Intro :
En septembre et octobre 1870, Arthur Rimbaud, alors âgé de 16 ans, se rend à la ville de Douai à l'occasion de deux fugues. En
cette ville, il rencontre Paul Demeny, poète local de dix ans son aîné, à qui il remet une liasse manuscrite et sans titre. Ces
feuilles contiennent 22 poèmes copiés à la main, rassemblés sans ordre, et constituant un ensemble dénué de titre.
Par ce geste le jeune homme témoigne d'une forme d'allégeance qui n'est pas sans équivoque : se tourant vers un auteur
établi, Rimbaud manifeste un désir de reconnaissance. Mais la désinvolture avec laquelle il confie ses premiers essais signale
aussi peut-être une indifférence, une négligence proche de la provocation. Semblable ambiguïté transparait également au
cœur de la vingtaine de poèmes formant l'ensemble du Cahier de Douai entre classique de la poésie française de l'époque
volonté de se singulariser. Ainsi, on est en droit de se demander dans quelle mesure ce qu'on a également appelé le Recueil
Demeny porte la trace d'un désir d'émancipation créatrice. "Émanciper" vient d'un verbe latin qui, en langue judiciaire, veut
dire "affranchir de l'autorité paternelle". Le jeune poète qui entend créer une poésie neuve. Comment alors l'adolescent de
Charleville-Mézières part-il de l'ancien pour trouver du neuf ? En quoi ces premiers poèmes sont-ils transition qui offre au
lycéen artiste la possibilité de se faire plus tard poète de la Modernité, auteur d'une écriture radicalement inédite ?
Dans un premier temps nous verrons que le recueil des Cahiers de Douai est celui d’un jeune poète qui nourrit sa création de
l’œuvre de ceux qui l’ont précédé : c’est un héritier qui nourrit premières tentatives. Pourtant, il apparaîtra que le jeune
homme entreprend une création marquée par des innovations fortes qui mettent en place des ruptures le séparant de ses
modèles : c’est un héritier pourfendeur et révolté. Dès lors, le Recueil Demeny pourra être lu comme la mise en marche d’une
réflexion vers une poésie nouvelle et fondatrice, qui annonce et prépare les tentatives à venir.
I : Le recueil est celui d’un jeune poète qui nourrit sa création de l’œuvre de ce qu’ils ont précédé : c’est un
héritier
Les poèmes des « Cahiers de Douai » témoignent de la marque d'un poète en formation, qui sculpte ses vers en suivant
les pas de ses prédécesseurs. Ainsi, dans ces textes, on observe un respect manifeste des conventions les plus
traditionnelles de la poésie.
1.Règles classiques
Poétiquement, le vers français se distingue par la rime et le mètre. A cet égard, dans ses Cahiers, Rimbaud fait preuve
d'orthodoxie, puisque se trouvent en cette œuvre bien des alexandrins à l'impeccable forme. "A la Musique", poème qui
dit l'ennui qu'éprouve l'adolescent à demeurer en sa ville de province, commence ainsi : "Sur la place taillée en
mesquines pelouses". Le vers, alexandrin parfaitement métré, est constitué d’une coupe de chaque côté de la césure. Il
s’agit donc d’un tétramètre isochrone anapestique, régulier qui peux se lire en 3/3 // 3/3. De la même manière, Rimbaud
joue avec aisance, tout au long du recueil, des règles propres à la rime. "Première soirée", qui est aussi le premier texte
du premier cahier, est une succession de quatrains aux rimes alternées qui respectent la succession des rimes féminines
et masculines, puisque la deuxième strophe s'achève par les substantifs suivants : "chaise"/"mains"/"aise"/"fins". De
même "Le Forgeron", autre poème du recueil, opte pour le dispositif des rimes plates, puisqu'aux deux premiers vers du
texte on trouve deux participes présents finaux qui se répondent, "effrayants" et "riant". Enfin, la répartition en rimes
embrassées respecte elle aussi parfaitement les règles classiques de versification comme on peut le voir dans la
deuxième strophe du sonnet "Vénus Anadyomène", où les vers s'achèvent par les termes qui suivent :
"omoplates" /'ressort" /"essor" /"'plates". Ainsi, le jeune Rimbaud, respectant le mètre et la rime, se montre en
versificateur initié, bon élève d'une poésie française dont il est le digne héritier.
2.Référence littéraires
Rimbaud qui est alors un élève brillant semble s'inscrire également dans la tradition des références littéraires classiques
qu'il connaît, qu'il a appris à apprécier durant ses études. Il s'inspire de ses lectures et tout cela nourrit sa créativité,
parfois même de façon très directe. Ainsi, plusieurs poèmes évoquent des personnages inventés par d'autres auteurs, et
Rimbaud s'en empare en préservant ce qui les caractérise. Par exemple, la sonnet « Le Châtiment de Tartufe » met en
scène le faux dévot de la comédie de Molière l'hypocrite en action démasqué par la satire ; de même le poème intitulé «
Ophélie » décrit le corps de la future épouse de l’Hamlet de Shakespeare, noyée et flottant au grès de l'onde. De plus, le
style de Rimbaud imite parfois celui d'auteurs le précédant comme on peut le repérer de manière évidente dans «
Sensation » avec le travail de synesthésie qui associe l'air et l'eau pareil à celui de Baudelaire : « je laisserai le vent
baigner ma tête nue ». Par ailleurs, les traces de cet héritage se perçoivent aussi dans des échos explicites à de célèbres
poèmes, même anciens : le « Bal des pendus » de Rimbaud n’est autre qu’une reprise de la « ballade des pendus » de
François Villon où nous voyons les corps décharnés et mangés par les corbeaux entrer dans une « danse macabre »,
balancés au rythme du vent. De même, dans "Soleil et Chair", long poème chantant les grandeurs de la nature le poète
proclame qu’il « regrette les temps de l'antique jeunesse". Cet hommage aux Dieux de l’antiquité n'est pas sans
référence avec le courant du Parnasse qui encourage un retour aux sources. Ainsi, situations, personnages, style : tous
ces éléments font écho ce qui fait de Rimbaud un poète qui marche véritablement dans les pas de ses aînées. Cette
similarité se retrouve également dans les thèmes abordés par Rimbaud dans les « Cahiers de Douai ».
[Link] communs
En outre, il convient de mentionner le caractère traditionnel des thématiques, évoquée par la poésie de Rimbaud. Nous
pouvons identifier deux thèmes majeurs qui font de Rimbaud l’héritier d'une tradition : l'amour et le voyage. "Rêvé pour
l'hiver", qui ouvre le second Cahier, exprime un désir passionné et commence ainsi : "Elle était fort déshabillée / Et de
grands arbres indiscrets / Aux vitres jetaient leur feuillée / Malinement, tout près, tout près". Le premier vers
octosyllabique dépeint une femme partiellement dévêtue et presque offerte, tandis que les trois suivants décrivent une
nature enveloppante qui se mêle à la rencontre des deux amoureux : cette scène présente un adolescent animé par un
désir ardent. S’ajoute à cette idée celle de l'errance et de la route. Ce thème récurrent dans la poésie classique est
parfaitement illustré par "Ma Bohème", dernier texte du Cahier, qui débute ainsi : "Je m'en allais, les poings dans mes
poches crevées ». Par ces thèmes, Rimbaud devient, comme beaucoup d'autres avant lui, un voyageur qui couche sur du
papier ses passions. Dans ce contexte, la poésie reste ce qu’elle a toujours été : un mélange de voyages et de passions
Transition :
Dès lors on peut dire que le Recueil Demeny est un héritage par lequel l'adolescent de Charleville porte hommage à la
poésie qui le précède, continue ce qui fut avant lui entrepris. Pourtant, Jean-Luc Steinmetz écrit, dans une préface à
l'édition de l'ouvrage : "Le Recueil Demeny nous fait assister à une naissance, à une éclosion". En effet, Rimbaud
entreprend dans ses cahiers une rupture en vue d'une innovation poétique.
II : Mais Rimbaud entreprend une création pleine de changements : c’est un héritier pourfendeur et révolté
Si de nombreux auteurs pensent que la contrainte stimule la créativité, Rimbaud, entreprend de s’affranchir du carcan,
des règles classiques de la poésie.
1 Des sonorités inhabituelles :
Lorsqu'on regarde ces poèmes de près, on constate à quel point le jeune Rimbaud met à mal, dès ses premiers vers,
mètre et rimes. Ainsi, on peut remarquer que le Cahier de Douai est un recueil qui prend le franc parti de l'hétérométrie.
On note alors que le poète s'émancipe de la forme traditionnelle du sonnet pour en créer un plus libre. En effet, alors
que le sonnet traditionnel impose un détachement grammatical entre les deux quatrains et les deux tercets, Rimbaud
choisit, dans plusieurs poèmes, de faire empiéter le deuxième quatrain sur le premier tercet comme on peut le voir dans
« Ma Bohème », « Au Cabaret-Vert » et « La Maline ». Rimbaud écrit également des poèmes beaucoup plus libres
puisque quatre des poèmes de ce recueil ne respectent pas l’isométrie : pensons aux « répartie de Nina » et aux
« effarés » qui mêlent octosyllabes et tétrasyllabes et à « Première soirée » qui comporte à la fois des alexandrins et
hexasyllabes. Rimbaud s’affranchit aussi des contraintes du verre régulier comme lorsqu’il multiplie les enjambements
dans le dormeur du val. Enfin, Rimbaud met à mal le schéma rimique classique : le premier quatrain de "Première
soirée" associe en fin de vers "déshabillée"/"indiscrets" "feuillée"/''près". Les finales, presque semblables, créent une
étrange mélodie où les sons se marient tout en se distinguant. De façon similaire il s'essaie à quelques rimes
approximatives, comme dans "Ophélie" où les "hallalis" du quatrième vers ne répondent que de loin au "grand lys" du
deuxième. Rimbaud se libère donc des conventions imposées.
2. irrespect des traditions
Dans « Les Cahiers de Douai » de nombreux poèmes révèlent une volonté de transgression de la part de l’auteur. On
remarque que les grands thèmes en apparence adoptés sont en réalité détournés amenés par un poète émancipateur.
Rimbaud reprend des figures mythiques qui fascine encore au XIXe siècle, mais il s’amuse à entendre ou à modifier
l’image : comme dans « soleil et chair » ou dans « Vénus, Anadyomène », qui parodie du portrait de Vénus de Botticelli
en un blason, outrage artistique aux bonnes mœurs. « Le châtiment de tartufe », quant à lui, témoigne certes d’un
hommage à Molière, mais il montre aussi que le jeune Rimbaud est capable de prendre ses libertés par rapport à
l’auteur sacré de la langue française. Rimbaud accorde aussi une place aux poèmes de situation qui présentent des
scènes de genre populaire de la vie. Comme dans une taverne ou dans la rue dans « Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir
» ou dans « La maline ». Le poète s'écarte ici d'une tradition élevée de la poésie, qui célèbre volontiers les sentiments
nobles et les âmes choisies, en donnant la parole à des figures grivoises, triviales ou grotesques que l'on ne dépeignait
pas souvent en vers. L'émancipation créatrice est encore perceptible dans la façon dont Rimbaud aborde l’errance, le
voyage, thèmes poétiques par excellence. Si le marcheur en effet voyage tout au long du recueil, il semble bien en peine
de se fixer un but. C'est ce que l'on retrouve dans les poèmes les plus célèbres peut-être des Cahiers de Douai : « Ma
bohème » et « Sensation » où le marcheur va « loin, bien loin ». En effet dans ceux-ci Rimbaud se détache des traditions
en proposant un vagabond, âme perdue parmi les êtres et sur la terre.
3. ricanement et raillerie
Rimbaud critique également avec ironie et sarcasme les grands maîtres de la poésie de son époque. En effet, il
s’émancipe de l’école du Romantisme alors en vogue en se montrant docile pour mieux attaquer. Par exemple, dans "Les
Réparties de Nina" Rimbaud tourne en dérision les idéaux romantiques en opposant la voix folle d'amour et de désir :
"Tu viendras, tu viendras, je t'aime ! / Ce sera beau." Et la morne réponse "- Et mon bureau ?" Mise en italique, cette
réponse plate remet en question la possibilité même de l'amour dans une société figée et matérialiste, où les valeurs
romantiques ont été remplacées par des préoccupations mondaines. De la même manière, Rimbaud ridiculise les
conventions du mouvement parnassien avec "Vénus Anadyomène". Sous un titre qui promet une esthétique gréco-
latine, le poème dépeint en réalité une vieille femme sortant péniblement d'une baignoire en fer blanc. Cette description
grotesque renverse les attentes du lecteur et dégrade l'idéal parnassien en le comparant à un ulcère hideux. Cette
parodie destructrice remet en question la valeur même de la tradition poétique, transformant les idéaux romantiques et
parnassiens en vestiges dépassés. Rimbaud exprime ainsi son mépris pour ces traditions et son refus de s'y conformer,
affirmant sa rébellion contre les normes poétiques établies.
Transition :
En reniant ce qu'il avait jadis admiré, Rimbaud se rebellant contre les normes établies tant dans la société que dans le
domaine littéraire, et s'autorisant à prendre des libertés et à être audacieux. Il peut désormais poser les bases d'une
œuvre totalement nouvelle.
III : Rimbaud se fait en réalité poète créateur en marche d’une réflexion vers une véritable évolution
poétique
Effectivement, dans les pages données à Demeny, on pourrait discerner les prémices d'une poésie encore à venir,
érigeant ainsi le cahier initial en un simple brouillon, l'exercice en un simple avant-goût. Ces poèmes pourraient donc
annoncer l'émergence d'une voix poétique singulière.
1. Un vocabulaire singulier
Tout d’abord, Rimbaud décide de rompre avec la langue poétique classique, lui préférant un vocabulaire plus familier et
choquant. Ainsi, il n'est plus question de rechercher une langue savante. On peut être ainsi frappé en lisant ces vers
douaisiens de la récurrence d'une forme d'oralité, qui ponctue cette poésie écrite. "Ma Bohème" laisse échapper
l'exclamatif "Oh ! Là ! Là", on remarque dans « L’éclatante victoire de Sarrebrück » du vocabulaire enfatin et des
interjections tels que « De quoi ? », « pioupiou » ou « dada » et des textes comme "A la Musique" et "Les Effarés"
comportent des tiret mis en début de vers : incongrue, cette ponctuation trace la mémoire d'un dialogue entrepris par le
poète avec lui-même. De plus, Rimbaud utilise dans son Cahier un langage qui favorise les erreurs intentionnelles et les
régionalismes. Dans "La Maline", une jeune Flamande, aubergiste et séductrice, s'approche langoureusement du poète
pour lui confier : "Sens donc : j'ai pris une froid sur la joue". En mettant en italique cette faute de genre, le texte souligne
cette incorrection comme un élément poétique à part entière : le vagabond, en recueillant des tournures de phrases et
des dialectes au fil de ses déplacements, devient un archiviste des langues, et sa poésie, fidèle à l'inattendu, enregistre
et célèbre cette diversité linguistique. Cette ouverture aux multiples sonorités entraîne une acceptation, voire une
recherche de la dissonance, allant jusqu'à revendiquer l'erreur. Un exemple frappant se trouve dans le poème "A la
Musique", où les mots "couacs" et "officieux cornacs" se rapprochent de manière discordante aux vers 9 et 11. Cette
fausse harmonie semble plaider en faveur d’une rime criante qui devient délibérément une création du poète inventif.
Ainsi, Rimbaud, insolent et célèbre joue avec une Muse malade et éraillée, créant des associations nouvelles.
2. Un début de réflexion
Ces hiatus sonores révèlent une véritable réinitialisation poétique, où le poète, une fois débarrassé des conventions de
la poésie traditionnelle, explore des thèmes qui lui sont chers et personnels. Le Cahier de Douai est ainsi traversé par
l'antimilitarisme et l'anticléricalisme : "Le Dormeur du val" rend hommage à un soldat anonyme tué par "deux trous
rouges au côté droit", tandis que "Le Châtiment de Tartuffe" dépeint un dévot répugnant, "jaune, bavant la foi de sa
bouche édentée". Ces rejets de l'autorité religieuse et militaire trouvent leur source dans un idéal révolutionnaire, hérité
de la Révolution française et de Victor Hugo, rejetant toute domination divine ou terrestre. Cet idéal se manifeste dans
"Morts de Quatre-vingt-douze...", un sonnet louant les héros de Valmy, implorant "Ô million de Christs aux yeux sombres
et doux". Rimbaud brandit ainsi un étendard contre l'empire marchand et conquérant de son époque, transformant ses
écrits en un cahier de doléances. Derrière cette critique politique, se profile une aspiration à devenir le poète du peuple
et le défenseur des opprimés, comme le montre "Les Effarés", décrivant cinq enfants "Noirs dans la neige et dans la
brume", tentant de se réchauffer près du poêle d'un boulanger. Il faut aussi accorder une place à l'émancipation
politique, Rimbaud critique le Second Empire et soutient la Commune de Paris. Il veut se libérer des spectres politiques
du passé et exprime une colère propre, visant à révéler les injustices de son époque et à appeler à l'insurrection. Comme
il le montre dans « L'éclatante victoire de Sarrebrück », « Le Forgeron », « Le mal », « Morts de Quatre-vingt-douze et de
Quatre-vingt-Treize...» et « Rages de Césars ».
3. Une révolution future Devenir poète voyant, précurseur du symbolisme
Les Cahiers Douai portent également les traces d'une révolution poétique en cours. L'essoufflement du romantisme et la
moquerie du parnassianisme créent un vide, un espace où une autre tendance poétique, nouvelle et encore inexplorée,
semble vouloir prendre forme, ultérieurement nommée Symbolisme. Par exemple, "Sensation", qui décrit le voyageur
traversant bois et champs, se concentre moins sur le lyrisme et davantage sur la sensation physique du contact avec la
nature : "Je laisserai le vent baigner ma tête nue", un vers où se mêlent les sens et les sons, évoque une communion
avec les éléments naturels qui entourent le poète. Ainsi, le sensible remplace le sentimental. Notre poète délaisse le
Parnasse pour explorer, à travers la fusion des sens et des arts, un univers poétique et spirituel qui le satisfait
pleinement. De même "Le Buffet", en apparence un simple sonnet décrivant le contenu d'un vieux meuble, révèle une
profondeur supplémentaire dans son tercet final : "O buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires, Et tu voudrais
conter tes contes et tu bruis Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires." Ici, le monde matériel devient un
portail vers un univers plus vaste et mystérieux, suggéré par les mots "histoires" et "contes" associés à l'action de
"[bruire]". Le texte devient ainsi une invitation à découvrir les mystères du quotidien.
Ccl :
Ainsi, la poésie du Cahier de Douai témoigne de l'émergence de la créativité émancipatrice de Rimbaud. Initialement, le
jeune poète suit les traces de ses prédécesseurs respectés, imitant leurs styles et leurs thèmes. Cependant, il passe
rapidement d'une imitation plaisante à une parodie cinglante, déformant le rythme et les sons pour exprimer son
irrévérence et sa révolte. Ainsi naît une poésie nouvelle et prometteuse, où la forme et le contenu sont uniques et
inimitables. Le vers déployé dans ces pages annonce déjà la beauté qui sera explorée dans les futurs écrits de Rimbaud,
malgré les illuminations et les enfers qui l'attendent en tant que poète maudit. Les « Cahiers de Douai » ont donc
transformé le jeune homme naïf insaisissable et vagabond : il n’est désormais plus un « Petit Poucet rêveur ». La « Lettre
du Voyant », le voyage avec Verlaine, les vers libres de « Une Saison en Enfer » et des Illuminations prouve bien que les
Cahiers de Douai sont l’histoire d’une grande émancipation pour la suite de la vie de Rimbaud.
On peut rapprocher ce recueil avec celui de Francis Ponge car certaines réalités ne méritent guère de description
puisqu’elles sont considérées comme anti poétiques tels que le buffet dans les Cahiers de Douai et l’huitre dans le Parti
Pris des choses qui grâce à long cheminement nous emmène à cette fameuse perle à laquelle on ne prête pas attention
d’habitude.