Marco Fasciolo ([Link]@gmail.
com)
Sorbonne Université, EA Sens Texte Informatique Histoire
La subordination
notes
Une référence.
Gaston Gross, Michele Prandi, La finalité. Fondements conceptuels et genèse linguistique.
Bruxelles, De Boeck Superieur, 2004.
1 Qu’est-ce que subordination ?
1.1 Subordinations et non
1.2 Subordonnées dites « complétives » (argumentales)
1.3 Subordonnées dites « adverbiales » (non argumentales)
1.4 Conclusion
2 Comment étudier la subordination ?
2.1 Paramètres
2.2 Juxtaposition vs. Coordination vs. Subordination
2.3 Quelques exemples d’interaction
2.4 Du but au motif, et inversement
2.5 Synthèse
3 Perspectives
3.1 Prépositions, expressions prépositionnelles, conjonctions
3.2 Ponctuation
3.2.1 Point
3.2.2 Virgule
3.3 Asyndète : coordination ou juxtaposition ?
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1 Qu’est-ce que subordination ?
1.1 Subordinations et non
Une phrase complexe inclut parmi ses constituants une ou plusieurs phrases, qui sont
dites liées.
Paul sait [que Marie viendra]
[Si Marie viendra], Paul sera content (GGF, 46)
La subordination est une relation asymétrique entre une phrase subordonnée et
l’élément dont elle dépend. Celui-ci, du point de vue syntaxique, est considéré comme
tête. (GGF 47)
La notion de principale est trompeuse car on ne peut pas toujours isoler une phrase complète
sans la présence de la subordonnée. Ainsi dans [Paul sait que Marie viendra], Paul sait ne
forme pas une phrase en tant que telle […] Nous parlons de verbe principal, ou de verbe tête,
ici savoir […] (GGF, 46)
→ Mais si on ne peut pas parler de phrase principale, comment peut-on parler de phrase
subordonnée ?
La subordination est une relation asymétrique de dépendance entre une proposition
dite subordonnée (ou enchâssée) et une proposition dite principale (ou matrice) dans
laquelle la proposition joue le rôle de constituant (GMF, 785)
Asymétrie et dépendance : relation à deux éléments : X est dépendant de Y (tête)
&
Matrice : structure grammaticale a priori (ex. SUJET – V – COD)
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1.2 Subordonnées dites « complétives » (argumentales)
(1) Le ministre a admis que cette proposition de loi n’est pas claire.
Le ministre a admis* que cette proposition de loi n’est pas claire.
(2) Gino craint d’être piqué par les abeilles.
Gino craint* d’être piqué par les abeilles.
NO élément Y (tête) → Les notions d’asymétrie et de dépendance ne sont pas applicables
NB. Inversion de la direction de la dépendance : Qui dépend de quoi ?
OUI Matrice - Il y a une structure de phrase d’ordre supérieur (SUJET – V – COD) qui
est détruite.
- Cette structure s’imposait du « haut vers le bas » : exo-centrique ou
descendante
1.3 Subordonnées dites « adverbiales » (non argumentales)
(3) Le toit a cédé parce qu’il a neigé.
Le toit a cédé (parce qu’) il a neigé.
(4) Nous lui avons envoyé une carte pour communiquer la naissance de Gino.
Nous lui avons envoyé une carte (pour) communiquer la naissance de Gino.
OUI élément Y (tête) Les notions d’asymétrie et de dépendance s’appliquent
NO Matrice - Il n’y a pas une structure de phrase supérieure qui est détruite
- La structure de (3) et de (4) était construite du « bas vers le haut » en
assemblant des phrases indépendantes : endo-centrique ou ascendante.
1.4 Conclusion
- Matrice (absence tête) VS. Asymétrie/ dépendance (présence tête)
- Saturation d’un prédicat verbal VS. Association entre phrases indépendantes (subordination)
- Subordination = terme polysémique comme aile
Questions terminologiques : - Qu’est-qu’une phrase complexe ?
- Qu’est-qu’une période ?
NB : paradoxe subordonnées sujet ?
Questions ?
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2 Comment étudier la subordination ?
2.1 Paramètres
Saturation d’un prédicat verbal : Structure descendante (qui découle d’un projet a priori).
Exemple : Cathédrale
Subordination : Structure ascendante, par ajout ou expansion progressive de
phrases indépendantes.
Exemple : Ville (où se trouve la Cathédrale)
Juxtaposition : Le cas le plus simple (= non marqué) de structure ascendante
(1) Il a neigé. Le toit a cédé (cf. ?Il a neigé. Cette conférence concerne la subordination)
cf. Le toit a cédé parce qu’il a neigé. → asymétrie/déséquilibre vs. symétrie/équilibre
Subordination : Un cas particulier (= marqué) de structure ascendante
(redéfinition)
→ modèle : non pas la matrice de phrase, mais le texte
→ la subordination est déjà un phénomène textuel vs. saturation du prédicat verbal
Questions ?
Paramètres amenant de la juxtaposition à la subordination :
a) paramètre sémantique : codage - inférence de la relation conceptuelle
b) paramètre ‘syntaxique’ : perspective communicative ou informationnelle (mise en forme)
de la relation conceptuelle
(1) Il a neigé. Le toit a cédé.
- relation conceptuelle : inférée
- connexion syntaxique : absente
Commentaires : - perspective : deux tableaux séparés
- ordre énoncés libre : diagramme de l’ordre des événements
(cf. Le toit a cédé. Il a neigé)
Remarques : - La relation (cause) est accessible indépendamment de la langue
- La langue est donc ici un instrument de mise en forme : a) et b) sont deux
types d’iconicité
- Il ne faut pas penser en termes de « propositions » causales, finales, etc.,
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mais en termes de de « stratégies de mise en forme d’une relation
conceptuelle indépendante »
(2) Il a neigé et le toit a cédé.
- relation conceptuelle : inférée
- connexion syntaxique : présente
Commentaires : - perspective : bande dessinée, bas-relief : deux focus.
- ordre énoncés bloqué (cf. ?Le toit a cédé et il a neigé).
(3) Après qu’il a neigé, le toit a cédé.
- relation conceptuelle : partiellement codée (temps) & partiellement inférée (cause)
- connexion syntaxique : présente
Commentaires : - perspective : tableau unique, grand fraîche : arrière-plan et premier plan
- ordre énoncés libre (mais dans un cadre syntaxique unitaire) : insensible à
l’ordre des événements : cf. Le toit a cédé, après qu’il a neigé.
Le toit a cédé après qu’il a neigé.
2.2 Juxtaposition vs. Coordination vs. Subordination
Juxtaposition : absence de connexion syntaxique et fonctionnement diagrammatique de
l’ordre des énoncés
Coordination : une connexion syntaxique qui fige l’ordre linéaire en instituant une
équivalence communicative (= deux focus)
Subordination : une connexion syntaxique qui se libère de l’ordre linéaire en instituant une
hiérarchie communicative (= un arrière-plan et un premier plan)
NB. Le toit a cédé, après qu’il a neigé. → pas f., mais a.p. postposé
Le toit a cédé après qu’il a neigé.→ pas 2 f. et le toit a cédé n’est pas a.p.,
mais f. sur après qu’il a neigé
NB. Cette tripartition est basée exclusivement sur le paramètre (b) (perspective
communicative) et elle est virtuellement indépendante du paramètre (a)
(codage de la relation) : Avec la neige, le toit a cédé
Il a neigé et le toit a cédé
Il a neigé. A cause de ça, le toit a cédé
Remarques : Juxtaposition
→ modèle de base (non marqué) pour étudier coordination et subordination
→ ressource non syntaxique relevant de la dispositio
Coordination et subordination
→ stratégies marquées de perspective communicative
→ ressources syntaxiques
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NB1 La liberté de disposition de la subordination ne doit pas être
confondue avec celle de la juxtaposition.
NB2 La ressemblance entre la perspective de la juxtaposition et de la
coordination ne doit pas faire oublier leur différence grammaticale de
fond
Juxtaposition, coordination et subordination ne sont pas dans un rapport
d’hyponymie, mais d’opposition : trois ressources de mise en perspective
alternatives
NB. Elles ne forment pas un continuum. Elles peuvent se combiner en
cumulant les caractéristiques des unes et des autres sans pour autant
remettre en cause leur distinction.
Questions ?
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2.3 Quelques exemples d’interaction
(4) Il a neigé. Après ça, le toit a cédé.
Le toit a cédé parce qu’il a neigé.
- relation conceptuelle : partiellement codée (temps) & partiellement inférée (cause)
- connexion syntaxique : absente
Commentaires : - partage du travail entre après (relation) et ça (connexion)
- perspective : le second tableau contient un renvoi au premier
- orientation cause → effet (cf. Il a neigé. Le toit a cédé après ça)
(5) Il a neigé. A cause de ça, le toit a cédé.
- relation conceptuelle : codée (temps) (cf. A cause de cet… imprévu / fait …)
…
(6) Il a neigé et, à cause de ça, le toit a cédé.
- relation conceptuelle : (presque) complètement codée (par à cause de…)
- connexion syntaxique : présente
Commentaires : - partage du travail entre et et à cause de ça
- perspective : bande dessinée avec reprise anaphorique
- orientation cause → effet (cf. Il a neigé et le toit a cédé à cause de ça)
(7) Il a neigé et, pour cette cause, le toit a cédé.
… cf. pour cette cause vs. à cause de …
→ cause utilisé comme encapsulation vs. cause permet plusieurs encapsulations (ça, imprévu, etc.)
(8) Puisqu’il a neigé, le toit a cédé.
- relation conceptuelle : (presque) complètement codée
- connexion syntaxique : présente
Commentaires : - perspective : arrière-plan et premier plan
- ordre énoncés libre (dans un cadre syntaxique unitaire) : insensible à
l’ordre des événements : cf. (Le toit a cédé, puisqu’il il a neigé.
Le toit a cédé puisqu’il a neigé.)
Le toit a cédé parce qu’il a neigé
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2.4 Du but au motif, et inversement
(9) La plume a voleté quelques temps sur nos têtes pour se poser doucement sur le nez de papa
NB. Définir la finalité comme « pour + infinitif » = définir un paysage comme « la fenêtre par
lequel on regarde ».
(10a) J’ai acheté Flatlandia pour lire quelque chose de stimulant pendant le confinement
(10b) J’ai acheté Flatlandia avec l’intention de lire quelque chose de stimulant pendant le
confinement
(10c) J’avais envie de lire quelque chose de stimulant pendant le confinement. Avec cette intention,
j’ai acheté Flatlandia
(10d) Puisque j’avais envie de lire quelque chose de stimulant pendant le confinement, j’ai acheté
Flatlandia
(10e) J’avais envie de lire quelque chose de stimulant pendant le confinement. J’ai acheté
Flatlandia
2.5 Synthèse
Grammaire… des choix et des options
des impératifs hypothétiques « Si tu veux obtenir l’effet x, tu dois faire y »
→ prescriptive
& Stylistique
Questions ?
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3 Perspectives
3.1 Prépositions, expressions prépositionnelles, conjonctions
a) paramètre sémantique : codage / inférence de la relation conceptuelle
b) paramètre informationnel : perspective communicative (mise en forme) de la relation
conceptuelle
Paramètres permettant de comparer prépositions et conjonctions (lorsqu’elles fonctionnent au-delà
du noyau de la phrase).
Prépositions & conjonctions → Mots iconiques
(vs. Mots indexicaux comme je, maintenant, ici, etc.)
Expression (a) Perspective communicative (b) Codage sémantique
Connexion syntaxique Relation conceptuelle
avec arrière plan / premier plan à inférer
pour arrière plan / premier plan direction + à inférer
et deux focus, même niveau à inférer
mais deux focus, même niveau contraste + à inférer
puisque arrière plan / premier plan cause + à inférer
parce que a.p./p.p figé, un focus cause + à inférer
car deux focus, même niveau cause + à inférer
à cause de comme puisque, nominalisation
avec l’ambition de… a.p. / p.p. orienté en avant... sur codage (cf. lexique)
dans l’illusion de... pareil
avec cette ambition… a.p. / p.p. anaphorique sur codage (cf. lexique)
…
Connecteurs
cependant aucune, niveau méta contraste + inférence
donc aucune, niveau méta conséquence
par conséquent aucune, niveau méta conséquence
…
cf. extraction
NB. certaines parmi les expressions précédentes peuvent avoir des emplois méta (en tant que
connecteurs) :
Cet appartement est très bien situé, mais il n’est pas cher
Cet appartement est très bien situé, mais il est cher
La lumière est allumée parce qu’il est rentré
Il est rentré parce que la lumière est allumée
Si tu as soif, il y a de la bière dans le frigo
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Questions ?
3.2 Ponctuation
Prémisse. Prosodie et ponctuation sont des alternatives (car oral et écrit sont
alternatifs)
→ La prosodie n’interagit pas avec la ponctuation, mais :
→ Prosodie et ponctuation interagissent toutes les deux avec la syntaxe.
→ Ponctuation et prosodie présupposent le niveau indépendant de la
syntaxe (par rapport à laquelle on évalue sa fonction)
→ La ponctuation (point) ne définit pas a phrase, mais la suppose
Interactions : Convergentes (non marquées) vs. Divergentes (marquées)
3.2.1 Point
Emplois non marqués : délimitations phrases
Marco a acheté une boite de clous pour attacher les tableaux de ses enfants.
Jeanne a connu son nouveau collègue. Il vient d’être embauché.
Il a neigé toute la nuit sans interruption. Une branche du châtaigner s’est cassée.
Emplois marqués : multiplications focus
Marco a acheté une boite de clous. Pour attacher les tableaux de ses enfants.
Elle s’était mise la robe et la veste grise qu’elle utilisait dans les occasions importantes. Le pull.
Les perles. Et les chaussures avec les talons.
NB1 : Il n’y a pas une fragmentation de la syntaxe
Le fonctionnement du point peut être apprécie sur le présupposé de la syntaxe
NB2 : Le point met en évidence la dissociation entre syntaxe et structure communicative
3.2.2 Virgule
Emplois non marqués : segmentation constituants à l’intérieur d’une phrase
Il a publié une monographie, deux articles et un compte rendu coordination
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Le ministre, que je t’ai présenté hier, a démissionné désambiguïsation
(cf. Le ministre que je t’ai présenté hier a démissionné)
Marthe portait une jupe colorée ; Luca(,) un kilt ellipse
Il a perdu ses cheveux, comme un chêne (O) les feuilles
Ce livre, je l’ai lu dans une journée manip. informationnelles
Je l’ai lu dans une journée, ce livre
Emplois marqués
Hyper-segmentation
La situation, déplorable, dans laquelle tu m’as mis ne me laisse aucun choix
(cf. La situation déplorable dans laquelle tu m’as mis ne me laisse aucun choix)
Hier j’ai revue Michelle, et Jeanne : elle était élégante comme toujours
(cf. Hier j’ai revue Michelle et Jeanne : ?elle était élégante comme toujours)
Hypo-segmentation
Je l’ai emprunté à Marie le vélo
(cf. Je l’ai emprunté à Marie, le vélo)
Limites entre phrases
J’ai embauché un nouveau collaborateur pour diminuer la charge de travail de l’assistant de
direction, il m’a paru compétent, même s’il n’a pas beaucoup d’expérience, il me rappelle moi à
son age…
3.3 Asyndète : coordination ou juxtaposition ?
Critère : cadre de la phrase
Asyndète coordinatif : présence d’une structure de phrase (fermé par une conjonction)
virgule fonctionnellement équivalente à une coordination
Le chien est un animal fidèle, défend son maître, garde la maison, protège le bétail et il est
fondamental à la chasse
Étienne a amené le vin, Cécile le dessert, Marco les entrées et Jeanne des fleurs
Asyndète juxtapositif : absence d’une structure de phrase (ouvert)
virgule fonctionnellement équivalente à une pause
Étienne a amené le vin, Cécile le dessert, Marco les entrées, Jeanne des fleurs
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NB. Avec ces exemples, nous revenons au point de départ : la juxtaposition.
Le critère constitutif du texte par ailleurs est la cohérence conceptuelle et cette
cohérence n’est pas créée par la ponctuation.
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