Tétouan, Tetwan, Tettawène
est une ville du Maroc, située
dans le nord du pays, dans le
Rif occidental, appelé pays
Jbala.
La ville est située à environ
60 km au sud-est de Tanja et à
proximité du Boughaz de Jabal
Tarik, dans une vallée creusée
par l'oued Mhannech dans les
montagnes de la chaîne du Rif.
Tettawène est sans doute la
ville la plus andalouse du
Maroc.
De par l’histoire et la
géographie Tettawène a
toujours eu un lien très fort
avec Al-Andalus. Sa médina -
inscrite au patrimoine mondial
de l'UNESCO dans son
architecture et son art -
témoigne des fortes influences
andalouses qu'elle a subies, à
tel point que la ville est encore
surnommée de nos jours ben’t
Gharnâta, la Colombe blanche,
en hommage à sa couleur, ou
encore la petite Jérusalem.
Le nom de Tétouan est dérivé
du berbère Tettawène,
signifiant yeux, et par
extension sources, du fait de ses
nombreuses sources d'eau.
La présence de l'Homme de
Beniaich dans la région de
Tettawène est attestée depuis
la préhistoire, ainsi que le
prouvent les industries
ibéromaurussiennes trouvées
dans la grotte de Taht El Ghar
.
La cité existe depuis le
IIIème siècle avant JC….des
vestiges des époques
carthaginoise, maurétanienne et
romaine y ont été trouvés,
provenant de la ville antique
de Tamuda.
Les Phéniciens avaient en
effet déjà établi un comptoir à
l'embouchure de l'Oued Martil
vers 600 av. JC.
Le site de la Tettawène est
par ailleurs mentionné pour la
première fois par le géographe
andalou Abou Oubayd Al Bakri
au XIème siècle.
Dans son ouvrage Al
Massalik wal Mamalik, « les
parcours et les royaumes », il
décrit avec précision le parcours
entre Sebta et Tittawène, et la
mentionne comme ville
disposant d'une Kasbah …
….et d'un phare, et irriguée par
Wadi Rassen et située à dix
milles de l'embouchure.
La montagne qui la
domine est mentionnée
comme Icheqqar. Elle est
habitée par les Bni Sekkine.
Le site est également
mentionné par des
sources d’Al-Mouwahiddine au
XIIème siècle. Selon
l'historien Ali Ibn Abi-Zâr, les
fondements de la ville
auraient été établis vers
le 1er Muharram 708 (21 juin
1308) sous l'ordre du
sultan Abu Thabit Amir.
Abû Thâbit Amir serait né en
1283. Il succéda à son grand-
père Abu Yusuf Yaqub ben Zad-al-
Haqq comme sultan Marinny
en 1307 et mourut de maladie
en 1308.
Dès le début de son règne en
1307, ce petit-fils d'Abu Yaqub
Yusuf se voit contesté puis quatre
prétendants.
Les trois premiers furent vite
éliminés et ce fut au cours de la
campagne contre le quatrième
qu’il fonda Tettawène et mourut
de suite de maladie (1308).
La cité servira de base pour
attaquer la ville de Sebta alors
occupée par les Nasrides du
Royaume de Gharnâta.
Cependant, il s'agirait d'une
reconstruction ou d'un
élargissement puisque la ville
existait avant.
C'est surtout la prise de
Sebta par les Portugais le
mercredi 21 août 1415, alors
principale ville du nord du
Maroc, qui va déterminer le
rôle de Tettawène en tant
que base stratégique ...pour
les campagnes militaires
contre les occupants et
également pour servir de
port principal vers la mer
Méditerranée.
D'ailleurs, comme le
précise le chroniqueur Gomes
Eanes de Zurara……la cité sera
détruite en 1437 par Don
Duarte de Meneses, premier
capitaine général de Sebta,
devenue désormais Ceuta.
Selon l'historien Skirej, en
1483, 80 Andalous venus de
Gharnâta avaient à reconstruit
des établissements dans la
partie dénommée Al-Balad ….
…mais furent harcelés en
permanence par la tribu des
Beni Hozmar qui revendiquait
la propriété du site.
Ayant été informé de leurs
plaintes le gouverneur et
fondateur de Chefchaouen,
Moulay Ali Ben Moussa Ben
Rachid El Alami (mort en 1511),
leur fait envoyer un
commandant compétent pour
construire une muraille de
protection.
C'est ainsi que Abu-Hassan
Ali Al-Mandri, un commandant
andalou de Grenade passé au
Maroc lors de la Reconquista,
rejoint la ville dont il deviendra
gouverneur et architecte. Il est
considéré comme le fondateur
de Tétouan.
Après son décès, son
épouse Sayyida al-Hurra, fille
du gouverneur de Chefchaouen,
Ali ben Rachid, lui succède et
exerça un véritable pouvoir sur
cette partie du Nord marocain.
Animée d'une volonté de
revanche suscitée par la perte
du Gharnâta en 1492, Sayyida
al-Hurra mèna une lutte
implacable contre les
Portugais qui occupaient alors
Sebta … et s'allia même pour
la circonstance à Barberousse,
amiral des corsaires turcs
d’Alger. Le sultan wattasside
de Fès Abu al-Abbas Ahmad
ben Muhammad l'épousera et
reconnaîtra officiellement son
pouvoir.
La population tétouanaise se
trouvera par la suite
considérablement augmentée
par l'expulsion massive des
Morisques en 1609 par Philippe
III d’Espagne.
Tettawène connaîtra aux
XVIIe et XVIIIe siècles un grand
essor grâce à son statut de port
méditerranéen (Martil) en
contact avec Marseille, Livourne
et Alexandrie, par lequel
transitent les marchandises
provenant de Fès ou destinées à
la capitale impériale, plusieurs
autres ports marocains étant
sous occupation étrangère
(espagnole, portugaise,
anglaise) jusqu'au début du
XVIIIème siècle.
De nombreux consulats y
sont établis, attestant d'une
activité diplomatique
considérable.
Par la suite, la ville
connaîtra un déclin, dont les
causes sont d'ordre
principalement politique.
L'activité commerciale
portuaire ainsi que les
consulats seront finalement
transférés à Tanger, port
capable d'accueillir des navires
de tonnage plus important.
Après une grande épidémie de
peste (septembre 1818 à mai
1819) qui cause 6259 décès, soit
le quart de la population
tétouanaise…..
…..la ville est occupée par
l'armée espagnole de 1859 à
1862 à la suite de la guerre
hispano-marocaine de ….
….ce qui conduisit à l'arrêt des
activités économiques et à la
fuite d'une partie des habitants
vers Tanger, Gibraltar et Oran.
La ville sera visitée en juin
1883 par l'explorateur
français Charles de Foucault qui
séjourna dans le mellah
Selon Charles de Foucauld
la ville possède "à ses pieds les
plus beaux jardins du monde,
arrosée par mille sources, elle a
l'aspect le plus riant qu'on
puisse voir.
Il décrit également la grande
fertilité des terres environnant
la cité, renommées dans tout le
nord du Maroc.
Il mentionna la bonne
santé économique du quartier
juif : le plus propre et le mieux
construit que j'ai vu au Maroc.
Fête juive à Tétouan, 1865
Après l'occupation espagnole
en 1913, Tettawène devint la
capitale du protectorat espagnol
du Maroc ….
……et le siège du khalifa, qui
est en l’occurrence le
représentant du Sultan de
l'Empire Chérifien auprès du
haut-commissaire, autrement
dit l'équivalent espagnol du
résident général de la zone
française jusqu'à l'indépen-
dance en 1956.
Cette période est
caractérisée par la lutte entre
l'administration espagnole et
les nationalistes tétouanais du
(Hizb Al Islah Al Watani, de
abdelkhalek Torrès..
En 1936, la capitale du
protectorat hispanique est l'une
des villes contrôlées par les
partisans du général Francisco
Franco lors de la guerre civile
espagnole.
Tettawène réintègrera le
Royaume du Maroc
indépendant en avril 1956.
La société citadine tétouanaise
est essentiellement constituée
au départ d'Andalous et de
Morisques musulmans,
originaires d'Al-Andalus et de
juifs séfarades espagnols,
auxquels s'ajoutent par la suite
des familles de hauts
fonctionnaires fassis du
Makhzen puis, à partir de 1830 ,
une dizaine de familles en
provenance de l'ancienne
Algérie ottomane, fuyant
la conquête française.
L'exode rural à partir de la
première moitié du XXème
siècle et l'activité commerciale
ont vu l'installation de familles,
principalement des Jbalas,
Ghomaras et Rifains.
Comme dans le reste des
villes andalouses du Maroc
(Rabat, Salé, Chefchaouen et
Fès), beaucoup de familles
portent encore des noms
morisques, correspondant en
général à des surnoms de
Cristiano Nuevo attribués par
les inquisiteurs et évoquant des
lieux dans la péninsule
ibérique, comme Torres,
Molina, Castillo, Aragon,
Medina, Paez, Baeza, Morales,
Murcia, Castilla, Figo, Moreno,
Nuino, Dellero, Sordo, Salas,
Morillo, etc.
Les quartiers de Tétouan
appartiennent à trois types de
styles architecturaux différents :
le style andalou (la Medina), le
style espagnol du début et du
milieu du XXème siècle
(Ensanche) et le style d'après
l'indépendance (quartiers
périphériques).
Chaque style comporte des
variantes plus ou moins
importantes en relation avec
l'évolution des styles et des
matériaux utilisés.
Il faut ajouter le mellah de
Tettawène, parmi l'un des
plus importants du Maroc,
qui comptait jusqu'à six mille
marocains juifs à la fin
du XIXe siècle, avec son style
architectural propre.
Il se caractérise par la
présence de balcons aux
premier étages, de fenêtres
jumelles en ogives, ou encore
par des portes étroites pour
entrer et sortir du quartier.
On y trouve notamment
l'Eglise Notre-Dame des
Victoires, consacrée en 1925, qui
domine la place Moulay El
Mehdi. Elle est de style mudéjar.
Certains bâtiments ont été
réhabilités dans le cadre du
programme de réhabilitation
des bâtiments de Tétouan.
L'intérieur est de type
méditerranéen, avec un couloir
sur lequel s'ouvrent les
chambres, les salons et les
services. Les bâtiments peuvent
être construits en complexe
avec un espace vert central (cas
de Pabellones de Varela).
La ville de Tétouan est
d'abord un des centres
universitaires majeurs du
Maroc puisqu'elle abrite la
Présidence de l'Université
Abdelmalek Saadi de la
région Tanger-Tétouan et
qui, grâce au programme
Averroès, attire de plus en
plus d'étudiants européens.
Cette université est
composée de nombreuses
facultés
Ces facultés accueillent les
étudiants des provinces de
Tanger, Tétouan, Larache,
Chefchaouen, d'autres provinces
marocaines ainsi que de
nombreux étudiants et
conférenciers étrangers.
La musique andalouse, Al
Aala, principal genre de
musique de la ville, anime
toutes les occasions festives.
Le style classique a été
modernisé par Mohammed El-
Arbi Temsamani.
Les principaux instruments
sont le violon, le luth et les
percussions (Tar et Derbouka).
Le piano et les cuivres
(saxophone et clarinette) ont été
introduits par Temsamani.
La musique rurale
montagnarde est représentée
par la Aayta.
Les instruments principaux
sont ici le violon, le luth,
le Guembri et les percussions.
Ce style a été modernisé et
largement popularisé par
Abdessadaq Chaqara.
Sur le plan de l'art
culinaire, la cuisine
tétouanaise est réputée par
sa qualité et sa variété.
Ses plats, issus de la
combinaison de nombreuses
recettes, marocaines,
andalouses, espagnoles,
sont réputés à travers le
Maroc, notamment avec ses
salés-sucrés (poulet aux
raisins secs caramélisées par
exemple).
La Pastilla tétouanaise est
faite avec du poulet, des œufs
et du citron.
Les pâtisseries comportent
des variétés spécifiques,
la Faqqassa, le Bechkettou, le
Muscatcho, le Bechkettou
pwiwa (petits gâteaux farcis
aux amandes, frits et trempés
dans un sirop à l'eau de rose),
les Qfafel, la halwat tabaa, la
bahlawa, la mlawza (petits
fours aux amandes et au sucre
glace), les kâab décorés ou
les briouates au fromage
blanc (jben) et au miel.
Tettawène était réputée par
ses sites naturels autour de la
ville et dans la région.
Les anciens se rappellent
bien les nzaha à Kitane,
Dardara, Bousemlal, Martil,
Groura (actuel Cabo Negro),
Sidi Abdesslam d'El Bhar...
L'urbanisation de la ville et
des localités à proximité
(Martil, Mdiq, et généralement
la zone côtière) a conduit à la
disparition de la plupart des
sites, et les amateurs de la
nature se tournent actuellement
vers la région de Chefchaouen ,
en l’occurrence Akchour,
Talasemtane.
Ainsi que vers quelques
sites, provisoirement à l'abri de
l'urbanisation galopante,
comme la lagune de Smir… une
zone humide protégée.
D'autres sites naturels sont
localisés au Sud de la ville, sur
les routes d'Oued Laou et de
Chefcaouen.
Redécouvrez Tétouan,
Tettawène l’andalouse, mes
ami(e)s, arpentez les ruelles
colorées de sa belle
médina ….n’oubliez pas de
visitez le site de Tamuda aux
portes de la ville, rendez vous
ensuite à Akchour, pour y
découvrir le pont de Dieu, puis à
Chefchaouen et à Oued Laou, vous
ne le regretterez sans doute pas et
m’en direz surement des
nouvelles.
Fouad ZAIM-CHERKAOUI