survie par rapport à une introduction à 8 semaines [89] . Une autre
• en cas d’insuffisance rénale, les doses de PZA et d’EMB sont à étude récente randomisée double insu comparant l’introduction
adapter (administration de la dose unitaire habituelle des anti- d’un traitement antirétroviral immédiatement ou après 2 mois de
BK, mais 3 fois par semaine) ; traitement antituberculeux, dans les méningites tuberculeuses de
• en cas d’infection à VIH, il faut démarrer le traitement patients séropositifs, ne retrouve pas d’amélioration de la survie
antituberculeux en premier puis introduire le traitement anti- mais une augmentation d’effets indésirables graves dans le bras
rétroviral le plus tôt possible, dans les 15 jours. Il est à noter que correspondant à l’introduction immédiate du traitement antiré-
l’isolement strict prolongé est mal vécu et joue sur l’observance troviral [93] .
des patients. La principale exception concerne certaines formes de tubercu-
À noter qu’il n’existe pas en France de possibilité légale à type lose neuroméningée dans lesquelles la restauration trop précoce
d’injonction thérapeutique, même chez les patients très conta- de l’immunité ferait craindre un syndrome de réaction para-
gieux et pouvant représenter un danger potentiel pour la santé doxale, avec un risque de complication sévère (hypertension
publique. intracrânienne, coma, déficit sensitivomoteur) [94] . Des lésions
de tuberculomes au niveau du diencéphale représentent, par
exemple, un risque majeur de complication neurologique par
réaction paradoxale. Le syndrome de réaction paradoxale est une
Surveillance et principaux effets indésirables majoration de lésions préexistantes et/ou une apparition de nou-
des molécules non conventionnelles velles lésions tuberculeuses suivant l’introduction d’un traitement
antituberculeux, sans pour autant qu’il y ait des arguments pour
La fréquence, voire la sévérité des effets indésirables impose une mauvaise observance, une interaction médicamenteuse ou
un suivi médical étroit et souvent des modifications théra- une résistance. La réaction paradoxale survient principalement
peutiques en cours du traitement. Citons les troubles digestifs sur un terrain d’immunodépressions sévère (transplanté d’organe,
sous acide para-amino-salicylique (PAS), les effets neuropsycho- greffé hématologique, infection VIH stade sida) [94] , mais elle
logiques et l’abaissement du seuil épileptogène sous cyclosérine, peut survenir de manière plus rare chez des patients immuno-
l’ototoxicité et la néphrotoxicité des aminosides, etc. Le liné- compétents. Ainsi, dans le cas des patients tuberculeux avec une
zolide, notamment, bien qu’ayant une efficacité importante infection au VIH, l’incidence du syndrome de réaction paradoxale
vis-à-vis des BK, voit son usage limité, du fait de sa mauvaise est estimée à 18 % (IC95% [16–21]). Dans ces populations, la
tolérance à court et long terme. On constate fréquemment, mortalité attribuée au syndrome paradoxal est de 2 % (IC95%
plus souvent chez la personne âgée, une hématotoxicité et une [1–3]) [95] .
atteinte neurologique périphérique (test au diapason au début La physiopathologie de cette entité est relativement bien com-
puis une fois par mois) plus ou moins réversible à l’arrêt. Il est prise chez l’immunodéprimé, et particulièrement chez les patients
également possible d’observer, de manière exceptionnelle, des VIH, mais reste encore mal comprise en dehors de ce cadre. Le
mitochondriopathies avec acidose lactique et/ou syndrome séro- délai moyen de survenue de ce syndrome est de 40 ± 20 jours après
toninergique qui peuvent être fatales [88] . Les principaux effets le début du traitement. La prise en charge thérapeutique repose
indésirables rapportés de la bédaquiline et du délamanide sont généralement sur des corticostéroïdes. La posologie prescrite est
des troubles digestifs, des céphalées, des myalgies, des vertiges et variable. Classiquement, une dose de 1 mg/kg/j est prescrite en
un allongement du QTc [32] . phase initiale, suivie d’une phase de décroissance progressive, avec
Le contrôle régulier des cultures des prélèvements microbiolo- empiriquement une bonne efficacité, sans toutefois qu’il y ait de
giques est indispensable, il permet la détection précoce des échecs réduction démontrée de la durée des symptômes [95, 96] . Cepen-
thérapeutiques [12] . Les précautions « air » doivent être maintenues dant, il est possible d’être en échec malgré l’instauration rapide
jusqu’à négativations des cultures des expectorations. d’une corticothérapie, notamment dans le cas des atteintes céré-
broméningée et du rachis avec compression médullaire. Dans
ce cas, il a été rapporté depuis plusieurs années l’utilisation des
Tuberculose de l’immunodéprimé anti-TNF-␣, avec des résultats prometteurs, une bonne efficacité
clinique, une meilleure survie et un profil de tolérance rassurant.
Les patients co-infectés par le VIH doivent bénéficier de la Mais il n’existe pas pour le moment d’essais prospectifs publiés [97] .
mise en route rapide d’un traitement efficace anti-BK. L’infection Une des autres grandes causes de complications avec les tuber-
par le VIH augmente significativement le risque de passage à la culoses des patients immunodéprimés concerne la problématique
tuberculose-maladie. En outre, cette population a une plus grande des interactions médicamenteuses, notamment entre le traite-
probabilité de développer des formes de type miliaire ou extra- ment antituberculeux et les antirejets ou les traitements ARV dans
pulmonaire, avec des présentations cliniques et radiologiques le VIH. Une plus mauvaise tolérance du traitement anti-BK est
atypiques. Le régime antibiotique ou la durée ne différent pas possible dans cette population. Un avis spécialisé est nécessaire,
des formes de l’immunocompétent, en raison de leur efficacité compte tenu des nombreuses interactions potentielles.
similaire, y compris chez les patients à un stade évolué [89, 90] . Les La famille des rifamycines, et principalement la rifampicine,
traitements intermittents comprenant la prise hebdo- ou biheb- est celle à l’origine du plus grand nombre d’interactions. En asso-
domadaire d’INH et de RMP durant la phase d’entretien, chez les ciation avec l’INH, elle tend à potentialiser l’hépatoxicité de ce
patients ayant moins de 100 lymphocytes CD4, ne doivent pas dernier. Dans le cadre des ARV, une grande majorité des inhi-
être utilisés. biteurs nucléosidiques de la transcriptases inverse (INTI) n’ont
La question de la temporalité de l’introduction des traite- pas d’interaction avec la rifampicine, à l’exception du ténofo-
ments, et notamment des antirétroviraux (ARV), dans le cadre de vir alafénamide (TAF), dont l’absorption est diminuée (mais de
l’infection par le VIH, fut longtemps débattue. Il y a maintenant façon cliniquement non significative). La classe des inhibiteurs
un large consensus concernant l’introduction des traitements d’intégrase, comme le raltégravir et le dolutégravir, peuvent être
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8-038-C-30 Tuberculose de l’adulte et de l’enfant
Tableau 8. chez les sujets âgés de 80 ans ou plus, n’est pas systématiquement
Tests recommandés pour le diagnostic d’infection tuberculeuse en fonc- recommandée, en raison de sa mauvaise tolérance.
tion du terrain. Chez les patients infectés par le VIH ou transplantés, il
Terrain Test préconisé faut d’abord s’assurer de l’absence de tuberculose-maladie par
l’absence de signes cliniques ou radiologiques évocateurs. Le trai-
< 6 ans IDR tement préventif classiquement préconisé est l’INH, 10 mg/kg/j
6 ans à adulte IGRA +++ (IDR à défaut) avant l’âge de 2 ans, et 5 mg/kg/j au-delà, sans dépasser 300 mg/j,
Population âgée IGRA > IDR en monothérapie pendant 9 mois, ou l’association INH-RMP pen-
Personnel de santé
dant 3 mois, ce qui peut permettre d’améliorer l’observance sur les
À l’embauche IGRA en complément de l’IDR si > 5 mm autres terrains [30, 101] . Une méta-analyse de cinq essais comparant
Surveillance/suivi IGRA (en cas d’exposition documentée) l’association INH-RMP pendant 3 mois à l’INH en monothérapie
pendant 6 à 12 mois montre une efficacité et une fréquence des
Patient IGRA
effets indésirables similaires [102] .
VIH/Immunodéprimé
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Tuberculose de l’adulte et de l’enfant 8-038-C-30
résistance, notamment à la rifampicine, y compris dans les pays [19] WHO. WHO consolidated guidelines on tuberculosis. Module 3:
à ressources limitées. Sur le plan thérapeutique, des progrès ont diagnosis: rapid diagnostics for tuberculosis detection, 2021 update.
également été réalisés, permettant d’entrevoir un possible rac- 7 juillet 2021. https://www.who.int/publications/i/item/978924002
courcissement de la durée de traitement, raccourcissement déjà 9415.
acté pour les formes résistantes. Cette diminution de la durée [20] Hodille E, Genestet C, Berland JL, Hoffmann J, Dumitrescu O. Le diag-
de traitement est un facteur important permettant d’espérer une nostic par biologie moléculaire de la tuberculose, un progrès majeur
meilleure tolérance et une meilleure observance du traitement. au Nord comme au Sud. Molecular tests for tuberculosis diagnosis:a
Malgré la problématique de la résistance aux traitements contre major step forward to tackle the pandemics 2021. Med Mal Infect Form
la tuberculose prégnante, celle-ci ne représente pas une menace de 2022;1:69–76.
[21] Lopes A, Mougari F, Chopin D, Pogliaghi M, Munier AL, Delcey
santé publique en France et en Europe occidentale, bien qu’une
V, et al. Prospective study comparing the conventional and same-
stricte vigilance s’impose. L’ensemble de ces éléments pourraient
day strategies to diagnose pulmonary tuberculosis. Med Mal Infect
permettre d’entrevoir malgré tout une possible élimination de la 2020;50:36–42.
tuberculose-maladie en Europe, à moyen terme, comme le prévoit [22] Izudi J, Tamwesigire IK, Bajunirwe F. Association between genexpert
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Toute référence à cet article doit porter la mention : Bessis S, Dinh A, Perronne C. Tuberculose de l’adulte et de l’enfant. EMC - Maladies infectieuses
2024;41(1):1-15 [Article 8-038-C-30].
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