0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
61 vues66 pages

JC CheminHumanisation

Transféré par

michelkouman77
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
61 vues66 pages

JC CheminHumanisation

Transféré par

michelkouman77
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Assemblée des évêques du Québec

Jésus Christ, chemin d’humanisation

ORIENTATIONS
POUR LA FORMATION À LA VIE CHRÉTIENNE

Novembre 2003
Présentation

Prenant en compte les changements culturels des dernières années, l’Assemblée des évêques du
Québec exprimait en 1999 sa volonté d’axer ses interventions en éducation chrétienne sur
l’essentiel du mystère chrétien : « Dieu manifesté dans la chair; Jésus mort et ressuscité; l’Esprit
Saint qui sanctifie ». Et elle ajoutait : « La rencontre du Christ et de son Évangile doit être au
centre de toutes prises de parole et de toutes interventions »1.

Cette perspective inspire le présent texte qui veut être un « document de référence » donnant « les
orientations qui guideront au cours des prochaines années les efforts de mise en œuvre de la
mission catéchétique »2. En centrant sa réflexion sur Jésus Christ, chemin d’humanisation, les
évêques ont voulu redire leur conviction que le message évangélique est plus que jamais
d’actualité et qu’il vient à la rencontre des aspirations les plus profondes des hommes et des
femmes de ce temps.

Ce document propose une vision large de l’activité catéchétique, un langage commun à


promouvoir, ainsi que des lignes directrices pour soutenir les efforts de chaque milieu dans le
développement d’un projet diocésain de catéchèse, articulé et cohérent. Il vise à fournir un
souffle et une inspiration de même qu’un cadre de référence pour guider l’élaboration
subséquente des démarches, parcours et activités catéchétiques.

Les évêques du Québec tiennent à remercier tous ceux et celles qui, de près ou de loin, ont
participé à la préparation de ce document. Leur reconnaissance va en premier aux membres du
comité de travail composé de monseigneur Jean-Pierre Blais, alors président du Comité de
l’éducation chrétienne, de mesdames Nicole Durand-Lutzy et Thérèse-A.Bélec, de messieurs
Léonard Audet, Paul-André Giguère et, particulièrement, de monsieur Guy Côté, rédacteur du
document. Leur reconnaissance s’étend aussi à tous ceux et celles qui ont fait parvenir leurs
observations lors de la publication d’une version provisoire. Elle va enfin à tous les membres du
Comité de l’éducation chrétienne qui ont suivi l’élaboration du document jusqu’à son terme de
même qu’à madame Rolande Parrot qui a supervisé les dernières corrections.

L’Assemblée des évêques du Québec souhaite que ces orientations soutiennent les différents
responsables de la formation à la vie chrétienne dans les diocèses. L’enjeu de ces démarches est
considérable pour l’avenir de la foi chrétienne en sol québécois. Les efforts requis sont
importants, mais ils seront soutenus par la joie de l’espérance qui nous vient de notre communion
au Christ et à la vie trinitaire, source et fondement de la mission d’évangélisation.

† Raymond St-Gelais
Évêque de Nicolet
Président de l’Assemblée des évêques du Québec

1
Annoncer l’Évangile dans la culture actuelle du Québec, Fides, 1999, p.69
2
La catéchèse, une vision commune, octobre 2001.
Introduction

La formation à la vie chrétienne vise à faire découvrir, apprécier et approfondir la proposition


évangélique d'une vie en abondance à la suite du Christ. Cependant, l'accès à la Parole de
Dieu est aujourd'hui plus incertain. L'ignorance ou la méconnaissance du fait chrétien est de
plus en plus massive et profonde. Le langage religieux et l'appartenance ecclésiale sont
largement dévalorisés, en dépit d'une quête spirituelle qui demeure présente sous diverses
formes. L'avenir du christianisme en sol québécois apparaît donc lié pour une large part à la
capacité des Églises de favoriser une réappropriation intelligente de la proposition chrétienne
et un engagement vécu à la suite du Christ.

Un tel passage au désert ne peut se vivre sans l'espérance qui nous vient de la promesse du
Christ à son Église : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt
28, 20). C'est sur cette espérance que repose le présent projet de formation à la vie chrétienne;
une espérance qui invite en même temps à des choix courageux, à des ajustements radicaux de
perspective et d'approche dans la façon de proposer la voie évangélique. Il n'est plus possible
de compter sur une culture acquise ou une appartenance préalable pour favoriser une
continuité de la foi chrétienne de génération en génération. On doit plutôt supposer qu'il est
aujourd'hui nécessaire de redécouvrir le Christ. La proposition chrétienne demande à être
réinterprétée en lien avec les interrogations, les inquiétudes, les besoins et les aspirations de
ceux et celles à qui elle s'adresse.

Une entreprise aussi considérable doit reposer sur un solide fondement théologique. Celui-ci
découle du cœur de la révélation : l'accueil du don de Dieu offert en Jésus Christ comme
source de lumière et de vie pour le cœur humain et pour le monde. Un tel projet fait
également appel à une juste saisie des aspirations et des enjeux qui s'avèrent aujourd'hui les
plus significatifs pour la personne et la société.
C'est pourquoi le présent document consacre d'abord une place majeure à une réflexion sur les
assises théologiques et culturelles du projet catéchétique de l'Église catholique au Québec en
ce début du troisième millénaire. Cette réflexion conduit à contextualiser la mission
évangélisatrice et à proposer une orientation générale, un axe intégrateur qui devrait inspirer
et guider la formation à la vie chrétienne dans toutes ses dimensions et à toutes ses étapes. Ce
projet est situé dans le cadre de certaines orientations pastorales du projet ecclésial
québécois. L'activité catéchétique est ensuite définie en rapport avec les autres composantes
du processus d'évangélisation, ce qui amène à préciser un certain nombre de définitions et
d’orientations théologiques. Le document présente aussi les orientations pédagogiques qui
devraient en guider la pratique et il examine la contribution des différents lieux actuels ou
possibles de formation à la vie chrétienne. Bien que ces orientations s’appliquent à tous les
aspects de la formation à la vie chrétienne, le document s’arrêtera tout particulièrement à leur
mise en œuvre en rapport avec le travail catéchétique à l’intérieur de chacune des
composantes de l’évangélisation.

2
I

LA FOI AU CHRIST
ET LE DEVENIR HUMAIN

Comment annoncer la voie de liberté, d’espérance et d’authenticité humaine révélée dans


l'Évangile de Jésus Christ ? Comment discerner à travers l'histoire et les méandres de la vie
humaine la trace d'une présence aimante à jamais fidèle? Voilà le souci qui inspire depuis des
siècles la mission évangélisatrice de l'Église. Voilà ce dont témoignent tous ceux et celles qui
ont misé sur la promesse de salut sans cesse renouvelée, d'Abraham à Jésus. Celui-ci a
récapitulé cette promesse dans l'annonce du Royaume, présence et amour du Père offerts à
tous les humains pour leur apporter réconciliation, libération et communion. Par l'accueil de
ce don et son engagement à le faire fructifier, l'être humain accède à sa véritable humanité.
C'est le chemin proposé par l'Évangile pour avoir accès à la joie du Royaume : « C’est en
marchant avec le Christ que l'on peut conquérir la joie, la vraie joie ! 1 » disait Jean-Paul II en
réponse à la soif de bonheur des jeunes. « Le Christ n'est-il pas le secret de la vraie liberté et
de la joie profonde du cœur?» Par quels chemins est-il possible aujourd'hui d'accéder à cette
découverte, de se rapprocher de ce Christ en qui les humains sont invités à trouver leur salut?

1. Jésus Christ, chemin de vie

Au long des siècles et jusqu'à aujourd'hui, une multitude de croyants ont rendu compte de la
transformation de leur vie par la rencontre du Christ vivant. Il y a d’abord eu ces témoins de
la première heure qui avaient été si fortement interpellés par l'agir et la parole de Jésus : les
Apôtres (Jn 1, 38-39)2, la Samaritaine (Jn 4, 5-42), Zachée (Lc 19, 1-10), Marie-Madeleine
(Jn 20, 11-18), les disciples d'Emmaüs (Lc 24, 13-35). La rencontre du Christ fait découvrir
un Dieu proche des petits, des exclus et des pécheurs. Cette rencontre renouvelle radicalement
la vie des personnes et aussi des communautés (Actes des Apôtres). Elle se produit

1
Journée mondiale de la jeunesse 2002, Toronto, 25 juillet.
2
Les références biblique sont tirées de la TOB, Traduction œcuménique de la Bible.

3
essentiellement par l'accueil, sous l'action de l'Esprit, de l'amour du Père révélé en Jésus. Elle
survient comme un événement marquant, toujours en rapport avec le contexte singulier où se
trouvent les individus ou les groupes concernés. Elle est nourrie et prolongée par l’accueil de
la Parole de Dieu, la prière, l'Eucharistie. Elle amène à se déplacer, à se détourner de tout
chemin de mort pour se tourner vers le Dieu de vie. Elle entraîne la marche à la suite du
Christ, notamment en se faisant proche des personnes auxquelles le Christ s'est identifié le
plus expressément : les affamés, les étrangers, les appauvris, les malades, les prisonniers (Mt
25, 31-46). Elle conduit à communier au mystère pascal et à la vie trinitaire.

Dans la personne et le mystère du Christ se révèle l'étonnante proximité du Père. Depuis les
patriarches et les prophètes, Dieu s'était révélé comme celui qui lie sa cause à celle des
humains « dans ce monde marqué par l'effort de l'homme, ses défaites et ses victoires3 ».
Dans le Fils incarné, crucifié et ressuscité, le mystère de cette alliance est manifesté dans
toute sa richesse et sa profondeur. Non seulement le Père se fait-il solidaire de nous, mais
encore il assume en Jésus notre condition et vient habiter l'expérience humaine pour lui
communiquer sa propre vie.

Jésus est « l'homme nouveau » qui appelle l'humanité rachetée à


participer à sa vie divine. Dans le mystère de l'Incarnation sont posées les
bases d'une anthropologie qui peut aller au-delà de ses propres limites et
ses propres contradictions pour aller vers Dieu lui-même, et plus encore
vers la perspective de la « divinisation », à travers l'insertion dans le
Christ de l'homme racheté, admis dans l'intimité de la vie trinitaire.
JEAN-PAUL II, Novo Millennio Ineunte (Au début du nouveau millénaire),
23.

La personne, la parole, les gestes, la mort et la glorification du Fils de Dieu fait homme sont
pour ses disciples la manifestation de ce don d'amour sans mesure. C'est pourquoi les
évangiles présentent le Christ comme celui qui est le chemin, la vérité et la vie (Jn 14,6). En
lui qui est l'Homme nouveau (Ep 2, 15; 4, 24; Col 3, 10), le Serviteur fidèle livré à la mort et
ressuscité (Ph 2, 6-11), le Fils rétablissant et achevant l'alliance première (Mc 14, 24; 2 Co

3
CONCILE VATICAN II, Gaudium et spes (L’Église dans le monde de ce temps), 1965, 2, § 2.

4
3,6; Col 1, 18-20), l'humain est libéré du péché et « renouvelé à l'image de son créateur » (Col
3,10). Par lui, il est conduit à son humanité véritable et peut trouver la plénitude en participant
à la vie divine (Jn 10, 10; Ac, 13, 47; I Tm 2,4). Saint Irénée, au tout début de l'Église,
résumait ce mystère dans une formule saisissante : « La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant,
et la vie de l'homme, c'est de connaître Dieu4 ».

2. Évangélisation et humanisation

L’évangélisation vise à favoriser la rencontre du Christ et la communion à son mystère : c'est


là le cœur de la foi. Cette foi ouvre à l'accueil du salut5 offert par Dieu et à l'espérance du
Royaume. Elle se répercute sur la vie des disciples et leur manière d'être humain. Il incombe à
l'Église de manifester comment la vie offerte en Jésus Christ ouvre un chemin d'humanisation
tout à fait particulier.

La question du salut

La question du salut est placée par les Pères du concile Vatican II au centre de leur réflexion
sur le rôle de l'Église dans le monde. « C'est en effet l'homme qu'il s'agit de sauver, la société
humaine qu'il faut renouveler. C'est donc l'homme, l'homme considéré dans son unité et sa
totalité, l'homme, corps et âme, cœur et conscience, pensée et volonté, qui constituera l'axe de
tout notre exposé6 ».

L'Église, en poursuivant la fin salvifique qui lui est propre, ne


communique pas seulement à l'homme la vie divine : elle répand aussi, et
d'une certaine façon sur le monde entier, la lumière que cette vie divine
irradie, notamment en guérissant et en élevant la dignité de la personne
humaine, en affermissant la cohésion de la société et en procurant à
l'activité quotidienne des hommes un sens plus profond, la pénétrant
d'une signification plus haute. Ainsi, par chacun de ses membres comme
4
Adversus haereses IV, 20, 7.
5
Le terme traditionnel de « salut » comporte une plénitude qu’aucun autre mot ne saurait intégrer :
libération du mal et de la mort, accomplissement de la vie en plénitude pour les humains et la création
entière, union au Christ et communion à la vie trinitaire dans la béatitude éternelle.
6
Gaudium et spes, 3,§ 1.

5
par toute la communauté qu'elle forme, l'Église croit pouvoir largement
contribuer à humaniser toujours plus la famille des hommes et son
histoire.
VATICAN II, Gaudium et spes, 40, § 3.

Par la rencontre du Christ, Nouvel Adam, Homme nouveau, l'humanité est révélée à elle-
même. En lui, l’humanité « découvre la sublimité de sa vocation7 » qui consiste à s'accomplir
en étant associée au mystère pascal et en se laissant guider par l'Esprit pour trouver la vie en
communiant à l'amour du Père. « Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même
plus homme8».

Jean-Paul II a inscrit cette orientation conciliaire dans sa propre réflexion dès le début de son
pontificat, en présentant l’humain comme « la route de l'Église, route qui se déploie, d'une
certaine façon, à la base de toutes les routes que l'Église doit emprunter, parce que l'homme –
tout homme sans aucune exception – a été racheté par le Christ, parce que le Christ est en
quelque sorte uni à l'homme, à chaque homme sans exception, même si ce dernier n'en est pas
conscient9 ». Comme les Pères du Concile, il souligne comment « le Verbe de Dieu, en
prenant sur lui notre nature humaine, à l'exception du péché (He 4, 15), manifeste le dessein
du Père qui est de révéler à la personne humaine la manière d'arriver à la plénitude de sa
vocation […]. Ce faisant, Jésus non seulement réconcilie l'homme avec Dieu mais il le
réconcilie aussi avec lui-même, en lui révélant sa nature10 ».

Dans un contexte où l’on tend à réduire le progrès et le développement à leur dimension


économique ou technologique, la question du devenir humain concerne à la fois la personne et
les sociétés dans leur ensemble. C’est pourquoi l'Église sent le besoin de poser certaines
« questions essentielles relatives à la situation de l'homme aujourd'hui et dans l'avenir. […]
Est-ce que l'homme, en tant qu'homme, se développe et progresse, ou est-ce qu'il régresse et

7
Id., 22, § 1.
8
Id., 41, § 1.
9
JEAN-PAUL II, Redemptor hominis, (Le Rédempteur de l’homme), 1979, 14.
10
JEAN-PAUL II, Ecclesia in America (L’Église en Amérique), FIDES, 1999, 10, citant l'Assemblée du
Synode des Évêques pour l'Amérique, proposition 9.

6
se dégrade dans son humanité11? » Aux jeunes rassemblés à Toronto pour la Journée
mondiale de la jeunesse, Jean-Paul II soumettait la même interrogation : « La question qui se
pose est dramatique : sur quelles fondations faut-il construire la nouvelle époque de l'histoire
qui émerge des grandes transformations du 20e siècle? Sera-t-il suffisant de parier sur la
révolution technologique en cours, qui semble être guidée uniquement par des critères de
productivité et d'efficacité, sans référence aucune à la dimension religieuse de l'homme et
sans un discernement éthique universellement partagé12? » Ces questions de Jean-Paul II
permettent d’entendre pour aujourd'hui l'annonce du Royaume et la promesse du salut. Elles
invitent à chercher, par l'analyse de la conjoncture actuelle, les médiations que ce salut peut
emprunter et les conditions de son accueil par nos contemporains.

L'humanité comme projet

L'expérience démontre qu'il ne suffit pas d'appartenir à l'espèce humaine pour être pleinement
humain. Bien que toute personne possède une dignité inaliénable comme enfant de Dieu créé
à son image, il appartient à notre liberté de répondre à l’appel ainsi inscrit en nous. C’est en ce
sens qu’on peut parler d’un processus d’humanisation jamais achevé, qui se poursuit à travers
les attitudes et les choix que nous adoptons. Le 20e siècle, avec ses inconcevables violences, a
fait la démonstration du retour toujours possible de l’inhumanité. Le siècle qui commence en
est déjà entaché. C'est seulement à la suite d'une option de vie, à travers un retournement
intérieur ou une conversion du cœur, que la vie humaine peut s'humaniser davantage, et cela
vaut autant pour les personnes que pour la société.

La question du devenir humain dans le monde actuel

Nombreux sont les défis posés à l'espérance dans le monde actuel. Par-delà les guerres, la
violence multiforme, l'injustice sociale, la détérioration de l'environnement, ces défis se
concentrent pour ainsi dire autour de la question du devenir humain comme tel. Cette question

11
Redemptor hominis, 15.
12
Journée mondiale de la jeunesse 2002, 27 juillet.

7
apparaît de plus en plus comme un enjeu fondamental du monde contemporain. La
globalisation économique se poursuit dans une indifférence trop fréquente à l’humain. Les
révolutions informatique et génétique conduisent à envisager des modifications de l’humain
jusqu’à maintenant impensables. On en vient à parler […] du post-humain et du post-
humanisme pour signifier que l’humain tel que nous l’avons connu jusqu’à maintenant tire à
sa fin… Quelle serait alors la frontière entre ce « post-humain » et l'inhumain? D’autres
s’appuient sur des analyses scientifiques ou philosophiques pour entrevoir une extinction plus
ou moins rapide de l’humanité, qui pourrait notamment être causée par un nihilisme
entraînant la dépréciation de l’humain et l’érosion de sa volonté de vivre13. Sans verser dans
le catastrophisme, il faut bien se rendre compte que c'est désormais l'avenir de l'humain en
tant que tel qui est en cause, l'humain universel qui se trouve au fondement du droit, de la
morale et de toute civilisation digne de ce nom. Devant une menace aussi radicale, il devient
urgent de retrouver « le goût de l’avenir » et la volonté de faire du devenir humain un projet
commun14.

La pertinence de la proposition chrétienne

La rencontre du Christ ouvre le devenir humain à des perspectives inédites : la recherche de la


vie par le chemin des Béatitudes et de la Croix ; la victoire sur le mal, la violence et la mort;
la divinisation par la participation à la vie trinitaire. C'est en favorisant cette rencontre de
Jésus Christ que l’évangélisation apporte sa contribution à l’humanisation intégrale des
personnes et de la société. Mais qu’entend-t-on par « humanisation intégrale »? Comment
faire percevoir la pertinence de la contribution chrétienne à cette humanisation ?

13
Voir entre autres : Peter SLOTERDIJK, Règles pour le parc humain, Mille et une nuits, 2000; Jean-
Claude GUILLEBAUD, Le principe d’humanité, Seuil, 2001; Jean-François MATTÉI, La barbarie
intérieure, P.U.F., 2001; Jürgen HABERMAS, L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme
libéral?, Gallimard (Essais), 2002 ; Hervé FISCHER, Cyber Prométhée. L’instinct de puissance à l’âge
du numérique, VLB Éditeur, 2003 ; Dominique LECOURT, Humain post humain, PUF, 2003; Christian
GODIN, La fin de l’humanité, Éd. Champ Vallon, 2003.
14
J. C. GUILLEBAUD, Le goût de l’avenir, Seuil, 2003; Jacques GRAND’MAISON, Réenchanter la vie,
Fides, 2002; Michel SERRES, Hominescence, Éd. Le Pommier, 2001.

8
1. Par humanisation, on entend ici le processus par lequel les personnes et les sociétés
s’efforcent d’atteindre à l’authenticité humaine. Par humanisation intégrale, on veut d’abord
signifier que le devenir humain suppose l’ouverture à une transcendance. Celle-ci peut
d’ailleurs être reconnue aussi dans une conception non religieuse du devenir humain. Pour la
foi chrétienne, cette transcendance consiste dans la communion au mystère du Christ crucifié
et glorifié. « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin que
vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est communion avec le
Père et avec son Fils Jésus Christ » (I Jn 1, 3). Cette grâce de la communion avec le Père et
avec le Christ révèle en même temps à la personne ce qui fait son humanité la plus profonde :
sa condition de fils ou de fille de Dieu. L’expérience de cette humanité nouvelle est à
l’origine du monde nouveau que le Christ appelle le Royaume de Dieu.

L’humanisation en Jésus Christ se réalise par l’accueil du don de la filiation adoptive qui
nous fait communier à la vie du Fils par le travail de l’Esprit (Ga 4, 5ss; Rm 8, 14-17). Il
s’agit d’une véritable régénération (Tt 3,5; 1 P 1,3), d’une nouvelle naissance (Jn 3, 3-5),
d’une « divinisation » par la participation à la vie trinitaire (2 P 1,4). Il ne s’agit pas
d’échapper à la finitude de la condition humaine ou de s’attribuer des prérogatives divines
auxquelles le Christ lui-même a renoncé (Phil 2, 1-11). La divinisation dont il est ici question
est indissociable d’une manière humaine d’être et d’agir à la suite du Christ.

2. Quelle est la pertinence de la proposition d’une vie filiale dans le Christ au regard du
questionnement actuel sur le devenir humain? La foi chrétienne rattache l’humanisation à
l'accueil d’un don qui vient du Père par la médiation du Fils et l’action de l’Esprit. La nature
relationnelle de la personne humaine trouve ainsi son fondement dans sa participation à la vie
d’un Dieu qui est en lui-même relation, don et communion dans l’amour. Cela entraîne des
conséquences importantes en rapport avec la problématique actuelle de l’humanisation.

 La personne humaine est menacée de façon particulièrement grave aujourd’hui par


différentes formes de violence, d’exclusion et d’intolérance. Les individus, les groupes et
les nations sont facilement tentés de s’enfermer dans le monde clos de leur intérêt

9
particulier. Ils cherchent alors à imposer leur domination au nom d’une rationalité
culturelle, politique ou économique. C’est ce qu’on peut appeler la tentation totalitaire.
La communion à la vie trinitaire libère de cet enfermement. Elle ouvre à la reconnaissance
et au respect absolu de la dignité humaine, fondée sur l’appel adressé à tous de communier
à la vie divine. Elle pousse à faire tomber les murs qui dressent les personnes et les
sociétés les unes contre les autres.

 Une autre menace qui pèse lourdement sur le devenir humain en ce début du troisième
millénaire est celle de la tentation de la démesure, par laquelle les humains voudraient
s’ériger en maîtres absolus de leur devenir et de celui de la création. La vie reçue et
partagée au nom du Père conduit à la reconnaissance d’une limite à respecter dans
l’exercice des pouvoirs que procurent la science et la technologie. L’humain n’est pas
modifiable et manipulable à volonté, du fait qu’il tient son caractère propre d’un Autre
envers lequel il est redevable.

 En ce temps de désaffection à l’égard des institutions traditionnellement porteuses de la


transcendance, on se trouve devant la nécessité de revisiter nos représentations religieuses.
Ceci peut provoquer de saines recherches mais aussi conduire à la tentation de l’idolâtrie.
L’être humain s’est de tous temps fabriqué des dieux conformes à son désir. Parce que le
Père se fait connaître par la médiation du Fils, il est impossible de se donner de Lui une
image faite sur mesure pour légitimer nos visées personnelles ou collectives : le visage de
Dieu est irrévocablement pour les chrétiens celui qui est révélé par l’Esprit en Jésus de
Nazareth.

 Devant la récurrence du mal dans nos vies et dans le monde, la tentation du désespoir
risque de miner les efforts d’humanisation. La confiance dans le Père et l’abandon à l’agir
de l’Esprit permettent de vivre dans l’espérance envers et malgré tout. Le devenir humain
ne relève pas que de nos efforts. Malgré nos insuffisances, nous mettons notre confiance
en Celui qui achèvera l’œuvre qu’il a commencée au nom de son Père (He 7, 25; 10, 14).

10
Orientation générale pour la formation à la vie chrétienne

En cohérence avec ce qui précède, l’Assemblée des évêques du Québec souhaite orienter les
activités de formation à la vie chrétienne dans la perspective du soutien que l'Église
catholique veut apporter à l'humanisation des personnes et du monde en proposant le salut en
Jésus Christ. C’est pourquoi elle définit l'orientation générale suivante pour la formation à la
vie chrétienne au Québec pour les années à venir :

Ouvrir à la rencontre du Christ, voie d’humanisation intégrale pour les


personnes et pour le monde.

Cette orientation est ancrée dans la mission évangélisatrice de l’Église. Elle s'appuie sur
l'affirmation du concile Vatican II : « Le Christ, dans la révélation même du mystère du Père
et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa
vocation15 ». Elle s’inscrit dans la finalité de la catéchèse telle que définie par le Directoire
général pour la catéchèse : « La relation entre le message chrétien et l'expérience humaine
[…] découle de la finalité même de la catéchèse, à savoir, mettre la personne humaine en
communion avec Jésus Christ. […] La catéchèse travaille à cette identité d'expérience
humaine entre Jésus, le maître, et le disciple; elle enseigne à penser comme Lui, à agir comme
Lui, à aimer comme Lui. Vivre la communion avec le Christ, c'est faire l'expérience de la vie
nouvelle de la grâce16. »

Cette expérience de la vie nouvelle, qui est vie en abondance (Jn 10, 10), désigne précisément
l'humanisation telle qu'elle est ici entendue : il s'agit du salut de l'humain à la suite du Christ,
premier-né de l'humanité nouvelle, et de sa sanctification dans l'Esprit; de la libération de tout
esclavage, de tout ce qui aliène l'être humain et l'enferme en lui-même, dans l'ordre personnel
ou collectif : d’un salut réalisé par l’accueil et le partage de l’amour en quoi consiste la vie
même de Dieu, Père, Fils et Esprit. Il s'agit ainsi de sauver l'humain dans l'humain, de «

15
Gaudium et spes, 22, § 1
16
CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire général pour la catéchèse, Libreria editrice Vaticana,
Ottawa, Éd. Concacan, 1997,116.

11
redresser l'homme, dans les autres comme en soi-même17 » en montrant comment « l'homme
passe l'homme, infiniment » (Pascal). Orienter la formation à la vie chrétienne dans le sens de
l’humanisation ne signifie pas qu’on se limite à la dimension psychologique ou sociologique
du développement humain. « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que
dans le mystère du Verbe incarné »18.

La Parole dans le devenir humain

La formation à la vie chrétienne peut elle-même être considérée comme une voie
d’humanisation dans le sens de la vie nouvelle. La parole19, constitutive de l’humain en tant
que tel, est centrale dans cette formation. L’éveil et la maturation de la foi procèdent en effet
de l’incarnation du Verbe dans l’être, l’agir et la parole des humains.

Un défi majeur de l’évangélisation consiste aujourd’hui à se réapproprier le discours chrétien


et à réapprendre à dire sa foi. Comment écouter la Parole de Dieu de manière à nous laisser
transformer par elle? Comment les disciples du Christ peuvent-ils retrouver le chemin de leur
parole comme écho à la Parole reçue, comme manifestation de l’incarnation du Verbe en eux
et chemin de leur humanisation/divinisation?

 La Parole sortie de la bouche de Dieu retourne à lui dans la parole et l’agir de ceux et
celles qu’elle a fécondés (Isaïe 55, 10-11; Mc 4, 1-9, 14-20). Ce mouvement d’accueil et
de partage de la Parole incarnée dans la chair nous fait communier à l’amour filial du
Christ. « Ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement » (Jn 5, 18). « Je ne fais rien de
moi-même : je dis ce que le Père m’a enseigné » (Jn 8, 28; 7, 16; 12, 49; 14, 10).

 Cette communion à la Parole est « la première table » où le pain de vie se donne à


partager, la seconde étant celle de la vie sacramentelle. Ainsi s’opère l’incarnation du

17
Yves BURTELOT, Devenir humain. La proposition chrétienne aujourd'hui, Cerf, Paris, 2002.
18
Gaudium et spes, 22, § 1
19
Il s’agit ici de la parole entendue au sens large, intégrant tout ce qui permet à la personne d’exprimer
son être profond et de donner sens à sa vie.

12
Verbe dans la chair des disciples, leur humanisation/divinisation à travers la filiation
adoptive.

La parole de Dieu chaque jour prêchée est pain.


AUGUSTIN, Sermon 59,3.

A quoi sert de dire que Jésus n’est venu que dans la chair qu’il a prise de
Marie et ne pas montrer aussi qu’il est venu dans ma chair à moi?
ORIGÈNE, homélie sur Genèse 3,7

 La Parole reçue demande à s’incarner à travers la parole prophétique des baptisés, dans
leur effort pour dire leur foi, discerner en Église la volonté du Père et collaborer à l’agir de
l’Esprit en vue du salut des humains.

Il faut donner la parole aux gens. C’est en apprenant à dire leur foi à même leur
expérience qu’ils vont la développer et en faire une réalité de leur vie concrète.
C’est en sachant la dire qu’ils la transmettront aux générations montantes.
Lorsqu’ils ont appris à parler pour dire leur foi, les fidèles savent aussi parler
pour chercher ensemble les chemins d’évangélisation. […] L’ouverture à
l’expression des voix prophétiques est nécessaire, au risque d’être dérangé dans
les confortables habitudes et la tranquille possession de privilèges.
COMITÉ DE THÉOLOGIE DE L’AEQ, Vers l’exercice de la synodalité, Fides, 2000, p.
31, 22-23.

 Le mouvement de l’accueil et du don de la Parole amène une transformation majeure du


rôle du témoin, du catéchète ou du pasteur : il n’est plus celui qui « sait », qui « énonce »
d’un lieu d’autorité; il est celui qui a trouvé le chemin de l’accueil et du don en lui-même
et qui accompagne les autres dans leur recherche de ce chemin de la Parole en eux.

Cet axe du Verbe fait chair nous permet d’établir le fondement théologique et la cohérence de
la formation à la vie chrétienne. De l’accueil de la Parole à la profession de foi qui s’exprime
par l’engagement dans l’amour et la vie sacramentelle, une même trame est à l’œuvre : le
Verbe fait chair nous amène à témoigner par notre parole et notre chair transformée de
l’œuvre d’humanisation dans le Christ par l’Esprit.

13
II

LA FORMATION À LA VIE CHRÉTIENNE


DANS LE PROJET DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE AU QUÉBEC

L’orientation vers un processus permanent d’humanisation dans le Christ a inspiré le choix de


l'expression formation à la vie chrétienne pour désigner les différents processus
d'apprentissage conduisant de l'éveil à la maturité de la foi. En préférant cette expression à
celles d'éducation chrétienne ou d'initiation à la vie chrétienne, on entend marquer le
caractère global de ce projet, qui ne se limite ni à l'initiation, ni à un âge donné, ni à un type
de parcours. Le mot « formation », utilisé par le Directoire général pour la catéchèse lui-
même à propos de la catéchèse20, désigne dans la culture actuelle tout type d'apprentissage et
d'entraînement faisant appel à l'ordre conceptuel ou affectif aussi bien que pratique. Il a des
connotations liées à l'élaboration, au développement, à des démarches pédagogiques
délibérées et structurées. C'est ainsi qu'on parlera par exemple de formation progressive des
idées ou des sentiments, du jugement ou du caractère, de formation morale ou spirituelle,
professionnelle ou technique, de formation artistique, littéraire ou scientifique, etc. Dans cette
perspective, la formation à la vie chrétienne vise à proposer un ensemble d'expériences, de
références et de moyens d'apprentissage pour favoriser la communion avec le Christ.

Les efforts de formation à la vie chrétienne dans les différents diocèses prendront tout leur
sens dans la mesure où ils s'intégreront au projet global de l'Église catholique au Québec.
C'est pourquoi il paraît utile de présenter à titre d’orientations pastorales la vision de la foi de
la personne croyante et de l'Église que nous entendons privilégier à travers les diverses
activités de la formation à la vie chrétienne.

1. Quelle est cette foi qui illumine nos cœurs? (Ep 1, 18)
— Une vision partagée de la foi —

20
Directoire…, 84.

14
La foi religieuse est une expérience aux multiples facettes. Elle suppose écoute, recherche,
questionnement, liberté, discernement. On peut la vivre de différentes manières, et parfois s’y
égarer sur des chemins de traverse. Quelle est la foi à laquelle nous invite l’Évangile?
Comment se représenter l’expérience croyante à laquelle veut conduire l'activité catéchétique
et pastorale de l'Église?

On s’ouvre à la foi au milieu de cheminements de toutes sortes : ceux du doute et du désarroi,


de la souffrance et du manque, aussi bien que de la curiosité, de l'exploration patiente ou de la
créativité. La foi prend racine dans des expériences humaines fondamentales : l'amour, un
choix de vie, la solidarité, la faillibilité, l'indigence, l’impuissance, comme autant de lieux de
rencontre avec la vérité, l'abandon de soi et la liberté intérieure. Dans toutes ces situations
existentielles, on peut chercher « à dégager l'expérience spirituelle qui sourd de la vie, qui
étonne, qui fait pressentir l'essentiel, qui réveille, qui met en route, qui fait vivre 21 ». Ces
expériences ouvrent les personnes à une transcendance, à une réalité qui mérite qu'on s'y
consacre absolument et qui confère à l'existence son sens et son unité.

Cet enracinement humain de la foi demande à être cultivé pour lui-même. Il conduit à des
expériences spirituelles qui mettent déjà la personne sur la voie de son humanisation. Il peut
aussi constituer le terreau dans lequel germera la foi. À travers de telles démarches, une
personne peut être amenée à reconnaître en Jésus Christ le sens profond de ce qu'elle vit et la
manifestation d'une présence aimante au cœur de son expérience. Elle peut alors s'ouvrir au
don de cet amour et entreprendre de mieux connaître le Christ, de s'attacher à lui et de le
suivre.

La foi chrétienne est, avant tout, conversion à Jésus Christ, adhésion


pleine et sincère à sa personne et décision de marcher à sa suite. La foi est
une rencontre personnelle avec Jésus Christ; c'est devenir son disciple, à
savoir s'engager à penser comme lui, à juger comme lui et à vivre comme
il a vécu. Le croyant s'unit ainsi à la communauté des disciples et fait
sienne la foi de l'Église.
Directoire…, 53

21
AEQ, Proposer aujourd'hui la foi aux jeunes : une force pour vivre, Fides, 2000, p. 18.

15
Cette expérience de rencontre et de conversion est au cœur de la foi et du projet catéchétique.
Elle relève d'un choix toujours à renouveler et ne supprime pas le doute ou l’incertitude. Dans
l'ordre de la connaissance comme de l'expérience, la vérité « est reçue mais elle est également
découverte. Elle demeure au-delà de nous-mêmes, mais elle nous advient par une activité du
sujet, à travers un itinéraire personnel22 ». La grâce de la reconnaissance, de l'assentiment et
de l'abandon confiant soutient de l'intérieur un engagement qui fait appel au tout de la
personne : chair et esprit, intelligence, cœur et volonté. Il importe donc que la formation à la
vie chrétienne trouve le meilleur équilibre possible entre expérience et connaissance. En effet,
le piège d’une religion purement doctrinale, où la connaissance suffirait à procurer le salut, est
aussi périlleux que celui d’une religion purement affective ou piétiste, coupée de ses attaches
rationnelles.

2. « Voici… mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12, 48-50)


— Un profil de disciple —

Le Nouveau Testament présente plusieurs traits auxquels les disciples de Jésus peuvent être
reconnus. À la question qu'il pose lui-même sur l'appartenance à sa famille, Jésus répond :
« Voici ma mère et mes frères : quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c'est
lui mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12, 48-50). En quoi consiste donc cette « volonté du
Père »? Cette question trouve notamment sa réponse dans les Béatitudes, les paraboles, le
Notre Père, la prière de Jésus pour l'unité avant sa Passion, l'éloge de l'amour fraternel par
Paul (I Cor 13), la description de la vie des communautés primitives dans les Actes des
Apôtres. Ce sont là autant de lieux où sont présentés des traits du disciple de Jésus (Jn 15, 8).

L’accomplissement de la volonté du Père se traduit dans des pratiques spécifiques à la foi


chrétienne. Dans le document Proposer aujourd’hui la foi aux jeunes : une force pour vivre,
nous avons rappelé les cinq chemins de « la vie douce et amère », du « service rendu », de «
la parole partagée », de « la prière intérieure », et du « pain rompu23 ». Nous avons aussi
donné des indications sur les apprentissages et les compétences à développer pour vivre en

22
AEQ,Annoncer l'Évangile dans la culture actuelle au Québec, Fides, 1999, p. 35.
23
Proposer aujourd’hui …, p. 25-30.

16
chrétien au 21e siècle : mettre en récit sa propre expérience de salut et de libération, jouer un
rôle de témoin, lire l'Écriture et l'actualiser, situer sa propre expérience religieuse par rapport
à la tradition chrétienne, chercher des raisons de croire et développer l'intelligence de la foi,
partager sa foi et en rendre raison, prendre la parole à l'intérieur de sa foi chrétienne,
dialoguer avec différentes catégories de personnes, discerner les signes des temps24.

Tout en réitérant ces objectifs, il y a lieu de les rattacher à l’orientation générale proposée ci-
haut. C'est dans l'expérience humaine que se propose la révélation et la rencontre de Dieu en
Jésus Christ. « L'expérience vécue à la lumière de la foi devient en quelque sorte un lieu de
manifestation et d'accomplissement du salut, où Dieu, conformément à l'économie de
l'Incarnation, atteint l'homme par sa grâce et le sauve25.» C'est dans une certaine manière de
vivre notre vie humaine et de l'honorer en autrui que nous apprenons à vivre à la suite de
Jésus, en communion avec le Père, sous la conduite de l'Esprit.

Dans cette perspective, voici certains traits du profil chrétien dont la formation à la vie
chrétienne cherchera à favoriser l'apparition chez les chrétiennes et les chrétiens, tout en
tenant compte de la diversité des vocations et des cheminements personnels.

 Les disciples de Jésus apprendront à voir dans le Fils crucifié et ressuscité l'être humain
renouvelé par le don de l'amour du Père dans l'Esprit. Ils chercheront à marcher à la suite
du Christ comme révélateur et premier-né de cette humanité nouvelle, promise à la
plénitude de la vie.
 Dans le contexte actuel, il sera nécessaire qu’ils développent une compréhension réfléchie
des enjeux du devenir humain et une capacité de comprendre comment l’humanisation
personnelle et collective est liée à l’avènement du Règne de Dieu26.
 Ils développeront leur capacité de dire leur foi et d’exercer leur mission prophétique de
baptisés.

24
Annoncer l'Évangile…, p. 71-81.
25
Directoire…, 152, c.
26
Directoire…, 175.

17
 Ils apprendront à faire communauté, puisque la vie nouvelle se vit dans la famille, dans la
communion fraternelle et l’engagement en Église.
 Chacun selon son charisme, ils s'habiliteront à collaborer aux diverses recherches visant à
faire découvrir aux humains la grandeur de leur appel, à défendre la dignité de toute
personne et en particulier celle des plus vulnérables, à faire avancer la justice et la paix
dans le monde27.
 Ils apprendront à trouver, parmi les adeptes de religions ou de visions du monde
différentes, des partenaires de réflexion, de dialogue et d'engagement. Ils considéreront ces
personnes comme des frères et sœurs dans la communion au désir de Dieu sur le monde.

3. À quelle espérance l'Église est-elle appelée? (Ep 4,4)


— Une façon de faire l'Église —

« La foi se vit dans la communauté chrétienne et s'annonce dans la mission : c'est une foi
partagée et annoncée28 ». La formation à la vie chrétienne conduit à participer à la vie
ecclésiale. Il faut cependant reconnaître que cette dimension pose aujourd'hui des difficultés
particulières. L’Église catholique a perdu beaucoup de ses appuis traditionnels dans la culture
et dans la société québécoises. Comme institution, elle est confrontée à des remises en
question qui affectent sa capacité d’interpellation aux yeux de plusieurs contemporains. Peut-
être ce passage au désert de l'Église offre-t-il la possibilité de repenser de manière créatrice la
question du devenir ecclésial?

Tout en demeurant réaliste sur les conditions actuelles de l'exercice de sa mission, l'Église sait
qu'elle pourra toujours compter sur la fidélité de l'Esprit à la renouveler et à la guider. Des
signes encourageants attestent d'ailleurs cette réalité. Mentionnons la participation des laïques
aux activités pastorales, la diversification des ministères, la fécondité de la pensée
théologique, l'importance des ressources humaines et matérielles consenties aux fins de
l'évangélisation, la vitalité de certains mouvements de jeunes, les formes variées de

27
Annoncer l'Évangile…, p. 84-86.
28
Id., 84.

18
rassemblement communautaire qui naissent ici et là, le témoignage de chrétiens qui
s'engagent en faveur de la justice, de la paix et de l'intégrité de la création.

L'Église catholique continue donc d'assumer avec confiance sa mission d'évangélisation en


tentant de lire les signes des temps et d'écouter les appels de l'Esprit. En cohérence avec
l’orientation générale (cf. p.11), la formation à la vie chrétienne favorisera une certaine
manière de faire advenir l’Église en privilégiant tout particulièrement le développement des
traits suivants :

 Les baptisés rassemblés en Église sont appelés à être signe du don de Dieu, Père, Fils
et Esprit, qui est l'Amour. Le témoignage de cet amour et de la vie nouvelle qu'il
engendre est donné d’abord dans l’engagement au service du Royaume de Dieu. Jésus
a clairement indiqué la voie privilégiée de ce service auquel il a lui-même consacré sa
vie : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour
annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres » (Lc 4, 18; Mt 11, 5). À la suite de Jésus,
l’Église est appelée à devenir servante et pauvre.

 Le service du Royaume se traduit aussi par des modes de fonctionnement interne et de


présence à la société. L'Église se veut un signe de communion dans la foi et la parole
partagées, la fraternité, la coresponsabilité, la prière et l'engagement, par-delà toute
différence de condition sociale, d'origine culturelle ou de formation intellectuelle. Elle
se reconnaît appelée à renoncer à toute position de pouvoir dans la société pour adopter
une attitude de solidarité fraternelle. Elle cherche à « rejoindre les personnes et à les
rencontrer sur leur terrain29 ». Elle souhaite s'engager dans les débats publics « en y
apportant sa contribution propre et les ressources de sa tradition30 ». Dans un esprit
d'œcuménisme et de rencontre interreligieuse, elle veut collaborer avec des personnes
ou des groupes de différentes confessions ou allégeances à toute réflexion sur le
devenir humain et à tout effort pour le promouvoir.

29
COMITÉ ÉPISCOPAL DE L’ÉDUCATION, Options privilégiées en éducation de la foi des adultes, 1994, p.
11-12.
30
Annoncer l'Évangile…, p. 43.

19
 Les baptisés sont aussi appelés à s'acquitter de leur mission prophétique en prenant la
parole en communauté et dans la société. Ils n'hésiteront pas à se compromettre
publiquement au nom de la Parole qui leur a été confiée, à annoncer la nouveauté de
vie offerte par le Christ au monde, et à dénoncer tout mépris ou toute banalisation de la
dignité humaine. Ceci implique notamment le rappel constant de la grandeur de Dieu,
de la dimension spirituelle de l'être humain et de son ouverture à la transcendance; une
vigilance assidue devant toute violation des droits, des libertés et des consciences; un
refus de l'exclusion ou de l'appauvrissement des uns au nom de la prospérité des autres.
L'exercice de cette mission fait appel à l'écoute assidue de la Parole, au discernement
communautaire, à la contemplation et à la prière.

Ces différents traits de l'expérience ecclésiale seront, dans toute la mesure du possible,
privilégiés dans chaque communauté de foi. C'est la condition d'un authentique
accompagnement communautaire de la formation à la vie chrétienne. La fécondité de cette
formation dépend en effet dans une bonne mesure de la manière dont les chrétiens d'ici feront
advenir l'Église par leur témoignage, leur engagement, leur expérience de communion
fraternelle.

20
III

LA CATÉCHÈSE
DANS LA MISSION D'ÉVANGÉLISATION

1. Le contexte socioreligieux

L’Évangile est toujours annoncé dans une époque et une culture données. Le dialogue que
Dieu veut établir avec son peuple emprunte le langage qui est le sien. De même, l’Église veut
chercher à servir ce dialogue en réduisant « l’écart qui s’est creusé entre les pratiques
ecclésiales et la culture actuelle »31. Le travail de l’évangélisation appelle sans cesse de
nouveaux ajustements pour que la Parole de Dieu puisse être entendue dans tel ou tel contexte
socioculturel. L'analyse de certains changements culturels, sociaux, politiques, éthiques et
spirituels de notre époque a été reprise récemment dans des documents de l'Assemblée des
évêques du Québec32. On y évoque notamment les aspects suivants.

La culture médiatique ou de la communication fait en sorte que « l'abondance, la diversité et


l'immédiateté des informations diffusées ont pour première conséquence d'ébranler les
certitudes tranquilles33 » et les appartenances inconditionnelles. Si cet éclatement contribue au
développement de l’autonomie, il peut aussi engendrer l’indécision et la difficulté d’unifier sa
vision du monde. Le pluralisme des options religieuses expose les croyants à des visions du
monde différentes, parfois riches et complémentaires, parfois opposées et en compétition. Ce
pluralisme s'insinue à l'intérieur des grandes traditions religieuses et du sujet croyant lui-
même. Ceci crée un écart grandissant entre des catholiques de diverses tendances qui
choisissent de plus en plus leurs propres représentations religieuses. La revalorisation du
sujet entraîne une forte revendication d'autonomie, une répulsion pour toute forme
d'endoctrinement et la validation de toute proposition de sens par l'expérience personnelle et

31
Annoncer l'Évangile…, p. 12.
32
Annoncer l'Évangile…, chap. I; Proposer aujourd'hui la foi..., Introduction.
33
Annoncer l'Évangile..., p. 17

21
le débat démocratique. La sécularisation entraîne une plus nette séparation de l’Église et de
l’État, dans un respect plus grand des compétences respectives. Cela fait que les Églises sont
déchargées de missions qu’elles avaient parfois assumées par suppléance et qu’elles n'ont plus
la même emprise sur la vie sociale. Dans cette mouvance, c’est le religieux comme tel qui
finit par se trouver de plus en plus refoulé dans les marges de la privatisation.

L'évangélisation s’exerce aujourd’hui dans le contexte d’une profonde déchristianisation des


sociétés occidentales, marquées par un divorce entre la foi et la culture. L'ignorance, les
malentendus et les résistances concernant la religion en général et le christianisme en
particulier sont tenaces. Cette situation exige un important travail de déconstruction et de
recomposition des significations religieuses. C'est dans ce contexte que Jean-Paul II promeut
une nouvelle évangélisation, aussi appelée seconde évangélisation ou mission ad intra, pour
annoncer au monde d'aujourd'hui le même Évangile dans des conditions et avec des approches
nouvelles34, afin d’aider à redécouvrir la pertinence de la proposition chrétienne. Cette
nouvelle ou seconde évangélisation ne concerne pas seulement les individus, mais aussi les
cultures à imprégner de l’esprit évangélique. Elle vise l’inculturation de la foi, une nouvelle
rencontre entre l’Évangile et la vie35.

Au Québec, ces traits généraux de la culture moderne dans les sociétés d'abondance se
doublent de caractéristiques sociales particulières. On ne peut négliger par exemple le
phénomène préoccupant de la faible natalité et celui du taux de suicides élevé, qui posent tous
deux question sur les enjeux du devenir humain dans notre société. De même, la concentration
de la pauvreté dans les familles monoparentales, la pénurie de logement social, le nombre
croissant de jeunes prostitués ou sans abri, la réduction des services publics destinés aux
populations à risque et de nombreuses autres tendances du même genre soulèvent de graves
questions sur la capacité de notre société de faire corps pour soutenir ses membres les plus

34
Cf. les exhortations post-synodales Christifideles laici (1988) et Ecclesia in America (1999);
l'encyclique Redemptoris Missio (1990); la lettre apostolique Novo millennio ineunte (2001).
35
Cf. Hervé CARRIER, «Évangélisation de la culture» et « Nouvelle évangélisation » dans Dictionnaire de
théologie fondamentale, Bellarmin/Cerf, 1992, p. 398-408.

22
vulnérables. Se trouve ainsi posée la question du devenir humain : l'évolution actuelle nous
conduit-elle vers plus ou moins d'humanité?

Dans ce contexte social et culturel, la pertinence de l’Évangile n’apparaît pas comme allant de
soi. Comment redécouvrir en Jésus Christ une source de libération et de vie? Comment
trouver dans la communion à son mystère la source et le chemin d'une humanisation
véritable? Ce sont les questions auxquelles doit répondre l’évangélisation aujourd’hui.

2. La perspective unificatrice de l'évangélisation

Évangéliser est « la grâce et la vocation propre de l’Église, son identité la plus profonde »36.
Cette mission d'évangélisation est une collaboration à la mission du Fils et de l'Esprit, par
lequel le Père veut communiquer son amour au monde. « Évangéliser, pour l’Église, c’est
porter la Bonne Nouvelle dans tous les milieux de l’humanité et, par son impact, transformer
du dedans, rendre neuve l’humanité elle-même »37. La préoccupation du devenir humain,
comme enjeu central du contexte actuel, acquiert ici tout son sens en rapport avec l’Évangile
du salut.

L’évangélisation intègre différentes dimensions inséparables rappelées d’ailleurs par Paul VI


dans l'exhortation apostolique Evangelii nuntiandi. À sa suite, le Directoire général pour la
catéchèse les présente ainsi38 :

 La présence au monde, animée par la charité, en vue d’imprégner, de transformer et de


renouveler l’ordre temporel et les cultures;
 le témoignage de la nouvelle manière d’être et de vivre à laquelle sont appelés les
chrétiens;
 la proclamation explicite de l’Évangile et l’appel à la conversion;
 l’initiation à la foi et à la vie chrétienne et l’incorporation à la communauté chrétienne;

36
PAUL VI, Evangelii nuntiandi, Fides, 1975, 14.
37
Évangelii…, 18.
38
Directoire…, 48.

23
 l’éducation permanente de la foi;
 l’envoi des disciples en mission dans le monde entier.

Toutes ces dimensions font partie de l’unique mission évangélisatrice39. La formation à la vie
chrétienne est au service de l’évangélisation. Elle intègre les divers moyens et processus
d’apprentissage qui sont offerts pour aider les disciples à recevoir et intégrer l’Évangile dans
leur vie, comme le dialogue, l’accompagnement, l’annonce, l’initiation, l’enseignement.

3. La catéchèse parmi les composantes de l'évangélisation

La mission évangélisatrice comporte trois moments essentiels, que le Directoire général


appelle l’activité missionnaire, l’activité catéchistique et l’activité pastorale. Dans le présent
document le terme « mission » sera utilisé dans son acception plus large pour désigner
l'ensemble du travail d'évangélisation. En ce sens, la perspective missionnaire en traverse
toutes les composantes. C’est pourquoi on désignera plutôt le premier de ces trois « moments
» comme la première annonce. De la même façon, la catéchèse ne sera pas restreinte à l’étape
de l’initiation. Plutôt qu’un « moment », elle sera comprise comme une fonction présente sous
différentes formes dans toutes les composantes de l’évangélisation. Le second moment sera
plutôt désigné comme l’initiation chrétienne, le troisième étant la pastorale. Pour chacune de
ces activités des « pôles intégrateurs » serviront d’orientations théologiques.

La catéchèse

La catéchèse « est un itinéraire de formation dans la foi, dans l'espérance et dans la charité,
qui éclaire l'esprit et touche le cœur, portant la personne à embrasser le Christ d'une manière
pleine et complète40 ». « Elle accomplit en même temps des tâches d’initiation, d’éducation et
d’instruction »41. Son but est de conduire à « embrasser le Christ » et à marcher à sa suite sous
la conduite de l'Esprit. Cette rencontre entraîne la conversion du cœur et la transformation de

39
Cf. COMITÉ DES MISSIONS DE L’AEQ, Avancer au large…, 2001, p. 16.
40
Ecclesia in America, 69.
41
Directoire, 68.

24
la vie. Elle introduit dans le mystère de la vie trinitaire et fait entrer dans cette vie nouvelle en
quoi consiste l'humanisation à la suite du Christ. C’est pourquoi la catéchèse doit être vue
« comme apprentissage et entraînement à toute la vie chrétienne42 », « une formation
chrétienne intégrale43 », qui atteint la vie personnelle et sociale.

Dans la catéchèse, il sera bon de tenir compte, surtout dans un continent comme
l'Amérique où la question sociale revêt un caractère important, du fait que « la
croissance dans la compréhension de la foi et son expression pratique dans la vie
sociale sont en liens étroits. Les forces employées pour faciliter la rencontre avec le
Christ ne peuvent pas ne pas avoir une répercussion favorable dans la promotion
du bien commun dans une société juste ».
JEAN-PAUL II, Ecclesia in America, 69.

La première annonce

Il importe de bien prendre la mesure de la gravité de la déchristianisation de la société


québécoise. De plus en plus de gens n’ont que très difficilement accès à l’Évangile. Le
discours chrétien est devenu pour eux impénétrable ou chargé de malentendus. C’est souvent
par des voies indirectes, par une lecture ou une émission de télévision, sur Internet ou à
l’occasion d’une activité culturelle qu’ils se découvriront un intérêt pour la tradition
chrétienne. Le point de départ de leur parcours sera ainsi déterminé par eux-mêmes et non par
les Églises44 .

Dans un tel contexte, la première annonce ne pourra pas immédiatement prendre la forme de
la proclamation kérygmatique. C’ est d’abord par le témoignage qu’elle s’exercera, à travers
une manière d’être et d’agir qui pose question, qui ouvre à une recherche, en faisant percevoir
quelque chose du devenir humain à la suite du Christ. Ce témoignage pourra notamment
prendre la forme de la participation à la défense des appauvris et à la promotion des droits
humains, de la sensibilité à la recherche actuelle d’une spiritualité laïque, de la capacité de
dialogue avec des personnes incroyantes ou agnostiques, de l’accueil des différences

42
Id., 30, 67.
43
Id., 84.
44
Cf. AEQ, Annoncer l’Évangile…, p. 22.

25
culturelles ou religieuses. Dans ces divers modes de présence, on fera confiance au
rayonnement des attitudes évangéliques marquées par l’esprit des Béatitudes.

Pour produire tout son fruit, le témoignage a besoin d’être éclairé, complété par une parole
dans laquelle sont annoncés le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le
mystère de Jésus de Nazareth Fils de Dieu. Cette « proclamation kérygmatique » demande à
se faire à la fois explicite, ferme, sans timidité ni détour, et sensible au contexte culturel. Elle
propose la révélation de Dieu et du salut en Jésus Christ à des personnes qui ne connaissent
pas l’Évangile ou qui ne perçoivent plus ce qu’il peut apporter à leur quête de signification et
d’humanisation. Elle peut prendre différentes formes, comme le dialogue simple et fraternel
ou la réflexion partagée sur les événements de la vie. Elle pourra recourir aux moyens
modernes de communication. Elle appelle à découvrir ou redécouvrir la soif de Dieu et la
radicale nouveauté de l’Évangile, sa pertinence et sa fécondité pour l’expérience humaine.
Elle invite à un retournement intérieur, à un changement de vie, à une conversion.

Le pôle intégrateur de la première annonce de l’Évangile peut s'énoncer comme suit :

La proposition de Jésus Christ comme révélateur du Père et voie


d’humanisation.

Chez certaines personnes, ce témoignage et cette annonce pourront susciter un intérêt pour la
Parole de Dieu, un temps de recherche, un éveil de la foi, puis une adhésion du cœur « au
monde nouveau, au nouvel état de chose, à la nouvelle manière d'être, de vivre, de vivre
ensemble, que l'Évangile inaugure45.» C'est la conversion initiale, le choix d'une option
fondamentale sur laquelle s'appuiera la suite du cheminement du disciple46.

Cette démarche pourra être soutenue par ce que le Directoire général pour la catéchèse
appelle la catéchèse kérygmatique ou précatéchèse47 et que le présent document nomme

45
Directoire…, 55.
46
Id, 56.
47
Id, 62.

26
plutôt catéchèse d’éveil à la foi48. Celle-ci s'adresse aux personnes qui en sont restées à une
connaissance extérieure du Christ sans avoir vraiment fait le pas d’une conversion initiale au
Christ49, requise pour entrer dans une démarche d’initiation50 et pour s’intégrer à la vie d’une
communauté de foi. Ces personnes peuvent avoir besoin d'un temps de clarification qui
prendra des formes multiples, ajustées à la situation existentielle et au monde intérieur de
chaque personne.

Dans une société déchristianisée, cette étape peut s’avérer d’une grande importance51,
notamment quand il s’agit d’adultes. Même quand il s’agit de jeunes pour lesquels des parents
demandent la préparation aux sacrements, un premier effort d’élucidation est souvent
nécessaire. Il serait illusoire de se précipiter dans des démarches d’initiation et de formation
qui ne reposeraient pas sur un premier intérêt réel en faveur de la proposition chrétienne.
L’illusion de progresser risquerait alors d’être vite contredite par la fugacité des engagements.

L'initiation chrétienne

L’initiation chrétienne est un itinéraire de foi et de conversion, un premier apprentissage de la


vie en communion avec le Christ. Elle suit et met en œuvre la décision d'entrer dans une
démarche de conversion au Christ, de préparation à la confession de foi et à la participation à
la vie ecclésiale. Comme tout processus initiatique, elle fait appel au cœur et au corps aussi
bien qu’à l’esprit et à l’intelligence. Elle vise à « favoriser une profession de foi vivante,
explicite et agissante52». Elle conduit à la célébration des sacrements du Baptême, de la
Confirmation et de l’Eucharistie. Elle permet à une personne d’entrer symboliquement dans le
mystère pascal : « morts avec le Christ, ensevelis et ressuscités avec lui53 ».

48
Cette terminologie est préférée à « précatéchèse », qui n'a pas de valeur descriptive, et à « catéchèse
kérygmatique » qui comporte surtout des connotations cognitives alors que la préparation requise peut
faire appel à d'autres dimensions : affective, symbolique, etc.
49
Directoire…, 61
50
Id, 62.
51
Id., 58; JEAN-PAUL II, Redemptoris missio, 33.
52
Directoire…, 66.
53
CONGRÉGATION POUR LE CULTE DIVIN, Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA), Paris,
Desclée/Mame, 1997, 1.

27
L’initiation chrétienne est une démarche structurée par des temps et des étapes, des rites et des
célébrations. Elle comporte aussi un cheminement catéchétique. La catéchèse d'initiation54
propose une première appropriation de l'Évangile, « centrée sur le noyau de l'expérience
chrétienne, sur les certitudes de la foi et sur les valeurs évangéliques les plus
fondamentales55». Elle se réalise dans le cadre d'une « formation organique et systématique de
la foi », qui est « plus qu'un enseignement : elle est un apprentissage de toute la vie
chrétienne, une "initiation chrétienne intégrale" qui permet une vie authentique à la suite du
Christ, centrée sur sa Personne56 ». Comme il a été rappelé plus haut, cette communion au
Christ et par lui à la vie trinitaire est source d’humanisation et de vie nouvelle.

Dans cette lumière, il est proposé que le pôle intégrateur de l'initiation chrétienne soit :

L'accueil du don de la vie trinitaire comme source et fondement de


l’humanisation en Jésus Christ.

L'activité pastorale
L'activité pastorale consiste à nourrir et à approfondir la foi, l'espérance et la charité des
disciples déjà engagés à la suite du Christ. Elle s'adresse aux fidèles rassemblés dans la
communauté chrétienne57, les accompagne dans leur redécouverte permanente de l'Évangile,
nourrit la communion entre eux et les appelle à vivre la mission. En s’assurant de la
circulation de la Parole au sein de la communauté, elle habilite les chrétiens à dire leur foi et à
exercer leur fonction prophétique. L’activité pastorale se réalise pour l'essentiel à travers la
vie ordinaire d'une communauté : les célébrations liturgiques et les homélies, l'animation de la
vie communautaire, l'accompagnement personnel, la présence au milieu. Elle intègre le souci
missionnaire d'aller à la rencontre des questions, des doutes et des préoccupations des
croyants et des croyantes, en vue de les accompagner dans leur découverte permanente de
l’Évangile et de la personne du Christ.

54
Directoire…, 66-68.
55
Id., 67.
56
Ibid.
57
Id., 49.

28
Le pôle intégrateur de l'activité pastorale proposé ici est :

L’approfondissement de la vie nouvelle à travers la participation à la


communion ecclésiale et à la mission évangélisatrice.

Dans le cadre de l’activité pastorale, la catéchèse permanente58 s'adresse à tous les chrétiens
et chrétiennes appelés à renouveler leur engagement à la suite du Christ tout au long de leur
vie. Elle « suit l'éducation de base et la suppose59. » Elle vise à soutenir la maturation de la
foi60 et la croissance en humanité à la suite du Christ. Elle peut prendre des formes variées,
systématiques ou spontanées, individuelles ou communautaires61. Parmi ces activités, on peut
mentionner « la catéchèse occasionnelle qui aide à interpréter et à vivre dans une vision de foi
certaines circonstances de la vie personnelle, familiale et sociale », l’approfondissement des
Écritures, des démarches de réappropriation du donné chrétien, des initiatives de formation
spirituelle ou théologique62.

°°°°°°°°°°°°°

Les « moments » de l’évangélisation ne constituent pas des étapes étanches dans un processus
linéaire. Une même personne ou un même groupe pourra se retrouver dans l’une ou l’autre
situation tout au long de son cheminement. À chacun des « moments » de l'évangélisation,
l’attention sera portée à la découverte et à l'approfondissement du sens de la vie nouvelle en
Jésus Christ. Cette vie nouvelle sera présentée, étudiée et actualisée comme chemin
d’humanisation pour les personnes et pour le monde. Cette perspective guidera les choix qui
devront inévitablement être faits dans le cours de la formation à la vie chrétienne. C'est ainsi
que la première annonce et la catéchèse d'éveil à la foi s'emploieront à faire apparaître la
pertinence de la proposition chrétienne pour la recherche du sens et du bonheur. Dans le

58
Id., 69-72.
59
Id., 69.
60
Cf. Paul-André GIGUÈRE, Catéchèse et maturité de la foi, Lumen Vitae/Novalis, Bruxelles/Montréal,
2002.
61
Directoire…, 51
62
Id., 71

29
contexte de l’initiation chrétienne, on accordera un intérêt particulier aux personnages, récits
ou passages bibliques permettant de découvrir la rencontre du Christ comme voie
d’humanisation. Dans les activités pastorales, les célébrations liturgiques, la vie fraternelle,
les enseignements fondamentaux de la foi et l’engagement dans le monde seront eux aussi
présentés et vécus dans cette lumière.

30
TABLEAU - SYNTHÈSE

LA CATÉCHÈSE DANS LA MISSION D’ÉVANGÉLISATION


Axe intégrateur : Ouvrir à la rencontre du Christ,
voie d’humanisation intégrale pour les personnes et pour le monde.

LA PREMIÈRE ANNONCE L'INITIATION LA PASTORALE


CHRÉTIENNE

La première annonce de L’initiation chrétienne est une L'activité pastorale consiste à


l’Évangile ouvre à la découverte démarche de formation de base, un nourrir la foi, l'espérance et la
de Dieu et du salut qu’il nous premier apprentissage de la vie en charité des disciples déjà
offre dans le Christ. communion avec le Christ. engagés à la suite du Christ.
Pôle intégrateur : Pôle intégrateur :
Pôle intégrateur : L'approfondissement de la vie
La proposition de Jésus Christ L'accueil du don de la vie nouvelle à travers la
comme révélateur du Père et trinitaire comme source et participation à la communion
voie d’humanisation. fondement de l’humanisation en ecclésiale et à la mission
Jésus Christ. évangélisatrice.

Activités : Activités : Activités :

 Participation aux efforts  Découverte de la Parole de  Recherche de signification à


d’humanisation du monde. Dieu. la lumière de la Parole de
 Dialogue interreligieux.  Profession de foi et célébration Dieu.
 Témoignage de la vie des sacrements d’initiation.  Liturgie.
nouvelle à la suite du Christ.  Premier apprentissage de la vie  Participation à la vie de la
 Première annonce et appel à de disciple dans le monde et communauté et fraternité.
la conversion. dans l’Église.  Formation à la mission et à
l'engagement.
 Catéchèse d’éveil à la foi :  Catéchèse d’initiation :
Accompagnement dans la Accompagnement dans l’accueil Catéchèse permanente :
première ou seconde de la Parole de Dieu, l’écoute Soutien aux démarches de
découverte de la pertinence de l’Esprit et un premier maturation dans la foi.
de l’Évangile. apprentissage de la vie
chrétienne.

Les trois moments essentiels de l'évangélisation : la première annonce, l’initiation


chrétienne et l'activité pastorale, s'entrecroisent de diverses manières.
Ils comportent chacun leurs exigences et leurs modalités propres au regard
de la formation à la vie chrétienne, notamment dans sa dimension catéchétique.

31
32
IV

LIGNES DIRECTRICES DE L'ACTIVITÉ CATÉCHÉTIQUE

Les orientations qui suivent s’inspirent largement de démarches déjà entreprises dans
plusieurs diocèses. Tentant de discerner l’Esprit à l’œuvre dans ces initiatives, l’Assemblée
des évêques du Québec souhaite favoriser la plus grande cohérence possible dans la vision et
les approches à privilégier pour la formation à la vie chrétienne. Une telle cohérence laissera
toujours aux milieux la marge de manœuvre nécessaire pour s’ajuster à leurs caractéristiques
propres. C'est dans cette perspective que sont soumises les lignes directrices de l’activité
catéchétique.

1. Le cœur de la catéchèse

Ce qui guide en premier lieu un projet catéchétique, ce qui en est le cœur, c'est l'appel à entrer
dans l'humanité nouvelle en communiant au mystère du Christ et en marchant à sa suite.
L'ensemble d'un tel projet visera à dégager les sources, les modalités et les implications de
cette rencontre du Christ.

Avant de s'interroger sur les démarches et les tâches de la catéchèse, il y a lieu de se souvenir
que l’entrée dans le Christ procède d'une transformation de l'être par l'accueil du don de
Dieu. Tout le reste, des chemins aux lieux de l’acte catéchétique, n'est que moyen en vue de
cette fin, élément d'un processus organique. Il en découle que l'acte catéchétique s'enracine
dans l'être du catéchète et conduit à l'être du catéchisé. Le chemin proposé aux personnes
catéchisées demande d’abord à être connu et fréquenté par les catéchètes eux-mêmes. Dans
une telle recherche, la première attitude à cultiver est celle de l'écoute. « Le silence est le père
de la parole », disait saint Dominique. La formation à la vie chrétienne reposera sur un
fondement solide si elle s'enracine dans l’attention à l’agir de l’Esprit afin d’y collaborer avec
respect et discernement.

33
2. Les aspects de la démarche catéchétique

L'annonce de l'Évangile vient répondre à une soif, à une attente, et soutenir une démarche
d’humanisation dans le Christ qui n’est jamais terminée. La foi demeure de l’ordre du désir.
Comment éveiller ce désir pour qu’il traverse toute la vie? Comment le guider dans la
recherche de la vérité à faire, d’une sagesse à élaborer en fidélité à l’Esprit? Comment
articuler l’expérience de cette recherche avec les repères fournis par la révélation chrétienne?
Comment favoriser la prise de parole des chrétiens, leur capacité de dire leur foi et d’annoncer
l’Évangile?

Tous ces « comment » font appel à des démarches d'ordre pédagogique. En éducation de la
foi, le souci pédagogique est une façon de se mettre « au service du "dialogue de salut" entre
Dieu et la personne63 ». Il est volonté d’ouverture à « l'action salvifique de Dieu, qui est pure
grâce64. » C'est pourquoi, en situation de catéchèse, la pédagogie demande à être nourrie par
la prière qui ouvre à l'agir de l'Esprit au cœur de l'interaction éducative. Il s'agit d'apprendre à
épouser le mode de cheminement de la parole de Dieu et de sa grâce65. « Il y a un rapport
direct entre le "comment" du dire actuel de la foi et le "comment" de la Révélation66 ».

Parmi les caractéristiques d'une pédagogie de la foi inspirée de cette pédagogie divine, on
peut mentionner en premier lieu le témoignage de l'amour, sans lequel toute pédagogie
demeurerait stérile. « L'amour de Dieu étant la raison ultime de sa révélation, la catéchèse
puise dans cet amour divin intarissable qu'est l'Esprit Saint, sa force de vérité et son
engagement constant pour en témoigner67 ». La fécondité des méthodes employées repose
d'abord sur ce témoignage du témoin ou du catéchète, dont la manière de vivre sa relation
avec les personnes catéchisées sera souvent ce qui laissera les marques les plus profondes.

63
Directoire…, 143
64
Id., 144.
65
Id., 139-147
66
H. DERROITTE, dans Les Actes de Carrefour 2001, « La catéchèse dans la culture actuelle : des passages
à faire », Office de catéchèse du Québec, 2002, p.34.
67
Directoire…, 143.

34
Une seconde caractéristique s'impose de façon toute particulière dans le contexte actuel : le
respect, le soutien et le développement de la liberté. « [La catéchèse] tend à susciter une
réponse libre des personnes68 ». « Ainsi, la catéchèse a-t-elle besoin d'une pédagogie qui
valorise l'espace d'autonomie, de créativité et d'expression69 ». Cela implique le respect des
chemins variés qui conduisent à croire, dans l’abandon à l’agir de l’Esprit. Si l’on peut
transmettre les enseignements de la foi, on ne transmet pas la foi comme acte de confiance et
d’adhésion. Tout au plus peut-on favoriser les conditions de son émergence dans le dialogue,
le témoignage, le soutien au discernement.

La démarche catéchuménale offre des appuis intéressants pour inspirer la mise en œuvre des
activités catéchétiques. « Le catéchuménat est un temps prolongé pendant lequel les candidats
reçoivent de l’Église une formation adaptée de manière que leur conversion et leur foi
parviennent à maturité, ce qui peut demander plusieurs années70 ». Le Directoire général pour
la catéchèse précise que « cette formation catéchuménale doit inspirer les autres formes de
catéchèse, dans leurs objectifs et dans leur dynamisme71 ». En utilisant le terme « inspirer »,
le Directoire suggère que la catéchèse dans son ensemble peut retenir certains éléments des
démarches catéchuménales, sans pour autant les reproduire de façon systématique. Il serait en
effet inapproprié de recourir au catéchuménat comme à un moule rigide. Alors qu’il est
entièrement orienté vers la profession de foi et la réception des sacrements, la catéchèse
d’éveil et la catéchèse permanente peuvent avoir d’autres finalités qui appellent des
démarches adaptées. Dans cette perspective d’une inspiration souple, voici quelques
caractéristiques des approches que nous entendons privilégier.

68
Id., 145.
69
DERROITTE, dans Les Actes de…, p. 33.
70
Rituel…, 103.
71
Directoire…, 59.

35
Une démarche orientée vers la foi adulte

Depuis le concile Vatican II, l'Église a voulu faire en sorte que l'activité catéchétique ne se
limite pas à l'enfance ou à la jeunesse, mais accorde une place centrale au développement de
la foi des adultes. « La catéchèse des adultes est la principale forme de la catéchèse parce
qu'elle s'adresse à des personnes qui ont les plus grandes responsabilités et la capacité de vivre
le message chrétien sous sa forme pleinement développée. […] Pour être efficace, la
catéchèse doit être permanente et elle serait bien vaine si elle s'arrêtait au seuil de la vie
adulte72 ». Le Directoire général pour la catéchèse invite à considérer la catéchèse des
adultes « comme la forme privilégiée de la catéchèse, à laquelle toutes les autres – non moins
nécessaires –, sont d'une certaine manière ordonnées73 », « le principe organisateur qui assure
la cohérence entre les divers processus de catéchèse offerts par une Église particulière […] »,
« […] l'axe porteur autour duquel gravite la catéchèse du premier et du troisième âge, qui
s'inspirent d'elle74. » Cela ne diminue aucunement l’importance des activités catéchétiques
destinées aux enfants ou aux jeunes, dont l'initiation chrétienne demeure essentielle.

Il ne s'agit nullement d'accorder une moindre importance à l'initiation


chrétienne des enfants, mais de situer celle-ci à l'intérieur d'un
dispositif catéchétique global qui concerne l'ensemble de la
communauté chrétienne. Il importe, à cet égard, que les plus jeunes
perçoivent que la catéchèse n'est pas un temps que l'on quitte avec
l'enfance, mais qu'elle est une dimension permanente de la
communauté. Ils vivront alors leur propre catéchèse comme une
introduction à cette catéchèse permanente et variée de la
communauté.
André FOSSION, Dieu toujours recommencé, Essai sur la catéchèse
contemporaine, Bruxelles, Lumen Vitae, 1997, p. 45-47.

La catéchèse destinée aux jeunes devrait être conçue dans la perspective d’un processus
permanent conduisant à la foi adulte. En ce sens, l’ensemble de la formation à la vie
chrétienne est lié à la vision de l’Église et au profil de croyant adulte que l’évangélisation

72
JEAN-PAUL II,Catechesi Tradendae (La catéchèse en notre temps), 43.
73
Directoire…, 59.
74
Id., 275.

36
cherche à actualiser. Parmi les attitudes et les capacités requises dans cette perspective, le
Directoire général mentionne les suivantes : « la maturation dans l'Esprit du Christ
ressuscité »; l'aptitude à « juger correctement, à la lumière de la foi, les mutations
socioculturelles de notre société », à « éclairer les questions religieuses et morales actuelles »,
à comprendre et « expliquer les rapports entre l'activité temporelle et l’activité ecclésiale », à
« développer les fondements rationnels de la foi», à « la prise de responsabilité dans la
mission de l'Église et au témoignage chrétien dans la société75 ». Ces caractéristiques sont
proches de celles qui sont énoncées plus haut à propos du profil du disciple de Jésus Christ
aujourd'hui76.

Une démarche d'accompagnement

En cohérence avec ce qui a été dit précédemment sur le contexte actuel de l’évangélisation, il
convient d’accorder la plus grande importance au respect des cheminements et à la liberté des
sujets. Nos contemporains sont rébarbatifs à des présentations doctrinales définissant à priori
ce qu'il faudrait recevoir comme la vérité. Ils sont plutôt à la recherche de voies spirituelles
leur permettant de construire leur identité de façon autonome, à partir d'expériences jugées
valables par eux.

Cette recherche personnelle autonome demande à entrer en relation avec les expériences
fondatrices de la foi. La formation à la vie chrétienne est éveil à la liberté et à la
responsabilité. Elle vise la mise en corrélation de « sa propre expérience humaine interprétée
dans la foi avec d’autres expériences humaines vécues dans la foi et attestées dans la
tradition77 ». Ce va-et-vient entre l'expérience humaine et les données de la foi chrétienne
favorise la découverte et l'approfondissement du lien entre la communion avec Jésus Christ et
le devenir humain. La personne apprend à connaître Jésus Christ en relisant et en
approfondissant son expérience humaine dans toutes ses dimensions.

75
Directoire…, 175.
76
Cf. p.16-20.
77
Annoncer l'Évangile…, p. 34-35, 75-76.

37
Il y a donc ici un équilibre à respecter. Il convient en premier lieu d’éviter toute approche
autoritaire ou dogmatique, misant sur la présentation de réponses formelles à des questions
que les personnes ne se posent pas. La catéchèse se met d’abord à l’écoute du désir, de
l’attente, de la soif des personnes, pour les aider à en découvrir toute la profondeur et la
portée. Cela invite à passer d'une simple logique de transmission à celle de la proposition.
« Une catéchèse de la proposition est une catéchèse qui écoute afin de proposer78 », une
catéchèse de la recherche de Dieu sur le chemin du pèlerin. Elle ne cherche pas en premier
lieu à transmettre l’enseignement de la foi comme corps de doctrine, mais à mettre des sujets
en marche, en mouvement vers le Christ. Elle « oblige à ne pas se contenter de formules
stéréotypées et […] à réfléchir au sens de la vie et aux appels de Dieu79 ». Une telle catéchèse
est orientée par l’attention au travail de l'Esprit à travers ce cheminement plutôt qu'elle n'est
conçue en fonction d’une séquence prédéfinie de contenus à transmettre. « Dans la catéchèse,
le destinataire doit pouvoir se manifester comme un sujet actif, conscient et coresponsable, et
non comme un récepteur silencieux et passif80 ».

Partir des personnes et de leurs itinéraires de foi diversifiés, plutôt que


des propositions normalisées actuellement disponibles, représente une
inversion de logique capitale.
Annoncer l'Évangile…, p. 97.

À l’intérieur de cette écoute et de cette recherche pourra naître l’ouverture aux enseignements
de la tradition chrétienne. Une catéchèse de l'accompagnement visera donc aussi, « à revisiter
l'Écriture et la tradition et [à] l'interroger à nouveaux frais81 ». L'acte catéchétique a en effet
besoin de se couler dans une « synthèse cohérente et vitale de la foi82 », dans une vision
organique des objectifs poursuivis et des démarches à privilégier dans l'ordre du savoir, du
savoir-être et du savoir-agir chrétiens. À travers la variété des parcours proposés et des

78
H. DERROITTE, La catéchèse décloisonnée, Lumen Vitae, Bruxelles, 2000, p. 78.
79
Id., p. 79.
80
Directoire…, 167.
81
Annoncer l'Évangile…, p. 36. cf. P.-A. GIGUÈRE, Les défis pédagogiques de la catéchèse dans la culture
actuelle, dans Les Actes de…; R. LEMIEUX; « Héritage et éducation de la foi : quelques défis posés au
christianisme à l'aube du millénaire », Communication à la Journée provinciale de la Conférence
religieuse canadienne, section Québec (CRCQ), 15 septembre 2001.
82
Proposer aujourd’hui la foi…, p. 114.

38
approches utilisées, on cherchera à faire en sorte que la personne puisse acquérir « une
synthèse progressive et cohérente de l'adhésion totale de l'homme à Dieu (fides qua) et des
contenus du message chrétien (fides quae); développer toutes les dimensions de la foi de sorte
qu'elle devienne une foi connue, célébrée, vécue, priée; encourager la personne à
s'abandonner "tout entière et librement" à Dieu : intelligence, volonté, cœur, mémoire; l'aider
à discerner la vocation à laquelle le Seigneur l'appelle83 ».

Cela se fera en s’adaptant à la situation des destinataires, à leurs interrogations, à leurs


attentes, et à leurs besoins profonds84. « L'adaptation de "la proclamation de la parole révélée
doit demeurer la loi de toute l'évangélisation" (GS 44). Elle trouve sa motivation théologique
profonde dans le mystère de l'Incarnation, répond à l'exigence pédagogique élémentaire d'une
vraie communication humaine et reflète ce que l'Église a pratiqué tout au long des siècles.
[…] L'Évangile est ainsi transmis, dans son authenticité et dans toute sa saveur, comme une
nourriture saine et adaptée85 ».

Une catéchèse de cheminement conduit à mettre l’accent sur Jésus Christ et le christianisme
comme voie. L’idée de « voie » comporte la perspective d’une manière de vivre, d’une
sagesse, avec tout ce que cela implique d’existentiel. Cette perspective était déjà présente
dans la suggestion de proposer des parcours de vie à travers « des approches plurielles qui
sollicitent la participation et l'engagement des jeunes86» comme des adultes. Dans une telle
perspective, il faut notamment s'assurer que les résistances des personnes à différents
éléments de la foi soient expressément reconnues et prises en compte. Le travail de
découverte, de réappropriation ou d'approfondissement de la foi ne peut faire l'économie, dans
le contexte actuel, d'une sérieuse discussion des difficultés rencontrées sur le chemin. Sans
cela, ce qu'on prendra pour l'assentiment de la foi risquera de s'avérer illusoire et passager.

83
Directoire…, 144.
84
Id., 170.
85
Id., 169.
86
Proposer aujourd'hui la foi…, p. 19.

39
Une démarche structurée

La catéchèse de l'accompagnement ne se limite pas à des catéchèses occasionnelles, encore


moins à l'improvisation. Par ailleurs, une synthèse progressive et cohérente n'oblige pas à de
longues démarches d’enseignement difficilement compatibles avec les exigences du contexte
socioculturel, ecclésial ou familial actuel. Une approche commandée de façon trop marquante
par des programmes et des résultats prédéterminés s'écarterait de la pédagogie du document
d'orientation. Il s’agit plutôt de se laisser inspirer par une perspective d’attention à l’action de
l'Esprit et de collaboration à son travail dans l’expérience humaine de chaque personne.

Cela fait appel à des approches souples et flexibles, adaptables à la situation des personnes
concernées. À ce propos, le Directoire général pour la catéchèse prend la peine d'indiquer
que l'ordre de présentation des éléments de la foi pourra varier. « On peut partir de Dieu pour
arriver au Christ et vice versa; de même, on peut partir de la personne humaine pour arriver à
Dieu et inversement. Le choix d'un ordre déterminé dans la présentation du message est
conditionné par les circonstances et par la situation de foi de celui qui reçoit la catéchèse 87. »
La « gradualité » dont parle le même Directoire88 demande ainsi à être interprétée. L'idée
fondamentale sous-jacente à ce concept est celle d'un ajustement de la catéchèse au service
d'un processus de maturation dont il faut respecter le rythme et la progression. Cette
maturation ne se vérifie pas seulement par l'acquisition d'un savoir organique. Elle doit aussi
conduire à une pratique et à des engagements à la mesure de chaque personne, et dans
lesquels s'éprouve la réalité de sa foi.

Les activités catéchétiques prendront une forme différente selon qu'on se situera dans un type
ou l'autre de catéchèse. Si le Directoire général souligne le caractère systématique de la
catéchèse d'initiation89, il invite à des démarches plus souples pour la catéchèse d'éveil à la

87
Directoire…, 118.
88
Id., 88-89.
89
Cf. p. 30.

40
foi et la catéchèse permanente90. C'est ainsi qu'à propos de la catéchèse « post-baptismale », il
indiquera qu'elle « fera bien […] » de se laisser « […] féconder par les principaux éléments
qui la caractérisent », « […] sans se calquer sur la configuration du catéchuménat
baptismal91.». Dans la catéchèse d’éveil à la foi et dans la catéchèse permanente, on favorisera
des expériences brèves mais intenses et signifiantes, « sous la forme de "bouts de chemin"
faits en compagnie d'autres croyants qui savent le nom de Jésus ou qui le cherchent, qui le
découvrent présent au ras de leur vie, à partir des questions du moment, à partir d'une page
des Écritures, à partir des imprévus et des drames quotidiens, à partir des folies et des beautés
du monde92 ».

Une démarche intégrant la dimension rituelle

La démarche catéchétique, notamment la catéchèse d’initiation, est marquée par des gestes
symboliques, des débuts, des passages, des étapes et des conclusions dans les processus mis
en œuvre. La dimension rituelle et symbolique incite à faire appel au corps et aux sens dans
la structuration de l'identité croyante. Les projets et activités catéchétiques seront ainsi
rythmés d'une manière qui n'est pas nécessairement liturgique ou sacramentelle, mais qui
pourra s’intégrer à la liturgie de la communauté et à la célébration des sacrements. La «
remise des Évangiles » au début du catéchuménat, la « remise du Symbole » et la « remise de
la Prière du Seigneur » au cours de la préparation aux sacrements d'initiation, sont des
exemples de tels gestes rituels93.

Une démarche communautaire

La démarche catéchuménale vise à introduire à la réalité ecclésiale, à laisser découvrir aux


adultes, aux enfants et aux jeunes que la foi chrétienne ne se vit pas en solitaire mais
comporte une dimension communautaire. Celle-ci s'apprivoise progressivement : les
catéchètes, témoins et accompagnateurs sont un premier visage d'Église, les groupes de

90
Cf. p. 27-29; 30-31.
91
Directoire…, 91.
92
Proposer aujourd’hui…, p. 21-22.
93
Directoire…, 88; Catechesi…, 28.

41
catéchisés en sont un autre; des groupes restreints de la communauté chrétienne sont aussi une
face de la communauté paroissiale; les expériences d'engagement dans différents réseaux
d'action caritative, sociale ou culturelle constituent une préparation à l'expérience de la
communauté de foi.

La référence communautaire se retrouve également au niveau des responsables de l'acte


catéchétique. Chacune et chacun d'entre eux, quel que soit leur niveau d'intervention et
l'activité à laquelle ils prennent part, sont reliés au travail de tous les autres qui partagent avec
eux cette responsabilité ecclésiale. En réalité, c'est toute la communauté qui est à la fois le
lieu et l'agent du projet catéchétique. Cette dimension communautaire est clairement
manifestée lors des célébrations inhérentes au cheminement catéchuménal, auxquelles
participent au moins un certain nombre de membres de la communauté chrétienne.

Des démarches intergénérationnelles

Plusieurs raisons conduisent à promouvoir des activités catéchétiques où différents groupes


d'âge soient représentés : la pertinence de la catéchèse ne se termine pas avec l'enfance; les
demandes d'initiation chrétienne ne proviennent pas seulement deS jeunes; l'importance de la
communauté dans l'éducation de la foi oriente vers la formation de groupes où les adultes et
les plus jeunes se donnent mutuellement un témoignage de foi; l'éveil de la foi des petits
procède par socialisation dans une communauté. On favorisera autant que possible la
rencontre et le dialogue de foi entre personnes d'âges différents, qui vivront du fait même une
expérience communautaire de communion et de cheminement spirituel.

Des parcours pour les jeunes

Dans le document intitulé Proposer aujourd'hui la foi aux jeunes : une force pour vivre, nous
avons indiqué les grandes lignes de l'approche préconisée pour l'évangélisation des jeunes. Il
reste aux diocèses à élaborer des projets particuliers qui leur soient destinés. Dans la

42
réalisation de ce travail, il sera notamment nécessaire de porter attention à la question
suivante.

La démarche catéchétique n’a pas à reproduire le modèle scolaire d’enseignement religieux.


Par ailleurs, si l’on prend au sérieux le fait que le sujet croyant DOIT apprendre à se
responsabiliser au regard de sa propre formation, on ne verra pas alors de difficulté à intégrer
dans les approches catéchétiques certains grands axes qui orientent les apprentissages vécus
par l’enfant à l’école : valorisation de l’expérience comme point de départ et terme de la
recherche de sens, pédagogie impliquant activement le sujet, développement d’aptitudes,
d’habiletés et de compétences transférables dans l’expérience. Ces accents ne doivent
toutefois pas faire perdre de vue l'importance de développer une connaissance réfléchie.

Des chemins différenciés dans un cadre de référence commun

À l'intérieur des balises fournies par le présent document, il est souhaitable de proposer des
démarches adaptées aux cheminements personnels et à des contextes particuliers. Ceci est
notamment exigé par l’orientation de la catéchèse vers la foi adulte, qui implique
nécessairement une diversification des propositions catéchétiques94. Tout particulièrement
aux étapes de l’éveil et de la maturation de la foi, on offrira donc des parcours qui tiendront
compte de la diversité des portes d'entrée dans l’expérience chrétienne : dialogue autour des
questions qui habitent les personnes, accompagnement dans la quête de sens, engagement
dans des projets significatifs, lectures de la Bible, réflexions spirituelles et théologiques, etc.

3. Les tâches de la catéchèse

Le but ultime de la catéchèse est de « mettre quelqu'un non seulement en contact mais en
communion, en intimité, avec Jésus Christ95 », qui est le chemin vers la connaissance du Père

94
Cf. Gilles ROUTHIER, « L’éducation de la foi des adultes : un champ éclaté où l’on se retrouve
difficilement », dans G. ROUTHIER, (dir.), L’éducation de la foi des adultes – L’expérience du Québec,
coll. Pastorale et Vie, n° 13, Montréal, Médiaspaul, 1996.
95
Catechesi…, 5.

43
et de l'Esprit96. Le Directoire général affirme que « les tâches de la catéchèse correspondent à
l'éducation des diverses dimensions de la foi, car la catéchèse est une formation chrétienne
intégrale97. »

La connaissance de la Parole de Dieu

La conversion à Jésus Christ et la profession de foi trinitaire entraînent le désir de connaître


toujours davantage cette personne et ce mystère qui sont au cœur de la vie chrétienne. Cette
connaissance puise aux sources de la Parole de Dieu reçue à travers la Bible et la Tradition,
lue au cœur de l'expérience humaine et interprétée par la foi de l'Église. La Bible elle-même
est le fruit de la relecture de diverses expériences historiques à la lumière de la foi. « Dans la
catéchèse biblique, on aidera à interpréter la vie humaine actuelle à la lumière des expériences
vécues par le Peuple d'Israël, par Jésus Christ et par la communauté ecclésiale, dans laquelle
l'Esprit du Christ ressuscité vit et agit sans cesse98 ». L'Ancien Testament y occupera une
place significative, puisque le projet d'humanisation manifesté en Jésus Christ et révélé dans
le Nouveau Testament puise dans toute l'histoire d'Israël et la longue chaîne des témoins
bibliques. Que ce soit dans le départ d’Abraham, la libération d’Égypte, les interpellations des
prophètes, les méditations des sages ou le destin de Jésus de Nazareth, la Parole de Dieu
révèle progressivement la richesse du mystère de Dieu et le don du salut.

Connaître la Bible n’est pas qu’un savoir, une simple affaire d'érudition ou de culture
religieuse. On n'y recourt pas comme à un répertoire de réponses. La Bible ne propose pas un
« message » conceptuel, qui s'adresserait à des individus isolés. La lecture de la Bible conduit
plutôt vers une avancée jamais terminée dans la découverte de l'espérance, du bonheur et de la
joie (Lc 2, 10; Jn 15, 11), une joie d'une couleur inattendue (Mt 5, 1-12). La Bible apprend un
chemin de vie en communion avec les autres comme fils et filles du Père, en Jésus, par
l'Esprit (Jn 17, 26; I Jn 4, 16-20). Elle se révèle comme une Parole étonnamment actuelle,
d'une fécondité toujours renouvelée au long des siècles.

96
Directoire…, 99.
97
Id., 84.
98
Id., 117.

44
C’est cette fécondité dont on veut faire l’expérience en catéchèse. « Dans l'explication du
Symbole, la catéchèse montrera que les grands thèmes de la foi (la création, le péché originel,
l'Incarnation, Pâques, la Pentecôte, l'eschatologie…) sont toujours une source de vie et de
lumière pour l'être humain99. » En effet, la révélation « n'est pas isolée de la vie ni juxtaposée
artificiellement à elle. Elle concerne le sens dernier de l'existence qu'elle éclaire tout entière,
pour l'inspirer ou pour la critiquer, à la lumière de l'Évangile100 ». C’est ce qui permet à la
connaissance de la foi d’éclairer la question du devenir humain comme vie nouvelle dans le
Christ.

L’apprentissage de la vie liturgique

La liturgie intègre et actualise les différentes dimensions de la vie chrétienne. Tout en étant
distincte de la catéchèse, elle en constitue une « médiation essentielle »101. Elle permet de
célébrer et de s’ouvrir au mystère du Christ par le corps et les sens en même temps que par
l’imagination, le cœur et l’esprit. En ce sens, la liturgie est un lieu de catéchèse vivante et
permanente, où la Parole de Dieu est adressée à l’Église rassemblée pour la recevoir comme
un pain de vie. Elle intègre les grandes orientations définies dans le présent document pour la
formation à la vie chrétienne : lieu d’approfondissement de la vie nouvelle, elle permet de
recevoir « la proposition du Christ comme révélateur du Père et voie d’humanisation »,
d’accueillir le « don de la vie trinitaire comme source d’humanisation en Jésus Christ » et
d’approfondir « la vie nouvelle à travers la participation à la communion ecclésiale ».

Cette dimension de la vie chrétienne, notamment la liturgie dominicale, est aujourd’hui


souvent délaissée ou incomprise. Elle demande à être revivifiée, redécouverte et réappropriée.
Cela exige de poursuivre les efforts voulus pour allier le respect du rituel à une saine liberté
créatrice afin d’insuffler aux actes liturgiques l'intériorité et le souffle voulus. Quand ces

99
Ibid.
100
Catechesi…, 22.
101
Cf. Denis VILLEPELET, « La liturgie comme médiation de la catéchèse », dans La Maison-Dieu, 234,
2003/2, p. 61-71.

45
conditions sont réunies, on peut se rendre compte de la qualité d’expérience spirituelle qu’elle
permet de vivre, et de l’intérêt que les gens peuvent y trouver.

La dimension liturgique peut être vécue sous différents modes, les célébrations sacramentelles
demeurant les principales. Les recherches sont en cours pour créer divers types de liturgies et
rituels, notamment sur les assemblées dominicales en attente de célébration eucharistique.
Dans toutes les formes de liturgie, il sera notamment nécessaire de trouver des moyens pour
que la Parole puisse circuler entre les membres de la communauté de foi. La Parole reçue à
travers la catéchèse et la prédication demande à être partagée comme un fruit de la foi qu’elle
a nourrie.

La catéchèse a aussi un rôle à jouer pour aider les disciples du Christ et ceux qui veulent le
devenir à redécouvrir en profondeur la signification de l’acte liturgique. Elle contribue à
éduquer aux attitudes nécessaires à une vie liturgique authentique102, à saisir la puissance
évocatrice des gestes et symboles chrétiens déployés, ainsi que l’importance du langage
poétique et de l'imagination103. Cette réappropriation passera par la prise de conscience de la
signification des « grandes expériences humaines représentées par les signes et les symboles
de l'action liturgique, à partir de la culture juive et chrétienne 104. » Le rappel de ces
expériences interprétées dans la foi replace les disciples devant la grandeur de leur appel et de
leur besoin de salut. En ce sens, la liturgie peut être vue comme une mise en œuvre
exemplaire et une expérience existentielle du projet d'humanisation en Jésus Christ par la
communion au mystère pascal.

L’interpellation morale

La formation à la vie chrétienne comporte nécessairement une dimension morale. La


rencontre du Christ conduit à marcher à sa suite dans notre quête de sens, de bonheur et de
liberté. C’est d’un chemin de vie qu’il s’agit, et non d’un code de préceptes et d’interdits;

102
Directoire…, 85.
103
Cf. Anne-Marie AITKEN, dans Les Actes de…, p. 21.
104
Directoire…, 117.

46
d’un chemin qui appelle « à un plus-être, à un être-soi-en-plénitude, à un être-soi-en-totalité.
Dans cette perspective, faire le bien moral n’est rien d’autre que faire ce qui permet à la
personne et à l’humanité dans son ensemble de se réaliser, de s’accomplir…»105. Il importe
donc de présenter la recherche morale « avec sa portée de service de l’homme, de croissance
de sa liberté et de recherche de son bonheur106 ».

Cette recherche passe par la participation à la Pâque du Christ, par le don de soi dans l’amour.
La tradition philosophique et la psychologie soulignent que l’être humain n’est pas auto-
suffisant et que c’est dans la rencontre d’autrui qu’il trouve son bonheur. L’interpellation
évangélique va jusqu’à proposer la liberté de donner sa vie, de la « perdre » afin de la
« sauver » (Lc 9, 24) dans le service et la solidarité. Ce paradoxe évangélique invite à une
réflexion sérieuse dans le cadre de la formation à la vie chrétienne.

105
COMITÉ DE THÉOLOGIE DE L’AEQ, Pour un renouveau de l’interpellation morale, Fides, 1997, p. 25.
Dans le même sens, voir Xavier T HÉVENOT, Repères éthiques pour un monde nouveau, Paris, Salvator,
1982.
106
JEAN-PAUL II, Veritatis Splendor (La splendeur de la vérité), 95.

47
Se convertir à Jésus Christ implique de marcher à sa suite. Aussi la catéchèse
doit-elle transmettre aux disciples les attitudes mêmes du Maître. Ils suivront
ainsi un itinéraire de transformation intérieure, au long duquel, par leur
participation au mystère pascal du Seigneur, ils « passent du vieil homme à
l'homme nouveau dans le Christ ». Le Sermon sur la Montagne, dans lequel Jésus
reprend le décalogue et le marque de l'esprit des Béatitudes, est une référence
indispensable dans l'éducation morale, aujourd'hui si nécessaire.
L'évangélisation, qui « comporte également l'annonce et la proposition de la
morale », répand toute sa puissance d'interpellation, quand, avec la parole
annoncée, elle sait offrir également la parole vécue. Ce témoignage moral, auquel
la catéchèse prépare, doit savoir mettre en valeur les conséquences sociales des
exigences évangéliques.
Directoire…, 85.

Pour les chrétiens, le développement moral trouve son origine dans la contemplation du
mystère du Christ. Il découle d’une expérience spirituelle. La dimension éthique de
l’expérience chrétienne est seconde par rapport à sa dimension théologale. C’est par grâce,
par le don de la vie trinitaire, que nous pouvons être libérés du mal et faire le choix de la vie.
La voie chrétienne ne peut donc être présentée simplement comme une éthique, si noble soit-
elle.

Le terme « interpellation » morale suggère qu’on aborde les questions éthiques dans une
perspective de proposition plutôt que d’imposition. Dans une société où l’individu est placé
devant des choix multiples, il est en effet interpellé dans sa capacité de prendre position de
façon libre et réfléchie. Dans un tel contexte, « la norme imposée de manière autoritaire
apparaît de prime abord comme une atteinte directe à la liberté du sujet, à son autonomie, à sa
capacité de se conduire lui-même. Et cela d’autant plus qu’elle est présentée comme
immuable, intemporelle, et universellement valable107 ». La dimension morale de la formation
à la vie chrétienne tiendra compte de ce trait majeur de la culture moderne, en aidant les
personnes à développer l’intériorité nécessaire pour s’approprier le sens et le bien-fondé des
attitudes et des comportements proposés par l’Évangile.

107
Pour un renouveau…, p. 16.

48
L’interpellation morale ne s’adresse pas seulement aux individus dans leur recherche
d’accomplissement personnel. Elle les convoque également à un engagement concret pour
l’humanisation de la société dans le sens du Royaume. C'est ce dont témoignent de
nombreuses encycliques ou déclarations du magistère depuis un siècle. Les évêques québécois
y sont revenus à plusieurs reprises, notamment à l'occasion de la fête du 1er mai. Il est
nécessaire de mettre en lumière cette dimension de la suite du Christ, illustrée chez nous par
de très dynamiques réseaux de chrétiennes et de chrétiens engagés dans le sens de la justice,
de la paix et de l'intégrité de la création. Des expériences concrètes en ce sens seront
proposées dans le cadre de la formation à la vie chrétienne.

L'initiation à la vie communautaire

Le Directoire général pour la catéchèse signale aussi comme tâche fondamentale de la


catéchèse l'initiation à la vie communautaire108. Il souligne le fait que « la vie chrétienne en
communauté ne s'improvise pas » mais doit s'apprendre avec soin en se rappelant les attitudes
enseignées par Jésus : l'esprit de simplicité et d'humilité, le souci des plus petits, l'attention
particulière pour ceux qui se sont éloignés, la correction fraternelle, la prière en commun, le
pardon réciproque, l'amour fraternel. Cette initiation commence dans le groupe même des
personnes catéchisées, qui y font l’apprentissage d’un cheminement fraternel préparant leur
intégration à la communauté plus large.

Le Directoire général invite aussi à ouvrir à la dimension œcuménique en valorisant la


compréhension, le dialogue et le respect entre les différentes Églises. Cet apprentissage peut
comporter le développement des attitudes de respect et d’ouverture à l’égard des autres
traditions religieuses. De telles attitudes sont en effet d’une importance capitale dans un
monde où l’intolérance est source de tant de violences.

108
Directoire…, 86.

49
L'initiation à la mission

La catéchèse conduit à la mission dans la mesure où tous les baptisés sont appelés à « être
présents, en chrétiens, dans la société, dans la vie professionnelle, culturelle et sociale », aussi
bien qu'à « apporter leur collaboration dans les divers services d'Église, selon la vocation de
chacun109 ». « Tout baptisé a comme première mission de porter la Bonne Nouvelle au
monde110 ». Cela entraîne des responsabilités pour les individus de témoigner de leur foi et
d’en rendre compte dans leurs milieux de travail et de vie. La mission est aussi une
responsabilité de la communauté comme telle111. Cette responsabilité peut notamment prendre
la forme d’une dynamique animation missionnaire112 ou d’une solidarité avec toute initiative
prise pour humaniser le milieu où se trouve la communauté.

En conclusion de l'exposé sur la nature, les buts et les tâches de la catéchèse, le Directoire
général pour la catéchèse propose de manière éclairante une vision intégrée de ces différents
éléments.

Chaque tâche, à sa manière, réalise le but de la catéchèse. La formation


morale, par exemple, est essentiellement christologique et trinitaire, pleine de
signification ecclésiale et ouverte à la dimension sociale. Il en est de même de
l'éducation liturgique, essentiellement religieuse et ecclésiale, mais aussi très
exigeante dans son engagement d'évangélisation en faveur du monde. […]
Une tâche en appelle une autre : la connaissance de la foi rend apte à la
mission; la vie sacramentelle donne la force pour la transformation morale.
Pour réaliser ses tâches, la catéchèse a recours à deux grands moyens : la
transmission du message évangélique et l'expérience de la vie chrétienne. […]
On éduque aux différentes dimensions de la foi aussi bien sous leur aspect de
« don » que sous leur aspect d'« engagement », de devoir. […] Il faut cultiver
les deux aspects113.

109
Ibid.
110
Avancer au large…, p. 19.
111
COMITÉ DE THÉOLOGIE DE L’AEQ, L’engagement des communautés chrétiennes dans la société, Fides,
1994.
112
Avancer au large, p. 19.
113
Directoire…, 87.

50
V

LES LIEUX DE LA FORMATION À LA VIE CHRÉTIENNE

Les différentes dimensions de la formation à la vie chrétienne se réalisent dans les divers
lieux et groupes que sont notamment « la famille, la paroisse, […] les associations et
mouvements chrétiens, les communautés ecclésiales de base…114 ». Le contexte actuel oblige
à renouveler notre compréhension du rôle indispensable de ces lieux traditionnels que sont la
paroisse ou la famille. Il est tout aussi nécessaire de nous interroger sur la manière de rendre
perceptible à nos concitoyens la pertinence de la proposition chrétienne en de nouveaux lieux
et par des chemins inédits. La déchristianisation de notre société impose avec urgence la
nécessité d'aller à la rencontre des personnes qui cherchent à redécouvrir cette pertinence,
qu'elles s'identifient à la foi chrétienne ou non. C'est pourquoi la liste présentée ici comporte
des lieux nombreux et diversifiés : la paroisse, les petites communautés ecclésiales, la famille,
l'école, les lieux d'engagement tels que les mouvements de jeunes, les lieux publics de
délibération, les espaces culturels, les lieux de rencontre et d'hospitalité.

1. La communauté chrétienne

La communauté chrétienne prend aujourd'hui différents visages, de la paroisse aux autres


types de communautés ecclésiales.

La paroisse demeure « l'animatrice de la catéchèse et son "lieu privilégié", même si l'on


reconnaît qu'elle ne peut être le centre de gravité de toute la fonction ecclésiale de
catéchisation, et qu'elle doit s'adjoindre à d'autres institutions115 ». La liturgie, les sacrements
et le partage de la parole y jouent un rôle primordial116. La mission paroissiale consiste à
donner le témoignage de l'amour de Dieu par la manière d'être ensemble de ses membres, par-

114
Directoire…, 253.
115
Id., 257.
116
Annoncer l'Évangile…, p. 83-84.

51
delà toute différence d'âge, de condition sociale ou d'appartenance culturelle. La paroisse est
appelée à offrir la possibilité de vivre toutes les facettes de la vie chrétienne : croire, célébrer,
prier, s'engager, faire communauté, être témoin.

Pour correspondre à cet appel, les communautés paroissiales ont de sérieux défis à relever.
Peu nombreuses sont celles qui offrent l'ensemble de ces possibilités, à commencer par celle
d’y vivre une véritable expérience communautaire. Rares sont les chrétiens qui y
reconnaissent un lieu privilégié d'apprentissage de la vie chrétienne, et qui s'y rattachent de
façon stable. Le modèle paroissial et le lien des chrétiens à la communauté ont besoin d'être
repensés selon une nouvelle vision, mieux ajustée au statut de minorité qui est désormais celui
des disciples du Christ dans une société pluraliste117.

Par ailleurs, une demande sacramentelle constante mais souvent sans suite occupe la plus
grande partie des énergies des équipes pastorales. Ceci peut soulever des questions sur la mise
en œuvre des activités de formation à la vie chrétienne. Sans sous-évaluer ces contraintes, il
importe de ne pas y voir des obstacles insurmontables. Comment composer avec elles sans se
laisser paralyser?

Il faut d’abord éviter de penser que les orientations définies dans le présent document se
surajouteront systématiquement aux tâches actuelles. Comment renouveler la part de travail
de formation à la vie chrétienne exigée par ces tâches? Les pratiques ne seront pas
transformées par l’application d’un cadre rigide, de directives détaillées ou de modèles
préfabriqués. Cette transformation procédera plutôt de la confrontation suivie des pratiques
avec la vision et les perspectives soumises dans le présent document. C’est ainsi que se
développera la créativité et que s’ajusteront progressivement les mentalités, les
représentations et les pratiques.

Différentes initiatives permettent déjà de composer avec cette situation dans l'Église
catholique au Québec. On peut notamment penser aux regroupements de paroisses en unités

117
G. GUINDON, « Catéchèse et paroisse », dans Les Actes de…, p. 95-97.

52
pastorales plus grandes, qui permettent de coordonner les ressources et les services. Ou
encore aux efforts pour former des « noyaux communautaires » ou de petites communautés
ecclésiales118. Dans bon nombre de paroisses, des équipes pastorales ou des groupes de
service ont élargi la base de participation des fidèles à la vie et à la mission paroissiales.

Nous invitions précédemment à repenser le modèle paroissial en concevant « désormais les


paroisses comme un "relais" ecclésial ou comme un "réseau" plutôt qu'un "enclos"
territorial »119. Cette image du relais ou du réseau évoque l'idée de « continuité dans la
distance », s'adressant non seulement à une communauté rassemblée dans la stabilité mais
aussi à des chercheurs de Dieu qui viennent plus ou moins régulièrement chercher repos,
nourriture et lumière. Dans une telle perspective, on passe dans la maison et l'on poursuit son
cheminement sur une base personnelle, tout en demeurant en lien avec la communauté, en
particulier lors de ses rassemblements. Les croyants d'aujourd'hui sont souvent des pèlerins120
qui cherchent des points d'eau, des haltes pour refaire leurs forces et continuer leur itinérance
sur des routes incertaines. En cherchant à les intégrer dans une « paroisse-enclos », on les
dissuaderait de voir dans l'Église une communauté possible de sens et d'espérance. En leur
offrant des lieux de rencontre appropriés, ou mieux encore en allant à leur rencontre sur la
route, on fera davantage pour leur faire découvrir le Christ.

Divers autres types de communautés ecclésiales s'inscrivent bien dans le modèle de la


communauté-réseau, formée de différents regroupements ayant chacun sa vocation propre.
« Les disciples du Christ s'y rassemblent pour une écoute attentive de la Parole de Dieu, pour
une recherche de rapports plus fraternels, pour célébrer dans leur vie les mystères chrétiens et
pour s'engager en vue de transformer la société121. » Leur contribution consiste surtout à offrir
un milieu fraternel propice à une catéchèse intégrale, à approfondir la vie communautaire, à
accueillir ceux qui ont achevé un parcours de catéchèse122. L'engagement de leurs membres

118
Cf. DIOCÈSE DE SAINT-JEAN-LONGUEUIL, Guide pour les petites communautés ecclésiales, Fides, 1994.
119
Proposer aujourd’hui…, p. 39-41.
120
Cf. Danièle HERVIEU-LÉGER, La religion en mouvement - Le pèlerin et le converti, Paris, Flammarion,
1999.
121
Directoire…, 263.
122
Id., 264.

53
dans différents secteurs ecclésiaux ou civils peut donner aux plus jeunes le témoignage d'une
foi engagée et les éveiller à un regard critique sur la société.

Il y a lieu de reconnaître aussi la contribution d'autres formes d'expérience communautaire.


L'Église déborde en effet le cadre des communautés ecclésiales identifiables. Tous les
chrétiens et chrétiennes qui sont disséminés un peu partout dans la société et qui agissent
souvent comme un sel et un ferment, sont aussi l'Église et, à leur manière, peuvent faire une
expérience de la communion dans la foi et l'espérance. Cette diversité des inscriptions
communautaires est appréciable dans un monde où les liens sociaux sont multiples, mouvants,
généralement séculiers; elles ne sont pas pour autant dépourvues de signification sur le plan
spirituel ni étrangères à l'expérience chrétienne. Qu’il s’agisse de réseaux d’engagement,
groupes de recherche ou de réflexion, associations diverses d’entraide ou de coopération,
lieux de rassemblement souvent pluralistes sur le plan des convictions, la foi peut trouver à se
vivre et à se manifester. Là aussi, le visage de l'Église prend forme et sens.

2. La famille

« La famille comme "lieu" de catéchèse a une prérogative unique : transmettre l'Évangile en


l'enracinant dans un ensemble de profondes valeurs humaines123. » Il revient en effet aux
parents « d'inviter leurs enfants à faire les premiers pas qui les conduiront à la foi », de leur
apprendre « à affronter la vie » et à « inventer leur liberté124 ». C'est par leur art de vivre, par
les valeurs dont ils témoignent, par la dimension humaine qui imprègne leurs actions et par
quelques pratiques d'apprentissage qu'ils initient leurs enfants au monde de la foi 125. Cette
pratique quotidienne peut faire de la famille un lieu de continuité qui permet de relier entre
elles des expériences ponctuelles faites par les jeunes à l’école ou dans la communauté
chrétienne. Si l’on veut caractériser la contribution de la famille, il vaut mieux dire qu’elle se
situe d’abord dans la perspective d'un éveil à la vie de foi. On peut prévoir cependant que les
familles seront appelées à prolonger ce rôle dans de véritables catéchèses familiales.

123
Id., 255.
124
Proposer aujourd’hui la foi…, p. 34.
125
Ibid.

54
Tout comme la paroisse, la famille connaît ses difficultés : emploi du temps surchargé,
problèmes de communication avec les jeunes, diversité croissante des situations familiales,
disparité dans les aspirations spirituelles ou religieuses. Il faut donc se demander comment
proposer « des pistes réalistes pour que des parents motivés puissent vivre avec leurs enfants
un engendrement réciproque dans la foi chrétienne126 ».

En plus des pistes déjà mentionnées dans Proposer aujourd'hui la foi aux jeunes : une force
pour vivre127, trois directions semblent s'imposer : offrir une formation pour les parents en
tant que parents aux prises avec des situations familiales à éclairer dans la foi; en tant
qu'adultes en cheminement dans leur foi personnelle; en tant qu'éducateurs de la foi de leurs
enfants. En ce sens, il pourra s'avérer intéressant de former de petits groupes de parents qui
partageraient leurs expériences à la lumière de la Parole de Dieu, apprendraient ensemble le
langage commun de la foi et chemineraient dans leur expérience chrétienne comme adultes.
Les parents seront ainsi conduits à prendre la parole en tant que tels dans la communauté
chrétienne, au titre de leur fonction prophétique de baptisés. « L’Église sera présente aux
familles quand elle s’exprimera par les membres des familles »128. Leur expérience et le
témoignage de leur foi sont indispensables à la vitalité des communautés.

3. L’école

Depuis déjà une vingtaine d'années, et notamment depuis l'adoption de la loi 118, le rôle de
l'école en matière d'éducation religieuse a été redéfini de manière à distinguer plus clairement
sa contribution de celle des confessions religieuses. L'Église catholique a pris acte de ces
changements, et c'est l'une des raisons des nouveaux efforts qui sont entrepris pour la
formation à la vie chrétienne auprès des jeunes.

126
H. DERROITTE, op. cit., p. 91-92.
127
Id., p. 34-38.
128
COMITÉ DE THÉOLOGIE DE L’AEQ, Vers l’exercice de la synodalié, Fides, 2000, p. 31.

55
Il arrive que ce retrait partiel de l'école publique en matière d'éducation religieuse soit
interprété comme si l'Église catholique pouvait maintenant se désintéresser de ce qui s’y
passe. Nous considérons que ce serait une grave erreur. Ce n'est pas parce que l'éducation
religieuse à l'école ne dessert plus directement les objectifs de la mission ecclésiale qu'il
faudrait se résigner à sa disparition éventuelle. Comme nous le disions plus haut, l'Église se
soucie d'abord de l'humanisation des personnes et de la société pour elle-même. Elle souhaite
collaborer avec toute instance qui y voit également un objectif à poursuivre. La formation
scolaire donnée aux jeunes peut les mettre sur la voie de l’humanisation à laquelle l’Église
veut elle aussi travailler. À l’intérieur de cette formation, l'enseignement religieux se présente
comme un lieu de découverte du christianisme en lien avec les autres savoirs culturels, un lieu
de réflexion pour permettre à tous un meilleur exercice de la liberté religieuse. Pour plusieurs
jeunes québécois, l'enseignement religieux demeurera la seule occasion d'aborder avec une
certaine cohérence l'essentiel de la proposition chrétienne, ainsi que d'autres traditions
spirituelles, en rapport avec leur soif de bonheur, de liberté et d'authenticité.

En s'appuyant sur les possibilités énoncées par la Loi de l'instruction publique, de nouveaux
modes de collaboration verront le jour. Par exemple, comme la loi l’y autorise, l’école pourra
rendre ses locaux disponibles à une paroisse qui en ferait la demande pour des activités
éducatives. Le service d'animation spirituelle et d'engagement communautaire pourra initier
des activités de participation libre à caractère confessionnel, selon la demande des élèves et
avec l'autorisation du conseil d'établissement. Des témoignages de personnes se rattachant à
diverses confessions religieuses pourront être sollicités dans le cadre des programmes
d'enseignement religieux. On pourrait également voir comment des expériences
d’engagement vécues par les élèves à l’école pourraient servir de matériau à certaines
activités catéchétiques offertes dans la communauté chrétienne.

Il y a lieu de rechercher activement des moyens pour actualiser ces différentes possibilités
offertes par la loi en fonction des besoins et particularités de chaque milieu. Dans tous les cas,
il s’agira de trouver des voies de collaboration entre deux institutions qui poursuivent à leur
manière respective un objectif commun d’humanisation des jeunes et de la société.

56
4. Les divers mouvements

Pour les jeunes comme pour les adultes, certains mouvements constituent un lieu
d’engagement et de croissance dans la foi particulièrement significatif. Ces groupes sont d'une
grande diversité et ils continuent de se multiplier pour répondre à de nouvelles aspirations 129.
Les mouvements de jeunes, quant à eux, nourrissent leur sentiment d'appartenance, leur font
vivre certains rites d'initiation, constituent des lieux d'accueil. Ils peuvent représenter leur
première expérience de la communauté. Ils instituent un rapport de continuité entre les jeunes
et les adultes engagés auprès d'eux. Les mouvements intègrent les jeunes dans un large
réseau, qui peut être local, national ou international130. Certains de ces groupes ou
mouvements peuvent donner lieu à la formation de « cellules ou de petits groupes de partage
de foi131 ». Des approches catéchétiques appropriées à de tels groupes devraient viser à «
motiver les jeunes à une participation engagée […] qui prenne sens dans ce monde en mal de
justice et de paix132 ». Elles devront être souples et ouvertes aux imprévus de la vie.

5. Les lieux d'engagement

Dans la perspective de l'orientation générale présentée pour l'activité catéchétique, les lieux
d'engagement au service de l'humanisation du monde peuvent être considérés comme des
écoles de vie chrétienne. « La réalité sociale, rappelons-le, est un lieu obligé de la réalisation
de la mission. L’Esprit attend les humains en ces terrains où ils cherchent à changer leur
monde et à se libérer avec d’autres. C’est donc à partir de là, c’est-à-dire à partir d’une
pratique de justice, que les communautés croyantes doivent écouter et réactualiser la Parole de
Dieu133 ».

129
Proposer aujourd’hui la foi…, p. 53-54; Annoncer l'Évangile…, p. 91-92.
130
Proposer…, p. 53-54.
131
Annoncer l'Évangile…, p. 88-89.
132
B. DICKNER, « Catéchèse et mouvements », dans Les Actes de…, p. 100.
133
L’engagement des communautés chrétiennes dans la société, p. 57.

57
Les lieux d’engagement peuvent devenir pour les disciples du Christ des milieux où ils
exercent les fonctions évangélisatrices du témoignage et de l’éveil de la foi. Leur engagement
au service de la justice et de la solidarité est pour eux-mêmes chemin de maturation dans la
foi. Des groupes de réflexion à la lumière de l’Évangile se forment, des occasions de prière et
de célébration sont suscitées, et parmi ces réseaux de chrétiens engagés se transmet une vision
et une pratique inspirée de l’Évangile. Leur expérience les conduit « à une nouvelle
compréhension de la foi qui naît d’une pratique de solidarité sociale avec les êtres
délaissés »134. Il importe que ces chrétiens et ces chrétiennes exercent eux aussi leur fonction
prophétique au sein des communautés chrétiennes, et que celles-ci reçoivent leur témoignage
et leur parole.

6. Les espaces publics d'apprentissage et de délibération

La mission évangélisatrice de l'Église dans le contexte actuel oblige à chercher de nouvelles


façons d'imprégner la culture et la société de l'esprit évangélique. L’une d’entre elles est la
participation aux délibérations démocratiques dans les espaces publics d'échange et de
communication. Ce mode de présence offre la possibilité d'apporter à toute recherche
d'humanisation la contribution de la lumière évangélique sur la vie nouvelle en Jésus Christ.
On peut penser en particulier aux débats concernant la vie démocratique et la citoyenneté, la
défense des droits, la lutte à la pauvreté, les manipulations génétiques, le clonage humain, la
procréation assistée, l’avortement, l’euthanasie. Dans les milieux séculiers qui n'abordent pas
les questions sous l'angle spirituel ou religieux, la présence à ces débats participe de la
première annonce de l’Évangile, et requiert des aptitudes particulières de compréhension et de
respect envers les cultures et les mentalités des milieux concernés.

Nous devons tirer toutes les conséquences du fait que nous habitons
désormais le «village global». Cela signifie d'une part que nous ne ferons
pas des lieux confessionnellement marqués les seuls lieux de la
proposition de l'Évangile, mais que nous devrons retrouver les réflexes
des premières générations de croyants qui annonçaient l'Évangile sur les

134
Id., p. 58.

58
places publiques.
G. ROUTHIER, dans Les Actes de Carrefour 2001, p. 10.

Il peut se trouver que de tels forums de discussion abordent des questions relatives à la
recherche spirituelle ou religieuse, et que des chrétiens y manifestent un intérêt à se
réapproprier la richesse de l'Évangile après en avoir perdu la trace ou la mémoire. Par
exemple, les problèmes d'ordre éthique soulèvent naturellement des questions sur la nature
spirituelle de l'être humain. Ce type de recherche et d'interrogation peut donner lieu, chez
certaines personnes, au désir de participer à des activités qui relèvent de l'éveil de la foi.

Les médias écrits ou électroniques, tels que les cédéroms, le domaine du multimédia ou
Internet, ainsi que les lieux consacrés à des activités culturelles offrent également des
possibilités de participer à la réflexion publique autour d'enjeux humains fondamentaux, en
apportant la contribution de la proposition chrétienne. Cela suppose de développer des
aptitudes à une recherche ouverte et à un dialogue dans la réciprocité, en consentant à partager
avec des partenaires une quête de sens plurielle et souvent incertaine.

7. Des relais communautaires de rencontre et d'engagement

Différentes avenues sont actuellement explorées pour créer des espaces de rencontre et
d'échange à l'intention de personnes qui souhaiteraient tenter un certain cheminement spirituel
en lien avec la foi chrétienne, sans pour autant être prêts à s'inscrire dans une démarche
systématique ou à se joindre à une communauté de foi135. Des enfants, des jeunes et des
adultes auraient besoin « d'un lieu de convivialité où tous se sentent accueillis sans condition,
où l'on peut être écouté et parler librement ». Ce serait « un lieu d'appartenance, un repère
stable », qui tout en se référant clairement à la foi chrétienne accueillerait des personnes de
toutes convictions et pourrait offrir des activités intéressantes pour tous et toutes 136. Dans ce
même esprit, nous avons souhaité que « des carrefours et des forums destinés spécifiquement

135
Annoncer l'Évangile…, p. 87.
136
Cf. F. D'ARCY-BÉRUBÉ, dans Les Actes de…, p. 116-117.

59
aux jeunes [soient] instaurés137». Effectivement, différents lieux offrent ainsi de nouvelles
formes d'expérience de vie évangélique où des jeunes approfondissent leur foi à travers la vie
communautaire, la réflexion et l'engagement.

137
Annoncer l'Évangile…, p. 87.

60
CONCLUSION

REGARDER VERS L'AVENIR

« On peut légitimement penser que l'avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner
aux générations de demain des raisons de vivre et d'espérer138». Cette affirmation prophétique
des Pères du concile Vatican II continue d'indiquer la route à suivre pour l'Église de ce temps.
L'évangélisation a pour but d'annoncer aux humains l'espérance qui leur vient par Jésus
Christ. C'est le motif des efforts à poursuivre pour offrir à nos contemporains des chemins de
découverte et d'approfondissement de la foi comme source de vie nouvelle et d'humanisation.

Ce document de référence ouvre des perspectives renouvelées pour guider et soutenir les
efforts de formation à la vie chrétienne au cours des années à venir. Maintenant que des
orientations ont été définies, un travail important reste à effectuer pour donner des mains aux
intentions annoncées. L’Assemblée des évêques du Québec a la ferme intention de prendre les
moyens voulus à cette fin et de favoriser les changements nécessaires dans les mentalités et
les pratiques auxquelles on avait pu s’habituer.

La première condition de mise en œuvre est l’ouverture en Église à la liberté de l’Esprit qui
nous pousse à trouver des chemins nouveaux pour annoncer le mystère du Christ. Laissons-
nous surprendre et guider dans ce travail avec la disponibilité, la liberté et le courage requis.
Une telle ouverture se traduira par la détermination de tous et de toutes : volonté politique du
côté des diocèses et des paroisses, motivation personnelle chez les responsables et les
bénévoles. Pour relever le défi devant lequel nous nous trouvons, il faut en avoir mesuré
l’urgence et la gravité, s’être engagé à le relever coûte que coûte.

Pour y parvenir, toutes les personnes impliquées dans ce chantier, des responsables diocésains
et paroissiaux aux bénévoles et aux parents, seront invitées à participer à des démarches de

138
Gaudium et spes, 31, § 3.

61
formation. Il reste aussi à aborder les questions relatives aux ressources, aux types de
démarches et de parcours, aux critères d’évaluation des outils pédagogiques, aux
encadrements structurels, aux moyens de concertation et de réflexion continue. Ce travail sera
fait pour une bonne part au niveau diocésain et paroissial, mais aussi à travers différents
modes de collaboration sur une base régionale ou provinciale.

La formation à la vie chrétienne comporte sans doute des exigences considérables. Ce défi
pourra s’avérer mobilisateur pour notre Église si on y voit un moment favorable suscité par
l’Esprit pour retrouver un souffle nouveau. La rédaction et l’appropriation des présentes
orientations ouvrent la voie à ce « grand dérangement » de l’éducation chrétienne au Québec.
D’autres étapes sont à prévoir pour assurer une mise en oeuvre harmonieuse et respectueuse
des milieux. L’Assemblée des évêques du Québec en lien avec toutes les instances
concernées, continue d’y œuvrer et d’en suivre l’évolution. C'est avec une grande confiance et
une espérance indéfectible que nous nous en remettons au Père pour soutenir dans son Esprit
notre engagement commun à faire partager la lumière et la joie de la rencontre du Christ.

62
TABLE DES MATIÈRES

Présentation

Introduction

I. LA FOI AU CHRIST ET LE DEVENIR HUMAIN

1. Jésus Christ, chemin de vie


2. Évangélisation et humanisation
 La question du salut
 L'humanité comme projet
 La question du devenir humain dans le monde actuel
 La pertinence de la proposition chrétienne
 Orientation générale pour la formation à la vie chrétienne
 La Parole dans le devenir humain

II. LA FORMATION À LA VIE CHRÉTIENNE


DANS LE PROJET DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE AU QUÉBEC

1. Quelle est cette foi qui illumine nos cœurs?


2. « Voici … mon frère, ma sœur, ma mère »
3. À quelle espérance l'Église est-elle appelée?

III. LA CATÉCHÈSE
DANS LA MISSION D'ÉVANGÉLISATION

1. Le contexte socioreligieux
2. La perspective unificatrice de l'évangélisation
3. La catéchèse parmi les composantes de l'évangélisation
 La catéchèse
 La première annonce
 L’initiation chrétienne
 L'activité pastorale

Tableau-synthèse
IV. LIGNES DIRECTRICES DE L’ACTIVITÉ CATÉCHÉTIQUE

1. Le cœur de la catéchèse

2. Les aspects de la démarche catéchétique


 Une démarche orientée vers la foi adulte
 Une démarche d'accompagnement
 Une démarche structurée
 Une démarche intégrant la dimension rituelle
 Une démarche communautaire
 Des démarches intergénérationnelles
 Des parcours pour les jeunes
 Des chemins différenciés dans un cadre de référence commun

3. Les tâches de la catéchèse


 La connaissance de la Parole de Dieu
 L'apprentissage de la vie liturgique
 L’interpellation morale
 L'initiation à la vie communautaire
 L'initiation à la mission

V. LES LIEUX DE LA FORMATION À LA VIE CHRÉTIENNE

1. La communauté chrétienne
2. La famille
3. L’école
4. Les divers mouvements
5. Les lieux d’engagement
6. Les espaces publics d'apprentissage et de délibération
7. Des relais communautaires de rencontre et d'engagement

CONCLUSION : REGARDER VERS L'AVENIR

Vocabulaire

Table des matières

Vous aimerez peut-être aussi