UFR Psychologie
Bâtiment Philippe Malrieu
5, allées Antonio Machado
31058 TOULOUSE
PY00609T - Techniques d’analyse de contenu
FAUCHARD Clarence 21804316
Université Toulouse Jean Jaurès - Année 2022-2023
SOMMAIRE
I. Introduction………………………………………………………………………………….………………3
I. 1. Justi cation du choix d’extrait..…………..…….……………………………….…….…………3
II. Analyse sémantique……………………………………………………………………………………..…..4
II. 1. Analyse catégorielle sémantique…………………………………………………….…………..5
II. 2. Indicateurs linguistiques, analyse stylistique et de l’expression
et analyse de l’énonciation………………………………………………………………………5
III. Référence aux indicateurs linguistiques, stylistique et de l’énonciation………………………….………..6
IV. Sens général et caché et liens avec les concepts psychologiques…………..………….……………..….…7
V. Bibliographie………………………………………………………………………………………….….…8
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I. Introduction
I.1 Justi cation du choix d’extrait
Gustave Flaubert est un écrivain français né à Rouen le 12 décembre 1821, dans le courant du
romantisme, et ayant appartenu au mouvement du réalisme littéraire. Son travail littéraire commence avec la
rédaction d'une autobiographie, Mémoires d'un fou, en 1838, deux ans avant la rédaction de l’œuvre dont est
issu l’extrait que je souhaite présenter.
En 1836, alors que Flaubert est en vacances à Trouville avec sa famille, il rencontre Maurice Schlésinger, un
éditeur de musique, et tombe amoureux de son épouse, Élisa. Une passion platonique qui le suivra toute sa
vie – il ne lui écrira sa première lettre d’amour qu’à la mort de Maurice, trente-cinq ans plus tard. L’écrivain
élabore ses livres à partir d’une connaissance et même souvent, d’une recherche : il s’agit de l’exigence de la
documentation. Des événements réels forment le socle de plusieurs romans.
Novembre, le récit duquel est issu mon extrait, est un court roman écrit entre ses 19 et 21 ans.
« Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulardes, de
lyrisme, de grands vols d'aigles, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l'idée ; un autre qui
fouille et creuse le vrai tant qu'il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui
voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu'il reproduit ; celui-là aime à rire et se plaît
dans les animalités de l'homme » (Lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852).
« Quelquefois, n’en pouvant plus, dévoré de passions sans bornes, plein de la lave ardente qui
coulait de mon âme, aimant d’un amour furieux des choses sans nom, regrettant des rêves magni ques, tenté
par toutes les voluptés de la pensée, aspirant à moi toutes les poésies, toutes les harmonies, et écrasé sous le
poids de mon cœur et de mon orgueil, je tombais anéanti dans un abîme de douleurs, le sang me fouettait la
gure, mes artères m’étourdissaient, ma poitrine semblait rompre, je ne voyais plus rien, je ne sentais plus
rien, j’étais ivre, j’étais fou, je m’imaginais être grand, je m’imaginais contenir une incarnation suprême,
dont la révélation eût émerveillé le monde, et ses déchirements, c’était la vie même du dieu que je portais
dans mes entrailles. À ce dieu magni que j’ai immolé toutes les heures de ma jeunesse ; j’avais fait de moi-
même un temple pour contenir quelque chose de divin, le temple est resté vide, l’ortie a poussé entre les
pierres, les piliers s’écroulent, voilà les hiboux qui y font leur nids. N’usant pas de l’existence, l’existence
m’usait, mes rêves me fatiguaient plus que de grands travaux ; une création entière, immobile, irrévélée à
elle-même, vivait sourdement sous ma vie ; j’étais un chaos dormant de mille principes féconds qui ne
savaient comment se manifester ni que faire d’eux-mêmes, ils cherchaient leurs formes et attendaient leur
moule ».
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II. Analyse sémantique
II. 1. Analyse catégorielle sémantique
Pour assigner un sens donné à un discours, on doit le catégoriser par thèmes et catégories. Une analyse
catégorielle thématique est donc judicieuse. Il s’agit de l’analyse la plus utilisée et permettant de classi er
les éléments d’un message (Bardin, 1977). Ces catégories seront rigoureusement soumises aux qualités
exigées, à savoir : l’exhaustivité, l’objectivité, l’exclusivité, la pertinence, et ces catégories seront clairement
dé nies.
Ressenti intérieur
« Plein de la lave ardente » ; « Dévoré de passion sans borne » ; « aimant d’un amour furieux » ;
« regrettant des rêves magni ques » ; « tenté » ; « écrasé sous le poids de mon coeur et de mon
orgueil » ; « je tombais anéanti dans un abîme de douleur » ; « ma poitrine semblait rompre » ;
Ressenti rétroprojeté
« aspirant à moi » ; « écrasé » ; « le sang me fouettait la gure » ; « mes artères m’étourdissaient » ; « je ne
voyais plus rien » ; « je ne sentais plus rien » ; « j’étais ivre » ; « j’étais fou » ; « mes rêves me fatiguaient »
Incarnation et désincarnation
« Je m’imaginais contenir une incarnation suprême » ; « la vie même du Dieu que je portais en mes
entrailles » ; « J’avais fait de moi-même un temple pour contenir quelque chose de divin » ; « le temple est
resté vide » ; « une création entière » ; « j’étais un chaos dormant de milles principes féconds »
L’“Enchanté“ en opposition au “Sinistre“
« rêves magni ques » ; « toutes les poésies, toutes les harmonies » ; « émerveillé le monde » ; « divin » ;
« amour » ; « furieux » ; « voluptés de la pensée » ;
« Orgueil » ; « abîme de douleur » ; « fouettaient » ; « déchirements ; « immolé » ; « ortie » ; « chaos ».
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II. 2. Indicateurs linguistiques, analyse stylistique et de l’expression et analyse de l’énonciation.
A. Ressenti intérieur
A n d’illustrer cette catégorie, plusieurs extraits peuvent être intéressants à aborder ; à commencer
par un apport chronologique :
Le récit s’ouvre sur « Quelque fois, n’en pouvant plus », démontrant ainsi un premier état de lassitude
générale, de dépassement du personnage, caractérisé par le verbe « pouvoir » désignant la capacité de. Il
s’agit d’un ressenti similaire à une forme de débordement. « Dévoré de passion sans borne », et « plein de la
lave ardente » entament une gradation effrénée de l’auteur, tous deux comportant une dynamique intérieure :
« dévoré » et « plein », tout deux se suivant, et étant pour autant contradictoire dans le ressenti qu’ils
évoquent. « Dévoré » du latin devorare signi ant avaler, dévorer, ou encore engloutir, se poursuit de
« plein » ; synonyme d’« empli ».
J’ai également choisi de classer l’extrait « aimant d’un amour furieux » dans la catégorie sémantique du
ressenti intérieur, cet extrait évoquant clairement le sentiment amoureux, et l’extrapolant par répétition
syntaxique en le quali ant de « furieux ». Un sentiment renvoie nécessairement à une évocation intérieur, en
réaction à un stimulus extérieur.
« Regrettant », « tenté » viennent ici évoquer un ressenti émotionnel, une évocation du sujet en tant que sujet
pensant : il a du regret… se sent tenté…
« Je tombais anéanti, « écrasé sous le poids de mon coeur et de mon orgueil » et « ma poitrine semblait
rompre » sont des extraits que j’ai choisi de classer dans cette catégorie sémantique pour leur aspect
métaphorique et irréaliste : il est impossible d’être réellement écrasé sous le poids de son coeur et de son
orgueil, et pour autant, il est possible de le ressentir ; il est impossible de réellement tomber anéanti dans un
abîme (qui, par dé nition, désigne un gouffre naturel, une cavité, un précipice d'une profondeur insondable
qui n'a pas de limites assignables d’après le Larousse) de douleur, et pourtant, il est également possible de le
ressentir ; en n, le dernier peut sembler controversé. « Ma poitrine semblait rompre » n’est présent dans
cette catégorie que par la présence du verbe « sembler », qui évoque la sensation, et par conséquent le
ressenti abstrait d’une chose se produisant.
B. Ressenti rétroprojeté
Les extraits suivants, éclairant l’existence de la catégorie sémantique du ressenti rétroprojeté vers
l’extérieur, vient étayer et étoffer la constitution du ressenti global et contradictoire du personnage, par la
création d’une dynamique interdépendante et réaliste de l’extériorisation des ressentis, et leur réintrojection.
« Aspirant à moi… », cet extrait se poursuit d’une somme d’éléments venant emplir le personnage.
« Écrasé » en référence à l’un des extrait également présent dans la précédente catégorie, j’ai choisi de ne
garder que le verbe de la phrase, en tant que symbolisme de représentation de la sensation que l’extérieur fait
ressentir au personnage. « Le sang me fouettait la gure », « mes artères m’étourdissaient » : bien que ces
deux extraits puissent être relayés à l’appartenance à la première catégorie, étant donné leur irréalisme, j’ai
fait le choix de les dissocier et de les inclure à cette catégorie sémantique, a n de marquer la distinction entre
ce que le personnage ressent, et ce que le personnage « vit ». En effet, là où il est conscient de ce qui jaillit
(comme ressenti) de lui, il dénote également l’idée d’un ressenti indépendant de lui. D’un corps, et ses
manifestations de vie qui se retournent contre lui via le pronom « me » suivi des verbes : « me fouettaient »
et « m’étourdissaient ». « Je ne voyais plus rien, je ne sentais plus rien » : le réalisme de cette phrase
manifeste sa présence dans cette catégorie sémantique. Par introjection aux stimuli extérieurs, le personnage
fait ici allusion à une coupure nette et totale au monde qui l’entoure, par le biais de ses sens.
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C. Entre incarnation et désincarnation
Dans cette catégorie sémantique, nous allons évoquer le jeu d’incarnation, et désincarnation présent
dans l’extrait évoqué. Les incarnations sont les suivantes : « Je m’imaginais contenir une incarnation
suprême », « Dieu que je portais en mes entrailles », « une création entière », qui évoquent la présence,
l’habitation d’un être divin en le corps. Concernant la désincarnation, nous avons « J’avais fait de moi-même
un temple pour contenir quelque chose de divin », « le temple est resté vide », « J’étais un chaos dormant ».
Ici, le principe est simple, il s’agit d’un vide orchestré, évacuer un contenant (l’être du personnage) a n d’y
verser le contenu (l’être divin). Le dernier extrait sacrant l’idée étant : « J’étais un chaos dormant de milles
principes féconds ».
D. L“Enchanté“ en opposition au “Ténébreux“
Ici, il s’agit d’une énumération du champ lexical de l’enchanté : « rêves magni ques », « toutes les
poésies, toutes les harmonies », « émerveillé le monde », « divin », « amour », « voluptés de la pensée » en
opposition dans l’extrait à l’extrême autre, au sinistre : « furieux », « orgueil », « abîme de douleur »,
« fouettaient », « déchirements », « immolé », « ortie », « chaos ». Dans sa forme la plus simple, leur
évocation la plus véridique, pour chacun.
III. Référence aux indicateurs linguistiques, stylistique et de l’énonciation
En complément de l’analyse catégorielle thématique et pour apporter d’autres éléments « latents »
aux éléments « manifestes » (les paroles) de l'analyse, j’évoquerai premièrement l’idée générale de la
description (par l’utilisation de l’imparfait de description littéraire tout au long de cet extrait) d’un monde
intérieur chaotique « j’étais un chaos dormant » en proie à l’idée, le fantasme d’une transformation
fulgurante et déchirante qui monte en gradation (manifesté par la succession de virgules, sans point) dans la
première partie de l’extrait, avec une opposition entre l’élévation « poésies » et « voluptés de la pensée »,
ensuite suivi par « je tombais anéanti ». L’affaissement de la gradation est brutal. Il est possible de ressentir
un « haut » incarné par l’être divin qui vient « accessoiriser » le personnage, qui vient l’emplir « contenir
une incarnation suprême », tout en lui causant du tourment « ses déchirements ». Il subsiste, tout au long de
la lecture effrénée, une opposition entre le fantasme presque irréel mais sublime « aspirant à moi toutes les
poésies », « voluptés de la pensée », et le re ux abject de la réalité vécue comme une souffrance intense :
« mes rêves me fatiguaient », « je m‘imaginais ». Le champ lexical du rêve est très présent.
Lors de la redescende ponctuée, dans la deuxième partie de l’extrait, on dénote une idée plus précise, presque
enfoui dans la tête du personnage. « J’étais un chaos dormant de mille principes féconds qui ne savaient
comment se manifester ni que faire d’eux-mêmes » : il ne nie ni n’évoque clairement ce qui l’habite, le terme
« principes » se relayant à des idées plus grandes, cependant, il apparaît certain que quelque chose
sommeille, sans que l’on ne puisse lui donner une forme : « ils cherchaient leur forme, attendaient leur
moule ».
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IV. Sens général et caché & liens avec concepts psychologiques
En introduction à la psychologie clinique psychanalytique, il m’est fascinant et intéressant d’aborder
ici le thème fondateur de l’appareil psychique par Sigmund Freud des trois instances, agrémentées de l’Idéal
du Moi, et du Moi Idéal. Flaubert était un écrivain qui tenait fermement pour valeur le réalisme de ses récits,
ainsi, et tel que perçu, on peut dénoter dans ce long extrait un tourbillon de sentiments vivement relaté. Ma
première idée provient du Moi Idéal frappant de ce récit de l’être « suprême » et héroïque, ici mis en exergue
sur une piédestal littéraire, par l’extrait « une incarnation suprême, dont la révélation eût émerveillé le
monde ». Par ailleurs, selon l’opposition au couple : Idéal du moi-Moi, et Moi Idéal-Ça de Daniel Lagache,
on peut observer ici l’essouf ement de ce texte sur ce que je considère comme relevant des pulsions du
personnage : « ils cherchaient leur forme, attendaient leur moule » dans l’idée de la sublimation de la
pulsion, la souffrance de la désorganisation psychique est latente et se vit tout au long de la lecture, cette idée
de chaos en relation aux ressentis prégnants. Le champs lexical de l’idée étant continu « n’usant pas de
l’existence, l’existence m’usait, mes rêves me fatiguaient », il nous est évoqué une sensation de ottement,
d’idée pure. Le manque même de verbe d’action concrète n’entraîne aucune dynamique d’agissement, ou
d’entreprise par le sujet dans ce long souf e dont la ponctuation est pauvre, et corrobore cette sensation de
n’être que dans la tête de l’individu uniquement pensant, par conséquent, en souffrance et désorganisé
psychiquement, que les extrémités de l’enchanté du Moi Idéal, et les ténèbres du Ça abyssale déchire : « ses
déchirements, c’était la vie même du dieu que je portais en mes entrailles » ; l’écriture même du dieu en
minuscule n’évoquant ainsi non le Dieu religieux, mais uniquement un dieu intérieur, un dieu de soi. Le
ressenti intérieur ne révèle ainsi ici que l’individu, là où le ressenti rétroprojeté vers l’extérieur évoque le
Surmoi, la pression grandissante du monde. L’incarnation et la désincarnation font synonyme respectivement
à l’être suprême du Moi Idéal, et le Moi dépersonnalisé, perdu entre les pulsions sinistres du Ça et l’enchanté
fantasmé du Moi idéal.
« Flaubert fait « deux parts dans le monde et en lui » : l'élément « externe », varié, multicolore,
spectaculaire, et l'élément « interne », dense et ouvert aux « rayons de l'Esprit » par la « fenêtre de
l'intelligence ». Il fait taire la première au pro t de la seconde et fonde l'écriture artisanale. Il pose la
littérature en objet, extérieur à son créateur et à son modèle. Le labeur de l'écriture – harassant pour Flaubert,
qui se compare à un bœuf de labour – se lit dans chaque phrase, dont le rythme clos fait un objet ni. Pour
atteindre à la perfection, l'écrivain se fait d'ailleurs une obligation d'éprouver à voix haute dans son
« gueuloir » les lourds matériaux que sa phrase, comme l'écrit Proust dans un article intitulé « À propos du
“style” de Flaubert », « laisse retomber avec le bruit intermittent d'un excavateur ». » (Larousse).
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VI. Bibliographie
Contributeurs aux projets Wikimedia. (2023). Œuvres de jeunesse (Flaubert)/Novembre. Wikisource. https://
[Link]/wiki/%C5%92uvres_de_jeunesse_(Flaubert)/Novembre
Larousse, É. (s. d.). Gustave Flaubert - LAROUSSE. [Link]
Gustave_Flaubert/119630
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