CHAP.
III LES CENTRALES THERMIQUES NUCLEAIRES
I- Introduction
Les progrès réalisés dans la connaissance de la structure de la matière, la demande importante en énergie,
la limitation des sources de certains pays comme la France en énergie primaire, ont contribué au
développement de l’énergie nucléaire. Les centrales à uranium enrichi du type PWR (Pressuring Water
Reactor) qui signifie réacteur à eau sous pression (sigle REP en français) ont été développées aux Etats-
Unis à partir des années 1960. Elles utilisent de l’uranium enrichi à 3% avec des réacteurs à eau naturelle.
II- Principe de fonctionnement
Dans une centrale nucléaire, on a remplacé les bruleurs de combustibles (combustibles ou fuel) par un
réacteur. A l’intérieur du réacteur, l’uranium 235 est le siège d’une réaction nucléaire (fission nucléaire)
qui produit une grande quantité de chaleur. Cette chaleur est continuellement évacuée hors du réacteur
vers un échangeur de chaleur, grâce à un fluide dit caloporteur.
L’échangeur transfert la chaleur qui lui vient du réacteur à un circuit eau-vapeur analogue à celui d’une
centrale thermique classique à flamme. La vapeur produite sous forte pression entraine un groupe turbo-
alternateur, puis se condense dans un condenseur et ensuite réinjectée dans l’échangeur. Pour les cas des
centrales nucléaires à eau pressurisée, le fluide caloporteur, est de l’eau bouillante sous forte pression qui
refroidit le réacteur et transmet sa chaleur à l’échangeur. L’échangeur reçoit de l’eau réchauffée qui,
transformée en vapeur, entraine les turbines. Dans ce type de réacteur, l’eau ordinaire sert à la fois comme
modérateur et fluide de refroidissement.
III- Procédé de la réaction nucléaire
La production de la chaleur dans une centrale thermique nucléaire est réalisée par fission nucléaire de
l’uranium 235(U235) ou plutonium 239(Pu239). La fission est la rupture d’un noyau lourd sous l’impact
d’un neutron, en noyaux plus petits. Elle s’accompagne d’un dégagement d’énergie (200 MeV environ)
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du à l’augmentation de la perte de masse. Simultanément se produisent d’une part la production de deux
ou trois neutrons dits rapides (leur vitesse est de 20000 km/s), d’autre part l’émission de produits
radioactifs.
1) Principe
Lorsqu’un neutron entre collision avec le noyau d’un atome d’uranium, ce noyau s’étire puis se rompt
brutalement en libérant plusieurs neutrons qui, à leur tour, peuvent provoquer de nouvelles fissions. C’est
ce qu’on appelle une réaction en chaine.
Fig. fission nucléaire
2) Contrôle de la réaction
Chaque fission s’accompagne d’un dégagement important de chaleur. Le contrôle de la réaction de fission
s’effectue à l’aide de barres de contrôle, en bore ou en cadmium qui sont des matériaux avides de
neutrons. Lorsque les barres sont enfoncées, elles absorbent tous les neutrons ; si l’on relève les barres, la
réaction en chaine s’amorce et se maintient.
Au démarrage de la réaction, il faut provoquer la radioactivité du cœur du réacteur avec du béryllium,
pour obtenir un flux de neutrons suffisant. Un corps radioactif est caractérisé par la nature de son
rayonnement (α, β, γ) et par sa période de désintégration ; pour l’uranium, la période est de l’ordre de 700
ans. Selon les matériaux, la période varie de quelques secondes à 14 milliards d’années.
Dans l’enceinte primaire ; l’eau du circuit sert à la fois de modérateur (substance qui diminue la vitesse
des neutrons résultant de la fission nucléaire et permet une réaction en chaine) et de fluide caloporteur
(fluide chargé d’évacuer la chaleur) car elle transmet sa chaleur au circuit secondaire par l’intermédiaire
de l’échangeur (dispositif servant à réchauffer ou à refroidir un fluide au moyen d’un autre fluide
circulant à une température différente). Dans l’enceinte de confinement ; l’ensemble du circuit primaire
est placé dans un tour en béton précontraint qui comporte un portique pour la manutention.
IV- Etude des principaux circuits
Une centrale nucléaire présente, comme une centrale classique deux circuits indépendants :
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Un circuit eau-vapeur.
Un circuit de refroidissement.
Cependant, par mesure de sécurité, il faut éviter que la vapeur, qui se détend dans les turbines, ait été en
contact avec des éléments radioactifs. C’est pourquoi, la production de cette vapeur se fait en deux étapes,
ce qui explique l’existence de trois circuits indépendants.
1) Circuit primaire
Il comprend les éléments suivants :
Le réacteur qui contient le combustible, partie active de l’installation. Le cœur du réacteur
comporte 264 crayons combustibles disposés en carrés. Le cœur est divisé en trois zones
d’enrichissements, les combustibles les plus enrichis étant placés dans la zone extérieure. Le
combustible, qui demeure pendant trois années dans le réacteur, est renouvelé par tiers tous les
ans, le combustible neuf étant placé à l’extérieur.
Les échangeurs qui transmettent au circuit secondaire la chaleur produite par le circuit primaire.
Ces échangeurs au de trois ou quatre constituent les générateurs de vapeur de la centrale.
Le préssuriseur dont le rôle est de maintenir une pression suffisamment élevée pour éviter
l’ébullition de l’eau autour du combustible.
Les pompes (une par échangeur) qui assurent la circulation d’eau dans le circuit primaire.
2) Le circuit secondaire
Ce circuit présente beaucoup d’analogie avec le circuit eau-vapeur d’une centrale classique. Il en diffère
cependant par la nature de la vapeur qui d’une part est plus humide, d’autre part est à une température
plus basse (donc une pression plus base).
3) Circuit de refroidissement des condenseurs
Les méthodes de refroidissement sont les mêmes que pour les centrales classiques. Si le débit de l’eau est
suffisant, on utilise le cycle ouvert, avec restitution de l’eau à la rivière ou à la mer. Dans le cas contraire
(ce qui est le cas le plus fréquent), on utilise le cycle fermé avec l’aide d’un réfrigérant atmosphérique.
V- Moyens de réglage de la puissance thermique
Il est nécessaire de pouvoir régler, à tout instant, la puissance thermique du réacteur pour assurer le débit
de vapeur réclamé par la turbine. Comme la chaleur dégagée par le réacteur est proportionnelle au nombre
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de fissions produites dans un temps donné, il appartient au modérateur d’effectuer ce réglage. Ce pilotage
du réacteur peut se réaliser de deux façons différentes :
Moyen d’intervention rapide : il s’effectue à l’aide d’une grappe de crayons absorbant constitués
d’un alliage à base de cadmium. Pour réduire la puissance thermique, on enfonce ces tiges entre
les barres d’uranium, grâce à un système de commande électrique, ce qui permet d’obtenir le
blocage du réacteur, quand ces barres sont complètement enfoncées.
Moyen d’intervention lente : il est réalisé sous forme d’acide borique qui est diluée dans l’eau du
circuit primaire.
Dans la pratique, on procède de la façon suivante : on règle la concentration en acide borique de telle
sorte que, les électrodes de commande étant complètement sorties, le réacteur fournisse sa puissance
nominale. Il suffit, ensuite, d’enfoncer plus ou moins ces électrodes pour obtenir la puissance fixée par le
dispatching, c'est-à-dire l’organisme de gestion du réseau. Comme on peut le constater, il est possible, par
ce procédé, d’obtenir le réglage instantané de la puissance thermique d’un réacteur. Cependant, dans la
pratique, on préfère confier à chaque tranche d’une centrale thermique, programme qui comporte de longs
paliers (soit plusieurs heures) de fonctionnement à une puissance constante, fixée à l’avance par le
dispatching.
Remarque : il est important de signaler que, même après arrêt du réacteur, de la chaleur, appelée chaleur
résiduelle, continue à se dégager dans le combustible. Il est indispensable d’évacuer cette chaleur
résiduelle pour éviter la fusion du combustible. A cet effet, on utilise un dispositif auxiliaire de
refroidissement qui permet de refroidir jusqu’à la température requise d’arrêt à fond (environ 50°).
VI- Manutention du combustible
Le combustible neuf est acheminé, à partir de son usine de fabrication, dans des conteneurs sans blindage
particulier. Leur mise en place dans le réacteur est une opération complexe qui n’est envisageable qu’une
fois par an car elle dure plusieurs semaines. Le combustible usé est ensuite placé dans une piscine
pendant six mois afin de le désactiver et de faire des contrôles d’étanchéité. Il est ensuite placé dans un
château de plomb (de 60 à 80 tonnes), muni d’ailettes de refroidissement (car le combustible continue à
dégager de la chaleur) pour être conduit à l’usine de retraitement. En effet, ce combustible qui contient un
pourcentage important de plutonium peut, après traitement être réutilisé, comme combustible, dans une
centrale à neutrons rapides.
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VII- Différentes centrales nucléaires
Quel que soit le modèle de la centrale, on trouve toujours : un combustible, un modérateur et un fluide
caloporteur. Cet ensemble de trois éléments constitue une filière. Les principales filières utilisées sont
données dans le tableau ci-dessous.
Filières Combustible Modérateur Fluide caloporteur
Graphite-gaz Uranium naturel 0,7% Graphite Gaz carbonique
Eau lourde Uranium naturel 0,7% Eau lourde Eau lourde
Eau sous pression Uranium enrichi 3,2% Bore Eau ordinaire
surgénérateur Plutonium à 15% Bore ou cadmium Sodium
+ uranium
Dans d’autres pays comme la France, la filière graphite-gaz, mise en œuvre, a été abandonnée. Toutes les
autres centrales nucléaires sont du type à eau pressurisée type PWR. La centrale de type surgénérateur
utilise des réacteurs à neutrons rapides. Elle emploie du plutonium qui est un résidu obtenu dans les
centrales PWR.
VIII- Avantages et inconvénients de l’énergie nucléaire
1) Avantages
Les partisans du remplacement de nos centrales classiques par des centrales nucléaires donnent les
arguments suivants :
Indépendance vis-à-vis des producteurs de pétrole.
Prix de l’électricité est indépendant du prix du pétrole et doit permettre des usages concurrentiels
de l’électricité avec d’autres sources d’énergies.
Pollution plus faible qu’avec les centrales classiques.
A l’heure actuelle, l’exportation d’énergie électrique vers les autres pays voisins assure un bilan
d’exportateur très positif, source de devises pour les pays producteurs.
2) Inconvénients
Les adversaires du nucléaire (comme écologistes) opposent les arguments suivants :
Danger de radioactivité. Malgré toutes les sécurités qui sont prises, on peut toujours redouter.
Difficulté de stockage de déchets nucléaires.
En cas d’accident majeur (sabotage, tremblement de terre, bombardement…), c’est toute une
région qui peut être contaminée.
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