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Sociologie et sociétés

Le disciplinaire et l’interdisciplinaire « ordinaire »


Pierre Bouvrier

Volume 32, numéro 1, printemps 2000

La science. Nouvel environnement, nouvelles pratiques?

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DOI : https://doi.org/10.7202/001094ar

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Éditeur(s)
Les Presses de l'Université de Montréal

ISSN
0038-030X (imprimé)
1492-1375 (numérique)

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Citer cet article


Bouvrier, P. (2000). Le disciplinaire et l’interdisciplinaire « ordinaire ».
Sociologie et sociétés, 32(1), 229–234. https://doi.org/10.7202/001094ar

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Le disciplinaire
et l’interdisciplinaire
« ordinaire*»

pierre bouvrier
Département de sociologie
Université Paris X-Nanterre/Laios-Cnrs/Msh
200, avenue de la République
92001 Nanterre, France
Courriel : [email protected]

L es procédures de reflexivité des sciences sociales établissent des grammaires


et des catégories spécifiques. Le disciplinaire s’inscrit dans l’approfondissement
d’un courant constitué. Un déjà-là charpente les travaux de ceux qui ont opté pour les
préambules et les paradigmes mis en place. Ces derniers ont été forgés à une certaine
époque et, a priori, ne font pas l’objet d’une refondation. Il s’agit de travailler des con-
cepts et/ou des méthodes que ce courant a établi. Les générations successives choisissent,
dans une émulation compétitive, les thématiques sur lesquelles pourrait porter leur
attention. À l’évidence, les faits qui n’ont pas encore été l’objet d’investigation dans le
cadre conceptuel de référence sont les bienvenus. Ils pourront induire, pour ceux qui s’y
attachent, les marques de re-connaissance sinon de notoriété dans le cercle des paradig-
mes institués et choisis. Cette approche monodisciplinaire peut être entendue, dans le
domaines des sciences sociales, comme une condition sinon la condition de la consti-
tution, de l’organisation et du fonctionnement d’un savoir résultant de l’expérimenta-
tion puis de la théorisation des résultats obtenus. Elle n’implique pas moins, de par ses
origines sémantiques, une volonté de mise en ordre, de normalisation sinon de contrat

*. « L’interdisciplinarité ordinaire », Sociologie et sociétés, vol. xxxi, no , .

229
230 sociologie et sociétés • vol. xxxii. 1

plus ou moins tacite entre ceux qui s’en approchent et ceux qui y adhèrent. Dans une
acceptation radicale, si l’on suit les propositions foucaldiennes, elle peut même
apparaître comme :
[…] la technique spécifique d’un pouvoir qui se donne les individus à la fois pour objets et
pour instruments de son exercice (Foucault, 1975, p. 172).

Il s’agirait, en l’occurrence et à l’évidence d’une violence non pas transitive, comme


dans l’univers carcéral, mais symbolique. Elle s’exerce dans l’ordre des concepts et des
méthodes préconisés ainsi que dans des procédures d’habilitation naturalisées comme
allant de soi. Elle s’impose aux individus devenant objets et instruments de la pérennité
de la discipline.
Le tableau, au xviiie siècle, c’est à la fois une technique de pouvoir et une procédure
de savoir. Il s’agit d’organiser le multiple, de se donner un instrument pour le parcourir
et le maîtriser ; il s’agit de lui imposer un « ordre » (Foucault, 1975, p. 150).
La multitude des faits se présentant à l’analyse se doit d’être ordonnancée selon ce
qui va apparaître comme autant de regroupements de données, et ce sous l’égide d’un
regard essayant de catégoriser, de définir, un mode d’approche et d’investigation apte,
de par les instruments cognitifs qu’il forge, à discipliner, à mettre en discipline, en ordre
et en signification une classe de faits. La finalité poursuivie n’est pas du domaine de la
coercition. Encore qu’un disciplinaire des esprits, des avancées, des élucubrations et
des approfondissements tende à s’effectuer à l’avantage des initiateurs et des hiérarchies
instituées. Dans ses débuts, l’empathie doit être suscitée, les marques d’intérêt se doivent
d’être volontaires et non imposées. Ils sont beaucoup plus efficaces et nécessaires dans
les temps d’émergence. Le monodisciplinaire se renforce des adhésions qu’il suscite et
plus encore des enthousiasme qu’il peut générer. Ainsi en est-il, par exemple, du concept
d’anomie ou de représentations collectives. Emile Durkheim en a proposé non seule-
ment des définitions mais des mises en œuvre dans divers contextes sociaux, économi-
ques, culturels, etc. L’attention, le ralliement ou l’intérêt portés par d’autres chercheurs
décuplent les résonances de ces modes d’analyse (Bouvier, 1999).
Ces multiples déclinaisons interviennent fortement dans l’écho rencontré. Ceci
tient à leurs capacités spécifiques de répondre, de manière probante et efficace, à des
problématiques diverses et d’apporter des éléments aptes à en dégager la nature et les
dynamiques.
Les troupes aguerries, intellectuellement armées des principes et modes de faire,
peuvent confronter les Autres disciplinaires. Elles pourront également mieux veiller à
l’orthodoxie interne, adoptant des attitudes différenciées et conjoncturelles quant aux
courants, ramifications sinon sous-disciplines qui s’expriment.
À l’extérieur, ce domaine est confronté à une série de corpus. Ceux-ci le côtoient,
l’interpellent ou restent quiets. Celui-là considère certains d’entre eux comme des inter-
locuteurs pour lesquels il éprouve de l’affinité. Il perçoit d’autres comme des concur-
rents ou des adversaires. D’aucuns lui apparaissent comme irrévélants. Le disciplinaire
adoptera donc des attitudes en rapport avec le type d’interactions qui s’est mis en place
Le disciplinaire etl’interdisciplinaire « ordinaire » 231

avec tel ou tel. Les contextes, épistémologiques tout autant qu’institutionnels, dressent
les scènes où s’effectueront éventuellement des dialogues. Au tournant du siècle dernier,
comme le rappelle Bernard Valade, des débats ambivalents s’instaurent entre sociologie
et psychologie, intersubjectivité et interdisciplinarité (Valade, 1999). Ceci se retrouve,
par exemple, tant chez Emile Durkheim, Gabriel Tarde ou Marcel Mauss :
Quand nous disons psychologie tout court, nous entendons psychologie individuelle, et il
conviendrait, pour la clarté des discussions, de restreindre ainsi le sens du mot. La psychologie
collective, c’est la sociologie tout entière ; pourquoi ne pas se servir exclusivement de cette
dernière expression ? Inversement, le mot de psychologie a toujours désigné la science de la
mentalité chez l’individu ; pourquoi ne pas lui conserver cette signification ? On éviterait
ainsi bien des équivoques (Durkheim, , p. , note ).
Les questionnements entre sociologie et anthropologie se feront plus tardives. Ce
qui ne signifie pas que des interpellations ne se soient pas effectuées comme le donnent
à lire les Principes de sociologie d’Herbert Spencer (1876), Les formes élémentaires de la
vie religieuse d’Emile Durkheim (1912), des propos d’Ezra Park (1927) ou des travaux
d’Howard Becker (1954).
D’autres voies peuvent être privilégiées. Elles n’opteront pas pour un dejà-là disci-
plinaire, ce que d’aucuns intitulent, non sans familiarité sinon forfanterie, une boîte à
outils conceptuels et analytiques, un «kit» censé être à même de traiter les problématiques
proposées. Cette attitude indique les biais et travers qui peuvent, plus ou moins rapide-
ment et de manière latente ou manifeste, survenir dans ce contexte. Elles préfèreront, dans
la mise en place de leurs protocoles théoriques et méthodologiques, avoir recours non à
l’orthodoxie prônée sinon instituée et apparemment implicitement obligée ou forte-
ment conseillée mais à des ouvertures vers l’extérieur. L’interdisciplinaire, le pluridisci-
plinaire, le transdisciplinaires, le bidisciplinaire seront quelques-unes des options
envisagées et mises en action. Encore faut-il préciser ce qu’impliquent ces dénominations.

l’interdisciplinaire
Il s’agit de la volonté, à partir d’un fait spécifique, de solliciter le recours non plus à une
seule discipline mais, dans un certain contexte et une certaine époque, à un certain nom-
bre d’entre elles. Il leur sera demandé de mettre leurs moyens et leurs capacités disci-
plinaires spécifiques au service d’un essai de réflexion sur un thème particulier. Ce qui
importera ce sera non leurs hybridations mais au contraire leurs manières et les résul-
tats auquels elles parviennent en tant que telle ou telle discipline. Le pari est celui d’une
plus grande acuité de par l’accent, le privilège apporté à des instruments affûtés par l’ex-
périence propre. L’autonomie de chacun des regards et des protocoles devrait concour-
rir à traiter de manière plus exhaustive le fait social ou la thématique centrale choisis.
À titre d’exemple on peut se référer aux programmes pluridisciplinaires en sciences
humaines et sociales mis en place, en France, dans les années soixante. Ainsi, en parti-
culier, de l’étude de l’agglomération de Plozévet désignée comme isolat, « petite
population endogame »1 et retenue, du fait de cette assignation par la Délégation
. Robert Gessain, initiateur du programme, dans Burguière (1977).
232 sociologie et sociétés • vol. xxxii. 1

générale à la Recherche scientifique et technique. Celle-ci va mobiliser des scientifiques


inscrits dans de multiples disciplines dont la sociologie, l’ethnologie, la démographie,
l’histoire, la géographie, la biologie. Au départ et de manière récurrente prévaut, pour
les initiateurs du projet, dans l’effectuation des recherches, une volonté de mettre en
regard et de croiser les approches monodisciplinaires. En s’appuyant sur la situation qui
prévaut dans ce contexte breton, les thématiques privilégiées ou sous-jacentes et les
prospectives sont celles du changement et de ses effets sur les comportements. À
quelques années de distance, cette problématique de l’évolution sinon du progrès
technique a été et sera appliquée aux milieux industriels et à leurs personnels.2
L’ouvrage de l’historien André Burguière, Bretons de Plozévet, se présente comme
le rapport se voulant synthèse de ces multiples travaux. Au terme de ses compilations
et de ses brefs aperçus du terrain, il aborde la question de l’interdisciplinarité. Malgré
les propos ironiques tenus à son sujet par les uns et par les autres, Burguière constate
l’échec de cette tentative qu’il qualifie de recours imaginaire sinon d’utopie
eschatologique (Burguière, 1977, p. 321 et 353). Il en attribue les raisons à divers facteurs.
Parmi ceux-ci, il retient les rivalités, les fragilités, l’indifférence, l’absence d’échange et
de consensus. Il va même au-delà de ce constat. L’élaboration, à partir de
l’interdisciplinaire, d’un savoir commun est au centre des difficultés rencontrées par une
telle tentative. Il lui apparaît, et c’est ce qu’il donne à voir, que ce sont les résultats
monodisciplinaires qui éclairent de manière la plus effective et pertinente l’objet et les
thématiques retenus. L’ouvrage lui-même réalisé par un historien en témoigne non
sans biais éventuel comme l’indique, dans sa préface, Robert Gessain. Ce dernier se
réfère, lui, non à l’interdisciplinarité mais à la multidisciplinarité, notion qui apparaît,
du moins a posteriori, comme plus adéquate. On peut penser cependant, compte tenu
de la teneur de ses propos, que ce glissement, l’initiateur du projet ne le fait peut être
qu’à son corps défendant et au vu des résultats rassemblés. Il apparaît cependant que,
à un niveau plus restreint, des binômes ont fonctionné. Ils ont produit des résultats
non assignables aux seules démarches monodisciplinaires : ainsi d’enquêtes anthropo-
biologique, socioéconomique, psychosociologique ou ethnosociologique. La gageure
tenait à leur mise en simultanéité, en symbiose, ce qu’a réalisé, a posteriori et partielle-
ment, la lecture historisante d’André Burguière.

le transdisciplinaire
La question récurrente concerne les capacités à extraire du contact entre discipline au-
delà de données plus nombreuses et variées, ce que fait la pluridisciplinarité sur un
objet, sur tel ou tel fait social. Il s’agit de postuler en fait une lecture nouvelle qui pro-
viendrait des potentialités que ces rencontres entre disciplines, ces corrélations, ces
confluences susciteraient. En fait, on s’en tient, le plus généralement, à l’apport propre
à la discipline associée permettant de mieux aborder des phénomènes que le corpus
initial ne semblait pas être à même de traiter. Ainsi, par exemple, de la conjonction

. Par exemple, Jacques Dofny, Claude Durand, Jean-Daniel Reynaud, Alain Touraine, 1966.
Le disciplinaire etl’interdisciplinaire « ordinaire » 233

entre psychologie et sociologie donnant jour à la psychosociologie ou de celle de la


sociologie et de la linguistique, l’analyse de faits sociaux prennant largement en compte
et essayant de cumuler les acquis et capacités de l’une et de l’autre. Plus récemment, se
met en place, dans le cadre des mutations des pratiques et des valeurs sociales et
existentielles marquant ce début de siècle, une approche croisant sociologie et
anthropologie pour s’ouvrir vers des lectures socioanthropologiques (Bouvier, 2000).
Ce qui traverse les disciplines devrait s’inscrire dans de nouvelles propositions,
des grilles de lecture et des conceptualisations aptes à mieux appréhender des domaines
qui étaient soit négligés, soit ignorés. Il peut également et plus souvent s’agir
d’appréhender des faits qui apparaissent au creuset des transformations sociales. Cette
démarche séduisante, de prime abord, recèle de nombreuses difficultés.
Dans la confrontation de diverses approches prétendant contribuer à éclairer un
fait, Raymond Boudon souligne la vanité de l’exhaustivité. Ceci n’en implique pas
moins de
[…] mettre en évidence les acquis et les potentialités de l’un des paradigmes, tout en
reconnaissant qu’il en existe d’autres (Boudon, 1992, p. 19).

Le pluralisme épistémologique postule les possibilités d’appréhension diverses et


non exclusives d’un même objet. Son pragmatisme peut apparaître aujourd’hui comme
plus adéquat que les conceptions monistes qui tendaient à prévaloir jusqu’à une date
récente. Des théories adossées le plus souvent au savoir-faire monodisciplinaire
s’arrogeaient l’accès et le traitement adéquat du réel ou du moins de ce qu’elles
désignent comme tel. La sociologie n’a pas été dénuée de ces tentations impériales,
celles du positivisme, du formalisme ou de l’interactionnisme et du cognitivisme.
Les mutations contemporaines, les dé-textualisations ont conduit, cependant, de
manière latente ou consciente, à se réinsérer dans les conditions de validité qui sont les
leurs, du domaine de démonstration pertinente mais plus contextuelle et réflexive
qu’apodictique. Nomadisme, croisement, métissage, interdisciplinarité ou transdisci-
plinarité peuvent alors apparaître comme des voies et des métaphores exprimant cette
inextinguible quête résolutive. Ils illustrent les capacités heuristiques des sciences
sociales et participent à la légitimité de leurs existences. Î
234 sociologie et sociétés • vol. xxxii. 1

bibliographie
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Bouvier, P. (2000), La socio-anthropologie, Paris, Armand Colin.
Bouvier, P. (1999), « La définition des disciplines et leurs enjeux », Ethnologie française, no 4, p. 569-577.
Burguière. A. (1977), Bretons de Plozévet, Paris, Flammarion.
Dofny, J., C. Durand, J.-D. Reynaud et A. Touraine (1966), Les ouvriers et le progrès technique, Paris,
Armand Colin.
Durkheim, É. (1974), « Représentations individuelles et représentations collectives », in Sociologie et
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Durkheim, É. [1912] (1968), Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, puf.
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Environement », in Park, R. et E. Burgess (1968), The City, Chicago, University of Chicago Press,
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Spencer, H. [1876] (1903), Principes de sociologie, Paris, Felix Alcan.
Valade, B. (1999), « Le “sujet” de l’interdisciplinarité », Sociologie et sociétés, vol. xxxi, no 1, p. 11-21.

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