Mezaille Duteil
Mezaille Duteil
XVI-2, 2011
1. Lexique
Piste d’étude, à partir du dictionnaire extrait du roman : repérer identifier suffixes / terminaisons pour
regrouper en mots de même famille. Extrait des premières lettres alphabétiques :
1 Contribution à la partie 3. Grammaire et Conjugaison : Réconcilier narration et emploi d’un mode inusité
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Texto ! Textes et cultures, vol. XVI-2, 2011
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Répartissez ces 56 mots extraits du dictionnaire du roman de J. Verne dans le tableau suivant,
d’après leur suffixe ou terminaison (attention, un même mot peut se retrouver dans plusieurs cases
différentes) :
est, étaient, étais, était, étant, état, été, êtes, être, être, fûmes, furent, peut, pourrait, pourrons, pouvaient,
pouvait, pouvez, pouvoir, pouvoir, pouvons, pu, purent, put, soit, sommes, sont, soyons, suis, suite,
suivait, suivant, suivi, suivit, suivre, venaient, venait, venue, venue, vient, vigie, vinrent, vint, violence,
violent, violents, visible, vit, voir, vois, voyait, voyant, voyez, voyons, vu, vue.
Corrigé :
Protocole de recherche avec Hyperbase Codes : on fait rechercher les subj. impft. /+que pft. et, devant la
liste de concordances (50 occurrences) fournie sur support papier, on demande de les classer en les
répartissant dans 3 catégories (Concessive // Volonté, but, crainte // Hypothèse, éventualité). On
montre en contexte la proximité de ce mode avec le conditionnel2 en précisant que cette proximité se
2 On précise enfin que le « conditionnel passé deuxième forme » n’est autre que le subjonctif plus que parfait appelé ainsi
lorsqu’il a un sens conditionnel.
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justifie également sur le plan historique puisque l’introduction du conditionnel dans le mode indicatif3 a
rendu le conditionnel passé et le subjonctif plus que parfait interchangeables dans certains contextes
(phrases hypothétiques, expression d’une condition).
Exemple de la co-présence d’un subjonctif plus que parfait et d’un conditionnel passé dans le corpus
Verne :
"Sans cette nécessité de réparer ses chaudières4, le Carnatic fût parti à la date du 5 novembre, et les
voyageurs pour le Japon auraient dû attendre pendant huit jours le départ du paquebot suivant."
(Verne, Le Tour du monde en 80 jours)
On souligne les corrélations justifiant l’emploi de ce mode avec un objectif narratologique qui fasse
quitter la localité des phrases pour la globalité textuelle (car le texte n’est pas que prétexte, réservoir
d’attestations, mais objet d’étude). Il s’agit de montrer leur implication dans la dramatisation du
récit. En sorte que la constante thématique d’opérations de sauvetage dans les glaces apparaît comme
pouvant justifier l’emploi de ce mode peu naturel pour le collégien.
VOLONTE/BUT/CRAINTE :
VOLONTE
7) Une fameuse idée que j'ai eue là, de vouloir que la noce se fît le jour même de l'arrivée, et que
mon fils Louis ne quittât son brick que pour se rendre à l'église !
8) Louis Cornbutte exigea que la caisse de viande salée lui fût rendue sur-le-champ.
CRAINTE
9) Le timonier ne craignait qu'une chose, c'était qu'André Vasling ne parvînt à jeter quelque
germe de dissension dans l'équipage.
10) Il était à craindre qu'une crevasse ne s'ouvrît sous les pieds même des malheureux matelots !
11) De crainte que ce malheur ne se renouvelât, on résolut de ne plus déposer de provisions à terre.
BUT
Conséquence recherchée
12) Le tracé des coupures fut fait de telle sorte que le courant pût emporter les glaçons détachés du
banc.
13) Les précautions étaient prises, cette fois, de façon que le voyage pût se prolonger longtemps, s'il
le fallait.
3 Le conditionnel n’existait pas en latin et le subjonctif permettait alors à lui seul, l’expression des faits irréels et,la possibilité.
4 Equivaut à la forme en SI : S’il n’avait pas été nécessaire de réparer ses chaudières
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BUT
14) Le 9 octobre, Jean Cornbutte tint conseil pour dresser le plan de ses opérations, et, afin que la
solidarité augmentât le zèle et le courage de chacun.
15) La jeune fille avait dû descendre de son traîneau pour empêcher que l'engourdissement
n'arrêtât chez elle la circulation du sang.
MOYEN DE FAIRE
16) Il s'occupa d'abord de trouver une crique dont la position mît son navire à l'abri des coups de
vent et des grandes débâcles.
17) Penellan s'occupa de chercher un glaçon qui pût les abriter du vent.
18) Penellan attendit que, par suite du va-et-vient des glaçons flottants et de leur adhérence, elle eût
atteint une vingtaine de pieds d'épaisseur.
19) Le navire fut en conséquence solidement étayé, et il parut convenable d'attendre que les glaces
fussent brisées par la débâcle.
20) Jean Cornbutte chercha, tout le long de la route, quelque passe qui fût praticable, ou au moins
quelque fissure qui permît de creuser un canal à travers la plaine de glace, mais en vain.
21) On s'était procuré, sur la côte de Norwége, un traîneau fait à la manière des Esquimaux, construit
en planches recourbées à l'avant et à l'arrière, et qui fût propre à glisser sur la neige et sur la glace.
22) Chaque matin, il fallait déblayer les abords du navire et tailler de nouveau dans la glace un
escalier qui permît de descendre sur la plaine.
23) Il fallut donc imaginer un moyen plus rapide et qui fût moins susceptible d'ébranler la maison.
24) Bientôt la paroi du fond fut élevée à cinq pieds de hauteur avec une épaisseur à peu près égale, car
les matériaux ne manquaient pas, et il importait que l'ouvrage fût assez solide pour durer
quelques jours.
CAUSE
25) Il fallait que André Vasling eût bien de la haine pour ne pas tendre la main.
NECESSITE
26) Il était donc temps que cet hivernage finît.
HYPOTHESE/EVENTUALITE :
27) On augmenta, sur une grande proportion, les approvisionnements d'esprit-de-vin et de charbon de
terre, car il était possible que l'on fût forcé d'hiverner sur quelque point de la côte groënlandaise.
28) Par des froids de trente degrés au-dessous de zéro, il pouvait arriver que quelque partie du
corps se gelât subitement.
29) Il devint nécessaire de carguer les voiles hautes, car le navire menaçait de toucher, et, dans ce cas, il
eût été perdu.
30) Les marins étaient si affaiblis, qu'ils n'osèrent pas se précipiter sur ces quatre misérables, car, en cas
d'échec, ils eussent été perdus.
31) Penellan, Aupic, Misonne, à l'aide de leurs couteaux, découpèrent de vastes blocs de glace qu'ils
portèrent au lieu désigné, et ils les dressèrent, comme des maçons eussent fait de murailles en
pierre.
32) Tous se précipitèrent en avant, et si imprudemment, que Turquiette glissa dans une fissure et eût
infailliblement péri, si Jean Cornbutte ne l'eût rattrapé par son capuchon.
33) Seulement, si ce bloc se fût retourné deux minutes plus tard, il se précipitait sur le brick et
l'effondrait dans sa chute. (+ impft ind. dans principale)
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34) Si les nuages n'eussent pas été amoncelés sur la tête des navigateurs, ils auraient pu jouir de la
lumière de la lune. (+ cond. passé dans principale)
35) Il n'y aurait pas de mal, répondit Penellan, si notre traîneau nous eût accompagnés ! (+ cond.
présent dans principale)
36) Si donc le navire norvégien, suivant toutes les probabilités, avait été entraîné dans cette direction,
en supposant qu'il n'eût pu atteindre l'île Shannon, c'était là que Louis Cornbutte et les
naufragés avaient dû chercher asile pour l'hiver.
37) Rien ne parut lui faire supposer que ce danger fût connu à l'intérieur du navire, et une terrible
angoisse lui serra le cœur.
38) Pour la première fois, on établit un poêle à charbon dans ce magasin, car tout travail y eût été
impossible sans cela.
39) Chacun portait des provisions pour deux jours, car il n'était pas probable que leur excursion se
prolongeât au delà.
40) Ce dégel empêcherait forcément toute exploration. D'un autre côté, si Louis Cornbutte et ses
compagnons existaient encore, il n'était pas probable qu'ils pussent résister aux rigueurs d'un
hiver arctique.
41) Penellan eut beaucoup de peine à se prouver à lui-même que, dans cette conjecture, tout fût
pour le mieux.
42) Tous les quatre jours de marche, il avait laissé de semblables dépôts le long de sa route, ce qui lui
assurait des vivres pour le retour, sans qu'il eût la peine de les transporter sur son traîneau. (irréel)
43) Soudain, sans qu'il pût s'en rendre compte, une odeur de graisse brûlée saisit son odorat.
44) Mais, ne fût-ce que pour ne pas décourager nos compagnons, nous devons continuer à percer le
mur dans le même sens.
45) Une immense quantité de neige était tombée pendant toute la durée de la tempête, et le vent l'avait
accumulée contre la seule élévation que présentât la plaine.
46) C'étaient Jocki et Herming, les deux seuls matelots norwégiens qui restassent de l'équipage du
Froöern.
47) On eût dit que quelqu'un appelait au secours.
48) Il semblait qu'il attendît l'occasion d'accomplir ses odieux projets.
49) Ils seraient inévitablement mis en pièces, et rien n'indiquait qu'ils eussent connaissance de ce
nouveau danger.
50) Louis Cornbutte tira, mais il ne parut pas que l'ours eût été touché!
COMMANDE GRAPHIQUE
Mais pourquoi cette irrégulière répartition des subj. impft. et plus que parfait dans le roman, et ce
rassemblement dans les chap. 6 à 9 ? L’épreuve qualitative des contextes est incontournable.
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Réponse : le narrateur fait partager les intentions et réflexions de l’équipage qui débute son hivernage.
Il n’y a d’ailleurs recoupement qu’avec le conditionnel :
Notons que le chapitre XIV recourt aussi au subj. Imparfait et au conditionnel. Le narrateur nous livre
dans ce chapitre les réflexions de Louis, parti seul à la chasse, et qui voit arriver les ours sur le navire. Le
questionnement de Louis est mis en scène (série d’interrogations5), et le chapitre s’achève sur cette
précision : « Louis Cornbutte fit en un instant ces réflexions. ».
5 Rien ne parut lui faire supposer que ce danger fût connu à l’intérieur du navire, et une terrible angoisse lui serra le cœur.
Comment s’opposer à ces ennemis redoutables ? André Vasling et ses compagnons se réuniraient-ils à tous les hommes du
bord dans ce danger commun ? Penellan et les autres, à demi privés de nourriture, engourdis par le froid, pourraient-ils
résister à ces bêtes redoutables, qu’excitait une faim inassouvie ? Ne seraient-ils pas surpris, d’ailleurs, par une attaque
imprévue ?
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*Jean Cornbutte chercha, tout le long de la route, quelque passe qui fût praticable, ou au moins
quelque fissure qui permît de creuser un canal à travers la plaine de glace, mais en vain.
*Il fallut donc imaginer un moyen plus rapide et qui fût moins susceptible d'ébranler la maison.
*Il s'occupa d'abord de trouver une crique dont la position mît son navire à l'abri des coups de vent
et des grandes débâcles.
*Chaque matin, il fallait déblayer les abords du navire et tailler de nouveau dans la glace un escalier
qui permît de descendre sur la plaine.
*Et on repère clairement l’expression de la conséquence recherchée (« de telle sorte que » ; « de façon
que ») :
*Le tracé des coupures fut fait de telle sorte que le courant pût emporter les glaçons détachés du
banc.
*Les précautions étaient prises, cette fois, de façon que le voyage pût se prolonger longtemps, s'il le
fallait.
*Penellan attendit que, par suite du va-et-vient des glaçons flottants et de leur adhérence, elle eût
atteint une vingtaine de pieds d'épaisseur.
*Le navire fut en conséquence solidement étayé, et il parut convenable d'attendre que les glaces
fussent brisées par la débâcle.
*On augmenta, sur une grande proportion, les approvisionnements d'esprit-de-vin et de charbon de
terre, car il était possible que l'on fût forcé d'hiverner sur quelque point de la côte groënlandaise.
*Chacun portait des provisions pour deux jours, car il n'était pas probable que leur excursion se
prolongeât au delà.
*Ce dégel empêcherait forcément toute exploration. D'un autre côté, si Louis Cornbutte et ses
compagnons existaient encore, il n'était pas probable qu'ils pussent résister aux rigueurs d'un hiver
arctique.
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*Si donc le navire norvégien, suivant toutes les probabilités, avait été entraîné dans cette direction, en
supposant qu'il n'eût pu atteindre l'île Shannon, c'était là que Louis Cornbutte et les naufragés
avaient dû chercher asile pour l'hiver.
*Ils seraient inévitablement mis en pièces, et rien n'indiquait qu'ils eussent connaissance de ce
nouveau danger.
*Louis Cornbutte tira, mais il ne parut pas que l'ours eût été touché!
4. Vulgarisation éducative
On soulignera également que le subjonctif sert à introduire des éléments de vulgarisation éducative. Le
narrateur explique les risques évités et fournit des explications.
*La plaine de glace se brisa tout entière, et les matelots durent se cramponner au bloc qui oscillait
auprès d’eux. En dépit des paroles du timonier, ils se trouvaient dans une position excessivement
périlleuse, car un tremblement venait de se produire. Les glaçons venaient « de lever l’ancre », suivant
l’expression des marins. Ce mouvement dura près de deux minutes, et il était à craindre qu’une
crevasse ne s’ouvrît sous les pieds même des malheureux matelots ! Aussi attendirent-ils le jour
au milieu de transes continuelles, car ils ne pouvaient, sous peine de périr, se hasarder à faire un pas, et
ils demeurèrent étendus tout de leur long pour éviter d’être engloutis.
*Chacun dut prendre aussi, tous les jours, un exercice salutaire, et ne pas s’exposer sans mouvement à
la température, car, par des froids de trente degrés au-dessous de zéro, il pouvait arriver que quelque
partie du corps se gelât subitement. Il fallait, dans ce cas, avoir recours aux frictions de neige, qui
seules pouvaient sauver la partie malade.
*Un phénomène, très commun dans ces parages, venait de se produire. Lorsque ces masses flottantes
se détachent les unes des autres à l’époque du dégel, elles voguent dans un équilibre parfait ; mais en
arrivant dans l’Océan, où l’eau est relativement plus chaude, elles ne tardent pas à se miner à leur base,
qui se fond peu à peu et qui d’ailleurs est ébranlée par le choc des autres glaçons. Il vient donc un
moment où le centre de gravité de ces masses se trouve déplacé, et alors elles culbutent entièrement.
Seulement, si ce bloc se fût retourné deux minutes plus tard, il se précipitait sur le brick et l'effondrait
dans sa chute. (+ impft ind. dans principale)
*Si les nuages n'eussent pas été amoncelés sur la tête des navigateurs, ils auraient pu jouir de la
lumière de la lune, qui allait devenir véritablement leur soleil pendant cette longue nuit des pôles ; mais,
avec ces vents d’ouest, la neige ne cessa pas de tomber. (+ cond. passé dans principale)
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Surprise : on ne trouve aucun corrélat de glace, neige, gelure, ni le thème du blocage. Il est
question de la navigation (conduire au lieu d’hivernage) et des péripéties des aventuriers
(dangers affrontés, mutinerie, souffrances).
On notera tout de même que les deux seules fois où les aventuriers sont dénommés
« hiverneurs », c’est lorsque sont évoquées leurs souffrances dues au froid glacial : « Ces froids
commencèrent au solstice, le 22 décembre, jour auquel le thermomètre tomba à trente-cinq
6 Dans le segment répété 5 fois « la baie d'hivernage ». Et la dernière occurrence de HIVERN- apparaît sous cette forme :
« Le 21 mai, après une dernière visite au tombeau de son père, Louis Cornbutte abandonna enfin la baie d’hivernage. »
7 2 occurrences dans le syntagme « seize degrés au-dessous de zéro ». On soulignera que ces deux occurrences encadrent le
début et la fin de la période d’hivernage : « La température se maintenait, en moyenne, à seize degrés au-dessous de zéro. Le
moment de l’hivernage était donc venu, et la saison d’hiver arrivait avec ses souffrances et ses dangers. » (chap. VI) ;
« Heureusement, la moyenne de mars ne fut pas de plus de seize degrés au-dessous de zéro. Marie s’occupa de préparer de
nouveaux vêtements pour cette précoce saison de l’été. » (chap. XVI Conclusion).
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degrés au-dessous de zéro. Les hiverneurs éprouvèrent des douleurs dans les oreilles, dans le
nez, dans toutes les extrémités du corps ; ils furent pris d’une torpeur mortelle, mêlée de maux
de tête, et leur respiration devint de plus en plus difficile. » ; « Le mois de février fût signalé par
de violentes tempêtes et des neiges abondantes. La température moyenne fut encore de vingt-
cinq degrés au-dessous de zéro, mais les hiverneurs n’en souffrirent pas, par comparaison. »
De ce point de vue, on gagnera à faire comparer les corrélats statistiques de HIVERN- avec les 40
premiers vocables spécifiques du roman (toujours par ordre hiérarchique décroissant) :
brick, André, Hardie, navire, traîneau, glaçons, dégel, Jean, glaces, Louis, hutte, équipage, marins,
matelots, naufragés, zéro, réchaud, latitudes, Marie, coutelas, neige, glace, thermomètre, phoque,
parages, compagnons, ours, provisions, marin, ferré, température, Dunkerque 8, buffle, passes, milles,
nord, exploration, bloc, promontoire, préparatifs.
d’aventuriers.
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flottaient au milieu, et la mer, abritée contre les vents les plus froids, ne se trouvait pas encore
entièrement prise.
Ce lieu d'hivernage était excellent. Restait à y conduire le navire. Or, Jean Cornbutte remarqua que la
plaine de glace avoisinante était d'une grande épaisseur, et il paraissait fort difficile, dès lors, de creuser
un canal pour conduire le brick à sa destination. Il fallait donc chercher quelque autre crique, mais ce
fut en vain que Jean Cornbutte s'avança vers le nord. La côte restait droite et abrupte sur une grande
longueur, et, au-delà de la pointe, elle se trouvait directement exposée aux coups de vent de l'est. Cette
circonstance déconcerta le capitaine, d'autant plus qu'André Vasling fit valoir combien la situation était
mauvaise en s'appuyant sur des raisons péremptoires. Penellan eut beaucoup de peine à se prouver à
lui-même que, dans cette conjecture, tout fût pour le mieux. Le brick n'avait donc plus que la chance de
trouver un lieu d'hivernage sur la partie méridionale de la côte. C'était revenir sur ses pas, mais il n'y
avait pas à hésiter.
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partie du corps se gelât subitement. Il fallait, dans ce cas, avoir recours aux frictions de neige, qui seules
pouvaient sauver la partie malade.
Penellan recommanda fortement aussi l’usage des ablutions froides, chaque matin. Il fallait un certain
courage pour se plonger les mains et la figure dans la neige, que l’on faisait dégeler à l’intérieur. Mais
Penellan donna bravement l’exemple, et Marie ne fut pas la dernière à l’imiter.
8. Hiverner : /survie/
Le Froöern avait été entraîné, en effet, à quarante milles de l'endroit où Louis Cornbutte hivernait. Là,
il fut brisé par les glaçons qui flottaient au dégel, et les naufragés furent emportés, avec une partie des
débris dont était construite leur cabane, sur le rivage méridional de l'île Shannon.
Les naufragés se trouvaient alors au nombre de cinq, Louis Cornbutte, Cortrois, Pierre Nouquet, Jocki
et Herming. Quant au reste de l’équipage norwégien, il avait été submergé avec la chaloupe au moment
du naufrage.
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Remarques conclusives :
Systématiquement, on constate que les subjonctifs, émis par le narrateur omniscient, analysent
les sentiments des personnages (par ex. la certitude exprimée dans « chacun portait des
provisions pour deux jours, car il n'était pas probable que leur excursion se prolongeât au-
delà » ; ou encore l’intégration du mode à l’isotopie /objectif/, ci-dessus). Façon d’intérioriser,
de mentaliser les activités d’hivernage.
On passe de la nécessaire mise à l’abri (isolement) et aux préparatifs pour l’hiver (A), à
l’emprisonnement et aux souffrances des hiverneurs (B). La fin de l’hiver signe le départ et la
séparation (C).
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