100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
203 vues6 pages

Comprendre le Lien Social Moderne

Transféré par

mayetanaelle84
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats ODT, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
203 vues6 pages

Comprendre le Lien Social Moderne

Transféré par

mayetanaelle84
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats ODT, PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Fondements et Fragilités du lien social

I) Le lien social

Serge Paugam est directeur d'études à l'école des Hautes études en Sciences Sociales (EHESS)
et directeur de recherche au CNRS, responsable de l'Équipe de Recherches sur les Inégalités
Sociales (ERIS) du Centre Maurice Halbwachs (CMH).

Entretien réalisé par Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.


Doc 1

L'expression « lien social » est d'un usage courant. Qu'entend précisément le sociologue par « lien
social » ?

Les sociologues savent que la vie en société place tout être humain dès sa naissance dans une
relation d'interdépendance avec les autres et que la solidarité constitue à tous les stades de la
socialisation le socle de ce que l'on pourrait appeler l'homo-sociologicus. Par homo-sociologicus,
j'entends l'homme lié aux autres et à la société non seulement pour assurer sa protection face aux
aléas de la vie, mais aussi pour satisfaire son besoin vital de reconnaissance, source de son identité
et de son existence en tant qu'homme. La notion de lien social est aujourd'hui inséparable de la
conscience que les sociétés ont d'elles-mêmes et son usage courant peut être considéré comme
l'expression d'une interrogation sur ce qui peut faire encore société dans un monde où la
progression de l'individualisme apparaît comme inéluctable [1]. Une société composée d'individus
autonomes est-elle encore une société, et si oui comment ? Depuis la fondation de leur discipline,
les sociologues s'efforcent de répondre à cette question. Les premiers d'entre eux ont tenté
d'apporter des explications fondées sur l'analyse de l'évolution des sociétés humaines. L'idée de
lien social était alors inséparable d'une vision historique à la fois du rapport entre l'individu et ses
groupes d'appartenance et des conditions du changement social de longue durée. Dans les sociétés
rurales, par définition plus traditionnelles, les solidarités se développent essentiellement à l'échelon
de la famille élargie. Liés à la famille pour leur protection, les individus le sont aussi pour leur
reconnaissance, l'identité familiale étant alors le fondement de l'intégration sociale. Dans les
sociétés modernes, les modèles institutionnels de la reconnaissance se sont individualisés, ils se
fondent davantage sur des traits individuels que sur des traits collectifs. C'est moins le groupe en
tant que tel qui fonde l'identité que la juxtaposition de groupes différents – ou de cercles sociaux –
qui s'entrecroisent de façon unique en chaque individu. Il s'agit d'un processus historique qui place
chaque individu dans une plus grande autonomie apparente par rapport aux groupes auxquels il est
lié, mais qui l'oblige à se définir lui-même en fonction du regard d'autrui porté sur lui.
doc2
Serge Paugam est directeur d'études à l'école des Hautes études en Sciences Sociales (EHESS)
et directeur de recherche au CNRS, responsable de l'Équipe de Recherches sur les Inégalités
Sociales (ERIS) du Centre Maurice Halbwachs (CMH).
Entretien réalisé par Anne Châteauneuf-Malclès pour SES-ENS.

Durkheim et le lien social


Le lien social est un questionnement central en sociologie depuis les premiers écrits sociologiques.
Il est au coeur des travaux d'Emile Durkheim dont vous vous inscrivez dans le prolongement. En
quoi la thèse de Durkheim sur les fondements de la solidarité garde toujours sa pertinence ?
Quelles sont ses limites pour penser le lien social aujourd'hui ?
Pour Durkheim, l'intégration des individus au système social passe par leur intégration – directe ou
indirecte – au monde du travail, ce qui leur assure une fonction précise, interdépendante des autres
fonctions, et par conséquent une utilité sociale [2]. Cette conception repose sur la notion de la
solidarité organique caractéristique des sociétés modernes à forte différenciation sociale. Il est
frappant de constater qu'il distinguait déjà, de façon certes assez implicite, ce qui relève du rapport
à l'emploi (plus ou moins forte instabilité pour les travailleurs face à l'avenir) et ce qui relève du
rapport au travail (plus ou moins forte adaptation des travailleurs à leurs tâches). Or, ces deux
dimensions correspondent, l'une et l'autre, à de profondes mutations qui ont été étudiées par les
sociologues au cours des deux dernières décennies, notamment celles qui se rapportent d'une part à
l'intensification du travail et, d'autre part, à l'instabilité de l'emploi. Il convient par conséquent de
se demander en quoi ces évolutions récentes remettent en question la solidarité organique telle que
l'envisageait Durkheim.
L'intensification du travail et l'instabilité de l'emploi peuvent être considérées comme deux formes
contemporaines de la précarité des travailleurs, la première renvoyant à la logique productive de la
société industrielle, la seconde à la logique protectrice de l'État-providence. Le salarié est précaire
lorsque son travail ne lui permet pas d'atteindre les objectifs fixés par l'employeur et lui semble
sans intérêt, mal rétribué et faiblement reconnu dans l'entreprise. Puisque sa contribution à
l'activité productive n'est pas valorisée, il éprouve le sentiment d'être plus ou moins inutile. On
peut parler alors d'une précarité du travail. Mais le salarié est également précaire lorsque son
emploi est incertain et qu'il ne peut prévoir son avenir professionnel. C'est le cas des salariés dont
le contrat de travail est de courte durée, mais aussi de ceux pour qui le risque d'être licencié est
permanent. Cette situation se caractérise à la fois par une forte vulnérabilité économique et par une
restriction, au moins potentielle, des droits sociaux puisque ces derniers sont fondés, en grande
partie, sur la stabilité de l'emploi. Le salarié occupe, de ce fait, une position inférieure dans la
hiérarchie des statuts sociaux définis par l'État-providence. On peut parler, dans ce cas, d'une
précarité de l'emploi. Ces deux dimensions de la précarité doivent être étudiées simultanément [3].
Elles renvoient à des évolutions structurelles de l'organisation du travail, mais aussi à des
transformations profondes du marché de l'emploi.
II) Une typologie des liens sociaux
Doc 3
Pour préciser les fondements du lien social dans les sociétés contemporaines, vous proposez dans
vos travaux récents une typologie du lien social à partir des deux dimensions de la protection et de
la reconnaissance. Pouvez-vous nous indiquer quelles sont ces grandes catégories de lien social et
leur fonction spécifique en termes d'intégration de l'individu ? La montée de l'individualisme tend-
elle à favoriser le lien de participation élective, donc une intégration moins contraignante et peut-
être plus fragile ?
En partant des deux sources du lien social que sont la protection et la reconnaissance, j'ai proposé
de distinguer quatre grands types de liens sociaux : le lien de filiation, le lien de participation
élective, le lien de participation organique et le lien de citoyenneté.
Le lien de filiation recouvre deux formes différentes. Celle à laquelle on pense en priorité renvoie
à la consanguinité, c'est-à-dire à la filiation dite «naturelle» qui est fondée sur la preuve de
relations sexuelles entre le père et la mère et sur la reconnaissance d'une parenté biologique entre
l'enfant et ses géniteurs. On part du constat que chaque individu naît dans une famille et rencontre
en principe à sa naissance à la fois son père et sa mère ainsi qu'une famille élargie à laquelle il
appartient sans qu'il l'ait choisie. Il ne faudrait toutefois pas oublier la filiation adoptive reconnue
par le Code Civil et qu'il faut distinguer du placement familial. La filiation adoptive est en quelque
sorte une filiation sociale. D'une façon plus générale, retenons que le lien de filiation, dans sa
dimension biologique ou adoptive, constitue le fondement absolu de l'appartenance sociale. Notons
encore qu'en vertu du principe de consanguinité, les enfants ont un droit à l'héritage de leurs
parents, mais qu'ils ont aussi, au titre de l'obligation alimentaire, le devoir de les entretenir. Au-
delà des questions juridiques qui entourent la définition du lien de filiation, les sociologues, mais
aussi les psychologues, les psychologues sociaux et les psychanalystes, insistent sur la fonction
socialisatrice et identitaire de ce lien. Il contribue à l'équilibre de l'individu dès sa naissance
puisqu'il lui assure à la fois protection (soins physiques) et reconnaissance (sécurité affective).
Le lien de participation élective relève de la socialisation extra-familiale au cours de laquelle
l'individu entre en contact avec d'autres individus qu'il apprend à connaître dans le cadre de
groupes divers et d'institutions. Les lieux de cette socialisation sont nombreux : le voisinage, les
bandes, les groupes d'amis, les communautés locales, les institutions religieuses, sportives,
culturelles, etc. Au cours de ses apprentissages sociaux, l'individu est à la fois contraint par la
nécessité de s'intégrer, mais en même temps autonome dans la mesure où il peut construire lui-
même son réseau d'appartenances à partir duquel il pourra affirmer sa personnalité sous le regard
des autres. Ce lien n'est pas à confondre avec la thèse selon laquelle le lien social serait aujourd'hui
fondé sur une multiplicité d'appartenances de nature élective ou sur un processus de désaffiliation
positive. Il convient en effet de distinguer le lien de participation élective des autres liens sociaux
en mettant en avant sa spécificité, à savoir son caractère électif qui laisse aux individus la liberté
réelle d'établir des relations interpersonnelles selon leurs désirs, leurs aspirations et leurs valences
émotionnelles. Ce lien recouvre plusieurs formes d'attachement non contraint. On peut considérer
la formation du couple comme l'une d'elles. L'individu s'intègre à un autre réseau familial que le
sien. Il élargit son cercle d'appartenance. Autant dans le lien de filiation, l'individu n'a pas de
liberté de choix, autant dans le lien de participation élective, il dispose d'autonomie. Celle-ci reste
toutefois encadrée par une série de déterminations sociales. La relation conjugale ressemble par
ailleurs à un jeu de miroirs. Outre la fonction de protection qu'elle assure aux deux conjoints –
chacun pouvant compter sur l'autre –, la fonction de reconnaissance peut être appréhendée à partir
de quatre regards : le regard de l'homme sur sa femme, celui de la femme sur son partenaire et
enfin le jugement de chacun d'eux sur le regard de l'autre à son égard. Il s'agit ainsi d'un jeu où la
valorisation de chacun passe par la démonstration régulière de la preuve de l'importance qu'il a
pour l'autre. À la différence de la famille et du couple, l'amitié est faiblement institutionnalisée.
Elle peut être publiquement évoquée et encouragée lorsqu'on l'associe par exemple à la notion de
fraternité, mais elle ne fait pas l'objet d'une stricte réglementation. Elle est socialement reconnue et
valorisée. Elle correspond parfaitement à la définition du lien de participation élective. Elle est
perçue comme désintéressée et comme détachée des contingences sociales qui caractérisent les
autres formes de sociabilité.
Le lien de participation organique se distingue du précédent en ce qu'il se caractérise par
l'apprentissage et l'exercice d'une fonction déterminée dans l'organisation du travail. Ce lien se
constitue dans le cadre de l'école et se prolonge dans le monde du travail. Si ce type de lien prend
tout son sens au regard de la logique productive de la société industrielle, il ne faut pas le
concevoir comme exclusivement dépendant de la sphère économique. Pour analyser le lien de
participation organique, il faut prendre en considération non seulement le rapport au travail
conformément à l'analyse de Durkheim, mais aussi le rapport à l'emploi qui relève de la logique
protectrice de l'État social. Autrement dit, l'intégration professionnelle ne signifie pas uniquement
l'épanouissement au travail, mais aussi le rattachement, au-delà du monde du travail, au socle de
protection élémentaire constitué à partir des luttes sociales dans le cadre du welfare. L'expression
«avoir un travail» signifie pour les salariés la possibilité de l'épanouissement dans une activité
productive et, en même temps, l'assurance de garanties face à l'avenir. On peut donc définir le type
idéal de l'intégration professionnelle comme la double assurance de la reconnaissance matérielle et
symbolique du travail et de la protection sociale qui découle de l'emploi.
Ces deux dimensions se retrouvent dans le concept de précarité professionnelle déjà évoqué, selon
que l'on prend en compte le rapport à l'emploi (instabilité de l'emploi) ou le rapport au travail
(insatisfaction au travail) comme fondement de l'analyse. D'une façon plus générale, l'étude des
déviations du type idéal de l'intégration professionnelle permet de mieux comprendre les inégalités
qui traversent aujourd'hui le monde du travail. La tendance à l'autonomie dans le travail et à
l'individualisation de la performance conduit presque inévitablement les salariés, quel que soit leur
niveau de qualification et de responsabilités, à chercher à se distinguer au sein même de leur
groupe de travail, ce qui accroît les facteurs potentiels de rivalités et de tensions entre eux au-delà
de leur appartenance à une catégorie déterminée dans l'échelle hiérarchique de l'entreprise. Par
ailleurs, si la plupart des entreprises tentent de renforcer leur flexibilité, il existe toutefois de fortes
variations d'une entreprise à l'autre, si bien que le risque de perdre son emploi et de vivre dans la
crainte de cette perspective est devenu un facteur propre d'inégalité entre les salariés. Autrement
dit, l'évolution des formes de l'intégration professionnelle, loin de réduire les différenciations,
consacre la complexité de la hiérarchie socioprofessionnelle et fragilise en même temps une frange
croissante de salariés.
Enfin, le lien de citoyenneté repose sur le principe de l'appartenance à une nation. Dans son
principe, la nation reconnaît à ses membres des droits et des devoirs et en fait des citoyens à part
entière. Dans les sociétés démocratiques, les citoyens sont égaux en droit, ce qui implique, non pas
que les inégalités économiques et sociales disparaissent, mais que des efforts soient accomplis
dans la nation pour que tous les citoyens soient traités de façon équivalente et forment ensemble
un corps ayant une identité et des valeurs communes. Il est usuel aujourd'hui de distinguer les
droits civils qui protègent l'individu dans l'exercice de ses libertés fondamentales, notamment face
aux empiètements jugés illégitimes de l'État, les droits politiques qui lui assurent une participation
à la vie publique, et les droits sociaux qui lui garantissent une certaine protection face aux aléas de
la vie. Ce processus d'extension des droits fondamentaux individuels correspond à la consécration
du principe universel d'égalité et du rôle dévolu à l'individu citoyen qui est censé appartenir «de
plein droit», au-delà de la spécificité de son statut social, à la communauté politique. Le lien de
citoyenneté est fondé aussi sur la reconnaissance de la souveraineté du citoyen. L'article 6 de la
Déclaration des droits de l'homme précise : «La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les
citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation». Il
trouve également sa source dans la logique protectrice de l'égalité démocratique. On trouve donc à
nouveau dans le lien de citoyenneté les deux fondements de protection et de reconnaissance que
j'ai déjà identifiés dans les trois types de liens précédents. Le lien de citoyenneté repose sur une
conception exigeante des droits et des devoirs de l'individu.
Ces quatre types de liens sont complémentaires et entrecroisés. Ils constituent le tissu social qui
enveloppe l'individu. Lorsque ce dernier décline son identité, il peut faire référence aussi bien à sa
nationalité (lien de citoyenneté), à sa profession (lien de participation organique), à ses groupes
d'appartenance (lien de participation élective), à ses origines familiales (lien de filiation). Dans
chaque société, ces quatre types de liens constituent la trame sociale qui préexiste aux individus et
à partir de laquelle ils sont appelés à tisser leurs appartenances au corps social par le processus de
socialisation. Si l'intensité de ces liens sociaux varie d'un individu à l'autre en fonction des
conditions particulières de sa socialisation, elle dépend aussi de l'importance relative que les
sociétés leur accordent. Le rôle que jouent par exemple les solidarités familiales et les attentes
collectives à leur égard est variable d'une société à l'autre. Les formes de sociabilité qui découlent
du lien de participation élective ou du lien de participation organique dépendent en grande partie
du genre de vie et sont multiples. L'importance accordée au principe de citoyenneté comme
fondement de la protection et de la reconnaissance n'est pas la même dans tous les pays.

1) Questions document 1

Expliquez:

homo-sociologicus:

Quelle est la différence entre interdépendance et solidarité?

Dans quelle mesure la famille permet-elle le renforcement du lien social?

Est-ce que c’est le groupe qui fonde l’identité?


2) Qui est Durkheim et en quoi consiste son travail?

3) Poser 6 questions sur le document 2

4) Présentez à l’oral un exemple de lien social

5) les spectateurs devront préaprer une série de questions à poser à leurs camarades qui passeront à
l’oral.

Vous aimerez peut-être aussi