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Thesis Haddach

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Université Hassan 1er

Centre d’Études Doctorales en


Sciences et Techniques & Sciences Médicales

Faculté des Sciences et Techniques


Settat

THÈSE DE DOCTORAT
Pour l’obtention de grade de Docteur en
Sciences et Techniques
Formation Doctorale : Mathématiques,
Informatique et Applications
Spécialité : Mathématiques Appliquées

Sous le thème
Développement d’un code de calcul opérationnel
de la propagation de l’onde et les courants de
marée par la méthode de Lattice Boltzmann

Présentée par :
Ali HADDACH

Soutenance le : 29 Octobre 2024 à 10 h


A la Faculté des Sciences et Techniques de Settat devant le jury composé de :

Pr. Mohamed BAHAJ PES FSTS, Université Hassan I de Settat Président


Pr. Abdelkhalek EL HAMI PES INSA, Rouen Rapporteur

Pr. Ahmed TAIK PES FSTM, Université Hassan II Casa Rapporteur

Pr. Ghita MANGOUB PES FSTS, Université Hassan I Settat Rapporteuse

Pr. Abdelaziz BELJADID PH UM6P / Univ. Ottawa Examinateur

Pr. Elalami SEMMA PES FSTS, Université Hassan I Settat Examinateur

Pr. Hassan SMAOUI PES CEREMA / Univ.Tech. Compiègne Co-Directeur de thèse

Pr. Bouchaib RADI PES FSTS, Université Hassan I Settat Directeur de thèse

Année Universitaire : 2024/2025


2

—2—
Développement d’un code de calcul
opérationnel de la propagation de l’onde et
les courants de marée par la méthode
Lattice Boltzmann

HADDACH ALI
Faculté des Sciences et Techniques de Settat
Université Hassan 1 Settat

Thèse présentée en vue de l’obtention du diplôme de


Doctorat
29 Octobre 2024
ii

— ii —
Figure de la couverture : − Champ des vitesses dans le détroit de Gibraltar obtenu par simulation numérique
de l’onde de marée M2 (semi-diurne lunaire) lors d’une marée basse.
− La couleur rouge correspond à la vitesse maximale qui avoisine 1.4m/s.
Aux Hommes de valeur disparus,
et à ceux qui sont partis en paix,
À mon grand-père Haj Thami,
À ma tante Lalla Amina,
À mon oncle Idriss,
qu’ils reposent en paix
Avant propos

Ce manuscrit représente l’aboutissement de plusieurs années de travail acharné durant ma


thèse. En écrivant ces lignes, je repense à tout le chemin parcouru, aux moments de joie et aux
périodes plus difficiles, aux nuits interminables consacrées à la recherche, à ces instants où la
solution devient limpide et à la satisfaction que cela procure. Mais je me souviens aussi des
moments de doute, de ces nuits où l’on s’endort en pensant aux problèmes et les simulations,
pour se réveiller avec des solutions, parfois très évidentes, ou avec des incertitudes et des NaNs
inattendues. Ces pensées obsessionnelles qui nous suivent, et que l’on apprend peu à peu à
apprivoiser. Les discussions passionnantes et stimulantes avec, soit mes collègues, soit mes
encadrents ont été indispensables : elles ont apporté des perspectives nouvelles et m’ont permis
de relativiser autant les échecs que les réussites. Sans ces échanges, le chemin vers la thèse aurait
été une épreuve bien plus solitaire. En définitive, cette étape de ma vie s’achève, et je réalise
que la thèse n’est pas une fin en soi, mais c’est le début d’une carrière de chercheur.

Cet avant-propos est l’occasion de remercier tous ceux qui ont participé, de près ou de loin,
à la réalisation de ce travail :

Je remercie, tout d’abord, Professeur Mohamed BAHAJ d’avoir accepté de présider le jury
de cette thèse. Je tiens à remercier Professeur Abdelkhalek EL HAMI, Professeur Ahmed TAIK
et Professeur Ghita MANGOUB d’avoir acceptés la difficile tâche de rapporter cette thèse
malgré leurs emplois du temps chargés et les contraintes imposées par les délais. Je remercie
également Professeur Abdelaziz BELJADID et Professeur Elalami SEMMA de s’être rendus
disponibles afin de faire partie du jury et d’accepter d’examiner ce travail. Je suis très honoré
par la présence de chaque Professeur de faire partie de ce jury.

Mes pensées et mes remerciements vont à mes directeurs de thèses. A Professeur Hassan
SMAOUI, qui occupe une place si particulière. Tout au long de ces années, il m’a accompagné
avec une grande passion et une remarquable subtilité. Il m’a offert une précieuse liberté dans
mon travail, tout en étant toujours présent lorsque j’avais besoin de son soutien, et ce, malgré
ses nombreuses responsabilités. J’ai énormément appris à ses côtés, car il est une source infinie
d’inspiration et de stimulation intellectuelle. Il a su, à chaque étape, m’encourager à approfondir
mes réflexions et à élargir mes horizons vers divers domaines théoriques et appliqués, tout en
ayant l’expérience nécessaire pour m’éviter de s’écarter de l’essentiel. Je souhaite donc ici lui
témoigner tout mon respect et ma profonde gratitude, malgré que les phrases et les mots ne

v
vi

suffisent pas pour le remercier. Je tiens aussi à adresser mes pensées à Professeur Bouchaib
RADI, qui fût également à l’origine de ce projet de thèse. Durant toutes ces années, il a été la
voix de la raison, guidant ce travail avec méthode et pragmatisme vers les objectifs fixés. Il a
toujours su être disponible et répondre présent chaque fois que j’ai eu besoin de son soutien et
dont j’ai eu le plaisir d’échanger avec lui de nombreuses idées que ce soient sur le plan scientifique
ou le plan humain et ceci toujours dans le sacré temple « Café Souss ». Pour tout cela, je lui
exprime ma profonde gratitude.

Il est également important de mentionner ces rencontres déterminantes qui jalonnent la


vie de chacun. C’est l’occasion de revenir sur ce parcours et de rendre hommage à tous les
enseignants qui ont forgé à mon instruction depuis le primaire jusqu’au supérieur. Je dis un
grand merci à ceux qui sont en vie et reposez-vous en paix à ceux qui nous ont quittés.

Comme disait John Donne « Nul homme n’est une île, complet en soi-même », ces dernières
années m’ont également permis de créer des liens avec des collègues, dont certains sont devenus
des amis. Ces humains qui sont les sparadraps du cœur, ils savent recoller les morceaux, rendre
nos jours plus beaux et nous faire naître des rires spectaculaires. On dit d’eux, qu’ils sont la
famille qu’on se choisit. Alors oui, merci à tous les amis qui m’ont soutenu pendant ces années.
Une pensée très particulière aux frères du Laboratoire IMII, équipe « Modélisation et simulation
numérique des systèmes mécaniques complexes », à savoir, Jaouad SMILY, Soufiane ELOUARDI,
Abdelhamid AMAR, Abdelilah ELBAZ, Rabii ELMAANI, Adnane ZOUBEIR. Mais aussi aux
amis de la faculté de Casablanca, Saad ELKHADRI, Abdellah AIT TASTIFT, Ilyas FOURKANI
(Shadow), Mouad ELMANSOUR, Ayoub SAHMI et sûrement d’autres que j’ai oublié sans
doute. A l’ami et le frère d’enfance Anass NAIM. Je pense également aux collègues et amis de la
FST de Settat et à tous les doctorants et doctorantes que j’ai côtoyé pendant ces années de thèse.

Je tiens une place particulièrement très chère à mes parents, qui ont fait de nombreux
sacrifices consentis pour me permettre de poursuivre mes études. Leur dévouement m’a aidé
à réaliser ces travaux. Leurs pensées m’ont toujours accompagné durant ces nombreuses
années, de mêmes que celles de mes deux sœurs, mes deux tantes et toute la famille. Je suis
conscient que les mots ne suffissent pas pour les remercier et je leurs dois toute ma vie. A
mes parents et ma famille, je vous dédie ce travail et je vous dis merci du fond du cœur.

Un immense merci à chacun et chacune d’entre vous.

— vi —
Résumé

Le travail de cette thèse a été consacré à la mise au point d’une modélisation numérique 2D
des écoulements côtiers par la méthode de Boltzmann su réseau : MBR ou "Lattice Boltzmann
Method : LBM". Ce travail a été réalisé en trois étapes qui correspondent aux trois objectifs
définis dans la proposition du sujet de thèse. Avant d’entamer la réalisation des objectifs, une
étude bibliographique a été menée en profondeur sur la théorie de la MBR et notamment
le développement multi-échelle de Chapman-Enskog. Ce développement permet de prouver
la convergence de l’équation de Boltzmann discrète vers l’équation aux dérivées partielles
que l’on souhaite résoudre par la MBR.
Le premier objectif qui est la prise en main de la MBR a été réalisé en développant une
série de codes de calcul simple pour simuler les écoulements incompressibles régis par les
équations de Navier-Stokes. Pour ces codes, les effets de la turbulence ont été pris en compte
par l’approche Structures des Grandes Echelles : SGE ou "Large Eddy Simulation : LES".
Plusieurs tests numériques de validation ont été mis en œuvre et ont montré d’excellents accord
avec la solution exacte du problème considéré.
Les travaux du second objectif ont été menés dans le but d’adapter les codes réalisés dans
l’étape précédente pour des écoulements à surface libre régis par les équations des eaux peu
profonde : EEPP (ou "les équations de Saint-Venant"). Dans cette partie de la thèse une
démarche rigoureuse a été suivie pour effectuer les différentes tâches menant à la mise en
œuvre de la MBR en passant par le développement de la fonction d’équilibre, l’analyse de
Chapman-Enskog, jusqu’à l’établissement de l’algorithme de résolution par la variante TRM de
la MBR. A ce stade de la thèse, c’est l’approche SGE qui a été mise en œuvre dans le code de
calcul. Pour valider le code de calcul développé pour la résolution des EEPP, plusieurs tests
numériques de comparaison ont été réalisés. Les résultats du code ont montré un excellent
accord avec ceux des solutions analytiques considérées.
La réalisation du troisième objectif a été menée par l’intégration de la turbulence dans
le modèle développé pour les EEPP, mais cette fois-ci par l’approche Equation de Navier-
Stokes Moyennées au sens de Reynolds : ENSMR (ou "Reynolds Averaged Navier-Stokes
Equations" : RANSE). Cela a consisté en la résolution des deux équations de transport des
quantités turbulentes k et ε par la version TRU de la MBR. L’analyse des résultats obtenus
par l’approche ENSMR a montré des résultats similaires obtenus par l’approche SGE, mais
avec l’avantage d’accès à d’autres quantités turbulentes.
Le code développé a été appliqué à l’étude des cas réels à grandes échelles de la lagune de Nador
(côte Méditerranéenne), puis de la lagune de Oualidia (côte Atlantique). Ces simulations ont été

vii
viii

réalisées en prenant en compte des données réelles concernant la bathymétrie, les conditions
météorologiques et la marée. Les résultats des simulations ont montré que le modèle développé
a pu reproduire avec une grande précision les grands traits de l’hydrodynamisme de ces deux
lagunes. Pour la lagune du Nador uniquement, la propagation d’un polluant (avec ou sans vent)
a été simulée en résolvant l’équation de transport par la variante TRU de la MBR. Les résultats
des simulations ont montré que le vent est un facteur défavorable à la pollution de la lagune.
L’ensemble de ces travaux de recherche apportent une contribution significative à la
compréhension des dynamiques de certaines zones côtières Marocaines et propose la MBR
comme méthode robuste et précise pour la modélisation des écoulements côtiers, mais aussi
comme une alternative sérieuse aux méthodes classiques telles que la MDF, MVF et la MEF.

Mots-clés : modélisation numérique, équations de Saint-Venant, polluant, courants de marée,


écoulements côtiers, méthode de Boltzmann sur réseau, turbulence SGE.

— viii —
Abstract

The work of this thesis was devoted to the development of a 2D numerical modeling of
coastal flows by the Lattice Boltzmann Method : LBM". This work was carried out in three
stages which correspond to the three objectives defined in the proposal of the thesis subject.
Before starting the achievement of the objectives, a bibliographic study was carried out in depth
on the theory of LBM and in particular the multi-scale development of Chapman-Enskog. This
development makes it possible to prove the convergence of the discrete Boltzmann equation
towards the partial differential equation that we wish to solve by the LBM.
The first objective which is the handling of the LBM was achieved by developing a series
of simple computer codes to simulate incompressible flows governed by the Navier-Stokes
equations. For these codes, the effects of turbulence were taken into account by the Large Eddy
Simulation : LES approach. Several numerical validation tests were implemented and showed
excellent agreement with the exact solution of the considered problem.
The work of the second objective was carried out in order to adapt the codes developed in
the previous step for free surface flows governed by the Shallow Water Equations : SWE (or
"Saint-Venant equations"). In this part of the thesis, a rigorous approach was followed to carry
out the various tasks leading to the implementation of the LBM, including the development of
the equilibrium function, the Chapman-Enskog analysis, and the establishment of the resolution
algorithm by the MRT variant of the LBM. At this stage of the thesis, the LES approach
was implemented in the computed code. To validate the developed code solving the SWE,
several numerical comparison tests were carried out. The results of the code showed an excellent
agreement with those of the analytical solutions considered in the tests.
The achievement of the third objective was led by the integration of turbulence in the model
developed for the SWE, but this time by the Reynolds Averaged Navier-Stokes Equations :
RANSE. This consisted in solving the two transport equations of the turbulent quantities k
and ε by the SRT version of the LBM. The analysis of the results obtained by the RANSE
approach showed similar results obtained by the LES approach, but with the advantage of
access to other turbulent quantities.
The developed code was applied to the study of real large-scale cases of the Nador lagoon
(Mediterranean coast) and of the Oualidia lagoon (Atlantic coast). These simulations were
carried out taking into account real data concerning bathymetry, weather conditions and tide.
The results of the simulations showed that the developed computer code was able to reproduce
with high accuracy the main features of the hydrodynamics of these two lagoons. Only, for the
Nador lagoon, the propagation of a pollutant (with or without wind) was simulated by solving

ix
x

the transport equation using the SRT variant of the LBM. The results of the simulations showed
that the wind is an unfavorable factor for the pollution propagation in the Nador lagoon.
All of this research work makes a significant contribution to the understanding of the
dynamics of certain Moroccan coastal areas and proposes the LBM as a robust and accurate
method for modeling coastal flows, but also as a serious alternative to conventional methods
such as FDM, FVM and FEM.

Keywords : Numerical modeling, Shallow water equations, pollutant, tidal currents, coastal
flows, Lattice Boltzmann method, RANSE and LES turbulence.

—x—
Table des matières

Avant propos v

Résumé vii

Abstract ix

Table des matières xi

Table des figures xv

Liste des tableaux xix

Liste des abréviations xx

Chapitre 1 Introduction générale et motivation 1


1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
2 Les méthodes traditionnelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.1 La méthode des différences finies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.2 La méthode des éléments finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.3 La méthode des volumes finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3 Les méthodes récentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
3.1 Méthode HPL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
3.2 Méthode basée sur la théorie cinétique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
4 Organisation du mémoire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

Chapitre 2 La méthode de Boltzmann sur réseau 20


1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2 Présentation de la MBR . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.1 État de l’art . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
2.2 Théorie cinétique des milieux continus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.3 Fonction de distribution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.4 Fonction de distribution à l’équilibre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.5 Les différents types de discrétisation de l’espace des vitesses . . . . . . . . . . . 27
3 Présentation de l’équation de Boltzmann sur réseau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
3.1 Formulation de l’opérateur de collision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
3.2 Modélisation de la collision . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
3.2.1 Modèle à taux de relaxation unique (TRU) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.2.2 Modèle à taux de relaxation double (TRD) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
3.2.3 Modèle à taux de relaxation multiple (TRM) . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

xi
Table des matières xii

3.3 Les méthodes de régularisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38


3.3.1 MBR en Cascade . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.3.2 MBR en cumulant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
3.3.3 MBR régularisée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39

Chapitre 3 Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 40


1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2 Description de l’écoulement des fluides à différentes échelles . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.1 Échelle macroscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
2.2 Échelle mésoscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
2.3 Échelle microscopique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
3 Équations de base . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.1 Conservation de la masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
3.2 Conservation de la quantité de mouvement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46
3.3 Équation de transport . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47
4 Modélisation de la turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
4.1 ENS filtrées en temps (ENSMR) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
4.1.1 Turbulence et fermeture du système . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.1.2 Modélisation au premier ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
4.1.3 Modélisation au second ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
4.2 ENS filtrées en espace (SGE) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63
5 Discrétisation de l’EB pour la résolution des ENS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 70
5.1 Traitement des conditions aux limites pour l’hydrodynamique . . . . . . . . . . 72
5.1.1 Frontières ouvertes du domaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
5.1.2 Frontières fermées du domaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
5.1.3 Condition de symétrie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
6 Discrétisation de l’équation de transport (Convection-Diffusion) . . . . . . . . . . . . . . 82
6.1 Discrétisation par le réseau D2Q9 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
6.2 Discrétisation par le réseau D2Q5 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
6.3 Traitement des conditions aux limites pour le transport . . . . . . . . . . . . . . . 85
6.3.1 La condition de type Dirichlet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
6.3.2 La condition de type Neumann ou Robin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
7 Discrétisation des équations de la turbulence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
7.1 Approche SGE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
7.2 Approche ENSMR . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
8 Validation des modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
8.1 Solutions hydrodynamiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
8.1.1 Test 1 : Les tourbillons de Taylor-Green . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
8.1.2 Estimation de l’ordre de la méthode . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
8.1.3 Test 2 : L’écoulement entraîné dans une cavité carrée . . . . . . . . . . 104
8.1.4 Test 3 : L’écoulement entraîné dans une cavité semi-circulaire . . . . 109
8.2 Solutions de l’équation du transport (convection-diffusion) . . . . . . . . . . . 113
8.2.1 Test 1 : Cas stationnaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
8.2.2 Test 2 : Cas stationnaire avec conditions aux limites variables . . . . 117
8.2.3 Test 3 : Cas instationnaire avec terme source . . . . . . . . . . . . . . . . 119

— xii —
xiii Table des matières

Chapitre 4 La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu
profondes 123
1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
2 Équations moyennées sur la verticale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
2.1 Hypothèses et conséquences . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
2.1.1 Hypothèse 1 : approximation de Boussinesq . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
2.1.2 Hypothèse 2 : approximation "eaux peu profondes" . . . . . . . . . . . . 125
2.2 Les ENS moyennées sur la verticale et dérivation des équations de Saint-
Venant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127
2.3 Équation de transport moyennée sur la verticale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 134
2.4 Équations de la turbulence moyennées sur la verticale . . . . . . . . . . . . . . . 137
3 Discrétisation des équations de Saint-Venant pour la MBR . . . . . . . . . . . . . . . . . 138
3.1 Le modèle à taux de relaxation unique par les équations de Saint-Venant 138
3.2 Fonction de distribution d’équilibre local . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139
3.3 Développement de Chapman-Enskog pour les ESV . . . . . . . . . . . . . . . . . 143
3.4 Discrétisation des termes de force . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145
3.5 Schéma taux de relaxation multiple pour les ESV . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
4 Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
4.1 Test 1 : L’écoulement dans un coude de 180◦ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
4.2 Test 2 : L’écoulement autour d’un cylindre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 154
4.3 Test 3 : L’écoulement autour d’une digue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158
4.4 Test 4 : L’écoulement dans un canal convergent-divergent . . . . . . . . . . . 162
4.5 Test 5 : L’écoulement dans un canal à deux branches . . . . . . . . . . . . . . . 165
4.5.1 Conservation des débits . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 166
4.5.2 Zone de séparation dans le canal branche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
4.5.3 Profils de la hauteur d’eau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171

Chapitre 5 Application aux cas réels 173


1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 173
2 Application à la lagune Oualidia . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 174
2.1 Présentation de la zone et paramètres des simulations . . . . . . . . . . . . . . . 174
2.2 Étude de la sensibilité au maillage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177
2.3 Présentation et discussion des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 179
2.3.1 Évolution de la surface libre et des courants de marée . . . . . . . . . . 179
2.3.2 Évolution locale de la surface libre et des courants . . . . . . . . . . . . . 184
2.3.3 Évolution du courant résiduel de la marée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187
3 Application à la lagune de Nador . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190
3.1 Description de la zone d’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190
3.2 Conditions initiales et aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192
3.3 Discussion des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
4 Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador . . . . . . . . . . . . . . 200
4.1 Description des paramètres de simulation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
4.2 Analyse et discussion des résultats numériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204
4.2.1 Scénario 1 : Écoulement de la marée sans vent . . . . . . . . . . . . . . . 204

— xiii —
Table des matières xiv

4.2.2 Scénario 2 : Écoulement de marée avec vent . . . . . . . . . . . . . . . . . 209


5 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214

Conclusion générale et perspectives 215

Bibliographie 219

— xiv —
Table des figures

1.1 Volume de contrôle (basé sur la cellule) et ses normales extérieures . . . . . . . . 11


1.2 Volume de contrôle (basé sur le nœud) et ses normales extérieures . . . . . . . . 11
1.3 Représentation graphique de l’interpolant W pour la méthode HPL . . . . . . . 15

2.1 Réseau bidimensionnel carré pour le modèle HPP . . . . . . . . . . . . . . . . . 21


2.2 Réseau bidimensionnel hexagonal pour le modèle FHP . . . . . . . . . . . . . . 22
2.3 Réseau bidimensionnel D2Q5, D2Q7, D2Q9 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28

3.1 Illustration de différentes échelles d’écoulement des fluides . . . . . . . . . . . . 42


3.2 Volume de contrôle pour le bilan de masse et quantité de mouvement . . . . . . 45
3.3 Différents tourbillons au voisinage d’un aile d’avion . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.4 Filtrage des variables instantanées en écoulement stationnaire et instationnaire . 51
3.5 Concept de simulation aux grandes échelles en relation avec le flux d’énergie et le
spectre énergétique [112] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
3.6 Localisation des distributions inconnues sur les limites du domaine du calcul. . . 73
3.7 Illustration du mouvement d’une particule durant le processus du rebond à
mi-chemin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
3.8 Illustration du mouvement d’une particule durant le processus du rebond complet. 79
3.9 Illustration du mouvement d’une particule durant le processus du rebond avec
glissement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
3.10 Géométrie d’écoulement de Poiseuille avec parois de rebond -Nœuds fluides :
symbole de cercles ouverts -Nœuds de limite : symbole de cercles pleins . . . . . 81
3.11 Localisation des fonctions de distribution inconnues et schématisation des do-
maines principales miroirs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
3.12 Localisation des différents nœuds pour un schéma de rebond à mi-chemin. . . . . 85
3.13 La configuration de l’écoulement en vecteurs vitesse à t = 25s . . . . . . . . . . 101
3.14 (a) Comparaison du profile de vitesse pour u tout le long de la direction y, (b)
Comparaison du profile de vitesse pour v tout le long de la direction y (point
noir : solution analytique, ligne rouge : solution calculée) . . . . . . . . . . . . . 102
3.15 Comparaison du module de la vitesse des tourbillons de Taylor-Green au temps
t = 25s. (a) solution numérique obtenue par le modèle avec un réseau 75 × 75,
(b) solution analytique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102

xv
Table des figures xvi

3.16 Norme L2 de l’erreur absolue du module de la vitesse en fonction de h dans


l’écoulement tourbillonnaire de Taylor-Green. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
3.17 Domaine d’écoulement 2D dans une cavité carrée. . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
3.18 Lignes de courant de l’écoulement dans la cavité (a) : Re = 400, (b) : Re = 1000,
(c) : évolution des composantes de la vitesse pour Re = 400, (d) : évolution des
composantes de la vitesse pour Re = 1000. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
3.19 (a) Profil de la composante vitesse u à x = 1/2 pour Re = 400. (b) Profil de la
composante vitesse v à y = 1/2 pour Re = 400. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
3.20 (a) Profil de la composante vitesse u à x = 1/2 pour Re = 1000. (b) Profil de la
composante vitesse v à y = 1/2 pour Re = 1000. . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
3.21 Domaine d’écoulement 2D dans une cavité semi-circulaire. . . . . . . . . . . . . 110
3.22 Les lignes de courants de l’écoulement pour différents Re(a) Re = 500, (b)Re =
1000, (c) Re = 2000, (d) Re = 3000, (e) Re = 5000, (f) Re = 6600. . . . . . . . . 112
3.23 Distribution de la concentration calculée par le modèle numérique. . . . . . . . . 115
3.24 Distribution de la concentration calculée par la solution analytique (3.111) . . . 115
3.25 Comparaison des profils de la solution analytique et numérique à x = 250m.
(point noir : solution analytique, ligne rouge : solution calculée) . . . . . . . . . 116
3.26 Comparaison des profils de la solution analytique et numérique à x = 5m. (point
noir : solution analytique, ligne rouge : solution calculée) . . . . . . . . . . . . . 116
3.27 Comparaison des profils de la solution analytique et numérique à x = 5m . . . . 117
3.28 Comparaison des solutions exacte et numérique à l’instant t = 150s : (a) solution
exacte obtenue par (3.114), (b) solution numérique obtenue par la MBR. . . . . 118
3.29 Comparaison des profils de la solution analytique et numérique à différentes
radiales. (point noir : solution analytique, ligne de couleur : solution calculée) . . 119
3.30 Comparaison des solutions exacte et numérique : (a) solution exacte obtenue à
t = 0.6s par (3.114), (b) solution numérique obtenue à t = 0.6s par la MBR. . . 121
3.31 Comparaison des solutions exacte et numérique : (a) solution exacte obtenue à
t = 0.6s par (3.114), (b) solution numérique obtenue à t = 0.6s par la MBR.
(point rouge : solution analytique, ligne noire : solution calculée) . . . . . . . . 121

4.1 Schématisation de l’écoulement à surface libre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128


4.2 Configuration du domaine de l’écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
4.3 Niveau d’eau dans le canal et emplacement des points A et B . . . . . . . . . . 152
4.4 Lignes de courant, champ de vitesse et emplacement des transects . . . . . . . . 153
4.5 Zoom sur la zone de recirculation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 153
4.6 Comparaison des vitesses sur les transects T1 , T2 et T3 : les points noirs repré-
sentent les mesures, la ligne continue représente les résultats du modèle. . . . . . 154
4.7 Configration du domaine de l’écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
4.8 Comparaison des hauteurs d’eau le long de la ligne centrale du canal . . . . . . . 156
4.9 La composante longitudinale de la vitesse et les vecteurs vitesse simulés par
modèle numérique MBR : localisation de la distance du sillage Lw . . . . . . . . 157

— xvi —
xvii Table des figures

4.10 Configuration du domaine de l’écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158


4.11 Zoom sur la digue : profondeur de l’eau et champs de vitesse. . . . . . . . . . . . 159
4.12 Vitesse normalisée (u/uin ) sur les transects TD1, TD2, TD3 et TD4 : les points
de cercle représentent les mesures, la ligne rouge continue représente les résultats
du modèle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161
4.13 Configration du domaine de l’écoulement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162
4.14 Profondeur d’eau simulée dans le flux du canal convergent (contours de la
profondeur d’eau en mètres). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 163
4.15 Vitesse simulée dans un flux de canal convergent. . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
4.16 Profondeur d’eau centrale dans un canal convergent. . . . . . . . . . . . . . . . . 164
4.17 Schématisation du domaine d’étude. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
4.18 Hauteur d’eau superposée aux lignes de courant . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168
4.19 Comparaison du profil de la hauteur d’eau sur la radiale y = 0.9 + ∆y (point :
les mesures, trait rouge : les valeurs calculées) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170
4.20 Comparaison du profil de la hauteur d’eau sur la radiale Y = 1.2 − ∆y (point :
les mesures, trait rouge : les valeurs calculées). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 171

5.1 Situation géographique de la lagune Oualidia et localisation de la zone d’étude. . 175


5.2 Niveau de la surface libre et lignes de courant durant un cycle de marée de M2 :
de M.H. − 06h à M.H. + 05h . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 183
5.3 Localisation des points d’extraction de la surface libre et de la vitesse moyenne. 185
5.4 Niveau de la surface libre et les composantes de la vitesse moyenne au Point P 1
(voir Fig. 5.3) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 185
5.5 Niveau de la surface libre et les composantes de la vitesse moyenne au Point P 2
(voir Fig. 5.3) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186
5.6 Vitesse résiduelle avec une période d’intégration temporelle de M2 . . . . . . . . . 188
5.7 Lignes de courant de la vitesse résiduelle avec une période d’intégration temporelle
de M2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189
5.8 Situation géographique de la lagune de Nador et localisation de la zone d’étude. 191
5.9 Bathymétrie de la lagune de Nador en mètres (m) et localisation des points P et C 192
5.10 Niveau de la surface libre et lignes de courant durant un cycle vive-eaux de
M2 + S2 : de M.H. − 06h à M.H. + 05h . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197
5.11 Évolution de la surface libre au point P pendant un cycle vives-eaux/mortes-eaux. 199
5.12 Évolution des composantes de la vitesse au point P pendant un cycle vives-
eaux/mortes-eaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
5.13 Évolution des composantes de la vitesse au point C pendant un cycle vives-
eaux/mortes-eaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
5.14 Carte de la rose des vents à Nador (extraite de [172]) . . . . . . . . . . . . . . . 202
5.15 Localisation des cours d’eau sources de pollution. . . . . . . . . . . . . . . . . . 203
5.16 Profil temporel pendant la période T du terme source appliqué aux deux scénarios.204
5.17 L’évolution de la distribution de la pollution dans la lagune de Nador durant un
cycle de marée M2 sans vent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208

— xvii —
Table des figures xviii

5.18 L’évolution de la distribution de la pollution dans la lagune de Nador au durant


un cycle de marée M2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213

— xviii —
Liste des tableaux

3.1 Nombre d’inconnues et nombre d’équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54


3.2 Les premièrs modèles de la turbulence (extrait de [97]) . . . . . . . . . . . . . . 61
3.3 Les valeurs des constantes du modèle k − ε standard . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.4 Recouvrement des différentes CLs possibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
3.5 Localisation du centre des tourbillons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

4.1 Les valeurs des constantes du modèle k − ε standard moyenné sur la verticale . . 138
4.2 Hauteurs d’eau le long de la ligne centrale du canal . . . . . . . . . . . . . . . . 157
4.3 Valeurs des débits simulés par le modèle numérique. . . . . . . . . . . . . . . . . 167
4.4 Les valeurs SL et Sw obtenues par ajustement quadratique et par modélisation
numérique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 169

5.1 Amplitude de l’onde de marée M2 et temps CPU du test indépendant de la grille 178
5.2 Analyse de Fourier du signal de marée au P 2 situé au centre de la lagune de
Oualidia. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186
5.3 Les données des ondes M2 et S2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192

xix
Liste des abréviations

ACGR . . . . . : Automates Cellulaires à Gaz sur Réseau


EDO . . . . . . : Équation Différentielle Ordinaire
EDP . . . . . . : Équation aux Dérivées Partielles
EPP . . . . . . : Eau Peu Profonde
EEPP . . . . . : Équations des Eaux Peu Profondes (SWEs)
ESV . . . . . . : Équations de Saint-Venant
ENS . . . . . . : Équations de Navier-Stokes
ENSMR . . . . : Équations de Navier-Stokes Moyennées au sens de Reynolds
EB . . . . . . . : Équation de Boltzmann
ECD . . . . . . : Équation de Convection-Diffusion
ESM . . . . . . : Échelle Sous Maille
CL . . . . . . . : Condition aux Limites
MBR . . . . . . : Méthode de Boltzmann sur Réseau
SGE . . . . . . : Simulation des Grandes Échelles
SND . . . . . . : Simulation Numérique Directe
TRU . . . . . . : Taux de Relaxation Unique
TRD . . . . . . : Taux de Relaxation Double
TRM . . . . . . : Taux de Relaxation Multiple
Liste des abréviations anglaises
LGA . . . . . . : Lattice Gaz Automata
ODE . . . . . . : Ordinary Differential Equation
PDE . . . . . . : Partial Differential Equation
SW . . . . . . . : Shallow Water
SWE . . . . . . : Shallow Water Equations
SVE . . . . . . : Saint-Venant Equations
NSE . . . . . . : Navier-Stokes Equations
RANSE . . . . : Reynolds-Averaged Navier-Stokes Equations
BE . . . . . . . : Boltzmann Equation
ADE . . . . . . : Advection-Diffusion Equation

xx
xxi Liste des abréviations

SGS . . . . . . : Sub-Grid Scale


BC . . . . . . . : Boundary conditions
LBM . . . . . . : Lattice Boltzmann Method
LES . . . . . . . : Large Eddy Simulation
DNS . . . . . . : Direct Numerical Simulation
SRT . . . . . . : Single Relaxation Time
TRT . . . . . . : Two Relaxation Time
MRT . . . . . . : Multiple Relaxation Time

— xxi —
Liste des abréviations

— xxii —
1
Chapitre
Introduction générale et motivation

1 Introduction
Depuis le développement des premiers calculateurs dans les années cinquante, l’acquisition
de la connaissance n’a cessé d’être améliorée. En effet, avec ce développement, nous avons
vu émerger une nouvelle discipline liée au calcul scientifique. À son tour cette discipline a
contribué au développement des nouvelles méthodes numériques d’approximations de plus en
plus performantes dans presque tous les domaines des mathématiques. On cite par exemple :
la cryptographie, l’algèbre linéaire, l’optimisation, les statistiques, etc., mais c’est sans doute
les recherches en mécanique des fluides et en biologie qui sont les grandes bénéficiaires de ces
développements, comme dans l’océanographie, la météorologie, l’aéronautique, identification de
l’ADN, etc. Le calcul scientifique (appelé parfois les mathématiques modernes) qui repose sur le
développement des algorithmes de calcul a contribué de manière spectaculaire à l’innovation
dans plusieurs domaines de l’industrie mondiale. Avec le haut niveau de performances atteint par
les supercalculateurs, la recherche en nucléaire militaire (domaine très sensible et à risques élevés)
a quand même accordé sa confiance aux résultats d’essais nucléaires obtenus par simulations,
jadis obtenus exclusivement par essais in-situ. De même, plusieurs mystères de la nature ont
été appréhendés par l’homme en se basant sur le calcul scientifique et sa puissance. On cite
par exemple le décodage de l’ADN, la cryptographie, etc.
La mécanique des fluides fondamentale élabore des équations traduisant la physique des
écoulements de plus en plus complexes. La formulation de ces équations s’appuie sur les lois

1
1. Introduction générale et motivation 2

de conservation (masse, quantité de mouvement, énergie, etc.) de différents flux constituant


la matière du fluide en question. L’écriture mathématique de ces lois fait appel à une série
d’équations aux dérivées partielles (EDPs) et leurs conditions aux limites associées. On cite par
exemple : les équations de Navier-Stokes (ENS) pour les fluides incompressibles, les équations
d’Euler (EE) pour les fluides compressibles, les équations de Darcy (ED) pour les écoulements en
milieu poreux saturés, les équations de Richards (ER) pour les milieux non saturés, les équations
de Saint-Venant (ESV) pour les écoulements en eau peu profonde (EPP) qui modélisent les
écoulements en rivière, en zone côtière, en estuaire, etc. La résolution des ces équations est
impossible sauf pour des configurations simples sans intérêt pratique.
Les équations de la dynamique des fluides Newtoniens et les équations de Navier-Stokes
sont connues depuis plus que 150 ans. Cependant le développement des formes réduites de
ces équations est encore à l’heure actuelle un domaine de recherche très actif comme par
exemple les problèmes de la fermeture de la turbulence pour les ENS moyennées au sens de
Reynolds. Quant à la dynamique des fluides non-Newtoniens, les écoulements couplés avec
la chimie, les écoulements multi-physiques et turbulents complexes, leurs développements
théoriques sont moins avancés à l’heure actuelle que ceux des fluides Newtoniens. Par ailleurs, La
dynamique des fluides expérimentale a joué un rôle important dans la validation et les limites des
différentes approximations proposées par les études théoriques. Le bon exemple est celui de la
soufflerie qui représente un équipement expérimental fournissant un moyen effectif d’estimation
de l’écoulement globale. La soufflerie offre également une alternative effective aux mesures
des grandeurs qui peuvent être parfois géométriquement inaccessible et/ou économiquement
irréalisable. Toutefois l’étude expérimentale pour certaines catégories d’écoulements s’avère
difficilement réalisable voire impossible.
L’amélioration constante des vitesses des calculs et la taille de la mémoire des ordinateurs
depuis les années 50 (HP-CRAY 1119 Pétaflop/s ; FITIJSU 442 Pétaflop/s ; HP-CRAY 309
Pétaflop/s ; BULL Sequana 238,7 Pétaflop/s ; IBM Power 148,8 Pétaflop/s, etc.) a contribué
énormément à l’émergence d’une nouvelle discipline de la mécanique qui se situe entre la
mécanique théorique et la mécanique expérimentale. Il s’agit de la dynamique des fluides
numériques (DFN), connue chez les anglo-saxons par Computational Fluid Dynamics (CFD). La
DFN est l’analyse des systèmes faisant intervenir l’écoulement des fluides, le transfert de chaleur
et d’autres phénomènes qui leur sont associés, moyennant des simulations sur calculateurs

—2—
3 1. Introduction

(mise en œuvre des algorithmes basés sur des schémas numériques d’approximations). La
DFN est devenue incontournable dans plusieurs secteurs d’activités : industrie, environnement,
médical, etc. On cite par exemple : l’aviation, l’automobile, propagation de polluant, estuaire,
écoulement du sang dans les veines, etc.
La DFN est aussi une branche de la dynamique des fluides qui vient compléter la théorie et
l’expérimentation en fournissant des moyens de simulation des écoulements en configuration réelle.
Elle permet également de tester des résultats théoriques qui ne peuvent pas être confirmés par les
expérimentations (limites des installations). Par exemple dans le domaine de l’aérodynamique, les
bancs d’essais en soufflerie sont limités à une plage de nombre de Reynolds d’un ou deux ordres
de grandeurs moins que l’échelle du prototype. La DFN fournit aussi la possibilité d’étudier
l’importance relative de chaque terme constituant les équations de l’écoulement. De même, elle
permet la mise au point des modèles théoriques tout en ouvrant des nouvelles voies de recherche et
développement. Par conséquent, la DFN est actuellement un moyen indispensable dans plusieurs
domaines et en l’occurrence les secteurs cités auparavant. Notons que la DFN a joué un rôle
important dans la recherche en turbulence. Un bon exemple de ce rôle est celui de développement
des modèles de turbulence. Les plus populaires de ces modèles est celui à deux équations qui
sont basés sur les travaux de Kolmogorov [1] et Prandt [2]. Cependant ce n’est qu’aux années
70 et avec le développement des calculateurs que ces modèles ont vu le jour dans la pratique.
Comme précisé plus haut, la DFN est la technique de résolution numérique des EDPs
modélisant un système basé sur les lois de conservation. Ces équations sont souvent non-
linéaires et instationnaires et ne possèdent que des solutions analytiques dans des configurations
simples. Le rôle de la DFN est donc de proposer des algorithmes robustes pour fournir
des solutions approchées. Il est à noter que trois classes des méthodes numériques (dites
"conventionnelles") largement utilisées en DFN ont été proposées pour la résolution de différents
problèmes d’écoulements de fluides. Il s’agit de la méthode des différences finies (MDF), la
méthode des éléments finis (MEF), la méthode des volumes finis (MVF). Les principales
différences entre ces méthodes réside dans la manière de l’approximation des variables de
l’écoulement et la procédure de la discrétisation. Dès l’apparition des méthodes sans maillage
(en particulier la méthode Smooth Particle Hydrodynamics : SPH), la DFN les a intégrées
pour proposer des solutions des ENS avec une bonne conservation de la masse. Depuis une
trentaine d’années ont immergé les méthodes basées sur la théorie cinétique (en particulier

—3—
1. Introduction générale et motivation 4

la méthode de Boltzmann sur réseau : MBR) pour simuler l’hydrodynamique d’un fluide en
mouvement. Plusieurs chercheurs ont proposé la mise en œuvre de la MBR pour différents types
d’écoulements pour des applications académiques ou pour des écoulements en laboratoire, mais
rarement appliquée aux cas réels. Pour situer les différences entre ces méthodes, nous exposons
dans les paragraphes qui suivent leurs principes de fonctionnement.

2 Les méthodes traditionnelles


2.1 La méthode des différences finies

La MDF est l’une des méthodes numériques les plus anciennes utilisées pour résoudre des
EDPs. Cette méthode approche l’équation de l’écoulement sur les nœuds de la grille du calcul. Le
développement en série de Taylor tronqué est généralement utilisé pour générer l’approximation
différence finie des dérivées successives de la variable considérée en chaque point. En d’autres
termes, les dérivées de la variable inconnue sont remplacées par l’une des approximations
suivantes, appelées respectivement différence avale, différence centrée et différence amont :
∂u u(x + ∆x) − u(x) u(x + ∆x) − u(x − ∆x) u(x) − u(x − ∆x)
= lim = lim = lim
∂x ∆x→0 ∆x ∆x→0 ∆x ∆x→0 ∆x
(1.1)
Si l’on discrétise le domaine de définition [0, L] en une subdivision de N nœuds, puis on
note x et u(x) au nœud par (xi )i=0,...,N et ui = u(xi ) pour i = 0, ..., N , le développement
en série de Taylor donne :

a) Pour différence aval


∂u (∆x)2 ∂ 2 u (∆x)3 ∂ 3 u
ui+1 = ui + ∆x + + + ···
∂x 2 ∂x2 6 ∂x3
(1.2)
ui+1 − ui ∆x ∂ 2 u (∆x)2 ∂ 3 u
!
∂u ui+1 − ui
= − − − ··· ∼
= + O(∆x)
∂x i ∆x 2 ∂x 2 6 ∂x 3 ∆x
b) Pour différence centrée
∂u (∆x)2 ∂ 2 u (∆x)3 ∂ 3 u
ui+1 = ui + ∆x + + + ···
∂x 2 ∂x2 6 ∂x3 (1.3)
∂u (∆x)2 ∂ 2 u (∆x)3 ∂ 3 u
ui−1 = ui − ∆x + − + ···
∂x 2 ∂x2 6 ∂x3
On retranche membre à membre et on aura :
∂u (∆x)3 ∂ 3 u
ui+1 − ui−1 ∼
= 2∆x + ···
∂x 3 ∂x 3
(1.4)
ui+1 − ui−1 (∆x)2 ∂ 3 u
!
∂u ∼ ui+1 − ui−1  
= + − · · · = + O (∆x)2
∂x i 2∆x 3 ∂x3 2∆x

—4—
5 2. Les méthodes traditionnelles

c) Pour différence amont

∂u (∆x)2 ∂ 2 u (∆x)3 ∂ 3 u
ui = ui−1 + ∆x + + + ···
∂x 2 ∂x2 6 ∂x3
(1.5)
∆x ∂ 2 u (∆x)2 ∂ 3 u
!
∂u ui − ui−1 ∼ ui − ui−1
= − − − · · · = + O(∆x)
∂x i
∆x 2 ∂x2 6 ∂x3 ∆x
 
Pour toutes les approximations de la dérivée ∂u
∂x i
ci-dessus, O(∆x) et O((∆x)2 ) désignent
∂2 4
l’erreur de troncature. De point de vue mathématiques, les erreurs de troncature paire , ∂ ,...
∂x2 ∂x4

représentent la diffusion numérique introduite par le schéma d’approximation. En revanche,


∂3 5
les erreurs d’ordre impaire, , ∂ ,...
∂x3 ∂x5
introduisent de la dispersion numérique. Ces deux
paramètres qui sont purement numériques n’ont aucune signification physique sont alors
indésirable pour simuler correctement l’écoulement en question. Nous comprenons rapidement
que l’un des objectifs de la DFN est de développer des schémas de DF limitant la diffusion et la
dispersion numérique. Par ailleurs, la dérivée seconde est discrétisée de manière naturelle
par un schéma centrée d’ordre deux :

∂u (∆x)2 ∂ 2 u (∆x)3 ∂ 3 u (∆x)4 ∂ 4 u


ui+1 = ui + ∆x + + + + ···
∂x 2 ∂x2 6 ∂x3 24 ∂x4
∂u (∆x)2 ∂ 2 u (∆x)3 ∂ 3 u (∆x)4 ∂ 4 u
ui−1 = ui − ∆x + − + + ···
∂x 2 ∂x2 6 ∂x3 24 ∂x4
En ajoutant membre à membre on obtient :

∂ 2 u (∆x)4 ∂ 4 u
ui+1 − 2ui + ui−1 = (∆x)2 + + ···
∂x2 12 ∂x4
ui+1 − 2ui + ui−1 (∆x)2 ∂ 4 u
!
∂ 2u
= + + ···
∂x2 i (∆x)2 12 ∂x4

Ou encore

ui+1 − 2ui + ui−1


!
∂ 2u ∼
 
= + O (∆x)2
∂x2 i
(∆x)2

La MDF est certainement la plus vieille méthode d’approximation. Elle a été utilisée bien
avant l’apparition des calculateurs. Sa mise en œuvre ne présente aucune difficulté particulière.
Cette simplicité de codage en fait une méthode d’analyse numérique privilégiée qui est encore
largement utilisée lorsqu’on n’est pas trop exigeant sur la précision des résultats.
Pour la MDF, on compte trois sources d’erreur de la méthode : l’erreur d’arrondi, l’erreur de
troncature et l’erreur de convergence. L’erreur d’arrondi se manifeste par la perte de précision
due à l’arrondi informatique des nombres décimaux. L’erreur de troncature (ou erreur de

—5—
1. Introduction générale et motivation 6

discrétisation) quantifiée par O(∆x) et O((∆x)2 ), . . . est due à la troncature de la série infinie
de Taylor pour n’utiliser qu’une partie finie de celle-ci. Il est à préciser que l’erreur de troncature
ne dépend pas du nombre de nœuds choisi pour discrétiser le domaine d’étude. Cette erreur
existerait toujours même si nous utilisions un nombre infini d’éléments pour représenter le
domaine. Enfin, l’erreur de convergence qui est liée à la stabilité du schéma mis en œuvre. Un
schéma numérique quelconque est dit convergent signifie qu’en diminuant les tailles du maillage
spatio-temporel ∆x et ∆t jusqu’à zéro, la solution approchée convergera vers la solution exacte
de l’EDP à résoudre. Par ailleurs, une solution numérique est dite stable si l’erreur totale
(appelée erreur de convergence) évolue dans un domaine borné.
Enfin, notons que la MDF fonctionne sur les maillages structurés. Ce type de maillage présent
l’inconvénient quand la géométrie du domaine d’étude n’est pas régulière. Ceci se manifeste
par la réduction de l’ordre de précision de la solution numérique au voisinage de la limite du
domaine. Pour éviter cette perte de précision, on utilise la MDF avec un maillage curviligne.
Plusieurs ouvrage et articles ont été publiés sur la MDF, mais nous donnons ici que trois
références qui sont à notre avis les plus complets [3, 4, 5].

2.2 La méthode des éléments finis

La MEF a été développée au début des années cinquante pour les calculs en mécanique des
structures. La terminologie "élément fini" a été introduite par Turner et al., [6]. A ses débuts, la
MEF a été proposée comme un outil d’ingénierie, mais depuis, la recherche en mathématiques
appliquées a réussi à la contenir dans un cadre théorique rigoureux. Cette théorisation a concerné
l’existence et l’unicité, la consistance de la solution, le critère de la stabilité, la précision et
l’estimation de l’erreur. Désormais, la MEF s’appuie sur la théorie fondamentale de l’analyse
fonctionnelle. Ce n’est que vingt ans après que cette méthode a été introduite par Chung [7],
Baker [8], Huyakorn and Pinder [9] et beaucoup d’autres chercheurs à travers le globe.
Contrairement à la MDF qui approche l’EDP, la MEF, approche la solution en utilisant
des fonctions simples par morceaux (linéaire, quadratique) appelées fonctions de base. La
solution approchée est substituée dans l’EDP qui évidemment ne la vérifie pas exactement,
c’est-à-dire il en résulte une erreur appelée résidu. Le principe de la MEF consiste alors à
minimiser cette erreur résiduelle. Pour illustrer rapidement le fonctionnement de la MEF, on

—6—
7 2. Les méthodes traditionnelles

considère que l’EDP à résoudre s’écrit sous la forme générale :

L(u(x)) − g(x) = 0 (1.6)

Où L est l’opérateur différentiel et g le terme source de l’EDP. La solution u dépend du


vecteur des variables indépendantes x. Cette EDP est définie sur le domaine Ω et est associée
aux conditions aux limites sous la forme :

B(u(x)) − h(x) = 0 (1.7)

Où B est l’opérateur différentiel associé aux conditions aux limites et h la valeur de la solution
u sur le bord Γ = ∂Ω du domaine Ω. Il est intuitif de dire que pour toute fonction p définie
sur l’intérieur du domaine Ω, nous avons :
Z
[L(u(x)) − g(x)]p(x)dx = 0 (1.8)

Il est bien clair que la frontière du domaine Γ n’est pas concernée par l’expression (1.8),
on peut supposer que les fonctions p sont nulles ou non sur le bord Γ. On rappelle que les
fonctions p s’appellent « fonctions de pondération ». Pour inclure (1.7) dans la formulation
(1.8), on dit que pour toutes fonctions p et q définies sur Ω, nous avons :
Z Z
[L(u(x)) − g(x)]p(x)dx + [B(u(x)) − h(x)]q(x)dx = 0 (1.9)
Ω Γ

Sans perde de généralité, on peut supposer que les fonctions p et q ne sont pas indépendantes
et sont donc liées par une relation quelconque, par exemple p = q. On rappelle que l’expression
(1.9) est appelée « formulation intégrale normale » du système d’équations (1.6-1.7). L’expression
(1.8) est appelée aussi « formulation forte ». Après une intégration par partie de l’expression, nous
verrons le degré de dérivation de u baisser d’un ordre. L’expression obtenue après intégration
par partie reste équivalente à l’expression (1.8). Elle sera appelée « formulation faible ».
Comme indiqué plus haut, après avoir découpé (discrétiser) le domaine en N éléments (Ω =
Ωk ), la MEF cherche à approcher la solution u par des fonctions simples sur chaque
SN
k=1

sous-élément Ωk du domaine Ω. Si l’on note par U la solution approchée (appelée aussi solution
nodale). On cherche alors la solution de la forme :
N
U (x) = ci ϕi (x) (1.10)
X

i=1

—7—
1. Introduction générale et motivation 8

Où les fonctions ϕi sont connues et les coefficients ci sont inconnus. Il est à noter que le choix
des fonctions ϕi est basé sur l’information à priori sur la forme de la surface-solution u dans
le domaine Ω. Les fonctions ϕi sont alors appelées « les fonctions de forme » ou « fonctions
modales » ou « fonctions de base ». Il est évident que la qualité de la solution numérique (1.10)
dépend fortement du choix des fonctions de base.
Comme la fonction U est une approximation de la solution exacte u, La quantité [L(U (x)) − g(x)]
n’est pas parfaitement nulle. Cette quantité notée R est appelée résidu et est définie par :

R(x) = L(U (x)) − g(x) (1.11)

En conséquence, la recherche de la solution numérique U consiste à minimiser la fonction résidu


R. Ainsi, nous comprenons que la résolution de (1.6) par la MEF se réduit à un problème de
minimisation.
La méthode des résidus pondérés consiste alors à projeter le résidu R sur N fonctions différentes
pj (à choisir aussi) et à écrire que ces projections sont nulles. En d’autres termes pour tout
j = 1, ..., N , on écrit que le produit scalaire de R et pj est nul :
Z
[L(U (x)) − g(x)]pj (x)dx = 0 j = 1, . . . , N (1.12)

Le même raisonnement s’applique au bord du domaine Γ, on écrit alors :


Z
[B(U (x)) − h(x)]qj (x)dx = 0 j = 1, . . . , N (1.13)
Γ

Enfin, les deux systèmes (1.12, 1.13) peuvent être exprimés en un seul système de N
équations et N inconnues ci . Ainsi, on aura pour tout j = 1, . . . , N
Z Z
[L(U (x)) − g(x)]pj (x)dx + [B(U (x)) − h(x)]qj (x)dx = 0 (1.14)
Ω Γ

Lorsque les opérateurs L et B sont linéaires et si l’on reporte l’expression (1.10) dans le système
(1.14), on aura l’écriture matricielle du système linéaire pour calculer les inconnues ci sous la
forme :

Kc + f = 0 (1.15)

Où c est le vecteur de composantes (ci )i=1,...,N . La matrice K et le vecteur f sont appelés


respectivement la « matrice de raideur » et le « vecteur de charge » et sont donnés par :

—8—
9 2. Les méthodes traditionnelles

Z Z
Kij = L (ϕi ) pj dx + B (ϕi ) qj dx (1.16)
Ω Γ
Z Z
fj = − gpj dx − hqj dx (1.17)
Ω Γ

Il reste bien sûr le choix des fonctions de pondération pj et qj . Le choix parmi une variété
de fonctions va définir plusieurs variantes de méthodes de résidus pondérés. On cite par
exemple la méthode des moments pour laquelle les fonctions pj sont choisies comme fonctions
orthogonales au sens de la norme L2 . C’est-à-dire :

=0 si i ̸= j
Z (
pi pj dx = (1.18)
Ω ̸= 0 si i=j

Si les fonctions de pondération sont choisies telles que pj = L(ϕj ), on montre facilement qu’il
s’agit de « la méthode des moindres carrés ». Enfin, si on choisit tout simplement des fonctions de
pondération pj identiques aux fonctions de base ϕj , on parle alors de « la méthode de Galerkin ».
C’est la méthode la plus utilisée en modélisation par la MEF.
On parle également de « la méthode de collocation par sous-domaine », quand on choi-
sit les fonctions de pondération égales à l’unité de chaque sous domaine Ωk du domaine
Ω (pj (x) = 1 si x ∈ Ωk ). Pour cette méthode, l’expression (1.14) s’exprimera par :
Z
[L(U (x)) − g(x)]dx = 0 x ∈ Ωk , k = 1, . . . N (1.19)
Ωk

Enfin, quand les sous domaines Ωk se réduisent à N points (c’est à dire Ωk = {xk }),
l’expression (1.19) ci-dessous devient alors :
"N #
ci ϕi (xk ) − g (xk ) = 0 k = 1, . . . N (1.20)
X
L
i=1

Cette méthode est connue sous le nom de la « méthode de collocation par point ». Il existe
une littérature abondante sur la MEF que ne pouvons pas lister ici, mais nous recommandons
aux lecteurs intéressés ces quelques ouvrages [10, 11] que nous jugeons suffisants pour la
compréhension de la MEF.

—9—
1. Introduction générale et motivation 10

2.3 La méthode des volumes finis

La MVF a été introduite pour le calcul d’écoulement au début des années soixante-
dix par McDonald [12] et MacCormack et Paullay [13] pour résoudre les équations d’Euler
bidimensionnelles dépendant du temps et étendue par Rizzi et Inouye [14] aux écoulements
tridimensionnels. De point de vue physique, la MVF est basée sur l’équilibre des flux à travers
le bord du volume de contrôle. En d’autres termes, c’est la forme intégrale de l’équation de
conservation qui est directement intégrée en espace. De point de vue numérique, la MVF est
une généralisation de la MDF dans le sens géométrique et topologique (un schéma simple de VF
se réduit à un schéma de DF). Nous avons vu que la MDF est basée sur la discrétisation nodale
de l’EDP, alors que la MVF est basée sur la discrétisation de la forme intégrale de l’équation
en question. Par ailleurs, la MVF peut être également vue comme la MEF et plus précisément
la méthode de collocation par point (voir la sous-section précédente).
La MVF a deux avantages importants. Le premier est que la conception de la MVF assure
la conservation des quantités physiques (masse, quantité de mouvement, énergie, etc.) aussi
bien au niveau local que global. C’est-à-dire que les flux à travers deux volumes de contrôles
adjacents sont parfaitement équilibrés. Le second avantage est que la MVF peut s’appliquer
à un domaine arbitraire à géométrie complexe. Par conséquent, la MVF possède la même
flexibilité que la MEF qui peut gérer facilement des maillages structurés et non structurés. Le
premier avantage, très important, qui concerne la conservation des quantités physiques fait
que la MVF est la plus utilisée pour le calcul des écoulements des fluides (tous les codes de
calcul commerciaux adoptent la MVF pour le solveur).
En général, pour la MVF on distingue deux types de discrétisation : le premier est basé
sur la cellule (le volume de contrôle) et le second est basé sur le nœud. Pour le premier, le
volume d’intégration coïncide avec le volume de contrôle et les inconnues moyennées pour
être localisées au centre de la cellule (Fig. 1.1). Quant au second, le volume de contrôle cette
fois-ci est construit autour du nœud du calcul (maillage dual) et les inconnues sont calculées
exactement aux nœuds du maillage (Fig. 1.2).

— 10 —
11 2. Les méthodes traditionnelles

Figure 1.1 – Volume de contrôle (basé sur la cellule) et ses normales extérieures

Figure 1.2 – Volume de contrôle (basé sur le nœud) et ses normales extérieures

Pour illustrer la MVF, nous considérons l’équation générale de la conservation d’une quantité
ϕ dans le domaine Ω de frontière Γ.
Z
∂ϕ Z Z
dΩ = − ∇ · F (ϕ)dΩ + q(ϕ)dΩ
⃗ (1.21)
Ω ∂t Ω Ω

Où, F⃗ est le vecteur flux de la quantité ϕ , q est le terme source/puit de la quantité ϕ. Si ϕ


évolue dans un écoulement de vitesse ⃗v et de tenseur de diffusion K, le vecteur flux s’écrit par :

F⃗ (ϕ) = ϕ⃗v − K∇ϕ (1.22)

On suppose que les N sous domaines Ωk forment une partition du domaine Ω. Sans perdre
de généralité et pour alléger le document, nous supposons que le terme source/puit est nul
(q = 0). Par application du théorème divergence de Green-Ostrogradski, nous avons :

— 11 —
1. Introduction générale et motivation 12

Z
∂ϕ I
dΩ + F⃗ (ϕ) · ⃗ndΓ = 0 (1.23)
Ω ∂t Γ

L’équation (1.23) indique que l’équation d’équilibre générale stipule que la variation tem-
porelle d’une quantité scalaire ϕ à l’intérieur du volume Ω ne dépend que des valeurs du flux
F⃗ à travers le contour Γ. Par conséquent, la conservation globale dans Ω peut être assurée
en additionnant les expressions de conservation sur les volumes de contrôle Vc qui constituent
une subdivision arbitraire de Ω (ici Vc = Ωk ). Lors de la sommation des intégrales de surface
(c’est-à-dire les flux), les contributions des contours internes apparaissent toujours deux fois mais
avec des signes opposés (leur somme est donc nulle). On remarque que si le volume du contrôle
est basé sur la cellule, le contour d’intégration Γ est formé des côtés AB, BC et CA (Fig. 1.1).
En revanche, si le volume de contrôle est basé sur le nœud (par exemple la figure (1.2)), le
contour d’intégration Γ sera formé des cotés AB, BC et CD, CE et EA. Enfin, Il faut préciser
que La MVF permet facilement l’introduction de conditions aux limites naturelles (conditions
aux limites de type Neumann). En effet, si les composantes normales du flux sont nulles, c’est-
à-dire F⃗ · ⃗n = 0, les contributions correspondantes à l’équation discrète disparaîtraient et par
conséquent il n’y aura aucun traitement informatique particulier à réaliser.
Pour développer la forme discrétisée de l’équation (1.23), on commence par l’écrire pour
le volume de contrôle (par exemple celui de la figure (1.2)), puis approcher l’intégrale sur le
contour Γ par une somme discrète. Nous aurons alors :

∂ |Vc | ϕ̄
+ F⃗ (ϕ) · ⃗nab LAB + F⃗ (ϕ) · ⃗nbc LBC + F⃗ (ϕ) · ⃗ncd LCD
∂t AB BC CD (1.24)
+ F⃗ (ϕ) · ⃗nde LDE + F⃗ (ϕ) · ⃗nea LEA = 0
DE EA

Où |Vc | mesure le volume de Vc (en 2D, Vc est la surface de contrôle), ϕ̄ est la moyenne
de la variable ϕ sur le volume de contrôle Vc , LAB , LBC , LCD , LDE et LEA sont les longueurs
respectivement des côtés AB, BC, CD, DE et EA du contour Γ discret. F⃗ (ϕ) · ⃗nab désigne
AB
la valeur du flux F⃗ (ϕ) · ⃗nab traversant l’interface AB.
Les signes des flux dépendent du signe des produits scalaires du vecteur flux par la normale
à chaque côté du contour discret. Un produit scalaire négatif signifie un flux rentrant dans
Vc et inversement, un produit scalaire positif indique un flux sortant du volume de contrôle.
Quand la construction de Vc est basée sur le nœud, la valeur de ϕ̄ est prise égale à la valeur
de ϕ au nœud de construction, c’est à dire ϕ̄ = ϕk (Fig. 1.2). En revanche si Vc est construite

— 12 —
13 2. Les méthodes traditionnelles

à partir des cellules, la valeur de ϕ̄ est la moyenne des valeurs aux nœuds A, B et C (par
exemple la moyenne arithmétique ϕ̄ = (ϕA + ϕB + ϕC )/3).
L’étape suivante est donc d’évaluer la valeur de flux F⃗ (ϕ) sur les côtés du contour Γ. Cette
étape est exactement le rôle des schémas numériques d’approximations. La convergence et la
stabilité de la MVF dépendent de la méthode d’approximation utilisée pour estimer les valeurs de
flux aux interfaces des cellules. Les méthodes d’interpolation les plus couramment utilisées sont :

a) Schéma amont (Upwind Differencing Scheme : UDS) : cette méthode approxime le flux à
chaque nœud en fonction de la valeur du nœud qui lui est amont. Il est précis au premier
ordre et inconditionnellement stable, mais fortement diffusif.

b) Schéma centré (Central différenciation Scheme : CDS) : cette méthode utilise l’interpolation
linéaire entre nœuds adjacents. Il est précis au second ordre et ses solutions peuvent présenter
des oscillations qui sont synonyme d’instabilité. Pour améliorer la stabilité de ce schéma, on
utilise généralement les limiteurs de pentes pour supprimer les oscillations. Cette combinaison
CDS/limiteur de pente est largement utilisée en raison de sa précision et de sa stabilité.

c) Interpolation Quadratique Upwind (QUICK) : pour cette méthode, l’interpolation est


basée sur un polynôme quadratique (parabole) et est précise au troisième ordre. Bien qu’il
s’agisse d’un schéma très précis, il peut présenter des oscillations à la position des gradients
élevés. Pour assurer la stabilité de la MVF utilisant le schéma QUICK, il est courant de
démarrer les calculs avec un schéma d’ordre inférieur (tel que l’UDS) pour déterminer la
plage approximative des valeurs d’interface et de passer aux schémas d’ordre supérieur pour
affiner les résultats.

Il est parfois nécessaire d’approcher numériquement les dérivées de la quantité ϕ (par exemple
pour les composantes de flux diffusif ou visqueux). Dans le cas de la MVF, nous avons besoin
de définir des gradients sur les faces du Vc . Une méthode générale pour approcher les dérivées
spatiales peut être obtenue à nouveau à partir du théorème de divergence de Gauss-Ostrogradski.
Ce théorème peut être utilisé pour estimer la moyenne du gradient de ϕ en fonction de ses
valeurs à la frontière Γ du volume de contrôle Vc . Ainsi, les gradients moyennés peuvent
être définis par l’expression suivante :

1 Z ∂ϕ 1 I
!
∂ϕ
= dΩ = ϕ⃗ei · d⃗s i = 1, 2 (1.25)
∂xl |Vc | Ω ∂xi |Vc | Γ

— 13 —
1. Introduction générale et motivation 14

Où ⃗ei , i = 1, 2 sont les vecteurs unitaires de la base du domaine du calcul Ω.


Pour terminer ce paragraphe sur la MVF, nous conseillons aux lecteurs désireux savoir plus
sur cette méthode les excellentes références [15] et [16] pour plus de détails. Ces deux références
traitent également les techniques de la mise en œuvre de la MVF sur calculateur.

3 Les méthodes récentes


3.1 Méthode HPL

La méthode Hydrodynamique des particules lissées (HPL) (en langue Anglo-saxon SPH) est
une méthode relativement récente basée sur la description Lagrangienne pour résoudre des EDPs.
Elle a été initialement développée par des astrophysiciens pour étudier la physique complexe
des particules spatiales en mouvement en trois dimensions. Contrairement aux trois méthodes
conventionnelles, la méthode HPL se concentre sur les particules plutôt que sur l’ensemble
du domaine. Il s’agit donc d’une méthode sans maillage ; c’est-à-dire qu’elle n’a pas besoin
de grille pour approcher les EDPs [17, 18]. Comme l’indique le terme « lissé », dans HPL,
certaines propriétés des particules sont déterminées en faisant la moyenne des particules voisines.
Par conséquent, l’effet des particules voisines sur la moyenne est plus important que celui des
particules localisées trop loin de la particule référence. Le solveur principal de la méthode HPL
est basé sur une fonction d’interpolation qui permet de définir une fonction appliquée à un
ensemble de point désordonnés. Cet interpolant peut-être défini comme suit :
Z
A(⃗r) = A (⃗s) δ (⃗r − ⃗s) d⃗s (1.26)

Où A est une variable arbitraire (propriété matérielle) et δ est le symbole de Kronecker et ⃗r


est le vecteur position. L’intégration s’effectue sur tout l’espace. Par ailleurs, si l’on remplace
la fonction delta par une fonction de poids (appelée aussi noyau interpolant) W (⃗r, h) , on
obtient une intégrale interpolant AI de la fonction A définie par :
Z
AI (⃗r) = A (⃗s) W (⃗r − ⃗s, h) d⃗s (1.27)

Comme on peut s’y attendre d’une fonction de pondération et comme le montre graphiquement
la figure (1.3) [17], le noyau W doit vérifier les propriétés suivantes :
Z
W (⃗r − ⃗s, h) d⃗s = 1 et lim W (⃗r − ⃗s, h) = δ (⃗r − ⃗s) (1.28)
Ω h→0

— 14 —
15 3. Les méthodes récentes

Figure 1.3 – Représentation graphique de l’interpolant W pour la méthode HPL

L’intégrale interpolant AI , peut être considérée comme une version lissée de la fonction
originale A. C’est l’origine du terme « lissé » figurant dans le nom de la méthode. L’étape
suivante consiste à approcher l’intégrale interpolant par une somme discrète sur un nombre
de points (particules) localisés en espace sur la position ⃗rb :

mb
AL = W (⃗r − ⃗rb , h) (1.29)
X
Ab
b ρb

On précise que les quantités physiques liées à la particule b sont désignées par un indice
b. Ainsi, la masse associée à la particule b est notée mb . Nous déduisons alors que la quantité
mb /ρb peut être interpréter dans un certain sens, comme un élément de volume. La densité,
par exemple, peut être obtenue en écrivant :

ρ(⃗r) = mb W (⃗r − ⃗rb , h) (1.30)


X

Il est maintenant possible d’obtenir une estimation des gradients des variables de l’écoulement
(à condition que le noyau W est choisi différentiable). Le gradient de la quantité AL de
l’expression (1.29) est donné par :

mb
∇AL = ∇W (⃗r − ⃗rb , h) (1.31)
X
Ab
b ρb

Il est à noter que pour la stabilité des calculs, on formulera l’équation (1.31) en déduisant
∇A de la dérivée du produit (ρA). C’est-à-dire :

1 1 X
∇A = [∇(ρA) − A∇ρ] = mb (Ab − Aa ) ∇a W (⃗r − ⃗rb , h) (1.32)
ρ ρa b

— 15 —
1. Introduction générale et motivation 16

De manière similaire, nous pouvons évaluer la divergence d’un vecteur ⃗v par :


mb
∇.⃗v = ⃗vb .∇W (⃗r − ⃗rb , h) (1.33)
X

b ρb

Ou encore de manière similaire à l’expression (1.32), nous aurons :


1 X
∇ · ⃗v = mb (⃗vb − ⃗va ) · ∇a W (⃗r − ⃗rb , h) (1.34)
ρa b
A ce stade, nous avons tous les ingrédients pour écrire les équations de la conservation de
la masse et de la quantité du mouvement.

a) Équation de la conservation de la quantité de mouvement


Pour une particule fluide se déplaçant à la vitesse ⃗va , nous pouvons écrire :
d⃗ra d⃗va 1
= ⃗va , = − (∇p)a (1.35)
dt dt ρa
Où la pression est donnée par une équation d’état. Par exemple, pour un gaz isotherme on
prend (p = c2 ρ) avec c est la vitesse du son. Pour un gaz idéal, on prend (p = (γ − 1)ρe) avec
γ est le taux spécifique de la chaleur et e est l’énergie interne. Il s’agit maintenant de choisir
une représentation HPL du gradient de pression. On pourrait utiliser (1.32) et obtenir :
1 X
(∇p)a = mb (pb − pa ) · ∇a Wab (1.36)
ρa b

Avec Wab = W (⃗ra − ⃗rb , h).


Après réarrangement des calculs, on établit l’équation de la conservation de la quantité de
mouvement qui sera mise en œuvre dans un code de calcul pour simuler l’écoulement par la
méthode HPL. Cette équation est donnée par :
!
d⃗va p a pb
=− mb 2 + 2 ∇a Wab (1.37)
X
dt b ρa ρb

b) Équation de la conservation de la masse


Pour établir l’équation de la conservation de la masse qui sera mise en œuvre dans le cadre de
la méthode HPL, on résout implicitement l’équation de continuité suivante :

= −ρ∇ · ⃗v (1.38)
dt

Il est à noter que l’on peut utiliser l’avantage du mouvement Lagrangien des particules en
écrivant :
ρa = (1.39)
X
mb Wab
b

— 16 —
17 3. Les méthodes récentes

Comme le nombre et la masse des particules restent constants, alors la masse totale est
conservée. Pour un fluide incompressible, Monaghan [19] indique que pour la HPL, il est plus
avantageux de considérer l’équation suivante pour traduire la conservation de la masse :

dρa X
= mb⃗vab · ∇a Wab (1.40)
dt b

La caractéristique la plus remarquable de la méthode HPL est qu’elle conserve intrinsèquement


la masse, la quantité de mouvement et l’énergie. Il est à noter que le choix du noyau interpolant
W n’est pas unique. Ceci constitue un autre avantage de la HPL. En effet le choix de W permet
d’adapter la méthode HPL aux particularités du problème étudier. Par conséquent ces choix
permettent le contrôle de la stabilité et la convergence de la méthode. Enfin, notons que ce
paragraphe n’a présenté que succinctement le fonctionnement de la méthode HPL. Les lecteurs
intéressés par cette méthode pourront consulter l’article de [18] et les ouvrages [20] et [21].

3.2 Méthode basée sur la théorie cinétique

La théorie cinétique s’appuie sur la mécanique statistique à l’échelle mésoscopique. Pour


l’écoulement d’un fluide régit par les équations de Navier-Stokes, la théorie cinétique offre des
interprétations à l’échelle mésoscopique et ceci pour différents aspects. Elle fournit un cadre
théorique général sans restriction de l’hypothèse du continuum, une interprétation précise de
l’écoulement et enfin la collision des particules fluides dans leur environnement d’évolution. Un
des avantages de la théorie cinétique réside dans l’établissement des processus et des expressions
algébriques simples (pratique pour le calcul parallèle) au lieu des EDPs dont l’évolution numérique
parfois difficile à mettre en œuvre en pratique.
Plusieurs schémas et méthodes ont été développés dans le cadre de la théorie cinétique. Nous
citons par exemple : le schéma cinétique des gaz, le schéma cinétique unifié des gaz, la méthode
des vitesses discrètes, la méthode de Boltzmann sur réseau (MBR) connue chez les anglo-saxons
par Lattice Boltzmann Method (LBM), etc. Durant ces deux dernières décennies, ces méthodes
ont été massivement investies par les chercheurs du globe travaillant dans presque toutes les
disciplines en relation avec la dynamique des fluides. Cependant, l’application de ces méthodes
à un large spectre de problèmes d’ingénierie se heurte parfois à des limitations inhérentes aux
phénomènes étudiés. La mise en œuvre des méthodes basées sur la théorie cinétique nécessite
généralement plus de mémoire virtuelle que les méthodes macroscopiques. De plus, les simulations

— 17 —
1. Introduction générale et motivation 18

à haute résolution des écoulements au-delà du régime continu consomme beaucoup de temps de
calcul. Ces constats, expliquent pourquoi le développement de méthodes robustes et efficaces
basées sur la théorie cinétique constitue un défi dans la communauté de la dynamique des
fluides.
Ce sous paragraphe évoque la MBR comme méthode s’appuyant sur la théorie cinétique. Comme
le sujet de cette thèse porte sur l’application de la MBR aux écoulements côtiers à grande
échelle, nous détaillons la description de cette méthode dans le chapitre (2).

4 Organisation du mémoire
Le premier chapitre (le présent chapitre) présente une introduction générale sur le contexte
de la thèse et la motivation qui nous a poussés à s’engager dans ce travail. Pour situer la
MBR par rapport aux méthodes classiques de DF, EF, et VF, nous avons rappelé rapidement
au lecteur le principe de fonctionnement de chacune des méthodes. A la fin du ce chapitre
nous avons aussi présenté le principe de fonctionnement de la méthode sans maillage HPL
qui est considérée comme une méthode récente.
Le second chapitre commence par la présentation de l’état de l’art de la MBR ainsi que
son fondement théorique qui servira de base à toutes les études le long de ce mémoire. Dans
ce chapitre, on présentera également l’équation de Boltzmann en expliquant la signification
physique de chaque terme tel que la collision, la propagation, la relaxation et la fonction
d’équilibre. De même, il sera détaillé toutes les étapes conduisant à l’algorithme de résolution
de la MBR. Le chapitre se terminera par la présentation de l’algorithme prêt à mettre en œuvre
par la résolution d’une EDP par la MBR. A cette fin de chapitre nous avons présenté une brève
introduction aux différentes variantes de la MBR qui en assurent la stabilité.
Le troisième chapitre rappelle les équations de Navier-Stokes (ENS) instantanées pour un
écoulement de fluide incompressible ainsi que la dérivation de l’équation de transport. Une
section a été consacrée à la modélisation de la turbulence par filtrage temporel (RANSE)
et par filtrage spatial pour aboutir à modélisation de type "simulation des grandes échelles :
SGE" (LES : Large Eddy Simulation). La présentation enchainera en suite sur la discrétisation
de l’équation de Boltzmann relative à toutes les équations établies dans le chapitre (ENS,
turbulence, équation de transport convectif-diffusif). Dans ce chapitre nous avons donné tous
les algorithmes pour résoudre les différentes équations que nous souhaitons résoudre par la

— 18 —
19 4. Organisation du mémoire

MBR. Le chapitre se termine par la présentation et la discussion de quelques cas tests pour
valider la résolution des ENS par la MBR.
Le quatrième chapitre est le cœur de mes travaux de thèse. Par conséquent toutes les
notions qui y sont abordées l’ont été d’une manière rigoureuse et détaillée. Le texte commence
par l’intégration des équations en eaux peu profondes "EEPP" (appelées aussi équations de
Saint-Venant). La cinquième section détaille la discrétisation de l’EB pour les EEPP, ainsi que
les étapes pour établir la distribution à l’équilibre. Une section a été consacrée au développement
de Chapman-Enskog qui est une étape fondamentale pour recouvrir les EDPs résolues par
la MBR. Le traitement des conditions aux limites et la modélisation de la turbulence par
l’approche SGE ont été présentés en détail. Ce chapitre s’achève également par la présentation
et la discussion de quelques cas tests pour valider la résolution des EEPP par la MBR. Par
ailleurs, nous soulignons que nous avons détaillé la présentation de chaque section afin que le
lecteur novice suivra facilement (du moins que nous l’espérons) le développement à entreprendre
dans la modélisation numériques basée sur les ESV.
Le cinquième et dernier chapitre est consacré à la présentation et discussions des applications
de nos codes de calcul aux simulations des cas réels (lagune de Nador et lagune de Oualidia).
Pour les deux lagunes, nous avons simulé avec succès l’hydrodynamique des lagunes que nous
l’avons trouvé conforme à la littérature. Pour la lagune de Nador nous avons simulé en plus la
propagation d’un polluant provenant des cours d’eau bordant la lagune. Une simulation incluant
les effets du vent pour évaluer son impact sur la propagation du front de la pollution.
Enfin, le mémoire de ces travaux de thèse s’achève par une conclusion générale et la liste
des travaux à venir. Le chapitre conclut que la MBR peut se placer désormais comme une
alternative efficace aux méthodes conventionnelles (MDF, MEF, MVF) pour les écoulements
côtiers à grande échelle et aux phénomènes qui leurs sont associés (transport sédimentaire,
propagation de pollution, etc.). Les travaux en perspective concernent à la fois l’amélioration
des méthodes étudiées et l’extension de nos codes pour des calculs 3D pour une modélisation
globale (modélisation intégrée : hydrologie, sédiment, hydrobiologie, etc.).

— 19 —
2
Chapitre
La méthode de Boltzmann sur réseau

1 Introduction
Au fil de son développement historique, la MBR a émergé de la méthode des automates
cellulaires à gaz sur réseau ACGR (Lattice Gaz Automata : LGA), initialement conçue comme
un modèle microscopique artificiel adapté aux gaz. Par la suite, il a été révélé que la MBR
pouvait également être dérivée de l’équation de Boltzmann (EB) à travers une procédure de
discrétisation standard. Cette double perspective sur la MBR la présente, d’une part, comme un
modèle de fluide et d’autre part, elle met en évidence son caractère de schéma numérique dérivé
de l’équation de Boltzmann. Bien que cette opposition conceptuelle existe, les deux points de
vue affirment que la MBR se démarque clairement des méthodes traditionnelles de la dynamique
numérique des fluides. De même, la double perspective met en valeur l’approche unique et
innovante de cette méthode pour les simulations de la dynamique des fluides.

2 Présentation de la MBR
2.1 État de l’art

Dans l’évolution de la MBR , les automates cellulaires ont joué un rôle crucial en initiant la
notion de discrétisation spatiale et temporelle. Les premiers travaux dans ce domaine remontent
aux années 1950, lorsque John von Neumann et Stanislas Ulam [22, 23, 24] ont exploré les
automates cellulaires utilisant des opérations booléennes similaires au langage machine, pour

20
21 2. Présentation de la MBR

modéliser des phénomènes complexes. Cependant, ces premiers modèles n’ont pas encore
introduit la discrétisation nécessaire à une résolution numérique complète. Ce n’est qu’en 1973
que Hardy, Pomeau et de Pazzis (HPP) [25] ont eu l’idée de discrétiser à la fois les vitesses
et les positions des particules en utilisant un automate cellulaire. En fait, le modèle HPP
caractérise l’écoulement d’un fluide à travers des règles simples régissant sur le mouvement
des particules situées sur les nœuds du réseau. Ces règles garantissent la conservation de la
masse, de la quantité de mouvement et de l’énergie, et gèrent à la fois la propagation et la
collision des particules aux nœuds du réseau. La principale variable de ce modèle est la valeur
booléenne, nα , qui indique la présence (nα = 1) ou l’absence (nα = 0) d’une particule au noeud
du réseau. Le mouvement de la particule, englobant la propagation et la collision, peut être
décrit à travers l’équation cinétique discrète suivante [26] :

nα (x + cα δt, t + δt) = nα (x, t) + Cα (n(x, t)) (2.1)

α est la αème direction du réseau, cα est la vitesse discrète suivant αème direction du réseau
(Fig. 2.1) et Cα est la contribution de la collision suivant la direction α.

Figure 2.1 – Réseau bidimensionnel carré pour le modèle HPP

Bien que le modèle HPP respecte les lois physiques fondamentales, il ne parvient pas à
reproduire les propriétés hydrodynamiques observées dans les écoulements du fluide. Cette
limitation est due à sa conception initiale de la dynamique microscopique plutôt que la dynamique
macroscopiques. Par ailleurs, Badarch [27] a précisé que cette limitation est également due à
l’insuffisance des propriétés symétriques du réseau carré utilisé.
Plus tard, en 1986, Frisch, Hasslacher et Pomeau (FHP) [28] ont introduit le premier ACGR

— 21 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 22

capable de recouvrir les équations de Navier-Stokes. Ils ont démontré que si la masse et la
quantité de mouvement sont conservées durant l’exécution des règles de la collision et que le
réseau était suffisamment symétrique (au moins hexagonale en deux dimensions (Fig. 2.2), alors
l’ACGR peut conduire aux équations de Navier-Stokes à l’échelle macroscopique.

Figure 2.2 – Réseau bidimensionnel hexagonal pour le modèle FHP

Peu de temps après, en 1988, McNamara et Zanetti [23] ont réalisé une avancée significative
vers la MBR moderne en substituant les particules individuelles de l’AGR par une fonction de dis-
tribution moyenne, mais toujours discrète sur le plan directionnel. Le modèle NZ, nommé d’après
ses auteurs, a entraîné la suppression totale du bruit statistique des ACGR. Ainsi, l’équation (2.1)
peut être reformulée comme l’équation fondamentale du modèle NZ (McNamara et Zanetti) :

fα (x + cα δt, t + δt) = fα (x, t) + Ωα (f (x, t)) (2.2)

α est la αème direction du réseau, Ωα représente l’opérateur de collision microscopique qui est
toujours exprimé à l’aide de l’algèbre de Boole, comme proposé par McNamara et Zanetti [23].
Toutefois, le modèle NZ présentait des difficultés liées à l’opérateur de collision. Ces difficultés
ont été rapidement comblés grâce aux travaux de recherche ultérieurs qui se sont principalement
axés sur la simplification de Ωα . En 1989, l’opérateur de collision a été linéarisé par Higuera
et Jiménez [29] tout en supposant que la distribution est proche de l’état d’équilibre local.
Ensuite, vers 1991, Chen et al. [30], et Koelman [31], ont simplifié l’opérateur de collision en
un terme linéaire incluant à la fois la fréquence de collision et la fonction de distribution à
l’équilibre fαeq . Cette approche correspond à l’opérateur de collision de Bhatnagar-Gross-Krook
[32] établi dans la théorie cinétique des gaz dès 1953.

— 22 —
23 2. Présentation de la MBR

Bien que les fondements de la MBR aient été établis à l’époque, un grand nombre de travaux
à la fois théoriques et pratiques ont été réalisés au cours de ces 25 dernières années. De ce fait,
plusieurs modèles ont été proposés [33, 34, 35] pour améliorer la précision et la stabilité de la
MBR au-delà de sa mise en œuvre originale. L’application de la MBR concerne actuellement de
nombreuses disciplines scientifiques tels que les écoulements dans les milieux poreux [36, 37], les
écoulements turbulents [38, 39, 40], les écoulements multiphasiques [41], les écoulements non
isothermes [42, 43], la magnétohydrodynamique [44, 45], les écoulements en eau peu profonde
[46, 47], la réaction et la combustion [48], le transfert de chaleur [49] et bien d’autres.
Au cours de ces deux dernières décennies, les capacités de calcul ont progressé de manière
significative, grâce à l’amélioration du matériel, des algorithmes et des implémentations [50,
51]. Récemment, l’émergence des unités de traitement graphique (Graphics processing unit) en
tant que plateformes informatiques polyvalentes a permis des simulations de fluides interactives
et en temps réel [52]. Aujourd’hui, la MBR est reconnue par la communauté scientifique
comme une méthode alternative et fiable pour la simulation des écoulements des fluides.
Toutefois, son adaptation pour les écoulements côtiers reste limitée. C’est ce que nous tentons
de présenter dans ce mémoire de thèse.

2.2 Théorie cinétique des milieux continus

La théorie cinétique est essentielle pour la mécanique statistique, qui étudie la dynamique
des processus en dehors de l’équilibre et leur retour à l’équilibre thermodynamique. Cette théorie
repose à son origine sur l’hypothèse moléculaire de la matière, qui affirme que la matière est
constituée d’un grand nombre de particules. Son objectif est de poser les fondements pour analyser
les caractéristiques macroscopiques d’un volume élémentaire représentatif de l’écoulement de
référence, comme la pression, la température, la viscosité, la conductivité thermique, etc, en
prenant en compte le mouvement microscopique des molécules qui les composent [53]. Il est
à noter qu’au sein d’un volume élémentaire représentatif, les particules ou les molécules sont
continuellement en collision et se déplacent de manière aléatoire. Bien qu’il soit théoriquement
possible de définir la position d’une particule en utilisant trois coordonnées, le grand nombre
de particules rend la manipulation de toutes ces variables pratiquement impossible. C’est à ce
moment que la théorie cinétique des gaz apparaît, émergeant au 18ème siècle, afin de résoudre
ce problème à l’aide de méthodes de description statistique. Elle se situe donc entre l’échelle

— 23 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 24

microscopique et macroscopique et s’intéresse davantage à la distribution des particules dans


un gaz plutôt qu’aux caractéristiques de la particule elle même. Cette distribution est souvent
représentée par une fonction f (x, c, t), dépendante de la position x, la vitesse de la particule c
et du temps t. Cette distribution peut être interprétée comme la densité de probabilité d’une
particule se trouvant à l’instant t à la position x et animée par la vitesse c. La connaissance de
cette distribution est essentielle puisqu’elle offre des informations détaillées sur la répartition
des particules dans le système. De plus, elle permet de comprendre comment le comportement
individuel des particules contribue au comportement global du système.
L’équation de Boltzmann, proposée en 1872 par Ludwig Boltzmann [54], constitue le pilier
mathématique de la théorie cinétique des gaz. Cette équation décrit l’évolution temporelle
de la fonction de distribution des particules, prenant en compte les collisions entre particules
et leur déplacement dans le champ des vitesses. Ainsi, la fonction de distribution joue un
rôle crucial dans la modélisation du comportement des gaz à l’échelle mésoscopique. Elle
est l’interface entre la dynamique microscopique des particules individuelles et la description
macroscopique des propriétés du fluide.

2.3 Fonction de distribution

Avant de définir la fonction de distribution, on rappelle qu’un gaz peut être décrit par deux
descriptions : la première est à l’échelle microscopique (dite aussi à échelle moléculaire) et la
seconde est à l’échelle macroscopique (dite aussi à l’échelle du fluide). Si l’on considère un domaine
contenant un nombre extrêmement grand de molécules (vitesses inter-molécules négligeable), il
est alors judicieux de considérer que le milieu est continu. Par conséquent, on peut décrire ce
milieu par les valeurs moyenne des variables le caractérisant. Par exemple, sa masse volumique
ρ(x, t) qui est la masse du gaz par unité de volume. Pour un volume élémentaire dv = dxdydz
autour de la position M (x, y, z) au temps t, on estime alors la masse de gaz dans ce volume par
ρ(x, t)dv. Pour un domaine Ω ⊂ R3 , sa masse à l’instant t sera définie par MΩ (t) =
R
Ω ρ(x, t)dv.
On se place maintenant dans le cas où le milieu contient un grand nombre de molécules,
mais pas suffisamment pour négliger les vitesses inter-molécules. Dans ce cas, nous continuons à
utiliser la masse volumique, mais pas avec la même notion de volume. La fonction de distribution
f (x, c, t) est définie alors comme étant la densité de masse de gaz par unité de volume dans
l’espace (x − c) (appelé aussi espace des phases). Par conséquent, la masse des molécules de gaz

— 24 —
25 2. Présentation de la MBR

contenu dans un volume dv = dxdydz à l’instant t autour du point M (x, y, z) dont le vecteur
vitesse est dans un petit élément dc autour de c est f (x, c, t)dvdc. On remarque que la densité
f ne considère que les molécules ayant la vitesse c. Cette définition de f est alors différente
de la définition précédente de ρ qui ignore la notion des vitesses des particules.
Avec les précédentes définitions de ρ et f , on comprend aisément qu’en théorie cinétique, la
fonction de distribution f est une variable fondamentale. Cette fonction peut être vue comme
une extension de la densité de masse ρ(x, t) des systèmes ne comprenant pas assez de molécules
au point de négliger les vitesses microscopiques (inter-molécules). De même, il faut mentionner
que f est une densité de masse dans l’espace des phases, alors que ρ est une densité de masse à
la fois dans l’espace physique et dans l’espace de vitesse en trois dimensions [55]. En pratique, la
fonction de distribution f est la probabilité de trouver à l’instant t une particule dans un volume
élémentaire d’espace dv = dxdydz autour de la position M (x, y, z) animée d’une vitesse comprise
dans un petit volume élémentaire de vitesse dc autour de la vitesse c de composantes (cx , cy , cz ).
Enfin pour la théorie cinétique, la fonction de distribution est une inconnue du problème. L’EDP
qui décrit son évolution à la fois dans le temps et dans l’espace des phases est connue sous le nom
de « l’équation de Boltzmann (EB) ≫ . En ignorant les forces extérieures, l’EB s’exprime par :

∂f
+ c · ∇f = Ω(f ) (2.3)
∂t

où Ω(f ) est l’opérateur de collision représentant les interactions entre les particules.
La connaissance de la fonction de distribution permet de remonter au calcul des variables
primaires d’un écoulement telles que la densité ρ, la pression p, la vitesse u, l’énergie E, etc.
Ces variables sont donc calculées comme les moments d’ordre successifs mk dans l’espace des
vitesses de la fonction de distribution mk = ck f (x, c, t)dc. En fait, les moments mk établissent
R

le lien entre les échelles mésoscopique et macroscopique. Par exemple, le moment m0 détermine
la densité de masse macroscopique (ou la pression), m1 détermine la quantité et le moment m2
détermine la densité d’énergie totale macroscopique. Les différents moments s’expriment par :
Z
m0 = ρ(x, t) = f (x, c, t)dcx dcy dcz (2.4)
R3
Z
m1 = ρ(x, t)u(x, t) = cf (x, c, t)dcx dcy dcz (2.5)
R3
1Z
m2 = ρ(x, t)E(x, t) = |c|2 f (x, c, t)dcx dcy dcz (2.6)
2 R3

— 25 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 26

2.4 Fonction de distribution à l’équilibre

La collision entre deux particules change mutuellement leurs vitesses. Ce changement est bien
sur dépendant de la position et des vitesses avant collision, mais aussi des forces intermoléculaires
lors de la collision. Toutefois, il est légitime de supposer que les collisions ont tendance à
répartir de manière uniforme les vitesses des particules dans toutes les directions autour de leur
vitesse moyenne u. Cela implique que si l’on prend un ensemble de particules d’un gaz avec
une distribution initiale quelconque f (x, c, t) alors durant un temps suffisamment long, cette
distribution atteindra une distribution d’équilibre notée f eq (x, v, t). On note que pour f eq toutes
les directions de la vitesse particulière v = c − u sont également probables (u étant la vitesse
du fluide) [55]. Par ailleurs, la distribution uniforme des vitesses signifie que la fonction de
distribution ne dépend que de l’excès de la vitesse v. Nous pouvons donc simplifier la notation
de la fonction de distribution à l’équilibre en f eq (|v|). D’autre part, nous supposons que f eq
est séparable selon les trois coordonnées de la vitesse v, de sorte que :

f eq (|v|2 ) = fxeq (vx2 )fyeq (vy2 )fzeq (vz2 ) (2.7)

Pour une valeur constante de |v|2 , f eq (|v|2 ) est constant et :

f eq (|v|2 ) = const =⇒ lnfxeq (vx2 ) + lnfyeq (vy2 ) + lnfzeq (vz2 ) = const. (2.8)

Selon Krüger et al. [55], l’équation (2.8) est résolue uniquement si les distributions d’équilibre
pour les différentes directions sont de la forme :

2
lnfxeq (vx2 ) = a + bvx2 =⇒ fxeq (vx2 ) = ea ebvx (2.9)

avec a et b sont deux constantes indépendantes de v. Ainsi, la fonction de distribution à


l’équilibre est de la forme :

2 2 2 2
f eq (|v|2 ) = e3a e−b(vx +vy +vz ) = e3a e−b|v| (2.10)

En utilisant les moments de f eq , on peut retrouver les constantes a et b. Pour plus de détails,
nous recommandons aux lecteurs de consulter [55, 56]. Finalement, la fonction de distribution
de Maxwell-Boltzmann à l’équilibre est exprimée comme suit :
3
1
!
|v|2

2
f (x, |v|, t) = ρ
eq
exp − (2.11)
2πRT 2RT

— 26 —
27 2. Présentation de la MBR

où R = kB /m est la constante du gaz, m est la masse de la particule, kB est la constante de Boltz-


mann et T est la température du système. La fonction f eq est appelée distribution maxwellienne.

On remarque que c’est exactement une distribution gaussienne de centre u et d’écart type RT .
Si l’on effectue un développement limité de Taylor jusqu’à l’ordre 3 du terme de la forme
e−x (présent dans 2.11) au voisinage de 0, on pourra exprimer f eq avec une précision du second
ordre si la vitesse du fluide u est à la vitesse du son [31] comme suit :

ρ 3 9 3
  
f eq
= exp − c2 1 + 3(c · v) + (c · v)2 − v · v (2.12)
(2π/3)3/2 2 2 2

2.5 Les différents types de discrétisation de l’espace des vitesses

Pour la MBR le choix de la typologie du réseau a deux objectifs : le premier est la localisation
des nœuds, le second est la détermination des mouvements des molécules. Il a aussi pour but
la schématisation du comportement microscopique des particules. On note que la typologie
du réseau s’apparente de la grille régulière d’un automate cellulaire.
Dans le cadre de cette thèse, nous nous intéressons à la modélisation bidimensionnelle
des écoulements qui ne génèrera que des réseaux plans. Il existe plusieurs choix de réseau
pour lesquels la MBR peut être décrite sous une forme simple [31, 57]. Les réseaux les plus
populaires sont les carrés et les hexagonaux (Fig. 2.3). Ils sont désignés par D2Q5, D2Q7 et
D2Q9, respectivement. Dans cette notation « D2 » désigne un réseau bidimensionnel et les
notations « Q5, Q7, Q9 » indiquent que l’on autorise à une particule après collision de prendre
l’une des 5, 7 ou 9 directions du réseau. On remarque que la typologie des réseaux choisis
présente des symétries, ce qui est une condition essentielle pour la récupération des équations
de Saint-Venant (ou les équations de NS), à l’exception de D2Q5. En calcul tridimensionnel,
d’autres typologies de réseaux utilisées pour la MBR ne seront pas utilisés dans cette thèse,
par exemple D3Q15 et D3Q19. En général, on note par « DdQq » le réseau de dimension d
en espace de position et de dimension q en espace des phases.

— 27 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 28

Figure 2.3 – Réseau bidimensionnel D2Q5, D2Q7, D2Q9

L’analyse théorique et les études numériques ont montré que les réseaux D2Q7 et D2Q9 ont
une telle propriété et des performances satisfaisantes pour les simulations numériques. En 1993,
Skordos [58] a prouvé que le réseau D2Q9 donne des résultats plus précis que ceux du modèle de
réseau D2Q7. De plus, les réseaux carrés présentent des avantages lors de la mise en œuvre des
conditions aux limites [59]. Par ailleurs, il faut noter que le modèle D2Q5 a l’avantage d’être
moins coûteux en temps de calcul, puisqu’il a moins de directions pour recouvrir l’équation de
convection-diffusion. Nous adopterons cette typologie de réseau pour estimer le transport d’un
polluant dans un écoulement côtier (voir chapitre 5).
Pour le réseau carré (D2Q9) (∆x = ∆y), on impose à chaque particule de parcourir la
distance ∆x durant le pas de temps ∆t. Ceci permet alors de définir le module de la vitesse
discrétisée du réseau c = ∆x/∆t. À ce stade, nous pouvons donc exprimer les neufs directions
de la vitesse de réseau c par :

(0, 0)  α=0



π π
   
c cos (α − 1) , sin (α − 1) α = 1, 2, 3, 4


cα = 2 2 (2.13)
 √  
π
 
π

2c cos (2α − 9) , sin (2α − 9) α = 5, 6, 7, 8



4 4

où ∆x et ∆t désignent respectivement le pas de discrétisation de l’espace et du temps. La


vitesse c0 = (0, 0) indique que la particule est au repos.

3 Présentation de l’équation de Boltzmann sur réseau


L’équation de Boltzmann (EB) est le fondement de la théorie cinétique, décrivant l’évolution
de la fonction de distribution f (x, c, t) en termes des interactions micro-dynamiques. Cette
équation, élaborée en 1872 par Ludwig Boltzmann, a joué un rôle essentiel dans la compréhension

— 28 —
29 3. Présentation de l’équation de Boltzmann sur réseau

du comportement des particules de gaz. Bien que très ancienne, l’existence globale et la
décroissance vers l’équilibre des solutions classiques n’ont été confirmées mathématiquement que
récemment, en 2011 [60]. Cette équation exprime que le taux de changement de la distribution f
(dû aux processus de la collision) est équilibré par le débit de la densité massique des molécules
au sein du gaz (modélisé par l’opérateur de collision) plus l’intensité Fex du vecteur des forces
extérieures Fex (Fex = ∥Fex ∥). Ceci se formule alors par :

df
= Ω(f ) + Fex (2.14)
dt

On rappelle que la distribution f dépend des trois variables : la position x, la vitesse du réseau
c et le temps t. En transformant, la dérivée particulière de f en écriture Eulérienne, on aura :

∂f ∂f dx ∂f dc
+ · + · = Ω(f ) + Fex (2.15)
∂t ∂x dt ∂c dt

Pour les particules au sein du gaz, nous avons dx/dt = c et d’après la seconde loi de Newton,
nous avons également dc/dt = Fip /mp , mp étant la masse de la particule et Fip sont les forces
inter-particules. Avec ces définitions, l’équation (2.15) devient alors :

∂f ∂f Fip ∂f
+c· + · = Ω(f ) + Fex (2.16)
∂t ∂x mp ∂c
Si l’on néglige les forces inter-molécules Fip , l’EB qui est déjà exprimée sans forces extérieures
dans la section (2.3) par l’équation (2.3), devient :

∂f
+ c · ∇f = Ω(f ) + Fex (2.17)
∂t

Enfin, la discrétisation de l’équation (2.17) dans l’espace des vitesses par le réseau D2Q9,
ainsi que l’utilisation de la méthode des caractéristiques expriment l’EB discrétisée par :

fα (x + cα ∆t, t + ∆t) − fα (x, t) = Ω(fα (x, t)) + ∆tFex,α (2.18)

Le scalaire Fex,α est la contribution des forces extérieures suivant la direction α. Ce terme
doit être choisi de sorte que le vecteur force Fex doit être recouvert par le développement de
Chapman-Enskog [61] de l’EDP en question (Euler, Navier-Stokes, Saint-Venant, etc.). Ce
développement sera détaillé et utilisé dans le chapitre 4.
Une fois l’EB discrétisée (2.18) résolue pour les neuf directions, on utilise les expressions (2.4),
(2.5) et (2.6) pour calculer les variables macroscopiques. Ainsi, nous aurons :

— 29 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 30

8
ρ(x, t) = fα (x, t) (2.19)
X

α=0
8
ρ(x, t)u(x, t) = cα fα (x, t) (2.20)
X

α=0
8
ρ(x, t)E(x, t) = c2α fα (x, t) (2.21)
X

α=0

3.1 Formulation de l’opérateur de collision

L’équation (2.18) peut être vue comme une équation de transport convectif de la variable f
par la vitesse c et de terme source Ω(f ) + Fex . L’opérateur de collision Ω(f ) est certainement le
terme le plus difficile à modéliser. Il représente les effets de la collision et de l’interaction entre
les particules. Si ce terme est nul, les particules sont alors simplement soumises à l’action de la
force Fex et déplacées par la vitesse c. Dans le cas contraire, l’évolution du système dépendra
de la forme de l’opérateur de collision. Durant le 19ème siècle, Boltzmann lui-même n’avait
qu’une idée approximative de cet opérateur et ne prenait en compte que les collisions entre deux
particules (collision binaire). Selon Cohen et Dorfman [62], il a été démontré que l’équation de
Boltzmann avec un tel opérateur de collision ne peut pas être appliquer aux liquides et aux gaz
de densité élevée.
Pour montrer la complexité de la forme de Ω(f ), on illustre une collision binaire. Pour cela, on
considère la particule stationnaire (α = 0) du réseau D2Q9 de la figure (2.3). Pour cette particule,
Inamuro et Sturtevant [63] ont proposé l’opérateur de collision à deux particules suivant :

Ω = R [(f1 f2 − f0 f5 ) + (f2 f3 − f0 f6 ) + (f3 f4 − f0 f7 ) + (f1 f4 − f0 f8 )] (2.22)

où R est une constante proportionnelle à la différence de vitesse relative entre une particule
en mouvement et la particule stationnaire avec laquelle elle entre en collision.
Le traitement des termes de la collision est une question centrale pour la résolution de
l’EB. Au début des développements de la MBR, le terme de collision était décrit par un
modèle de matrice de diffusion des collisions [64, 23]. Les améliorations ultérieures de ce modèle
comprennent le modèle à taux de relaxation unique TRU (single relaxation time SRT) [65,
30] basé sur le modèle de Bhatnagar-Gross-Krook (BGK) [32], le modèle à taux de relaxation
double TRD (Two relaxation time TRT) [66] et le modèle à taux de relaxation multiple TRM
(multiple relaxation time MRT) [67, 43]. Les expériences numériques ont montré que les modèles

— 30 —
31 3. Présentation de l’équation de Boltzmann sur réseau

à taux de relaxation peuvent présenter certain degré de l’instabilité numérique. Pour remédier à
cet effet indésirable en calcul numérique, ce sont proposées des méthodes dites « méthodes de
régularisation ≫ . On cite par exemple : la méthode Cascade basée sur les moments centraux
et les taux de relaxation multiples [34], la méthode des cumulant [68], etc.

3.2 Modélisation de la collision

En théorie cinétique, la modélisation de la collision est généralement basée sur l’hypothèse


physique qui stipule que : "après la collision, la distribution des particules f d’un système
a tendance à atteindre la distribution d’équilibre f eq durant le temps caractéristique τ
(appelé taux de relaxation)". En revanche, la modélisation mathématique de Ω(f ) repose sur la
matrice de diffusion des collisions A. Les coefficients Aij de cette matrice sont les probabilités
de transition entre une particule fictive de vitesse ci et une particule fictive de vitesse cj à
la suite d’une collision. Ainsi pour une direction α donnée d’un réseau de discrétisation de
l’espace des vitesses en q directions, on écrit :
q−1 h i
Ωα (f ) = Aαj fj (x, t) − fjeq (x, t) , α = 0, ..., q − 1 (2.23)
X

j=0

où (Aij )0≤i,j≤(q−1) est la matrice de diffusion des collisions. Il est à noter que la matrice A de
taille q × q est une matrice symétrique réelle. Elle possède donc q − 1 valeurs propres réelles
et q − 1 vecteurs propres linéairement indépendants (des vecteurs orthogonaux peuvent être
construits). Les valeurs propres et les vecteurs propres de la matrice A correspondent aux
quantités physiques conservées par collision (valeurs propres = 0) ou aux quantités physiques
qui se stabilisent à l’équilibre (valeurs propres ̸= 0).
L’analyse du terme de la collision modélisé montre que la valeur propre correspondante
au tenseur de contrainte de la matrice A est inversement proportionnelle à la viscosité du
fluide. D’autre part, la viscosité est une variable intrinsèque au fluide et donc ne peut être
échangée. Par conséquent, la modélisation de la collision par la matrice de diffusion restera
limitée aux écoulements à nombres de Reynolds modérés (∼ 100). Ce constat, nous amène à
conclure que les écoulements à très grand nombre de Reynolds ne peuvent pas être calculés,
parce que d’une part le nombre de directions des vitesses est limité à q et d’autre part, le
taux de changement d’une quantité physique qui se relaxe jusqu’à l’état d’équilibre par le
biais de collisions est faible. C’est pour cette raison que plusieurs chercheurs ont tenté de
modifier les valeurs propres qui déterminent la viscosité.

— 31 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 32

3.2.1 Modèle à taux de relaxation unique (TRU)

La tentative la plus simple est de supposer que la matrice A est diagonale de valeurs propres
identiques. C’est le modèle à taux de relaxation unique, largement utilisé en calcul d’écoulement
1
par la MBR [65, 30]. Pour ce modèle, la matrice A est construite par Aij = − δij , où δij est
τ
le symbole de Kronecker. Dans ce cas, le terme de la collision est donné par :

1
Ωα = − [fα (x, t) − fαeq (x, t)] α = 0, ..., q − 1 (2.24)
τ

où le taux de relaxation τ est d’ordre 1 ( τ = O(1)).


En réalité, l’expression ci-dessus n’est autre que le modèle de collision basé sur le taux
de relaxation qui a été proposé par Bhatnagar, Gross et Krook (BGK) [32]. De même, la
conception de ce modèle s’appuie sur l’hypothèse physique citée au début de la section (3.2).
En introduisant l’opérateur de collision par le modèle BGK dans l’équation (2.16), nous
obtenons l’expression suivante :

∂f ∂f Fip ∂f 1
+c· + · = − [fα (x, t) − fαeq (x, t)] + Fex (2.25)
∂t ∂x mp ∂c τ

La discrétisation de (2.25) sans les forces d’interactions Fip , mais avec le modèle à TRU s’exprime
comme suit :

1
fα (x + cα ∆t, t + ∆t) − fα (x, t) = − [fα (x, t) − fαeq (x, t)] + ∆tFex,α , α = 0, ..., q − 1 (2.26)
τ

Le choix du modèle de collision n’est pas suffisant pour passer à la mise en œuvre de la
MBR. Il faut s’assurer que le modèle choisi permet de recouvrir l’EDP considérée. Cette étape
nécessaire à la MBR s’accomplit par l’analyse multi-échelles de Chapman-Enzkog. De même,
cette analyse renseigne aussi sur l’ordre d’approximation de l’EDP par l’EB et le modèle de
collision choisi.
L’analyse de Chapman-Enzkog [69] appliquée à la résolution des ENS par la MBR avec
le modèle TRU montre à la fois une approximation du second ordre et une relation entre
la viscosité cinématique ν (variable macroscopique) et le taux de relaxation τ (paramètre
mésoscopique) qui s’exprime par :

1 c2 1 ∆x2 1
     
ν = c2s τ − ∆t = τ− ∆t = τ− (2.27)
2 3 2 3∆t 2

— 32 —
33 3. Présentation de l’équation de Boltzmann sur réseau

c ∆x
où cs est la vitesse du son cs = √ et c est la vitesse du réseau c = .
3 ∆t
Si le pas longitudinal du réseau ∆x est différent du pas transversal ∆y alors il faut distinguer cx =
∆x/∆t et cy = ∆y/∆t. Dans ce cas, l’expression de la viscosité moléculaire ci-dessus devient :

cx cy 1 ∆x∆y 1
   
ν= τ− ∆t = τ− (2.28)
3 2 3∆t 2
Par ailleurs, le taux de relaxation τ peut s’exprimer aussi en fonction du nombre de Reynolds
Re et les échelles caractéristiques de l’écoulement V, L sous la forme suivante :

VL∆t 1
τ= + (2.29)
Re∆x∆y 2

où V, L sont respectivement la vitesse et la longueur caractéristiques de l’écoulement.


Il est à noter que le taux de relaxation τ peut être interprété comme un coefficient d’amortissement
pour revenir à l’équilibre après une collision. D’autre part, il est bien connu que la viscosité
cinématique ν peut être considérée comme un frottement entre deux couches fluides. Il est
donc bien naturel que ces deux paramètres soient liés par une relation semblable à (2.27) pour
exprimer cette analogie.
Enfin, notons qu’en raison de sa simplicité, le modèle de collision à TRU demeure le plus utilisé
en modélisation par la MBR. Cependant, ce modèle est aussi réputé le moins stable. Pour
corriger ce problème de stabilité, plusieurs variantes de la MBR ont été proposées dont les
modèles TRD et TRM que nous discutons dans les sous-sections qui suivent.

3.2.2 Modèle à taux de relaxation double (TRD)

Le modèle à taux de relaxation double (en anglais Two-relaxation-time : TRT) a été


rigoureusement et complètement introduit par Ginzburg et al. [66], sur la base des travaux
antérieurs de Ginzburg [70, 71, 72, 73]. Dans ce modèle, l’un des taux de relaxation τs correspond
au taux de relaxation de la composante symétrique de f , alors que le second τa correspond à la
composante antisymétrique. Les expériences numériques ont montré qu’un choix judicieusement
de τs et τa permet d’assurer une meilleure stabilité, mais aussi de réduire les erreurs liées à la
MBR [66]. Il est intéressant de préciser que la méthode TRD peut être considérée comme une
forme particulière de la méthode TRM, et que la méthode TRU peut être obtenue à partir de la
TRD en considérant τs = τa .
Nous nous n’attardons pas sur la présentation de ce modèle, mais les lecteurs intéressés

— 33 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 34

par les fondements théoriques et numériques de ce modèle pourront consulter les travaux
d’Irina Ginzburg cités ci-dessus.

3.2.3 Modèle à taux de relaxation multiple (TRM)

Comme annoncé plus haut, le modèle de collision TRU peut induire des instabilités
numériques et notamment pour les écoulements à grand nombre de Reynolds. En plus, ce
modèle a l’inconvénient de relaxer toutes les variables de l’écoulement par un seul taux de
relaxation τ. En réalité, ces variables ne sont pas relaxées par le même taux τ. Nous avons vu
aussi que les variables macroscopiques sont déduites des moments de la fonction de distribution.
Ce constat, nous permet de penser qu’il est plus pertinent de relaxer les moments par des taux
de relaxation différents plutôt de relaxer la fonction de distribution. C’est exactement l’idée du
modèle de collision à taux de relaxation multiple TRM.
Le modèle de collision TRM permet d’ajuster librement les taux de relaxation pour chaque
moment [43], optimisant ainsi la modélisation des phénomènes complexes et réduisant les erreurs
numériques et les instabilités des simulations du fluide. Plusieurs chercheurs [43, 74, 75] ont
démontré qu’une telle séparation des taux de relaxation pour les différents modes physiques et
cinétiques améliore efficacement la stabilité numérique. Par ailleurs, il existe un autre modèle
de collision de type TRM proposé par Shan et Chen [76], qui a été dérivé du développement en
série d’Hermite de la fonction de distribution f eq . Notons, que les modèles TRM les plus utilisés
sont ceux proposés par Lallemand et Luo [43] et d’Humière et al. [35]. Malheureusement, la
grande liberté de choix des taux de relaxation multiples conduit à un nouveau problème sur
l’optimalité des valeurs des différents taux de relaxation.
Toutes les simulations présentées dans ce mémoire ont été réalisées par la MBR et le modèle de
collision de type TRM. Par conséquent, dans les paragraphes qui suivent, nous donnons plus de
détails sur le principe de fonctionnement du modèle TRM.
Nous allons maintenant esquisser la procédure mathématique générale derrière les opérateurs de
collision de type TRM. En fait, nous distinguons deux espaces : l’espace des vitesses engendré
par les fonctions de distribution f et l’espace des moments engendré par les moments de f
d’ordre k définis dans la section (2.3). Pour un réseau D2Qq, on range les q directions de la
fonction de distribution dans le vecteur f = (f0 , f1 , f2 , . . ..., fq−1 ). Nous ferons de même pour la
distribution d’équilibre f eq = (f0eq , f1eq , f2eq , . . ..., fq−1
eq
). Si l’on examine la définition des moments,

— 34 —
35 3. Présentation de l’équation de Boltzmann sur réseau

on observe que les q composantes (m0 , m1 , m2 , . . .., mq−1 ) du vecteur moment m s’écrivent
toutes en fonction des (fα )α=0,...,q−1 . Soit une écriture matricielle :

q−1
mk = pour k = 0, . . . , q − 1 (2.30)
X
Mki fi
i=0

En réalité, la matrice M de coefficients (Mij )0≤i,j≤q−1 n’est autre que la matrice de passage
de l’espace des populations (fα )α=0,...,q−1 à l’espace des moments (mα )α=0,...,q−1 . On montre
que la matrice M est orthogonale et donc inversible. La matrice M est aussi la matrice qui
transforme les populations d’équilibre (fαeq )α=0,...,q−1 aux moments d’équilibre (meq
α )α=0,...,q−1 .

Ainsi, sous la forme vectorielle, nous pouvons écrire :

m = Mf , meq = Mf eq (2.31)

La matrice M peut être déterminer par plusieurs approches. Les deux approches les plus connues
sont : les polynômes d’Hermites et la procédure d’orthogonalisation de Gram-Schmidt [55].
Par ailleurs, on rappelle que le modèle à TRM applique l’opérateur de collision aux moments
mk avec des différents taux de relaxation notés τ0 , τ1 , . . . , τq−1 . Si l’on note par la matrice
S, la matrice diagonale de taille q × q et de termes diagonaux si = 1/τi , la discrétisation
de l’EB dans l’espace des moments donne :

m(x + cα ∆t, t + ∆t) − m(x, t) = −S [m(x, t) − meq (x, t)] + ∆tFex,moment (2.32)

avec Fex,moment = MFex . En appliquant les expression (2.31) à l’équation (2.32), nous aurons
alors :
Mf (x + cα ∆t, t + ∆t) − Mf (x, t) = −S [m(x, t) − meq (x, t)] + ∆tMFex
(2.33)
f (x + cα ∆t, t + ∆t) − f (x, t) = −M S [m(x, t) − m (x, t)] + ∆tFex
−1 eq

Enfin, l’équation (2.33) est la partie centrale de l’algorithme de résolution des EDPs par
la méthode de MBR combinée au modèle de collision de type TRM. Cet algorithme se
résume par les étapes suivantes :
Pour donner une idée pratique sur le déroulement de l’algorithme de la MBR en version TRM,
nous supposons résoudre les ENS sur le réseau D2Q9 illustré sur la figure (2.3). Pour ce cas,

— 35 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 36

Algorithm 1 : Algorithme de la MBR par l’opérateur TRM sur le réseau D2Q9


Construire les matrices M, M−1 ;
Définir les vitesses et les coeffs. de pondération : donner (cα )0≤α≤8 et (ωα )0≤α≤8 ;
fixer : τ > 0.5 ;
Construire la matrice S = diag[s0 , . . . , s8 ], avec s7 = s8 = 1/τ ;
Initialiser u = (u, v) et ρ ;
Calculer f eq à partir de (2.37) et meq à partir de (2.39) ;
Initialiser f ← f eq .
while t < tmax do
calculer m ← Mf ;
calculer f par : f (x + cα ∆t, t + ∆t) − f (x, t) = −M−1 S [m(x, t) − meq (x, t)] + ∆tFex ;
effectuer la procédure de la propagation ;
introduire les conditions aux limites ;
8 8
calculer les variables macroscopiques : et cα fα ;
X X
ρ← fα ρu ←
α=0 α=0
calculer le nouveau meq par (2.39) en fonction des nouvelles variables ρ et u
end while

la matrice M et son inverse M−1 sont données par [77] :

1 1 1 1 1 1 1 1 1
 

 −4 −1 −1 −1 −1 2 2 2 2 

4 −2 −2 −2 −2 1 1 1 1 
 

0 1 0 −1 0 1 −1 1 
 

 −1 
M=

 0 −2 0 2 0 1 −1 −1 1 
 (2.34)
0 0 1 0 −1 1 1 −1 −1 
 

0 0 −2 0 2 1 1
 

 −1 −1 

0 1 −1 1 −1 0 0 0 0 
 

0 0 0 0 0 1 −1 1 −1

La matrice inverse M−1 peut être obtenue à partir de M à l’aide de n’importe quel logiciel de
calcul numérique. Elle peut être aussi calculée par l’une des méthodes numériques de résolution
des systèmes linéaires (Gauss, Jacobi, Gauss-Seidel, . . . , etc).

4 −4 4 0 0 0 0 0 0
 

 4 −1 −2 6 −6 0 0 9 0 

4 −1 −2 0 0 6 −6 −9 0 
 

4 6 0 0 9 0 
 
−1 −2 −6
1

 
M−1 = 
4 −1 −2 0 0 −6 6 −9 0  (2.35)
36
 
4 2 1 6 3 6 3 0 9 
 

4 2 1 −6 −3 6 3 0 −9 
 

 
4 2 1 −6 −3 −6 −3 0 9 
 

4 2 1 6 3 −6 −3 0 −9

La matrice S des taux de relaxation est une matrice diagonale de coefficients (sα )α=0,...,8 .

— 36 —
37 3. Présentation de l’équation de Boltzmann sur réseau

Elle est de la forme suivante :


s0 0 0
 
...

0 s1 ... 0 
S= .. .. .. (2.36)
 

.. 

 . . . .


0 0 . . . s8
Pour des raisons de stabilité, les coefficients de la matrice S doivent vérifier (0 ≤ si ≤ 2). Afin de
recouvrir les ENS. L’analyse de Chapman-Enskog a montré que les coefficients s7 et s8 doivent
vérifier s7 = s8 = 1/τ , où τ est un taux de relaxation estimé à partir de l’expression (2.27). En
revanche, si l’écoulement est turbulent, τ doit être remplacé par un taux de relaxation intégrant
les effets de la turbulence noté τtot . Le calcul de ce nouveau coefficient τtot est détaillé dans le
chapitre (4) section (7).

Pour achever l’illustration de la MBR-TRM, nous donnons les expressions du vecteur moment
d’équilibre meq et de la fonction de distribution d’équilibre f eq utilisées par Mohamad [77]
pour résoudre les ENS par la MBR-TRM :
cα .u 1 (cα .u)2 1 u.u
 " #
fαeq = wα ρ 1 + 2 +




2 c4s 2 c2s

cs



(2.37)
4 1 1


c
w0 = w1 = w2 = w3 = w4 = w5 = w6 = w7 = w8 = cs = √

, , ,


9 9 36 3

eq T
meq = [meq
0 , m1 , m2 , m3 , m4 , m5 , m6 , m7 , m8 ]
eq eq eq eq eq eq eq
(2.38)

où les composantes de ce vecteur s’expriment par :


   
0 = ρ
meq 1 = −2ρ + 3 jx + jy
meq 2 = ρ − 3 jx + jy
meq 3 = jx
meq
2 2 2 2
 
4 = −jx
meq 5 = jy
meq 6 = −jy
meq 7 = jx − jy
meq 2 2

8 = jx jy
meq avec jx = ρu jy = ρv
(2.39)
Dans le chapitre (4), nous exposons en détail la procédure pour calculer les fonction f eq et
le vecteur meq .
Enfin, une fois la fonction de distribution calculée, les variables macroscopiques de l’écou-
lement sont déduites comme des moyennes des quantités mésoscopiques décrites par les
fonctions de distribution fα . Ainsi, pour le schéma D2Q9, on calcule la masse volumique
ρ et la vitesse moyenne u par :
8 8
ρ= ρu = (2.40)
X X
fα , cα fα
α=0 α=0

— 37 —
2. La méthode de Boltzmann sur réseau 38

3.3 Les méthodes de régularisation

Dans cette section, nous passons brièvement en revue les méthodes de régularisation les plus
utilisées. Les lecteurs désireux approfondir leurs connaissances sur le sujet peuvent consulter les
références bibliographiques citées pour chaque méthode. Il s’agit des auteurs qui ont été à
l’origine des ces méthodes.

3.3.1 MBR en Cascade

Geier et al. [34] ont proposé la MBR en cascade qui est étroitement lié à l’opérateur
de collision de type TRM. Ils ont considéré la relaxation comme une action sur les moments
centraux définis dans le référentiel et se déplaçant avec le fluide. Comme les moments centraux
peuvent être exprimés sous forme de polynômes des moments bruts définis dans le référentiel
fixe du réseau jusqu’au même ordre, il a été souligné que les moments bruts relaxés par le
modèle TRM affecteront les moments centraux d’ordre supérieur. Ces auteurs ont également
identifié ce degré insuffisant d’invariance galiléenne comme une source d’instabilité [34, 78]. Par
conséquent, dans la MBR en cascade, les paramètres de relaxation sont ajustés d’une seule
manière, des ordres inférieurs aux ordres supérieurs et un opérateur de collision non-commutatif
est construit. Avec un support de réseaux suffisants, on obtient un opérateur de collision stabilisé
avec un ordre supérieur d’invariance galiléenne. En outre, Dubois et al. [79] ont présenté un
schéma de Boltzmann sur réseau avec des vitesses relatives où les moments de vitesse des
fonctions de distribution dépendent d’un champ de vitesse arbitraire, ce qui a fourni une forme
généralisée pour la MBR en cascade et la MBR-TRM.

3.3.2 MBR en cumulant

La méthode de Boltzmann cumulant sur réseau est une extension avancée de la MBR,
visant à améliorer la stabilité et la précision des simulations de la dynamique des fluides.
Contrairement aux méthodes traditionnelles, qui reposent sur la relaxation des moments de
distribution de particules, ce schéma utilise des cumulant pour décrire les distributions de
particules. Les cumulant sont des quantités statistiques (fonctions non linéaires des moments
de distribution) qui intègrent les propriétés essentielles des distributions de particules tout
en réduisant les effets des hautes fréquences et des erreurs numériques. En effet, les MBR
basées sur le cumulant a été développée par Geier et al. [80] qui ont présenté et validé leurs

— 38 —
39 3. Présentation de l’équation de Boltzmann sur réseau

fondements pour des simulations en trois dimensions. Par ailleurs, ils ont montré que l’utilisation
des cumulant permet de surmonter certaines limitations des méthodes traditionnelles, offrant
ainsi une meilleure stabilité numérique et une précision accrue.

3.3.3 MBR régularisée

Comparée à d’autres méthodes de stabilisation, la méthode de Boltzmann régularisée


(Regularized lattice Boltzmann : RLB) est théoriquement simple, facile à mettre en œuvre et
efficace. La MBR régularisée est basé sur la formulation d’Hermite de l’équation de Boltzmann
[81]. D’autre part, le concept de régularisation consiste à construire un ensemble de fonctions de
distribution pré-collision qui ne sont liées qu’aux moments hydrodynamiques macroscopiques,
tandis que les composantes d’ordre supérieur sont filtrées [82, 83, 84]. En effet, diverses méthodes
de régularisation ont été proposées et examinées dans la littérature. Cependant, Latt et Chopard
[85] ont proposé de reconstruire la partie non équilibrée de la fonction de distribution avant
collision en utilisant le gradient de la vitesse du fluide macroscopique via le développement de
Chapman-Enskog. Zhang et al. [86] ont présenté une autre procédure de régularisation dans
laquelle la partie non équilibrée de la fonction de distribution avant collision a été projetée
sur le sous-espace de Hilbert engendré par les polynômes d’Hermite. Ces deux procédures sont
des extensions simples du schéma TRU standard. L’efficacité du schéma régularisé en termes
d’amélioration de la stabilité a été validée par différents tests [87, 88].

— 39 —
3
Chapitre
Méthode de Boltzmann sur réseau pour les
équations de Navier-Stokes

1 Introduction
En abordant divers défis de la mécanique du fluide, les équations utilisées pour analyser les
écoulements proviennent généralement des équations de conservation de la masse, de la quantité
de mouvement et de l’énergie. Ensemble, elles forment les ENS tridimensionnelles. Ces équations
constituent un modèle mathématique pour les écoulements des fluides. Une de leurs variantes
est également utilisée pour modéliser des écoulements de type « eau peu profonde ».
Ce chapitre est dédié à l’exploration détaillée des ENS en trois dimensions (3D), des
équations de transport d’un polluant en 3D et les équations de Navier Stokes moyennées au
sens de Reynolds pour la turbulence en 3D. Ces équations fondamentales sont au cœur de la
dynamique des fluides et de la modélisation des phénomènes complexes associés à l’écoulement
des fluides, à la dispersion des contaminants et à la turbulence.
Dans la première partie de ce chapitre, nous aborderons les ENS en 3D, qui décrivent le
mouvement des fluides en fonction du temps et de l’espace. Ces équations prennent en compte
la conservation de la masse, la quantité de mouvement et l’énergie, et sont essentielles pour
modéliser des écoulements complexes dans divers contextes, allant de l’aérodynamique aux
processus industriels. Par la suite, nous présenterons les équations de transport d’un polluant
en 3D, qui décrivent comment les substances dissoutes ou en suspension se déplacent et se

40
41 1. Introduction

dispersent dans un fluide. Ces équations incluent des termes de diffusion et de convection, qui
représentent respectivement les effets de la dispersion moléculaire et du transport advectif. Enfin,
nous explorerons les équations de la turbulence en 3D, en mettant l’accent sur les modèles de
turbulence, tels que les modèles des équations de Navier Stokes moyennées au sens de Reynolds
(ENSMR) et le modèle de simulation des grandes échelles (SGE) de la turbulence et en discutant
pourquoi ils sont souvent préférés à la simulation numérique directe (SND).
Dans la deuxième partie de ce chapitre, nous introduisons la discrétisation des ENS et
les équations de la turbulence par la MBR en mettant l’accent sur leurs fonctions d’équilibre
et le traitement des conditions aux limites (CL). Enfin, nous terminerons ce chapitre par la
validation de la MBR en reproduisant les résultats des cas tests académiques bien connus
en dynamique des fluides. Ces tests visent à évaluer la précision et la robustesse du modèle
dans des situations réalistes et complexes.

a) Le premier test consiste en la simulation des tourbillons de Taylor-Green. Ce cas classique


permet de valider la capacité du modèle à résoudre les dynamiques tourbillonnaires et les
mécanismes de dissipation d’énergie dans un fluide visqueux. Les tourbillons de Taylor-Green
servent de référence pour évaluer la précision de la simulation des écoulements en régime
transitoire et turbulent.

b)Le deuxième test concerne l’écoulement dans une cavité carrée entraînée. Ce scénario est
couramment utilisé pour valider les modèles de dynamique des fluides car il permet de tester
la précision des positions des structures tourbillonnaires et des gradients de vitesse au sein
d’une géométrie confinée. De même, les résultats de ce cas test permettent de comparer les
résultats des simulations aux données expérimentales et numériques disponibles.

c)Le troisième test examine l’écoulement turbulent dans une cavité circulaire entraînée.
Ce cas complexe est utilisé pour vérifier la capacité du modèle à simuler les écoulements
turbulents dans des géométries non rectangulaires. La simulation de l’écoulement dans une
cavité circulaire entraîne des défis supplémentaires en raison de la présence de courbures et de
gradients de pression variables.

Ces cas tests permettent une validation complète et rigoureuse de la résolution des ENS
par la MBR. Ils démontrent aussi efficacité et la précision de la MBR pour une large gamme
d’applications en dynamique des fluides, allant des écoulements laminaire à turbulent dans
des géométries simples et complexes.

— 41 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 42

2 Description de l’écoulement des fluides à différentes échelles


Les fluides, liquides ou gazeux, ont un comportement complexe qui diffère grandement selon
les échelles de longueur et du temps auxquelles ils sont observés. Il est crucial de saisir les
phénomènes d’écoulement des fluides à diverses échelles afin de faire face à une variété de défis
scientifiques et techniques, allant de la conception d’ailes d’avion performantes à la modélisation
et simulation des phénomènes hydrodynamiques et géophysiques. En effet, il existe différentes
échelles pour décrire l’écoulement d’un fluide, chacune ayant ses propres caractéristiques et
principes directeurs. En général, ces échelles s’étendent de l’échelle macroscopique, où les
fluides sont considérés comme des milieux continus régis par des EDPs (Fig. 3.1-a), à l’échelle
microscopique, où le comportement des fluides est décrit au niveau moléculaire (Fig. 3.1-c). A
cette échelle, les particules de fluide se déplacent rapidement, en effectuant des multiples collisions
avec d’autres particules voisines ainsi que les parois solides. En regroupant ces particules dans un
ensemble approprié et en observant leur comportement collectif, nous pouvons définir l’échelle
mésoscopique, comme le montre la figure 3.1-b, qui se situe entre les échelles macroscopique et
microscopique.
Dans cette section, nous aborderons les descriptions de l’écoulement des fluides à trois échelles
principales et l’utilisation des méthodes numériques adéquates pour les étudier en détail.

Figure 3.1 – Illustration de différentes échelles d’écoulement des fluides

2.1 Échelle macroscopique

Au niveau macroscopique, l’écoulement d’un fluide est décrit par le formalisme de la mécanique
des milieux continus (MMC). Les caractéristiques du fluide comme la vitesse, la pression et la

— 42 —
43 2. Description de l’écoulement des fluides à différentes échelles

densité sont considérées comme des fonctions continues de l’espace et du temps. Plus précisément,
et selon Laurendeau [89], un modèle macroscopique continu demeure valide lorsque le nombre de
Knudsen Kn atteint est inférieur à l’unité. Ce nombre adimensionnel est déterminé par le ratio
du libre parcours moyen l∗ des particules sur une longueur caractéristique L de l’écoulement du
fluide. À cette échelle, les fluides sont régis par les ENS. Ces équations traduisent la conservation
de la masse, de la quantité de mouvement et de l’énergie. Les ENS sont massivement utilisées
pour appréhender l’écoulement des fluides en ingénierie tels que l’aérodynamique, la combustion,
l’hydrodynamique, la météorologie, l’océanographie, etc.
Trouver une solution à ces EDPs d’une manière analytique est difficile en raison entre autres
de divers facteurs tels que la non-linéarité et la complexité des limites du domaine d’écoulement.
Cependant, avec les avancées spectaculaires des ordinateurs, nous sommes désormais capable de
fournir une solution approchée de bonne qualité de ces équations. La procédure du calcul de
la solutions approchée commence par discrétiser le domaine de l’écoulement en un ensemble
finis de grilles ou de mailles. Par la suite, ces éléments sont utilisés pour convertir ces EDPs
en équations algébriques linéaires (ou non linéaires) en utilisant les méthodes de discrétisation
traditionnelles à savoir : la MDF, la MEF ou la MVF.

2.2 Échelle mésoscopique

À l’échelle mésoscopique, l’écoulement des fluides est décrit par la mécanique statistique et
la théorie cinétique. Cette échelle fait le lien entre le comportement microscopique des particules
individuelles et le comportement macroscopique décrit par la mécaniques des milieux continues
(MMC). L’idée principale est que le comportement d’une particule individuelle à l’échelle
microscopique ne peut pas entièrement décrire les variables et les propriétés macroscopiques
d’un fluide. Néanmoins, les caractéristiques collectives d’un ensemble de particules peuvent
avoir une importance à l’échelle macroscopique. Autrement dit, la masse volumique du fluide
peut être définie par la limite de la moyenne de la masse des particules contenues dans un
volume élémentaire V , c’est-à-dire :
 
1 X
ρ(x, t) = lim  mi  (3.1)
V →0 V
xi ∈V

Á cette échelle, c’est la MBR qui est couramment utilisée pour simuler l’écoulement des
fluides. La MBR modélise la distribution des vitesses des particules sur un réseau discret pour
résoudre finement le comportement collectif des fluides.

— 43 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 44

2.3 Échelle microscopique

Les simulations de la dynamique moléculaire décrivent le comportement des fluides au niveau


microscopique. Pour comprendre l’écoulement des fluides, les simulations de la dynamique
moléculaire suivent et examinent individuellement le mouvement de toutes les particules qui
constituent le fluide et leurs interactions au lieu de considérer le fluide comme un milieu
continu. Chaque particule au sein du système est indexée par i, a une masse mi , une position
x = (xi , yi , zi ) et une vitesse ξi , ainsi que des variables supplémentaires pour décrire son état
interne : typiquement sa rotation et sa vibration. En général, la dynamique moléculaire du
fluide est décrite par la deuxième loi de Newton :

mi ẍi = Fi (3.2)

où Fi est la force totale agissante sur la particule et ẍi est l’accélération de la ième particule.
Une autre approche pour décrire le mouvement des particules consiste à utiliser la mécanique
Hamiltonienne pour analyser les systèmes à N -corps, qui prend en compte des coordonnées plus
généralisées, y compris les positions et les moments des particules [26]. En effet, les simulations
de la dynamique moléculaire nécessitent une grande quantité de temps et de mémoire. Cet
inconvénient pénalise son utilisation pour la simulation des écoulements des fluides. Les équations
qui régissent sur le système sont intégrées à l’aide de schémas d’intégration numérique.
On note alors qu’en dynamique moléculaire, le mouvement de chaque particule est calculé à
partir de l’équation (3.2). Cette équation de mouvement n’est autre qu’une équation différentielle
ordinaire (EDO) que l’on peut résoudre à priori avec des schémas numériques de type prédicteur-
correcteur (méthode de Verlet et les méthodes de Runge-Kutta [27]). Par ailleurs, on note
également qu’aussi bien en formulation Newtonienne qu’en formulation Hamiltonienne il existe
un grand nombre d’inconnues que l’on ne peut pas réduire. En effet, même pour des volumes de
fluide relativement petits, le nombre de particules est très important (∼ 1023 ). Ceci veut dire
qu’il faut résoudre par voie numérique (∼ 1023 ) EDOs !. On comprend tout de suite qu’il est
impossible d’obtenir des résultats satisfaisants à cause de l’accumulation des erreurs d’arrondis.
Nous concluons alors que malgré l’utilisation des ressources informatiques les plus avancées, la
méthode de dynamique moléculaire reste limitée aux systèmes sub-micrométriques [26].

— 44 —
45 3. Équations de base

3 Équations de base
Cette section introduit les ENS pour la dynamique des fluides et l’équation de transport d’un
scalaire passif. Il est important de noter que ces équations constitue un modèle mathématique
décrivant le comportement réel du fluide. Par conséquent, il est essentiel de prendre connaissance
des hypothèses et les limitations lors de la dérivation de ces équations pour les utiliser
correctement.
On précise que les ENS décrivent l’évolution spatio-temporelle d’un fluide en mouvement. Elles
sont formulées par un système couple d’EDPs non linéaires. Les ENS ont été dérivées à partir
des lois de la conservation de la masse et de la quantité de mouvement.

3.1 Conservation de la masse

La loi de conservation de la masse exprime le fait que la masse d’un élément fluide Ω (Fig.
3.14) que l’on suit dans son mouvement demeure constante quand le temps varie.

Figure 3.2 – Volume de contrôle pour le bilan de masse et quantité de mouvement

Dans la suite de ce mémoire, nous notons par ρ la masse volumique du fluide et par u
son vecteur vitesse instantanée de composantes (u, v, w) .
Si l’on note par |Ω| et mΩ = ρ|Ω| respectivement le volume et la masse du domaine fluide
Ω, la conservation de la masse du fluide s’exprime de la manière suivante :

dmΩ d d
Z  Z 
=0 =⇒ ρ|Ω|dΩ = 0 =⇒ ρdΩ = 0 (3.3)
dt dt Ω dt Ω

— 45 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 46

En appliquant le théorème de Leibnitz qui permet de décomposer ce terme en variations


observées à l’intérieur du domaine Ω et le flux à travers la frontière ∂Γ (Fig. 3.14), on aura :

d ∂ρ
Z  Z Z
ρdΩ = dΩ + ρu · →

n dΓ (3.4)
dt Ω Ω ∂t Γ

On note que le théorème de divergence permet de remplacer le flux à travers la frontière Γ par
l’intégrale sur volume Ω de la divergence de la vitesse du déplacement du fluide u, c’est à dire
Z Z
ρu · →

n dΓ = ∇ · (ρu)dΩ. Par ailleurs, si la masse est conservée, elle doit l’être pour tout
Γ Ω
volume Ω. De même, si l’on injecte l’égalité ci-dessus dans l’expression (3.4), nous obtiendrons
Z
∂ρ ∂ρ
+ ∇ · (ρu) = 0 ∀Ω =⇒ + ∇ · (ρu) = 0 (3.5)
Ω ∂t ∂t

Dans ce qui suit, le fluide est considéré incompressible, c’est à dire les variations (spatio-
temporelle) de ρ sont faibles au point d’être négligées. Dans ce cas, l’équation (3.5) sera simplifiée
en :

∇·u=0 (3.6)

Par conséquent, l’équation de la conservation de la masse (appelée aussi l’équation de


continuité) pour un fluide incompressible s’écrit comme suit :

∂u ∂v ∂w
∇·u= + + =0 (3.7)
∂x ∂y ∂z

3.2 Conservation de la quantité de mouvement

La conservation de la quantité de mouvement s’appuie sur le second principe de Newton qui


stipule que le taux de variation de la quantité de mouvement ρu d’une particule fluide est égale
à la somme des forces extérieures qui s’exercent sur cette particule. Ce principe s’exprime par :

∂(ρu)
+ ∇ · (ρuu) = ρF + ∇ · σ (3.8)
∂t

où :
F : vecteur force externe par unité de volume.
σ : tenseur de contraintes.
Pour un fluide Newtonien supposé incompressible (comme l’eau), le tenseur de contrainte σ se for-
mule par :

σ ij = −pδij + µ∇u (3.9)

— 46 —
47 3. Équations de base

où :
p : champ de pression.
µ : viscosité dynamique.
ν = µ/ρ : viscosité cinématique.
En injectant la relation (3.9) dans l’expression (3.8), nous obtiendrons :

∂u 1
+ ∇ · (uu) = − ∇p + ∇(ν∇u) + F (3.10)
∂t ρ
Les équations (3.9) et (3.10) constituent les ENS pour un fluide Newtonien et compressible.

3.3 Équation de transport

L’équation du transport d’un constituant passif ϕ traduit la loi de la conservation de


ce constituant. Il stipule que le taux de variation de ϕ est équilibré par la somme de la
divergence du flux de ϕ et du terme source (ou puit). Si l’on note par Fϕ le vecteur flux
de ϕ, l’équation de transport s’écrit :
∂ϕ
+ ∇ · Fϕ = Sϕ (3.11)
∂t
où Sϕ désigne le terme source ou puit (si Sϕ > 0 ce terme est qualifié de source, dans le cas
contraire, il est qualifié de puit). Si ϕ évolue dans un écoulement de vitesse u et de tenseur de
diffusion γ, alors le vecteur flux Fϕ se décompose en un flux convectif et un flux diffusif :

Fϕ = Fϕ,conv + Fϕ,dif f = uϕ − γ∇ϕ (3.12)

Ainsi l’équation (3.11) devient :

∂ϕ
+ ∇ · (uϕ − γ∇ϕ) = Sϕ (3.13)
∂t

∂ϕ
+ ∇ · (uϕ) = ∇ · (γ∇ϕ) + Sϕ (3.14)
∂t
On rappelle que l’équation (3.14) est présentée sous sa forme conservative. L’utilisation de
cette forme est nécessaire quand le fluide n’est pas incompressible. En revanche, si le fluide est
incompressible (∇ · u = 0) le terme ∇ · (uϕ) est équivalent à u · ∇ϕ . Par conséquent, l’équation
(3.14) est équivalente à sa forme non conservative donnée par :
∂ϕ
+ u · ∇ϕ = ∇ · (γ∇ϕ) + Sϕ (3.15)
∂t

— 47 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 48

Enfin, le système à résoudre est rassemblé dans le système (S1). Il s’agit des ENS pour la
vitesse instantanée u couplées à l’équation de transport d’un constituant physique passif ϕ

∇·u=0


1

∂u


+ ∇ · (uu) = − ∇p + ∇(ν∇u) + F


S1 ∂t ρ (3.16)
∂ϕ


+ ∇ · (uϕ) = ∇ · (γ∇ϕ) + Sϕ




∂t

4 Modélisation de la turbulence
4.1 ENS filtrées en temps (ENSMR)

Tous les écoulements des fluides rencontrés dans la pratique de l’ingénieur que soient dans
des configurations simples (jet 2D, plaque plate, tube, etc.) ou plus complexes (écoulement 3D,
météo, etc.) deviennent instables à partir d’un certain nombre adimensionnel appelé nombre de
Reynolds critique de la turbulence noté Re,cr .
On rappelle que le nombre de Reynolds est défini par Re = U L/ν où U et L sont respectivement
une vitesse et une longueur caractéristiques de l’écoulement. De sa définition, on remarque que
le nombre de Reynolds mesure le rapport entre les effets d’inertie et les effets visqueux. A faible
nombre de Reynolds (Re < Re,cr ), les écoulements sont qualifiés de laminaire et pour lesquels on
constate une organisation des trajectoires des particules du fluide. En revanche, à grand nombre de
Reynolds (Re > Re,cr ), les écoulements deviennent turbulents et le mouvement développe un état
chaotique et aléatoire des variables liées à l’écoulement (vitesse, pression, température, etc.) qui
peuvent varier continument dans le temps et éventuellement de région en région de l’écoulement.
Dans le cas d’un régime laminaire, l’écoulement est complètement décrit par les équations du
mouvement d’un fluide établies précédemment sans aucune hypothèse supplémentaire. En plus
dans des configurations simples, on peut dériver une solution analytique des ENS. Pour des
écoulements plus complexes, des codes de calcul utilisant des techniques numériques sophistiquées
peuvent fournir des solutions numériques d’une qualité impressionnante.
En ingénierie de la mécanique des fluides, plusieurs écoulements pratiques sont turbulents
par essence, par conséquent la turbulence n’est pas uniquement du domaine des théoriciens.
L’ingénieur dans le domaine de la mécanique des fluides a besoin d’un accès fiable à des outils
capables de prédire d’une manière représentative les effets de la turbulence. Ceci est parmi

— 48 —
49 4. Modélisation de la turbulence

les raisons qui font bénéficier ce domaine de la mécanique du fluide des recherches intensifs et
notamment avec la montée en puissance du domaine de l’électronique (ordinateur, capteurs,
laser, caméra, etc.).
Dans la suite, nous essayons de donner quelques notions de base de la turbulence et sa
modélisation, en vue d’informer le lecteur sur les difficultés et les complexités pour appréhender
ce phénomène mystérieux !. En effet, le système (S1) représenté par l’équation (3.16) représente
le mouvement instantané d’un fluide incompressible et visqueux dans un écoulement turbulent.
Dans certains cas simples, il est possible de résoudre directement le système (S1) pour les
mouvements à petite échelle avec les moyens de calcul actuels. Toutefois, ce genre de simulations
est excessivement coûteux en temps de calcul et exige une quantité considérable en stockage.
On comprend alors que ce n’est même pas pensable de transposer ce genre de simulations à des
applications concrètes de grandes échelles, comme la modélisation des écoulements côtières.
Les expériences en laboratoire par visualisation laser ont montré que durant l’évolution d’un
écoulement laminaire, on observe une organisation nette des trajectoires des particules fluides.
En revanche pour les écoulements turbulent, on observe la parution, la disparition puis la
réapparition des tourbillons de toutes les tailles et ceci de manière aléatoire dans l’enceinte
de l’écoulement. Ce comportement induit des trajectoires chaotiques des particules fluides.
A titre d’exemple pour un écoulement dans un domaine 2D de taille 0.1m × 0.1m avec un
grand nombre de Reynolds, l’écoulement turbulent engendré contiendra des tourbillons de
taille allant de 0.1m à 100µm (Fig. 3.3). Pour décrire tous ces tourbillons, nous aurons besoin
d’un maillage de calcul entre 109 et 1012 points.

— 49 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 50

Figure 3.3 – Différents tourbillons au voisinage d’un aile d’avion

D’autre part, la fréquence de reproduction de ces tourbillons est de l’ordre de 10kHz. Par
conséquent, on aura besoin d’un pas de temps de 100µs. Si l’on procède ainsi, on dit qu’on a fait
de la simulation numérique directe (SND) de l’écoulement dans le domaine 0.1m × 0.1m. Par
ailleurs, les expériences ont montré que le calcul par SND d’un écoulement turbulent dans un
tube cylindrique avec Re = 500000 demande des moyens de calcul 10 million de fois plus rapide
que la génération de supercalculateur actuel CRAY-Y-MP. Par conséquent avec les moyens de
calcul actuel, on est juste au début de la simulation de la dynamique des tourbillons dans des
configurations très simples à nombre de Reynolds transitionnel.
Les moyens nécessaires de calcul pour la SND des ENS instationnaires est vraiment phénoménales
et doivent attendre des grands développements en électronique (ordinateur, capteur, laser, . . .,
etc.). Heureusement, que pour la plupart des écoulements, on a besoin uniquement d’informations
globales sur les processus turbulents et non pas la connaissance des effets de chaque tourbillon
dans l’écoulement. Ces informations peuvent être obtenues par la connaissance des variables
moyennées (par rapport au temps) de l’écoulement telles que la vitesse moyenne u, la pression
moyenne p , la contrainte moyenne, etc.
Dans ce qui suit, nous exposons la procédure de calcul des variables moyennes d’un écoulement
turbulent pour contourner les difficultés liées à la turbulence. En fait, selon Boussinesq [90], toute

— 50 —
51 4. Modélisation de la turbulence

variable instantanée quelconque notée a(t) d’un écoulement peut être décomposée en une valeur
moyenne a(t) (au sens statistique) et une valeur fluctuante notée a′ (t) (Fig. 3.4), comme suit :

a(t) = ā(t) + a′ (t) (3.17)

1 Z t0 +T
avec ā(t) = a(θ)G(t, θ)dθ est la moyenne filtrée par application du filtre G.
T t0
La durée d’intégration T doit être suffisamment grand devant l’échelle de temps de plus petite
variation (dues au mouvement des plus grands tourbillons) de la variable a. Pour deux variables
de l’écoulement a et b, nous avons les propriétés statistiques suivantes :

a(t) = a(t) + a′ (t) , b(t) = b(t) + b′ (t) , a(t) = a(t) , a′ (t) = 0

a(t)b(t) = a(t)b(t) + a′ (t)b(t) + b′ (t)a(t) + a′ (t)b′ (t) =⇒ a(t)b(t) = a(t)b(t) + a′ (t)b′ (t)

∂a(t) ∂a(t) Z Z
= , a(t)dt = a(t)dt
∂t ∂t
(3.18)
Nous attirons l’attention du lecteur qu’il est important de noter que la quantité statistique
a′ (t)b′ (t) qui figure à la fin de la deuxième ligne de l’équation (3.18) n’est pas nécessairement
nulle, mais en général, nous avons a′ (t)b′ (t) ̸= 0.

Figure 3.4 – Filtrage des variables instantanées en écoulement stationnaire et instationnaire

Pour ne pas alourdir les notations, dans la suite de ce mémoire, nous remplaçons la notation
de la moyenne statistique a par la lettre majuscule correspondante (par exemple on remplace
a par A). Pour les lettres grecs qui n’ont pas de majuscule correspondante, on remplace la
moyenne par la lettre elle-même (par exemple ρ sera remplacée ρ). Maintenant, on écrit les

— 51 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 52

variables de l’écoulement sous la forme de décomposition de Boussinesq [90] :

u = U + u′
 

u = U + u  v = V + v′ 
′
 , p = P + p′ , ρ = ρ + ρ′ , ϕ = Φ + ϕ′ (3.19)
w = W + w′

A ce stade, on procède par l’application des cinq étapes suivantes :


i) on intègre la décomposition (3.19) dans les équations du système (S1) ;
ii) on effectue l’opérateur « la moyenne statistique » définie ci-dessus ;
iii) on utilise les propriétés regroupées dans l’expression (3.18) autant de fois que nécessaire ;
iv) on réarrange les nouveaux termes dus aux corrélations des fluctuations à droite.

Nous aboutissons enfin au nouveau système d’équations (S2) écrit pour les variables moyennes.
Les indices i, j désignent les composantes du vecteur vitesse.

∂Ui


 =0
∂xi




1 ∂P ∂u′ u′
 !

∂Ui ∂Ui Uj ∂ ∂Ui
+ =− + − i j 1 ≤ i, j ≤ 3

S2 ν , (3.20)

 ∂t ∂xj ρ ∂xi !∂xj ∂xj ∂xj
∂Φ ∂Ui Φ ∂u′i ϕ′

∂ ∂Φ


+ = −


 γ
∂t ∂xi ∂xi ∂xi ∂xi

Deux remarques sur le nouveau système (S2) méritent d’être soulignées. Pour la première,
on remarque l’apparition en gradients des nouveaux termes appelés le tenseur des corrélations
 
des fluctuations u′i u′j (appelés aussi tenseur des contraintes de Reynolds ou tenseur
1≤i,j≤3
des tensions de Reynolds). Le développement des calculs montre que ce sont les termes non
linéaires du système (S1) (termes convectifs) qui ont fait émerger ces termes. Comme les
fluctuations représentent la composante aléatoire de la turbulence, il est naturel de penser que
ce sont les interactions des termes non linéaires qui sont à l’origine de la turbulence. Pour la
seconde, on remarque que la procédure du filtrage des équations du système (S1) a permis de
contourner la difficulté pour simuler directement l’écoulement. Cependant, le filtrage a permis
aussi d’introduire des nouvelles variables sans introduire des équations supplémentaires. Cette
procédure a donc surdimensionner le système et l’a rendu non fermé pour espérer le résoudre
sans difficultés particulières !
Par une simple soustraction membre à membre des équations hydrodynamiques du système (S1)

— 52 —
53 4. Modélisation de la turbulence

d’équations hydrodynamiques du système (S2), on aboutit aux équations de Navier-Stockes pour


les grandeurs turbulentes connues sous le nom d’équations de Reynolds. Elles sont données par :

∂u′i

=0




∂xi
S3 ∂u′i ∂  ′  1 ∂p′ ∂ ∂u′
! (3.21)
+ ui Uj + Ui u′j = − + ν i − u′i u′j − u′i u′j



∂t ∂xj ρ ∂xi ∂xj ∂xj

Il est important de noter que les équations du système (S3) n’ont aucun sens physique, puisqu’elles
concernent la fluctuation qui est une variable aléatoire. En revanche, ce système s’avère utile
pour établir d’autres EDPs relatives aux variables turbulentes comme nous le verrons plus bas.
A partir de l’équation dynamique du système (S3), nous obtiendrons des EDPs pour les
contraintes de Reynolds si on procède comme suit :
i) On multiplie l’équation dynamique du système (S3) par u′ℓ ;
ii) Une équation équivalente est obtenue en permutant les indices (i et ℓ) ;
iii) Les équations issues des deux étapes précédentes sont ajoutées membre à membre ;
iv) On effectue la moyenne (au sens statistique) de l’équation qui en résulte, pour obtenir :

1 ⃝2 4


 ⃝ z  }| ⃝3 ⃝

 z }| { { z }| { z " }| #{
′ ′

′ ′ ∂ U u u 1 ′ ∂ui ′ ′
 " #

∂ui uℓ j i ℓ ∂Uℓ ∂Ui ∂u
+ = − u′i u′j + u′ℓ u′j + + p′ ℓ

p



∂t ∂xj ∂xj ∂xj ρ ∂xℓ # ∂xi

S4 : (3.22)
′ ′ ′ ′
) 1
"
 ∂u ∂u ∂ ∂(u u  
−2ν i ℓ − u′i u′j u′ℓ − ν i ℓ
+ p′ u′i δjℓ + p′ u′ℓ δij



∂xj ∂xj ∂xj ∂xj ρ





 | {z } | {z }
5 6

⃝ ⃝

Avant de poursuivre la rédaction des prochaines sections, il nous semble intéressant de lister
la signification des 6 termes qui constituent les équations du système (S4) ci-dessus :

1 : terme de l’inertie ;

2 : terme du transport de la quantité u′i u′ℓ par la vitesse moyenne Uj ;


3 : terme de production par le mouvement moyen ;


4 : terme exprimant la tendance au retour à l’isotropie due à une redistribution de l’énergie



cinétique entre les divers composants du tenseur par les fluctuations de pression ([91],
[92]) ;

— 53 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 54

5 : terme de dissipation de l’énergie cinétique turbulente par viscosité moléculaire ;


6 : terme de diffusion de (u′i u′ℓ ) dû respectivement à la convection moyenne liée au mouvement



d’agitation, à la viscosité moléculaire et à l’action des fluctuations de pression.

Revenons maintenant à l’analyse du système (S2). Pour évaluer le nombre d’inconnues et


le nombre d’équations de ce système, nous supposons résoudre uniquement les ENS en 3D
(uniquement l’hydrodynamique) du système (S2), c’est à dire sans résoudre l’équation de
transport de la variable Φ. En effet, le filtrage de cette équation introduit également des
inconnues supplémentaires, mais nous verrons que ces inconnues seront déduites des inconnues
des ENS pures. Pour ce cas, on dénombre d’abord les 4 variables de l’écoulement moyen
(appelées aussi variables primaires), U1 ,U2 , U3 et P (ou ρ). L’opération du filtrage introduit
le tenseur de Reynolds suivant noté τ R :

u′1 u′1 u′1 u′2 u′1 u′3


 
 
 
τR = u′2 u′1 u′2 u′2 u′2 u′3  (3.23)
 

 
 
 
u′3 u′1 u′3 u′2 u′3 u′3
On remarque que le tenseur τ R est symétrique, nous comptons alors 6 inconnues qui sont
les coefficients de la partie triangulaire supérieure (ou inférieure) de ce tenseur. Comme
l’explicite le tableau (3.1), au total, nous dénombrons donc 10 inconnues. Ce tableau liste
les variables de l’écoulement et l’ensemble des équations mises en jeu pour la résolution du
système (S2), mais sans la résolution de l’équation du transport du constituant Φ. Enfin,
nous avons donc montré que le système (S2) est surdimensionné avec 10 inconnues, mais
uniquement 4 équations disponibles pour sa résolution !

Tableau 3.1 – Nombre d’inconnues et nombre d’équations

inconnues équations
U1 , U2 , U3 , P - équation de conservation de la masse

u′1 u′1 , u′1 u′2 , u′1 u′3 - équation de la CQM relative à U1

u′2 u′1 , u′2 u′2 , u′2 u′3 - équation de la CQM relative à U2

u′3 u′1 , u′3 u′2 , u′3 u′3 - équation de la CQM relative à U3

— 54 —
55 4. Modélisation de la turbulence

4.1.1 Turbulence et fermeture du système

Comme mentionné à la fin du paragraphe précédent, l’opération du filtrage a introduit des


inconnues supplémentaires (termes en rouges) pour se retrouver avec un système d’équations
(S2) surdimensionné. Par conséquent, ce système ne peut être résolu convenablement tel
qu’il est exposé par les équations (3.20). Pour le rendre résoluble, il faut alors réduire le
nombre de ces nouvelles inconnues au nombre d’équations. C’est exactement le rôle de la
modélisation de la turbulence (appelée aussi fermeture turbulente). Elle consiste à proposer des
lois mathématiques, émettre des hypothèses basées sur la physique ou ajouter des équations
 
supplémentaires pour exprimer les tensions de Reynolds u′i u′j en fonction des grandeurs
1≤i,j≤3
moyennes de l’écoulement (Uj )1≤ij≤3 et P (ou ρ). Les premières lois qui ont été proposées
pour résoudre ce problème ont été basées sur le concept de la viscosité turbulente. Ce concept
introduit en 1877 par Boussinesq [90] consiste à lier linéairement les contraintes de Reynolds
aux gradients des vitesses moyennes (taux de déformation) comme dans le cas des contraintes
visqueuses pour un écoulement laminaire. La constante de proportionnalité est appelée viscosité
turbulente νt . Ces relations s’écrivent alors par :

2
 !
∂Ui ∂Uj
−u′i u′j = νt + − kδij 1 ≤ i, j ≤ 3



3

∂xj ∂xi (3.24)
1
k = u′i u′i 1 ≤ i, j ≤ 3



2

νt est appelée la viscosité turbulente et k est appelée l’énergie cinétique turbulente (ect).
Le concept de la viscosité turbulente, permet de manière analogue d’introduire la diffusivité
 
turbulente γt pour exprimer les flux diffusifs turbulents u′j ϕ′ en fonction des valeurs
1≤j≤3
moyennes Φ du constituant en question. Ainsi, nous avons :

∂Φ νt
u′i ϕ′ = γt , γt = (3.25)
∂xi σ

σ est le nombre de Prandtl-Schmidt qui varie entre 0, 3 et 0, 75. Par ailleurs, on note que dans
les zones où la turbulence est intense manifeste, les valeurs de la viscosité et la diffusivité
turbulentes sont beaucoup plus grandes que celles de la viscosité et diffusivité moléculaires
qui sont souvent négligées. Ainsi, après introduction du concept de la viscosité turbulente, le
système (S2) est équivalent au système (S5) suivant :

— 55 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 56

∂Ui

=0





 ∂xi
1 ∂ 2
 " !#
∂Ui ∂Ui Uj ∂ ∂Ui ∂Uj
  
+ =− P + ρk + (ν + νt ) + 1 ≤ i, j ≤ 3

S5 : ,
∂t ∂xj ρ"∂xi 3# ∂xj ∂xj ∂xi
(3.26)


∂Φ ∂Ui Φ


∂ ∂Φ
+ = (γ + γt )




∂t ∂xi ∂xi ∂xi

   
On remarque que les tenseurs de Reynolds u′i u′j et les flux turbulents u′j ϕ′ du
1≤i,j≤3 1≤j≤3
constituants Φ ne figurent plus dans le système d’équations (S5). Ces variables inconnues ont
été remplacées par 2 nouvelles inconnues qui sont la viscosité turbulente νt et l’ect k. Notons
que la diffusivité turbulente γt n’est plus comptée comme inconnue, puisqu’elle sera déduite
de la viscosité turbulente via le nombre de Prandtl-Schmidt σ dans l’équation (3.25). À ce
stade, le nombre d’inconnues est les 4 variables primaires plus les deux variables auxiliaires
de la turbulence νt et k. Nous avons donc 6 inconnues, mais toujours que 4 équations et par
conséquent le nouveau système d’équations (S5) n’est toujours pas fermé. En fait, l’utilisation
du concept de la viscosité turbulente a lui seul ne permet pas de fermer le système (S5), mais a
permis uniquement de réduire le nombre d’inconnues. Pour fermer définitivement le système
(S5), il faut alors proposer des procédures de calcul de la viscosité turbulente νt et de l’ect k.

A la fin du paragraphe précèdent, nous avons conclu que pour fermer le système (S5), il
faut ajouter des équations supplémentaires. Ces nouvelles équations sont généralement des
EDPs de type transport avec termes sources des différentes quantités turbulentes. On distingue
alors deux approches principales de fermeture turbulente : la première est dite de premier
ordre et la seconde est dite de second ordre.

4.1.2 Modélisation au premier ordre

Un exemple simpliste de la fermeture de premier ordre consiste à considérer l’équation (3.24)


pour une viscosité turbulente νt empirique et une énergie cinétique turbulente négligeable k ≃ 0.
Avec le choix d’une expression empirique pour νt , le problème de la modélisation se ramène à la
détermination d’une vitesse et d’une longueur caractérisant l’écoulement et sa nature.
On rappelle que la viscosité moléculaire est caractérisée par des échelles des mouvements
d’agitation moléculaires. En revanche, la viscosité turbulente doit être caractérisée par des
échelles du mouvement turbulent lui-même ! Ceci, explique que le problème de la fermeture

— 56 —
57 4. Modélisation de la turbulence

persiste. Pour sortir de ce cercle vicieux, nous devons considérer des modèles de turbulences qui
s’appuient sur l’ajout des équations supplémentaires.

(A) Modèle de turbulence à zéro équation


Ce sont des modèles de turbulences qui permettent de fermer le système (S5) sans résoudre
aucune EDP supplémentaire (d’où le qualificatif du modèle à zéro équation). En 1925, Prandtl
[93] a introduit avec succès la notion de la longueur du mélange. Il l’a définie comme étant une
échelle de longueur pendant laquelle les caractéristiques de la turbulence sont conservées.
Par exemple pour un écoulement 2D dans la plan (x, z), Tennekes et Lumley [94] ont montré
que la vitesse fluctuante u′ est proportionnelle au gradient de la vitesse moyenne. La constante
de proportionnalité est donc une échelle de longueur notée ℓm . Nous avons donc :

∂U
u′ = ℓm (z) (3.27)
∂z

Par ailleurs, Prandtl [93] admet également que |w′ | et |u′ | sont du même ordre. Par conséquent,
nous avons :

∂U ∂U
−u′ w′ = ℓ2m (z) (3.28)
∂z ∂z

Par identification avec l’expression (3.24), nous déterminons la viscosité turbulente νt par :

∂U
νt = ℓ2m (z) (3.29)
∂z

Comme nous l’avons précisé précédemment, γt n’est plus une inconnue supplémentaire, mais
peut être déterminée par νt par le nombre de Prandtl-Schmidt. Ainsi, nous avons :

νt ℓ2m (z) ∂U
γt = = (3.30)
σ σ ∂z

Rodi [95] a proposé l’extension de l’expression (3.29) à un écoulement tridimensionnel pour obte-
nir :

 " ! #1
 ∂Ui ∂Uj ∂Ui 2
νt = ℓ2m (z) + 1 ≤ i, j ≤ 3


 ,
∂xj ∂xi ∂xj

0-Équation : (3.31)



à spécifier

ℓm

— 57 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 58

Reste maintenant à déterminer la longueur du mélange ℓm . En effet, ℓm dépend de la nature


de l’écoulement étudié. Rodi [95] suggère que ℓm doit caractériser la taille des gros tourbillons
générées par la turbulence au sein de l’écoulement. Cette définition de la longueur de mélange
a donné des bons résultats dans le cas des écoulements de type « couches limites ». En effet,
proche d’une paroi (couche limite) on peut admettre l’équilibre entre la production de l’ect k et
sa dissipation ε [96]. De même, à cet endroit les variables moyennes et turbulentes peuvent être
approchées analytiquement pour en déduire l’expression approchée de ℓm .
Pour avoir une idée sur quelques formulations empiriques de ℓm largement utilisées en océano-
graphie, le lecteur peut consulter les travaux de Smaoui [97].
Notons que les modèles à zéro-équation sont simples à mettre en œuvre et bien adaptés aux
écoulements en couche limite. Cependant, ils ne sont pas recommandés pour les écoulements
complexes intensivement turbulents. En effet, ces modèles présentent trois inconvénients majeurs
qui sont :
i) manque d’universalité puisque les lois d’échelle de longueur sont trop empiriques et exigent
une compréhension préalable de l’écoulement.
ii) incapacité à calculer l’énergie cinétique turbulente et par conséquent l’impossibilité d’estimer
l’intensité des fluctuations de la turbulence.
iii) limitation pour les écoulements stratifiés. C’est une des principales contraintes des modèles
à zéro-équation.
Pour combler ces lacunes, des modèles de turbulences plus sophistiqués ont été développés pour
simuler les écoulements nettement turbulents. Ces modèles proposent d’exprimer ℓm de façon
semi-empirique en fonction d’une ou plusieurs variables de la turbulence. C’est ce que nous
verrons dans le sous-paragraphe suivant.

(B) Modèle de turbulence à une équation


Le modèle de turbulence à une équation, introduit par Prandtl en 1945 [93], permet de
calculer l’énergie cinétique turbulente k. Ce calcul repose sur une équation de transport dérivée
directement par contraction des indices i et ℓ dans l’équation (3.22) du système (S3). Après la
contraction des indices (mettre i = ℓ) et l’utilisation de la définition de l’ect 2k = u′i u′i , on arrive à :

— 58 —
59 4. Modélisation de la turbulence

∂k ∂ (Uj k) ∂u′ ∂u′ 1


" #
∂Ui ∂ ∂k
+ = − u′i u′j −ν i i − ku′j − ν + p′ u′i δij
∂t ∂xj ∂xj ∂xj ∂xj ∂xj ∂xj ρ (3.32)
| {z } | {z } | {z } | {z }
C P ε D

C : Transport de l’énergie cinétique turbulente par convection ;

P : Production de l’énergie cinétique turbulente par cisaillement ;

ε : Dissipation de l’énergie cinétique turbulente par viscosité ;

D : Transport de l’énergie cinétique turbulente par diffusion.

L’équation (3.32) ne peut être utilisée directement pour la modélisation de la turbulence. En


effet, comme pour les équations du mouvement, cette équation contient de nouvelles corrélations
inconnues (p′ u′i , ku′j et ε) et le problème de la fermeture se pose à nouveau. Pour pallier
ce problème, on utilise le concept de Boussinesq associé aux équations de transport d’une
quantité scalaire, on pose alors :

1 νt ∂k
ku′j − p′ u′i δij = (3.33)
ρ σk ∂xj

σk est l’analogue du nombre de Prandtl-Schmidt relatif à l’énergie cinétique turbulente.


Enfin, pour fermer le système, le modèle de turbulence à 1-équation consiste à paramétrer la
dissipation de l’ect ε en fonction de k et d’une échelle de longueur caractérisant la turbulence
(appelée macroscale) ℓm par :

k k
ε = Cµ (3.34)
ℓm

où Cµ est une constante empirique et ℓm est une longueur caractérisant la dissipation (paramètre
à spécifier). En résumé, le modèle de turbulence à 1-équation est formulé par :


∂k ∂ (Uj k)
 " # !
∂ νt ∂k ∂Ui ∂Uj ∂Ui k k

+ = +ν + νt +

− Cµ



∂t ∂xj ∂xj σk ∂xj ∂xj ∂xi ∂xj ℓm






1-Équation :
ℓm à spécifier
(3.35)









νt = Cµ kℓm

L’échelle de longueur ℓm sera donnée de façon empirique comme dans le modèle à zéro équation.
Les constantes Cµ et σk sont déterminées expérimentalement en fonction des configurations

— 59 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 60

spécifiques des écoulements, comme décrit par Rodi [95]. Ce modèle dit à 1-équation est devenu
populaire pour les simulations des phénomènes complexes grâce à sa simplicité et son faible
coût de calcul CPU [98, 99]. Le modèle à 1-équation est resté populaire jusqu’à l’apparition des
modèles à 2-équations.
Enfin, notons qu’un autre modèle de turbulence à 1-équation largement utilisé en calcul
d’écoulement industriel a été proposé par Spalart-Allmaras [100]. Ce modèle résout une équation
de transport de la viscosité cinématique turbulente. Le modèle Spalart-Allmaras a été conçu
spécifiquement pour les applications aérospatiales impliquant des écoulements avoisinant une
paroi. Ce modèle s’est avéré donner de bons résultats pour les couches limites soumises à des
gradients de pression défavorables. Il gagne également en popularité dans les applications sur
les turbomachines.

(C) Modèle de turbulence à deux équations


Comme nous pouvons le constater, le modèle de turbulence à 1-équation contient encore le
paramètre turbulent empirique ℓm qui doit être spécifié par l’utilisateur. Ceci suppose une bonne
connaissance au préalable de la nature de l’écoulement ! Nous comprenons alors que la principale
faiblesse des modèles à 1-équation réside dans le choix de la loi algébrique correcte pour l’échelle
de longueur ℓm .
Plusieurs lois ont été proposées dans la littérature qui ont montré qu’il n’existe pas une loi
universelle pour modéliser la turbulence pour un large spectre d’écoulement [101].
Pour contourner ce problème et éviter une part d’empirisme dans la modélisation de la turbulence,
Kolmogorov [1] a été le premier à schématiser les phénomènes qui régissent un écoulement
turbulent par la résolution de deux équations de transport où les variables dépendantes seraient

l’énergie cinétique turbulente (k) et sa fréquence ( k/ℓm ) [95].
En général, les modèles à deux équations utilisent une équation de transport pour l’énergie
cinétique turbulente (k) et une autre pour une variable définie par Ψ = k p ℓq . Le choix des
valeurs (p, q) aboutit à différentes variantes passées en revue par Launder et al. [102] et dont
nous donnons quelques exemples de base dans le tableau (3.2)

— 60 —
61 4. Modélisation de la turbulence

Tableau 3.2 – Les premièrs modèles de la turbulence (extrait de [97])

Auteur Année Modèle à 2-équations


Kolmogorov 1942 k, k 0.5 ℓ−1
m
Prandtl 1945 k, ℓm empirique
Rotta 1951 k, kℓm
Harlow & Nakayama 1967 k, k 1.5 ℓ−1
m
Kovasznay 1969 k, k 0.5 ℓ−1
m
Spalding 1969 k, kℓ−2
m

Le modèle de turbulence le plus utilisé en écoulement industriel est certainement le modèle à


2-équations k − ε (on rappelle que ε ∝ k 1.5 /ℓm , voir Eq. 3.34). Ce modèle a été initialement
proposé par Harlow et Nakayama [103]. Il a été repris par Jones et Launder [104], Launder et
al. [105] puis Launder et Spalding [106]. Ce modèle fait appel à des équations de conservation
relatives à l’énergie cinétique turbulente k et son taux de dissipation ε. Contrairement au modèle
à 1-équation où le taux de dissipation ε a été paramétré en fonction de k par l’expression (3.34),
le modèle à 2-équations établie une EDP relative à ε en contractant convenablement une paire
d’indices à partir de l’équation (3.22) du système (S4). Pour un écoulement turbulent, Hanjalić
[107] a été le premier à dériver l’EDP pour ε en la formulant sous la forme :
∂ε ∂ (Uj ε)
" # !
∂ νt ∂ε ε ∂Ui ∂Uj ∂Ui ε2

+ = +ν + C1ε νt + − C2ε (3.36)
∂t ∂xj ∂xj σε ∂xj k ∂xj ∂xi ∂xj k
où σε , C1ε , C2ε sont des constantes empiriques. Pour le modèle de turbulence à 2-équations k − ε
standard, ces constantes sont résumées dans le tableau suivant :

Tableau 3.3 – Les valeurs des constantes du modèle k − ε standard

Cµ C1ε C2ε σk σε
0.09 1.44 1.92 1.0 1.3

Finalement, les équations du modèle de turbulence à 2-équations (k − ε) standard proposées


par Hanjalić [107] sont résumées dans l’expression (3.37)

∂k ∂ (Uj k)
 " # !
∂ νt ∂k ∂Ui ∂Uj ∂Ui

+ = +ν + νt + −ε



∂t ∂xj ∂xj σk ∂xj ∂xj ∂xi ∂xj









∂ε ∂ (Uj ε)
" # !
ε2

∂ νt ∂ε ε ∂Ui ∂Uj ∂Ui
 
2-Équations : + = +ν + C1ε νt + − C2ε



 ∂t ∂xj ∂xj σε ∂xj k ∂xj ∂xi ∂xj (3.37) k




k2


νt = C µ




ε

— 61 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 62

4.1.3 Modélisation au second ordre

En remarquant que pour certaines configurations particulières d’écoulement, le frottement


turbulent ne s’annule pas avec les gradients de vitesse moyenne, Hanjalić et Launder [108] ont
remplacé l’expression (3.24) par une équation de transport pour les corrélations u′i u′j considérées
comme une quantité transportable. En d’autres termes, ces deux auteurs proposent d’ignorer le
concept de la viscosité turbulent et de le remplacer par la résolution des 6 EDPs d’inconnues
 
u′i u′j . Cette façon de procéder pour fermer le système est appelée « fermeture au second
1≤j≤i≤3
ordre ». Les 6 EDPs supplémentaires à résoudre sont données par les équations du système
(S4). A cette étape, le système n’est pas encore fermé, puisqu’on voit apparaître des nouvelles
variables dues au corrélations multiples (termes 4,5,6 dans le système (S4)) lors de la dérivation
des équations de Reynolds [109].
Plusieurs auteurs ont proposé différentes formulations pour modéliser ces nouvelles corrélations.
On cite par exemple : Rotta [91], Hanjalic et Launder [108], Launder et Spalding [110], Lewellen
[92], Rodi [95], Mellor et Yamada [111]. La différence entre ces formulations est observée au
niveau des modèles auxiliaires de type (k, k p ℓq ) et leurs coefficients empiriques introduits pour
fermer les systèmes. Sans rentrer dans les détails (voir [97]), nous donnons un aperçu sur la
modélisation au second ordre proposé par Lewellen [92]. Cet auteur propose la modélisation
des termes 4, 5 et 6 de l’équation (3.22) par les expressions suivantes :

1) Le terme de corrélation triple exprime un processus par lequel les tensions de Reynolds sont
transmises de manière conservative d’une région à l’autre. La représentation la plus simple
de ce terme est donnée par :
∂(u′i u′ℓ ) 1  ′ ′  √ ∂(u′i u′ℓ )
−u′i u′j u′ℓ + ν − p ui δjℓ + p′ u′ℓ δij = vc kΛ
∂xj ρ ∂xi
où Λ représente la macro-échelle de la turbulence et vc une constante empirique (vc = 0.3)

2) Le terme de la dissipation représente l’effet de la destruction visqueuse sur les tensions de


Reynolds. Il est modélisé sous la forme :
∂u′ ∂u′ b k 1.5
ν i ℓ = δiℓ
∂xj ∂xj 3 Λ
où b est une constante empirique égale à 0.125.

3) Transport de l’énergie cinétique


√ turbulente par diffusion :
1 ′ ∂ui ′ ′
" # !
∂u k k
p + p′ ℓ = u′i u′ℓ − δiℓ
ρ ∂xℓ ∂xi Λ 3

— 62 —
63 4. Modélisation de la turbulence

On remarque que la modélisation des trois termes ci-dessus fait apparaître l’ect k et la macro-
échelle de la turbulence Λ. Il est donc nécessaire d’introduire deux autres équations de transport
relatives à ces deux quantités pour fermer le système.
Si l’on introduit les modélisations des trois termes dans l’équation (3.22) du système (S4), on
obtient l’ensemble des EDPs à résoudre pour une modélisation de la turbulence au second ordre.

 
′ ′
 √
∂u′i u′ℓ ∂ Uj ui uℓ
" # !
′ ′ ∂Uℓ ′ ′ ∂Ui k k

+ = − ui uj + uℓ uj + ′ ′
ui uℓ − δiℓ


Λ 3

∂t ∂xj ∂xj ∂xj









2b k 1.5 √ ∂(u′i u′ℓ )



δiℓ + vc kΛ 1≤ℓ≤i≤3

2 -ordre :
d −
3 Λ ∂xi
(3.38)





+ EDP pour l’ect k










+ EDP pour la macro-échelle Λ

Les EDPs pour k et Λ sont données en détail dans le mémoire de thèse de Smaoui [97].
Pour la modélisation de la turbulence au second ordre, on se trouve avec 8 EDPs supplémentaires
à résoudre en plus des ENS. Un telle modélisation est lourde à mettre en œuvre pour des
écoulements environnementaux à cause des écoulements réels à grandes échelles. En revanche
pour les écoulements industriels, on constate un réel progrès de la part de la modélisation
au second ordre grâce au grain constant en performance des calculateurs. Plusieurs logiciels
commerciaux spécialisés en simulation des écoulements des fluides industriels proposent ce
type de modélisation. Des études comparatives ont montré que la modélisation en second
ordre donne les meilleurs résultats.

4.2 ENS filtrées en espace (SGE)

Bien que les écoulements rencontrés soient majoritairement turbulents dans une rivière
naturelle ou un canal, seules quelques propriétés moyennes ou résolues des écoulements turbulents
sont d’une importance primordiale du point de vue ingénierie. C’est pourquoi les équations de
Navier-Stokes modifiées sont largement appliquées pour résoudre les problèmes d’écoulements
turbulents. Cela peut être classé en deux catégories principales :
i) les ENS moyennées au sens de Reynolds, avec un modèle pour les contraintes de turbulence
comme le modèle k − ε.

— 63 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 64

ii) les ENS filtrées dans l’espace, que l’on appelle « Simulation des grandes échelles : SGE »,
avec un modèle appelé modèle de contrainte à l’échelle sous-maille (ESM) pour les contraintes à
l’échelle non résolue (en langage Anglo-Saxon SubGrid Scale :SGS).
Bien qu’en général, il est coûteux d’utiliser la modélisation SGE (ce qui n’est pas le cas pour
nous), elle produit des solutions plus précises pour les écoulements turbulents et fournit également
des caractéristiques détaillées considérables, telles que les fluctuations d’une quantité physique.
En revanche, la modélisation au sens de Reynolds peut fournir des caractéristiques temporelles
de la turbulence de l’écoulement, mais perd toutes les caractéristiques instantanées qui sont
des caractéristiques fondamentales de la turbulence, telles que les fluctuations de la vitesse.
C’est pour cette raison que la simulation des grandes échelles est utilisée pour les écoulements
turbulents dans ce travail. Il est à noter que la littérature stipule que la SGE plus coûteuse en
terme de temps de calcul que les modèles ENS moyennées au sens de Reynolds (que nous notons
désormais ENSMR). Dans ce travail, nous avons montré l’inverse ! et en particulier le modèle
(k − ε). Ce constat a été vérifié par le traitement des deux cas tests : écoulement turbulent dans
une cavité entraînée carrée et le même écoulement, mais en cavité semi-circulaire. Les résultats
et leurs interprétations sont présentés dans les sections qui suivent.

Les équations des écoulements turbulents modélisés par la SGE peuvent être dérivées en
introduisant une fonction filtre dans l’espace notée G(x, x’). Il est à rappeler que le rôle du filtre
G est de laisser passer les tourbillons d’échelles inférieures au largeur ∆ du filtre (échelles non
résolues). La taille de ces petits tourbillons est alors modélisée, tandis que les échelles supérieures
à ∆ (échelles résolues) sont simulées directement par le jeu des équations du système (S6). La
figure (3.5) illustre le concept du filtrage de la SGE et sa liaison avec les flux et le spectre d’énergie.

— 64 —
65 4. Modélisation de la turbulence

.
Figure 3.5 – Concept de simulation aux grandes échelles en relation avec le flux d’énergie et le spectre
énergétique [112]

Ensuite, le filtre G est alors appliqué aux ENS pour donner un nouveau système d’équations,
mais non fermé. Ainsi, nous avons :


∂ uei
=0



∂xi








∂ uei ∂ (uei uej ) 1 ∂ pe ∂τijesm
 " #

 ∂ ∂ uei
+ = − + − + Fi 1 ≤ i, j ≤ 3

S6 : ν ,
 ∂t ∂xj ρ ∂xi ∂xj ∂xj ∂xj



 (3.39)

  
∂ ϕe ∂ uei ϕe

∂q esm
" #
∂ ∂ ϕe


+ =+ − i + Sϕe



 γ

∂t ∂xi ∂xi ∂xi ∂xi

où uei est la iième composante de vitesse filtrée et elle est définie par :
ZZZ
ue(x, y, z, t) = u(x, y, z, t)G (x, y, z, x′ , y ′ , z ′ ) dx′ dy ′ dz ′ (3.40)
∆x∆y∆z

τijesm est appelé le tenseur de contrainte à l’échelle sous-maille (CESM). Il est défini par :

τijesm = ug
i uj − u
ei u
ej . (3.41)

Le terme non linéaire uu = (ui uj )1≤i,j≤3 dans l’équation (3.16) du système (S1) des équations
de Navier-Stokes conduit originellement à la quantité filtrée ug
i uj dans le terme de convection.

Lorsque cela est exprimé comme convection des quantités résolues u fj , la différence τijesm
fi u

— 65 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 66

représente l’effet des fluctuations non résolues sur le mouvement résolu, agissant comme des
contraintes qui sont donc appelées contraintes à l’échelle de la sous-grille. Ces contraintes doivent
être modélisées par un modèle à l’échelle d’une sous-maille. Elles sont analogues aux contraintes
de Reynolds τijEN SM R dans l’approche ENSMR. Ces dernières représentent l’effet de l’ensemble
des fluctuations turbulentes sur le mouvement moyen, alors que τijesm ne prend en compte que
l’effet du mouvement à petite échelle. De même, dans l’équation de transport scalaire filtrée du
système (S6), on voit apparaître le terme qiesm = ug
iϕ − u
e qui est le flux turbulent à l’échelle
fi ϕ

de la sous-maille et représente l’effet du mouvement à petite échelle non résolu sur le champ
scalaire résolu. Ce terme doit être modélisé également pour fermer le système.
Il est à noter que c’est le tenseur τijesm qui introduit des variables supplémentaires qui entrainent
un sur-dimensionnement du système à résoudre. Comme dans la modélisation des contraintes
de Reynolds, il faut proposer des modélisations de ces termes pour espérer fermer le système.
Pour ce faire, on décompose généralement les contraintes τijesm en deux autres contraintes :
la première est isotrope et la seconde est anisotrope :

1 esm
τijesm = τi,j + τkk δij . (3.42)
|{z}
anisotropique
|3 {z }
isotropique

La partie isotrope du tenseur de contraintes ESM contient la somme des contraintes normales τkk
esm

(convention de sommation d’Einstein) qui est le double de l’énergie cinétique kesm des fluctuations
à l’échelle sous-maille et agit comme une pression. Cette composante est donc généralement
ajoutée au terme de pression filtrée, ce qui conduit à une nouvelle variable de pression :

1 esm
P = pe + (τ11 + τ22
esm
+ τ33
esm
) (3.43)
3

On note que la séparation de la contrainte isotrope de la partie anisotrope est pratique lors de
l’utilisation de modèles à ESM reliant τij aux gradients de la vitesse résolue via une viscosité
turbulente νt (au sens de SGE). Ceci est en analogie directe avec l’utilisation d’une telle relation
dans les modèles ENSMR. Par conséquent, l’effort principal de modélisation est ensuite déplacé
vers la détermination de la viscosité sous-maille "turbulente" νesm . Il existe plusieurs modèles
fournissant la viscosité turbulente. On cite par exemple le modèle purement algébrique de
Smagorinsky [113] et sa variante dynamique, le modèle WALE (Wall-Adapting Local Eddy-
viscosity) dû à Nicoud et Ducros [114] et le modèle résolvant une EDP relative à l’énergie
cinétique des fluctuations à l’échelle de la sous-maille kesm . Dans ce qui suit, nous donnons

— 66 —
67 4. Modélisation de la turbulence

uniquement le détail de la modélisation de Smaroginsky. Le lecteur intéressé par l’approche de


la SGE pour la modélisation de la turbulence pourra consulter les excellents ouvrages [112],
[115], [116] traitant le sujet de manière détaillée.

La plus populaire des modélisations en SGE est certainement celle proposée par Smagorinsky
[113]. Par analogie avec le concept de la viscosité turbulente pour modéliser les contraintes
de Reynolds, Smagorinsky exprime le tenseur de contraintes anisotrope τij en le reliant au
taux de déformation résolu noté Seij . Ce type d’approximation implique alors les gradients des
vitesses via une viscosité turbulente artificielle notée νesm comme :

1
!
∂ uei ∂ uej
τij = −2νesm Seij avec Seij = + (3.44)
2 ∂xj ∂xi

Il faut souligner que la viscosité turbulente à ESM n’est pas une propriété du fluide mais
caractérise les fluctuations non résolues à l’échelle de la maille et dépend du champ de vitesse
résolu uei . Par conséquent, cette dernière peut être combinée avec le terme de la contrainte
visqueuse dans l’équation dynamique du système (S6) et peuvent être traités ensemble dans
une procédure numérique.
Il reste maintenant à expliciter l’expression de νesm . Pour cela, on utilise l’analyse dimen-
sionnelle pour écrire que :

νesm = LV (3.45)

où L et V sont respectivement les échelles caractéristiques de longueur et de vitesse du mouvement


à l’échelle de la sous-maille.
L’un des avantages de la modélisation SGE comparée à la modélisation ENSMR est la
détermination de l’échelle de longueur caractéristique. En effet, pour la SGE, les plus grandes
échelles de turbulence non résolue, qui interagissent le plus activement avec le mouvement résolu,
sont de la taille de la largeur ∆ du filtre G. Par conséquent, Smagorinsky trouve naturel de
choisir L comme une portion de la largeur du filtre ∆, c’est à dire :

L = Csge ∆ (3.46)

où Csge est la constante de Smagorinsky qui est un paramètre empirique dont la valeur peut
être déterminée par voie théorique ou expérimentale (tests à priori et à posteriori). Quant

— 67 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 68

à la détermination de l’échelle de vitesse caractéristique, elle peut être réalisée par analogie
avec la théorie des longueurs de mélange de Prandtl, avec l’avantage que dans la SGE, l’échelle
de longueur L est déjà connue. On peut alors exprimer V par :
q
V=L Se ij = Csge ∆ Se ij avec Se ij = Seij Seij (3.47)

Enfin, en modélisation de la turbulence par la SGE et le modèle à l’ESM de Smagorinsky,


la viscosité à l’échelle sous-maille νt νesm se formule par :

νesm = LV = L2 Seij = (Csge ∆)2 Seij (3.48)

Pour l’équation de transport scalaire, nous avons vu qu’il est nécessaire aussi de modéliser
le flux diffusif scalaire à l’échelle de la sous-maille qiesm pour pouvoir poursuivre le calcul du
scalaire ϕ.
e Ce terme peut être modélisé par analogie directe avec la viscosité ν
esm , c’est-à-

dire que le flux diffusif scalaire sera lié avec le gradient de ϕe par une diffusivité artificielle
sous-maille γesm . Nous avons donc :
∂ ϕe
qiesm = ug
iϕ − u
e = −γ
fi ϕ esm (3.49)
∂xi
L’approche la plus simple pour déterminer γesm est de la supposer proportionnelle à la
viscosité γesm via le nombre de Prandlt-Schmidt σ ou via le nombre de Prandtl P r si ϕe
désigne le scalaire température :
νesm νesm
γesm = ou γesm = (3.50)
σ Pr
Enfin, dans le système ”Mod − SGE” suivant, nous résumons les ENS en régime turbulent
où la turbulence est modélisée par l’approche SGE :


∂ uei

 =0
∂xi








∂ uei ∂ (uei uej ) 1 ∂ pe
 " #
∂ ∂ uei


+ =− + (ν + νesm ) + Fi , 1 ≤ i, j ≤ 3



∂t ∂xj ρ ∂xi ∂xj ∂xj









  
Mod − SGE : ∂ ϕe ∂ uei ϕ
" #
∂ ∂ ϕe
e

 + = (γ + γesm ) + Sϕe (3.51)



 ∂t ∂xi ∂xi ∂xi





 q
νesm = (Csge ∆) 2
avec = 2Seij Seij




 Se
ij Se ij




νesm νesm


γesm = ou γesm =



σ Pr

— 68 —
69 4. Modélisation de la turbulence

Avant de terminer cette sous-section, nous donnons quelques remarques sur la modélisation de
la turbulence par l’approche SGE.
Le modèle de Smagorinsky [113] est facile à mettre en œuvre et moins coûteux qu’un modèle
ENSMR. En effet, le modèle de Smagorinsky résout uniquement une équation algébrique pour
fermer le système (calcul de νesm ), alors que pour un calcul précis de νesm , le modèle ENSMR
exige au moins la résolution complète d’une EDP ! Par ailleurs, le modèle de Smagorinsky a
l’avantage de ne comporter qu’un seul paramètre empirique Csge ajustable qui a été supposé
constant lors de la formulation du modèle. Cependant, pour la turbulence isotrope, Lilly [117] a
montré que c’est Csge = 0.165 qui cale au mieux avec l’expérimentation. D’autre part, pour les
écoulements de cisaillement (par exemple, les écoulements de canaux), les valeurs optimales se
sont avérées être Csge = 0.065 ∼ 0.1. Cette gamme de valeurs peut entraîner des valeurs de νesm
jusqu’à six fois supérieure à celles prédites par le modèle de Smagorinsky.

Dans la sous-couche visqueuse, les fluctuations turbulentes devraient être amorties à la proche
des surfaces imperméables. De ce fait, la viscosité turbulente νt doit être amortie également.
Cependant, l’examen de l’expression (3.48) montre le contraire. Ceci est dû au fait que de grands
gradients de vitesse dominent dans la couche limite et entraînent des valeurs élevées du taux
de déformation Seij empêchant ainsi νesm à être réduite à zéro. Ceci constitue un inconvénient
majeur du modèle de Smagorinski. Pour corriger cet inconvénient, νesm doit être modulée par
une fonction d’amortissement qui la réduira vers zéro proche des surfaces imperméables. La plus
populaire de ces fonctions est celle proposée par Van Driest [118] pour réduire la longueur de
mélange dans les modèles ENSMR. De manière analogue, la même fonction peut être utilisée
pour réduire l’échelle de longueur dans le modèle de Smagorinsky comme :
!
−y +
L = Csge ∆f (y )
+
avec f (y ) = 1 − exp
+
(3.52)
A+
yu∗
 
où y + est la distance adimensionnelle normale à la surface imperméable définie par y + =
ν
avec y est la distance à la paroi, u∗ est la vitesse de frottement et A+ est une distance empirique
constante (A+ = 25).
Nous soulignons que la fonction d’amortissement de Van Driest est facile à mettre en œuvre
mais n’a pas été conçue à l’origine pour la modélisation en SGE. Par conséquent, il faut
s’attendre qu’elle ne peut toujours pas produire des résultats précis. Basé sur ce constat,

— 69 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 70

Piomelli et al. [119] ont proposé une version légèrement modifiée de la version de la fonction
d’amortissement de Van Driest :
v
u" !#3
u −y +
f (y ) =
+ t
1 − exp (3.53)
A+

La fonction d’amortissement ci-dessus fournit des bons résultats pour les composants les plus
pertinents du tenseur de contrainte ESM et est actuellement plus utilisée que celle de Van Driest
formulée par la relation (3.52).

Nous avons mentionné ci-dessus que la viscosité νt formulée par l’expression (3.48) n’est
nulle que si les gradients des vitesses le sont aussi. Ceci constitue un deuxième inconvénient
du modèle de Smagorinsky, puisque ce modèle ne permet pas alors de simuler la transition
laminaire-turbulent (en laminaire νesm doit être nulle). Toutefois, il faut noter que le régime de
la transition n’a pas d’importance en écoulements hydrauliques qui sont par essence turbulents.
Il convient de préciser aussi que pour des écoulements complexes hautement tridimensionnels, la
valeur optimale de la constante Csge varie localement dans le domaine de l’écoulement et devient
difficile (voire impossible) à déterminer. Cette constante doit être utilisée avec précaution pour
tenir compte des particularités de chaque écoulement (par exemple effets de rotation et de
stratification, etc.).
Enfin, malgré ses inconvénients mentionnés ci-dessus, le modèle de Smagorinsky, a été largement
appliqué pour simuler de nombreux écoulements turbulents en génie hydraulique. Ceci est
dû à sa simplicité en termes de calcul des contraintes ESM via une relation algébrique et
en termes de mise en œuvre informatique.

5 Discrétisation de l’EB pour la résolution des ENS


Dans le chapitre précédent, nous avons présenté en détail la MBR. Nous en donnons ici un
résumé pour faciliter la compréhension du contenu du présent chapitre qui concerne l’application
de la MBR à la résolution des ENS.
La MBR résout une seule équation (appelée Équation de Boltzmann : EB) à l’échelle mésoscopique
au lieu des ENS . L’EB est une EDP hyperbolique avec terme source qui englobe l’opérateur
de collision. Cette opérateur à son tour a été modélisé par la méthode BGK en fonction d’un
taux de relaxation τ et la distribution à l’équilibre f eq . On comprend alors que la résolution de

— 70 —
71 5. Discrétisation de l’EB pour la résolution des ENS

chaque EDP par la MBR a besoin de la donnée du paramètre τ et de la fonction d’équilibre


correspondante f eq . Pour s’assurer que la solution de l’EB pour un couple (τ , f eq ) donné permet
de recouvrir la bonne solution des ENS, on effectue l’analyse multi-échelles de Chapman-Enskog
qui aboutira aux conditions et à l’ordre d’approximation des ENS par l’EB.
Le chapitre précédent expose également les différentes variantes de la MBR. Celle qui présente un
bon compromis (stabilité/temp calcul) est sans doute la variante utilisant un taux de relaxation
multiple TRM. Dans ce chapitre, a été présentée la discrétisation de l’EB à la fois dans l’espace
des coordonnées et dans l’espace des vitesses (voir Chap. 2, Eq. 2.26). De même a été présentée
la variante TRM qui consiste à résoudre l’EB dans l’espace des moments généré par les moments
(mα )0≤α≤q−1 au lieu de la résoudre dans l’espace des vitesses généré par les distribution fα .
Pour retourner à l’espace des vitesse (fα )0≤α≤q−1 on utilisera la transformation de matrice M
explicitée par l’expression (Chap. 2, Exp. 2.34).
Dans cette section, nous résolvons les ENS par la MBR en adoptant l’opérateur de collision
TRM. Ceci consiste à appliquer tout simplement l’algorithme de résolution (1) exprimé dans
le chapitre (2). On rappelle que pour la version TRM, il faut donner le vecteur des moments
d’équilibre et la matrice S diagonale (S = diag [s0 , s1 , . . . , s8 ]) dont les termes diagonaux sα
sont l’inverse des taux de relaxation τα du moment mα . Nous expliciterons cette matrice durant
la présentation des cas tests traités plus loin.
Pour l’exécution de l’algorithme (1), il est nécessaire de préciser la typologie du réseau, les
vitesses du réseau, la matrice S des taux de relaxation et les vecteurs des moments d’équilibre.
Pour le réseaux, nous avons choisi la typologie D2Q9 schématisée dans la figure (2.3) qui
discrétise l’espace vitesse en q = 9 directions. Pour ce réseau, les vitesses (cα )0≤α≤q−1 et les
moments d’équilibre (meq
α )0≤α≤q−1 ont été donnés respectivement par les expressions (Chap. 2,

Exps. 2.13 et 2.38 ), mais que nous rappelons ici pour une meilleure lisibilité :

(0,
 0)  α=0



π π
   
c cos (α − 1) , sin (α − 1) α = 1, 2, 3, 4


cα =  2 2 (3.54)
√   π
 
π

2c cos (2α − 9) , sin (2α − 9) α = 5, 6, 7, 8


4 4

et
   
0 = ρ
meq 1 = −2ρ + 3 jx + jy
meq 2 = ρ − 3 jx + jy
meq 3 = jx
meq

 2 2 2 2

  
4 = −jx
meq 5 = jy
meq 6 = −jy
meq 7 = jx − jy
meq 2 2

m8 = jx jy
eq
avec jx = ρu jy = ρv

(3.55)

— 71 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 72

Quant à la matrice S, elle sera explicitée pour chacun des cas tests traités dans la suite du chapitre
(voir Section 8). À ce stade, nous avons donc rassemblé tous les éléments nécessaires au déroule-
ment de l’algorithme (1) pour estimer les champ des vitesses et de pression solutions des ENS.

5.1 Traitement des conditions aux limites pour l’hydrodynamique

Il est bien connu que la qualité d’une solution numérique d’une EDP se mesure par la qualité
et la précision de la mise en œuvre des conditions aux limites (CLs). On rappelle également
que c’est l’imposition des bonnes CLs qui assure l’unicité de la solution numérique d’une EDP
(problème de Cauchy).
La simulation numérique d’un phénomène physique est de bonne qualité quand les CLs imposées
au modèle numérique résolvant l’EDP traduisent correctement le phénomène physique étudié.
Par exemple, les expériences numériques ont montré que si une méthode numérique d’ordre p
est utilisée pour discrétiser une EDP et si les CLs n’ont pas été imposées correctement alors
l’ordre globale de la solution numérique se dégrade en un ordre inférieur à p.
On rappelle que la MBR résout l’EB qui est une EDP de type hyperbolique avec second membre.
Par conséquent, la MBR est également concernée par la qualité de la mise en œuvre des CLs,
même, encore plus concernée que les méthodes numériques traditionnelles. En effet, pour les
méthodes classiques, les CLs sont imposées directement sur les inconnues macroscopiques, alors
que pour la MBR, les CLs doivent être imposées sur les distributions (fα )0≤α≤q−1 suivant chaque
direction du réseau choisi. On comprend rapidement qu’il est nécessaire de transformer les
conditions sur les variables macroscopiques en CLs sur les fonctions de distribution (fα )0≤α≤q−1 .
C’est la difficulté inhérente à la MBR pour traiter les CLs. On conclut à la fin que la précision
d’une solution MBR dépend principalement de la précision des conditions imposées aux limites
du domaine de l’écoulement. Un choix imprudent des CLs produira sans doute des solutions
numériques sans aucun sens physique.
Plusieurs travaux de recherche sur la mise en œuvre des CLs dans le cadre de la MBR ont été
proposés. Un certain nombre de chercheurs, comme Mei et al., [120] et Guo et al., [121] ont
apporté des améliorations sur des CLs sur des parois solides. Pour des frontières ouvertes d’un
écoulement, Zou et He [122] ont proposé des CLs sur la pression et le champ des vitesses basées
sur l’idée de rebond de la fonction de distribution hors équilibre. Par ailleurs, Izquierdo et Fueyo
[123] ont proposé un schéma de filtrage sur les CLs dérivées de Zou et He [122]. Yu et al. [124] ont

— 72 —
73 5. Discrétisation de l’EB pour la résolution des ENS

amélioré le traitement d’une condition à la limite ouverte dans le but de réduire les interactions
entre la condition imposée à l’entrée et les ondes réfléchies. Leurs résultats s’avéraient pertinent
(élimination des ondes de pression) pour les simulations par MBR des écoulements utilisant
des solveurs compressibles et pseudo-compressibles. Junk et Yang [125] ont comparé les effets
de la mise en œuvre de plusieurs CLs pour des écoulements régis par les ENS et résolues par
MBR. De même, Izquierdo et al. [126] ont développé avec succès une CL non-réfléchissante
pour la vitesse et la pression dans le cadre de la MBR. Enfin, Liu et al. [127] ont développé
des conditions entrée/sortie permettant une bonne conservation de la masse. Ces CLs ont été
testées avec succès pour la résolution des équations des eaux peu profonde par la MBR. Nous
soulignons que la mise en œuvre des CLs consiste essentiellement à remplacer les valeurs de
certaines fonctions de distribution par des nouvelles valeurs en fonction des valeurs aux limites
spécifiées. Cette procédure doit s’effectuer absolument après le cycle collision-propagation de la
MBR au risque d’altérer les résultats.
Les CLs de frontières ouvertes les plus utilisées en modélisation numérique par la MBR sont
celles proposées par Zou et He [122]. Dans ce qui suit, nous explicitons ces CLs pour un
écoulement bidimensionnel. Dans le but d’aider à la compréhension du fonctionnement de
ces CLs, nous considérons un écoulement dans un canal rectangulaire avec le réseau D2Q9.
Pour le moment, nous traitons uniquement les différents types de CLs pour les variables
hydrodynamiques (calcul aux limites de ρ et u = (u, v)).

Figure 3.6 – Localisation des distributions inconnues sur les limites du domaine du calcul.

— 73 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 74

5.1.1 Frontières ouvertes du domaine

La figure (3.6) illustre les distributions inconnues à calculer sur chaque frontière ouverte du
domaine. On désigne par N les nœuds du réseau D2Q9 sur la frontière Nord et par O, S et E
les nœuds du réseau respectivement sur la frontière Ouest, la frontière Sud et la frontière Est.
Dans cette section, on traite les CLs de type Dirichlet sur chacune des frontières. On note par
ρN , uN et vN les valeurs de la masse volumique et les deux composantes données de la vitesse
sur la frontière Nord. Les valeurs de ces variables sur les autres frontières seront indexées par
la lettre correspondante à la frontière désignée sur la figure (3.6). La procédure de calcul des
distributions inconnues est identique aux quatre frontières. Nous détaillons alors uniquement les
calculs pour la frontière Nord.

Dans cette partie, nous aurons besoin de la distribution d’équilibre correspondante à la


résolution des ENS par la MBR sur le réseau D2Q9. Elle est donnée dans tout ouvrage traitant
la MBR, par exemple celui de Mohamad [77] :

cα .u 1 (cα .u)2 1 u.u


 " #
fαeq = wα ρ 1 + 2 +




2 c4s 2 c2s

cs



(3.56)
4 1 1


c
w0 = w1 = w2 = w3 = w4 = w5 = w6 = w7 = w8 = cs = √

, , ,


9 9 36 3

On commence alors par identifier les distributions inconnue sur chaque frontière. Ce sont les
distributions en couleur rouge sur la figure (3.6) et dont les vitesses du réseau sont pointées vers
l’intérieur du domaine de calcul. Pour la frontière Nord, ce sont les fonctions de distribution f4 ,
f7 et f8 . En seconde étape, on écrit le moment d’ordre 0 et d’ordre 1 en utilisant l’expression
(3.54) des vitesses du réseau cα , c’est-à-dire :

8
ρN = fα = f0 + f1 + f2 + f3 + f4 + f5 + f6 + f7 + f8 (3.57)
X

α=0

ρN uN = c (f1 + f5 + f8 − f6 − f3 − f7 )

8 

ρN uN = cα fα =  (3.58)
X

α=0 
ρN vN = c (f5 + f2 + f6 − f7 − f4 − f8 )

— 74 —
75 5. Discrétisation de l’EB pour la résolution des ENS

(A) Cas de la vitesse uN = (uN , vN ) donnée


Sur la frontière Nord, les fonctions de distribution f0 , f1 , f2 , f3 , f5 , f6 sont déjà connues car
elles proviennent de l’intérieur du domaine (après l’étape de la propagation). Les inconnues sont
donc les trois distributions et la masse volumique ρN , soient quatre inconnues. Cependant, on
ne dispose que de trois équations qui sont données par les expressions (3.57) et (3.58). Pour
compléter le système, Zou et He [122] ont utilisé le fait qu’il y a conservation des distributions
hors équilibre notées (fαneq ) pour les directions normales à la frontière. C’est à dire pour la
frontière Nord (Fig. 3.6) f2 et f4 doivent satisfaire la relation suivante :

f2neq = f4neq =⇒ f2 − f2eq = f4 − f4eq (3.59)

On remarque que l’équation ci-dessus met en jeu l’inconnue f4 . Par conséquent, elle est considérée
comme l’équation qui complètera le système pour qu’il soit résoluble. En explicitant les différents
produits scalaires figurant dans l’expression (3.56) pour les directions α = 2 et α = 4, puis en
exprimant (3.56) sur la frontière Nord (uN , vN , données), nous aurons alors :

1 (cvN )2 1 u2N + vN
" #
2

cvN
f2eq = w2 ρ 1 + 2 + −


2 c4s 2

cs c2s




(3.60)
1 (cvN ) 2
1 u2N +
" #
2

cvN vN


f4eq = w4 ρ 1 − + −


2 c4s 2

2
cs c2s

en injectant les expressions ci-dessus dans l’expression (3.59) qui se réduira à :

2 vN
f4 = f2 + (f4eq − f2eq ) = f2 − ρN (3.61)
3 c

Enfin, on aura le système linéaire suivant de 4 équations et les 4 inconnues (ρN , f4 , f7 , f8 )

ρN = f0 + f1 + f2 + f3 + f4 + f5 + f6 + f7 + f8







ρN uN = c (f1 + f5 + f8 − f6 − f3 − f7 )







(3.62)




ρN vN = c (f5 + f2 + f6 − f7 − f4 − f8 )



2



f4 = f2 −


ρN vN
3c

Après résolution analytique de ce système et réarrangement des calculs, les valeurs sur la
frontière Nord de la masse volumique ρN et les fonction de distribution suivant les directions
α = 4, α = 7, et α = 8 sont données par :

— 75 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 76

 c
 ρN = [f0 + f1 + f3 + 2(f2 + f5 + f6 )]
c + vN








2



f4 = f2 −


ρN vN
3c




(3.63)

1 1 1
f7 = f5 + (f1 − f3 ) − ρN uN − ρN vN



2 2c 6c







1 1 1



f8 = f6 −
(f1 − f3 ) + ρN uN − ρN vN



2 2c 6c

(B) Cas de la masse volumique ρN donnée


Pour ce cas de figure, généralement, on suppose que la composante de vitesse parallèle à la
frontière est nulle (ici uN = 0). Par conséquent, nous avons toujours 4 inconnues qui sont cette
fois-ci vN , f4 , f7 et f8 . Pour déterminer ces inconnues, nous utilisons la première équation du
système (3.63) pour déduire vN , puis nous mettons uN = 0 dans les trois autres expressions
pour obtenir les fonctions de distributions f4 , f7 et f8 . Ainsi, nous aurons :
 c

 vN = [f0 + f1 + f3 + 2(f2 + f5 + f6 )] − c



 ρN



2 vN



f4 = f2 − ρN


3

c



(3.64)

1 1
f7 = f5 + (f1 − f3 ) − ρN vN



2 6c








1 1


f8 = f6 + (f3 − f1 ) − ρN vN



2 6c

Enfin, signalons que le traitement de la condition de Dirichlet sur les autres frontières (O, S
et E) est identique à celui que nous venons d’exposer pour la frontière Nord. Il suffit juste
d’identifier les bonnes inconnues (Fig. 3.6) et appliquer la conservation des distributions hors
équilibre à travers la frontière considérée. Notons également que les points des 4 coins appelés
NO, NE, SE, SO sur la figure (3.6) peuvent être l’intersection des CLs de types différents. Il
convient alors de réserver un traitement spécial pour imposer les CLs à ces endroits particuliers.

5.1.2 Frontières fermées du domaine

Nous désignons ici par une frontière fermée tout solide en contact avec le fluide étudié. Il
peut s’agir d’une paroi mobile ou fixe délimitant le domaine géométrique contenant le fluide.
Comme, il peut s’agir également d’un obstacle installé au sein du domaine obstruant ainsi

— 76 —
77 5. Discrétisation de l’EB pour la résolution des ENS

l’écoulement. Le fluide en contact avec les parois solides peut glisser le long de ces parois. Dans
ce cas, la condition appliquée à cette limite pour les modèles mathématiques sera la condition
de glissement (free-slip). Cette condition indique que la vitesse normale à la paroi est nulle
u = 0 (un = 0 et uτ ̸= 0). De même, sur une paroi solide, le fluide peut ne pas glisser (no-slip),
mais adhérer à cette paroi. Cette condition se traduit pour les modèles mathématiques par un
vecteur vitesse nulle (un = 0 et uτ = 0).
Pour les simulations par MBR, on imagine que les particules heurtant un obstacle rebondissent
après collision vers d’autres directions que nous définissons selon des règles [128], [129] et [130].
A l’échelle mésoscopique, le principe de fonctionnement de ces deux conditions est assez intuitif
à comprendre. Pour l’expliquer, nous supposons pour le moment que les parois sont fixes,
c’est-à-dire ups = 0, où ups désigne la vitesse du mouvement de la paroi solide.

(A) Condition sans glissement (no-slip)


A l’échelle mésoscopique, une particule partant du domaine fluide peut heurter la paroi solide
et rebondit pour reprendre position à nouveau dans le domaine fluide. La règle la plus simple
pour décrire ce comportement est de considérer que la particule est réfléchie dans le réseau
avec la même vitesse, mais dans la direction opposée. Cette description s’appelle le modèle
du rebond qui se décompose en deux sous-modèles : le rebond complet (Fullway Bounce-Back
model) et le rebond à mi-chemin (Halfway Bounce-Back model). Ce dernier est dû à Ladd
[131, 132] pour lequel la frontière solide est installée fictivement au milieu de la cellule du
réseau. Par conséquent, les particules n’effectuent pas le chemin de rebond complet mais
reviennent plutôt aux bords de la frontière (Fig. 3.7). Comme illustré dans la figure (3.7),
le rebond à mi-chemin se compose de trois étapes :

(i) les particules arrivent à l’instant t sur le nœud (i, 1) situé à ∆x/2 de la frontière du réseau ;

(ii) les particules se propagent sur les trois directions du réseau pour heurter la paroi solide les
plus proches à t + ∆t/2 ;

(iii) les particules rebondissent en se propageant suivant les trois directions inverses pour arriver
à nouveau au nœud (i, 1) à ∆x/2 de la frontière à t + ∆t.

Par conséquent, pour le rebond à mi-chemin, on calcule les fonctions distributions inconnues
au nœud (i, 1) et à l’instant t + ∆t par les expressions :

f2 (t + ∆t) = f4 (t) , f5 (t + ∆t) = f7 (t) , f6 (t + ∆t) = f8 (t) (3.65)

— 77 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 78

Figure 3.7 – Illustration du mouvement d’une particule durant le processus du rebond à mi-chemin.

Quant au rebond complet, il s’effectue également en trois étapes mais durant t + 2∆t, contrai-
rement au rebond mi-chemin qui s’effectue durant t + ∆t. La figure (3.8) schématise le
fonctionnement de ce rebond que l’on résume dans les trois étapes suivantes :

(i) les particules arrivent à l’instant t sur le nœud (i, 1) situé à ∆x de la frontière solide du réseau.
Ceci correspond qu’à ce nœud, les fonctions de distribution f4 , f7 et f8 sont connues ;

(ii) les particules se propagent sur les trois directions du réseau pour heurter la paroi solide à
t + ∆t ;

(iii) les particules rebondissent en se propageant suivant les trois directions inverses pour arriver
à nouveau au nœud (i, 1) à ∆x de la frontière à t + 2∆t. Ceci indique que les fonctions de
distribution f4 , f7 et f8 deviendront respectivement f2 , f5 et f6 comme le montre la figure
(3.8) .

Ainsi pour le rebond complet, les fonctions de distributions inconnues sont maintenant exprimées
au nœud (i, 1), mais à l’instant t + 2∆t par :

f2 (t + 2∆t) = f4 (t) , f5 (t + 2∆t) = f7 (t) , f6 (t + 2∆t) = f8 (t) (3.66)

— 78 —
79 5. Discrétisation de l’EB pour la résolution des ENS

Figure 3.8 – Illustration du mouvement d’une particule durant le processus du rebond complet.

Pour finir ce paragraphe, nous remarquons que le schéma de rebond complet nous ramène à
l’instant t + 2∆t au lieu de l’instant courant de calcul t + ∆t. Par ailleurs, nous notons que c’est
le schéma de rebond mi-chemin le plus utilisé parce qu’il est précis au second ordre contrairement
au schéma à rebond complet qui n’est précis qu’au premier ordre. La perte de précision est sans
doute due à l’opération d’interpolation pour ramener les calculs à l’instant t + ∆t !

(B) Condition avec glissement (free-slip)


Ce type de condition (appelée aussi glissement libre) impose que la composante normale un
de la vitesse sur la paroi solide fixe est nulle, mais aucune contrainte n’est imposée sur la
composante tangentielle uτ . Pour les simulations numériques par la MBR, il faut que ces
deux conditions portent sur certaines fonctions de distribution du réseau (fα )0≤α≤q−1 . Pour
cela, la règle de base de la condition avec glissement est que la particule est réfléchie dans le
nœud du réseau de telle sorte que toutes les vitesses normales à la paroi solide soient nulles
et que les composantes tangentielles conservent la même valeur qu’avant la collision. Cette
règle peut être aussi expliquée via un mouvement de rebond intuitif : les particules entrent en
collision avec la frontière et rebondissent vers l’avant, comme illustré dans la figure (3.9). Il est
facile d’imaginer comment le glissement peut être obtenu de cette manière. Dans la direction
normale, les fonctions de distribution sont égaux mais inversées avant et après la collision
donc la vitesse est nulle. Cependant, la vitesse tangentielle est conservée. Il en résulte alors

— 79 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 80

que les fonctions de distribution inconnues sont calculées par :

f2 (t + ∆t) = f4 (t) , f5 (t + ∆t) = f8 (t) , f6 (t + ∆t) = f7 (t) (3.67)

Figure 3.9 – Illustration du mouvement d’une particule durant le processus du rebond avec glissement.

(C) Condition sur paroi solide mobile


Les conditions explicitées dans les deux sous-sections précédentes concernent une paroi solide
fixe (ups = 0). Dans le cas où la frontière est animée d’un mouvement de vitesse ups , Zou et
He [122] ont proposé une correction des expressions (3.65, 3.66 et 3.67) pour tenir en compte
la vitesse de la frontière mobile. Les expressions correctives sont données par :

cα .ups
fopp(α) (t + ∆t) = fα (t) − 2wα ρ (3.68)
c2s
où opp(α) désigne la direction opposée à la direction α. Les valeurs des coefficients de pondération
wα et de c2s sont données avec l’expression (3.56).

5.1.3 Condition de symétrie

Un écoulement présente une symétrie, s’il existe une ligne (ou plan) fictive tel que l’écoulement
au-dessus (ou à gauche) de la ligne de symétrie est l’image miroir de l’écoulement en dessous
(ou à droite) de la ligne de symétrie. Par conséquent, la simulation de l’écoulement ne doit être
effectuée que pour la moitié du domaine, mais en appliquant la condition de symétrie le long de
la ligne (ou plan) fictive de symétrie.
Le calcul d’un écoulement présentant une symétrie permet d’économiser les ressources informa-
tiques à la fois par réduction du temps de calcul et de la taille mémoire. Un exemple d’écoulement
présentant une symétrie est le célèbre écoulement de Poiseuille dans un canal (Fig. 3.10). Cette

— 80 —
81 5. Discrétisation de l’EB pour la résolution des ENS

figure montre que l’on peut trouver une symétrie repérée par la ligne rouge en pointillée qui
passe par le milieu du profil de la vitesse. Pour simuler un tel écoulement, nous ne considérons
que la moitié du domaine avec la condition de la paroi au fond, mais avec la condition de
symétrie le long de la nouvelle frontière imaginaire (Fig. 3.10.b). On voit aisément qu’avec
cette nouvelle configuration, nous économisons la moitié du temps de calcul et la moitié du
stockage mémoire. Par ailleurs, les valeurs de l’écoulement dans la deuxième partie ignorée
seront déduites par une simple symétrie des valeurs calculées.

Figure 3.10 – Géométrie d’écoulement de Poiseuille avec parois de rebond


-Nœuds fluides : symbole de cercles ouverts
-Nœuds de limite : symbole de cercles pleins .

Pour traduire la condition de symétrie dans la modélisation numérique par la MBR,


interprétons maintenant les schémas de la figure (3.11). Nous avons présenté un domaine
principal, c’est-à-dire le domaine de l’écoulement que nous voulons simuler, et un domaine
miroir, c’est le domaine de l’écoulement que nous ignorons. Comme le montre la figure (3.11)
à droite, les populations d’un nœud central de coordonnées xb dans le domaine principal se
dirigent vers le domaine miroir, tandis que les populations en miroir de l’image miroir de xb
se dirigent vers le domaine principal, vers xb et ses voisins parallèlement au plan de symétrie.
Ainsi, toutes les populations entrant dans le domaine principal à partir du domaine miroir sont
exactement liées à celles allant du domaine principal au domaine miroir. Cette interprétation
nous conduit à calculer les fonctions de distribution inconnues en xb par :

f2 (t + ∆t) = f4 (t) , f5 (t + ∆t) = f8 (t) , f6 (t + ∆t) = f7 (t) (3.69)

— 81 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 82

Figure 3.11 – Localisation des fonctions de distribution inconnues et schématisation des domaines
principales miroirs .

On remarque que la condition au limite de type glissement libre, peut être mise en œuvre
exactement de la même manière que cette condition limite de type symétrie.
La condition de symétrie peut être utilisée pour la mise en œuvre des condition de type
Neumann homogène. Par ailleurs, ce type de condition peut s’avérer utile quand on ne connait
pas la condition à la limite d’une frontière ouverte. Dans ce cas, il faut étendre le domaine
de calcul plus loin de cette frontière où nous jugeons que l’écoulement n’est pas modifié
pour imposer la condition de symétrie.
Enfin, notons que pour le traitement des conditions aux limites dans le cadre de la MBR, nous
avons exposé plus haut que les formulations de type de conditions aux limites couramment
utilisées en simulation numérique des écoulements des fluides. Nous signalons qu’il existe
d’autres types et d’autres formulations que nous n’avons pas abordés ici. Pour plus de détails
sur le traitement des conditions aux limites, nous recommandons au lecteur les excellents
ouvrages traitant la MBR [26], [55] et [116].

6 Discrétisation de l’équation de transport (Convection-Diffusion)


Dans le système (S5), il figure une équation de transport de la quantité Φ. Cette quantité
peut être toute quantité scalaire couplée (scalaire actif) ou non (scalaire passif) avec les équations
hydrodynamiques du système. Cela peut être une température T d’un système dynamique, ou
une concentration C d’un polluant dans un écoulement atmosphérique et bien d’autres.
Dans un milieu fluide animé d’une vitesse u et caractérisé par un tenseur de diffusion Γ, l’équation

— 82 —
83 6. Discrétisation de l’équation de transport (Convection-Diffusion)

de transport est une EDP de type convection-diffusion avec terme source (éventuellement).
Nous rappelons que cette équation s’obtient en appliquant le principe de conservation de la
quantité Φ au sein d’un volume élémentaire. En écriture vectorielle, l’équation de convection-
diffusion (ECD) s’exprime par :

∂Φ  
+ ∇. (uΦ) = ∇. Γ∇Φ + FΦ (3.70)
∂t

Dans le cadre de cette thèse, on se place dans un écoulement bidimensionnel de vitesse


u = (u, v) de tenseur Γ = (γi,j )1≤i,j≤2 . Si pour i =
̸ j, on a γi,j ̸= 0, le milieu est dit anisotrope.
Autrement, le milieu est qualifié d’isotrope. Dans ce dernier cas, l’ECD s’écrit :
! !
∂Φ ∂(uΦ) ∂(vΦ) ∂ ∂Φ ∂ ∂Φ
+ + = γ11 + γ22 + FΦ (3.71)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y ∂y

L’ECD a été résolue par des méthodes classiques telles que la MDF, la MEF et la MVF
[133], [134], [135]. L’ADE a été résolue pour différents domaines de l’ingénierie industrielle ou
environnementale pour modéliser le transfert de masse, le transfert de chaleur, la propagation
d’un polluant ou d’une nappe d’hydrocarbures, le transport de sédiments par suspension,
l’intrusion saline, la réaction-diffusion, etc.
La solution numérique de l’ECD par la MBR a été initiée en 1993 par Flekkoy [136]. Depuis
cette date, plusieurs chercheurs ont proposé des variantes pour apporter des améliorations à
la version initiale. On cite par exemples les travaux de [70], [71], [137], [138] et [139]. Dans ce
qui suit et pour une compréhension facile de la discrétisation de l’ECD, nous présentons la
version TRU de la MBR en supposant également γ = γ11 = γ22 . La discrétisation par la version
TRM est identique à celle présentée pour les équations hydrodynamiques du système (S5) (voir
S/Sec. 3.2.3), mais seulement les moments à l’équilibre qui sont différents.

6.1 Discrétisation par le réseau D2Q9

Il s’agit de la discrétisation de l’EB sur le réseau D2Q9 des vitesses et des fonctions de
distribution (cα , gα )0≤α≤8 . On rappelle, que les vitesses du réseau (cα )0≤α≤8 sont données par
l’expression (3.54) et les coefficients de pondération sont donnés par l’expression (3.56). La
discrétisation de l’EB sur le réseau D2Q9 est formulée par :

1
gα (x + cα ∆t, t + ∆t) − gα (x, t) = − [gα (x, t) − gαeq (x, t)] + ∆tωα FΦ ,0 ≤ α ≤ 8 (3.72)
τΦ

— 83 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 84

La fonction de distribution à l’équilibre gαeq est donnée par :


cα .u (cα .u)2 u.u
!
gαeq (x, t) = ωα Φ 1 + 2 + − 2 (3.73)
cs 2c4s 2cs
Comme dans le cas de l’hydrodynamique, l’analyse multi-échelle de Chapman-Enksog permet
de lier le taux de relaxation τΦ et le coefficient de diffusion γ par la relation :
1
 
γ= c2s τΦ − ∆t (3.74)
2
L’expression (3.72) exécute l’étape de la collision. Après l’étape de propagation et application des
conditions aux limites (que nous discutons plus loin), on calcule la variable macroscopique Φ par :
8
Φ(x, t) = gα (x, t) (3.75)
X

α=0

6.2 Discrétisation par le réseau D2Q5

On rappelle que pour recouvrir les ENS, l’analyse multi-échelle de Chapman-Enskog doit
être effectuer au moins à l’ordre deux. En effet, les termes de convection dans les ENS sont
d’ordre deux qui ne peuvent être recouvert que par les moments d’ordre deux. En revanche,
pour une EDP scalaire (comme l’ECD) la conservation du moment d’ordre zéro des fonctions
de distribution est suffisante pour recouvrir l’ECD. En se basant sur ce constat, nous pouvons
donc ignorer les termes de vitesse d’ordre supérieur dans l’équation (3.73). Dans ce cas, le
réseau D2Q5 (Fig. 2.3) est suffisant pour discrétiser l’EB tout en gardant une bonne précision.
Pour ce réseau, la fonction de distribution d’équilibre devient alors :
!
cα .u
gαeq (x, t) = ωα Φ 1 + 2 (3.76)
cs
De même, pour le réseau D2Q9, les 5 vitesses du réseau (cα )0≤α≤4 et les 5 coefficients de
pondération (cα )0≤α≤4 sont formulés par :
(0, 0) α=0



cα = ± (c, 0) α = 1, 3 (3.77)
± (0, c) α = 2, 4

1/3 α=0
(
ωα = (3.78)
1/6 α = 1, 2, 3, 4
Pour ce réseau, durant la mise en œuvre sur calculateur, l’étape de la collision se calcule par
l’expression (3.72), mais uniquement pour les 5 directions. De même, le calcul de la variable
macroscopique est la somme de 5 fonctions de distribution (gα )0≤α≤5 après avoir appliqué
la propagation et les conditions aux limites.

— 84 —
85 6. Discrétisation de l’équation de transport (Convection-Diffusion)

6.3 Traitement des conditions aux limites pour le transport

Nous avons déjà mentionné l’importance de la mise en œuvre des CLs sur la précision globale
de la solution numérique obtenue par les méthodes conventionnelles. Ce constat reste valable
pour les solutions obtenues par la MBR. Il existe plusieurs méthodes pour mettre en œuvre des
CLs dans le cadre de la MBR. Cependant, ces méthodes ont leurs limites qui peuvent conduire
à des solutions irréalistes. Par exemple, Liu et al., [140] et Kang et al., [141] ont montré que la
méthode de King ne peut être appliquée au calcul de concentration en milieu poreux. De même
le schéma de Kang et al. [142], ne peut être utilisé pour simuler une interface mobile. Quant au
schéma de Walsh [143], celui-ci ne peut traiter des frontières avec des concentrations constantes.
Pour contourner les limites de certains de ces schémas, Ladd [131] a proposé les schémas de
rebond à mi-chemin que nous discutons dans la suite de cette sous-section.
On sait que la résolution de l’EB, se réalise en deux étapes pour une fonction de distribution Ψ
quelconque :

1
Collision : gα+ (x, t) − gα (x, t) = − [gα (x, t) − gαeq (x, t)]
τ (3.79)
Propagation : gα (x + cα ∆t, t + ∆t) = gα+ (x, t)

Figure 3.12 – Localisation des différents nœuds pour un schéma de rebond à mi-chemin.

Quand on met en œuvre les CLs pour la MBR, la difficulté rencontrée est comment finir les
étapes de la collision et la propagation sur la frontière du domaine ? C’est le schéma de rebond
à mi-chemin qui répond à cette question. Ce schéma a déjà été discuté dans la sous-section (
5.1.2).
La figure (3.12) montre la localisation des nœuds sur la paroi solide (xs ) et ceux sur le domaine
fluide (xf ). Elle montre aussi la position de la ligne de rebond repérée par (xw ). Avant de traiter
les CLs pour l’ECD, nous rappelons le schéma de rebond à mi-chemin de Ladd [131]. Pour

— 85 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 86

cela, nous supposons que xw est localisée au milieu de la cellule (Fig. 3.12 ). De même, nous
avons également xs = xf + cα ∆t (Tab. 3.4). Le schéma de rebond à mi-chemin appliqué sur
une paroi solide mobile de vitesse ups consiste à évaluer les fonctions de distribution entrant
de l’extérieur de l’interface xw . Ce schéma s’exprime par :

cα .ups
gopp(α) (xf , t + ∆t) = gα+ (xf , t) − 6ωα ρ (3.80)
c2

Pour traiter les CLs pour l’ECD, nous considérons la forme générale d’une CL qui doit être
imposée sur une frontière du domaine. Elle est de la forme :

∂Φ
b1 + b2 Φ = b3 (3.81)
∂η
∂Φ ∂Φ
où est la dérivée normale de Φ (elle est définie par = ∇Φ.n, où n est la normale extérieure
∂η ∂η
à la frontière). Par ailleurs, on remarque que selon les valeurs de b1 , b2 et b3 , l’expression ci-dessus
couvre toutes les CLs possibles comme nous le voyons dans le tableau suivant :

Tableau 3.4 – Recouvrement des différentes CLs possibles

Valeurs des b1 , b2 , b3 Type de la CL


b1 = 0, b2 ̸= 0, b3 qcq condition de Dirichlet
b1 ̸= 0, b2 = 0, b3 qcq condition de Neumann
b1 ̸= 0, b2 = 0, b3 = 0 condition de Neumann homogène (ou condition de symétrie)
b1 ̸= 0, b2 ̸= 0, b3 qcq condition de Robin

6.3.1 La condition de type Dirichlet

Ce type de CL est déduit de l’expression (3.81) comme indiqué dans le tableau (3.4) pour
b1 = 0 et b2 =
̸ 0. Dans ce cas, nous devons imposer à la frontière concernée Φ = b3 /b2 = Φw .
Pour la mise en œuvre de cette CL, les fonctions de distribution inconnues venant de l’extérieur
du domaine sont déterminées de manière similaire à l’expression (3.80). Ces inconnues sont
alors gopp(α) (xf , t + ∆t) et elles sont calculées par :

gopp(α) (xf , t + ∆t) = −gα+ (xf , t) + 2ωα Φw (3.82)

Nous précisons que l’expression ci-dessus est établie pour une frontière statique (uw = 0).
Dans le cas d’une frontière mobile et animée par la vitesse uw non nulle, l’expression (3.82)
devra être corrigée pour donner la formulation suivante :

9 (cα .uw )2 3 uw .uw


" #
gopp(α) (xf , t + ∆t) = −gα+ (xf , t) − 2ωα Φw 1+ − (3.83)
2 c4 2 c2

— 86 —
87 6. Discrétisation de l’équation de transport (Convection-Diffusion)

6.3.2 La condition de type Neumann ou Robin

Pour les CLs de type Neumann et mixtes (b1 ̸= 0), il faut d’abord commencer par déterminer
la valeur de Φ à l’interface xw que nous notons Φw . Cette valeur peut être calculée en résolvant
l’équation (3.81) en utilisant un schéma aux différences finies. Par exemple, pour la configuration
de la figure (3.12), ce schéma approche le gradient ∂Φw /∂η par :

∂Φw Φf − Φw
= (3.84)
∂η −0.5n.d∆x

où Φf est la concentration au nœud fluide xf voisin de l’interface xw , d est la direction de la


vitesse associée au bord qui traverse l’interface et n est le vecteur normal à l’interface. Ensuite,
la concentration à l’interface peut être obtenue comme suit :

Φf + 0.5∆xn.db3 /b1
Φw = (3.85)
1 + 0.5∆xn.db2 /b1

On remarque que si b2 = 0, on retrouve la condition de Neumann. Si en plus b3 = 0, on retrouve


la condition de Neumann homogène appelée aussi condition de symétrie (Φw = Φf ).
Une fois la valeur aux limites Φw est obtenue, les fonctions de distribution inconnues gopp(α) (xf , t+
∆t) peuvent être calculées avec les équations (3.82) ou (3.83) similaires aux CLs de Dirichlet.
Cette idée de traiter les CLs de type de Neumann (ou Robin) est similaire à CLs de transfert de
la quantité de mouvement proposée par Izquierdo et Fueyo [144] pour les conditions aux limites
de gradient macroscopique.

Nous terminons cette section par la présentation de l’algorithme à mettre en œuvre pour résoudre
l’ECD par la variante TRU de la MBR sur le réseau D2Q5. L’algorithme sur le réseau D2D9
est similaire. Il s’obtient en remplaçant dans l’algorithme (2) :

(i) l’expression (3.76) par (3.73)

(ii) les vitesses du réseau (cα )0≤α≤4 par (cα )0≤α≤8 données par l’expression (3.54)

(iii) les coefficients de pondération du réseau (ωα )0≤α≤4 par (ωα )0≤α≤8 donnés par l’expression
(3.56)

Bien entendu, le calcul de la variable macroscopique sous signe somme sera de 0 à 8.


L’algorithme de la résolution de l’ECD par la variante TRM sur le réseau D2Q9 est :

— 87 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 88

Algorithm 2 : Algorithme de la MBR par l’opérateur TRU pour l’ECD sur le réseau D2Q5
Définir le réseau et ses vitesses : donner le champ des vitesses (u, v), (cα )0≤α≤4 et (ωα )0≤α≤4 ;
Calculer : τ à partir de l’exp. (3.74) ;
Initialiser Φ ;
Calculer gαeq par l’exp. (3.76) ;
Initialiser gα ← gαeq .
while t < tmax do
1
calculer gα par : gα (x + cα ∆t, t + ∆t) ← gα (x, t) − [gα (x, t) − gαeq (x, t)] + ∆tωα FΦ ;
τ
effectuer la procédure de la propagation ;
introduire les conditions aux limites ;
4
calculer la variable macroscopique : Φ← gα ;
X

α=0
calculer le nouveau gαeq par (3.76) en fonction de la nouvelle variable Φ
end while

Algorithm 3 : Algorithme de la MBR par l’opérateur TRM pour l’ECD sur le réseau D2Q9
Construire les matrices M, M−1 ;
Donner le champ des vitesses pour la convection : donner (u, v) ;
Définir les vitesses et les coeffs. de pondération : donner (cα )0≤α≤8 et (ωα )0≤α≤8 ;
Calculer : τ à partir de l’exp. (3.74) ;
Construire la matrice S = diag[s0 , . . . , s8 ], avec s3 = s5 = 1/τ ;
Initialiser la variable macroscopique Φ ;
Calculer heq à partir de (3.100) et meq à partir de (3.102) ;
Initialiser h ← heq .
while t < tmax do
calculer m ← Mh ;
calculer h par : h(x + cα ∆t, t + ∆t) − h(x, t) = −M−1 S [m(x, t) − meq (x, t)] + ∆tFΦ ;
effectuer la procédure de la propagation ;
introduire les conditions aux limites ;
8
calculer la variable macroscopiques : Φ← ;
X

α=0
calculer le nouveau meq par (3.102) en fonction de la nouvelle variable Φ.
end while

— 88 —
89 7. Discrétisation des équations de la turbulence

7 Discrétisation des équations de la turbulence


Dans le cadre de ce présent travail, nous avons mis en œuvre les modèles de turbulence
de type SGE (modèle ESM) et ENSMR (modèle à deux équations). Dans la suite de ce
paragraphe, nous présentons la discrétisation de ces deux types de modèles appliqués à la
modélisation numérique par la MBR. Durant la présentation des résultats des simulations,
nous précisons le modèle de turbulence utilisé.

7.1 Approche SGE

Cette approche de la modélisation de la turbulence, repose sur la détermination de la


viscosité sous-maille que nous notons νesm . On rappelle que le terme visqueux des équations
de la conservation de quantité de mouvement (3.51) fait apparaître le terme de la viscosité
totale νtot (νtot = ν + νesm ) où ν désigne la viscosité moléculaire. Par ailleurs, en écoulement
laminaire, l’analyse multi-échelle de Chapman-Enskog a permis d’exprimer le taux de relaxation
τ en fonction de la viscosité moléculaire ν (Eq. 2.27).
Par analogie au cas laminaire, nous supposons que toutes les viscosités mises en jeu dans les
différentes EDP des modèles numériques correspondent à des taux de relaxations adéquats.
Ainsi, les viscosités ν, νesm et νtot correspondent aux taux de relaxation respectivement τ
, τesm et τtot . Nous écrivons donc :

c2 1 c2 1 c2 1
     
ν= τ− ∆t , νesm = τesm − ∆t , νtot = τtot − ∆t (3.86)
3 2 3 2 3 2

Le problème clé dans le développement d’un modèle de sous-maille pour la MBR réside dans
la fermeture de l’opérateur de collision moyen non linéaire. Hou et al. [38] ont supposé que la
distribution filtrée de particules se rapprocherait d’une distribution d’équilibre filtrée locale :
  1 e 
Ωα ^
(f (x, t)) = Ωα fe(x, t) = − fα − fαeq (ρ,
e ue) (3.87)
τtot

où fαeq est la fonction de distribution d’équilibre suivant la direction α. Elle a la même formulation
que la formulation standard. ρe et u
e sont la masse volumique et la vitesse moyennes filtrées, et

τtot est un taux de relaxation effectif dépendant de la viscosité à l’échelle sous-maille.


Le but maintenant est d’expliciter le taux de relaxation total τtot . Nous devons tout d’abord
déterminer le tenseur du taux de déformation Seij défini par l’expression (3.44). Étant donné que
la MBR est caractérisée par sa simplicité et son efficacité, Seij implique le calcul des dérivées et

— 89 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 90

n’est donc pas une forme appropriée à l’utilisation. Pour conserver la caractéristique cohérente
avec la dynamique des gaz sur réseau, il est naturel de calculer Seij en termes de fonction de
distribution. En utilisant le développement de Chapman-Enskog, Hou et al., [38] ont montré
que le tenseur de taux de déformation Seij est lié au tenseur de flux de la quantité de mouvement
hors équilibre noté par Πi,j . Cela fournit un moyen simple et efficace de calculer Seij par :

3 q−1
3
= 2 cαi cαj (fα − fαeq ) = 2 Πi,j 1 ≤ i, j ≤ 3 (3.88)
X
Sei,j ,
2c ρτtot ∆t α=0 2c ρτtot ∆t
Par analogie avec la relation établie entre τ et ν (2.27). On peut écrire alors la relation
entre τtot et νtot suivante :
1 3νtot
τtot = + (3.89)
2 c2 ∆t
Il en découle également :
1 3 (ν + νesm )
τ + τesm = + = τtot (3.90)
2 c2 ∆t
En se référant à l’expression (2.27). La formule ci-dessus se simplifie à :
3νesm
τesm = (3.91)
c2 ∆t
Maintenant, si l’on remplace νesm par son expression (3.48) issue de l’application du modèle
de Smagorinsky, on aura :
3 q
τesm = (C sge ∆) 2
Seij Seij (3.92)
c2 ∆t
Par l’utilisation de l’expression (3.88), on aura :
3 3 q
τesm = (C sge ∆)2
Πij Πij (3.93)
c2 ∆t 2ρc2 τtot ∆t
Par l’utilisation de l’expression (3.90) et en prenant la largeur du filtre ∆ = ∆x, on aura :
9 2
Csge q 9 Csge
2 q
τesm = Πij Πij ou encore τesm (τ + τesm ) = Πij Πij (3.94)
2 ρc2 (τ + τesm ) 2 ρc2
L’expression ci-dessus est reconnaissable comme une équation algébrique de second degré
d’inconnue τesm . Cette équation admet deux solutions réelles dont une n’a pas de sens phy-
sique puisqu’elle fournit un taux de relaxation négative (τesm < 0). Par conséquent, la
solution retenue est donnée par :
r q
−τ + τ 2 + 18Csge
2 Πij Πij / (ρc2 )
τesm = (3.95)
2

— 90 —
91 7. Discrétisation des équations de la turbulence

Enfin, la valeur du nouveau taux de relaxation incluant la turbulence par l’approche SGE est don-
née par :
r q
τ+ τ 2 + 18Csge
2 Πij Πij / (ρc2 )
τtot = τ + τesm = (3.96)
2

Il est intéressant de noter que l’intégration de la turbulence modélisée par l’approche SGE est
une procédure facilement réalisable. En effet, cette opération consiste à remplacer simplement le
τ dans l’opérateur de collision par le nouveau paramètre de relaxation τtot .
La procédure du calcul d’un écoulement turbulent résolue par la version TRM de la MBR et
dont la turbulence a été modélisée par l’approche SGE est résumée dans l’algorithme suivant :

Algorithm 4 : Intégration de la turbulence par l’approche SGE (Hydro :TRM, Turb :ESM)
Construire les matrices M, M−1 ;
Définir le réseau et ses vitesses : donner q et (cα )0≤α≤q−1 ;
Fixer : τ > 0.5 et τtot ← τ ;
Initialiser u = (u, v) et ρ ;
Calculer f eq et meq ← Mf eq ;
Initialiser f ← f eq ;
while t < tmax do
Hydrodynamique :
Construire la matrice S = diag[s0 , . . . , s8 ], avec s7 = s8 = 1/τtot ;
Calculer m ← Mf ;
Calculer f par : f (x + cα ∆t, t + ∆t) − f (x, t) = −M−1 S [m(x, t) − meq (x, t)] + ∆tFex ;
Effectuer la procédure de la propagation ;
Introduire les conditions aux limites ;
q−1 q−1
Calculer les variables macroscopiques : et cα fα ;
X X
ρ← fα ρu ←
α=0 α=0

Turbulence :
q−1 q
Calculer Πi,j = cαi cαj (fα − fαeq ) puis calculer Πij Πij
X

α=0
Calculer τtot par l’expression (3.96) ;
Calculer le nouveau meq par (2.39) en fonction des nouvelles variables ρ et u
end while

Les instructions en texte rouge de l’algorithme ci-dessus sont les modifications qui doivent
être apportées à l’algorithme (1) pour intégrer la turbulence par l’approche SGE. Nous
remarquons la facilité de cette intégration qui est sans doute due à l’expression du taux
de déformation Sei,j en fonction des fonctions de distribution (fα )0≤α≤q−1 au lieu des gradients
des vitesses qui le définissent (3.44).

— 91 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 92

7.2 Approche ENSMR

Pour l’approche ENSMR, le but de la modélisation de la turbulence est de formuler la


viscosité turbulente νt en fonction des variables turbulentes. Nous avons vu que pour cette
approche, il existe deux types de modélisation :

(i) le premier est qualifié du premier ordre qui permet de fermer le système en ajoutant des
nouvelles équations (voir S/Sec. 4.1.2). Pour ce type de modélisation nous avons explicité
les systèmes à mettre en œuvre (3.31, 3.35, 3.37 ) pour déduire νt .

(ii) Le second est dit de second ordre qui ajoute autant d’équations de transport que de
corrélations des fluctuations turbulentes constituant le tenseur symétrique de Reynolds
 
u′i u′j . Lors de la constitution de ces équations de transport, des nouvelles corréla-
1≤i,j≤3
tions se sont apparues qu’il a fallu modéliser à nouveau pour fermer le système. Le système
complet de ce type de modélisation a été explicité dans les expressions (3.38).

Pour le calcul des écoulements des fluides par la MBR, la plupart des modèles adoptent la
modélisation de la turbulence par l’approche SGE. Ce choix est généralement argumenté par
l’extrême simplicité de la mise en œuvre de cette approche comme le montre l’algorithme (4).
En ce qui nous concerne, dans le cadre de cette thèse, nous testons l’approche ENSMR au
premier ordre et en l’occurrence le modèle de turbulence à deux équations k − ε pour calculer la
viscosité turbulente νt (3.37). Il s’agit donc de résoudre les deux équations de type transport de
l’énergie cinétique k et de sa dissipation ε par la MBR. La difficulté de la résolution de ces deux
équations par une telle méthode réside dans le traitement du terme source. En effet, les termes
sources de ces deux équations sont fortement non linéaires et cette contrainte impose le choix
du réseau D2Q9 au lieu du réseau D2Q5 qui est réputé suffisamment précis pour les équations
de transport classique. De plus, en utilisant l’analyse multi-échelle de Chapman-Enskog, Sajjadi
et al., [145] ont montré que pour ces deux équations, les termes sources doivent être pondérés
par les fonctions de distribution d’équilibre plutôt que par les ωα .

Dans ce qui se suit, on expose la discrétisation des deux équations du modèle de la turbulence
à 2-équations dans la cadre de la MBR. Pour cela, nous rappelons les deux équations à résoudre.
Il s’agit des deux EDPs relatives à k et à ε explicitées dans le système (3.37) avec contraction
des indices et récrites sous forme vectorielle :

— 92 —
93 7. Discrétisation des équations de la turbulence

∂k
  


 + ∇. (uk) = ∇. Dk ∇k + νt |S|2 − ε



 ∂t



ε2

 ∂ε ε 2
(3.97)
 
+ ∇. (uε) = ∇. D ε ∇ε + +C 1ε ν t |S| − C 2ε




∂t k k


k2



νt = C µ



ε
!
∂ui ∂uj ∂ui
où |S| =
2
+ est le terme de production de l’énergie cinétique turbulente k. Dk
∂xj ∂xi ∂xj
et Dε sont les tenseurs de la diffusion de k et de ε respectivement. On traite ici la turbulence
isotropique c’est à dire : Dk = diag [ν + νt /σk ] et Dε = diag [ν + νt /σε ]. C1ε , C2ε , σk , σε et Cµ
sont des constantes empiriques données

Pour la discrétisation de ces deux équations par la MBR, on utilise le réseau D2Q9 avec les
vitesses (cα )0≤α≤8 et les coefficients de pondérations (ωα )0≤α≤8 données par les expressions (3.54)
et (3.56) respectivement. Il faut remarquer que les deux premières équations du système (3.97)
s’écrivent sous la même forme que l’ECD (3.70) avec les termes sources de k et ε identifiés par :
ε ε2
Fk = νt |S|2 − ε ; Fε = C1ε νt |S|2 − C2ε (3.98)
k k
Pour k et ε, nous utilisons alors le même opérateur de collision que celui donné par (3.72)
pour l’ECD. En revanche, les termes sources Fk et Fε doit être traités autrement. En effet,
comme mentionné plus haut [145], l’analyse multi-échelle de Chapman-Enskog impose une
pondération spéciale pour les deux termes afin que l’EB discrétisée recouvre exactement les
EDPs de k et de ε. Dans la suite, on note par g et h les fonctions de distribution respectivement
pour les variables k et ε. De même, nous présentons la variante TRU de la MBR pour laquelle on
note par τk et τε les taux de relaxation pour les étapes de collision de k et ε respectivement. Par
ailleurs, la variante TRM de la MBR pour résoudre les deux équations s’obtient par adaptation
de la variante TRU sans difficulté particulière.
Ainsi, nous détaillons le calcul de l’ect (k) par la version TRU de la MBR dans le pseudo-code
suivant que nous nommons "calcul_ect_MBR-TRU(k)"
De la même manière nous présentons la calcul de la dissipation de l’ect ε par la version
TRU de la MBR dans le pseudo-code nommé "calcul_eps_MBR-TRU(ε)"
Il est à noter que pour le calcul de |S| qui figure dans les deux termes sources Fk et Fε , il faut
utiliser l’avantage de la MBR qui permet de calculer cette quantité en fonction des fonctions de

— 93 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 94

P1 : calcul_ect_MBR-TRU(k)
νt
τk ← τ + ;
σk c2s ∆t
1
!
cα .u

Fk,α ← ωα Fk 1 + 2 τk − , Fk donnée par (3.98) ;
cs τ k 2
cα .u (cα .u)2 u.u
!
gα (x, t) ← ωα k 1 + 2 +
eq
− 2 ;
cs 2c4s 2cs
1
gα (x + cα ∆t, t + ∆t) ← gα (x, t) − [gα (x, t) − gαeq (x, t)] + ∆tFk,α ;
τk
8
gα (x, t)
X
k(x, t) ←
α=0

P2 : calcul_eps_MBR-TRU(ε)
νt
τε ← τ + ;
σε c2s ∆t
1
!
cα .u

Fε,α ← ωα Fε 1 + 2 τε − , Fε donnée par (3.98) ;
cs τ ε 2
cα .u (cα .u)2 u.u
!
hα (x, t) ← ωα ε 1 + 2 +
eq
− 2 ;
cs 2c4s 2cs
1
hα (x + cα ∆t, t + ∆t) ← hα (x, t) − [hα (x, t) − heq α (x, t)] + ∆tFε,α ;
τε
8
hα (x, t)
X
ε(x, t) ←
α=0

distribution (fα )0≤α≤8 (voir 3.88). Une fois les deux variables calculées, nous déduisons la valeur
de la viscosité turbulence νt par la troisième expression du système (3.97). C’est cette viscosité
turbulente qui permet d’évaluer le taux de relaxation τtot incluant les effets de la turbulence qui
est nécessaire au calcul de la collision à partir de la relation. L’expression de τtot est similaire à
celle déduite de l’expression (2.27).

Enfin, nous terminons cette sous-section par la présentation de l’algorithme résolvant les
ENS en écoulement turbulent. La turbulence étant modélisée par le modèle de turbulence
k − ε standard. Nous précisons que cet algorithme adopte la variante TRM de la MBR
pour l’hydrodynamique (résolution des ENS), tandis que pour la turbulence, l’algorithme
adopte la variante TRU de la MBR.
Comme nous l’avons évoqué précédemment, le nouveau algorithme où le modèle de turbulence
k − ε est résolu par la variante TRM n’est pas difficile à obtenir. Il existe plusieurs méthodes
basées sur la variante TRM de la MBR pour résoudre l’ECD , [146, 147, 148, 149]. La plupart

— 94 —
95 7. Discrétisation des équations de la turbulence

Algorithm 5 : Intégration de la turbulence par l’approche ENSMR (Hydro :TRM, Turb :TRU)
Construire les matrices M, M−1 ;
Définir le réseau et ses vitesses : donner q et (cα )0≤α≤q−1 ;
Fixer : τ > 0.5 et τtot ← τ ;
Initialiser u = (u, v) et ρ ;
Calculer f eq et meq ← Mf eq ;
Initialiser f ← f eq ;
while t < tmax do
Hydrodynamique :
Construire la matrice S = diag[s0 , . . . , s8 ], avec s7 = s8 = 1/τtot ;
Calculer m ← Mf ;
Calculer f par : f (x + cα ∆t, t + ∆t) − f (x, t) = −M−1 S [m(x, t) − meq (x, t)] + ∆tFex ;
Effectuer la procédure de la propagation ;
Introduire les conditions aux limites ;
q−1 q−1
Calculer les variables macroscopiques : et cα fα ;
X X
ρ← fα ρu ←
α=0 α=0

Turbulence :
Appel de la procédure "P1 : calcul_ect_MBR-TRU(k) " ⇒ ECT k ;
Appel de la procédure "P2 : calcul_eps_MBR-TRU(ε) " ⇒ Dissipation ε ;
k2
Calculer la viscosité turbulente : νt = Cµ ;
ε
1 νt
Calculer τtot = + 2 ;
2 cs ∆t
Calculer le nouveau meq par (2.39) en fonction des nouvelles variables ρ et u
end while

de ces méthodes ont été proposées dans la cadre des études résolvant les problèmes thermiques
avec des termes sources plus au moins complexes. Ici, nous présentons les grandes lignes de
la méthode proposée par Zhang et al., [149] qui a été développée pour une ECD isotropique.
Pour cela, nous reprenons l’ECD (3.71) que nous discrétisons sur le réseau D2Q9 :

! !
∂Φ ∂(uΦ) ∂(vΦ) ∂ ∂Φ ∂ ∂Φ
+ + = γ11 + γ22 + F (Φ) (3.99)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y ∂y
On considère ici que γ11 = γ22 = D.
Il est bien connu que la clé de la MBR est la donnée de la fonction de distribution d’équilibre
heq pour accomplir l’étape de la collision. Cette fonction doit être conçue avec précaution afin
que l’analyse multi-échelle de Chapman-Enskog recouvre exactement l’équation macroscopique
(3.99). Nous utilisons la fonction d’équilibre proposé par Shi and Guo [146] :
!
cα .u
heq
α = ωα Φ 1 + 2 , 0≤α≤8 (3.100)
cs

— 95 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 96

Pour plus de souplesse dans les simulations, Zhang et al., [149] ont introduit le nouveau
paramètre η liant le pas de temps au pas de l’espace par la relation ∆t = η (∆x)2 . On remarque
que η est homogène à l’inverse d’une viscosité (ou d’un coefficient de diffusion). Par ailleurs,
pour la matrice M de la transformation, nous utilisons celle donnée par l’expression (Chap. 2,
Exp. 2.34). Quant à la matrice SΦ diagonale qui est constituée des différents taux de relaxation
des moments, nous utilisons celle déduite de l’analyse multi-échelle de Chapman-Enskog pour
minimiser les termes de déviations (termes d’erreurs de recouvrement de l’équation macro-
h i
(Φ) (Φ) (Φ)
scopique). Cette matrice est donnée par Zhang et al., [149] par SΦ = diag s0 , s1 , . . . , s8 .
(Φ) (Φ)
Selon l’analyse de Chapman-Enskog, les coefficients s3 et s5 sont déterminés en fonction
du coefficient de diffusion D. Tandis que les autres coefficients doivent être choisis librement
(Φ) (Φ)
dans l’intervalle [0, 2]. L’expression de s3 et s5 est donnée par :

(Φ) (Φ) 2
s3 = s5 = (3.101)
6ηD + 1

Pour effectuer la collision, il reste à expliciter le vecteur des moments d’équilibre meq . Nous
donnons directement les composantes de ce vecteur, mais nous renvoyons le lecteur à l’article
de Zhang et al., [149] pour les détails de la dérivation de ce vecteur.

Φ
 

 −2Φ 

Φ
 
 
 

 η∆xuΦ 

eq
mΦ = −η∆xuΦ (3.102)
 
 
 

 η∆xvΦ 


 −η∆xvΦ 

0
 
 
0

Si nous désignons par h = (hα )0≤α≤8 le vecteur des fonction de distribution et par m = Mh le
vecteur des moments, nous pouvons calculer l’étape de la collision par l’opérateur TRM par :

h(x + cα ∆t, t + ∆t) − h(x, t) = −M−1 SΦ [m(x, t) − mΦ


eq
(x, t)] + ∆tF(Φ) (3.103)

où FΦ est le terme source dont les composantes sont la contribution du terme source global à
chaque direction du réseau D2Q9, c’est à dire FΦ = (ωα FΦ )0≤α≤8 .
A présent, nous donnons le pseudo-code "calcul_ect_MBR-TRM(k)" résolvant par voie numérique
l’EDP de l’énergie cinétique turbulente (k) par la variante TRM de la MBR.

— 96 —
97 7. Discrétisation des équations de la turbulence

P3 : calcul_ect_MBR-TRM(k)
(k) (k) (k)
Fixer : η, σk , 0 ≤ (s0 , s1 , . . . , s8 ) ≤ 2 ; M (Chap. 2, Exp. 2.34) ;
ν + νt
τk ← 6ηDk + 1 avec Dk = ;
σk
(k) (k) 2
s3 = s5 ← ;
τk
Construire la matrice Sk ;
mkeq ← expression (3.102) en remplaçant
 Φ par k ;
gα (x + c∆t, t + ∆t) = gα (x, t) − M Sk
−1
(m(x, t) − mkeq (x, t))j + ∆tωα F (k) , j=0,..,8 ;
α,j
8
X
k(x, t) ← gα (x, t)
α=0

De la même manière, nous présentons la résolution numérique de l’EDP relative à la dissipa-


tion de l’ect ε par la version TRM de la MBR dans le pseudo-code nommé "calcul_eps_MBR-
TRM(ε)".

P4 : calcul_ect_MBR-TRM(ε)
(ε) (ε) (ε)
Fixer : η, σε , 0 ≤ (s0 , s1 , . . . , s8 ) ≤ 2 ; M (Chap. 2, Exp. 2.34) ;
ν + νt
τε ← 6ηDε + 1 avec Dε = ;
σε
(ε) (ε) 2
s3 = s5 ← ;
τε
Construire la matrice Sk ;
mεeq ← expression (3.102) en remplaçant
 Φ
 par ε ;
hα (x + c∆t, t + ∆t) = hα (x, t) − M Sε
−1
(m(x, t) − mεeq (x, t))j + ∆tωα F (ε) , j=0,..,8 ;
α,j
8
X
ε(x, t) ← gα (x, t)
α=0

Enfin, nous terminons cette sous-section par la donnée de l’algorithme général (Algo :6) per-
mettant de résoudre les ENS en régime turbulent. L’hydrodynamique et le modèle de turbulence
à deux équations (k − ε) sont résolus par voie numérique par la variante TRM de la MBR.

— 97 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 98

Algorithm 6 : Intégration de la turbulence par l’approche ENSMR (Hydro :TRM, Turb :TRM)
Construire les matrices M, M−1 ;
Définir le réseau et ses vitesses : donner q et (cα )0≤α≤q−1 ;
Fixer : τ > 0.5 , τtot ← τ , τk ← τ , τε ← τ ;
(k) (k) (ε) (ε)
Fixer : η, σk , σε , 0 ≤ (s0 , . . . , s8 ) ≤ 2, 0 ≤ (s0 , . . . , s8 ) ≤ 2, 0 ≤ (s0 , . . . , s8 ) ≤ 2 ;
Initialiser u = (u, v) et ρ ;
Calculer f eq et meq ← Mf eq ;
Calculer heq de l’expression (3.100) en mettant Φ = k ;
Calculer geq de l’expression (3.100) en mettant Φ = ε ;
Initialiser f ← f eq , h ← heq , g ← geq ;
while t < tmax do
Hydrodynamique :
Construire la matrice S = diag[s0 , . . . , s8 ], avec s7 = s8 = 1/τtot ;
Calculer m ← Mf ;
Calculer f par : f (x + cα ∆t, t + ∆t) − f (x, t) = −M−1 S [m(x, t) − meq (x, t)] + ∆tFex ;
Effectuer la procédure de la propagation ;
Introduire les conditions aux limites ;
q−1 q−1
Calculer les variables macroscopiques : et cα fα ;
X X
ρ← fα ρu ←
α=0 α=0

Turbulence :
(k) (k) (k) (k)
Construire la matrice Sk = diag[s0 , . . . , s8 ], avec s3 = s5 = 2/τk ;
(ε) (ε) (ε) (ε)
Construire la matrice Sε = diag[s0 , . . . , s8 ], avec s3 = s5 = 2/τε ;
Appel de la procédure "P3 : calcul_ect_MBR-TRM(k) " ⇒ ECT k ;
Appel de la procédure "P4 : calcul_eps_MBR-TRM(ε) " ⇒ Dissipation ε ;
k2 νt νt
Calculer : νt = Cµ , Dk = ν + , Dε = ν + ;
ε σk σε
1 νt
Calculer : τtot = + 2 , τk = 6ηDk + 1 , τε = 6ηDε + 1 ;
2 cs ∆t
Calculer le nouveau meq par (2.39) en fonction des nouvelles variables ρ et u
Calculer le nouveau mkeq par (3.102) en fonction des nouvelles variables k et u
Calculer le nouveau mεeq par (3.102) en fonction des nouvelles variables ε et u
end while

8 Validation des modèles


8.1 Solutions hydrodynamiques

Pour valider notre modèle pour les équations de Navier-Stokes, nous avons mené une
série de tests exhaustifs sur plusieurs configurations d’écoulement variées et représentatives.
Ces tests visent à évaluer la précision et la robustesse du modèle dans des situations aca-
démiques, mais aussi complexes.
Le premier test consiste en la simulation des tourbillons de Taylor-Green. Ce cas classique
permet de valider la capacité du modèle à reproduire la dynamique tourbillonnaire et le

— 98 —
99 8. Validation des modèles

mécanisme de dissipation d’énergie dans un fluide visqueux. Nous utilisons également ce cas
test qui admet une solution analytique pour évaluer l’ordre théorique d’approximation de la
MBR pour la simulation des écoulements en régime transitoire et turbulent.
Le deuxième test concerne l’écoulement dans une cavité carrée entraînée. Ce scénario est
couramment utilisé pour valider les modèles de dynamique des fluides car il permet de tester
la précision de la localisation du tourbillon central (écoulement laminaire). A grand nombre
de Reynolds, ce cas test nous renseigne sur l’évolution des structures tourbillonnaires dans
un milieu aussi confiné qu’une cavité. Enfin, ce cas permet aussi l’étude de l’évolution des
gradients de vitesse au sein d’une géométrie confinée. L’écoulement entraîné dans une cavité
carrée est un problème de référence en mécanique des fluides incontournable pour la validation
des nouvelles méthodes proposées pour la simulation des écoulements.
Le troisième test examine l’écoulement turbulent entraînée au sein d’une cavité semi-circulaire.
Ce cas complexe est utilisé pour vérifier la capacité du modèle à simuler les écoulements turbulents
dans des géométries non rectangulaires. Par ce test, on étudie également l’influence de la géométrie
de l’écoulement sur la dynamique des tourbillons. La simulation de l’écoulement dans une cavité
circulaire est complexe en raison de la présence de courbures et de gradients de pression variables.
Ces cas tests permettent une validation complète et rigoureuse de la résolution numérique
des ENS. Ils permettent d’étudier l’efficacité, la précision et la stabilité des méthodes numériques
choisies pour cette résolution pour une large gamme d’applications, allant des écoulements
laminaires aux turbulents dans des géométries simples et complexes.

8.1.1 Test 1 : Les tourbillons de Taylor-Green

Les écoulements des fluides incompressibles et visqueux sont régis par les ENS. En écoulement
bidimensionnel et pour des configurations simples ces équations possèdent une solution exacte.
Parmi ces écoulements, on cite par exemple, l’écoulement tourbillonnaire de Taylor-Green qui
décrit une série de tourbillons localisés dans des cellules périodiques du domaine d’étude. Ces
tourbillons sont appelés "tourbillons de Taylor-Green". Pour cet écoulement, la prise en compte
de la viscosité du fluide se traduit par l’apparition d’un terme d’amortissement temporel dans la
solution exacte (voir 3.104). Cette solution a été développée pour la première fois par Taylor et
Green en 1937 [150]. Depuis cette date, cette solution est devenue incontournable pour valider
les solutions numériques des ENS bidimensionnelles. Nous profitons de l’existence de la solution

— 99 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 100

analytique pour confirmer l’ordre théorique de la MBR pour la résolution des ENS.

L’écoulement de Taylor Green évolue dans un domaine carré bidimensionnel de côté L = 2π.
Avec les conditions initiales et aux limites adéquates, on vérifie aisément que le triplet (u, v, p)
donné par les expressions suivantes est une solution des ENS :

u(x, y, t) = −u0 cos (x) sin (y) exp(−2νt)





v(x, y, t) = u0 sin (x) cos (y) exp(−2νt)


(3.104)
ρu2
p(x, y, t) = − 0 (cos (2x) + cos (2y)) exp(−4νt)



4

où ρ est la masse volumique du fluide, u0 est l’amplitude de la vitesse initiale et ν est la viscosité
cinématique de fluide.

Pour valider notre code de calcul qui résout les ENS par la MBR, nous utilisons la solution
des tourbillons de Taylor-Green (3.104). Cette validation nous renseignera sur la capacité de la
MBR à reproduire correctement les cellules tourbillonnaires de ce type d’écoulement. De même,
nous nous appuierons sur cette solution analytique pour estimer l’ordre d’approximation de la
MBR pour la résolution des ENS.

Pour simuler cet écoulement, nous considérons un domaine bidimensionnel carré [0, 2π] ×
[0, 2π]. La condition initiale est déduite de la solution analytique à l’instant t = 0, soit :

u(x, y, 0) = −u0 cos (x) sin (y)





v(x, y, 0) = u0 sin (x) cos (y)


(3.105)
ρu20
 p(x, y, 0) = − (cos (2x) + cos (2y))



4
avec u0 = 5 × 10−2 m/s et ν = 10−3 m2 /s, ce qui induit un nombre de Reynolds Re = 2πu0 /ν ≈
314.
Afin de reproduire la solution analytique décrite ci-dessus, nous avons effectué une simulation
à l’aide du code MBR-TRM que nous avons développé avec le langage Fortran. Pour cela, le
domaine de calcul a été discrétisé en un réseau de 75 × 75 nœuds (c’est-à-dire ∆x = ∆y = 0, 084
m). Nous avons fixé le taux de relaxation à τ = 0, 65 et le pas de temps à ∆t = 0, 0035s. Ces
deux valeurs nous semblent approprié pour assurer la stabilité des calculs.
Puisqu’on dispose de la solution analytique, les conditions aux limites de type Dirichlet sont
adoptées. Les valeurs de ces conditions sont alors extraites de la solution analytique (3.104) aux

— 100 —
101 8. Validation des modèles

quatre bords du domaine. La simulation est effectuée pour une durée Tmax = 25s.

La figure (3.13) présente le champ de la vitesse calculé à l’instant t = Tmax . Ce champ de


vitesse fait apparaître des cellules tourbillonnaires créant un écoulement périodique en espace
de période 2π. En analysant la solution analytique, nous montrons alors que notre résultat est
cohérent avec cette solution analytique explicitée par l’expression (3.104).

Figure 3.13 – La configuration de l’écoulement en vecteurs vitesse à t = 25s

Pour étudier la variation spatiale des composantes de vitesse (u et v), nous avons extrait
des radiales à x = π. La figure (3.14) montre la comparaison entre la solution numérique et
la solution analytique sur cette radiale. Sur cette figure, on lit facilement un excellent accord
entre les deux solutions. Ce résultat, confirme aussi le bon comportement de la MBR pour
la simulation des écoulements non stationnaires.

— 101 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 102

(a) (b)

Figure 3.14 – (a) Comparaison du profile de vitesse pour u tout le long de la direction y, (b) Comparaison
du profile de vitesse pour v tout le long de la direction y (point noir : solution analytique, ligne rouge :
solution calculée)

La figure (3.15) présente le module de la vitesse simulé par la MBR et celui calculé à
partir de la solution analytique (3.104). L’examen de cette figure montre un parfait accord
entre les deux solutions. Ce constat montre aussi que la MBR est capable de reproduire avec
haute précision un écoulement instationnaire (décroissance temporelle des variables u, v et
p) aussi complexe que les tourbillons de Taylor-Green.

(a) (b)

Figure 3.15 – Comparaison du module de la vitesse des tourbillons de Taylor-Green au temps t = 25s.
(a) solution numérique obtenue par le modèle avec un réseau 75 × 75, (b) solution analytique.

— 102 —
103 8. Validation des modèles

8.1.2 Estimation de l’ordre de la méthode

La précision numérique constitue une préoccupation majeure pour les schémas numériques. En
effet, un ordre de précision plus élevé offre une meilleure résolution du champ d’écoulement, mais
augmente le risque des problèmes de stabilité. À l’inverse, une précision numérique insuffisante
peut provoquer une diffusion excessive, et donc altérer la physique réelle. Pour les simulations
des écoulements incompressibles, théoriquement, il a été montré que la MBR est de second ordre
en temps et en espace. Des études antérieures [151, 152] ont démontré et validé que la MBR
maintient cette précision. En fait, l’ordre d’une méthode numérique devrait être validé par des
essais numériques. Cette validation est basée sur l’estimation de l’erreur de l’approximation en
fonction de la taille du réseau.
Plus précisément, on rappelle la norme L2 discrète de l’erreur absolue par rapport à la solution
analytique qui est définie par :
 1/2
1 X n
E(h) = ∥Vexact − Vnum ∥L2 = (Vexact (i, j) − Vnum (i, j))2  (3.106)
Nx Ny i,j=1

où Vexact (i, j) et Vnum (i, j) désignent les modules de la vitesse analytique et numérique respective-
ment. Nx et Ny sont les nombres de nœuds du réseau suivant la direction x et y respectivement.
Ainsi, la méthode d’approximation est dite d’ordre α s’il existe une constante C > 0 tel que

E(h) = Chα = O(hα ) (3.107)

En prenant l’échelle logarithmique des deux côtés, on obtient

log(E(h)) = log(C) + α log(h) (3.108)

Cela signifie que si l’on trace l’erreur numérique en fonction de l’espacement du maillage (ici
désigné par h)sur une échelle logarithmique alors on pourra déterminer l’ordre de précision en
lisant la pente de la droite ajustée linéairement (qui est ici égal à α).
En ce qui nous concerne, et pour évaluer l’ordre de l’approximation par la MBR, nous utilisons
le procédé décrit ci-dessus. Pour cela, nous calculons l’erreur numérique donnée par l’expression
(3.106) pour quatre résolutions de réseau, à savoir Nx ×Ny = 300×300, 210×210, 150×150, 75×
75. Pour les quatre simulations, nous avons conservé les mêmes paramètres de simulation adoptés
pour le test précèdent et en particulier le couple (τ = 0.65 et ∆t = 0, 0035s).

— 103 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 104

Figure 3.16 – Norme L2 de l’erreur absolue du module de la vitesse en fonction de h dans l’écoulement
tourbillonnaire de Taylor-Green.

La figure (3.16) présente la norme L2 de l’erreur absolue obtenue par la MBR en échelle
logarithmique. Elle révèle que la pente de la ligne ajustée linéairement est de 1, 977 (≈ 2), ce qui
indique que la présente méthode est précise au second ordre dans l’espace. Ce résultat vérifie alors
le second ordre de la MBR obtenu théoriquement par l’analyse multi-échelle de Chapman-Enskog.

8.1.3 Test 2 : L’écoulement entraîné dans une cavité carrée

Le problème classique de la cavité entraînée par une paroi mobile, ou "Lid-driven cavity flow"
en anglais, est largement étudié depuis de nombreuses décennies dans le domaine de la dynamique
des fluides numériques. Dans une cavité contenant un fluide visqueux et incompressible,
l’écoulement est généré par le déplacement uniforme de la paroi supérieure (Fig. 3.17). En
effet, la paroi mobile transmet sa vitesse U0 à la couche fluide immédiatement en contact
avec cette paroi. Par viscosité, une portion de cette vitesse sera transmise aux restants des
couches jusqu’aux couches proches des parois solides de vitesse nulle. Cet écoulement, au début
instationnaire, finira par se stabiliser par la création d’un tourbillon central qui occupe la cavité
sans atteindre les deux coins inférieurs. En revanche, quand l’écoulement est turbulent (grand
nombre de Reynolds), ces deux coins seront également occupés par deux tourbillons secondaires.
En réalité, le nombre des tourbillons et leurs positions dépendent fortement de l’intensité de

— 104 —
105 8. Validation des modèles

la turbulence régnante dans la cavité. C’est cette dépendance qui a motivée les chercheurs à
travers le monde pour utiliser ce cas test pour valider les méthodes de résolution des ENS,
mais surtout tester aussi les nouveaux modèles de la turbulence.

Figure 3.17 – Domaine d’écoulement 2D dans une cavité carrée.

L’écoulement généré par le cisaillement de la paroi mobile a été initialement étudié, à la fois
numériquement et analytiquement, par Burggraf [153] pour une cavité avec un rapport d’aspect
de un. Cette étude a été suivie par le célèbre travail numérique de Ghia et al., [154] qui ont
appliqué la méthode multi-grille afin d’obtenir des solutions pour des nombres de Reynolds
allant de Re = 100 à Re = 10000. Pour obtenir une solution précise du second ordre pour
des nombres de Reynolds compris entre 100 et 10000, Gupta et Kalita [155] ont employé une
formulation basée sur la vitesse et la fonction de courant, en utilisant une grille uniforme de
161 × 161. Quant à Lima et al., [156], ils ont employé la méthode des éléments finis à volume
de contrôle pour étudier l’écoulement du fluide incompressible et visqueux dans une cavité
carrée pour Re = 100, 400, 1000 et 10000. En utilisant la méthode des volumes finis et un
algorithme de couplage pression-vitesse, Azzouz et Houat [157] ont effectué une étude numérique
de l’écoulement dans une cavité carrée bidimensionnelle pour des nombres de Reynolds allant de
100 à 50000. Leur utilisation d’une taille de maille "très fine" a démontré une grande efficacité

— 105 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 106

en termes de stabilité pour des valeurs élevées de Reynolds. Ces deux auteurs ont présenté et
discuté en détail leurs résultats pour Re ≤ 35000.

Pour la simulation de l’écoulement dans la cavité entraînée par la MBR, Hou et al., [158] ont
étudié l’effet de la compressibilité sur l’écoulement en utilisant l’opérateur de Bhatnagar-Gross-
Krook (BGK) pour un Re inférieur à 7500. Ils ont également tenté d’étudier la dépendance du
maillage dans le but de déterminer le temps nécessaire pour atteindre un état stable en fonction
de la taille du réseau. Par ailleurs, Aslan et al., [159] ont étudié la stabilité de l’écoulement
de cavité en comparant la collision par l’opérateur TRU et celle par l’opérateur TRM et ceci
pour différentes valeurs de Re. De même, Lin et al. [160] ont incorporé la MBR basée sur le
TRM pour calculer les écoulements de cavité pour des valeurs de Re allant de 100 à 7500. Leurs
résultats sont en parfait accord avec ceux publiés pour des rapports d’aspect (le rapport entre
la profondeur et la largeur) identiques allant de 1 à 4.

En ce qui nous concerne, nos simulations ont été effectuées sur le domaine de calcul illustré
sur la figure (3.17). Il s’agit d’une cavité carré bidimensionnelle de longueur L = 1m avec la
paroi supérieure se déplaçant vers la droite avec la vitesse horizontale constante U0 = 1m. Ce
mouvement de la paroi induit alors un cisaillement à la frontière supérieure qui génère à son
tour l’écoulement dans la cavité. Comme indiqué sur la figure (3.17), les 3 autres parois sont
fixes. L’écoulement est caractérisé par le nombre de Reynolds qui est estimé dans ce cas par
Re = LU0 /ν, où ν la viscosité du fluide.

Pour nos calculs, nous avons mis en œuvre l’algorithme (1). C’est à dire, nous avons opté
pour la variante TRM de la MBR pour des raisons de stabilité. Pour cet effet, le domaine de
calcul a été discrétisé par le réseau D2Q9 de 240 × 200 nœuds avec ∆y = 1.2∆x et dont les
vitesses (cα )0≤α≤8 et les coefficients de pondération (ωα )0≤α≤8 sont exprimés par les expressions
(3.54) et (3.56) respectivement. Le taux de relaxation a été fixé à la valeur τ = 0.62. Pour ce cas
test, les taux de relaxation des moments constituant la matrice diagonale S (voir Algorithme
1) ont été fixés à : s0 = 1.0 ; s1 = 1.0 ; s2 = 1.1 ; s3 = 0.7 ; s4 = 1.1 ; s5 = 1.0 ; s6 = 1.0 et
s7 = s8 = 1/τ .
Sur les parois solide, nous avons imposé la condition de non glissement ce qui correspond à la

— 106 —
107 8. Validation des modèles

condition de rebond à mi-chemin pour la MBR (voir S/Sec. 5.1.2, A). La vitesse U0 de la paroi
mobile a été utilisée comme la valeur de la condition de Dirichlet sur cette limite du domaine
(voir Chap. 3, S/Sec. 5.1.1, A). Les solutions stationnaires sont obtenues après 60000 pas de
temps. Afin d’étudier le comportement de l’écoulement dans la cavité, nous avons simulé cet
écoulement pour deux différents nombres de Reynolds, à savoir Re = 400 et Re = 1000.

(a) (b)

(c) (d)

Figure 3.18 – Lignes de courant de l’écoulement dans la cavité (a) : Re = 400, (b) : Re = 1000, (c) :
évolution des composantes de la vitesse pour Re = 400, (d) : évolution des composantes de la vitesse
pour Re = 1000.

La figure (3.18) présente les lignes de courant simulés dans la cavité à t = 400s pour Re = 400
et Re = 1000. L’examen des deux figures, montre que le modèle reproduit correctement la
caractéristique fondamentale de cet écoulement qui se résume dans l’apparition d’un grand
tourbillon primaire au centre et de deux tourbillons secondaires près des deux coins inférieurs.
Ces deux figures montrent également de manière claire l’effet du nombre de Reynolds sur la
dynamique de l’écoulement. En effet, comme le montre la figure (3.18), le tourbillon à gauche se

— 107 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 108

développe en poussant le tourbillon primaire vers la droite au fur et à mesure que le nombre de
Reynolds augmente.
Notons que les figures (3.18-c) et (3.18-d) ont été présentées dans le but de montrer que pour
les deux simulations, l’état stationnaire a été largement atteint pour t = 400s (soit ≈ 54000 pas
de temps). Ces deux figures montrent aussi clairement qu’une simulation de t = 200s aurait
suffit pour converger vers l’état stationnaire de l’écoulement.

(a) (b)

Figure 3.19 – (a) Profil de la composante vitesse u à x = 1/2 pour Re = 400. (b) Profil de la composante
vitesse v à y = 1/2 pour Re = 400.

Pour étudier la variation spatiale des composantes de la vitesse, nous avons confronté nos
résultats à ceux considérés comme la référence en mécanique des fluides numérique, il s’agit des
résultats de Ghia et al., [154]. La figure (3.19) compare les composantes normale et tangentielle
de la vitesse sur la radiale x = 1/2 et y = 1/2 pour un écoulement laminaire pour un nombre de
Reynolds Re = 400. On observe un très bon accord entre les deux résultats. De même, la figure
(3.20), présente la même comparaison, mais pour un écoulement plus intense pour un nombre de
Reynolds Re = 1000 (sans qu’il soit turbulent). On note également un bon accord entre les deux
vitesses. De cette dernière figure, on constate également que la simulation par la MBR reproduit
correctement les zones où se développe une couche limite (essentiellement près des parois solides).
Par ailleurs, nous précisons que l’ensemble des comparaisons que nous présentons ici sont aussi
en parfait accord avec celles publiées par Wu et Shao [161] en utilisant la méthode de Boltzmann

— 108 —
109 8. Validation des modèles

standard sur un réseau carré (c’est-à-dire ∆x = ∆y). En résumé, la MBR simule avec une bonne
précision l’écoulement laminaire induit par cisaillement de la couche supérieure d’une cavité.

(a) (b)

Figure 3.20 – (a) Profil de la composante vitesse u à x = 1/2 pour Re = 1000. (b) Profil de la
composante vitesse v à y = 1/2 pour Re = 1000.

Par ailleurs, nous avons testé une simulation avec un taux de relaxation constant τ et
des nombres de Reynolds supérieurs ou égaux à 5000. Les résultats obtenus n’ont pas été
satisfaisants et nos résultats s’écartent significativement des résultats de Ghia et al., [154]
(parfois, on observe l’apparition des instabilités numériques). En effet, pour un nombre de
Reynolds supérieur ou égal à 5000, l’écoulement devient turbulent. Ce régime d’écoulement
est caractérisé par des gradients de vitesse et de pression élevés, ce qui le rend difficile à
simuler avec un taux de relaxation constant. Ce constat, souligne la nécessité d’intégrer dans
la MBR les modèles de la turbulence (SGE ou ENSMR) présentés dans la section (4) de ce
chapitre. Nous avons alors consacré une partie des travaux de la thèse pour coupler nos modèles
hydrodynamiques avec les deux approches de la turbulence. Nous présenterons nos résultats
de cette recherche dans le cas test suivant (cavité semi-circulaire). De même seront présentés
les résultats sur la turbulence dans les chapitres 3 et 4.

8.1.4 Test 3 : L’écoulement entraîné dans une cavité semi-circulaire

On rappelle que nous avons terminé le test précédent sur la cavité carré en concluant qu’il
faut intégrer la turbulence pour essayer d’étudier correctement la dynamique des tourbillons.
Dans cette sous-section, nous présentons les résultats de nos travaux de recherche consacré à la

— 109 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 110

modélisation de la turbulence. Mais avant cela, nous étudierons la stabilité de l’écoulement dans
une cavité semi-circulaire en fonction du nombre de Reynolds. Nos résultats seront comparés à
ceux publiés dans la littérature comme par exemple : Glowinski et al.,[162] Yang et al.,[163] et
Ding et al., [164].
Le domaine d’étude présenté sur la figure (3.21) est une cavité semi-circulaire de diamètre 1m.
La paroi supérieure est mobile se déplaçant vers la droite avec la vitesse U0 = 10−1 m/s. La
deuxième frontière schématisée par l’arc AB est supposée immobile. Pour la discrétisation du
domaine, nous adoptons le réseau D2Q9 en 252 × 126 nœuds, soit un pas d’espace régulier
∆x = ∆y = 4 × 10−3 m. Le pas de temps qui semble assurer la stabilité numérique des calculs a
été fixé à ∆t = 7.5 × 10−3 s. Les vitesses du réseau (cα )0≤α≤8 et les coefficients de pondérations
(ωα )0≤α≤8 sont ceux donnés par les expressions (3.54) et (3.56) respectivement. Le taux de
relaxation τ a été déduit de la viscosité moléculaire via le nombre de Reynolds.

Figure 3.21 – Domaine d’écoulement 2D dans une cavité semi-circulaire.

Écoulement stable dans la cavité semi-circulaire (Re ≤ 6600)


L’écoulement en cavité semi-circulaire a été étudié théoriquement par Glowinski et al.[162]. Ces
auteurs, ont employé la technique de séparation des opérateurs et la MEF afin d’analyser le
déplacement du fluide au sein d’une cavité semi-circulaire. Cette étude a permis de localiser
la formation des tourbillons primaires, secondaires et tertiaires. De même, cette étude a pu
détecter le phénomène de bifurcation de Hopf autour de Re = 6600. Par ailleurs, avec la méthode
BGK, Yang et al.,[163] et Ding et al., [164] ont simulé l’écoulement dans une cavité circulaire

— 110 —
111 8. Validation des modèles

pour conclure que l’écoulement reste stationnaire avec l’apparition de trois tourbillons pour des
nombres de Reynolds proches de 6600, puis l’écoulement devient périodique pour des nombres
de Reynolds avoisinant 7500. Enfin, l’écoulement devient complètement chaotique pour des
nombres de Reynolds de l’ordre de 50000. Nous utilisons ces résultats pour les comparer avec
ceux issus de notre modélisation.

Pour ce cas, nous avons résolu l’ENS par la MBR. Pour assurer la stabilité des calculs,
nous avons utilisé la variante TRM en adoptant la matrice diagonale S due à Mohamad [77].
A savoir s0 = 1.0, s1 = 1.4, s2 = 1.4, s3 = 1.0, s4 = 1.2, s5 = 1.0, s6 = 1.2, s7 = s8 = 1/τ . En
d’autre terme, pour l’étude de la stabilité de l’écoulement, nous avons exactement mis en œuvre
l’algorithme (1). Pour les CLs de l’hydrodynamique, nous imposons la condition de Dirichlet
sur la vitesse. La valeur de la vitesse à imposer est naturellement celle de la paroi entraînant le
fluide à cette frontière, c’est-à-dire sur la frontière supérieure, nous imposons u = U0 et v = 0.
Quant à la frontière immobile, nous imposons la condition sans glissement (u = 0 et v = 0) qui
se traduira par l’utilisation du schéma de rebond à mi-chemin.
Pour pouvoir comparer nos résultats avec ceux de la littérature, nous avons simuler 6 cas tests
avec différents nombres de Reynolds : Re = 500, 1000, 2000, 3000, 5000, 6600. L’ensemble de ces
résultats sont présentés en ligne de courant sur la figure (3.22).

La figure (3.22) montre l’évolution de la dynamique des tourbillons dans le domaine d’étude.
A faible nombre de Reynolds (Re = 500), on observe que la stabilité de l’écoulement induit
une seul tourbillon qui occupe presque toute la cavité, mais décentré vers la droite. Cette
observation peut être argumentée par le fait qu’à faible nombre de Reynolds, l’écoulement est en
régime laminaire qui est caractérisé par une organisation de l’écoulement. Par ailleurs, lorsque le
nombre de Reynolds augmente, la séparation des tourbillons commence à se produire, la taille
et la structure de la région séparée changent et un tourbillon secondaire, puis un tourbillon
tertiaire apparaissent. Par ailleurs, les tourbillons secondaires et tertiaires se développent au fur
et à mesure que le nombre de Reynolds augmente. Ils se développent en poussant le tourbillon
principal vers la partie droite de la cavité comme le montrent l’ensemble de la figure (3.22).
Notons qu’en analysant encore une fois ces figures, on peut conclure que la taille des tourbillons
dépend également du nombre de Reynolds. Enfin, notons que nos résultats sont en parfait

— 111 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 112

accord avec ceux des chercheurs qui ont étudiés la dynamique tourbillonnaire dans la cavité
semi-circulaire et en l’occurrence Glowinski et al.,[162], Yang et al.,[163] et Ding et al., [164].

(a) (b)

(c) (d)

(e) (f)

Figure 3.22 – Les lignes de courants de l’écoulement pour différents Re(a) Re = 500, (b)Re = 1000, (c)
Re = 2000, (d) Re = 3000, (e) Re = 5000, (f) Re = 6600.

La dynamique tourbillonnaire dans la cavité carrée est totalement différente. En effet, à grand
nombre de Reynolds, un tourbillon majeur occupe la partie centrale du domaine tandis que des
tourbillons mineurs apparaissent essentiellement dans les coins inférieurs et en haut à gauche
[154]. En revanche, dans le cas d’une cavité semi-circulaire, les tourbillons se développent en
bas et à mesure que le nombre de Reynolds augmente, ils grandissent en poussant le tourbillon

— 112 —
113 8. Validation des modèles

principal vers la partie droite de la cavité. Cette comparaison entre ces deux cas tests répond
à la question que nous nous sommes posés au départ sur l’influence de la géométrie sur les
interactions entre tourbillon et paroi solide.
La dynamique des tourbillons peut être quantifiée par le suivi de la position du centre de chaque
tourbillon en fonction du nombre de Reynolds. Nous avons donc accompli cet exercice dont les
résultats sont résumés dans le tableau (3.5) et comparés aux résultats de trois références citées
ci-dessus quand ils sont disponibles. En analysant ce tableau, nous pouvons remarquer que
nos résultats (en surbrillance jaune dans le tableau) vont dans le bon sens des interprétations
annoncées ci-dessus. La deuxième remarque est que nos résultats sont du même ordre que ceux
de Glowinski et al.,[162], Yang et al.,[163] et Ding et al., [164].

Tableau 3.5 – Localisation du centre des tourbillons


Re 500 1000 2000 3000 5000 6600
(0.639,0.3093) (0.6231, 0.2986) (0.6319, 0.2957) (0.6452, 0.2988) (0.6836, 0.3090) (0.7041, 0.3180)
[163] — (0.6201, 0.2940) (0.6376, 0.2939) (0.6553, 0.2959) (0.6846, 0.3037) (0.7002, 0.3095)
Centre du vortex primaire
[162] — (0.6214, 0.2970) (0.6359, 0.2948) (0.6514, 0.2973) (0.6833, 0.3064) (0.7009, 0.3109)
[164] (0.642,0.3099) (0.6221, 0.2983) (0.6309, 0.2955) (0.6468, 0.2971) (0.6715, 0.3027) (0.6804, 0.3112)
— (0.1560, 0.2230) (0.1714, 0.3180) (0.1906, 0.3129) (0.2316, 0.2988) (0.2661, 0.2911)
Centre du vortex secondaire [163] — (0.1534, 0.2412) (0.1748, 0.3174) (0.1904, 0.3154) (0.2353, 0.3018) (0.2510, 0.3000)
[164] — (0.1566, 0.2230) (0.1750, 0.3156) (0.1795, 0.3281) (0.2124, 0.3196) (0.2327, 0.3156)
— — — — (0.3494, 0.049) (0.4032, 0.0632)
Centre du vortex tertiaire [163] — — — — (0.3291, 0.0557) (0.3916, 0.0673)
[164] — — — — (0.2752, 0.0752) (0.3405, 0.0841)

Nous avons pu interpréter cette dynamique grâce à l’accès aux tourbillons de petites tailles
simulés par la variante TRM de la MBR. Ceci montre que notre modèle est capable de reproduire
les détails sur les structures tourbillonnaire d’un écoulement en turbulence développé. Cette
application montre également que la MBR et ses variantes sont des outils numériques efficaces
et robustes pour simuler des écoulements complexes aidant ainsi à leur compréhension.

8.2 Solutions de l’équation du transport (convection-diffusion)

Pour valider la résolution numérique de l’ECD par la méthode proposée (M BR − D2Q5),


nous comparons nos résultats de simulation avec des solutions analytiques publiées dans la
littérature. Pour tester les performances de la MBR toutes les situations qui peuvent se présenter
pour la résolution numérique de l’ECD, nous considèrerons trois tests avec solutions analytiques.
Le premier test traite la résolution de l’ECD pour une concentration stationnaire, le seconde
résout un champ de concentration stationnaire, mais avec des CLs dépendantes de l’espace

— 113 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 114

et sans terme source et le troisième propose une solution de l’ECD pour une concentration
instationnaire avec la présence d’un terme source. Le dernier test a été choisi pour tester les
performances de notre modèle à reproduire correctement l’évolution temporelle de la solution
simulée et la précision de l’approximation du terme source dans l’EB.

8.2.1 Test 1 : Cas stationnaire

Pour ce cas, on s’intéresse à la diffusion d’un contaminant passif évoluant dans un écoulement
de vitesse uniforme et uniquement longitudinale (v = 0). Le milieu est supposé isotrope
de diffusion constante D0 . Ce cas test a été étudié par Liu et al., [165]. Pour ce problème,
l’ECD à résoudre est donnée par :
!
∂C ∂C ∂ 2C ∂ 2C
+u = D0 + (3.109)
∂t ∂x ∂x2 ∂y 2
Le domaine de l’évolution du contaminant C est un rectangle de longueur L = 250m et de
largeur l = 40m. Uniquement la moitié inférieure de la limite ouest est contaminée avec une
concentration constante C = C0 . La moitié supérieure de cette frontière est maintenue dans
l’eau claire avec une concentration nulle C = 0. Cette condition initiale s’exprime comme :

C0 si y ≤ 0
(
C (x, y) = (3.110)
0 si y > 0

Pour les trois autres frontières du domaine, nous avons appliqué la condition de gradient nul. Pour
les conditions aux limites décrites ci-dessus, la solution analytique de l’équation (3.109) est donnée
par :
  
C0  y
C (x, y) = 1 − erf  q (3.111)
2

4D0 x/u

où erf () est la fonction erreur.


L’analyse de la solution analytique montre que quand la solution atteint le régime stationnaire,
on observera la formation d’une zone de transition de la pollution. Cette zone deviendra de plus
en plus large au fur et à mesure que l’on avance dans la direction de l’axe longitudinal.
Les simulations ont été effectuées pour un réseau de 250 × 40 (∆x = ∆y = 10−2 m) et pour
un pas de temps ∆t = 10−1 s. Le taux de relaxation τ = 0.78 semble convenir pour assurer
une meilleure stabilité. Pour la vitesse u et le coefficient de diffusion D0 , nous avons utilisé
les valeurs proposées par Liu et al., [165], c’est-à-dire u = 10−1 ms−1 , D0 = 2 × 10−3 m2 s−1 et
C0 = 10−1 gl−1 . La solution stationnaire a été atteinte après 30000 pas de temps.

— 114 —
115 8. Validation des modèles

Figure 3.23 – Distribution de la concentration calculée par le modèle numérique.

Figure 3.24 – Distribution de la concentration calculée par la solution analytique (3.111)

Les figures (3.23 et 3.24) présentent le champ de pollution simulé par le modèle numérique
et celui calculé par la solution analytique (3.111). On observe un très bon accord entre les
deux solutions. De la figure (3.24), on peut lire que la zone de transition (avant le début de
la diffusion) est située pour x < 10m. En revanche, sur la figure (3.23), la zone de transition
est localisée pour x < 5m. On conclut alors que le modèle numérique sous-estime cette zone,
mais nous pensons qu’un raffinement de points de réseau et une valeur de τ légèrement inférieur
à 0.78 peuvent améliorer significativement ce résultat. On observe également que la solution
numérique vérifie l’analyse élaborée ci-dessus sur le comportement de la solution analytique.
Par ailleurs, la figure (3.25) montre la superposition des profils de la solution numérique et
analytique à x = 250m. Sur cette figure, on note l’excellent accord entre la solution analytique

— 115 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 116

et numérique. De même, la figure (3.26) compare les deux solutions à x = 5m pour montrer un
bon accord entre la solution numérique et analytique. Cependant, on observe un écart entre les
deux solutions induisant une erreur relative maximale avoisinant les 5%. Cette erreur peut être
réduite en raffinant les points de réseau et adopté un temps de relaxation τ inférieur à 0.78.
La comparaison des figures (3.25) et (3.26) confirme l’analyse faite sur la solution analytique.
En effet la figure (3.26) trace le profil de la solution dans la zone de transition qui se caractérise
par une très faible diffusion (pente raide à l’interface y = 0m). En revanche, à la limite droite
du domaine (loin de la zone de transition), cette figure trace des profils de concentration avec
une pente bien étalée à l’interface y = 0m. Cet étalement est bien la caractéristique d’une
diffusion plus importante que celle de la zone de transition.

Figure 3.25 – Comparaison des profils de la solution analytique et numérique à x = 250m. (point noir :
solution analytique, ligne rouge : solution calculée)

Figure 3.26 – Comparaison des profils de la solution analytique et numérique à x = 5m. (point noir :
solution analytique, ligne rouge : solution calculée)

— 116 —
117 8. Validation des modèles

8.2.2 Test 2 : Cas stationnaire avec conditions aux limites variables

Ce cas test, est similaire au précédent, mais ils se différentient uniquement dans la spécification
des CLs. Il résout alors l’ECD (3.109) par la MBR dans un canal d’écoulement longitudinal
et stationnaire (v = 0). Le milieu est supposé isotrope de coefficient de diffusion D0 constant.
Le canal est de longueur L et de hauteur H. Ce cas test a été étudié également par Hu
et al., [166]. La figure (3.27) présente la configuration géométrique ainsi que le profil de
la concentration imposée sur les bords.

Figure 3.27 – Comparaison des profils de la solution analytique et numérique à x = 5m

Sur les frontières inférieure (y = 0) et supérieure (y = H) du domaine, on impose le profil


périodique de la concentration, C(x, 0) = C(x, H) = cos(kx) où k = 2π/L. Sous ces conditions,
Li et al., [167] ont développé la solution exacte de l’ECD qui est donnée par :
  
Cexact (x, y) = ℜe eikx C1 e−λy/H + C2 e−λy/H









1 − eλ e−λ − 1


C1 = C2 =

,

 e−λ − eλ e−λ − eλ (3.112)



 s

iku


λ= k2 +



D0

Où ℜe désigne la partie réelle d’un nombre complexe et i désigne le complexe imaginaire pur tel
que i2 = −1.

Pour ce cas test, nous avons utilisé le réseau D2Q5 avec la variante TRU de la MBR. Les
vitesses du réseau (cα )0≤α≤4 et les coefficients de pondération (ωα )0≤α≤4 sont donnés par les

— 117 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 118

expressions (3.77) et (3.78) respectivement. Le domaine d’étude est de dimension L = H = 1m.


La vitesse de l’écoulement est une constante de valeur u = 2 × 10−2 et le coefficient de diffusion
est constant fixé à D0 = 10−3 . Le pas spatiale du réseau est ∆x = ∆y = 5 × 10−3 , soit un réseau
de 200 × 200 nœuds. Le taux de relaxation τ = 0.78 et le pas de temps ∆t = 2 × 10−3 semblent
convenir pour la stabilité des calculs. Pour assurer la convergence à un état stationnaire, le
temps de simulation Tmax a été fixé à 150s.

La figure (3.28) présente les contours de la solution exacte et ceux de la solution approchée
par la MBR. On observe un parfait accord entre les deux solutions. L’erreur relative maximale
est observée au centre du canal (loin des quarte frontières). Elle a été estimée à 1.1%. La figure
(3.29) confirme de façon détaillée ces excellents résultats. Elle présente la superposition des
deux solutions sur des différentes radiales du domaine d’étude. Sur cette figure, on observe
le parfait calage entre les deux solutions.

(a) (b)

Figure 3.28 – Comparaison des solutions exacte et numérique à l’instant t = 150s : (a) solution exacte
obtenue par (3.114), (b) solution numérique obtenue par la MBR.

— 118 —
119 8. Validation des modèles

Figure 3.29 – Comparaison des profils de la solution analytique et numérique à différentes radiales.
(point noir : solution analytique, ligne de couleur : solution calculée)

8.2.3 Test 3 : Cas instationnaire avec terme source

Dans cette partie, l’ECD à résoudre pour les tests numériques est de la forme :

∂C ∂C ∂C ∂ 2C ∂ 2C
+u +v = D1 2 + D2 + Sc (x, y, t) ; (x, y) ∈ [0, 1] × [0, 1] (3.113)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂y 2

Le but de cette sous-section est de valider la résolution numérique de l’ECD par la MBR
dans le cas où la solution est dépendante du temps et l’ECD contient un terme source. Il est
à noter que l’un des défis des méthodes mésoscopique telle que la MBR est la discrétisation
des termes sources. En effet, lors du développement de Chapman-Enskog, on peut s’apercevoir
que la convergence de l’EB discrétisée vers l’EDP concernée dépend fortement à la fois du
choix de la fonction de distribution d’équilibre (f eq ) et de l’approximation du terme source.
En d’autre terme, un mauvais choix de (f eq ) et/ou une approximation moins précise du terme
source généreront des termes de déviation (erreur) dans le développement de Chapman—Enskog.
Ce qui peut compromettre sérieusement la convergence de ce développement vers l’EDP en
question. Pour tester la pertinence de la discrétisation du terme source, nous nous sommes
inspirés des travaux de Zhang et al., [149] pour construire une solution périodique en espace
et dépendante du temps. Ensuite, on impose à la solution ainsi construite de vérifier l’ECD.

— 119 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 120

Les calculs des dérivées successives et leur substitution dans l’équation (3.113) permettent d’en
déduire le terme source Sc .
On construit la solution exacte par :

C(x, y, t) = (t + 1) sin (2πx) cos (2πy) pour (x, y) ∈ [0, 1] × [0, 1] (3.114)

Si l’on impose à C d’être solution de (3.113). On peut expliciter le terme source Sc par l’expres-
sion :
!
∂C ∂C ∂C ∂ 2C ∂ 2C
Sc (x, y, t) = +u +v − D1 2 + D2 (3.115)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂y 2

Le développement des calculs donne alors :

Sc (x, y, t) = sin (2πx) cos (2πy)


+2π (t + 1) (u cos (2πx) cos (2πy) −v sin (2πx) sin (2πy)) (3.116)
+4π 2 (t + 1) sin (2πx) cos (2πy) (D1 + D2 )

Pour nos simulations, nous avons considéré que la concentration du polluant évolue dans un
domaine carré de côté L = 1m. Ce domaine est couvert par un réseau de 100 × 100 points (soit
(∆x = ∆y = 10−2 m). Le champ des vitesses est considéré constant (u, v) = (10−1 , 10−1 ) m/s.
Le tenseur de diffusion est supposé isotrope est constant D1 = D2 = 10−1 m2 /s. Le pas de
temps ∆t et le temps de relaxation τ ont été respectivement fixés à ∆t = 10−4 s et τ = 0.78.
Le temps total Tmax de la simulation est de 0.6s. Pour les conditions aux limites, nous avons
imposé les valeurs de la solution analytique aux quatre frontières du domaine d’étude (conditions
aux limites de type Dirichlet). Les calculs démarrent à l’instant t = 0 avec la distribution de
concentration C(x, y, 0) = sin (2πx) cos (2πy).

La figure (3.30) compare les solutions analytique et numérique obtenues à l’instant t = Tmax .
En examinant les valeurs sur les quatre frontières de la figure (3.30), on observe que les valeurs
simulées par le modèle collent parfaitement avec celles de la solution analytique qui ont été
imposées comme valeurs aux limites du modèle. Ceci nous amène à conclure que le modèle
numérique est capable de traiter les conditions de type Dirichlet avec une grande précision.
La figure (3.30) montre également une très bonne concordance entre les deux solutions dans
l’ensemble du domaine. L’erreur relative maximale est de 1.2% et elle est atteinte sur les
extremums de la solution, mais un raffinement des points du réseau peut la réduire encore.

— 120 —
121 8. Validation des modèles

(a) (b)

Figure 3.30 – Comparaison des solutions exacte et numérique : (a) solution exacte obtenue à t = 0.6s
par (3.114), (b) solution numérique obtenue à t = 0.6s par la MBR.

Enfin, pour confirmer ces excellents résultats, nous présentons sur la figure (3.31) de façon dé-
taillée la superposition des deux solutions sur deux différentes radiales du domaine d’étude (trans-
versale et longitudinale). Sur cette figure, on observe le parfait accord entre les deux solutions.

(a) (b)

Figure 3.31 – Comparaison des solutions exacte et numérique : (a) solution exacte obtenue à t = 0.6s
par (3.114), (b) solution numérique obtenue à t = 0.6s par la MBR. (point rouge : solution analytique,
ligne noire : solution calculée)

En conclusion, nous avons tester la résolution de l’ECD par la MBR sur trois cas de différents
degrés de complexités, mais admettant des solutions analytiques. Avec ces différents tests,

— 121 —
3. Méthode de Boltzmann sur réseau pour les équations de Navier-Stokes 122

nous avons pu quantifier les erreurs d’approximation qui n’excède pas à 1, 5%. Par ces tests,
nous avons pu montrer également l’efficacité de la MBR à simuler avec une haute précision
la diffusion d’un constituant passif dans un écoulement animé d’une vitesse u = (u, v). Nous
pouvons conclure que la MBR peut rivaliser sérieusement avec les méthodes classiques au
moins sur la facilité de la mise en œuvre.

— 122 —
4
Chapitre
La méthode de Boltzmann sur réseau pour
les écoulements en eaux peu profondes

1 Introduction
Quand l’écoulement est jugé ’peu’ variable selon la direction verticale, il est inutile de
résoudre les équations de Navier-Stokes en 3D, mais il judicieux de calculer l’écoulement moyen
sur la verticale. Dans la nature, on rencontre ces types d’écoulements en milieu marin, fluvial,
estuarien et lacunaire. Les équations qui régissent un tel écoulement sont appelées « équations
des eaux peu profondes (EEPP) (Shallow Water Equation pour les anglo-saxons : SWE) » ou
« les équations de Saint-Venant : ESV ». Ces équations, largement reconnues pour leur efficacité
numérique, sont utilisées pour simuler une grande variété de phénomènes naturels liés aux eaux
peu profondes, notamment des études sur les inondations, les tsunamis, les courants de la marée,
la stabilité et la protection des structures, lutte contre la pollution marine, surveillance des
rejets en milieux aquatiques et le transport sédimentaire, etc. Les ESV sont obtenues sous
certaines hypothèses et en intégrant sur la dimension verticale les ENS 3D.
Dans la deuxième partie de ce chapitre, nous détaillerons de manière rigoureuse la dérivation
des ESV à partir des ENS. Ces équations simplifient la modélisation des écoulements en eaux
peu profondes, tels que ceux observés dans les lagunes, les canaux et les estuaires. De la même
manière, nous dériverons les équations de transport convectif-diffusif en les intégrant également
sur la dimension verticale. Les équations 2D obtenues, permettent de modéliser la dispersion des

123
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 124

polluants dans les milieux aquatiques mentionnés ci-dessus. Enfin, nous présenterons les équations
du modèle de la turbulence à deux équations (k − ε) intégrées sur la verticale. Ces équations
sont adaptées à la modélisation des effets turbulents dans les écoulements de surface libre.
Cette approche progressive, allant de la description complète en 3D à une modélisation
simplifiée en 2D intégrée verticalement, vise à fournir une compréhension approfondie et
cohérente des phénomènes hydrodynamiques et de transport dans les milieux naturels. Elle
permet également d’illustrer l’importance de la simplification des modèles pour des applications
pratiques tout en maintenant une précision suffisante pour reproduire par simulation numérique
les dynamiques essentielles des systèmes étudiés.

2 Équations moyennées sur la verticale


2.1 Hypothèses et conséquences

Les écoulements dans les rivières, les estuaires et les zones côtières peuvent être décrits par
les équations des EPP car la profondeur de l’eau est beaucoup plus petite comparée à l’échelle
horizontale. Dans le modèle mathématique des EEPP, l’hypothèse de la pression hydrostatique
est souvent utilisée pour remplacer l’équation de la quantité de mouvement dans la direction
verticale et par conséquent l’accélération verticale est ignorée [46].
En fait, les ESV sont dérivées par intégration sur la profondeur des ENS tridimensionnelle
(3.7 - 3.10) en supposant uniquement que la profondeur est suffisamment négligeable devant
une longueur caractéristique de mouvement horizontale. Nous verrons que cette hypothèse
a pour conséquence que l’accélération verticale du fluide est négligeable devant la somme
du gradient vertical de la pression et la force de gravité. De cette conséquence, on déduit
que la pression est hydrostatique.

2.1.1 Hypothèse 1 : approximation de Boussinesq

Cette hypothèse suppose que la masse volumique du fluide varie peu en temps et en espace.
On écrit alors : ρ(x, y, z, t) = ρ0 + ρ′ (x, y, z, t) avec ρ′ ≪ ρ0 .
Généralement, la masse volumique ρ′ est induite par les phénomènes de la stratification liés
essentiellement à la température et à la salinité de l’eau de mer.

— 124 —
125 2. Équations moyennées sur la verticale

2.1.2 Hypothèse 2 : approximation "eaux peu profondes"

Pour les écoulements en zone côtière, rivière, canal, etc., l’échelle de la longueur verticale est
souvent négligeable devant l’échelle de la longueur horizontale. Si l’on note par D la longueur
D
caractéristique verticale et par Lh la longueur caractéristique horizontale. On note aussi δ = .
Lh
Pour les écoulements cités ci-dessus, nous aurons δ ≪ 1, c’est le critère pour décider si l’on est en
EPP ou non.
On note par u, le vecteur vitesse qui a pour composantes (u, v, w). De même, on note par U
vitesse caractéristique des composantes horizontales (u, v) et par W vitesse caractéristique de la
composante verticale w de la vitesse.
On rappelle que l’équation de continuité des ENS est donnée par :

∂u ∂v ∂w
+ + =0 (4.1)
∂x ∂y ∂z

En faisant, l’analyse adimensionnelle sur l’équation de continuité ci-dessus, on obtient :

U U W
+ + =0 (4.2)
Lh Lh D

ou encore

UD UD
+ +W =0 (4.3)
Lh Lh

c’est-à-dire
U δ + U δ + W = 0; W = O(δU ) (4.4)

D’après le définition de O() qui stipule : ∃ une constante k tel que :

W < k × δU (4.5)

Ainsi comme δ ≪ 1, on peut conclure que W ≪ 1.


Maintenant, nous allons effectuer l’analyse adimensionnelle sur la 3ème équation de la conservation
de la quantité de mouvement que l’on rappelle ci-dessous :

1 ∂p
! ! !
∂w ∂w ∂w ∂w ∂ ∂w ∂ ∂w ∂ ∂w
+u +v +w =− −g+ νth + νth + νtv (4.6)
∂t ∂x ∂y ∂z ρ ∂z ∂x ∂x ∂y ∂y ∂z ∂z

On définit d’abord par déduction les échelles caractéristiques de temps et des viscosités
horizontale et verticale par :

Lh
T = ; νth = U Lh ; νtv = DW (4.7)
U

— 125 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 126

L’analyse adimensionnelle de chaque terme de l’équation donne :


! !
∂w W WU U δU 2 δ2U 2 D
∼ = = O(δU ) =O =O on utilise δ=
∂t T Lh Lh Lh D Lh
! ! !
∂w UW δU U δU 2 δ2U 2 D
u ∼ =O =O =O on utilise δ=
∂x Lh Lh Lh D Lh
! ! !
∂w UW δ2U 2 ∂w WW δU δU δ2U 2
v ∼ =O et w ∼ =O =O
∂y Lh D ∂z D D D
(4.8)
On applique la même démarche aux termes visqueux pour obtenir :

1
! ! !
∂ ∂w W UW U δU δ2U 2
   
νth ∼ U Lh = =O =O
∂x ∂x Lh Lh Lh Lh D

1
! ! !
∂ ∂w W UW U δU δ2U 2
   
νth ∼ U Lh = =O =O (4.9)
∂y ∂y Lh Lh Lh Lh D

1
! ! !
∂ ∂w W WW δU δU δ2U 2
   
νtv ∼ WD = =O =O
∂z ∂z D D D D D

Ainsi, en remplaçant chaque terme de l’équation (4.6) par sa quantité de l’analyse adimensionnelle,
on aura l’équation suivante :

1 ∂p
! ! ! ! ! ! !
δ2U 2 δ2U 2 δ2U 2 δ2U 2 δ2U 2 δ2U 2 δ2U 2
O +O +O +O =− − g+O +O +O
D D D D ρ ∂z D D D
(4.10)
Si on se place dans l’hypothèse des écoulements en EPP, c’est-à-dire : δ ≪ 1. Ceci implique
aussi que δ 2 qui est encore plus petit que l’unité, c’est-à-dire δ 2 ≪ 1. Au final on aura :

1 ∂p   ∂p  
− − g = O δ2 =⇒ = −ρg + O δ 2 (4.11)
ρ ∂z ∂z

Si l’on accepte une erreur d’ordre au moins égale à δ 2 , alors on constate que la force de pression
est équilibrée par la force de gravité. C’est ce qu’on appelle aussi « l’équilibre hydrostatique ».
Dans ce cas, l’équation (4.6) de la troisième composante de la vitesse w sera réduite à :

∂p
= −ρg (4.12)
∂z

On en déduit que la pression ne dépend que de la variable z. Ce type d’écoulement est dit hydrosta-
tique.

— 126 —
127 2. Équations moyennées sur la verticale

2.2 Les ENS moyennées sur la verticale et dérivation des équations de Saint-
Venant

On rappelle les ENS en (3D) sous forme tensorielle

∂uj
=0 (4.13)
∂xj

∂ui ∂ (ui uj ) 1 ∂p ∂ 2 ui
+ =− +ν + fi (4.14)
∂t ∂xj ρ ∂xi ∂xj ∂xj
où les indices i et j (1 ≤ i, j ≤ 3) désignent les directions spatiales et fi englobe les forces
extérieures, comme par exemple les forces de gravité, les forces de Coriolis, les forces magnétiques,
etc.
Dans un premier temps, nous ne considérons que la force de gravité. La force de Coriolis sera
introduite directement dans ESV finales. Dans ce qui suit, la convention de sommation d’Einstein
sera utilisée.
Les équations générales 2D pour les écoulements d’eaux peu profondes peuvent être dérivées
à partir des équations de Navier-Stokes (4.13) et (4.14). Mais avant de détailler de manière
rigoureuse la dérivation de ces équations, nous schématisons sur la figure (4.1) un écoulement
à surface pour prendre connaissance des différents paramètres qui entre en jeu dans cette
dérivation.
Sur cette figure on lit : η est la dénivellation de la surface libre qui dépend de l’espace 2D
horizontal (x, y) et du temps t, zb est la forme de la topographie du fond marin. Elle dépend
uniquement de (x, y). h est la hauteur d’eau totale qui dépend de x, y et t. Enfin, b désigne
la bathymétrie et elle dépend de (x, y). Nous avons donc h = b + η.

— 127 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 128

Figure 4.1 – Schématisation de l’écoulement à surface libre

On commence par intégrer l’équation de la conservation de la masse 3D du fond (z = zb )


à la surface (z = h + zb ) :
Z h+zb !
∂u ∂v ∂w
+ + dz = 0 (4.15)
zb ∂x ∂y ∂z

Ou encore
Z h+zb Z h+zb
∂u ∂v
dz + dz + w (h + zb ) − w (zb ) = 0 (4.16)
zb ∂x zb ∂y

avec ws = w(h + zb ) est la vitesse verticale à la surface et wb = w(zb ) est la vitesse verticale au
fond (voir figure 4.1).
On remarque que les intégrants et les bornes de l’intégration dépendent des variables horizontales
(x, y), nous utilisons alors la règle de Leibnitz (que nous rappelons en bas) pour les calculer :

Z b(x,y)
∂f (x, y) ∂ Z b(x,y) ∂b(x, y) ∂a(x, y)
dx = f (x, y) dx − f (b(x, y), y) + f (a(x, y), y)
a(x,y) ∂y ∂y a(x,y) ∂y ∂y

Après application de cette règle (f = u, a = zb et b = h + zb ), nous obtenons pour la


première intégrale de l’équation (4.16) :
Z h+zb
∂u ∂ Z h+zb ∂ (h + zb ) ∂zb
dz = u(x, y, z)dz − us + ub (4.17)
zb ∂x ∂x zb ∂x ∂x

— 128 —
129 2. Équations moyennées sur la verticale

De la manière similaire, nous obtenons pour la deuxième intégrale de l’équation (4.16) :


Z h+zb
∂v ∂ Z h+zb ∂ (h + zb ) ∂zb
dz = v(x, y, z)dz − vs + vb (4.18)
zb ∂y ∂y zb ∂y ∂y

On substitue les équations (4.17) et (4.18) dans l’équation de la continuité intégrée sur la
verticale (4.16), on aura :

∂ (h + zb ) ∂ (h + zb )
! !
∂ Z h+zb ∂ Z h+zb ∂zb ∂zb
udz+ vdz+ ws − us − vs − w b − ub − vb =0
∂x zb ∂y zb ∂x ∂y ∂x ∂y
(4.19)
Par ailleurs, on rappelle que les conditions cinématiques au fond (z = zb ) et à la sur-
face (z = h + zb ) s’écrivent :
dzb ∂zb ∂zb ∂zb
wb = = + ub + vb
dt ∂t ∂x ∂y
(4.20)
d (h + zb ) ∂ (h + zb ) ∂ (h + zb ) ∂ (h + zb )
ws = = + us + vs
dt ∂t ∂x ∂y
Ou encore :
∂zb ∂zb ∂zb
= w b − ub − vb
∂t ∂x ∂y
(4.21)
∂ (h + zb ) ∂ (h + zb ) ∂ (h + zb )
= w s − us − vs
∂t ∂x ∂y
C’est exactement les deux termes en bleu dans l’équation précédente (4.19). On aura donc :

∂ (h + zb ) ∂ (h + zb )
! !
∂ Z h+zb ∂ Z h+zb ∂zb ∂zb
udz + vdz + ws − us − vs − wb − ub − vb =0
∂x zb ∂y zb ∂x ∂y ∂x ∂y
| {z } | {z }
∂ (h + zb ) ∂zb
= =
∂t ∂t
(4.22)
et si l’on définit ū et v̄ qui sont les composantes de la vitesse moyenne sur la verticale par :

1 Z h+zb 1 Z h+zb
ū = udz et v̄ = vdz (4.23)
h zb h zb

Alors, l’équation de la continuité en EPP devient alors :

∂h ∂hū ∂hv̄
+ + =0 (4.24)
∂t ∂x ∂y

Maintenant, on intègre sur la verticale la première équation de la CQM (voir Eq. (4.14)) relative
à la première composante de la vitesse u(u, v, w). On rappelle que le vecteur de la force volumique
de la gravité est de la forme (0, 0, −g). L’opération de l’intégration donne :

— 129 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 130

Z h+zb !
∂u ∂uu ∂vu ∂wu
+ + + dz
zb ∂t ∂x ∂y ∂z
(4.25)
Z h+zb "
1 ∂p
! ! !#
∂ ∂w ∂ ∂w ∂ ∂w
= − + vth + vth + vtv dz
zb ρ ∂x ∂x ∂x ∂y ∂y ∂z ∂z
On commence par les termes d’inerties et en appliquant de nouveau la règle de Leibnitz :

Z h+zb
∂u ∂ Z h+zb ∂ (h + zb ) ∂zb
dz = udz − us + ub (4.26)
zb ∂t ∂t zb ∂t ∂t

Z h+zb
∂uu ∂ Z h+zb ∂ (h + zb ) ∂zb
dz = uudz − us us + ub ub (4.27)
zb ∂x ∂x zb ∂x ∂x

Z h+zb
∂vu ∂ Z h+zb ∂ (h + zb ) ∂zb
dz = vudz − vs us + vb ub (4.28)
zb ∂x ∂y zb ∂y ∂y

Z h+zb
∂wu
dz = [wu]h+z
zb
b
= ws us − wb ub (4.29)
zb ∂z
En rassemblant tous les termes, nous aurons :
Z h+zb !
∂u ∂uu ∂vu ∂wu ∂ Z h+zb ∂ Z h+zb ∂ Z h+zb
+ + + dz = udz + uudz + uvdz
zb ∂t ∂x ∂y ∂z ∂t zb ∂x zb ∂y zb
((  
(((( !
∂ (h + zb ) (h(+ z(b ) ∂ (h + zb )
!
∂( ( ( ∂zb ∂z b ∂z

b
+ us w s −
( 
− u( − vs − ub wb − − ub − vb
( 
( (∂t
( ((((s ∂x ∂y  ∂t ∂x ∂y
| (((( {z } |  {z }
=0 =0
(4.30)
A ce stade, la transformation des équations n’est pas encore complète à cause de la présence
des produits uu et uv. Pour résoudre ce problème, on fait appel au théorème de la valeur
Z b Z b
moyenne qui se résume à : f (x)g(x)dx = ξ g(x)dx, on aura :
a a
Z h+zb Z h+zb
uudz = ũ1 udz = ũ1 hū (4.31)
zb zb

De même pour le terme en uv :


Z h+zb Z h+zb
uvdz = ũ2 vdz = ũ2 hv̄ (4.32)
zb zb

Finalement, si l’on pose ũ1 = θ1 ū et ũ2 = θ2 ū, alors on aura :


Z h+zb !
∂u ∂uu ∂vu ∂wu ∂ Z h+zb ∂ Z h+zb ∂ Z h+zb
+ + + dz = udz + uudz + uvdz
zb ∂t ∂x ∂y ∂z ∂t zb ∂x zb ∂y zb
∂hū ∂ (θ1 hūū) ∂ (θ2 hūv̄)
= + +
∂t ∂x ∂y
(4.33)

— 130 —
131 2. Équations moyennées sur la verticale

Les paramètres θ1 et θ2 sont appelés facteurs de correction de la quantité du mouvement. Ils sont
déterminés par :

1 Z h+zb 1 Z h+zb
θ1 = uudz et θ2 = uvdz (4.34)
hūū zb hūv̄ zb

Maintenant, on applique les mêmes règles pour obtenir la transformation des termes visqueux :
!
Z h+zb
∂ 2u ∂ 2u ∂ 2u Z h+zb 2
∂ u Z h+zb 2
∂ u Z h+zb 2
∂ u
νt 2
+ 2
+ 2
dz = ν t 2
dz + ν t 2
dz + ν t dz
zb ∂x ∂y ∂z zb ∂x zb ∂y zb ∂z 2
" #h+zb
∂ 2 Z h+zb ∂ 2 Z h+zb ∂u
= νt 2 udz + νt 2 udz + νt
∂x zb ∂y zb ∂z zb
#h+zb
∂ 2 (hū) ∂ 2 (hū)
" ! !
∂u ∂u ∂u
= νt 2
+ ν t 2
+ + νt − νt
∂x ∂y ∂z zb
∂z z=h+zb
∂z z=zb
! ! (4.35)
∂u ∂u
On rappelle que les nouvelles quantités νt et νt expriment la contrainte
∂z z=h+zb ∂z z=zb
de cisaillement à l’interface air/eau et la contrainte de cisaillement à l’interface eau/fond. Pour
fermer le système, ces nouvelles quantités doivent être modélisées en fonction de ū et v̄ et
la vitesse du vent à la surface libre. On écrit alors :
! !
∂u τbx ∂u τsx
νt = et νt = (4.36)
∂z h+zb
ρ ∂z zb
ρ

où τbx et τsx sont les composantes suivant x des contraintes de cisaillement au fond et à la
surface respectivement. Le premier terme du terme de droite de l’équation (4.14) est lié au
gradient de la pression p. Il peut être intégré directement à partir de l’expression (4.12) de
l’équilibre hydrostatique. Par conséquent par une simple intégration sur la verticale, on obtient :

p(x, y, t) = −ρgz + C0 (4.37)

La constante C0 est déterminée en indiquant qu’à la surface libre (z = h + zb ), la pression


est égale à la pression atmosphérique pa , c’est-à-dire :

C0 = ρg (h + zb ) + pa =⇒ p(x, y, t) = ρg (h + zb − z) + pa (4.38)

La connaissance de la pression atmosphérique est utile quand on souhaite étudier les interactions
océan atmosphère, sinon on prend cette pression nulle.
Z h+zb
1 ∂p
Il reste maintenant à transformer la quantité dz.
zb ρ ∂x

— 131 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 132

En fait, nous avons :


Z h+zb
1 ∂p 1 ∂p Z h+zb 1 ∂p h ∂p
dz = dz = (h + zb − zb ) = (4.39)
zb ρ ∂x ρ ∂x zb ρ ∂x ρ ∂x

c’est-à-dire :
Z h+zb
1 ∂p h ∂ρg (h + zb − z) ∂h ∂zb
dz = = gh + gh (4.40)
zb ρ ∂x ρ ∂x ∂x ∂x

A ce stade, nous avons intégré sur la profondeur tous les termes de la composante x de la
quantité de mouvement des ENS pour obtenir la composante x de la quantité de mouvement
de l’équation des EPP qui s’exprime par :

∂hū ∂ (θ1 hūū) ∂ (θ2 hūv̄) ∂h ∂ 2 (hū) ∂ 2 (hū) ∂zb τsx τbx
+ + = −gh + νt 2
+ ν t 2
− gh + − (4.41)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y ∂x ρ ρ

De manière identique, nous déduisons l’intégration sur la dimension verticale de la deuxième


équation de la quantité de mouvement des ENS pour obtenir la composante y de la quantité
de mouvement de l’équation des EPP donnée par :

∂hv̄ ∂ (θ2 hūv̄) ∂ (θ3 hv̄v̄) ∂h ∂ 2 (hv̄) ∂ 2 (hv̄) ∂zb τsy τby
+ + = −gh + νt 2
+ ν t 2
− gh + − (4.42)
∂t ∂x ∂y ∂y ∂x ∂y ∂y ρ ρ

Théoriquement, les facteurs de correction θ1 , θ2 , θ3 peuvent être calculés à partir des profils de
vitesse connus u et v en utilisant des équations spécifiques. Cependant, il est difficile de les
calculer en raison de l’absence de distribution de vitesse universelles pour tous les écoulements.
Devant ce manque d’informations, il est d’usage de prendre ces trois facteurs égaux à l’unité
pour les simulations numériques des écoulements en EPP. Des tests numériques ont montré que
ce choix aboutit à de bons résultats dans la plupart des cas [46]. Par conséquent, lorsque les
variables θ1 = θ2 = θ3 = 1 sont adoptées, les équations (4.41) et (4.42) deviennent :

∂hū ∂ (hūū) ∂ (hūv̄) ∂h ∂ 2 (hū) ∂ 2 (hū) ∂zb τsx τbx


+ + = −gh + νt 2
+ ν t 2
− gh + −
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y ∂x ρ ρ
(4.43)
∂hv̄ ∂ (hūv̄) ∂ (hv̄v̄) ∂h ∂ (hv̄) 2
∂ (hv̄) 2
∂zb τsy τby
+ + = −gh + νt 2
+ νt 2
− gh + −
∂t ∂x ∂y ∂y ∂x ∂y ∂y ρ ρ

Il est important de noter que la force de Coriolis, doit être incluse dans le système d’EEPP.
En effet, la fréquence de cette force peut être calculée par l’expression fc = 2ω sin(ϕ) où ω est

— 132 —
133 2. Équations moyennées sur la verticale

la fréquence de la rotation de la terre (ω ≈ 7.3 × 10−5 rad/s) et ϕ est la latitude d’un point
du domaine d’étude. Si le temps caractéristique de l’écoulement étudié est comparable à la
fréquence de Coriolis alors les effets de Coriolis doivent être pris en compte dans les simulations.
Cela revient à ajouter cette force dans le bilan des forces extérieurs.
Dans le cadre des EPP, le vecteur de la force de Coriolis à ajouter aux ESV est de la forme
Fc = (fc hv̄, −fc hū). Enfin, avec l’introduction de la force Fc , la forme finale de ces équations est :
∂h ∂hū ∂hv̄


 + + =0
∂t ∂x ∂y








∂hū ∂ (hūū) ∂ (hūv̄) ∂ 2 (hū) ∂ 2 (hū)

∂h ∂zb τsx τbx


+ + = −gh + νt 2
+ νt 2
− gh + fc hv̄ + −
 ∂t
 ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y ∂x ρ ρ




∂hv̄ ∂ (hūv̄) ∂ (hv̄v̄) ∂ 2 (hv̄) ∂ 2 (hv̄)

∂h ∂zb τsy τby


+ + = −gh + νt + − fc hū +

ν − gh −



2 t 2
∂t ∂x ∂y ∂y ∂x ∂y ∂y ρ ρ
(4.44)
Il reste maintenant à expliciter les contraintes de cisaillement au fond τ b = (τbx , τby ) et à la
surface τ s = (τsx , τsy ). Ces deux termes ont été introduits par l’intégration sur la verticale
pour dériver les EEPP. Il faut alors leurs donner un sens physique. Les contraintes τ b et
τ s agissent comme une force de frottement. La première doit alors modéliser ce frottement
entre le fluide et le fond marin à partir des composantes de la vitesse moyenne ū. La seconde
modélisera le frottement à l’interface eau/atmosphère en fonction des composantes de la vitesse
du vent ve proche de la surface de la mer. Les formulations les plus utilisées représentent
un frottement quadratique donné par :
√ √
τbx = ρCf ū∥ū∥ = ρCf ū ū2 + v̄ 2 , τby = ρCf v̄∥ū∥ = ρCf v̄ ū2 + v̄ 2 (4.45)

Cf est le coefficient de frottement du fond, estimé à partir de Cb = g/Cz2 , où Cz est le coefficient


1
de Chezy qui peut être calculé par Cz = h 6 /nb (équation de Manning). Ici nb est le coefficient
de Manning au fond (nb représente l’état de la rugosité du fond). Il exite d’autres formules
issues des mesures en laboratoire pour exprimer le coefficient de Chezy Cz . On cite par exemple
la formule de Colebrook-White [168].
De même, la contrainte de cisaillement τ s due aux forces du vent est généralement exprimée en
formulation quadratique en fonction des composantes de la vitesse du vent ve = (ve,x , ve,y ) par :
q q
τsx = ρa Cw ve,x ∥ve ∥ = ρa Cw ve,x ve,x
2 + v2
e,y , τsy = ρa Cw ve,y ∥ve ∥ = ρa Cw ve,y ve,x
2 + v2
e,y

(4.46)
où ρa est la densité de l’air et Cw est le coefficient de résistance au vent.

— 133 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 134

2.3 Équation de transport moyennée sur la verticale

L’équation de convection-diffusion moyennée en profondeur décrit le transport d’une substance


tel qu’un polluant ou un sédiment dans un milieu fluide soumis à la fois aux effets du champ
des vitesse de l’écoulement (processus de convection) et de la dispersion due aux gradients de
concentration (processus de diffusion).
Il s’agit d’une EDP couramment utilisée en dynamique des fluides, en génie environnemental et
dans d’autres domaines pour simuler par exemple la dispersion de polluants, la distribution de
température, la concentration des sédiments, distribution de la salinité dans les zones côtières et
bien d’autres quantités évoluant dans un milieu fluide. Cette équation est dérivée à partir des
lois de conservation.
Nous rappelons que les écoulements régis par les ESV, sont animés par la vitesse moyennée sur
la profondeur. Si ces écoulements sont couplés avec l’ECD, il est plus judicieux de considérer
l’ECD moyennée sur la profondeur également. En fait, pour les écoulements résolus par les
ESV, nous n’avons accès qu’à la vitesse moyenne 2D. Or pour les processus de la convection,
l’ECD exige le champ de vitesse tridimensionnel ! C’est pour cette raison que pour les modèles
mathématiques basés sur les EEPP, il faut leurs associer l’ECD intégrée sur la profondeur.
Cette équation est obtenue par l’intégration du fond (z = zb ) à la surface (z = h + zb ) de
l’équation de convection-diffusion 3D donnée par l’expression :
! ! !
∂C ∂(uC) ∂(vC) ∂(wC) ∂ ∂C ∂ ∂C ∂ ∂C
+ + + = Dx + Dy + Dz + Sc (4.47)
∂t ∂x ∂y ∂z ∂x ∂x ∂y ∂y ∂z ∂z
Où Dx , Dy et Dz sont les coefficients suivant les trois directions x, y et z respectivement. Sc
est le terme source/puit de la concentration C. Pour les écoulement en EPP, on distingue la
diffusion horizontale (Dx , Dy ) de la diffusion verticale Dz (Dz est beaucoup plus faible comparée
à Dx et Dy ).
Sous les mêmes hypothèses utilisées pour la dérivation des EEPP, on intègre l’ECD (4.47) sur
la profondeur d’eau h pour obtenir l’ECD intégrée sur la verticale donnée par :
! !
∂(hC) ∂(huC) ∂(hvC) ∂ ∂C ∂ ∂C
+ + = Dx h + Dy h
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y ∂y
! !
∂C ∂C
+ Dz − wC − Dz − wC +hS c
∂z z=h+zb
∂z z=zb
| {z } | {z }
= Fs = Ff
(4.48)

— 134 —
135 2. Équations moyennées sur la verticale

Cette nouvelle équation permet de calculer la concentration moyenne définie par

1 Z h+zb
C(x, y, t) = C(t, x, y, z)dz
h zb

S c est le terme source moyenné sur la profondeur.


Dans la nouvelle équation (4.48), on remarque que l’opération de l’intégration sur la profondeur
a introduit deux termes supplémentaires Fs et Ff . Fs (resp. Ff ) représente le flux total de la
concentration C à travers la surface z = h + zb (resp. à travers le fond z = zb ). Ces flux doivent
être spécifiés pour fermer le système. Tout dépend du problème étudié. Par exemple, si cette
équation est utilisée pour simuler la distribution 2D de la température moyenne, alors le flux
total à travers le fond est nul (Ff = 0). En revanche, le flux à travers la surface est non nul
(Fs ̸= 0) et il est généralement paramétré en fonction de la température de l’atmosphère, de
l’humidité, de l’orientation solaire, du coefficient de radiation et bien d’autres paramètres de
la physique de l’atmosphère [169]. Par ailleurs, si cette équation est utilisée pour simuler la
distribution moyenne 2D des sédiments en suspension et s’il n’y a pas d’apport des sédiments
par la surface alors le flux Ff est nul (Ff = 0). D’autre part, en milieu aquatique naturel, le
fond est le siège des processus de l’érosion et du dépôt des sédiments induits par la contrainte
de cisaillement près du fond τ b . Dans ce cas, le flux au fond Ff n’est pas nul (Ff =
̸ 0) et à son
tour il doit traduire ces processus par une paramétrisation de Ff en fonction des caractéristiques
de l’écoulement et des sédiments à cette interface.
La deuxième remarque sur l’ECD intégrée sur la profondeur (4.48) concerne sa forme. En fait,
cette équation n’est pas exactement sous la forme d’une ECD classique à cause de l’opération
d’intégration qui a introduit le facteur h dans les coefficients de diffusion Dx et Dy pour devenir
hDx et hDy . Pour pouvoir appliquer les algorithmes MBR proposés pour l’ECD classique, il est
nécessaire de procéder à des simplifications de l’équation (4.48). Dans le cas contraire, il faut
utiliser l’algorithme de Chai et al., [170] qui a été proposé pour une ECD généralisée. Mais cet
algorithme s’est avéré lourd et complexe à mettre en œuvre et en plus coûteux en temps de
calcul. Dans le cadre de cette thèse, nous effectuons ces simplifications pour pourvoir mettre
en œuvre les algorithmes robustes et précis qui résolvent l’ECD par la MBR. Pour cela, on

— 135 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 136

développe tous les termes des dérivées de produits de l’équation (4.48) pour obtenir :
!
∂C ∂h ∂hu ∂hv ∂C ∂C
h +C + + +hu + hv
∂t ∂t ∂x ∂y ∂x ∂y
| {z }
=0 (4.49)
! !
∂h ∂C ∂ ∂C ∂h ∂C ∂ ∂C
= Dx +h Dx + Dy +h Dy + Fs − Ff + hS c
∂x ∂x ∂x ∂x ∂y ∂y ∂y ∂y

En vertu de l’équation de la continuité (4.24), le second terme du membre de gauche de


∂h
l’équation ci-dessus est nul. Par ailleurs, pour les écoulements en zones d’EPP, les termes
∂x
∂h
et sont généralement négligeables devant l’unité. En effet, si l’on désigne par Lx , Ly et Lz
∂y
les échelles de longueurs caractéristiques suivant les dimensions x, y et z respectivement. On
pose δ = Lz /Ly et η = Ly /Lx . Avec ces notations, nous avons :

∂h Lz ∂h Lz
≈ = O(δη) , ≈ = O(δ) (4.50)
∂x Lx ∂y Ly

On rappelle que δ n’est autre que le ratio défini auparavant qui a permis d’établir le critère des
EPP ( δ ≪ 1). Par ailleurs, on note que les échelles horizontales Lx et Ly sont comparables et
donc η = O(1). On en déduit alors que le gradient de la hauteur d’eau est négligeable devant
l’unité. Il convient donc de négliger ces deux termes dans l’équation (4.49). En plus, si l’on
divise tous les termes de cette équation par la profondeur h, on aura :
! !
∂C ∂C ∂C ∂ ∂C ∂ ∂C Fs Ff
+u +v = Dx + Dy + − + Sc (4.51)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y ∂y h h

Notons que les quantités Fs et Ff sont les contributions des conditions aux limites à la solution
de l’ECD, elles agissent alors comme des terme sources pour l’ECD. Par conséquent pour
une écriture standard de l’ECD moyennée sur la profondeur, nous incluons ces deux termes
dans le terme S c , pour obtenir :
! !
∂C ∂C ∂C ∂ ∂C ∂ ∂C
+u +v = Dx + Dy + Sc (4.52)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂x ∂y ∂y

On remarque que l’ECD intégrée sur la profondeur (4.52) a la forme d’une ECD classique. Par
conséquent, il serait facile d’appliquer les divers algorithmes de la MBR pour la résoudre de
manière efficace.
Il est important de noter que la nature et les caractéristiques de l’écoulement peuvent permettre
de négliger les gradients de la hauteur d’eau dans l’équation (4.49). En fait, nous avons rencontré

— 136 —
137 2. Équations moyennées sur la verticale

cette configuration d’écoulement lors de l’étude de la propagation d’un polluant dans la lagune
de Nador (voir Chap. 5). Des études antérieures [171, 172, 173, 174] et notre étude d’ailleurs,
Haddach et al. [175] ont conclu que l’écoulement dans cette lagune se caractérise par les
∂h ∂h
gradients de la hauteur d’eau très faible. C’est-à-dire et sont proches de zéro. Ceci
∂x ∂y
a justifié l’utilisation de l’ECD (4.52) pour nos simulations.

2.4 Équations de la turbulence moyennées sur la verticale

Si l’on intègre sur la verticale les équations de Reynolds (Chap. 3, Eq. 3.22), nous verrons
apparaître des termes supplémentaires homogènes à une dispersion. Ces termes sont dus à la
variabilité en z des profils des vitesses. Ces nouveaux termes ont mené Rastogi et Rodi [176]
à proposer une version du modèle de turbulence k − ε standard adaptée aux ESV. La version
proposée est alors l’intégration sur la profondeur des deux équations du modèle de turbulence à
2-équations k − ε (Chap. 3, Eq. 3.37). Si l’on remarque que les deux EDPs du modèle k − ε sont
des équations de transport avec des termes sources, alors ces EDPs moyennées sur la verticale
s’obtiennent en appliquant les mêmes règles et hypothèses lors de l’intégration sur la verticale
d’une ECD. Si l’on note par k l’énergie cinétique turbulente moyennée sur la verticale et ε la
dissipation de l’énergie cinétique turbulente moyennée sur la verticale, nous avons :
! !
∂k ∂k ∂k ∂ ν t ∂k ∂ ν t ∂k
+u +v = + + P − ε + Fkf
∂t ∂x ∂y ∂x σk ∂x ∂y σk ∂y
! !
∂ε ∂ε ∂k ∂ ν t ∂ε ∂ ν t ∂ε ε 
+u +v = + + C1ε P − C2ε ε + Fεf (4.53)
∂t ∂x ∂y ∂x σε ∂x ∂y σε ∂y k
 !2 
!2 !2 2
∂u ∂v ∂u ∂v k
P = ν t 2 +2 + +  avec ν t = Cµ
∂x ∂y ∂y ∂x ε

Il est à noter que l’opération de l’intégration a fait apparaître les flux de k et de ε, au fond et à la
surface (c’est l’équivalent des termes Fs et Ff pour l’ECD dans Eq. 4.51). Comme il n’y a aucun
apport de flux de k et de ε à travers la surface alors ces deux flux notés Fks et Fεs sont nuls. En
revanche, le cisaillement près du fond est responsable de la génération de la turbulence et sa
dissipation. Cet apport venu du fond est le flux de k et de ε à travers le fond notés Fkf et Fεf .
Rastogi et Rodi [176] ont relié ces termes de flux à la contrainte de cisaillement près du fond τ b via

— 137 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 138

la vitesse du frottement (appelée aussi vitesse de cisaillement) notée u∗ par les relations suivantes :
u3∗ u4∗ 1 C2ε q
Fkf = Ck , Fεf = Cε avec Ck = q , Cε = C3ε 3/4

h h2 Cf Cf
q √
où u∗ = τ b /ρ. Si l’on exprime τ b par les expressions (4.45), on aura u∗ = Cf u2 + v 2 ,
où Cf est le coefficient de frottement. On rappelle qu’une partie des constantes empiriques
du modèle de turbulence k − ε standard a été donnée dans le tableau (Chap. 3, Tab. 3.3).
Les valeurs de toutes ces constantes ont été données par McGuirk et Rodi [177] que nous
reportons dans le tableau (4.1) :

Tableau 4.1 – Les valeurs des constantes du modèle k − ε standard moyenné sur la verticale

Cµ C1ε C2ε C3ε Cf σk σε


0.09 1.44 1.92 1.8 - 3.6 0.0025 1.0 1.3

3 Discrétisation des équations de Saint-Venant pour la MBR


Il s’agit de discrétiser l’EB avec terme source en proposant la fonction de distribution
d’équilibre local adéquate que nous notons f eq . Nous effectuons en détail le développement de
Chapman-Enskog qui permettra de donner les conditions de la convergence de l’EB discrétisée
avec la fonction f eq vers l’ESV. Nous détaillons la procédure de calcul pour proposer la fonction
f eq adéquate. Une attention particulière sera prêtée pour le traitement du terme des forces
qui peut être source d’erreur s’il n’est pas traité correctement et par conséquent mènera à des
solutions non réalistes. Nous présentons brièvement les variantes TRU et TRM de la MBR.
Quant au traitement des conditions aux limites, il est identique à celui présenté pour les ENS
(Chap. 3, S/Sec. 6.3). Pour éviter un doublon, nous ne reproduisons pas ce traitement ici.

3.1 Le modèle à taux de relaxation unique par les équations de Saint-Venant

Pour une fonction de distribution d’équilibre local f eq donnée, la discrétisation générale de


l’EB sur un réseau D2Q9 en version TRU τ est donnée pour la direction α = 0, . . . , 8 par
1 ∆t
fα (x + cα ∆t, t + ∆t) − fα (x, t) = − (fα − fαeq ) + cαi Fi (x, t) , i = 1, 2 (4.54)
τ Nα c2
où (cα )0≤α≤8 sont les vitesses du réseau, c = ∆x/∆t, (Fi )i=1,2 sont les composantes du vecteur
des forces F et enfin Nα sont des constantes déterminées par le réseau. Elles se calculent par :
1 X
Nα = cαi cαi (4.55)
c2 α

— 138 —
139 3. Discrétisation des équations de Saint-Venant pour la MBR

Si nous adoptons les expressions des vitesses du réseau D2Q9 données par (2.13), nous pourrons
montrer les propriétés suivantes :

cαi = cαi cαj cαk = 0


X X

α α

cαi cαj = 6c2 δij


X

α
(4.56)
cαi cαj cαk cαl = 4c4 (δij δkl + δik δjl + δil δjk ) − 6c4 ∆ijkl
X

1, Si i = j = k = l
(
où ∆ijkl =
0, Sinon

En utilisant encore une fois l’expression (2.13) des vitesses (cα )α=0,...,8 , on trouve que Nα = 6.
Dans ce cas, l’expression (4.54) devient :

1 ∆t
fα (x + cα ∆t, t + ∆t) − fα (x, t) = − (fα − fαeq ) + 2 cαi Fi (x, t) (4.57)
τ 6c

3.2 Fonction de distribution d’équilibre local

La MBR consiste à résoudre numériquement l’EB (4.57) d’inconnues (fα )α=0,...,8 . Mais pour
cela, nous devons expliciter la fonction de distribution d’équilibre f eq . Nous comprenons alors que
la spécification de f eq est une étape clé pour la MBR. Par ailleurs, le développement multi-échelle
de Chapman-Enskog est un outil efficace permettant en quelque sorte de diagnostiquer le bon
(ou le mauvais) choix de f eq . En fait, dans le cas d’un mauvais choix de f eq , le développement
multi-échelles se manifeste par la non convergence de l’EB vers l’EDP que l’on souhaite résoudre.
Dans le cadre des automates de gaz sur réseau, le bon choix pour simuler les écoulements de
fluides est celui de la fonction de distribution d’équilibre de Maxwell-Boltzmann (2.11). Pour la
MBR, Chen et Doolen [178] ont montré qu’en considérant le développement de Taylor à l’ordre
deux de la distribution de Maxwell-Boltzmann comme approximation de f eq , la discrétisation
de l’EB recouvre correctement les ENS avec une précision d’ordre deux. Une autre façon pour
déterminer la f eq adéquate consiste à définir une forme précise à coefficients inconnues de cette
fonction, puis utiliser les contraintes de conservation (masse, quantité de mouvement, énergie,
etc.) pour identifier les coefficents inconnus. Rothman et Zaleski [179] ont choisi la forme d’une
fonction polynômiale de degré 2 dont les variables sont les composantes de vitesse de l’écoulement.
Avec ce choix, ces deux auteurs ont montré via le développement de Chapman-Enskog que l’EB
discrétisée converge parfaitement vers les ENS. Par ailleurs, ce choix à été repris par Guangwu

— 139 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 140

[180] pour résoudre avec succès l’équation d’onde par la MBR sans difficultés particulières. A
son tour, Zhou [46] s’est inspiré de cette méthode pour proposer la fonction de distribution
d’équilibre local adéquate pour résoudre les ESV par la MBR. Dans ce qui suit, nous donnons
les détails des calculs pour expliciter cette fonction. Pour cela, on pose :

fαeq = Aα + Bα cαi ui + Cα cαi cαj ui uj + Dα ui ui (4.58)

où (ui )i=1,2 sont les deux composantes de la vitesse de l’écoulement, (Aα , Bα , Cα , Dα )0≤α≤8 sont
les inconnues à déterminer.
Puisque la fonction d’équilibre admet la même symétrie que le réseau D2Q9 (voir Chap. 2,
Fig. 2.3) adopté pour nos calculs, nous avons :

A1 = A2 = A3 = A4 = Ā et A5 = A6 = A7 = A8 = Ã (4.59)

Les expressions ci-dessus sont valables également pour Bα , Cα et Dα . Par conséquent, l’équation
(4.58) peut être réécrite sous la forme :

A0 + D0 ui ui α=0








fαeq = Ā + B̄cαi ui + C̄cαi cαj ui uj + D̄ui ui α = 1, 2, 3, 4 (4.60)





à + B̃cαi ui + C̃cαi cαj ui uj + Du α = 5, 6, 7, 8

 f u
i i

Comme nous l’avons précisé plus haut, les coefficients A0 , Ā et à seront déterminés par
l’application des contraintes sur la fonction f eq comme par exemple, la conservation de
la masse, la quantité de mouvement et la conservation de l’énergie. Pour les EEPP, les
contraintes sont les suivantes :

fαeq (x, t) = h(x, t), (4.61)


X

cαi fαeq (x, t) = h(x, t)ui (x, t), (4.62)


X

1
cαi cαj fαeq (x, t) = gh2 (x, t)δij + h(x, t)ui (x, t)uj (x, t) (4.63)
X

α 2
La substitution de l’équation (4.60) dans l’équation (4.61) donne

A0 + D0 ui ui +

4Ā + B̄cαi ui + C̄cαi cαj ui uj + 4D̄ui ui +


X X

α=1,2,3,4 α=1,2,3,4
(4.64)
4Ã + B̃cαi ui + C̃cαi cαj ui uj + 4D̃ui ui = h.
X X

α=5,6,7,8 α=5,6,7,8

— 140 —
141 3. Discrétisation des équations de Saint-Venant pour la MBR

En utilisant les expressions (2.13) des vitesse du réseau et en arrangeant les coefficients de h
et de ui ui , respectivement comme inconnus, on obtient les expressions suivantes :

A0 + 4Ā + 4Ã = h (4.65)

D0 + 2c2 C̄ + 4c2 C̃ + 4D̄ + 4D


f=0 (4.66)

De même, la substitution de l’équation (4.60) dans l’équation (4.62) donne :


 
A0 cαi + D0 cαi ui ui + Ācαi + B̄cαi cαj uj + C̄cαi cαj cαk uj uk + D̄cαi ui ui +
X

α=1,2,3,4
  (4.67)
Ãcαi + B̃cαi cαj uj + C̃cαi cαj cαk uj uk + Dc
f u u = hu
X
αi j j i
α=5,6,7,8

En réarrangeant l’équation ci-dessus, on obtient :

2c2 B̄ + 4c2 B̃ = h (4.68)

D’une manière analogue, l’insertion de l’équation (4.60) dans l’équation (4.63) conduit à :
 
A0 cαi + D0 cαi ui ui + Ācαi cαj + B̄cαi cαj cαk uk + C̄cαi cαj cαk cαl uk ul + D̄cαi cαj uk uk
X

α=1,2,3,4
  1
+ Ãcαi cαj + B̃cαi cαj cαk uk + C̃cαi cαj cαk cαl uk ul + D̃cαi cαj uk uk = gh2 δij + hui uj
X

α=5,6,7,8 2
(4.69)
En utilisant à nouveau les expressions (2.13), l’équation ci-dessus conduit à :

2Āc2 δij + 2C̄c4 ui ui + 2D̄c2 ui ui + 4Ãc2 δij +


1 (4.70)
8C̃c4 ui uj + 4C̃c4 ui ui + 4D̃c2 ui ui = gh2 δij + hui uj
2
En se basant sur l’équation ci-dessus, les quatre équations suivantes peuvent être obtenues

1
2c2 Ā + 4c2 Ã = gh2 (4.71)
2

8c4 C̃ = h (4.72)

2c4 C̄ = h (4.73)

2c2 D̄ + 4c2 D
f + 4c4 C̃ = 0. (4.74)

En substituant l’équation (4.72) à l’équation (4.73), on obtient l’équation suivante :

C̄ = 4C̃. (4.75)

— 141 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 142

En raison de la symétrie du réseau et de l’équation (4.75), les relations suivantes sont vérifiées.

Ā = 4Ã, (4.76)

B̄ = 4B̃ (4.77)

D̄ = 4D.
f (4.78)

Ainsi, la combinaison des équations (4.65), (4.66), (4.68) et (4.71 - 4.78) conduit à

5gh2 2h
A0 = h − , D0 = − , (4.79)
6c2 3c2
gh2 h h h
Ā = , B̄ = , C̄ = , D̄ = − (4.80)
6c2 3c2 2c4 6c2
gh2 h h h
à = , B̃ = , C̃ = 4 , D̃ = − (4.81)
24c2 12c2 8c 24c2
La substitution des trois équations ci-dessus dans l’équation (4.60) conduit à la fonction
f eq recherchée qui s’exprime par

5gh2 2h

h− − 2 ui ui α=0


6c 3c



 2




gh2


h h h
fαeq = + 2 cαi ui + 4 cαi cαj ui uj − 2 ui ui α = 1, 2, 3, 4 (4.82)




6c 2 3c 2c 6c



gh2 h h h


+ cαi ui + 4 cαi cαj ui uj − α = 5, 6, 7, 8

ui ui


24c 2 12c 2 8c 24c2

À ce stade, il reste alors à montrer si la fonction f eq proposée ci-dessus est la fonction adéquate
pour résoudre les ESV (4.44) par la MBR. C’est ce que nous allons présenter dans la prochaine
sous-section en s’appuyant sur l’analyse multi-échelle de Chapman-Enskog.
Enfin, une fois l’EB résolue avec la fonction f eq adéquate, le passage aux variables macrosc-
piques des ESV à savoir la profondeur d’eau h et la vitesse du fluide u, s’obtiennent par
les relations algébriques suivantes :
8
1 X 8
h(x, t) = fα (x, t) , u(x, t) = cα fα (x, t) (4.83)
X

α=0 h(x, t) α=0

Mais, on montre aussi que nous avons :


8
1 X 8
h(x, t) = fαeq (x, t) u(x, t) = cα fαeq (x, t) (4.84)
X
,
α=0 h(x, t) α=0

— 142 —
143 3. Discrétisation des équations de Saint-Venant pour la MBR

3.3 Développement de Chapman-Enskog pour les ESV

Pour démontrer que la profondeur et les vitesses calculées à partir de l’équation (4.83)
sont solutions des ESV, nous effectuons le développement multi-échelle de Chapman-Enskog
et le développement de Taylor pour l’EB sur réseau (4.57).
On considère le paramètre réel ε (qui n’a aucune relation avec la dissipation de l’énergie
cinétique turbulente) tel que ε = ∆t. On rappelle aussi que ce paramètre est destiné à tendre
vers zéro. Avec cette nouvelle notation, l’équation (4.57) s’écrit comme suit :

1 ε
fα (x + cα ε, t + ε) − fα (x, t) = [fα (x, t) − fαeq (x, t)] + 2 cαi Fi , i = 1, 2 (4.85)
τ 6c

Exprimons le développement de Taylor à l’ordre 2 du premier terme du membre de gauche


de l’équation ci-dessus en temps et en espace au voisinage du point (x, t), nous aurons :
!2
1 1
!
∂ ∂ ∂ ∂ ε
ε + cαi f α + ε2 + cαi fα + O(ε2 ) = [fα − fαeq ] + 2 cαi Fi (4.86)
∂t ∂xi 2 ∂t ∂xi τ 6c

D’autre part, le développement en multi-échelle de fα au voisinage de fα(0) donne :

fα = fα(0) + εfα(1) + ε2 fα(2) + O(ε2 ) (4.87)

Après injection de l’expression de fα ci-dessus dans (4.86) et après réarrangement en ε0 , ε1 et


ε2 , on aura par identification :
• à l’ordre ε0 , nous avons :

fα(0) = fαeq (4.88)

• à l’ordre ε1 , nous avons :

1 1
!
∂ ∂
+ cαi fα(0) = − fα(1) + 2 cαi Fi (4.89)
∂t ∂xi τ 6c

• à l’ordre ε2 , nous avons :


!2
1 1
!
∂ ∂ ∂ ∂
+ cαi fα(1) + + cαi fα(0) = − fα(2) (4.90)
∂t ∂xi 2 ∂t ∂xi τ

On substitue (4.89) dans (4.90) et après réarrangement, on aura :

1 1 1 1
! !
∂ ∂ ∂ ∂
  
1− + cαi fα(1) = − fα(2) − + cαi cαj Fj (4.91)
2τ ∂t ∂xi τ 2 ∂t ∂xi 6c2

— 143 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 144

En effectuant l’opération [(4.89) + ε × (4.91)] et en utilisant les propriétés données ci-dessus,


X

α
nous avons :

1 ∂ X 1 ∂Fi
! ! !
∂ X (0) ∂ X
fα + cαi fα(0) = −ε cαi cαj Fj = −ε (4.92)
∂t α ∂xi α 12c2 ∂xi α 12c2 ∂xi

Le membre à droite de l’équation (4.92) est exprimé en fonction des gradients de la force
F et ε. Dans la pratique, ces gradients sont des termes bornés. Dans ce cas, l’expression
(4.92) peut être écrite comme suit :
! !
∂ X (0) ∂ X
fα + cαi fα(0) = O(ε) (4.93)
∂t α ∂xi α

On rappelle que l’identification à l’ordre ε0 , nous avons eu fα(0) = fαeq . Si nous acceptons une
erreur du premier ordre et nous utilisons l’expression (4.84), nous retrouvons enfin l’équation
de continuité des ESV (la première équation du système (4.44)), c’est-à-dire :

∂h ∂(hui )
+ =0 (4.94)
∂t ∂xi

À présent, nous détaillons la procédure du calcul pour retrouver les deux équations de la conserva-
tion de la quantité du mouvement des ESV. Pour cela, on effectue l’opération cαj [(4.89) + ε × (4.91)]
X

α
et en utilisant les propriétés données ci-dessus, nous aurons :

1
! ! !
∂ X ∂ X ∂ X
 
cαj fα(0) + cαj cαi fα(0) + ε 1 − cαj cαi fα(1)
∂t α ∂xi α 2τ ∂xi α
1X 1
!
∂ ∂

= Fi δij − ε cαj + cαi cαi Fi (4.95)
2 α ∂t ∂xi 6c2

Une fois encore, le dernier terme du membre droit est en fonction des gradients de force. Pour
la même justification que celle citée ci-dessus, on peut écrire :

1
! ! !
∂ X ∂ X ∂ X
 
cαj fα(0) + cαj cαi fα(0) + ε 1 − cαj cαi fα(1)
∂t α ∂xi α 2τ ∂xi α
= Fi δij + O(ε) (4.96)

Si nous acceptons une erreur de premier ordre et nous utilisons les propriétés données ci-dessus,
nous avons

∂(huj ) ∂(hui uj )
!
∂ h2 ∂
+ = −g − Πij + Fj (4.97)
∂t ∂xi ∂xj 2 ∂xi

— 144 —
145 3. Discrétisation des équations de Saint-Venant pour la MBR

avec
1 X


Πij = ε 1 − cαj cαi fα(1) (4.98)
2τ α
De plus, en utilisant l’équation (4.89) et l’équation (4.82), nous montrons avec un calcul algébrique
que :

1 ∂(huj ) ∂(hui )
  !
Πij ≈ −εc2s 1− + (4.99)
2τ ∂xi ∂xj

En introduisant l’équation (4.99) dans l’équation (4.97) et en supposant que le tenseur visqueux
est isotrope, l’équation (4.97) peut être écrite comme suit :

∂(huj ) ∂(hui uj ) ∂ 2 (huj )


!
∂ h2
+ = −g +ν + Fj (4.100)
∂t ∂xi ∂xj 2 ∂xi ∂xi

Par identification, on obtient la relation suivante qui lie la variable macroscopique ν (viscosité
cinématique) à la variable mésoscopique τ (taux de relaxation des collisions) :

c2 ∆t
ν= (2τ − 1) (4.101)
6

La relation ci-dessus peut aussi s’interpréter comme une condition nécessaire pour que la
fonction f eq choisie soit adéquate pour retrouver les ESV et plus précisément les équations de la
conservation de la quantité de mouvement. On rappelle aussi l’expression de la j eme composante
de la force F qui inclue la j eme composante de la force de Coriolis (notée FCor,j ) :

∂zb τsj τbj


Fj = −gh + − + FCor,j (4.102)
∂xj ρ ρ

On peut remarquer alors que les deux équations (i = 1, 2) exprimées par l’expression (4.100)
ne sont autres que la 2e et la 3e équations du système (4.44) décrivant les ESV.

3.4 Discrétisation des termes de force

Il est bien connu que la discrétisation des termes de force dans les ESV peut conduire
à des résultats catastrophiques si ce terme n’est pas bien discrétisé. En effet, un schéma de
discrétisation des termes de force est dit efficace s’il est « bien équilibré » (s’il satisfait le cas du
« lac au repos », ce qui signifie que si u = 0, alors h + zb = Cst).
Dans ce qui suit, nous appliquons l’expansion de Chapman-Enskog des termes de force avec
un coefficient de contrôle β, pour lequel nous proposons une condition pour que le schéma soit

— 145 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 146

un « schéma bien équilibré ». Pour ce faire, nous reprenons le développement de Taylor pour le
premier terme du membre gauche de l’équation (4.57), et en supposant encore que ε = ∆t :
!
∂ ∂
fα (x + cα ε, t + ε) = fα (x, t) + ε + cαi fα (x + βcα ε, t + βε) (4.103)
∂t ∂xi

où x est le vecteur de position. Le facteur β doit satisfaire 0 < β < 1.


L’injection de l’équation ci-dessus dans l’équation (4.57) conduit à :

1
!
∂ ∂ ε
ε + cαi fα (x + βcα ε, t + βε) = − (fα − fαeq ) + 2 cαi Fi (x + βcα ε, t + βε) (4.104)
∂t ∂xi τ 6c

De nouveau, par la même technique utilisée pour l’équation du moment dans la sous-section
précédente et après quelques calculs algébriques inspirés de Zhou [46], nous obtenons :

1
" #
∂ ∂

(hui ) + hui uj + gh2 δij
∂t ∂xj 2 (x+βcα ε,t+βε)

= Fi (x + βcα ε, t + βε) − ε cαi cαj fα(1) + O(ε2 ) (4.105)


X

avec
c2s τ ∂(hui ) ∂(huj )
" #
cαi cαj fα(1) =− + (4.106)
X

α 3 ∂xj ∂xi
Ainsi, pour vérifier que le schéma centré utilisé ici satisfait au « schéma bien équilibré »,
nous appliquons la condition initiale pour le cas stationnaire où ui = 0. Par conséquent,
l’équation ci-dessus devient :

cαi cαj fα(1) = 0 (4.107)


X

Ce qui conduit à l’équation (4.105) sous la forme du second ordre :


h(x + βcα ε, t + βε) h(x + βcα ε, t + βε) = Fi (x + βcα ε, t + βε) (4.108)
∂xi
∂zb
Remarquons que pour ui = 0, le terme de force sera réduit à Fi = −gh . L’équation (4.108) de-
∂xi
vient donc :

∂ ∂
h(x +βcα ε, t+βε) h(x +βcα ε, t+βε) = −h(x +βcα ε, t+βε) zb (x +βcα ε, t+βε) (4.109)
∂xi ∂xi

Lorsque β = 1/2, on obtient

" #

h (h + zb ) =0 (4.110)
∂xi ( 2 α 2 )
x+ 1
c ε,t+ 1
ε

— 146 —
147 3. Discrétisation des équations de Saint-Venant pour la MBR

ce qui donne

h + zb = Cst (4.111)

Ceci montre que quand le paramètre de contrôle β = 1/2, la condition du « lac au repos » est
bien vérifiée. D’autre part, β = 1/2 correspond au schéma centré. Il s’ensuit que le schéma
centré est l’un des schémas « bien équilibré ». Par conséquent, les termes de force seront
discrétisés par le schéma suivant :

1 1
Fi = Fi (x + cα ∆t, t + ∆t) (4.112)
2 2

Nous observons que l’expression (4.112) implique une formulation semi-implicite de la force.
Comme les calculs pour la méthode de Boltzmann sont explicites, nous remplaçons l’équation
(4.112) par :

1
Fi = Fi (x + cα ∆t, t) (4.113)
2

Il convient de noter que puisque le pas de temps ∆t pour la MBR généralement "petit" pour
assurer la stabilité, le remplacement de l’équation (4.112) par l’équation (4.113) ne devrait
pas générer d’erreurs supplémentaires significatives. Cette formulation peut encore fournir une
solution précise pour la plupart des problèmes d’écoulement en EPP.

3.5 Schéma taux de relaxation multiple pour les ESV

Bien que la variante TRM de la MBR a été présentée et discutée dans le second chapitre
(Chap. 2, S/Sec. 3.2.3), nous donnons ici un aperçu sur cette variante et son application pour la
résolution des ESV.
Le modèle BGK est une approche intéressante qui a été proposée pour modéliser l’opérateur
de collision de l’EB. Grâce à ce modèle, la MBR est devenue une technique cruciale pour la
simulation des écoulements du fluide. Cependant, la littérature indique que la MBR et l’opérateur
BGK deviennent instables lorsqu’ils sont appliqués à la simulation des écoulements à grand
nombre de Reynolds. De notre côté, nous avons pu vérifier qu’une faible viscosité et des vitesses
élevées peuvent entraîner des problèmes de stabilité. De même, on rappelle que pour l’opérateur
BGK, nous avons obtenu la relation (2.27) entre la viscosité ν et le taux de relaxation τ . Cette
relation indique que pour ne pas avoir une viscosité ν négative ! nous devons avoir la contrainte
τ > 0.5. Ceci fait du taux de relaxation τ un paramètre important contrôlant la stabilité des

— 147 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 148

simulations par l’opérateur BGK. Pour améliorer la stabilité de la MBR, d’Humieres [67] a
développé l’équation de Boltzmann sur réseau à TRM qui fournit des paramètres plus librement
ajustables pour surmonter l’inconvénient de la MBR avec BGK [67]. L’idée principale de la
variante TRM est expliquée dans (Chap. 2, S/Sec. 3.2.3). Par ailleurs, Lallemand et Luo [43]
ont évalué la stabilité de l’opérateur TRM sur plusieurs configurations d’écoulements complexes
et ont démontré qu’il est nettement plus fiable que l’opérateur BGK en raison de l’utilisation et
l’ajustement de différents taux de relaxation pour atteindre une stabilité optimale.
Dans ce qui suit, nous donnons les grandes lignes de la variante TRM et notamment l’ex-
pression du vecteur du moment d’équilibre meq adapté aux ESV. Pour cela, nous rappe-
lons l’équation d’évolution MBR-TRM avec des forces extérieures sur un réseau D2Q9 pour
les ESV qui s’exprime par :
  ∆t
fα (x + cα ∆t, t + ∆t) − fα (x, t) = − M−1 S (m(x, t) − meq (x, t))i + cαj Fj (4.114)
αi 6c2

où m et meq sont des vecteurs de moments. S est une matrice de relaxation diagonale
définie comme S = diag [s0 , s1 , s2 , s3 , s4 , s5 , s6 , s7 , s8 ] . Nous désignons également le vecteur
f = (fα )α=0,...,8 . M est une matrice qui transforme la fonction de distribution d’équilibre de
l’espace des vitesses à l’espace des moments par la formule suivante [181] :

m = Mf f = M−1 m (4.115)

En utilisant la matrice M, Zhou [182] a calculé les valeurs du vecteur d’équilibre des mo-
ments meq pour les ESV par :
" #T
hux eq huy eq eq eq
eq
m0,....8 = h, e , e
eq 2eq
, , qx , , qy , pxx′ , pxy (4.116)
c c

Pour lequel, nous avons :

3 gh u2x 3gh gh u2y


!
eeq = −4h + + 3 + + 3 h
2 c2 c2 2 c2 ! c2
gh u2 gh u2
e2eq = 4h − 3 2 + 6 2x + 3 2 + 6 2y h
c c c c
hu x
qxeq = −
c (4.117)
huy
qy = −
eq
c
1 gh u2x 1 gh u2y
!
pxx =
eq
+ 2 − − 2 h
2 c2 c 2 c2 c
hu u
x y
xy =
peq
c2
— 148 —
149 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

Il convient de noter qu’en utilisant l’analyse de Chapman-Enskog, les ESV peuvent être récupérées
à partir de l’équation (4.114) avec la viscosité cinématique pour l’opérateur TRM :
1 1 1 1
   
∆tc2 − ∆tc2 −
s7 2 s8 2
ν= = (4.118)
3 3

où s7 et s8 sont les paramètres de relaxation et sont choisis en utilisant l’équation ci-dessus


pour une viscosité ν donnée. Les autres paramètres de la matrice de relaxation S sont choisis
librement entre 0 et 2 pour une stabilité maximale [43].

4 Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant


Pour valider notre modèle MBR-TRM qui a été mis en oeuvre pour résoudre les ESV, nous
avons mené une série de tests exhaustifs sur plusieurs configurations d’écoulements variées
et représentatives. Ces tests visent à évaluer la précision et la robustesse de notre modèle
dans des situations réalistes et complexes :

(i) Le premier test consiste en l’écoulement dans un coude de 180◦ , où l’objectif est de simuler
les effets de la courbure sur le profil de vitesse et la formation des zones de recirculation.
Ce type de configuration est couramment rencontré dans les applications d’ingénierie
hydraulique et permet de vérifier la capacité du modèle à gérer les changements brusques
de directions de l’écoulement.

(ii) Le deuxième test concerne l’écoulement autour d’un cylindre. Ce scénario est bien connu
pour la formation des tourbillons de Kármán et sert de référence pour évaluer la précision
du modèle dans la reproduction des phénomènes de détachement de tourbillons et de la
dynamique des écoulements autour d’obstacles cylindriques.

(iii) Le troisième test examine l’écoulement autour d’une digue. Ce cas test est généralement
rencontré dans les applications du génie côtier et fluvial, où la simulation fiable de
l’interaction entre l’écoulement et les structures solides est cruciale pour la conception et
l’évaluation des infrastructures.

(iv) Ensuite, l’écoulement dans un canal convergent-divergent est testé pour analyser la capacité
du modèle à gérer les variations du nombre de Froude (changement de régime d’écoulement)

— 149 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 150

dans un canal. Ce test est pertinent pour les systèmes de conduite et les canaux naturels
où la géométrie du canal peut varier.

(v) Enfin, l’écoulement dans un canal à deux branches est examiné pour étudier la distribution
des débits entre les branches, une situation fréquente dans les réseaux de canaux et les
systèmes de drainage.

Ces cas tests permettent une validation complète et rigoureuse du modèle MBR-TRM
développé dans notre code Fortran, démontrant son efficacité et sa précision pour une large
gamme d’applications hydrodynamiques complexes.

4.1 Test 1 : L’écoulement dans un coude de 180◦

Bien que le modèle ait été validé et vérifié avec succès sur des cas classiques en hydraulique
(rupture de barrage, écoulement dans un canal, écoulement généré par le vent, écoulement sur
une bosse, écoulement dans une cavité, etc.) [183, 184]. Dans cette partie, nous présentons une
vérification pour montrer la capacité du modèle à reproduire des écoulements de configurations
complexes. Nous étudions un écoulement dans un canal fortement courbé. En cas réel, il s’agit
de l’un des écoulements les plus complexes en raison de sa nature turbulente, de sa topographie
et sa bathymétrie irrégulières, qui sont généralement soumises à des changements fréquents dus
aux processus de transport des sédiments (érosion et/ou dépôts). Nous essayons de reproduire
les caractéristiques d’un tel écoulement traité par [185].
Le domaine d’écoulement consiste en un coude à 180◦ avec deux branches de longueur L = 7m
et de largeur ℓ = 0, 8m reliées par un canal semi-circulaire de rayon interne R1 = 0, 4m et de
rayon externe R2 = 1, 20m. La zone d’étude est alors incluse dans un rectangle de 8, 4m de
long et 2, 4m de large (Fig. 4.2). Le réseau des points de calcul a été obtenu par un maillage
régulier de 410 × 121 (soit ∆x = ∆y = 0, 02m).

— 150 —
151 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

Figure 4.2 – Configuration du domaine de l’écoulement

Le domaine du calcul est considéré comme plat (zb = 0) avec une hauteur d’eau h0 = 0, 06m.
L’écoulement est donc généré exclusivement par les valeurs des conditions aux limites. A
l’entrée (branche supérieure), le débit Qinp = 0, 0114m3 .s−1 et la hauteur d’eau hinp = 0, 06m
sont imposés. À la sortie (branche inférieure), l’écoulement est maintenu à la hauteur d’eau
hout = 0, 05m (Fig. 4.2). A l’exception des sections d’entrée et de sortie, toutes les autres limites
du domaine sont considérées comme des parois solides.
L’utilisation de l’opérateur TRM pour la MBR nécessite la donnée des coefficients de la matrice
diagonale S assurant la stabilité des calculs. Pour cette étude, nous avons choisi s0 = 1.0 ;
s1 = 1.0 ; s2 = 1.1 ; s3 = 0.7 ; s4 = 1.1 ; s5 = 1.0 ; s6 = 1.0 ; s7 = 1/τ ; s8 = 1/τ ; τ = 0.5035, ce
qui semble conduire à une solution d’écoulement cohérente avec les résultats attendus. De la
même manière, le pas du temps ∆t = 0, 005s a été choisi pour garantir la stabilité du schéma
explicite tel qu’il a été mis en œuvre pour la discrétisation de la collision. Avec les valeurs de
∆x, ∆t et τ citées ci-dessus, nous avons estimer la viscosité cinématique en utilisant la relation
(4.118). On trouve ν = 9.3 × 10−5 m2 s−1 . Enfin, l’estimation du coefficient de traînée de fond
Cf est basée sur le coefficient de rugosité de Manning nb = 0, 00115m−1/3 s.
Les effets de la turbulence ont été pris en compte par la modélisation SGE (voir Chap.
3, S/Sec. 7.1). La mise en œuvre de ce type de modélisation consiste à calculer τesm par
l’expression (3.95), puis à mettre à jour le taux de relaxation τtot par l’expression (3.96) pour
l’utiliser à nouveau dans la collision (voir l’algorithme 4). Après 100000 pas de temps, une
solution stable a été atteinte. En d’autres termes, cela se produit lorsque l’erreur de masse
relative (RME) entre deux instants successifs est inférieure au seuil εm (ici εm est égal à 10−4 ).

— 151 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 152

L’erreur de masse relative est alors estimée par :

∥ht − ht−1 ∥L2


RM E = (4.119)
∥ht ∥L2

où ht−1 est la profondeur de l’eau au moment initial (t − ∆t), ht est la profondeur de l’eau
au temps courant (t) et ∥ · ∥L2 est la norme L2 .
Le niveau d’eau dans le canal et le champ de vitesse calculés sont représentés respectivement
dans les figures (4.3) et (4.4). Il est bien connu que l’écoulement dans un canal coudé est
caractérisé par deux éléments majeurs : (i) la formation d’une pente du niveau d’eau à la
courbure du canal, (ii) la formation d’une zone de recirculation après le coude. En effet, l’examen
de la figure (4.3) montre une dépression (hA = 0, 05 m) à l’intérieur de la courbe et une
surpression à l’extérieur de la courbe (hB = 0, 058 m). Cette évaluation est en bon accord
avec la première caractéristique citée ci-dessus.

Figure 4.3 – Niveau d’eau dans le canal et emplacement des points A et B

De plus, les figures (4.4) et (4.5) (avec le zoom) montrent le champ de vitesse et la formation
de la zone de recirculation immédiatement après la sortie du fluide de la courbe intérieure. Ainsi,
cette observation montre que notre modèle développé est capable de reproduire la deuxième
caractéristique mentionnée ci-dessus. Outre le tourbillon mentionné précédemment, la figure (4.4)
montre qu’au niveau de la branche inférieure, on peut observer un décalage des lignes de courant.
Cela indique le développement d’un profil parfaitement parabolique de la vitesse tangentielle.
Cette observation n’est pas surprenante puisqu’après la zone de recirculation, l’écoulement se
redresse peu à peu pour devenir un écoulement de Poiseuille. Ce type d’écoulement se caractérise
par un profil de la vitesse tangentielle en forme de parabole en raison du frottement sur les

— 152 —
153 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

parois. Enfin, ce cas de vérification montre une fois de plus que la MBR reproduit avec précision
un écoulement de type eau peu profonde dans une configuration complexe. Ces résultats sont
en bonne correspondance avec les études précédentes menées par [185, 186].

Figure 4.4 – Lignes de courant, champ de vitesse et emplacement des transects

Figure 4.5 – Zoom sur la zone de recirculation

La figure (4.6) présente la comparaison de la vitesse tangentielle avec les mesures du


laboratoire [187] sur les transects T1 (à x = 6.8m), T2 (à x = 5.0m), T3 (à x = 3.0m) indiqués
sur la figure (4.4). Ces figures montrent en général une bonne concordance entre les résultats de
notre modèle et les mesures. De plus, nous notons que l’écart maximal de cette comparaison est
observé sur le transect T 1. Pour cet endroit, les valeurs des vitesses mesurées sont à prendre
avec précaution puisqu’elles ont été acquises à proximité de la zone de recirculation [185]. En
effet, cette zone est le siège d’une turbulence pleinement développée que les capteurs de vitesse
conventionnels ne peuvent pas capturer. Ces grandes variations spatio-temporelles dues à la

— 153 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 154

turbulence et non capturées par les capteurs introduisent alors des erreurs de mesure. De même,
les résultats du modèle peuvent également être améliorés en considérant un réseau plus fin.

Figure 4.6 – Comparaison des vitesses sur les transects T1 , T2 et T3 : les points noirs représentent les
mesures, la ligne continue représente les résultats du modèle.

4.2 Test 2 : L’écoulement autour d’un cylindre

Le second test de vérification de notre code est l’étude de l’écoulement autour d’un cylindre.
Bien que ce cas test soit classique en calcul de fluide numérique, il schématise plusieurs cas
en ingénierie hydraulique. On cite par exemple les sillages d’une île dans un océan qui peut
poser des problèmes de sécurité à la navigation maritime. Nous citons également les problèmes
affouillement (transport sédimentaire) causés par les piles de pont d’une rivière qui peuvent
menacer la stabilité de l’ouvrage.

— 154 —
155 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

Le test que nous présentons ici a été étudié expérimentalement et numériquement par
Yulistiyanto et al. [188]. Il s’agit de l’écoulement autour d’un cylindre de diamètre 0, 22m
placé au milieu d’un canal en laboratoire de 4m de long, 2m de large et de pente dans le sens
de l’écoulement de 6, 25 × 10−4 (Fig. 4.7). Le frottement est induit par une rugosité du fond
correspondante au coefficient de Manning constant nb = 0, 012m−1/3 s. Le test que nous tentons
de reproduire ici est le test 1 parmi la série des tests expérimentaux entrepris par Yulistiyanto
et al. [188].

Figure 4.7 – Configration du domaine de l’écoulement

L’écoulement dans le canal est généré par un débit constant à l’amont Q = 2, 48m3 /s. A la
sortie du canal la hauteur d’eau notée hs a été maintenue constante à hs = 0, 185m (Fig. 4.7).
Les limites inférieure et supérieure du domaine sont traitées comme des parois solides.
Pour simuler ce test, nous adoptons les paramètres de simulation identiques à ceux utilisés par
Zhou [46]. Le domaine a été discrétisé en un réseau de 600 × 300 cellules carrées, soit un pas
d’espace ∆x = ∆y = 0, 00667m. Le temps total, nécessaire à la convergence vers la solution
stationnaire est de 58s. Pour des raisons de stabilité numérique, ce temps a été discrétisé en
40000 pas de temps, soit un pas de temps ∆t = 0, 00145s. Pour les conditions aux limites, nous
utilisons des conditions de paroi rigide l’interface du cylindre. En revanche, nous utiliserons la
condition de glissement sur les parois horizontales délimitant le canal [188]. En se basant sur le
diamètre du cylindre et la vitesse à l’entrée du canal, on trouve un nombre de Reynolds égal
à 1, 24 × 105 qui est typiquement un nombre caractéristique de la turbulence complètement

— 155 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 156

développée. Il convient donc d’utiliser le code MBR avec turbulence que nous avons développé
dans le cadre de cette étude basé sur l’approche SGE (voir Chap. 3, Algo. 4)

Figure 4.8 – Comparaison des hauteurs d’eau le long de la ligne centrale du canal

La figure (4.8) présente la comparaison des résultats numériques et ceux obtenus par
expérimentation Yulistiyanto et al. [188]. Elle concerne la hauteur d’eau sur la ligne centrale
du canal. On quantifie l’erreur relative minimale de moins de 1% qui est localisée sur la partie
amont au cylindre. En revanche, l’erreur relative maximale est de 4% et elle est observée
immédiatement derrière le cylindre (Fig. 4.8). Cette différence n’est pas surprenante, puisque
c’est la zone d’affouillement qui est connue par un hydrodynamisme intense et fortement
turbulente. De plus, dans cette zone l’écoulement devient tridimensionnel et donc difficile à
résoudre. Vu la bonne qualité de l’approximation, nous estimons que le modèle 2D basé sur la
MBR que nous avons développé est un bon compromis comparé aux ressources exigeantes d’un
modèle 3D.

La figure (4.8) a mis en évidence la variation de la hauteur d’un plan d’eau en mouvement
en présence d’un obstacle. On observe alors une augmentation de la hauteur d’eau en face du
cylindre due à la propagation de l’onde de proue. Cette surélévation peut être estimée facilement
par l’application du principe de Bernoulli entre l’entrée du canal et la face d’impact du cylindre.
En effet, si l’on note par Vin la vitesse à l’entrée déduite du débit Qin (on trouve Vin = 0, 67m/s).
Pour la hauteur d’eau à l’entrée hin , on trouve hin = 0, 187m. Ces valeurs permettent alors
de calculer l’énergie totale à l’entrée par : hin + Vin2 /2g = 0, 210m. De la même façon, nous
calculons la charge hydraulique au niveau du point de stagnation du cylindre. Or pour ce point
la vitesse du fluide est nulle et par conséquent la charge hydraulique sera réduite à la hauteur
de la surélévation hc . En vertu du principe de Bernoulli, nous aurons hc = hin + Vin2 /2g. Par

— 156 —
157 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

Tableau 4.2 – Hauteurs d’eau le long de la ligne centrale du canal

Mesure 0.185 0.186 0.187 0.188 0.193 0.208 0.161 0.164 0.169 0.175 0.183
Modèle 0.187 0.188 0.189 0.190 0.197 0.209 0.167 0.169 0.173 0.178 0.182
Écart 0.002 0.002 0.002 0.002 0.004 0.001 0.006 0.005 0.004 0.003 0.001
Erreur 1.08% 1.07% 1.06% 1.06% 2.07% 0.48% 3.72% 3.05% 2.36% 1.71% 0.54%

simple lecture de la valeur de hc sur la figure (4.8), on lit hc = 0, 209m. Ce qui constitue une
excellente estimation de la surélévation au point de stagnation.

Figure 4.9 – La composante longitudinale de la vitesse et les vecteurs vitesse simulés par modèle
numérique MBR : localisation de la distance du sillage Lw

La figure (4.9) présente (zoom centré sur le cylindre) le champ des vecteurs vitesses, superposés
aux valeurs de la composante longitudinale u. Sur cette figure, on retrouve les caractéristiques
d’un écoulement autour d’un obstacle à savoir : le point de stagnation à l’amont du cylindre où
la vitesse du fluide est nulle ; l’accélération de l’écoulement au nord du cylindre qui est due à
la réduction (par le diamètre du cylindre) de la section de l’écoulement ; formation de la zone
d’affouillement immédiatement derrière le cylindre et bien d’autres. Les lignes de courant ont
été introduites, uniquement pour repérer le point de leur convergence derrière le cylindre. En
effet, ce point définit la distance au cylindre appelée la distance du sillage Lw (Fig. 4.9). Cette
distance dépend du nombre de Reynolds et elle peut être exprimée en fonction de la longueur
caractéristique de l’obstacle (ici c’est le diamètre du cylindre). Pour ce cas test, nous avons
mesuré Lw = 0, 295m, soit Lw = 1, 34D. qui est en bon accord avec la valeur de 1, 3D trouvée

— 157 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 158

par Yulistiyanto et al. [188] par expérimentation.


En résumé, le modèle numérique que nous proposons reproduit avec une bonne précision toutes
les caractéristiques d’un écoulement autour d’un cylindre. De même, il propose des simulations
en bon accord avec les mesures en laboratoire entreprises par Yulistiyanto et al. [188]

4.3 Test 3 : L’écoulement autour d’une digue

La troisième validation du modèle numérique consiste à évaluer la capacité de la MBR à


reproduire un écoulement autour d’une digue. Ce type d’écoulement est induit par exemple par la
mise en place d’un ouvrage hydraulique pour protéger les berges d’une rivière. De plus, la digue
peut également avoir une fonction de protection contre les inondations ou les submersions. Il est
donc nécessaire d’étudier cet écoulement, par exemple pour contrôler les inondations causées
par la rupture d’une digue ou par l’action d’inondation d’un polder. Dans cette sous-section,
nous essayons de reproduire et d’analyser un tel écoulement en considérant le cas test étudié
numériquement par [189], [190] et [191]. Il convient de noter que [192] a également étudié ce cas
test par expérimentation en laboratoire.
Il s’agit d’un écoulement évoluant dans un canal rectangulaire à fond plat, d’une longueur de
9m et d’une largeur de 1, 8m. Le canal est considéré comme lisse avec un coefficient de Manning
nb = 0, 01m−1/3 s. La digue est de longueur B = 0, 304 m et fixée dans le canal symétriquement
à la position (x = 3m, y = 0, 9m). L’écoulement est considéré comme laminaire (Csge = 0) et
induit par la vitesse uin = 0, 253 ms−1 et vin = 0 ms−1 imposée à l’entrée du canal (limite
amont). De plus, la profondeur d’eau hdown = 0, 189 m a été fixée sur la frontière aval (Fig. 4.10).

Figure 4.10 – Configuration du domaine de l’écoulement

— 158 —
159 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

Le domaine de calcul a été discrétisé en un réseau de 900 × 90 nœuds, soit ∆x = 0, 01m. Pour
ce cas test, le taux de relaxation τ = 0, 65 et le pas de temps ∆t = 0, 001s sont adoptés et semblent
appropriés pour assurer la stabilité des calculs. Pour les parois solides, la condition de non-
glissement a été appliquée au contour de la digue. En revanche, pour les parois latérales du canal,
c’est la condition du glissement libre qui a été appliquée en se basant sur la remarque de Ponce
et Yahusaki [193]. En effet, selon ces auteurs, bien que la condition de non-glissement à la paroi
solide soit la plus naturelle pour un écoulement de fluide visqueux, ces deux chercheurs ont montré
que ce type de condition peut induire des imprécisions dans les calculs. La solution stationnaire
a été atteinte après 55000 pas de temps avec une erreur de masse relative inférieure à 10−4 .

Figure 4.11 – Zoom sur la digue : profondeur de l’eau et champs de vitesse.

La figure (4.11) montre la superposition de la profondeur de l’eau et du champ de vitesse.


Une analyse visuelle de cette figure montre que le modèle par la MBR est capable de générer
un écoulement aussi complexe que celui considéré dans ce cas test (écoulement autour d’un
obstacle). De plus, nous observons également une augmentation de la profondeur d’eau (notée
hS ) dans la zone de stagnation (interface obstacle/fluide en amont). Sur la figure (4.11), nous
lisons la valeur hS = 0, 1947m. Nous pouvons facilement vérifier la validité de cette valeur
déduite du résultat du modèle numérique. En effet, l’application du principe de Bernoulli le long
de l’axe du canal entre le point I (l’entrée du domaine) et le point S (le point de stagnation
situé à l’interface amont digue/eau) permet d’estimer la valeur de hS . A l’état d’équilibre
de l’écoulement, pour le point I, la valeur de la vitesse est uI = uin = 0, 253m/s. De plus,
nous pouvons lire sur la figure (4.11) la profondeur de l’eau au point I, hI = 0, 19070m. Nous

— 159 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 160

rappelons que le point de stagnation est caractérisé par une vitesse nulle (uS ≃ 0ms−1 ). On
calcule donc hS = hI + u2I /2g = 0, 1939m. On peut remarquer que la valeur de la surélévation
devant la digue estimée par le modèle numérique hS = 0, 1947m est en très bon accord avec
celle estimée par le principe de Bernoulli hS = 0, 1939m (soit une erreur relative de 0, 4%).
De même, nous avons vérifié la conservation du débit à l’entrée et à la sortie du canal. Pour
cela, nous avons calculé les débits d’entrée (Qin ) et de sortie (Qout ) par :
Z 1.8 Z 1.8
Qin = uin hI dy , Qout = uout hdown dy (4.120)
0 0

Les résultats du modèle montrent que |Qout − Qin | ≃ 2, 10−3 m3 s−1 . On aurait pu obtenir
une erreur |Qout − Qin | beaucoup plus petite que 10−3 m3 s−1 si la limite aval de la zone d’étude
avait été étendue à plus de 9m. En effet, on a observé qu’à x = 9m, le profil de vitesse n’est pas
parfaitement constant, mais le sillage de la digue peut encore être ressenti à x = 9m. Finalement,
et au vu de ces résultats, nous pouvons conclure que le modèle numérique basé sur la MBR
est capable de vérifier les principes connus de la mécanique des fluides tels que la conservation
de l’énergie totale (principe de Bernoulli) et la conservation des débits.
La figure (4.12) montre la comparaison de la vitesse normalisée (u/uin ) mesurée par [192] et
celle calculée par notre modèle numérique selon quatre transects TD1 : y = yc + 3B/4 ; TD2 :
y = yc + B ; TD3 : y = yc + 3B/2 et TD4 : y = yc + 2B, où yc = 0.9m. Les figures (4.12.a,
4.12.c et 4.12.d) montrent que les vitesses normalisées calculées par le modèle sont en assez bon
accord avec celles résultant de la mesure. L’erreur absolue de vitesse pour l’ensemble de ces
figures ne dépasse pas 0, 018ms−1 . En revanche, sur la figure (4.12.b), on observe que le modèle
surestime la valeur de u/uin , en particulier dans la région immédiatement en aval de la digue.
L’erreur maximale estimée dans cette zone est de l’ordre de 0.043ms−1 . Cette sous prédiction
a également été rapportée par plusieurs auteurs qui ont étudié ce cas test par modélisation
numérique [189, 190, 191]. Enfin, il est très probable que ces différences soient dues à la présence
d’un fort gradient de vitesse dans cette zone (Fig. 4.11). Il est donc possible que les différents
schémas d’approximation numérique mis en œuvre dans les modèles ci-dessus ne soient pas
capables de reproduire cette forte variation de vitesse. De même, il est également possible que les
capteurs de mesure n’aient pas été suffisamment précis pour mesurer correctement ces variations
rapides de vitesse et qu’ils aient donc dû fournir des mesures erronées !

— 160 —
161 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

Figure 4.12 – Vitesse normalisée (u/uin ) sur les transects TD1, TD2, TD3 et TD4 : les points de cercle
représentent les mesures, la ligne rouge continue représente les résultats du modèle.

— 161 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 162

4.4 Test 4 : L’écoulement dans un canal convergent-divergent

Dans cette sous-section, nous présentons la quatrième validation de notre modèle par
comparaison avec des données expérimentales. Il s’agit des mesures de la profondeur de l’eau
dans un canal convergent-divergent effectuées par Coles et Shintaku [194]. Le canal de test est
formé de deux bassins de sections rectangulaires reliés par un canal convergent d’une longueur
de 1, 49m avec deux parois symétriquement inclinées de 6◦ . Cette configuration génère un
écoulement à deux régimes : un régime sous-critique depuis l’entrée jusqu’à la contraction, puis
un régime légèrement sur-critique près de la sortie. La section amont Se mesure 0, 629m de large,
tandis que la section aval Ss mesure 0, 314m. Le fond du canal est caractérisé par une rugosité
équivalente au nombre de Manning nb = 0, 011m−1/3 s. Pour les mesures, l’écoulement a été
dérivé en imposant le débit amont et la profondeur d’eau respectivement à Qup = 0, 0465m3 s−1
et hup = 0, 176m (soit un nombre de Froude F rup = 0, 32). La profondeur d’eau en aval a été
fixée à hdw = 0, 118m (Fig. 4.13).

Figure 4.13 – Configration du domaine de l’écoulement

Afin de reproduire les résultats des mesures décrites ci-dessous, nous avons effectué une
simulation en utilisant le code MBR-TRM que nous avons développé. Le domaine de calcul est
un rectangle de 2, 13m de long et 0, 66m de large, discrétisé en un réseau de 426 × 132 nœuds,
c’est-à-dire ∆x = ∆y = 0, 05m. Un tableau mask(i, j) a été créé pour identifier les nœuds situés
à l’intérieur du canal convergence et ceux situés à l’extérieur. En fait, ce tableau facilitera le
traitement numérique des conditions aux limites solides. Les profondeurs d’eau à l’entrée et à la
sortie ainsi que la composante v de la vitesse ont été spécifiées (hin = hup ; hout = hdw ; vin = vout =
0), tandis que la composante u d’entrée et de sortie de la vitesse ont été calculées par le modèle.
Sur les parois latérales du domaine, la condition de non-glissement a été adoptée. Pour
assurer la stabilité des calculs, le pas de temps et le taux de relaxation ont été respectivement

— 162 —
163 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

fixés à ∆t = 0, 5 × 10−4 s et τ = 0, 51. Pour ce cas test, nous avons adopté les valeurs de
la matrice diagonale S de Zhang et Che [195]. Ces valeurs semblent assurer la stabilité des
simulations numériques S = diag [1.0; 1.1; 1.1; 1.0; 1.2; 1.0; 1.2; 1/τ ; 1/τ ].
La figure (4.14) montre les contours de la profondeur d’eau dans le canal à l’état stationnaire.
On peut observer qu’à proximité de l’amont, la profondeur de l’eau reste constante en fonction de
la largeur du canal, mais qu’elle diminue dans la direction longitudinale. On observe également
que les contours se resserrent à mesure que nous approchons de la zone de contraction. La
figure (4.14) montre également qu’en aval du canal, les contours évoluent dans l’espace en
s’inclinant vers la sortie. En revanche, dans la contraction elle-même, les contours sont orientés
vers l’entrée du convergent.

Figure 4.14 – Profondeur d’eau simulée dans le flux du canal convergent (contours de la profondeur
d’eau en mètres).

En aval, la figure (4.14) met en évidence une séparation symétrique des contours de la
profondeur d’eau vers le nord et le sud. Cette séparation est sans doute due à la création
de couches limites sur les parois supérieures et inférieures du canal. En effet, la figure (4.15)
montre que les forts gradients de vitesse qui contribuent à la création de la couche limite
sont localisés à la sortie par l’effet de réduction de la section. Enfin, il convient de noter qu’à
cet endroit, le régime d’écoulement devient également légèrement sur-critique (nous calculons
un nombre de Froude F rdw = 1, 08 ). Coles et Shintaku [194] n’ont malheureusement pas
présenté les résultats des mesures de vitesse. Dans la figure (4.15), nous présentons le champ
de vitesse obtenu par la simulation numérique.

— 163 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 164

Figure 4.15 – Vitesse simulée dans un flux de canal convergent.

On peut observer que le modèle reproduit les caractéristiques d’un écoulement entre
deux parois avec la condition de non-glissement. La simulation produit des profils de vitesse
paraboliques qui caractérisent cette configuration d’écoulement. De même, on observe un profil
parabolique à la sortie, mais avec une vitesse plus intense. Ceci n’est pas surprenant puisque
cette augmentation de la vitesse est due à la réduction de la section de sortie.

Figure 4.16 – Profondeur d’eau centrale dans un canal convergent.

La figure (4.16) présente la comparaison entre les résultats numériques et ceux obtenus par
des tests en laboratoire sur l’axe central le long de la direction longitudinale. Sur cette figure,
nous observons un excellent accord entre les résultats numériques et expérimentaux. L’erreur
relative minimale de 0, 03% (soit une erreur absolue de 0, 05 mm) est observée à la position
x = 1, 752m. Cette position correspond à une position proche de la contraction. Par ailleurs,
l’erreur relative maximale ne dépasse pas 2, 5% (soit une erreur absolue de 2, 9 mm). Elle est
observée sur la position x = 2, 118m proche de la sortie. Il est intéressant de souligner que c’est

— 164 —
165 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

au voisinage de cette position que l’écoulement passe d’un régime sous-critique à un régime
sur-critique. C’est probablement ce changement de régime qui affecte la précision de la solution.

4.5 Test 5 : L’écoulement dans un canal à deux branches

Pour la cinquième validation de notre modèle numérique, nous confrontons ces résultats à ceux
obtenus par la division d’un écoulement dans les canaux ouverts. Ce cas test a l’avantage d’être
étudié expérimentalement par plusieurs auteurs dont Shettar and Murthy [196]. L’écoulement
généré par cette expérimentation est complexe. Il est rencontré dans de nombreuses applications
en ingénierie hydraulique (irrigation, bassin versant des rivières, etc.). La disponibilité des
mesures de ce cas test, nous permettra de conclure sur la capacité du modèle numérique à
reproduire avec fidélité les grandes caractéristiques aussi complexes que celles d’un tel écoulement.
De point de vue numérique, cette complexité réside dans la stabilité des calculs au niveau du
point de stagnation (Fig. 4.17). En revanche, de point de vue physique, la complexité peut être
produite par la modélisation de la turbulence aux voisinages des points singuliers et notamment
avant la bifurcation dans le canal branche. Par ailleurs, cet écoulement met également en
évidence une zone de séparation (Fig. 4.17) (appelée aussi zone de recirculation) qu’un bon
modèle numérique doit reproduire avec une bonne précision.

Figure 4.17 – Schématisation du domaine d’étude.

— 165 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 166

Le figure (4.17) présente le domaine d’étude. Il s’agit d’un canal principal de 1, 20m de
long et d’un canal branche de longueur 0, 9m normal au canal principal. Les largeurs des deux
canaux sont de 0, 3m. Dans le plan (x, y), le canal branche commence à x = 0, 45m et se
termine à x = 0, 75m. Le fond des deux canaux est de type ciment plaster caractérisé par
le coefficient de Manning nb = 0, 011m−1/3 s . Pour générer l’écoulement dans la division, un
débit Qin = 5, 695 × 10−3 m3 .s−1 a été imposé à l’entrée du canal principal. A la sortie du
canal principal la hauteur d’eau houtP = 0, 055m a été imposée. Par ailleurs, à la sortie du
canal branche, la hauteur d’eau houtB a été maintenue à la valeur de 0, 045m. Enfin, c’est la
condition à la limite de type non-glissement qui a été utilisée pour traiter les parois solides.
L’écoulement est caractérisé par un nombre de Reynolds moyen de 9446 dont le calcul est basé
sur le rayon hydraulique comme échelle de longueur caractéristique. L’écoulement est donc
considéré turbulent. Les effets de la turbulence ont été intégrés au modèle numérique en adoptant
l’approche SGE en mettant en œuvre l’algorithme (4) du chapitre (3).
Le domaine a été couvert par un réseau de 120 × 120 points, soit un pas de réseau ∆x =
∆y = 10−2 m. Le pas de temps qui semble convenir pour éviter les instabilités numériques
a été fixé à ∆t = 5 × 10−3 s (soit un nombre de courant Cr = 0, 2). 15000 pas de temps
ont été nécessaires pour converger vers l’état stationnaire de l’écoulement. Le coefficient de
Smagorinski Csge (Exp. 3.48) a été pris égale à 0, 22. Le taux de relaxation τ0 correspondant
à la viscosité moléculaire a été fixé à 0, 6 pour des raisons de stabilité. Il est à noter que le
taux de relaxation τtot qui intervient dans les calculs est celui correspondant à la viscosité
turbulente. Il est déterminé par la modélisation SGE et donné par l’expression (Chap. 3, Exp.
3.96). Enfin, notons que pour des raisons de stabilité, nous avons adopté la version TRM de
la MBR pour laquelle la matrice diagonale S est donné par les valeurs dues à Zhang et Che
[195] : S = diag [1.0; 1.1; 1.1; 1.0; 1.2; 1.0; 1.2; 1/τtot ; 1/τtot ].

4.5.1 Conservation des débits

Pour comparer les résultats de notre modèle à ceux de l’expérimentation de Shettar et


Murthy [196], nous devons se situer dans la même configuration de l’écoulement expérimental,
à savoir : Rq = |QoutB /Qin | ∼
= 0.52 et les trois nombres de Froude évalués sur les sections
entrées/sorties du domaine F rin = 0.54, F routP = 0.22 et F routB = 0.33.

— 166 —
167 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

La figure (4.18) montre la hauteur d’eau superposée aux lignes de courant de l’écoulement.
Sur cette figure, on localise la ligne de courant particulière (en couleur bleue sur la figure)
allant du point M situé à l’entrée jusqu’au point de singularité N . Cette ligne agit comme un
séparateur des deux masses d’eau. La première s’écoule dans le canal principal avec le débit
QoutP et la seconde s’écoule dans le canal branche avec le débit QoutB . Notons que cette propriété
peut s’avérer très utile pour l’aménagement des voies d’eau puisqu’elle nous renseigne à priori
sur l’acheminement des masses d’eau et par conséquent sur leur évacuation ou sur leur stockage.
Le point M de coordonnée (0, 1.055) est quasi au milieu de la section d’entrée du canal principal.
Comme le débit Qin est uniforme sur la section d’entrée, on peut conclure alors que la ligne
de courant M N sépare le débit Qin en deux débits QoutP et QoutB quasi égaux. Les valeurs
de ces deux débits données dans le tableau (4.3) confirment cette remarque. De même, par
continuité, la somme algébrique des trois débits (notée Qnet ) doit être nulle d’après la loi des
nœuds hydrauliques (Qnet = Qin +QoutP +QoutB = 0). Il est à noter que cette expression exprime
également la conservation des débits. Si l’on essaye de vérifier cette loi de conservation par les
valeurs du tableau (4.3) obtenus par simulation numérique, on trouve |Qnet | ≈ 6 × 10−5 m3 .s−1 .
Cette valeur peut être réduite d’avantage par un raffinement des points du réseau. Enfin, on
peut conclure que notre modèle numérique reproduit avec une bonne précision les principales
caractéristiques de la division des écoulements dans les canaux (continuité, séparation de débits).

Tableau 4.3 – Valeurs des débits simulés par le modèle numérique.

Qin (m3 .s−1 ) QoutB (m3 .s−1 ) QoutP (m3 .s−1 ) Qnet (m3 .s−1 )
−5.695 × 10−3 2.949 × 10−3 2.686 × 10−3 −5.978 × 10−5

— 167 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 168

Figure 4.18 – Hauteur d’eau superposée aux lignes de courant

4.5.2 Zone de séparation dans le canal branche

Les écoulements de division sont caractérisés par la création d’une zone de séparation induite
par la bifurcation d’une partie des masses d’eau dans le canal branche. L’étude de la dynamique
de cette zone est très importante en ingénierie hydraulique. De même, la création de la zone
de séparation est à l’origine d’importance changement de la configuration de l’écoulement.
En effet, cette zone réduit la largeur du canal branche. Cette réduction à son tour modifie
considérablement le champ des vitesses créant ainsi dans le champ proche des phénomènes
d’affouillement et de transport particulière. Par ailleurs, la zone de séparation est une zone de
faible vitesses en circulation permanente favorisant ainsi le dépôt des particules solides. Cette
accumulation des sédiments modifie considérablement la morphologie de la section transversale
du canal branche. Par conséquent, cette dynamique induite par la zone de séparation ne peut
qu’accentuer les problèmes d’érosion et d’affouillement. De ce qui précède, nous déduisons
facilement que le contrôle de ces zones est nécessaire pour la gestion des réseaux de canaux en
jonction.
Kasthuri and Pundarikanthan [197] ont étudié expérimentalement les dimensions de la zone
de séparation en mesurant sa longueur SL et sa largeur maximale Sw (Fig. 4.18). Les données

— 168 —
169 4. Validation du modèle pour les équations de Saint-Venant

récoltées durant cette expérimentation ont permis à ces deux auteurs de proposer une relation
empirique (par ajustement quadratique) exprimant les deux longueurs adimensionnelles SL /B
et Sw /b en fonction du rapport des débits Rq (B étant la largeur du canal principal et b étant
la largeur du canal branche, voir figure (4.17)). Ces relations sont données par :

SL
= 6.49Rq2 − 8.44Rq + 4.45 (4.121)
B

Sw
= 0.504Rq2 − 0.893Rq + 0.861 (4.122)
b
Pour B/b = 1 et un écoulement à nombre de Froude F rin < 0.4, les données expérimentales
de Kasthuri and Pundarikanthan [197] ont montré une bonne corrélation entre les paramètres
non dimensionnels SL /B et Sw /b et le rapport des débits Rq selon les expressions (4.121) et
(4.122). Par ailleurs, pour B/b = 0, 5, Lakshmana Rao et al., [198] ont essayé d’ajuster leurs
données en proposant une expression empirique liant SL /B et Sw /b aux nombres de Froude aval
(F routP et F routB ), mais la corrélation n’a pas été de bonne qualité ! (des écarts excessifs avec
les données).
Les valeurs des débits présentées dans le tableau (4.3) permettent d’estimer le rapport des
débits Rq , nous trouvons alors Rq = 0, 52. Pour les conditions de mesures, les largeurs des
deux canaux sont identiques (b = B). Par application des expressions (4.121) et (4.122),
nous obtenons les valeurs de SL et Sw . D’autre part, les valeurs de ces deux grandeurs issues
de la simulation numérique ont été extraites de la figure (4.18). L’ensemble de ces valeurs
est présenté dans le tableau (4.4).

Tableau 4.4 – Les valeurs SL et Sw obtenues par ajustement quadratique et par modélisation numérique.

Valeurs expérimentaux Valeurs numériques Erreur relative


SL (m) 0.544 0.537 1.3%
Sw (m) 0.157 0.143 8.9%

On observe que l’erreur relative sur SL ne dépasse pas les 2% . On conclut alors que notre
modèle numérique permet d’estimer la longueur de la zone de séparation avec une grande
précision. En revanche, l’erreur relative sur Sw est beaucoup plus importante et avoisine les
8.9%. Ceci n’est pas surprenant, puisque cette grandeur se situe exactement à la bifurcation
de l’écoulement vers le canal branche (Fig. 4.18). Or cette zone est le siège d’un écoulement

— 169 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 170

fortement turbulent qui est difficilement prévisible avec une grande précision. Nous pensons alors
que c’est la complexité de l’écoulement à cet endroit qui affecte l’estimation correcte de Sw . Nous
croyons qu’à la fois un raffinement de points de réseau et/ou la modélisation de la turbulence
par ENSMR pourrait améliorer la précision de l’estimation de Sw . Enfin, nous pouvons conclure
que le modèle numérique estime correctement les tailles de la zone de séparation.

4.5.3 Profils de la hauteur d’eau

Dans cette section, nous présentons et commentons les résultats de la comparaison entre les
résultats de notre modèle numérique et ceux des mesures en laboratoire. Les expérimentations
ont été entreprises par Shettar and Murthy [196] pour l’écoulement de la configuration suivante :
Rq ∼
= 0.52; F rin = 0.54; F routP = 0.22; F routB = 0.33. La figure (4.19) compare le profil de la
hauteur d’eau mesuré et celui calculé le long de la radiale Y = 0.9 + ∆y. Ce profil montre
l’évolution de la hauteur d’eau à l’entrée du canal branche. Comme précisé plus haut, cette
zone se caractérise par une dynamique assez intense affectant la précision des simulations
numériques. Mais en vu de la figure (4.19), on observe un très bon accord entre les valeurs
mesurées et celles calculées par notre modèle numérique.

Figure 4.19 – Comparaison du profil de la hauteur d’eau sur la radiale y = 0.9 + ∆y (point : les mesures,
trait rouge : les valeurs calculées)

L’erreur relative avoisine 1.3%. L’erreur maximale est localisée au niveau du deuxième point
singulier où l’écoulement est moins stable induisant ainsi une perte de précision. Cette précision
a été obtenue après plusieurs tests numériques sur les valeurs de τ0 et Csge . La combinaison
optimale qui a aboutie à cette précision est (τ0 , Csge ) = (0.6, 0.22). Il est à noter que ces deux

— 170 —
171 5. Conclusion

paramètres sont liés à la modélisation de la turbulence. Ce n’est donc pas surprenant de voir
que ces deux paramètres qui ont permis d’améliorer la précision perdue au point singulier.

Figure 4.20 – Comparaison du profil de la hauteur d’eau sur la radiale Y = 1.2 − ∆y (point : les
mesures, trait rouge : les valeurs calculées).

La figure (4.20) montre la comparaison entre le profil de la hauteur d’eau mesuré et calculé
le long de la radiale Y = 1.2 − ∆y. On observe un très bon accord entre les valeurs mesurées et
simulées par le modèle numérique. L’erreur relative est de 0.9%. Ce résultat est attendu puisque
la radiale Y = 1.2 − ∆y est proche de la paroi solide du canal principal et par conséquent, la
valeur de la hauteur d’eau est plutôt influencée par la condition imposée à cette limite que
par celle calculée par le modèle. En revanche, nous pouvons conclure que le modèle traite
correctement les conditions de Neumann (flux nul).
Pour ce cinquième cas test, on peut conclure que le modèle numérique proposé reproduit avec
une bonne précision les caractéristiques hydrodynamiques d’un écoulement aussi complexe
que celui de la division des canaux.

5 Conclusion
Dans cette partie nous avons présenté et interprété en détails les résultats obtenus par notre
modèle numérique. Pour tester l’efficacité de la MBR appliquée aux écoulements en EEP, nous
avons confronté nos résultats à cinq cas tests qui englobent des configurations d’écoulements
difficiles à reproduire. A chaque confrontation, les résultats du modèle numérique étaient en
général en très bon accord avec les résultats expérimentaux. Les rares fois où les performances
du modèle n’étaient pas satisfaisantes, nous avons su donner une explication à ce désaccord
en la liant entre autres à la complexité de l’écoulement. En général, le choix de la MBR pour

— 171 —
4. La méthode de Boltzmann sur réseau pour les écoulements en eaux peu profondes 172

simuler les écoulements en EPP, c’est le choix d’une méthode efficace, robuste et précise. Cette
méthode serait encore plus efficace et rapide si nous avions mis en œuvre sa version parallèle.

— 172 —
5
Chapitre
Application aux cas réels

1 Introduction
Dans ce chapitre, nous allons appliquer la MBR à des cas réels afin d’analyser la pro-
pagation de la marée et de valider les caractéristiques hydrodynamiques dans deux lagunes
marocaines. Les cas choisis sont : la lagune Oualidia et la lagune de Nador. Ces sites ont
été sélectionnés en raison de leurs importance environnementale et économique, ainsi que
pour leurs hydrodynamismes complexes.
Tout d’abord, nous examinerons la propagation de la marée dans la lagune Oualidia. Cette
lagune est réputée pour sa biodiversité et son rôle crucial dans la pêche locale. L’application de
la MBR nous permettra de simuler les mouvements de marée et d’évaluer les performances de
notre modèle par rapport aux observations in-situ.
Ensuite, nous nous intéresserons à la propagation de polluants dans la lagune de Nador. En
fait, elle est bien connue (malheureusement) par ses problèmes de pollution excessifs. Pour
réaliser cette tâche, nous couplons le modèle hydrodynamique avec les équations de transport
présentée dans le Chap. 4 Eq. 4.52. Cette analyse est essentielle pour comprendre la dynamique
du front de pollution et proposer des solutions de gestion optimales.
À travers ces applications, nous démontrerons la capacité de la MBR à fournir des résultats
précis et fiables pour des phénomènes à grandes échelles comme l’hydrodynamisme et les
processus de dispersion des polluants dans la lagune de Nador. Ces études contribueront non

173
5. Application aux cas réels 174

seulement à la validation de notre modèle, mais aussi à une meilleure compréhension des
processus physiques dans les lagunes étudiées.

2 Application à la lagune Oualidia


2.1 Présentation de la zone et paramètres des simulations

Le Maroc est bordé par environ 3500 km de littoral, qui s’étendent sur les côtes atlantiques et
la mer Méditerranée. Ces zones écosystémiques fragiles sont des sites de pressions anthropiques
(tourisme, pêche, infrastructures, etc.) qui doivent être maîtrisés pour mieux les protéger.
D’autant plus que les prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat (GIEC) sur les impacts du changement climatique ne sont pas rassurantes à moyen
terme [199]. Les côtes marocaines comptent plusieurs lagunes, qui sont une source de vie et
de ressources pour des millions de Marocains qui vivent directement des produits de ces lieux
fragiles. Parmi ces lagunes, on cite la lagune Oualidia.
Cette lagune est située sur la côte atlantique marocaine centrée sur (32.75◦ N ; 9.025◦ W ).
C’est l’un des sites côtiers du Maroc où se développent plusieurs activités socio-économiques,
notamment l’ostréiculture qui a été toujours pratiquée de manière artisanale depuis les années
1950. Elle s’étend sur une longueur de 8km (avec la fosse) et sur une largeur avoisinant 0.5km
de large et sa superficie totale est estimée à 3km2 (Fig. 5.1). La morphologie de cette lagune
est constituée d’un chenal principal sinueux (5, 4km de long et environ 0, 4km de large) où la
profondeur moyenne est de 2m, alors que la profondeur maximale ne dépasse pas 5m lors des
marées hautes.
De plus, cette lagune est alimentée par deux passes de dimensions différentes à travers le cordon
littoral : une passe principale permanente d’environ 150m de large et 2m de profondeur et
une passe secondaire moins profonde d’environ 50m de largeur active lors des marées de vives
eaux [200]. En effet, ces deux ouvertures permettent la propagation de l’onde de marée dans
l’ensemble de la lagune, ce qui favorise un meilleur échange entre l’océan Atlantique et l’eau de
la lagune. Compte tenu de son intérêt socio-économique, plusieurs recherches ont été menées
sur cette région afin de mieux comprendre le fonctionnement de son écosystème. L’écoulement
dans la lagune est généré principalement par la marée provenant de l’océan Atlantique. La
lagune Oualidia est une zone d’échanges et de mélanges intenses et complexes. Cette complexité
rend difficile une étude numérique complète du régime hydro-sédimentaire de la lagune sans

— 174 —
175 2. Application à la lagune Oualidia

l’aide d’une étude expérimentale du site. Dans ce qui suit, nous tentons d’apporter quelques
explications à ces difficultés en appliquant le code que nous avons développé résolvant les ESV
en s’appuyant sur la méthode innovante de Boltzmann sur réseau.

Figure 5.1 – Situation géographique de la lagune Oualidia et localisation de la zone d’étude.

Pour tester notre code, nous avons considéré la géométrie réelle de la lagune. Il s’agit d’une
zone rectangulaire avec deux ouvertures sur la limite nord (schématisant l’Océan Atlantique) et
une ouverture sur la limite extrême sud-est. La zone d’étude est orientée à 323◦ par rapport au
nord dans le sens des aiguilles d’une montre (Fig. 5.1). La bathymétrie de la zone a été fixée à
une valeur constante de 4m, correspondant à la hauteur d’eau moyenne dans la lagune. Pour la
simulation numérique, le domaine de calcul a été discrétisé en un réseau carré de 508 × 328 pour
lequel ∆x = ∆y = 5m. Pour nos simulations, nous avons utilisé le code de calcul construit à
partir de l’algorithme (Chap. 3, Algo. 4) dans lequel la turbulence a été modélisée par l’approche
SGE. Dans ce cas, le taux de relaxation τtot est donné par l’expression (3.96) dans laquelle τ a
été fixé à 0, 5 correspondant ainsi à la viscosité moléculaire ν. Le coefficient de Smagorinsky
a été fixée à Csge = 0, 22. La matrice S de la version TRM a été choisie comme celle utilisée
par Zhang et Che [195] : S = diag[1.0; 1.1; 1.1; 1.0; 1.2; 1.0; 1.2; 1/τtot ; 1/τtot ]. Le pas de temps
∆t = 0, 3s semble convenir pour assurer la stabilité.

— 175 —
5. Application aux cas réels 176

Aux deux frontières ouvertes au nord, le modèle a été forcé par l’onde de marée semi-
diurne M2 de période 12.4h (onde induite par les mouvements de la lune). Les valeurs de
l’amplitude et de la phase de l’onde incidente ont été extraites de la base de données mondiales
des marées TPXO [201]. Pour cette de région du globe, on trouve la valeur de 0, 96m pour
l’amplitude et la valeur de 50, 04◦ pour la phase. Par ailleurs, la composante principale de
l’onde de marrée, s’écrit sous la forme générale suivante :

η(t) = AM2 cos(σt − ϕ) (5.1)

où η est l’élévation (ou dénivellation) de la surface libre.


Sur la frontière nord (sur les deux passes), nous imposons alors l’onde donnée par l’expression
(5.1), mais avec les valeurs réelles suivantes :

AM2 = 0.963m


TM2 = 12.41h




 σ= 2π/TM2
ϕ= 50.04◦

Étant donné que nous ne disposons pas de données à la frontière est, à cet endroit, nous
avons donc imposé la condition de sortie libre. Cette condition permet d’évacuer les masses
d’eau vers le chenal à marée haute. De même, elle permet à marée basse de vider le chenal
vers la lagune. Pour les conditions aux limites sur parois solides, nous avons adopté le schéma
de rebond à mi-chemin (Halfway Bounce-Back model). Pour traiter ce type de frontière, nous
avons effectué les calculs sur l’ensemble du rectangle de la figure (5.1) discrétisé sur (508 × 328)
nœuds, puis nous avons introduit un tableau de masque défini comme suit :

0 si (i, j) est sur la terre


(
mask(i, j) = (5.2)
1 si (i, j) est sur le fluide

Avec cette technique, nous appliquons facilement la condition de rebond à tous les nœuds situés
sur la terre. Nous augmentons peut-être le temps de calcul, mais nous gagnons en flexibilité du
code si nous traitons les frontières comme des limites courbes. Nous précisons également que
dans notre cas (petite zone d’étude), l’augmentation du temps de calcul n’est pas significative.

— 176 —
177 2. Application à la lagune Oualidia

2.2 Étude de la sensibilité au maillage

Il convient de noter que la première étape de la vérification d’un code de calcul consiste à
s’assurer que la solution numérique ne dépend pas de la taille du réseau choisi. Ce test itératif
doit être effectué avant de commencer à exploiter les résultats numériques. Il est basé sur
l’analyse des erreurs commises sur la solution calculée sur, au moins, trois tailles de réseau
différentes. Théoriquement, l’estimation d’une erreur est définie comme la différence entre la
valeur calculée et la valeur exacte (ou mesurée). Cependant, dans la pratique, aucune de ces
deux valeurs n’est disponible. Pour contourner ce problème, plusieurs chercheurs ont proposé
des procédures basées sur l’analyse des erreurs obtenues en adoptant une séquence de réseaux
allant du plus grossier au plus fin (réduction par un facteur supérieur à l’unité) [202, 203,
204, 205]. L’objectif de ces procédures est de fournir un critère de choix de la taille du réseau,
qui n’aura pas d’influence sur la solution numérique. Pour illustrer l’une de ces procédures,
nous choisissons celle proposée par [205] :

i) Nous commençons par choisir une variable d’écoulement sur laquelle nous voulons effectuer
l’analyse des erreurs. Nous choisissons ici l’amplitude de l’onde de marée M2 (notée AM2 )
au centre de la lagune.

ii) Nous choisissons un ensemble de tailles de réseaux notées h1 , h2 , et h3 telles que h1 > h2 >
h3 .

iii) Nous effectuons les simulations successives pour les tailles h1 , h2 , h3 et h4 . Nous désignons
par A(M2 ,h1 ) , A(M2 ,h2 ) et A(M2 ,h3 ) l’amplitude obtenue par simulation à partir des réseaux
de tailles h1 , h2 et h3 respectivement. Nous formons ensuite les erreurs et le taux R comme
suit :
ϵ21 = A(M2 ,h2 ) − A(M2 ,h1 ) ,
ϵ32 = A(M2 ,h3 ) − A(M2 ,h2 ) ,
(5.3)
|ϵ32 |
R=
|ϵ21 |
iv) Tester si R < 1 (convergence) cela signifie qu’il est encore nécessaire de considérer un réseau
plus fin de taille h4 < h3 pour effectuer la 4ème simulation afin de former l’erreur |ϵ43 |. Cette
erreur doit être comparée à |ϵ32 | et ainsi de suite jusqu’à ce que R devient supérieur à
l’unité (divergence). Cette condition signifie que pour la dernière taille du réseau, les erreurs
dues à l’arithmétique de la machine (ces erreurs sont appelées aussi erreurs d’arrondis)
deviennent plus importantes que les erreurs dues à la méthode de résolution impliquant

— 177 —
5. Application aux cas réels 178

ainsi une divergence de la solution. Dans ce cas, il faut ignorer le dernier réseau (qui a
causé la divergence) et de considérer l’avant-dernier comme le réseau optimal qui préserve
la convergence avec une bonne précision.

La procédure de Celik [205] décrite ci-dessus est une procédure rigoureuse, mais nécessite
des ressources informatiques importantes et en particulier du temps CPU pour les calculs 3D.
La procédure la plus utilisée (compromis entre précision et temps CPU) est celle qui consiste
à effectuer des tests en réduisant successivement le pas du réseau jusqu’à observer une erreur
constante entre les résultats des deux derniers tests. En général, trois ou quatre tests suffisent
pour aboutir à la solution indépendante de la taille du réseau.
Il faut rappeler qu’en plus de la condition CFL imposée par un schéma explicite pour la
résolution des ESV par la MBR, l’analyse de stabilité de cette méthode impose une condition
supplémentaire liant la vitesse de l’onde de gravité et la vitesse du réseau (gh/c2 < 1). Cette
remarque signifie que la procédure de sensibilité du réseau doit être appliquée avec précaution
sans que le réseau optimal ne viole la condition de stabilité (gh/c2 < 1).
En ce qui nous concerne, nous avons appliqué la procédure de Celik pour quatre tailles de
réseau ∆x = 20 m, ∆x = 10 m, ∆x = 5m et ∆x = 2m. Pour cela, nous avons considéré le point
P 1 localisé sur la figure (5.3) pour calculer les amplitudes des simulations. Le tableau (5.1)
résume les valeurs obtenues pour l’amplitude de l’onde de marée M2 pour ces quatre tests (les
calculs ont été effectués sur Intel Xeon CPU E5-2643 v3 @3.40 Ghz, 64 Go de RAM).

Tableau 5.1 – Amplitude de l’onde de marée M2 et temps CPU du test indépendant de la grille

Taille du réseau Valeur calculée de AM2 (m) à P 1 Erreur coef R Temps CPU
∆x = 20m 0.827 / / 00h 38mn 20s
∆x = 10m 0.934 ϵ21 = 0.107 / 03h 05mn 33s
∆x = 05m 0.945 ϵ32 = 0.011 ≃ 0.102 11h 45mn 36s
∆x = 02m 0.962 ϵ43 = 0.017 ≃ 1.54 5.18 jours

Comme mentionné dans la sous-section (2.1), le modèle numérique a été forcé par l’onde
de marée M2 à l’entrée atlantique de la lagune. La valeur de l’amplitude extraite de la base de
données TPXO est AM2 = 0, 963 m. Les équations du modèle (Chap. 4, Eqs. 4.44) montrent
que le modèle utilisé contient des termes non linéaires (le terme de gravité et la contrainte
de cisaillement τbx et τby ). Lorsque l’onde de marée se propage de l’entrée du domaine vers
l’intérieur de la lagune, les termes non linéaires sont responsables de la création de nouvelles

— 178 —
179 2. Application à la lagune Oualidia

ondes qui ne sont pas d’origine astronomique. Ces ondes pompent leur énergie de l’onde de
marée principale M2 . Par conséquent, l’amplitude de l’onde de marée M2 à l’intérieur de la
lagune n’atteindra jamais la valeur de l’amplitude à l’entrée de la lagune (soit 0, 963m). Nous
nous appuierons sur cette observation pour analyser les valeurs du tableau (5.1). En effet, à
partir de ce tableau, nous pouvons observer que les simulations avec des tailles du réseau de
20m et 10m fournissent des amplitudes de l’onde de marée principale M2 inférieures à celles de
l’entrée de la lagune. A partir du même tableau, nous observons également que les réseaux de 5m
et 2m conduisent à une amplitude de marée M2 proche de celle à l’entrée de la lagune. De même,
pour la taille de réseau 5m, nous remarquons que le coefficient R = 0.102 < 1, ce qui signifie
qu’une bonne précision peut être obtenue avec une taille du réseau inférieure à 5m. Nous avons
tenté une simulation avec une taille du réseau (= 2m) qui s’est avérée très coûteuse en temps
(5.18 jours de temps de calcul juste pour simuler deux périodes de marée). Par conséquent, la
taille du réseau de 2m ne peut pas être recommandée pour la prévision des marées.
Pour tous les résultats de simulations qui suivront dans cette section, nous avons adopté la
taille du réseau de 5m. En effet, avec cette taille du réseau, nous avons simulé trois périodes
de l’onde de marée M2 (environ 37.23h) pour un temps de calcul CPU de 11h 45mn 36s,
alors que pour la taille (2m), nous n’avons simulé que deux périodes de marée M2 (environ
24.84h) mais avec un temps de calcul excessif estimé à 5.18 jours. Par conséquent, il est plus
raisonnable d’envisager des simulations avec le réseau de 5m qui présente le meilleur compromis
en termes de stabilité, de précision et de temps CPU. Enfin, nous précisons que l’amplitude AM2
de l’harmonique principale de l’onde de la marée M2 a été obtenue en effectuant une analyse
spectrale de Fourier sur le signal de marée au point P 1 (Fig. 5.3).

2.3 Présentation et discussion des résultats


2.3.1 Évolution de la surface libre et des courants de marée

Les figures (5.2) présentent l’évolution temporelle de la surface libre superposée aux lignes
de courant toutes les heures durant un cycle de marée de l’onde M2 . Les figures commencent
à l’instant de la marée basse que nous le repérons aussi par la marée haute (M.H.) moins
6h (M.H. − 06h) et terminent à la marée haute plus 5h (M.H. + 05h). Pour une heure de
marée donnée, on observe que les variations importantes de la surface libre sont localisées
au niveau des entrées et de la sortie de la lagune. Par contre, la surface libre est presque

— 179 —
5. Application aux cas réels 180

constante dans la lagune. Ce résultat n’est pas surprenant, mais au contraire, il est attendu. En

effet, l’onde M2 est une onde de gravité qui se propage avec la célérité c = gh = 6.26ms−1
et sa longueur d’onde λ = cT ≃ 280km.
Avec cette valeur, il est facile de voir que les dimensions de la lagune (2, 5km de longueur)
ne sont pas suffisantes pour permettre à l’onde M2 de se propager sur toute sa longueur d’onde
et donc de développer des gradients de surface libre significatifs. En se basant sur ce constat, les
résultats des figures (5.2) doivent être interprétés avec prudence. Au fait, on doit se concentrer
sur la lecture des valeurs de la légende et non sur la gamme de couleurs. Cette gamme a été
choisie uniquement pour montrer les faibles gradients, sinon toutes les figures auraient été
uniformément colorées sur l’ensemble de la lagune et donc inutilisables.

— 180 —
181 2. Application à la lagune Oualidia

D’autres figures suivront

— 181 —
5. Application aux cas réels 182

D’autres figures suivront

— 182 —
183 2. Application à la lagune Oualidia

Figure 5.2 – Niveau de la surface libre et lignes de courant durant un cycle de marée de M2 : de
M.H. − 06h à M.H. + 05h

— 183 —
5. Application aux cas réels 184

Les figures (5.2) montrent également que les valeurs des amplitudes de l’onde de la marée
M2 ne sont importantes qu’à proximité des deux entrées et de la sortie de la lagune. Ces valeurs
deviennent faibles au centre de la lagune. Ces observations sont en accord avec les résultats
précédemment publiés sur l’hydrodynamique de cette lagune [206, 207].
En ce qui concerne les lignes de courant, nous remarquons que pendant le cycle de la marée,
nous pouvons séparer deux zones : la première se trouve à l’ouest de l’entrée principale et se
caractérise par de faibles intensités de vitesse. La seconde se situe à l’est de cette entrée qui est le
siège des vitesses très intenses allant jusqu’à la sortie au sud-est de la lagune. Contrairement à la
lagune de Nador [175] (section suivante), on n’observe pas de zones de recirculation permanentes
au cours du cycle de marée. En effet, il faut rappeler que celle de Nador ne possède qu’une seule
entrée pour les échanges avec la mer Méditerranée. Cette configuration géographique fermée
favorise alors la formation de tourbillons lors des marées descendantes et montantes qui agissent
comme des courants de jets.
En revanche, la lagune Oualidia possède deux entrées au nord et une sortie au sud-est. Cette
sortie permet la continuité du flux des masses d’eau provenant (ou sortant) des deux passes. Par
conséquent, la configuration géométrique de la lagune Oualidia avec deux entrées et une sortie, ne
favorise pas la formation de tourbillons. Cependant, l’analyse des figures (5.2) montre que pendant
le remplissage de la lagune (M.H.+01h à M.H.+05h) à l’ouest de la passe principale et à l’est de la
passe secondaire de la lagune deviennent une zone de recirculation. Ces deux zones de circulation
disparaissent lors de l’évacuation de la lagune sauf pour M.H.-06h où l’on observe la formation
d’une zone de recirculation claire à l’est de l’entrée secondaire et le début d’un tourbillon à l’ouest
de l’entrée principale. Cette heure de marée initiera le cycle de la présence de zone de recirculation
de part et d’autre des deux entrées de la lagune jusqu’à leur disparition au cycle suivant.

2.3.2 Évolution locale de la surface libre et des courants

La figure (5.4) montre l’évolution temporelle de l’élévation de la surface libre et les


composantes de la vitesse moyenne (u, v) au point P 1 près de l’entrée principale de la lagune
(voir Fig. 5.3). On observe que la composante longitudinale ū est presque nulle, tandis que la
composante transversale v̄ est dominante avec une amplitude supérieure à 1ms−1 . Ce résultat
n’est pas surprenant, puisqu’à cet endroit de la lagune, les courants de marée sont canalisés
dans l’entrée pour pénétrer comme un jet dans la lagune. En d’autres termes, la vitesse est
alternée du nord au sud et vice-versa. De même, à cet endroit, l’amplitude de la surface libre

— 184 —
185 2. Application à la lagune Oualidia

est de l’ordre de 0, 958m, ce qui est proche de l’amplitude de l’onde de marée M2 imposée
aux deux entrées de la lagune, qui est de 0, 963m.

Figure 5.3 – Localisation des points d’extraction de la surface libre et de la vitesse moyenne.

Figure 5.4 – Niveau de la surface libre et les composantes de la vitesse moyenne au Point P 1 (voir Fig.
5.3)

La figure (5.5) présente également l’évolution temporelle de l’élévation de la surface libre et


les composantes de la vitesse moyenne, mais au point P 2 situé au centre de la lagune (voir Fig.
5.3). On notera que la surface libre reste pratiquement identique à celle de la figure (5.4). Cette
remarque est bien cohérente avec le fait que l’onde de marée M2 n’a pas assez d’espace pour se
propager et développer des gradients spatiaux. D’autre part, on observe que la composante ū
est toujours aussi négligeable et que l’écoulement est dominé par la composante transversale,

— 185 —
5. Application aux cas réels 186

mais beaucoup moins importante que celle près de l’entrée principale (ne dépasse pas 0.2m.s−1 ,
soit 5 fois moins importante que celle de la figure (5.4)).

Figure 5.5 – Niveau de la surface libre et les composantes de la vitesse moyenne au Point P 2 (voir Fig.
5.3)

Enfin, on note également qu’à travers la composante transversale v̄ de la figure (5.5), le


flot au centre de la lagune est plus étalé sur la demi-période de l’onde de marée M2 , tandis
que le jusant est plus pointu aux trois quarts de la période. Ces effets sont sans doute dus aux
non-linéarités du terme convectif et des forces de frottement sur le fond qui ont été paramétrées
par une forme quadratique des vitesses moyennes (Chap. 4, Exp. 4.45). Ces effets non linéaires
ont également été mis en évidence par l’analyse de Fourier appliquée à l’élévation de la surface
libre qui a montré l’existence de l’onde de marée M4 avec une amplitude de 0, 03m et une phase
de 9◦ (Tab. 5.3). Il est à rappeler que l’onde de marée M4 n’est pas une onde astronomique
(n’est pas due aux mouvements des astres), mais elle est uniquement induite par les termes non
linéaires que contiennent les ESV.

Tableau 5.2 – Analyse de Fourier du signal de marée au P 2 situé au centre de la lagune de Oualidia.

M2 M4 M6
Amplitude (m) 0.9341 0.031 0.006
Phase (degree) 60 9 81

— 186 —
187 2. Application à la lagune Oualidia

2.3.3 Évolution du courant résiduel de la marée

Pour étudier les processus physiques et biologiques liés à l’hydrodynamique (propagation


d’un polluant, trajectoires de particules solides, production benthique, etc.), il est nécessaire
de connaître l’évolution de la circulation lagrangienne du site étudié. Il est communément
reconnu que la vitesse résiduelle lagrangienne est un paramètre important pour la description
des processus à long terme. Il est également admis que c’est le courant lagrangien moyen (et
non le courant eulérien moyen) qui permet de déterminer avec précision l’origine des masses
d’eau. En effet, dès 1969, Longuet-Higgens [208] a mis en évidence la limitation du système
d’équations eulérien pour décrire le transport à long terme des particules fluides. Il a défini cette
nouvelle vitesse comme la somme de la vitesse résiduelle eulérienne et de la dérivée de Stokes.
Pour sa définition, il s’est basé sur l’approximation du premier ordre de la vitesse résiduelle
lagrangienne. Depuis [208], plusieurs auteurs ont proposé différentes définitions pour estimer la
vitesse résiduelle [209, 210, 211]. En outre, Delhez [212] a généralisé l’expression de la vitesse
résiduelle en supposant seulement qu’il est nécessaire d’avoir une vitesse eulérienne périodique
de moyenne nulle.

Il faut souligner que les différentes références citées ci-dessus pour la définition de la vitesse
résiduelle montrent que l’expression de cette vitesse est difficile à expliquer. En effet, les courants
marins résultent de plusieurs courants d’échelles de temps différentes : courants de marée,
courants de vagues, courants dus au vent, courants dus à la différence de densité, etc. Il est
donc évident que cette multitude de courants rend difficile l’établissement d’une expression
précise des vitesses de circulation à long terme. A ces difficultés s’ajoutent à la fois le choix du
temps d’intégration et la morphologie de la bathymétrie du site d’étude. En l’absence du vent
et du courant de densité, c’est la définition de Delhez [212] qui semble appropriée à notre cas
d’étude qui est forcé par l’onde de marée M2 . Dans ce cas, la vitesse résiduelle lagrangienne est
obtenue en intégrant la vitesse eulérienne sur une période de marée M2 [213]. Il convient de
noter que dans ce cas particulier, nous ne faisons pas de distinction entre la vitesse résiduelle
lagrangienne et la vitesse résiduelle eulérienne (parfois simplement appelée vitesse résiduelle).
Ainsi, les composantes de la vitesse résiduelle ur et vr peuvent être exprimées par :

1 Z TM2
ur (x, y) = u(x, y, t)dt (5.4)
TM2 0

— 187 —
5. Application aux cas réels 188

1 Z TM2
vr (x, y) = v(x, y, t)dt (5.5)
TM2 0

où TM2 est la période de marée de M2 .

La figure (5.6) montre le module de vitesse résiduelle à l’intérieur de la lagune. Le modèle


numérique reproduit les caractéristiques physiques d’un bassin de marée intérieur juxtaposant
une mer de marée ouverte [209]. À l’entrée de la lagune, le courant de marée augmente en
intensité en fonction de la taille de l’ouverture de l’entrée et de la topographie du bassin (Fig.
5.6). À l’intérieur du bassin, les vitesses résiduelles sont organisées en un tri-pôle irrégulier
avec une concentration des intensités maximales près de l’entrée. Dans le bassin, les structures
morphologiques telles que les vasières, les bancs de sable, etc, peuvent jouer un rôle important
dans l’aspect aléatoire de la vitesse résiduelle. Enfin, on note que toutes ces caractéristiques de
la vitesse résiduelle reproduites par notre modèle sont cohérentes avec celles décrites par [209].

Figure 5.6 – Vitesse résiduelle avec une période d’intégration temporelle de M2 .

Le domaine de notre zone d’étude présente une ouverture supplémentaire à la limite sud-est.
Nous observons donc une nouvelle structure hydrodynamique dans la lagune. La figure (5.7)
dessine les lignes du courant résiduel à l’intérieur de la lagune qui ont permis de mettre en
évidence cinq structures tourbillonnaires notées A, B, C, D, E et F. On observe la formation
alternée de tourbillons de marée (A et B) en aval de l’entrée. Selon Zimmerman [209], ces deux
tourbillons sont les caractéristiques des bassins de marée intérieurs juxtaposant une marée venant
de l’océan Atlantique. Vers l’intérieur de la lagune, il y a deux tourbillons centraux (C, D) de
part et d’autre de la lagune. En effet, les masses d’eau en provenance de l’océan Atlantique dont

— 188 —
189 2. Application à la lagune Oualidia

la direction est normale à l’entrée principale agissent comme un jet impactant un mur solide (la
limite sud de la lagune). Il est bien connu que cette configuration d’écoulement contribue à la
formation de deux tourbillons centraux s’écoulant dans des directions opposées (pour respecter
la contrainte d’incompressibilité) et c’est exactement ce que l’on peut observer sur la figure (5.7).

Figure 5.7 – Lignes de courant de la vitesse résiduelle avec une période d’intégration temporelle de M2 .

À l’ouverture sud-est de la lagune, on observe le tourbillon (E) qui résulte d’un écoulement
autour d’un cap connu sous le nom « l’effet de cap ». On observe également la formation du
tourbillon (F ) sur la partie inférieure de l’ouverture. On remarque que les tourbillons E et F
circulent en sens inverse, créant ainsi une interface de cisaillement entre ces deux tourbillons.
Cette interface impose aux couches d’eau proches du tourbillon (F ) de ne pas sortir par l’une
des principales entrées nord de la lagune, mais de retourner dans la partie est de la lagune qui ne
fait pas partie de la zone d’étude (voir Fig. 5.1). Enfin, on note que tous les résultats du présent
modèle sont en accord avec les configurations d’écoulement connues telles que la dynamique
d’un jet, l’effet Cape, l’écoulement cisaillé, etc.

Il est également intéressant de préciser que la connaissance des vitesses résiduelles permet
de déterminer le temps de résidence des particules dans la lagune. Cette information est très
utile par exemple pour lutter et limiter les risques contre les pollutions accidentelles. La vitesse
résiduelle permet également l’étude complète des phénomènes de dispersion par la marée.

— 189 —
5. Application aux cas réels 190

3 Application à la lagune de Nador


Comme mentionné précédemment les côtes marocaines comptent plusieurs lagunes parmi les
quelles, on trouve la lagune de Nador (également connue sous le nom de Mar-Chika en espagnol
et Sebkha Bouareg en arabe), qui est située au nord-est du littoral méditerranéen du Maroc,
entre le Cap des trois fourches et le Cap de l’eau (Fig. 5.8). Cette lagune présente un intérêt
écologique majeur au Maroc, où plusieurs activités socio-économiques sont développées. En effet,
la lagune de Nador abrite une grande diversité d’espèces végétales et animales. C’est un habitat
essentiel pour de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs qui y trouvent refuge et nourriture. La
diversité biologique de la lagune contribue à la richesse écologique de la région. De ce fait, depuis
2005, cette lagune est classée comme site RAMSAR (Convention sur les zones humides qui a été
adoptée dans la ville Iranienne de Ramsar en 1971), ce qui signifie qu’elle est reconnue comme une
zone humide d’importance internationale. Cette classification souligne l’importance de la lagune
pour la conservation de la biodiversité et pour les écosystèmes aquatiques. En plus, la lagune de
Nador est un site d’intérêt pour la recherche scientifique. De nombreuses études sont menées pour
comprendre les dynamiques écologiques, les impacts des changements climatiques et les effets de
la pollution sur cet écosystème fragile. Ces recherches sont cruciales pour élaborer des stratégies
de conservation et de gestion durable. Malgré son importance écologique et scientifique, la lagune
de Nador fait face à des défis environnementaux importants tels que la pollution, l’urbanisation,
et la surexploitation des ressources. En fait, cette zone fragile a été classée « Hotspot » de
pollution en Mer Méditerranée par le Plan d’Action pour la Méditerranée [214]. La figure (5.8)
indique la localisation géographique de la lagune sur les côtes méditerranéennes du Maroc.

3.1 Description de la zone d’étude

La lagune de Nador, située au nord-ouest du Maroc, constitue un point de rencontre entre


les structures géologiques du Rif et de l’Atlas. Longitudinalement, la zone du modèle s’étend
de 02◦ 45′ W à 02◦ 55′ W et méridionalement de 35◦ 16′ N et 35◦ 06′ N. Kjerfve et Magill [215]
ont publié une classification hydro-morphologique de cette lagune qui est la plus grande lagune
du littoral marocain avec une superficie qui s’étend sur 115 km2 . La largeur maximale de la
lagune est d’environ 7km et elle est isolée de la mer Méditerranée par un mince cordon dunaire
quaternaire de 25km de long (Fig. 5.8). De même, la lagune est reliée à la mer par une seule
passe qui a été ouvert en 2011 sur 300 m de large [172].

— 190 —
191 3. Application à la lagune de Nador

L’objectif principal de cette investigation est l’étude de l’hydrodynamique de cette lagune


générée par l’onde de marée. Pour cette raison pratique, nous avons isolé la lagune de la mer
Méditerranée en s’appuyant sur le cordon de séparation la lagune (Fig. 5.8). Le domaine de
calcul est donc inclus dans un rectangle de 25km de long et 7.7km de large avec une inclinaison
de l’axe principal de 137◦ . Toujours pour des raisons pratiques de mise en œuvre des conditions
aux limites par la MBR, nous avons effectué les calculs sur le rectangle horizontal obtenu par
une rotation de −137◦ . Ce domaine rectangulaire a été maillé en un réseau de pas spatial
régulier ∆x = ∆y = 5m, c’est-à-dire un réseau de 508 × 328 nœuds.

Figure 5.8 – Situation géographique de la lagune de Nador et localisation de la zone d’étude.

La bathymétrie de la zone d’étude a été extraite de la base de données bathymétriques


EMODnet [216]. Elle est illustrée sur la figure (5.9) et sur laquelle on reconnaît clairement
les principales caractéristiques : la nouvelle passe (P), le centre (C) et les rives continentales.
On notera que la lagune est peu profonde, sa hauteur d’eau ne dépasse pas 8m, au centre et
dans la nouvelle entrée. Cette profondeur d’eau diminue vers les rives continentales, ce qui
conduit à un échange plus efficace entre la lagune et la mer Méditerranée. Par ailleurs, la lagune
de Nador enregistre une profondeur moyenne d’environ 4, 8m.

— 191 —
5. Application aux cas réels 192

Figure 5.9 – Bathymétrie de la lagune de Nador en mètres (m) et localisation des points P et C

3.2 Conditions initiales et aux limites

Comme le montre la figure (5.9), le domaine a une unique frontière ouverte sur 300m
séparant la lagune de la mer Méditerranée. A cette frontière ouverte (l’entrée de la lagune) les
valeurs de l’élévation de la surface (h) ou de la vitesse moyenne (ū, v̄) doivent être spécifiées.
En ce qui concerne la vitesse moyenne (ū, v̄), la condition du gradient nul est utilisée pour
toutes les simulations de cette étude.
Les différentes études de simulation numérique de la dynamique de la lagune de Nador ont
conclu que ce sont les deux ondes semi-diurnes M2 (de période 12.42h) et S2 (de période 12.00h)
qui apportent l’essentiel de l’énergie marémotrice (elles sont comparables en amplitude). Ainsi,
afin d’étudier la dynamique de la lagune sous l’effet de la marée, le modèle a été forcé par
la superposition des ondes de marée M2 + S2 à l’entrée de la lagune. Les amplitudes et les
phases de ces deux ondes ont été extraites de la base de données mondiale des marées TXPO
[201]. Enfin, les deux principaux forçages semi-diurnes d’élévation de la marée de surface aux
limites ouvertes (entrée) du domaine sont définis comme suit :
2

 
h(y, t) = h0 + An (y) cos t + ϕn (y) (5.6)
X

n=1 Tn

où h0 est le niveau moyen de la mer, An (y), ϕn (y) et Tn sont respectivement l’amplitude, la


phase et la période de la nème harmonique du signal qui compose l’onde de de marée.
Pour notre cas, n = 2, nous avons pour les ondes M2 ou S2 présentées dans le Tableau (5.3).

Tableau 5.3 – Les données des ondes M2 et S2

Période (h) Fréquence (rds−1 ) Amplitude (m) Phase (◦ )


M2 12.41 1.40 × 10−4 0.15 66.28
S2 12.00 1.45 × 10−4 0.10 80.00

— 192 —
193 3. Application à la lagune de Nador

Pour les simulations numériques, le domaine de calcul a été discrétisé en un réseau carré
de 508 × 328 pour lequel ∆x = ∆y = 5m. Comme pour le cas de la lagune d’Oualidia, ici,
nous avons appliqué le code de calcul basé sur l’algorithme (Chap. 3, Algo. 4) qui intègre
l’approche SGE pour modéliser la turbulence. Dans ce cas, le taux de relaxation τtot incluant
les effets de la turbulence est calculé par l’expression (3.96) dans laquelle τ a été fixé à 0.5
correspondant ainsi à la viscosité moléculaire ν. La constante du modèle de Smagorinsky a
été fixée à Csge = 0.25. Quant à la matrice S, c’est les valeurs de Mohamad [77] combinées
avec le pas de temps ∆t = 0, 3s qui semblent convenir le mieux pour maintenir la stabilité
des calculs : S = diag[1.0; 1.4; 1.4; 1.0; 1.2; 1.0; 1.2; 1/τtot ; 1/τtot ]. Enfin, pour les conditions
initiales, le modèle est supposé démarrer du repos, c’est-à-dire, à t = 0, toutes les variables
d’écoulement ont été initialisées à zéro.

3.3 Discussion des résultats

Il est à noter qu’avant d’appliquer le modèle à la lagune, nous avons procédé à sa calibration
et à sa validation par comparaison avec les mesures disponibles sur le détroit de Gibraltar. Cette
validation a montré que le modèle développé simule avec une grande précision l’écoulement
moyen dans le détroit de Gibraltar (5% d’erreur relative pour la surface libre et ne dépasse pas
8% pour les vitesses).
Afin d’obtenir une solution temporelle stable, le modèle a été exécuté sur une période de 480 h
de simulation ou exactement 20 jours, ce qui est suffisant pour couvrir un cycle de marée de
vives-eaux/mortes-eaux. La figure (5.10) montre l’évolution horaire de la surface libre superposée
aux lignes de courant induit par la marée au cours d’un cycle de marée de vives-eaux à partir
de la marée basse (M.H. − 06h) dans la passe de la lagune.
L’analyse de ces figures montre que l’amplitude de la marée (M2 + S2 ) à l’entrée de la passe
est d’environ 35cm. Cette amplitude diminue rapidement à l’intérieur de la lagune (loin du
voisinage de l’entrée) pour atteindre une valeur de l’ordre de 3cm. On rappelle que ces valeurs
sont typiquement celles de la marée de la Méditerranée. De même, ces valeurs correspondent
à celles publiées dans la littérature [172, 217, 171, 218, 219]. Par ailleurs, toutes ces figures
ne montrent pas de gradient spatial de la surface libre, ce qui n’est pas une surprise en soi.
En effet, la bathymétrie moyenne dans la lagune est de h0 = 4, 8m. L’onde de marée qui se

propage dans la lagune, est une onde de gravité de célérité C = gh0 = 6.86ms−1 . Si l’on ne

— 193 —
5. Application aux cas réels 194

considère que la période de l’onde M2 (T = 12.4h), la longueur de l’onde de marée se propageant


dans la lagune est λ = CT = 306 km. On peut donc en conclure que les dimensions de la
lagune sont très petites par rapport à la longueur d’onde, c’est-à-dire que l’onde n’aura pas
assez d’espace pour développer des gradients de toutes les variables d’écoulement. Ce simple
raisonnement justifie donc les résultats obtenus par le modèle. Par conséquent, on doit lire
ces figures avec prudence, en se concentrant sur les valeurs de la légende, mais pas sur la
gamme de couleurs. Cette gamme a été choisie délibérément pour montrer que le gradient
de la surface libre dans la lagune est presque nul.

— 194 —
195 3. Application à la lagune de Nador

D’autres figures suivront

— 195 —
5. Application aux cas réels 196

D’autres figures suivront

— 196 —
197 3. Application à la lagune de Nador

Figure 5.10 – Niveau de la surface libre et lignes de courant durant un cycle vive-eaux de M2 + S2 : de
M.H. − 06h à M.H. + 05h

— 197 —
5. Application aux cas réels 198

Les courants de la marée dans la lagune sont très faibles et à peine perceptibles. Nous
avons donc préféré de présenter ces résultats non pas sous forme de vecteurs de vitesse, mais
sous forme de lignes de courant. Outre l’évolution de la surface libre au cours d’un cycle
de marée, la figure (5.10) montre également la formation d’un jet bien défini par les masses
d’eau entrant (ou sortant) de la lagune.
Du fait de la géométrie du domaine, l’étendue de ce jet reste confinée entre l’entrée et la
limite sud du domaine. Cette configuration de l’écoulement contribue alors à la création de
deux tourbillons dont l’évolution est synchrone avec la marée dans la lagune. En effet, à marée
basse (M.H. − 06h), nous observons la formation d’un tourbillon (anti-horaire) à l’ouest de
l’entrée limitée par le bord du domaine. À cet endroit, la géométrie est similaire à une cavité
orientée vers le bas qui sera soumise à des vitesses de cisaillement dépendant de l’intensité de
la marée. Cette cavité est sans doute à l’origine de la formation de ce tourbillon dans cette
partie du domaine, mais pas à l’est de l’entrée. À M.H. − 05h, le tourbillon ouest s’étend vers
le sud et on observe également la formation d’un second tourbillon plus petit (dans le sens
horaire) à l’est de la passe. À ce moment de la marée, les deux tourbillons sont formés par le
jet et commencent leur action dans la lagune. À M.H. − 04h, on observe clairement les deux
tourbillons de part et d’autre de la passe mais de manière asymétrique.
Pendant M.H. − 03h qui correspond au moment de la renverse de la marée, le courant de
marée devient trop faible pour maintenir la dynamique de ces tourbillons qui vont se dissiper
et attendre le prochain cycle de marée pour se reformer. Par contre, le tourbillon à l’ouest
de l’entrée continue sa formation car il est maintenu en permanence par le cisaillement des
vitesses à cette zone du domaine (cavité) (toutes les figures 5.10).
Dans ce qui précède, nous avons analysé la dynamique des deux tourbillons pendant la
phase (marée basse/marée haute). La même analyse peut être faite pendant la phase (marée
haute/marée basse). Pour cela, nous allons analyser la figure (5.10) et plus particulièrement la
marée pendant M.H. + 01h et M.H. + 02h. Nous observons alors à nouveau deux tourbillons
de part et d’autre de la passe, asymétriques et de direction opposée à ceux observés lors
de la phase marée basse/marée haute, (i.e. le tourbillon est dans le sens anti-horaire et le
tourbillon ouest est dans le sens horaire).
Enfin, la dernière remarque sur l’analyse de la figure (5.10) consiste à observer que tout au
long du cycle de marée la formation d’une ligne de séparation entre les masses d’eau à l’est et

— 198 —
199 3. Application à la lagune de Nador

celle à l’ouest de la passe sauf pendant les deux heures de la renverse (M.H.−03h et M.H.+03h).
En effet, lorsque les deux tourbillons et leurs inerties sont en action, ils maintiennent cette
ligne de séparation à la verticale de la passe. Lors de la renverse, qui est caractérisée par de
faibles vitesses, les deux tourbillons se dissipent et n’ont plus assez d’énergie pour maintenir
cette interface. Par conséquent, on observe un déplacement de cette séparation vers l’ouest (voir
figures M.H. − 03h et M.H. + 03h).

La figure (5.11) montre l’évolution du niveau d’eau à la sortie de la passe de la lagune


(Point P ) pendant un cycle de vives-eaux/mortes-eaux. On observe que le modèle est capable
de reproduire la modulation du signal de la marée. En effet, il est bien connu en théorie des
ondes que la superposition de deux ondes de périodes proches génère une modulation (un
nouveau signal) de période beaucoup plus grande que celle des deux ondes. C’est exactement
le cas ici, puisque on superpose l’onde M2 de période 12.42h et l’onde S2 de période 12.0h.
Conformément à la théorie des ondes, notre modèle génère correctement le nouveau signal
connu (appelé cycle de marée vives-eaux/mortes-eaux) avec une période de 14.5 jours qui n’est
autre que la période de la demi-lune (le nombre de 14.5 jours est connu depuis la création du
monde, mais confirmé à plusieurs reprises par des calculs de la marée basés sur des observations
satellites et d’autres techniques modernes).

Figure 5.11 – Évolution de la surface libre au point P pendant un cycle vives-eaux/mortes-eaux.

À partir de la figure (5.11), on peut alors lire que l’amplitude de la marée de vives-eaux est
de l’ordre de 13cm, alors que cette amplitude diminue à la valeur de 6cm lors de la marée de
mortes-eaux. Ces valeurs sont en parfait accord avec les valeurs de la littérature [172, 171, 218].
Les figures (5.12) et (5.13) montrent les vitesses calculées par notre modèle au point P
et au point C au cours d’un cycle vives-eaux/mortes-eaux. Ces deux figures montrent que

— 199 —
5. Application aux cas réels 200

la composante transversale moyenne v est insignifiante. Par conséquent, l’analyse qui suit
portera sur la composante longitudinale moyenne u.
La figure (5.12) montre que la vitesse moyenne u due à la marée au point P (près de l’entrée)
est d’environ 37cm.s−1 pendant la marée de vives-eaux. Cette vitesse diminue à 20cm.s−1
pendant les marées de mortes-eaux. De même, la figure (5.13) montre que la vitesse moyenne
au point C (centre de la lagune) est de 3cm.s−1 pendant la marée de vives-eaux, alors qu’en
mortes-eaux, cette vitesse est d’environ 2cm.s−1 . Enfin, ces deux figures montrent également
que l’hydrodynamique dans la lagune est légèrement dominée par le flot que par le jusant.
L’ensemble de ces résultats est en bon accord avec les différentes études menées par d’autres
auteurs sur la lagune de Nador [172, 217, 171, 218, 219].

Figure 5.12 – Évolution des composantes de la vitesse au point P pendant un cycle vives-eaux/mortes-
eaux.

Figure 5.13 – Évolution des composantes de la vitesse au point C pendant un cycle vives-eaux/mortes-
eaux.

4 Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador


4.1 Description des paramètres de simulation

La lagune de Nador est une région typique entourée de plusieurs rivières et villes, qui sont
considérées comme des sources polluantes. Parmi ces sources, on trouve Oued Beni Enzar, Oued

— 200 —
201 4. Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador

Kabayo, Oued Selouane, Oued Kariet Arkmane, le Canal Bou Areg, la ville de Nador et la
station d’épuration de Nador (STEP). En effet, au fur et à mesure que la population de Nador
augmente d’année en année, la STEP, qui a été construite en 1980, devient insuffisante. De plus,
la STEP utilise un système de bassin de décantation, qui pourrait potentiellement introduire
une pollution supplémentaire dans la lagune. Cela est dû à l’infiltration de métaux lourds et
à l’utilisation de résidus solides comme engrais par les agriculteurs.
Des pratiques similaires ont été observées lors de l’extraction de minerais de fer près d’une
ancienne mine de fer située sur le promontoire d’Atalayoum [174]. D’autres villes et villages
tels que Beni Ensar et Kariet Arkmane déversent leurs eaux usées non traitées directement
dans la lagune. De plus, Ruiz et al. [174] ont souligné que certains eaux usées industrielles de la
zone industrielle de Selouane s’écoulent dans la lagune pendant la saison des pluies. Également,
les eaux traitées provenant d’une station d’épuration sont déversées dans l’Oued Selouane et
directement dans la lagune sans désinfection. En outre, la pollution de l’eau provient de divers
canaux d’irrigation et d’oueds le long de la frontière sud de la lagune, transportant des résidus
liquides et solides provenant des petites exploitations agricoles de la région. Enfin, notons que
les principales sources de pollution de la lagune sont des polluants agricoles provenant des
canaux d’irrigation, des eaux usées industrielles provenant de la zone industrielle de Selouane
et des eaux usées non traitées provenant d’autres villes et villages.
Comme mentionné plus haut, nous allons effectuer des simulations de la propagation de
polluants dans la lagune de Nador. Nous simulons deux scénarios : le premier considèrera
uniquement les effets de la marée, alors que le second étudiera les effets conjugués de la marée
et du vent. Pour déterminer les conditions du vent locales, nous avons utilisé les données du
vent couvrant la période du 01/07/2016 au 01/07/2017 extraites de [172].
La figure (5.14) illustre la probabilité pour chaque direction du vent, avec la longueur radiale
indiquant l’ampleur de la probabilité. La rose des vents de la figure (5.14) a été établie par la
compilation des données sur une année. Elle indique un vent dominant du nord-est avec des
vitesses comprises entre 6 et 17m.s−1 . Par ailleurs, Maicu et al. [172] et Hilmi et al. [171] ont
souligné que pendant la période chaude (de mars à octobre), les vents dominants proviennent de
secteurs soufflant dans les trois directions : nord-est, l’est et l’ouest. En revanche, en automne et
en hiver, le vent provient principalement du continent dans les directions sud et sud-ouest, mais
avec une vitesse moins intense estimée entre 2 et 4 m.s−1 . Nous rappelons, que nous souhaitions

— 201 —
5. Application aux cas réels 202

évaluer l’impact maximal du vent sur la propagation des polluants dans lagune de Nador. Dans
ce travail, nous considérons alors les vents les plus intenses durant l’année, c’est-à-dire, d’après
la rose des vents, nos simulations considérons un vent de nord-est et d’intensité 17m.s−1 .

Figure 5.14 – Carte de la rose des vents à Nador (extraite de [172])

Pour simuler la propagation d’un polluant, nous résolvons l’ECD (4.52) couplée avec les
ESV (4.44). Les ESV fournissent le champ des vitesses nécessaire au transport par convention
du polluant C. Après plusieurs tests numériques, il s’est avéré que la variante TRU de la MBR
sur le réseau D2Q9 était suffisante pour fournir des résultats suffisamment précise et moins
coûteux en temps de calcul. Nous avons donc mis en œuvre l’algorithme (2) présenté dans le
chapitre (3).
Le domaine de calcul est celui utilisé dans la sous-section précédente, mais avec un réseau de
points plus dense. Ce domaine est discrétisé cette fois-ci en un réseau de 500 × 137 nœuds, soit
un pas spatial uniforme de ∆x = ∆y = 50m. Le pas de temps a été fixé à environ ∆t = 3s. On
précise que les simulations ont été réalisées par la variante TRU de la MBR.
Par manque de données sur la zone d’étude, nous avons considéré une diffusion isotrope et
identique sur les deux axes (D = Dx = Dy ). À partir de ce coefficient, nous pouvons calculer
le taux de relaxation nécessaire pour la collision. D’autre part, le coefficient D doit intégrer
les effets de la turbulence. Pour cela, il sera exprimé en fonction de la viscosité turbulente νt
via la constante de Prandlt-Schmidt notée σc pour obtenir D = νt /σc . Il est à noter que cette
relation permet au coefficient D d’avoir le rôle du paramètre contrôlant les processus du mélange
turbulent.

— 202 —
203 4. Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador

Si l’on examine l’algorithme (2), nous voyons qu’il faut spécifier le taux de relaxation que
nous notons τc en utilisant l’expression (3.74). Si l’on adopte la modélisation de la turbulence
par l’approche SGE, nous avons également une relation similaire (3.86) liant la viscosité
turbulente νt = νtot et le taux de relaxation τtot . Par ailleurs, le coefficient de diffusion et
la viscosité turbulente sont liés à leur tour par la constante de Prandlt-Schmidt σc . Ceci
déterminera alors τc par :

1 (τtot − 0.5)
τc = +
2 σc

En pratique, on résout les ESV pour calculer le champ de la vitesse moyenne (u, v), puis on
calcule τtot par l’expression (3.96) et à partir de la relation ci-dessus, on déduit τc pour entamer
la résolution de l’ECD.
En ce qui concerne les CLs des deux équations, nous rappelons que les ESV ont été forcées au
niveau de la passe par l’onde de marrée M2 d’amplitude AM2 = 0, 15 m et de phase ϕ = 66.28◦
(voir section précédente). Pour l’ECD, nous ne disposons pas de données réelles, mais nous
simulons la diffusion d’un polluant provenant des différents cours d’eau bordant la lagune
(Fig. 5.15). Ces cours d’eau ont été identifiés comme source de pollution d’origines agricole,
industrielle, ménagère, etc. [220, 221, 222, 223, 224, 225, 226].

Figure 5.15 – Localisation des cours d’eau sources de pollution.

Les simulations effectuées supposent alors une contamination par le terme source de l’ECD
(4.52) à 5 positions durant une période de marée uniquement, puis nous examinons l’évolution
spatio-temporelle de cette pollution durant la période suivante. La figure (5.16) donne le profil
en temps des termes sources aux 5 cours d’eau. La valeur de Sc augmente linéairement durant
le premier tiers de la période pour atteindre 0, 5 g.l−1 . Durant le second tiers de la période

— 203 —
5. Application aux cas réels 204

le terme source Sc reste constant, puis pendant le dernier tiers de la période la valeur de Sc
décroit linéairement pour atteindre la valeur nulle tout le reste de la simulation.

Figure 5.16 – Profil temporel pendant la période T du terme source appliqué aux deux scénarios.

4.2 Analyse et discussion des résultats numériques


4.2.1 Scénario 1 : Écoulement de la marée sans vent

Pour ce scénario, le modèle numérique a été forcé uniquement par l’onde de marée M2 à
l’entrée de la lagune. Les simulations ont montré que le champ des vitesses est relativement
faible dans la majeure partie de la lagune excepté à l’entrée où les vitesses de surface peuvent
atteindre 1m.s−1 . En ce qui nous concerne, les sources de pollution sont localisées sur la rive
sud de la lagune loin des vitesses intenses.
Pour comparer les résultats des deux scénarios, nous conserverons la même échelle de la
légende adoptée pour l’écoulement avec vent. L’ensemble des figures (5.17) montre la distribution
spatiale de la pollution toutes les heures et durant un cycle de marée M2 . On distingue trois
panaches de pollution : deux disjoints dus à la source 1 et 5 et le troisième englobant les sources
2, 3 et 4 qui restent séparées au sein de l’enveloppe extérieur. Ces panaches évoluent autour des
positions des sources de contamination. Nous utilisons les figures M.H. et M.H. − 01h pour
estimer les déplacements des fronts de pollution des différentes sources.
Pour la source 1, on calcule un déplacement vers l’est d’environ 46m, tandis que pour la
source 5, nous enregistrons un déplacement vers l’intérieur de la lagune de 45m. Par ailleurs,
pour le front du panache enveloppant les trois sources (2, 3 et 4), nous estimons un déplacement
de 46m vers le nord, de 41m vers l’Est et de 23m vers l’ouest. On conclut que les trois fronts
de pollution se déplacent lentement durant une période de marée M2 , ceci est cohérent avec

— 204 —
205 4. Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador

le fait que le champ des vitesses est très faible dans la majeure partie de la lagune. On peut
alors croire que le transport de la pollution est plutôt contrôlé par les processus de mélange
(diffusion) que par l’advection. Ceci explique également la lenteur du déplacement des panaches
de pollution. Durant la période de marée M2 , on note une concentration minimale de 3, 7mg.l−1
et une concentration maximale de 8, 2mg.l−1 .
De même, on peut estimer le temps de parcours d’un polluant aux sources 2, 3 ou 4 (rive
sud de la lagune) pour atteindre le rive nord. En se basant sur les valeurs de déplacement
estimés plus haut et on suppose que la longueur de la section moyenne est de 5000 m, on trouve
alors une durée de 112 jours. Soit le double par rapport au scénario qui inclut les effets du
vent. Ce constat est cohérent, puisque l’intégration du vent dans le modèle hydrodynamique
(terme source) peut être interprétée comme apport de l’énergie cinétique à la lagune et par
conséquent une augmentation des vitesses.

— 205 —
5. Application aux cas réels 206

D’autres figures suivront

— 206 —
207 4. Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador

D’autres figures suivront

— 207 —
5. Application aux cas réels 208

Figure 5.17 – L’évolution de la distribution de la pollution dans la lagune de Nador durant un cycle de
marée M2 sans vent.

— 208 —
209 4. Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador

4.2.2 Scénario 2 : Écoulement de marée avec vent

Pour ce scénario, nous avons simulé l’hydrodynamique dans la lagune en intégrant les effets
du vent à la marée de l’onde semi-diurne M2 . Les données relatives au vent ont été extraites
de la rose du vent du site (Fig. 5.14). Cette figure indique une intensité maximale de 17m.s−1
et une direction nord-est avoisinant les 4◦ par rapport à la direction du nord.
L’ensemble des figures (5.18) présentent l’évolution toutes les heures de la distribution du
champ de pollution durant la dernière période de la simulation. Sur toutes ces figures, on observe
que la pollution du site 1 et 5 reste localisée au voisinage de la source polluante. Ceci, n’est pas
surprenant, puisque le champ des vitesses dans ces deux parties de la lagune est très faible. Par
ailleurs, la proximité des positions 2, 3 et 4 ont induit un panache commun se propageant vers
le nord, l’est et l’ouest, mais il peut atteindre le rivage nord de la lagune au bout de quelques
cycles de marée. Avec l’intégration des effets du vent, le champ des vitesses devient important.
Par conséquent, le transport advectif de la nappe de pollution devient comparable au transport
par diffusion.
L’examen des figures M.H. et M.H. − 01h de la figure (5.18) permet d’estimer le déplacement
net des trois fronts de pollution. Le front de la zone polluée par la source 1 se déplace vers
l’est d’environ 116m durant une période de marée M2 . Par ailleurs, le déplacement durant la
même période du front de pollution de la source 5 est estimé à 23m vers l’ouest. Pour le front
de pollution enveloppant les trois autres sources, on enregistre un déplacement vers le nord de
92m, un déplacement vers l’est de 137m et enfin un déplacement vers l’ouest de 114m. Pour ce
scénario, on constate que les déplacements de tous les fronts sont plus importants que ceux du
scénario précédent (sans vent). La concentration maximale du polluant est de l’ordre de 30mg/l,
alors que la concentration minimale est de 13mg/l. De même, pour ce scénario, les valeurs de la
concentration du polluant sont beaucoup plus élevées que celles simulées pour le cas sans vent.
Avec ces valeurs, nous pouvons estimer approximativement l’arrivée du front de pollution des
trois sources 2, 3 et 4 sur les côtes nord de la lagune. Si l’on suppose en première approximation
que le déplacement du front de pollution est linéaire, nous pouvons estimer alors le temps que
fait le panache des sources 2, 3 et 4 pour contaminer les rives nord de la lagune. En effet, ce
panache a parcouru 92m au bout de deux périodes de simulation. Par une simple règle de
proportionnalité, on trouve que 115 cycles de marée M2 (soit ∼
= 56 jours) sont nécessaires au
front de pollution pour atteindre les rives nord de la lagune. Il est à noter que les vitesses

— 209 —
5. Application aux cas réels 210

résiduelles dans cette dernière sont de l’ordre de 10−3 m.s−1 . La section moyenne verticale à
la position des sources 2, 3 et 4 est d’environ 5000m. Le temps de parcours de cette section
avec la vitesse résiduelle est alors d’environ 57 jours. Maicu et al. [172] ont également estimé
cette valeur à 57 jours. Nous considérons alors que la valeur trouvée par notre modèle (56 jours)
correspond à la valeur de ces auteurs. On peut conclure alors que les résultats de notre modèle
numérique sont cohérents avec ceux basés sur la circulation générale de la lagune.

— 210 —
211 4. Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador

D’autres figures suivront

— 211 —
5. Application aux cas réels 212

D’autres figures suivront

— 212 —
213 4. Simulation du transport d’un polluant dans la lagune de Nador

Figure 5.18 – L’évolution de la distribution de la pollution dans la lagune de Nador au durant un cycle
de marée M2 .

— 213 —
5. Application aux cas réels 214

5 Conclusion
Nous ne disposons pas des valeurs mesurées de la concentration d’un polluant dans la
lagune du Nador pour quantifier nos résultats. Cependant, nous estimons que notre modèle
est capable de reproduire les grands traits d’une propagation d’un front de pollution dans
un milieu à faible hydrodynamisme comme la lagune de Nador. Le vent semble jouer un rôle
déterminant dans l’accélération des déplacements des fronts de pollution. Cette situation peut
être considérée comme défavorable au maintien des secteurs de la lagune non contaminés. De
même, nous avons vu qu’avec le vent, les valeurs des concentrations restent encore élever.
Ceci est également défavorable puisque les polluants mettront beaucoup plus de temps pour
être diluer dans l’eau. Ces résultats peuvent être utiles aux gestionnaires de la lagune pour
aider à la décision de décontamination optimale.

— 214 —
Conclusion générale et perspectives

Au cours de cette thèse, nous avons construit un modèle numérique bidimensionnel de


l’hydrodynamique et du transport de polluants appliqués à la lagune du Nador (côte Méditerra-
néenne) et à la lagune d’Oualidia (côte Atlantique). Ce modèle permet à partir de données réels
tels que la bathymétrie, les conditions météorologiques, les conditions de marée, de connaître
l’évolution spatio-temporelle des courants de vitesse (u, v) et la hauteur d’eau (h). Le modèle
ainsi construit résout les équations de Saint-Venant par une discrétisation basée sur la méthode
de Boltzmann sur réseau. Dans ce manuscrit, nous avons établi les équations de Saint-Venant
par une intégration sur la verticale des équations de Navier Stokes instantanées. Ce sont alors
des équations aux dérivées partielles non linéaires de type hyperbolique incluant les effets de
Coriolis, de frottement du fond et de la variation bathymétrique. Ces équations régissent les
écoulements de types eaux peu profondes, généralement rencontrés dans les milieux marins,
fluviaux et lagunaires, etc.

Dans un premier temps, le modèle numérique a été développé pour résoudre les équations de
Navier-Stokes par la MBR. Le modèle a été testé et validé sur différents scénarios bien établis
et connus en mécaniques des fluides. Ces cas tests académiques ont montré que notre code
développé est capable de reproduire les différents caractéristiques et propriétés des écoulements
classiques en mécaniques des fluides. Les phénomènes de la turbulence ont été intégrés à la
fois par le modèle k − ε (ENSMR) et par la simulation des grandes échelles avec le modèle
Smagorinsky (SGE). L’ensemble des résultats des tests a montré que la MBR est capable de
simuler des écoulements complexes avec un temps de calcul raisonnable.

Pour réaliser le second objectif de la thèse, le modèle décrit précédemment a été adapté
pour résoudre les équations de Saint-Venant pour simuler des cas réels rencontrés dans la
nature (géométries complexes). Pour ce faire, nous avons présenté l’application de la MBR à

215
Conclusion générale et perspectives 216

des écoulements géophysiques à grande échelle. La première application du modèle développé a


concerné la propagation de l’onde de marée M2 dans la lagune d’Oualidia qui est connue par un
hydrodynamisme très complexe. En terme d’hydrodynamique, la bonne qualité des simulations
a montré que la MBR est capable de prédire avec précision l’évolution spatio-temporelle de
l’élévation de la surface libre et les composantes des vitesses au cours d’un cycle de marée dans
la lagune d’Oualidia. D’autre part, le modèle a permis de calculer la distribution des vitesses
résiduelles dans la lagune avec succès. Ces résultats sont en parfait accord avec les résultats
publiés dans la littérature et en particulier les caractéristiques de l’écoulement résiduel dû à l’onde
de marée M2 . La connaissance des vitesses résiduelles a également permis d’étudier la circulation
générale dans la lagune en mettant en évidence la répartition des zones tourbillonnaires de la
lagune et en montrant ainsi sa complexité hydrodynamique. Par ailleurs, nous avons souligné
l’importance de la connaissance des vitesses résiduelles pour : le temps de résidence des particules
dans la lagune, le suivi de l’évolution d’un polluant, le transport de sédiments, la qualité de
l’eau, et bien d’autres applications. Enfin, une analyse de Fourier a été réalisée pour montrer
l’existence de l’onde de marée M4 due aux termes non linéaires présentes dans les équations
bidimensionnelles de Saint-Venant. Les valeurs de l’amplitude et la phase de l’onde de marée
M4 simulée par le modèle sont cohérentes avec celles publiées dans la littérature.

La deuxième application réelle concerne la propagation de l’onde des deux marées semi-diurnes
M2 et S2 dans la lagune de Nador et le transport d’un polluant dans la même région. Cette
lagune est connue pour son écoulement hydrodynamique complexe caractérisé par une unique
ouverture étroite (passe). Pour les simulations de l’écoulement dans la lagune du Nador, nous
avons utilisé des valeurs bathymétriques réelles extraites de la base de données bathymétriques
EMODnet. Le modèle a été forcé par les deux ondes de marée principales, à savoir M2 et S2 . Les
résultats obtenus sur les caractéristiques hydrodynamiques de la lagune, ont été correctement
reproduits par notre modèle. De manière attendue, ces résultats démontrent une bonne précision
et stabilité de la version TRM de la MBR pour simuler les courants de marée par rapport aux
méthodes classiques (MDF, MVF, MEF). On note aussi que le modèle a correctement simulé la
dynamique complexe des deux tourbillons observés de part et d’autre de la passe. Les ordres de
grandeur de la surface libre et des vitesses moyennes ont été comparés avec succès aux diverses
études antérieures menées par différents auteurs sur le fonctionnement de la lagune. D’autre part,

— 216 —
217 Conclusion générale et perspectives

le modèle numérique proposé a été couplé avec l’équation de transport de convection-diffusion


moyennée sur la verticale. Pour la résolution de ces équations, nous avons choisi le réseau D2Q5
qui s’est avéré précis et efficace pour ces équations. De plus, nous avons utiliser le concept de
Prandtl-Schmidt qui lie linéairement le tenseur de diffusion et la viscosité turbulente. Cette
relation, régie par le nombre de Schmidt, attribue un rôle physique au tenseur de diffusion
dans les processus de mélange turbulent. Cette expression a l’avantage d’exprimer le temps
de relaxation de la diffusion τp en fonction de temps de relaxation de la viscosité turbulente
τt , ce qui réduit le nombre des paramètres empiriques nécessaires à l’exécution du modèle. Le
modèle couplé a été utilisé pour la simulation de la propagation d’un polluant dans la lagune de
Nador dont l’hydrodynamique est principalement induite par les forces du vent. Pour étudier
les effets du vent, deux scénarios ont été étudiés : Le premier évalue l’impact simultané du vent
et de l’onde de marée semi-diurne M2 , tandis que le second étudie uniquement les effets de la
marée semi-diurne M2 à l’entrée de la lagune. Pour les deux scénarios, nous avons pu estimer le
déplacement des fronts de pollution dans la lagune pendant un cycle de marée de l’onde M2 .
De même, en supposant que le déplacement du panache de pollution est linéaire (à cause des
faibles valeurs des vitesses moyennes dans la lagune), le modèle numérique a permis d’estimer
à environ 59 jours le temps de contamination des côtes Nord de la lagune. Cette estimation
est à la fois cohérente (57 jours) avec celle de la littérature et celle estimée par la circulation
eulérienne de la lagune. Enfin, le modèle numérique proposé peut servir comme outil d’aide à la
décision pour identifier, par exemple, les zones de pollution à long terme. La connaissance de ces
zones permet aux gestionnaires de ces milieux aquatiques fragiles d’agir de manière optimale
afin de préserver la faune et la flore pour un équilibre écologique durable.
La comparaison avec les performances du code MECCA (différence finie) sur la lagune de Nador
a montré que la MBR réduirait le temps CPU de 61%, ce qui fait de cette nouvelle méthode
une alternative sérieuse pour les calculs rapides. Cette performance nous incite à penser de faire
le pas pour développer la version 3D de modèle 2D proposé dans cette thèse. Il est possible
que la version 3D peut s’avérer chrono-phage. Dans ce cas, nous développerons des versions
parallèles basées sur les processeurs CPU (OpenMP, OpenACC) ou sur les processeurs GPU
(CUDA). Par ailleurs, la bonne qualité des résultats obtenus par cette modélisation nous motive
à poursuivre ces développements vers un code couplant plusieurs composantes des flux côtiers

— 217 —
Conclusion générale et perspectives 218

(transport de sédiments, salinité, température, qualité de l’eau et bien d’autres).

Enfin, sur l’amélioration possible de la MBR, on rappelle que pour la version TRM de la
MBR les neufs valeurs des temps de relaxations des moments qui forment la matrice diagonale
S = [s0 , s1 , s2 , s3 , s4 , s5 , s6 , s7 , s8 ] sont choisies de manière empiriques pou assurer la stabilité
des calculs. Nous prévoyons alors de proposer des valeurs optimales des (si )i=0,...,8 en se basant
sur les techniques de l’optimisation numérique (identification des paramètres).

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