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Discours d'Ouattara : Pardon et Réconciliation

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ANALYSE DE CONTENU SIMPLIFIÉE DU

DISCOURS DU PRÉSIDENT ALASSANE OUATTARA (RHDP)

« Les choses iront mieux pour ceux qui vont demander pardon.
La réconciliation passe par le pardon et la repentance. Il faut que
les uns et les autres aient le courage de reconnaitre leurs méfaits
envers la république. Ceux qui vont demander pardon verront
que les choses iront mieux eux… »

Discours extrait du quotidien ivoirien NOTRE VOIX


numéro 4 118 du 24 avril 2012
Présentation du discours

Le discours dont il est question ici a été prononcé par le Président


Alassane OUATTARA. Il a été tiré de sa 1ère visite d’état en 2012 à l’ouest
de la Côte d’Ivoire. Ses propos sont recueillis par le quotidien ivoirien
« notre voie » à la une de leur journal.

À la lecture générale de ce discours paru dans le quotidien notre voix


numéro 4 118 du 24-04-2012, la grande problématique qui se dégage est la
suivante : Le discours dont use Ouattara pour réunir les ivoiriens lors de sa visite
d’État à l’Ouest montre-t-il que celui -ci ne veut pas de la réconciliation comme
on veut nous le faire croire ?

L’hypothèse qui en découle est que le président montre les conditions


pour parvenir au pardon et à la réconciliation en Côte d’Ivoire.
Notre objectif dans les lignes qui suivent est donc de faire ressortir le non-
dit dans le discours de M. Alassane Ouattara à partir de l’interprétation des
résultats de l’analyse quantitative.

L’analyse quantitative

La catégorisation

Nous regrouperons les différents thèmes de ce discours en six catégories.


« Réconciliation », « Pardon », « Opposition», « Choses », « Bien-être » et
« République ».

Le codage et le comptage des unités


Réconciliation Pardon Opposition Choses Bien être République

Réconciliation Repentance Les uns (01) Les choses (02) Mieux (02) La république
(01) (01) (01)

Les autres (01)


Pardon
(02)
Eux (01)

Courage de
reconnaitre Ceux (02 )
(01)

Demander pardon
(01)

01 05 05 02 02 01

Tableau 1: catégorisation des mots du discours de Monsieur Alassane Ouattara


Ces données permettent de dresser la grille d’analyse suivante :

Nombre de
Pourcentage au
Catégorie sémantique mots et de Rang
nombre total de
Syntagmes
mots
Pardon 05 31 ,25% 1er

Opposition 05 31,25% 1ex

Bien-être 02 12,50% 3ème

Choses 02 12,50% 3èx


République 01 06,25% 4ème

Réconciliation 01 06,25% 4èx


16 100%

Tableau 2: Grille d’analyse des mots du discours du président ADO

Au total, 49 mots ont été comptabilisés dans ce discours. Mais pour les besoins de notre
travail, nous retiendrons que 16 mots. Ce nombre-ci réduit est justifiable dans la mesure où
l’objet de notre étude (le discours du Président ADO), s’entoure de commentaires du
journaliste Jean Kalil Sella d’une part. D’autre part, nous remarquons des redondances
comme c’est le cas du titre du discours qui est repris plusieurs fois dans le texte.
Parcours interprétatif / l’évaluation des résultats

L’évaluation des résultats quantitatifs contenus dans le tableau de la grille


d’analyse va consister à faire une lecture logique des chiffres affectés aux différentes
catégories sémantiques.

Les termes renvoyant aux catégories sémantiques du « Pardon » et de « l’opposition »,


dominent fortement le discours porté par le président ADO et occupent les premières places
dans la grille d’analyse avec des pourcentages de 31,25 %. Cela se comprend clairement, car le
pays a traversé une crise qui nécessite que chacun de nous ait le courage de demander pardon
non seulement, mais aussi et surtout de savoir oublier le passé et d’accorder le pardon à son
ennemi d’hier. Ainsi, le pardon dont il parle concerne certes, la population ivoirienne de façon
générale, mais en particulier les cadres du Front Populaire ivoiriens qui semblent ne pas
accepter la main tendue du président Alassane Ouattara.

De plus, la parité que nous observons entre les catégories sémantiques de « bien-être »
et « les choses », soit 12,50%, traduit la bonne foi du président ADO à réserver à ces personnes
qui vont demander pardon à la « république » (06,25), une amélioration de leur condition de
vie et de leur statut. En témoignent ses propos : « les choses iront mieux pour ceux qui vont
demander pardon ».

Par ailleurs, il met en évidence la notion de « réconciliation » qui occupe la quatrième


place dans la grille d’analyse avec un pourcentage de 06,25 %.
Nous opposons le pardon à la réconciliation car les mots qui renvoient au pardon n’englobent
pas en leur sein la notion de réconciliation.

En somme, on retiendra de ce discours prononcé par le président de la République


dans cette localité l’idée maîtresse suivante : la réconciliation passe par un pardon que les
uns et les autres doivent présenter à la nation pour espérer à une quelconque liberté: « les
choses iront mieux pour ceux qui vont demander pardon ».

Mais, à y regarder de plus près, n’y a-t-il pas matière à réflexion ?


Une recherche très avancée nous a permis de nous poser la question suivante : en visite à
l’ouest de la Côte d’Ivoire, M. Ouattara veut-il réellement faire un chantage à l’opposition
au sujet de leur bien-être comme veut nous le faire croire ce journaliste de l’opposition? De
tels propos recueillis par le journaliste : « les choses iront mieux pour ceux qui vont demander
pardon » favorisent- ils un climat de paix et de confiance ? En clair, quelle idée inavouée se
cache-t-il derrière son discours ?

Le grand Ouest reste la zone la plus instable du pays. Ce vaste espace qui s’étend du
littoral occidental jusqu’aux montagnes de la chaine du mont Nimba en longeant la frontière
libérienne concentre la quasi-totalité des problèmes de la Côte d’Ivoire contemporaine. Il
s’agit des problèmes fonciers et de nationalité. À cela s’ajoute la crise qu’a connue la Côte
d’Ivoire en 2002.

Aujourd’hui, cette partie du pays connaît un véritable traumatisme et un retard


accentué dans son épanouissement et sa croissance. En visite à l’ouest du pays, le Président
est porteur d’un message qui est caractérisé par le mot « Pardon ». Dans ces conditions, l’on
se demande, quelles définitions ou valeurs donne-t-il à ce mot ? Mais avant, qu’est-ce que le
pardon et que nous disent les livres saints au sujet de ce terme ?

Dans introduction à la psychologie positive Maria Tereza Munos Sastre, Etienne


Mullet et Jacques Leccomte (2014) estiment que pardonner, c’est fondamentalement faire
don de quelque chose à quelqu’un. Le sens du terme est donc fidèle à son étymologie :
perdonarer, en latin. Il s’agit donc du don que l’on fait de son droit au ressentiment après
avoir été la victime d’une offense. C’est ce que soutiennent par ailleurs, Enrigth et
Fitzgibbons, (2000), cités par les auteurs de « introduction à la psychologie positive (2014) ».
Ils pensent aussi que le pardon est le fait de vaincre son ressentiment envers un offenseur,
non pas en niant son droit au ressentiment, mais en s’efforçant de considérer l’offenseur avec
bienveillance, compassion et même amour.

Selon la sainte bible, dans le livre d’hébreux 10 :17-18 il est écrit : « et je ne me


souviendrai plus de leurs péchés ni de leurs iniquités. Or, là où il y a pardon des péchés, il
n’y a plus d’offrande pour les péchés ».

La parole déclare que quand Dieu pardonne, il oublie notre péché. Pardonner c’est
donc oublier complètement et ne plus en ternir rigueur à la personne.

En l’islam, le péché quel qu’il soit est toujours désobéissance à la loi divine révélée.
Selon ce livre saint, le plus grand péché qui ne nécessite pas de pardon c’est l’atteinte à
l’unicité divine, ce que les chrétiens appellent la « trinité », c’est-à-dire associer à Dieu
d’autres dieux est la seule faute qui peut poser un obstacle à entrer au paradis si elle n’est
pas confessée. Sinon, tous les autres péchés peuvent être pardonnés. Selon le coran, Dieu est
le « pardonneur », celui dont le métier est de pardonner : « en vérité, je pardonne volontiers
à quiconque se repent, pratique le bien et se met sur la bonne direction ». (Coran 20,82) ;
Dieu a l’initiative du pardon. C’est pour cela il est important d’implorer le pardon de
Dieu: « demander pardon à votre seigneur et revenez à lui en pécheurs repentants ».
(Sourate 113)

De ces trois définitions, nous nous rendons compte que le pardon évolue d’une réalité
à une autre, en fonction de la situation et du contexte de production de l’offense. Si pour
certains, pardonner revient à faire don à l’offenseur et que pour d’autres, seul Dieu a la
capacité de pardonner les offenses, alors nous pouvons donc croire qu’en Côte d’Ivoire, la
question du pardon peut prendre une autre connotation, c’est-à-dire en fonction de situation
qui prévaut : la réconciliation après une crise poste électorale.

En effet, une analyse grammaticale de quelques phrases du président nous permettra


de comprendre le pardon dont il est question dans ce discours.
Phrase 1 :« les choses iront mieux pour ceux qui vont demander pardon ».
Phrase 2 : « Ceux qui vont demander pardon verront que les choses iront mieux pour eux ».

Ces phrases sont à la forme affirmative. Essayons de les mettre à la forme négative.
Cela nous donnera ce qui suit :
Phrase 1 :« les choses n’iront pas mieux pour ceux qui ne vont pas demander pardon ».
Phrase 2 : « Ceux qui ne vont pas demander pardon verront que les choses n’iront pas mieux
pour eux ».

À la vérité, le message que porte le chef de l’État revêt un sens caché que nous
tenterons, au fur et à mesure de présenter sous quelques angles.
La réconciliation de la Côte d’Ivoire qui se fait si « timidement » comme le pensent certaines
autorités politiques, tire ses origines dans le simple fait que les acteurs, dans leur ensemble,
entretiennent des discours qui ne sont pas forcément homogènes.

Pour parvenir à la paix, la reconstruction et la réconciliation en Côte d’Ivoire, le chef de


l’État demande d’abord que ceux qui sont en exil puissent rentrer et que ces derniers arrivent à
demander pardon à la république. Ainsi, on comprend à travers ces propos qu’il y a une partie
de la population qui vit sans doute hors du pays du fait de la crise (première réalité). Vu les
conditions déplorables dans lesquelles demeurent ces derniers, M. Alassane Ouattara demande
à ces citoyens ivoiriens de rentrer chez eux au pays. Cette vie est caricaturée en image dans le
discours du Président Affi N’guessan quand il affirme ceci : « Il faut que nos compatriotes qui
vivent la misère à l’extérieur à l’étranger retrouvent leurs familles. »1(deuxième réalité)

Cependant, face à cette sensibilisation faite par le Président Alassane à galvaniser les
autres à rentrer au pays, nous sommes tentés de nous poser la question suivante : pourquoi après
la crise postélectorale de 2011 certains ivoiriens en occurrence les pros Gbagbo sont-ils encore
embastillés dans les pays voisins et refusent-ils de rentrer pendant qu’il est temps que tous les
fils et filles du pays se rassembler pour bâtir ensemble l’unité de la nation ?
La réponse à cette question nous permettra de comprendre le deuxième volet du discours
inavoué du président Ouattara.

Si la première partie de son discours lance un appel, la deuxième quant à elle, met en
évidence les sanctions auxquelles ils sont exposés. Pour plus de clarté dans nos démonstrations,
nous allons nous référer à l’analyse des phrases qui sont à la forme négative que nous avons
mentionnées plus haut.

En effet, cette assurance que le président donne aux réfugiés politiques est considérée
comme des menaces et des mises en garde pour certains. En réalité, même s’il est vrai que la
notion de pardon est perceptible tout au long de son discours, il n’est pas absurde de reconnaitre
que celui-ci ne parle vraiment pas du pardon et de l’action de pardonner au sens strict du terme.
La raison est simple.
Après les élections de 2010, Alassane Ouattara est ainsi élu président de la république à la suite
d’une crise qui a opposé les deux camps. À son arrivée au pouvoir, les premières actions ont
été de faire la lumière sur tous les morts, de rétablir la cohésion sociale et de recoudre le tissu
social fragilisé par la guerre. Une vaste campagne de réconciliation et d’indemnisation des
victimes est ainsi lancée dans tout le pays, mais une réconciliation qui demande que les
coupables de la crise soient traduits devant les tribunaux pour répondre de leurs crimes. C’est
donc à la suite de ces idées inavouées, mais traduites en actes sur le terrain que certains vont
s’exiler dans les pays voisins, fuyant ainsi les représailles du pouvoir en place.

En définitive, nous retiendrons que, même s’il est vrai que le pardon et la réconciliation
dont on nous parle exigent des attitudes et des aptitudes, cela n’est pas tout à fait la même réalité
dans ce cas d’espèce.
Alassane Ouattara invite les opposants à rejoindre leur pays mais à une condition : en
demandant pardon. Il pense que c’est au travers de cet acte posé envers la république que ces

1
Discours du Président du FPI extrait de l’émission « face aux électeurs » de RTI 1 du 16/10/2015 à 21heures
derniers auront une situation stable et paisible. En des termes plus clairs, il souhaite que les
partisans de Laurent Gbagbo viennent reconnaitre leurs fautes afin d’obtenir le pardon de la
république. Or, parler de république, c’est faire allusion à M. Ouattara. Ainsi, le pardon des
opposants devient la condition pour le président pour aller à la réconciliation.

Cependant n’y a-t-il pas d’autres conditions qu’il exige du camp Gbagbo pour
parachever son action de réconciliation ? À la lumière de son discours de campagne électorale
d’octobre 2015, nous comprendrons ainsi la position du Président Alassane Ouattara.

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