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Plan du cours :

Première partie : La structure domaniale au Sénégal


Chapitre 1: Les éléments constitutifs
Section 1: La composition du domaine de l’État
Para 1: Les critères de distinction domaine public/ domaine privé
A/ Les critères généraux
B/ Les critères complémentaires
Para 2 : La consistance du domaine de l’État : cas spécifique du domaine public
A/ Le domaine public naturel
B/ Le domaine public artificiel
Section 2: La particularité sénégalaise: le domaine national
Para 1 : Le cadre de justification de la loi sur le domaine national
Para 2 : Le cadre de classification des terres du domaine national
Chapitre 2: La circulation des biens entre les domaines
Section 1: L’entrée des biens dans le domaine public
Para 1 : L’entrée des biens dans le domaine public naturel
Para 2 : L’entrée de biens dans le domaine public artificiel
Section 2: La sortie des biens du domaine public
Para 1 : Le procédé de sortie
Para 2 : La situation juridique du bien sorti du domaine public
Deuxième partie : Le régime juridique de la domanialité publique
Chapitre 1 : Les modalités de protection du domaine public
Section 1 : La protection à travers des mécanismes spécifiques de protection
Para 1 : Les principes de protection
Para 2 : La protection pénale
Section 2 : La protection à travers des modalités particuliers d’utilisation
Para 1 : L’utilisation collective
Para 2 : l’utilisation privative

1
Chapitre 2 : Les modes d’acquisition des biens : expropriation pour cause d’utilité
publique

Introduction
La notion de domaine fut utilisée par les jurisconsultes romains pour désigner la propriété ou
le droit de propriété.
Par la suite, le domaine apparait comme l’ensemble des biens meubles ou immeubles
appartenant aux personnes publiques, ou qui sont mis à leur disposition.
Progressivement, la notion de domaine va aussi s’étendre à des droits réels mobiliers et
immobiliers appartenant aux personnes publiques.
Aujourd’hui, la notion de domaine renvoie plus précisément à l’ensemble des biens mobiliers
et immobiliers ainsi qu’aux droits réels qui appartiennent aux personnes publiques ou mis à
leur disposition.
Le domaine se confondait sous l’ancien régime avec les propriétés du Roi (point de domaine
en dehors du roi et point de domaine au-delà du roi) avant de se transformer en domaine de la
couronne. Le passage du domaine du roi au domaine de la couronne, fut consacré par
l’ordonnance de l’édit de Moulins de 1566. Le domaine se détachait ainsi de la personne du
roi et on assistait à la naissance d’une fiction juridique qui faisait du roi non plus le
propriétaire des biens publics mais le gardien du domaine (C’est à partir de ce moment que
le principe de l’inaliénabilité est consacré).
A la révolution française de 1789, la couronne cède la place à la Nation et le domaine de la
couronne devient le domaine de la Nation.
Du domaine de la nation, on est passé au domaine de l’État en 1957 ( code du domaine de
l’État en France) qui trouvera son pendant au Sénégal par le truchement de la loi n°76- 66 du
2 juillet 1976 portant code du domaine de l’État. Ce domaine de l’État est subdivisé en domaine
public et domaine privé.
Selon l’article 2 du code du domaine de l’État, le domaine public comprend l’ensemble des
biens qui en raison de leur nature ou de la destination qui leur est donnée ne sont pas
susceptibles d’appropriation privée . Ce critère sur lequel repose la définition du domaine
public, met l’accent sur la nature du bien concerné et accessoirement sur la destination de ce
bien. Le domaine privé quant à lui, est défini de manière négative par rapport au domaine
public. C’est-à-dire tous les biens qui n’appartiennent pas au domaine public, relèvent du
domaine privé.
Le législateur sénégalais de 76 a emprunté les critères utilisés dans le code du domaine de l’État
de 1957 en France, qui correspondaient à la domanialité publique naturelle.
Les critères d’identification du domaine public vont connaitre une évolution durant le XX
siècle pour épouser la notion d’affectation à l’utilité publique sous la houlette de la
doctrine (Hauriou, Duguit, Waline)

2
Parallèlement au domaine de l’État, il faut relever la particularité domaniale sénégalaise
symbolisée par le domaine national. Ce dernier domaine est créé par la loi du 14 juin 1964
relative au domaine national. Le domaine national intègre « toutes les terres qui n’ont pas fait
l’objet d’immatriculation, qui n’appartiennent pas au domaine public » et ne peuvent pas faire
l’objet d’appropriation de quelque nature que ce soit.
Cette loi se voulait un cadre conforme à la conception socialiste et négro-africaine de la
terre, tout en visant un équilibre entre la socialisation de la propriété foncière conforme à la
tradition négro-africaine et le développement économique du pays.
Au demeurant, on doit également faire mention d’une autre particularité liée à la
propriété. Contrairement à la France ou il y’a une approche extensive de la propriété
(quasiment toutes les toutes personnes publiques peuvent être propriétaires du domaine public)
au Sénégal, le législateur s’attache à une approche restrictive de la propriété. En effet, Au
Sénégal, seul l’Etat (article 1 du code du domaine de l’État) pouvait être propriétaire du
domaine public mais l’acte 3 de la décentralisation en son article 13 ( qui reprend les
dispositions de l’article 11de l’ancien code), amorce très vaguement le domaine des CL : « Le
domaine public et le domaine privé des CL se composent des biens meubles et immeubles
acquis à titre onéreux ou gratuit ».
Les dispositions de l’article 13 inspirent trois commentaires :
- Le législateur tire les conséquences de la personnalité juridique des CL qui doivent
disposer d’un patrimoine propre distinct de celui de l’État
- En utilisant la formule « biens acquis à titre onéreux ou gratuit », le domaine des CL ne
semble pas intégrer le domaine public naturel tel que défini dans le code du domaine de
l’État.
- Le législateur semble confondre les notions de patrimoine et de domaine qui sont
distinctes. Le patrimoine renvoie à une logique de propriété qu’elle soit publique ou
privée. Alors qu’un domaine ne fait forcément l’objet d’une appropriation. Si tout
patrimoine peut intégrer un domaine, tout domaine n’est pas forcément patrimonial (
cas du domaine national). La notion de patrimoine correspond plus à l’esprit des
dispositions de l’article 13.
L’alinéa 4 de l’article 13 prévoit l’intervention d’une loi pour en dégager les contours et le
contenu mais celle-ci n’est toujours pas intervenue.
Pour l’heure, l’article 298 de la loi n°2013-10 portant Code général des collectivités locales,
permet à l’État de déléguer les compétences de gestion du domaine public maritime et du
domaine public fluvial aux département et aux communes. Les actes de gestion pris par les
collectivités locales sont soumis à l’approbation du représentant de l’État.
Le domaine public artificiel reste géré par l’Etat conformément aux dispositions de l’article 299
( à l’exception des voiries non classées à l’intérieur du périmètre communal ou des monuments
historiques dont la gestion peut être transférée aux CL).
Partant de ces évolutions, que faudrait-il retenir du droit administratif des biens ?

Le droit administratif des biens s’entend dès lors, comme cette branche du public qui étudie
toutes les questions relatives aux biens et droits mobiliers ainsi qu’ immobiliers des
personnes publiques ou qui sont à leur disposition. Biens soumis à un régime spécial appelé

3
domanialité publique. La notion de domanialité́ renvoie à un ensemble de règles
exorbitantes et dérogatoires de droit commun, qui s’appliquent aux biens publics affectés
à un service public ou à un usage direct du public, bénéficiant des lors d’une protection
spéciale qu’on ne saurait retrouver dans les règles de droit commun.

Il résulte de cette conception que la domanialité́ gravite autour de deux notions fondamentales
à savoir l’intérêt général et le service public. Selon le doyen Duguit et Hauriou, c’est
l’affectation des biens du domaine à un service public ou à l’utilité́ publique qui justifierait un
régime exorbitant de droit commun mais aussi une protection spéciale. Cette protection spéciale
épouse un certain nombre de principes mais aussi des mécanismes qui permettent la
conservation du domaine public. Pour pouvoir cerner l’ensemble des aspects qui caractérise le
droit administratif des biens au Sénégal, une approche de droit comparé avec la France à travers
ses dynamiques jurisprudentielles et législatives, est nécessaire.

Partant, ce cours vase entre la structure domaniale au Sénégal (première partie) et le


régime juridique applicable à la domanialité publique (partie 2).

Première partie : La structure domaniale au Sénégal

La structure domaniale est à la fois statique et dynamique. Statique parce ’que le contenant (les
trois domaines) est resté figé depuis 1976, pendant que leur contenu à savoir les biens et les
droits sont dynamiques et peuvent passer d’un domaine à un autre. Il convient dès lors d’étudier
d’une part, les éléments constitutifs (chapitre 1) et d’autre part, la circulation des biens entre les
domaines (chapitre 2).

Chapitre 1 : Les éléments constitutifs de la structure domaniale :

La structure domaniale au Sénégal est composée de trois ensembles. D’abord, il y’a le domaine
des particuliers, organisé par un décret de 1932 sur le régime de la propriété foncière en
AOF (modifié par la loi du 30 mars 2011). Ensuite, le domaine de l’État régi par la loi 76-66
du 02 juillet 1976, subdivisé en domaine public et domaine privé, qui s’entendent de tous les
biens et droits mobiliers et immobiliers qui appartiennent à l’État. Enfin, le domaine national
régi par la loi 64-46 du 17 juin 1964 sur le domaine national.

Le domaine national se distingue du domaine de l’État par le fait que le premier regroupe des
terres qui ne peuvent faire l’objet d’appropriation alors que le second est un domaine de
propriété. Ces deux domaines se rapprochent par la particularité du régime de protection
dont ils bénéficient qui peut amener à considérer que l’échelle de domanialité au Sénégal
va au-delà du domaine public pour couvrir le domaine national.

Il sera question de s’intéresser dans un premier temps à la composition du domaine de


l’État (Section 1) et à la particularité sénégalaise symbolisée par le domaine national
(Section 2).

Section 1 : La composition du domaine de l’État :

Le domaine de l’État repose sur la distinction domaine public/ domaine privé. Cette
distinction est introduite au Sénégal par deux décrets (20 juillet 1928 et celui du 29

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septembre 1928 portant réglementation du domaine public et des servitudes d’utilité publique
en A O F), avant d’être reprise par le code du domaine de l’État de 1976.

Selon l’article 2 du code du domaine de l’État, le domaine public comprend l’ensemble des
biens qui en raison de leur nature ou de la destination qui leur est donnée ne sont pas
susceptibles d’appropriation privée . Ce critère sur lequel repose la définition du domaine
public , met l’accent sur la nature du bien concerné et accessoirement sur la destination
de ce bien. Le domaine privé quant à lui, est défini de manière négative par rapport au domaine
public. C’est-à-dire tous les biens qui n’appartiennent pas au domaine public, relèvent du
domaine privé.
Le législateur sénégalais de 76 s’inspire de son homologue français et adopte une combinaison
de deux méthodes pour distinguer le domaine public du domaine privé de l’État. Il s’agit d’une
part, de la méthode conceptuelle qui repose sur la définition d’un ou plusieurs critères.
Exemple, l’article 2 de la loi de 76 retient principalement le critère de la nature et
accessoirement celui de la destination du bien.

D’autre part, il s’agit de la méthode énumérative qui se contente d’énumérer les biens
appartenant au domaine public ou privé. A titre d’exemple, les articles 5 et 6 du code du
domaine de l’État énumèrent les biens appartenant au domaine public naturel et artificiel de
l’État. Les critères retenus par le législateur sénégalais s’inscrivent essentiellement dans une
logique de domanialité publique naturelle, défendue par une partie de la doctrine du 19 siècle
(Proudhon, Descroq). Cependant, cette thèse de la domanialité publique naturelle sera
critiquée et la jurisprudence française a progressivement élaboré au cours du XXème siècle, des
critères d’identification des biens du domaine public (para 1) qui permettent d’en saisir la
consistance (Para 2).

Para 1 : Les critères de distinction entre domaine public et privé

Les critères d’identification du domaine public vont connaitre une évolution durant le XX
siècle pour épouser la notion d’affectation et se construire autour de trois approches :

1. Une approche restrictive basée sur un seul critère, celui de l’affectation à l’usage du
public ( Ducrocq, Proudhon, Foucart)
2. Une approche extensive : reposant sur l’affectation à l’utilité́ publique incluant l’idée
de service public (Hauriou, Duguit)
3. Une approche dite « modératrice » : son but est d’éviter que le régime de la domanialité́
publique ne soit appliqué à toutes les propriétés publiques servant les finalités de
l’action administrative (Waline, Latournerie).

S’inspirant de ces approches doctrinales, la jurisprudence française va dégager des critères


d’identification du domaine que l’on peut classer en deux catégories :: les critères généraux
(A) et les critères complémentaires (B).

A : Les critères généraux

Ils sont deux et cumulatifs :

- La nécessaire appartenance du bien à une personne publique

5
- La particularité́ de l’affectation à l’utilité́ publique (intérêt général)

1) Le critère de la propriété publique (critère organique)

Si toutes les personnes ne peuvent être propriétaires du domaine public, un domaine


public appartient nécessairement à une personne publique.

Un bien ne peut faire partie du domaine public que s’il est la propriété́ d’une personne publique
(Conseil d'État, 12 janvier 1923, Piccioli). Autrement dit, une personne privée ne peut être
propriétaire d’une dépendance du domaine public (CE, 13 janvier 1933, chemin de fer de
Paris-Orléans)

Le Conseil d’État a longtemps restreint cette possibilité́ aux seules collectivités territoriales au-
delà̀ de l’État. Il revient avec clarté́ sur cette position dans un arrêt du 21 mars 1984, Mansuy,
selon lequel les établissements publics peuvent être propriétaires d’un bien public. Cette
solution sera solennellement confirmée par un arrêt d’assemblée du contentieux du 23
octobre 1998, EDF qui applique indistinctement ce principe aux EPA et aux EPICS ( «
Considérant qu'en principe les biens appartenant à un établissement public, qu'il soit
administratif ou , industriel et commercial, font partie, lorsqu'ils sont affectés au service public
dont cet établissement a la charge et sont spécialement aménagés à cet effet, de son domaine
public ; qu'il en est toutefois autrement lorsqu'y font obstacle des dispositions de loi applicables
à cet établissement ou à ses biens. » .

Il faut en outre relever que l’exigence de propriété́ publique excluait les biens possédés dans le
cadre d’une copropriété. Voire CE, Section, 11 février 1994, Cie d'assurance la
préservatrice foncière,)

Ce critère est repris par le CG3P qui consacre de façon extensive la thèse de propriété. Il ressort
des articles L1 et L2 dudit code que L’État, les CL et leurs groupements, les personnes
publiques sui generis ( exemple banque de France) peuvent être propriétaires de domaine
public.

2) L’affectation du bien à l’utilité́ publique

L’utilité́ publique est synonyme d’intérêt général et la condition de l’affectation à l’utilité́


publique est une condition classique qui suppose que le bien soit affecté́ à l’usage direct du
public (on dira aussi affecté à l’usage de tous) soit à un service public.

a) L’affectation à l’usage direct du public

Ce critère est le premier a avoir été reconnu. Il est posé par la jurisprudence dans la
jurisprudence Marecar du 28 juin 1935 « considérant que le cimetière est affecté à l’usage du
public. Il doit dès lors être compris dans les dépendances du domaine public de la commune »

M. Marecar avait empiété sur une partie du cimetière de la commune malgache. Condamné à
une amende, il décide de saisir le CE qui va confirmer.

L’affectation à l’usage direct du public suppose que le bien soit mis à la disposition des
citoyens sans intermédiaire. Chaque fois qu’il y a cet intermédiaire, le juge ne peut pas retenir
l’affectation à l’usage de tous. C’est ainsi que le domaine public ferroviaire n’est pas affecté́ à

6
l’usage de tous parce que l’usager utilise, en réalité́ le service public ferroviaire et donc on ne
parlera pas d’affectation à l’usage de tous.

b) L’affectation au service public

L’arrêt de section du CE du 19 octobre 1956 est couramment cité comme l’ancêtre de cette
ligne jurisprudentielle même si le principe résulte plus des conclusions du commissaire
gouvernement que des motifs de l’arrêt.

« Les terrains du port industriel de Bonneuil-sur-Marne affectés à un objet d’utilité


générale et ayant fait l’objet d’installations destinées à les rendre propres à cet objet, font
en conséquence partie du domaine public ».

L’affectation à un service public concerne aussi bien un SPA (ex : université́ ) qu’un SPIC (ex
: SNCF) et le critère de l’affectation à un service public est le critère le plus souvent consacré
par le droit positif. Notamment, cela tient au fait que quand le juge a la possibilité́ de choisir
entre l’affectation à l’usage de tous et l’affectation à un service public, il retient
d’avantage l’affectation à un service public.

Le CE a entendu très largement ce critère en soumettant de nombreux biens immobiliers au


domaine public surtout en intégrant la théorie de l’accessoire. Une situation accentuée par
l’accroissement de nombreux services publics susceptibles d’être qualifiés de SPIC. Face à ce
phénomène, un critère secondaire relatif à l’aménagement spécial a été imposé pour en limiter
ou réduire la consistance du domaine public en réaction à la théorie de l’accessoire.

B : Les critères complémentaires

Il faut préciser que la consécration des critères accessoires installe un paradoxe certain. Si le
critère de l’aménagement spécial se veut réducteur des biens du domaine, la théorie de
l’accessoire produit un effet plutôt inverse en ce qu’elle permet l’élargissement de ce domaine.

1) Le critère de l’aménagement spécial

L’affirmation d’un critère subsidiaire relatif à l’aménagement des dépendances en cause pour
répondre spécialement aux besoins de l’affectation, est notamment liée à l’accroissement des
cas d’affectation au service public.

En 1956, dans ses conclusions sur l’arrêt Sté Le Béton précité́ , le commissaire du
gouvernement Marceau Long employa à diverses reprises l’expression d’« aménagement
spécial » mais l’arrêt n’en fait pas mention et parle « d’installations destinées à les rendre
propres à cet usage » (en l’occurrence, le raccordement aux voies fluviales ferrées ou
routières).

L’expression d’aménagement spécial fait sa première apparition chez le juge administratif


dans un arrêt du Conseil d’État du 21 décembre 1956, Époux Giraud.

Le Conseil d'État adopta assez vite une définition très large de la notion d’aménagement spécial
dans une série d’arrêts.

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• Dans l’arrêt du CE, Ass, 22 avril 1960, Berthier, le critère de l’aménagement spécial
fut utilisé à à propos d’une promenade affectée à l’usage direct du public (bancs,
pelouses, allées).
• CE, 12 juin 1972, Eidel : le juge se fonde sur l’existence d’une « promenade publique
affectée à l’usage du public et aménagée à cette fin ».
• CE, 30 mai 1975, Dame Gozzoli : la plage est affectée à l’usage du public : elle
appartient donc au domaine public car l’aménagement spécial est assuré par le seul
entretien ! Cet aménagement spécial ne résulte pas d’une modification de la conception
matérielle du bien mais « d’une simple clause contractuelle d’entretien

Avec le CG3P : désormais, font partie du domaine public « les biens appartenant aux
personnes publiques qui sont soit affectés à l’usage de tous, soit affectés au service
public ; pourvu qu’en ce cas, qu’ils fassent l’objet d’un aménagement indispensable à
l’exécution des missions de ce service public »

La notion d’aménagement spécial disparait s’agissant de l’affectation à un service public. On


parle d’aménagement indispensable. On suppose que cette notion d’aménagement
indispensable est plus restrictive que la notion d’aménagement spécial.

o L’adjectif « indispensable » renvoie à la fonction du bien,


o L’adjectif « spécial » renvoie au caractère de l’aménagement.

Le critère de l’aménagement indispensable vise à mettre fin à une théorie développée par une
partie de la doctrine qui évoquait la domanialité́ publique virtuelle. Ces auteurs disaient que
certains biens, qui n’avaient pas encore été spécialement aménagés, étaient malgré́ tout des
dépendances du domaine public parce qu’ils allaient nécessairement faire l’objet dans le futur
d’un aménagement spécial ; cette théorie s’inspire d’un arrêt de la jurisprudence (Conseil
d'État, ass., 6 mai 1985, Association Eurolat C/ Crédit Foncier de France.

On pensait en finir avec la théorie de la domanialité publique virtuelle jusqu’à ce que le


CE en fasse une nouvelle application, récemment encore dans l’arrêt CE 13 Avril 2016
Commune de Baillargues.

Dans cet arrêt, le juge précise que « quand une personne publique a pris la décision d’affecter
un bien qui lui appartient à un service public et que l’aménagement indispensable à l’exécution
des missions de service publique peut être regardé comme entrepris de façon certaine… ; ce
bien doit être regardé comme une dépendance du domaine public ».

Finalement, le critère de l’aménagement spécial remplacé par l’aménagement


indispensable a débouché sur une déception magistrale pendant que la théorie de
l’accessoire connait son essor.

2) La théorie de l’accessoire

En vertu de cette théorie, un bien qui n’est pas une dépendance du domaine public, sera
incorporé dans le domaine public tout simplement parce qu’il est un bien accessoire à un bien
principal qui lui est une dépendance du domaine public.

L’essor de la théorie de l’accessoire semble s’expliquer par une transposition en droit


administratif des règles contenues dans le code civil.

8
Art. 551 du C. civ. : « Tout ce qui s’unit et s’incorpore à la chose appartient au propriétaire
»
Art. 552 du C. civ. : « La propriété́ du sol emporte celle du dessous et du dessus [...]. »

Elle a officiellement été instaurée en droit administratif par l’arrêt CE, Section, 20 avril
1956, Ville de Nice, n° 96369, Lebon p. 162 (à propos des tableaux d’affichage sur la voie
publique).

Dans l’application de cette théorie, la jurisprudence administrative exigeait, soit le critère


physique, soit le critère fonctionnel.

1. les biens constituant un « complément indissociable » d’une dépendance du domaine


public ( lien physique)

Exemple :

• Du sous-sol des voies publiques (CE, 28 mai 1971, Dame Gautheron, n° 75927, Lebon,
p. 402)

2. les biens entretenant une « relation d’utilité́ » avec une dépendance du domaine public
(lien fonctionnel),

Exemple

• des bornes kilométriques, (CE, Section, 20 avril 1956, Ville de Nice, n° 96369, Lebon
p. 162).

Cette théorie est reprise l’art. L. 2111-2 du CG3P : « Font également partie du domaine
public, les biens des personnes publiques…. qui, concourant à l’utilisation d’un bien
appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable. »

Le CG3P diffère de la jurisprudence par la combinaison des critères physique et fonctionnel


qui deviennent cumulatifs et non alternatifs...
Au Sénégal, c’est l’article 6 du code du domaine de l’État qui, dans l’énumération des biens du
domaine naturel et artificiel consacre alternativement les critères fonctionnel et physique.
-Lien fonctionnel « des dépendances nécessaires à l’exploitation ou à l’utilisation des
« biens principaux » »

- lien physique « dépendantes immédiates ».

Il faut ajouter en outre qu’il peut arriver que la théorie de l’accessoire soit appliquée suivant
des proportions extrêmes. Auquel cas, elle se rattache à la théorie de domanialité publique
globale. Elle a une origine jurisprudentielle et correspond à l’hypothèse selon laquelle des
biens appartiennent au domaine public dès lors qu’ils font partie d’une unité́ foncière
faisant partie du domaine public, et ce même si ces biens ne répondent pas aux critères de
la domanialité́ publique. Elle est applicable en présence des ensembles immobiliers
complexes pour éviter la multiplication des régimes juridiques dans un même ensemble. Dans
un arrêt du 7 juillet 1975, n°02002, Commune de Cadours, le TC a considéré un logement

9
de fonction comme appartenant au domaine public car il était situé́ dans un groupe scolaire
communal qui appartenait lui-même au domaine public

Para 2 : La consistance spécifique du domaine public


Il faut s’intéresser dans un premier temps au domaine artificiel ( para 1) et dans un second
temps au domaine public naturel ( para 2) .
A : Le domaine public naturel :
Aux termes de l’article 4 du code du domaine de l’État « Le domaine public naturel est
défini comme celui qui est constitué à partir des œuvres naturels géographiques, ou
physiques ; tandis que le domaine public artificiel regroupe les biens qui résultent de
l’intervention de l’homme .

Victor Proudhon, dans son traité du domaine public estimait que, « l’homme est le roi de la
nature et tous les êtres sont destinés à son usage », néanmoins, « il est des choses qui, par
immensité́ , ne peuvent être renfermées dans les bornes étroites de son domaine, tels sont l’air,
la lumière, les astres, la mer et l’eau courante qui sont ce qu’on appelle les choses communes
au genre humain sans appartenir à personne ». C’est dire que le domaine public naturel est celui
qui correspond aux faits de la nature, il est le produit des phénomènes naturels.

- Domaine maritime et fluvial

Il y’a d’abord un élément maritime qui occupe une place importante : c’est le domaine public
maritime.

L’article 2 de la loi 81-13 du 04 mars 1981 portant Code de l’eau dispose que « les
ressources hydrauliques font partie intégrante du domaine public ». Il s’agit ici pour le domaine
public maritime de la mer territoriale, qui est la partie de la mer côtière sur laquelle s’étend la
souveraineté́ d’un État.

Selon la Convention des NU sur le droit de la mer de 1982, cette mer s’étend à 12000 marins
soit 22224 mètres.

A coté́ il y’a l’élément fluvial. C’est le domaine public fluvial qui se subdivise en deux
catégories à s’avoir l :

-Les cours d’eau navigables et flottables jusqu’à la limite des eaux coulant à pleins bords, 25
mètres à partir des limites des rives des fleuves et des bords des iles.

-Les cours d’eau non navigables, non flottables dans les mêmes conditions que les cours d’eau
navigable et flottable.

-Sont concernés d’autre points d’eau de moindre entendue comme les lacs, les mares
permanentes, les étangs jusqu’au eaux avant débordement et jusqu’à une zone de 25 mètres.

-Les eaux de surface, les nappes souterraine indépendamment de leur nature de leur provenance
et de leur profondeur.

10
-Domaine public atmosphérique

Il est constitué́ de l’espace aérien, de la biosphère, les astres, la stratosphère, la lumière,


l’oxygène... Tous ces éléments font partie du domaine public naturel.

- Domaine public pédologique

Il est un élément physique qui correspond au sol et au sous- sol. Les richesses que pourrait
abriter le sous-sol sont considérées comme appartenant au domaine public naturel.

B : Domaine public artificiel

Aux termes de l’article 6- du code du domaine de l’État au Sénégal, Le domaine public


artificiel renferme les composantes suivantes :

- Le domaine public routier qui est constitué des routes et de toutes les voies de
circulation et de leurs dépendances , les ports , les trottoirs , les poteaux indicateurs,
les panneaux d’affichage , les panneaux de signalisation etc.
-Le domaine public ferroviaire , comprend les voies ferrées , les passages à niveau,
les gares , ainsi que les installations qui s’y rattachent .
-Le domaine public lié aux télécommunications

Sont concernés les lignes téléphoniques, télégraphiques, les ouvrages aériens, des stations
radioélectriques, ainsi que leur ancrage, leur support, les lignes d’alimentation, les appareils de
couplage et leur dépendance.

-Domaine public lié à la défense nationale

C’est le domaine public militaire, il comprend les ouvrages militaires de défense sur terre, sur
mer et dans les airs, leur zone de protection et leur dépendance. Ce sont, entre autres, les
fortifications, les routes, les sondes, les satellites, les barrages, les ducs, les balises maritimes
etc.

-Domaine public artistique

Ce sont les objets d’art et de collection entreposés dans les musés nationaux.

- Les servitudes d’utilité́ publique

Ces servitudes qui sont des obligations ou des charges imposées aux propriétés privées,
au profit du domaine public, pour permettre aux biens du domaine public de
fonctionner correctement . On peut citer les servitudes érigées pour la défense nationale et la
sécurité́ , les servitudes indispensables à la sécurité́ des navigations aériennes, terrestre et
maritime ; les servitudes relatives à l’urbanisation ; les servitudes nécessaires à la sécurité́ de la
circulation routière, (panneaux de signalisation, barrières...) ; celles établis dans l’intérêt des
transmissions ; les servitudes nécessaires à la protection des sites et monuments.

11
Chapitre 2 : La circulation des biens entre les domaines :
Les biens domaniaux ne sont pas forcément figés dans un domaine déterminé et peuvent
circuler entre les différents domaines. A travers les mouvements d’affectation et de
désaffectation, un bien peut passer du domaine public au domaine privé ou au national. Ces
mouvements se résument à deux procédés : l’entrée des biens dans le domaine public (section
1) et leur sortie du domaine public (section 2).

Section I : L’entrée des biens dans le domaine public.

C’est l’incorporation qui désigne l’acte ou le fait qui permet à un bien de faire partie du
domaine public. L’entrée des biens dans le domaine public se fait différemment selon qu’il
s’agit du domaine public naturel ou du domaine public artificiel.

Para 1 : L’entrée des biens dans le domaine public naturel.

Ce domaine qui est constitué d’éléments physiques, géographiques tels que les rivages de la
mer, et espaces recouverts par la mer, accueille des biens immobiliers qui tombent
automatiquement dans le domaine public en fonction des résultats des phénomènes naturels.
La personne publique propriétaire n’a pas à prononcer l’affectation d’une dépendance du
domaine public . La domanialité est le résultat de biens naturels.

Les terrains recouverts par l’eau de mer deviennent alors des dépendances du domaine public.
Et ce, même si les terrains appartenaient à une personne privée : Conseil d'Etat, 10 octobre
1980, Bessière.

Le propriétaire dépossédé́ par le gain de mer n’a droit à aucune indemnisation, sauf si
l’administration a concouru à l’incorporation du bien dans le domaine public, par exemple, du
fait de son inaction : Conseil d'État, 22 décembre 1976, Société́ foncière Biarritz-Anglet

Les côtes sénégalaises étant essentiellement basses, les propriétés privées sont constamment
sous la menace de l’avancée de la mer, selon un rapport du Centre de suivi-écologique. Ce
rapport confirme celui de la Banque mondiale qui estime que les trois quarts du littoral
sénégalais seront exposés à un risque élevé d’érosion côtière. Ce phénomène en plus d’affecter
le tourisme, menace les propriétés privées riveraines.

12
A titre d’exemple, plusieurs propriétés privées ont été recouvertes par l’avancée de la mer à
Saint-Louis. IL peut cependant arriver que la personne publique prenne un acte de classement
pour faire entrer un bien dans un domaine naturel mais cette situation reste exceptionnelle et
peut être liée au l’insuffisance de l’affectation de fait.

Para 2 : L’entrée des biens dans le domaine public artificiel.

Aux termes de l’article 8 du code du domaine de l’Etat, l’incorporation d’un bien au domaine
public artificiel résulte, soit d’un acte de classement, soit de l’exécution de travaux qui
confèrent à cet immeuble un caractère de domanialité publique.

L’article 8 distingue ainsi deux sortes d’affectations. Une affectation formelle qui consiste à
prendre un acte de classement, et une affectation matérielle, qui consiste dans l’exécution de
travaux permettant au bien de répondre à sa destination. IL convient de distinguer le classement
de l’affectation.

L’affectation qui désigne la destination spécifique d’un bien peut être réalisée par un acte
juridique dit de classement. L’incorporation est dans ce cas réalisée par un acte formel de
classement.

Cependant, il ressort de la jurisprudence administrative constante que le classement formel à


lui seul ne suffit pas, il doit être suivi d’une utilisation effective en l’absence de laquelle, la
situation juridique du bien qui a fait l’objet de classement ne changera pas.

D’ailleurs, le CE a pu considérer qu’en l’absence de disposition législative contraire, l’acte


formel de classement n’est pas nécessaire dans la mesure où l’incorporation peut résulter de
l’utilisation du bien par le public ou par un service public (CE, 25 mai 2005, société des
cinémas HUEZ).

La suffisance de l’affectation matérielle est aussi consacrée par l’article L. 2111.3 « S’il n’est
pas disposé autrement par la loi, tout acte de classement ou d’incorporation au domaine
public n’a d’autre effet que de constater l’appartenance de ce bien au domaine public ».

-L’acte juridique de classement est donc superfétatoire dans le cadre de l’incorporation d’un
bien dans le domaine public artificiel (l’affectation matérielle suffit)

- Le refus pour l’administration de prendre un acte juridique de classement n’est obligatoire


que si la loi l’y oblige ( le refus n’est pas être considéré comme une carence fautive)

13
L’affectation est de la compétence du propriétaire du bien, sauf dans les cas où elle est
prononcée par le législateur ( cas des églises). IL existe une possibilité pour une personne
publique de procéder à un changement autoritaire d’affectation. Dans ce cas, il n’y a pas de
changement de propriétaire, mais un simple changement d’utilisation. Il en est par exemple
ainsi lorsque l’État oblige une collectivité locale propriétaire, à modifier l’affectation d’un bien
qui lui appartient à son profit ou au profit d’une autre collectivité locale.

Section 2: La sortie des biens du domaine public

La sortie des biens du domaine public peut se faire, suivant un procédé naturel ou juridique
(Para 1). Un bien sorti du domaine public peut se retrouver dans différentes situations (para 2).

Para 1 : Le procédé de sortie

Un bien qui appartient au domaine public, peut être amené à en sortir et le procédé diffère selon
qu’il s’agit du domaine naturel ou artificiel.

Au Sénégal, si le législateur de 76 a clairement prévu les modalités de sortie l’article 8, il s’est


montré imprécis quant aux procédés de sortie. Les dispositions de l’article 19 se contentent
juste d’évoquer le déclassement sans préciser s’il doit s’agir d’un déclassement formel ou
matériel.

En application du parallélisme des formes, on peut considérer que la sortie d’un bien du
domaine public naturel résulte en principe de la disparation de phénomènes naturels qui avaient
justifié son incorporation. Cependant, compte tenu de la rigidité des procédés de sortie qui
ressort de la jurisprudence en France et codifiée par CG3P , un acte formel de déclassement
peut être requis.

Dans l’un ou l’autre cas, le déclassement entraine l’annulation de plein droit des titres
d’occupation de la dépendance du domaine public déclassée.

S’agissant du domaine public artificiel, il y’a le principe de la nécessité d’un acte de


désaffectation formelle tout en sachant que celle-ci est insuffisante, elle doit être suivie d’une
désaffectation de fait.

A/ La nécessité d’une désaffectation formelle

14
Il y’a le principe de la nécessité de l’intervention d’un acte formel de déclassement. IL ne suffit
pas qu’un bien soit abandonné pour que l’on considère qu’il n’appartient plus au domaine
public. La possession prolongée d’un bien public par une personne privée ne change pas son
régime juridique en vertu du principe d’imprescriptibité. Pour qu’un bien sorte du domaine
public, il faut une décision expresse de déclassement. Si l’incorporation peut se réaliser sans
un acte de classement formel, la sortie d’un bien ne peut s’effectuer que sur la base d’un acte
déclassement formel. Cette règle est notamment illustrée par un arrêt du 7 juillet 2006,
Consorts A, dans lequel le Conseil d'État a jugé qu’une impasse classée dans la voirie
communale, n’étant plus affectée à la circulation, restait quand même dans le DPA, tant qu’un
acte juridique de déclassement n’était pas intervenu. Au Sénégal, le déclassement se fait par
décret du Président de la République.

B/ L’insuffisance d’une désaffectation formelle

Le déclassement formel doit être suivi d’une désaffectation de fait. C’est ce qu’avait jugé le
Conseil français d’État du 27 septembre 1989, Moussion : il avait jugé que pour une voie de
communication, même après le déclassement formel, la désaffectation de fait devait intervenir
pour sortir le bien du DPA. La désaffectation de fait peut correspondre à la fin de l’utilisation
effective par le public ou l’activité de service public. On remarque que la procédure de sortie
des biens du domaine est beaucoup plus rigide que celle de l’entrée. Autant le législateur est
prompt à soumettre un bien à la domanialité publique, autant, il est exigeant pour en reconnaitre
la sortie.

Le cumul entre la désaffectation formelle et matérielle est codifiée par le CG3P qui
précise que concrètement, la désaffectation de fait doit intervenir au maximum dans un
délai de 3 ans après l’acte juridique de déclassement. Mais qu’en est-il de la situation d’un
bien déclassé du domaine public ?

Para 2 : La situation juridique du bien sorti du domaine public :

L’article 19 du code du domaine de l’État circonscrit les biens qui peuvent faire l’objet d’un
déclassement. Sont concernées « les dépendances du domaine public artificiel, la zone de cent
mètres de large en bordure du rivage de la mer, la zone de vingt-cinq mètres de large et bordure
des rives des cours d’eau navigables ou flottables, lacs, étangs et mares permanentes et la zone
de dix mètres de large en bordure des rives des cours d’eau non navigables ni flottables ». Le

15
déclassement a pour effet d’enlever à un immeuble son caractère de domanialité́ publique et de
le faire entrer, s’il est immatriculé, dans le domaine privé ( A) ou dans le cas contraire, dans le
domaine national ( B).

A/ Le cas du bien immatriculé :

Une dépendance du domaine public artificiel déclassée puis immatriculée au nom de l’État,
intègre le domaine privé de l’État. Libéré de la domanialité publique, elle admet des
transactions foncières dans les conditions de droit commun. Elle peut ainsi faire l’objet d’une
cession gratuite par l’État au profit d’une autre personne morale publique ou à titre onéreux au
profit d’une personne privée. Elle peut aussi faire l’objet de baux ordinaire ou emphytéotique
au profit des personnes privées ou encore d’une concession de droit de superficie.

1/ Le bail ordinaire

Il confère au preneur un droit de jouissance pour une durée ne pouvant excéder dix-huit ans. Il
est consenti sous condition résolutoire de mise en valeur, dans un délai déterminé (article 38).

2/ Le bail emphytéotique

Il confère au preneur, ou emphytéote, un droit réel susceptible d’hypothèque. Il est consenti


Pour une durée allant de dix-huit ans et cinquante ans au maximum avec possibilité́ de
prorogation dans la limite de la durée maximale de 50 ans, avec possibilité de renouvellement.
Le bail emphytéotique soumet le preneur à une obligation de mise en valeur dans un délai
déterminé à un loyer payable d’avance et révisable. Il est également imposé au preneur de
supporter toutes les charges relatives à l’immeuble et notamment, de payer les contributions
foncières et les taxes accessoires.

3/ Concession du droit de superficie :

La concession du droit de superficie concerne les immeubles à usage d’habitation, notamment


des terrains situés dans une zone résidentielle dotée d’un plan d’urbanisme. Le droit de
superficie dure vingt-cinq ans au minimum et cinquante ans au maximum avec possibilité́
de prorogation dans la limite de la durée maximale de cinquante ans, et possibilité́ de
renouvellement. Il est soumis en outre à une obligation de mise en valeur dans un délai
déterminé́ , par la construction d’un bâtiment à usage exclusif habitation conforme au règlement

16
d’urbanisme; ladite obligation pourra faire l’objet d’aménagements dans les zones destinées à
l’installation de personnes aux ressources modestes.

B/ Le cas du bien non immatriculé :

Un bien sorti du domaine public s’il n’est pas par la suite immatriculé au nom de l’État, tombe
dans le domaine national. La nation étant une notion abstraite, elle est incarnée, personnifiée et
matérialisée par l’État. L’État est donc le garant voire le détenteur des terres du domaine. A ce
titre, l’État peut procéder à une réquisition d’immatriculation au nom de l’État sans formalités
préalables et affectés aux communes pour servir d’assiette foncière à des projets d’équipements
collectifs. La commission d’attribution de ces terres est présidée par le maire. Les attributions
de la commission sont placées sous le contrôle de l’État.

Chapitre 1 : Les modalités de protection du domaine public :

On peut distinguer la protection générale du domaine public (section 1) de la protection


spécifique de la conservation du domaine (section 2)

Section I : La protection générale basée sur les principes

Aux termes de l’article 9 du code du domaine de l’État, le domaine public « est


inaliénable et imprescriptible »

Para I Le principe d’inaliénabilité

Pour cerner ce principe, différentes questions s’imposent :

A ) A quoi consiste l’inaliénabilité ?

Ce principe est posé pour la première fois par l’édit de Moulin de 1566. L’inaliénabilité du
domaine public consiste à empêcher la personne publique propriétaire de vendre une partie
de ce domaine , de constituer des droits réels sur ce domaine, d’accorder des baux
commerciaux ou d’y subir une expropriation . L’inaliénabilité vise a protéger les biens du

17
domaine public tant que ces biens sont affectés au public ou à un service public .
C’est qui resulte d el’arret du C.E français du 6 mai 1985 Association Eurolat/ Credit
foncier de France.

Mais, un bien déclassé peut faire l’objet d’aliénation. C’est ce qui fait dire à R. Chapuis
que « ce n’est pas la nature des choses qui fait obstacle à l’aliénabilité́ du domaine public,
c’est son affectation à l’utilité́ publique. Que cette affection prenne fin, ce qui était du
domaine public devient domaine privé et se trouve soustrait au principes d’inaliénabilité́ .
». En d’autres termes, le caractère inaliénable s’arrête avec la fin de l’affectation.

B) Quelles sont les bases juridiques de l’inaliénabilité ?

Au Sénégal, la règle est posée par l’article 9 du code du domaine de l’État. De même l’article
5 de la loi 2002-22 du 30 juillet 2002 portant code de la marine marchande caractérise le
domaine public maritime comme étant inaliénable.

C ) Quelles sont les conséquences du principe d’inaliénabilité ?

L’inaliénabilité́ produit un certain nombre de conséquences :

1) La nullité́ ou l’inopposabilité́ des ventes et des échanges des biens du domaine


public

Toute vente, tout échange d’un bien du domaine public encourt la nullité́ . Dès lors, l’opération
de vente (ou d’échange) est censée ne jamais avoir existé et cela conduit à rétablir les situations
juridiques antérieures.

2) L’interdiction d’exproprier les biens du domaine public

L’expropriation ne porte que sur les propriétés privées à la lecture de la 76-67 du 02 1976 sur
l’expropriation pour cause d’utilité publique.

3) L’exclusion de la création de droit réels sur le domaine public :

L’inaliénabilité débouche sur l’interdiction de constituer des droits réels sur le domaine public.
Le droit réel caractérise un droit qui porte sur une chose ou sur un bien comme un droit de
propriété.

4) Quels sont les tempéraments apportés au principe d’inaliénabilité ?

18
-La situation au Sénégal

Au Sénégal, pendant longtemps, l’état du droit positif ne permettait pas encore la constitution
de droits réels sur le domaine public. Ces droits réels n’étaient envisageables que dans le
domaine privé de l’État. Cependant, on peut noter aujourd’hui des évolutions matérialisées
par quelques tempéraments apportés au principe de l’inaliénabilité. Aux termes de de
article 16 de la loi du 02 mars 2021 relative aux contrats de partenariat publics -privé, un co-
contractant de l’administration « peut, sur autorisation de l’autorité́ contractante et dans le
respect des dispositions légales en vigueur, consentir des suretés aux organismes de
financement sur les actifs acquis ou réalisés dans le cadre de l’exécution du contrat de
partenariat public-privé, en nantissant les produits et les créances provenant du contrat ou en
constituant toute autre sureté́ appropriée, sans préjudice de toute disposition législative
interdisant la constitution de sureté́ sur un bien public ou faisant partie du domaine public ».

Le législateur a entendu permettre aux occupants du domaine public dans le cadre d’un contrat
de partenariat de bénéficier des financements auprès des banques en plaçant sous garantie non
pas l’emprise du domaine public elle-même mais les installations réalisées sur celle-ci. La
possibilité de constituer des droits réels sur les installations du domaine public était déjà
amorcée par le dernier alinéa de l’article 6 de loi de 2014 (abrogée et remplacée par la loi du
02 mars 2021 sur les contrats de par public-privé) et par l’article 15 de la loi 81-13 du 04 mars
1981 portant code de l’eau.

A noter que ces dérogations restent limitées et strictement encadrées, dans la mesure où la
possibilité de constituer de droits réels est, non seulement soumise à l’autorisation préalable de
la personne publique propriétaire mais aussi, se réalise dans le respect des dispositions légales
relatives à la protection du domaine public. Ce qui révèle l’attachement du législateur
sénégalais à la domanialité publique classique axée sur la protection du domaine public.

-La situation en France

La possibilité de constituer les droits réels sur le domaine public est plus ouverte en France du
fait de la précellence de la logique de valorisation sur celle de la protection du domaine public.
Depuis plusieurs décennies, les textes et la jurisprudence ont ouvert la constitution de droits
réels sur le domaine public. Cette dynamique est encouragée par le CC qui estime dans trois
décisions du 21 juillet 1994, du 22 aout 2002, Celle de 2005) que l’inaliénabilité ne s’oppose
pas à la création de droits réels.

19
Le CG3P est venu codifier les évolutions sous réserve de certaines conditions précisées par
l’ordonnance de 2017 sur la propriété foncière des personnes publiques et prévoit trois types
titres qui peuvent donner lieu à des droits réels :

1) Les autorisations d’occupation temporaires de l’État

2) Les autorisations temporaires des CL

3) Les baux emphytéotiques administratifs des CT

- Les droits réels ne peuvent concerner que le domaine public artificiel

- Ils portent uniquement sur les installations réalisées par l’occupant

-Ils cessent avec la fin de l’occupation qui ne peut dépasser 70 ans pour les autorisations
temporaires et 99 ans pour les baux emphytéotiques administratifs . Pour ces derniers, il y’a
possibilité de recourir recours à l’l’hypothèque sous réserve de l’accord préalable de la
personne publique propriétaire et qu’elle n’aboutisse à la saisie des biens du domaine public.

Para 2 : Le principe d’imprescriptibilité du domaine public.

A ) A quoi consiste l’imprescriptibilité ?

L’imprescriptibilité est considérée comme une conséquence de l’inaliénabilité qui permet


protéger le domaine public contre l’administration et les administrés. L’imprescriptibilité
signifie qu’il est impossible d’acquérir un bien du domaine public par une possession
prolongée. Les personnes publiques propriétaires ne peuvent être dépossédées par la voie de
la prescription.

B ) Quelles sont les bases juridiques du principe ?

En France, il est consacré pour la première fois par l’Édit d’avril de 1667.

Au Sénégal, il est reconnu à l’article 9 du code du domaine de l’État.

C ) Quelles sont les conséquences attachées au principe d’imprescriptibilité ?

-L’action en justice dans le cadre d’une aliénation irrégulière est imprescriptible.

20
À tout moment, l’État peut poursuivre les personnes qui se rendent coupables d’actes
d’aliénation des biens du domaine public, qu’ils résultent de l’administration ou des
particuliers conformément aux dispositions de l’article 423 du code pénal sénégalais.

-L’action en réparation des dommages causés au domaine, est imprescriptible.


L‘imprescriptibilité de l’action en réparation permet aux autorités compétentes de poursuivre
les auteurs d’actes de dégradation sur le domaine public. L’imprescriptibilité́ emporte deux
conséquences :

- l’action en revendication est imprescriptible :

En vertu de ce principe, la personne publique pourra à toute époque faire valoir son droit de
propriété́ sur une dépendance du domaine public. Ce principe de l’imprescriptibilité́ de
l’action en revendication s’accompagne également de l’imprescriptibilité́ de l’action
domaniale. C'est à dire que l’administration pourra à tout moment réclamer la réparation des
atteintes causées au domaine public.

-Les actions possessoires du Code Civil contre les personnes publiques sont irrecevables

L’action possessoire est une voie procédurale de droit civil par laquelle un possesseur d’un droit
réel immobilier tend à faire cesser le trouble apporté à sa possession ou à obtenir la remise en
possession lorsqu’il a été dépossédé. L’arrêt du Tribunal des Conflits, 24 février 1992,
Couach en dégage le principe et la portée :

Para 3 : Le principe d’insaisissabilité du domaine public

A ) A quoi consiste l’insaisissabilité ?

Les biens du domaine public ne sont pas saisissables, ils ne peuvent être saisis pour compenser
ou éteindre une dette que l’administration doit à un tiers. Le caractère insaisissable des biens
du domaine public se justifie par la poursuite de l’intérêt général et par l’exécution des missions
de service public. Ce principe couvre les biens du domaine public d’une immunité d’exécution
qui elle l’expression de la puissance publique, elle traduit le caractère exorbitant de la
domanialité́ publique.

B ) Quelles sont les bases juridiques du principe d’insaisissabilité ?

21
Au Sénégal :

L’article 5 de la loi 2002-22 du 30 juillet 2002 portant code de la marine marchande pose
la règle selon laquelle le domaine public maritime est insaisissable. Le caractère insaisissable
des biens publics suppose à l’absence d’exécution forcée contre l’administration.

En France :

La jurisprudence administrative française y faisait référence déjà au 19e s. Le Tribunal des


conflits TC du 9 décembre 1899 Association syndical du canal de Gignac jugeait que «
lesdites associations présentaient les caractères essentiels d’établissement public vis-à-vis
desquels ne peuvent être suivies les voix d’exécution instituées par le code de procédure civile
pour le recouvrement des créances des particuliers. ».

Le CE sénégalais dans son arrêt CE du 26 aout 2004 Marie Thérèse Goasguen rappelle
que le domaine public est insaisissable.

C ) Quelles sont les conséquences attachées au principe d’insaisissabilité ?

Il entraine l’immunité d’exécution des biens du domaine public en les mettant à l’abri des
procédures d’exécution forcée et des saisies conservatoires prononcées à l’encontre des
débiteurs de droit commun. Ce principe qui résulte de l’article 30 de l’Acte uniforme portant
organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution sera précisé
par l’arrêt de la CCJA du 7 juillet 2005, Société Togo Telecom. Dans cette decision, il est
considéré que l’immunité d’exécution concerne les personnes morales de droit public. Le droit
de l’OHADA prévoit toutefois à titre palliatif le principe de la compensation des dettes pour les
personnes bénéficiaires de l’immunité d’exécution.

Para II : La protection spécifique axée sur la conservation du domaine public

A/ Le régime de la conservation du domaine public en droit sénégalais

L’article 2O du code du domaine de l’État, prévoit une protection du domaine public contre
les personnes qui occupent ou exploitent le domaine sans autorisation, qui gênent ou
empêchent l’exercice des servitudes d’utilité publique, qui commettent des actes de
dégradation, ou de destruction, des dépendances du domaine public. (Protection de
l’indisponibilité et de l’intégrité du domaine public).

22
Le domaine est protégé contre les occupations irrégulières ou sans titre, les actes de dégradation
et destruction, et les entraves à sa bonne utilisation des biens du domaine public.

La protection du domaine public est assurée au Sénégal par les juridictions statuant
en la matière ( tribunal de grande instance) qui peuvent condamner les personnes
poursuivies au paiement des redevances dues lorsqu’il s’agit d’un occupant
irrégulier , ou au paiement d’une amende ,ainsi qu’à une condamnation à une peine
d’emprisonnement dans certains cas. Les auteurs d’actes de dégradation peuvent aussi
être condamnés à remettre en l’état les lieux auxquels ils ont porté atteinte, et, à réparer
les dommages causés au domaine .

B/ La police de la conservation du domaine public en droit français

En droit français, c’est la police de la conservation du domaine public qui permet


de conserver ce domaine . Cette police a pour but, de maintenir ou dans certains cas,
de rétablir l’intégrité du domaine. Ce sont les contraventions de voirie routière
et les contraventions de grande voirie qui permettent de sanctionner les auteurs des
atteintes portées au domaine public.

Les contraventions de voirie routière relèvent de la compétence des tribunaux judiciaires.


Ce sont les atteintes portées au domaine public routier qui sont concernées. Quant aux
contraventions de grande voirie, elles relèvent de la compétence des tribunaux
administratifs, Ce sont des atteintes portées au domaine public maritime , au
domaine public fluvial , au domaine ferroviaire, au domaine public militaire qui
sont ici concernés . Ces contraventions de grande voirie doivent être prévues par
un texte.

Chapitre 2 : Les modalités d’utilisation du domaine public

Les modalités d’utilisation du domaine public sont calquées sur les modalités d’affectation du
domaine public. Selon que les biens du domaine public sont affectés au service public ou à
l’usage direct du public, les modalités d’utilisation ne sont pas identiques.

Quelles sont les formes d’utilisation du domaine public affecté au service public ?

23
Deux formes peuvent se dégager suivant que le service public est géré par une personne
publique ou par une personne privée.

Qu’en-est -il de l’utilisation des biens affectés à un service public géré par une personne
publique ?

Deux hypothèses sont possibles ici.

- Soit dans le cadre de la régie : le domaine public abrite directement les services de l’État ( les
ministères, les directions générales, les agences etc…)

- Soit sous forme d’établissement public : le domaine public peut abriter les établissements
publics administratifs (les universités, les hôpitaux…) ou les EPIC (les gares, les voies
ferrées…).

-Qu’en est-il de l’utilisation des biens affectés au service public géré par une personne
privée ?

Elle s’opère à travers le mécanisme de la délégation qui peut être unilatérale (acte administratif
unilatéral), ou contractuelle. A ce niveau, il faut également distinguer deux situations.

- La première situation renvoie à l’hypothèse où l’acte de délégation n’emporte pas le titre


d’occupation. Elle constitue la règle. Dans ce cas, le délégataire doit disposer d’un titre
d’occupation.

celle dans laquelle, l’acte de délégation est constitutif en même temps du titre d’occupation du
domaine public. Cette situation constitue une exception.

-La deuxième situation correspond à celle où l’acte de délégation constitue en temps titre
d’occupation du domaine public

Cette situation est exceptionnelle. Aux termes de l’article 15 de la loi du 02 mars 2021 sur les
PPP « lorsqu’un contrat de partenariat public-privé emporte occupation du domaine public, il
donne droit à un titre d’occupation de ce domaine pour sa durée. Le titre y afférant est délivré́
conformément à la règlementation en vigueur. Dans ce cas le titulaire n’a pas d’autorisation
spécifique d’occupation du domaine public ».

24
Dans l’une ou l’autre situation, le service affectataire n’a pas le droit d’utiliser le domaine
d’une manière non conforme à l’affectation.

NB : Il convient de rappeler qu’avec la loi du 02 mars 2021 sur les PPP, les délégations de
service public deviennent des contrats de partenariat à paiement par les usagers. Cette
nouvelle orientation vise à permettre une meilleure sécurisation des partenaires privés
occupant en même temps le domaine public.

Quelles sont les formes d’utilisation du domaine public affecté à l’usage direct du public ?

Quant au domaine affecté au public, il peut faire l’objet d’une utilisation collective ou privative.

On distingue d’une part, l’utilisation conforme de l’utilisation compatible :

-L’utilisation conforme/normale du domaine public renvoie au type d’utilisation qui correspond


à la destination du domaine public. Ex : la circulation des véhicules et des piétons sur les voies
publiques.

-L’utilisation compatible/anormale est une modalité d’utilisation qui ne correspond pas à la


destination du domaine public mais qui peut être conciliée avec cette dernière. Ex : exercice
d’une activité́ industrielle et commerciale sur le domaine public.

Ces deux types d’utilisation se retrouvent lorsque l’on parle d’utilisation collective et
d’utilisation privative du domaine public.

Section I : L’utilisation collective du domaine public :

L’utilisation collective, autrement appelée utilisation commune du domaine public, correspond


à une utilisation anonyme par une pluralité́ de personnes non individualisées qui sont en
concurrence. L’utilisation collective est toujours une utilisation conforme à l’affectation et
constitue un cadre d’exercice des libertés publiques conformément à la liberté́ , à l’égalité́ et à
la gratuité.

Les utilisations les plus fréquentes sont la circulation ou le stationnement sur les voies
publiques, l’utilisation des rivages de la mer, ou des cours d’eau, mais également des
utilisations professionnelles. Il appartient à l’administration de veiller au respect de ces
principes tout en les conciliant avec le maintien de l’ordre public.

25
Les principes de liberté, et de gratuité, ne sont pas absolus. On constate, en ce qui
concerne le principe de gratuité, le CC français a considéré qu’il n’a pas une valeur
constitutionnelle et qu’il peut être écarté par une loi.

Les limites à ce principe sont matérialisées par l’existence de voie de circulation à péage et
le développement du stationnement payant.

En ce qui concerne le principe de liberté, il est également possible de constater que la


liberté de circulation tout comme la liberté du commerce et de l’industrie peuvent être
limitées par l’administration. Les autorités administratives peuvent favoriser certaines
catégories d’usagers en leur facilitant l’utilisation du domaine public. On peut par exemple
réserver certaines voies de circulation à des catégories déterminées de véhicules( exemple
le projet BRT).

Le principe d’égalité ne s’applique qu’à des usagers qui se trouvent dans la même
situation. Les principes ci -dessus ne sont invoqués que lors que l’on s’intéresse à l’utilisation
collective du domaine public.

Ces principes sont aussi limités par les mesures de police administrative aussi bien générale
(protection de l’ordre public) que spéciale ( police de la conservation du domaine public).

L’utilisation collective dite conforme ou normale doit être conciliée avec l’utilisation
privative qui n’est pas conforme mais simplement compatible.

Section II : L’utilisation privative du domaine public

-Qu’est ce qui caractérise l’utilisation privative du domaine public ?

L’utilisation privative du domaine public est le fait de personnes identifiables, c’est- à -dire
l’usager individualisé. L’utilisation privative n’est pas celle qui est conforme à la destination
du bien ou du domaine, elle est simplement compatible avec cette destination.

-Quelles sont les exigences communes aux utilisations privatives ?

- L’autorisation préalable d’occupation

- Le caractère révocable, précaire et personnel de l’occupation

26
- Le paiement d’une redevance.

Quelles sont les formes d’utilisation privative du domaine public ?

Aux termes de l’article 11 du code du domaine de l’État « Le domaine public peut faire l’objet
de permissions de voirie, d’autorisations d’occuper, de concessions et d’autorisations
d’exploitation donnant lieu… au paiement de redevances ».

L’autorisation d’occuper le domaine public peut être accordée unilatéralement par


l’administration ou résulter d’une convention passée entre la personne publique propriétaire
et le particulier.

Para 1 : Les autorisations unilatérales :

Le code du domaine de l’État, prévoit comme autorisations unilatérales, la permission


de voirie et l’autorisation d’occuper .

Selon l’article 12 du code, les permissions de voirie « sont délivrées à titre personnel,
essentiellement précaire et révocable , n’autorisent que des installations légères,
démontables ou mobiles n’emportant pas emprise importante du domaine public ou
modification de son assiette ». Il faut relever que la définition de la permission de voirie
fournie par le législateur sénégalais se distingue de celle du législateur français en ce que la
première apparait plus restrictive que la seconde. En France, la permission de voirie correspond
à une occupation avec emprise supposant une pénétration dans le sous-sol (on l’oppose au
permis de stationnement qui ne donne pas lieu à une emprise).

Les autorisations d’occuper, :

Elles sont prévues par les dispositions de l’article 13 du code du domaine de l’État : « Les
autorisations d’occuper le domaine public naturel ou artificiel sont accordées à titre personnel,
précaire et révocable…L’autorisation peut être retirée à tout moment sans indemnité́ ».
Contrairement aux permissions de voiries, les autorisations d’occuper peuvent entrainer une
modification importante de l’assiette du domaine public, à la lecture de l’article 15 du code du
domaine de l’État qui prévoit les autorisations d’occuper pour l’exploitation des mines et
des carrières (donc emprise importante du domaine public).

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Quelles sont les autres autorisations unilatérales qui existent ?

Il faut ajouter deux autres types d’autorisations prévus par le code général des collectivités
locales . Il en est ainsi du permis de stationnement et du permis de dépôt temporaire
sur la voie publique, les rivières ,les ports quais fluviaux et autres lieux publics qui
permettent une occupation qui ne doit pas gêner la circulation sur la voie publique
ou la navigation (article 121 du code des CL) .

Para 2 : Les autorisations contractuelles du domaine public

Il ressort de l’article 16 du code du domaine de l’État que les concessions ou autorisations


’d’exploitation sont accordées de gré à gré ou par adjudication pour une durée déterminée ou
non, aux clauses et aux conditions fixées dans chaque cas.

Dans quelle mesure peut-on recourir aux concessions domaniales ?

Dans deux situations : lorsque l’exploitant engage de gros investissements ou dans le cadre
d’une occupation de longue durée.

Ces concessions qualifiées de contrats administratifs peuvent se présenter sous les formes
suivantes :

- Des concessions de voirie permettant l’installation de kiosques ou de restaurants sur la voie


publique.

-Des concessions d’affichage permettant à un occupant de disposer d’emplacements destinés


à des affiches.

-Des concessions funéraires dans les cimetières.

Une concession funéraire est un emplacement dans un cimetière (, Caveau, tombe). La


concession bénéficie à la personne qui l’a acquise et à ses héritiers. Le contrat de concession
précise les bénéficiaires et la durée de la concession.

Ces différentes concessions sont qualifiées de contrats administratifs. Le droit d’occupation et


le montant de la redevance sont fixés par le contrat. L’administration peut résilier le
contrat avant terme, en invoquant un motif d’intérêt général, ou si l’occupant n’exécute
pas ses obligations . La situation de l’occupant contractuel est précaire, mais en cas de

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résiliation par la personne publique , l’occupant a droit à une indemnisation conformément
à la théorie générale des contrats administratifs et aux dispositions de l’article 120 et suivants
du COA.

Comment calcule-t-on le montant de la redevance ‘d’occupation privative du domaine


public ?

Le code du domaine de l’État, prévoit une redevance d’occupation dont le montant est fixé
en fonction des avantages que le particulier peut tirer de l’utilisation du domaine public
en tenant compte du montant des charges qui pèsent sur l’occupant. Le montant de la
redevance peut faire l’objet d’une révision annuelle. Le non-paiement de la redevance
peut entrainer la résiliation du titre d’occupation. Voir à ce propos : CS, 10 février 2011,
Madame Deribe née Ndella WADE .

Toutefois, le code du domaine de l’État, envisage également la possibilité d’une utilisation


gratuite du domaine public, si l’occupant poursuit un but d’utilité publique ou un but
d’intérêt économique ou social , et ne tire aucun profit de l’utilisation du domaine public
art 18 de la loi portant code du domaine de l’État.

Chapitre 3 : Les modes d’acquisition des biens : l’expropriation pour cause d’utilité
publique

L’État peut agir comme une personne privée et acquérir des biens (prescription, acquisition,
vente, échange). De même, rien n’interdit à l’État de bénéficier de libéralités, de recevoir des
dons, de bénéficier des héritages. Il peut en acquérir contre un prix dans les mêmes conditions
que les personnes privées, c’est-à-dire, acheter, conclure un contrat, être partie à un contrat
d’échange. Mais, l’administration peut avoir besoin de biens que la personne ne sera d’accord
à lui céder. Que se passe–t-il dans ce cas ? L’administration peut -elle procéder à
l’expropriation qui est un mode d’acquisition forcé.

Il importe de distinguer l’expropriation des autres modes d’acquisition autoritaires comme


la nationalisation, la réquisition, la péremption.

- La réquisition :

La réquisition est un procédé qui donne à l’administration la possibilité d’exiger l’exercice du


service minimum en maintenant en service une partie du personnel ou des biens considérés

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comme indispensable à la continuité du service. A la différence de la réquisition qui porte
sur des personnes ou sur des biens désignés, l’expropriation ne vise que les biens
immeubles ou droits réels immobiliers.

-La nationalisation

Il s’agit d’une procédure de cession forcée qui vise à soustraire certains biens ou secteurs
d’activités économiques à l’emprise d’intérêts privés. La nationalisation se distingue
toutefois de l’expropriation à trois niveaux :

Au niveau de l’autorité compétence : si l’expropriation relève de la compétence de l’autorité


administrative, la nationalisation est le fait du législateur.

Au niveau du but :
L’expropriation doit être justifiée par l’utilité publique, alors que la nationalisation peut être
justifiée par un intérêt économique.

Au niveau de l’opération d’indemnisation


La nationalisation ne donne lieu à une indemnité juste et préalable. L’indemnité fixée à
postériori par le législateur, doit couvrir le (la perte) et non le manque à gagner.

-Le droit de préemption,

Il apparait comme le droit d’une personne publique de se substituer à l’acquéreur privé


dans l’intérêt général. La procédure est aménagée par les dispositions de l’article 46 et
suivants de la loi du 20 aout 2008 portant code de l’urbanisme pour permettre la réalisation
des opérations d’urbanisme et d’aménagement. Tout comme l’expropriation, la péremption
porte sur des biens immeubles ou droits réels immobiliers. A la différence de l’expropriation,
la péremption est un procédé moins autoritaire en ce qu’elle ne s’exerce que suite à la
mise en vente volontaire du bien par le propriétaire.

Ainsi cernée, l’expropriation trouve sa base dans l’article 17 de la déclaration des droits de
l’homme et du citoyen de 1789 « la propriété est un droit inviolable et sacré. Nul ne peut
en être privé, si ce n’est que lorsque la nécessité publique l’exige, et sous la condition d’une
juste préalable indemnité ». Cette disposition contient les grands principes de la législation
sur l’expropriation.

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Au Sénégal, l’article 15 de la constitution du 22 janvier 2001 reprend l’article 17 de la
déclaration de 1789. IL commence par garantir le droit de propriété. « Il ne peut y être
porté atteinte que dans le cadre de nécessité publique légalement constatée, et sous une
juste et préalable indemnité ».

La loi 76-67 du 2 juillet 1976 constitue le droit positif en la matière. Elle précise les
conditions de l’expropriation (Section 1) ainsi que la procédure de l’expropriation ( section
2).

Section I : Les conditions d’application de l’expropriation pour cause d’utilité publique.

Les conditions de l’expropriation pour cause d’utilité publique sont relatives à l’objet au
but de l’expropriation.

Para 1 : L’objet de l’expropriation pour cause d’utilité publique :

L’article 1 de la loi 76-67 du 2 juillet 1976 dispose que l’expropriation pour cause
d’utilité publique est la procédure par laquelle l’État peut, dans un but d’utilité publique
, et sous réserve d’une juste et préalable indemnité , contraindre toute personne à lui céder
la propriété d’un immeuble ou d’un droit réel immobilier .

L’objet matériel de l’expropriation est limité au droit du créancier immobilier. IL faut


souligner que seul ce qui est immobilier est ici concerné, et les droits réels immobiliers
(immeuble appartenant au particulier).

L’objet juridique de l’expropriation est une cession forcée. Ici, il faut faire une distinction
fondamentale entre le détenteur du pouvoir d’expropriation et le bénéficiaire de
l’expropriation. Le détenteur est l’État. Sur ce plan, le droit sénégalais se distingue du
droit français. En France, les CT, les établissements publics ont le droit de recourir à
l’expropriation.

Au Sénégal, seul l’État est le détenteur de ce pouvoir. Toutefois, si l’État est le seul
détenteur de ce pouvoir, l’État sénégalais n’est pas le seul bénéficiaire de cette
expropriation. Quand l’État exproprie, certes c’est pour acquérir des biens, mais il peut les
rétrocéder aux(départements, aux communes, établissements publics, sociétés d’économie
mixte concessionnaire de service public etc.. ) Enfin, l’État peut exproprier un terrain pour
permettre l’installation d’une ambassade.

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Para 2 : Le but de l’expropriation : l’utilité publique.

L’article 17 de la déclaration de1789 faisaient mention de « la nécessité publique ». Cette


nécessité publique a été remplacée dans le code Napoléon de 1808 par la notion d’utilité
publique

Le législateur sénégalais a hérité cette large conception de l’expropriation pour cause d’utilité
publique. L’article 2 de la loi de 1976 évoque dix rubriques pouvant donner lieu à une
expropriation (Installation de services publics ; salubrité publique ; défense du territoire ;
reboisement et conservation des forêts ; recherche et l’exploitation des minéraux ; le captage,
la production de l’eau, du gaz, de l’électricité, des hydrocarbures)

En France comme au Sénégal, cette notion est conçue très largement, d’où l’importance
du contrôle juridictionnel.

Section 2 : La procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique

La procédure est marquée par deux grandes étapes à savoir d’une part par la préparation de
l’expropriation (para 1) et d’autre part par la réalisation juridique de l’expropriation ( para 2).

Para 1 : La préparation de l’expropriation :

Dans la préparation de l’expropriation, il faut identifier d’une part les opérations


administratives(A) et d’autre part, la tentative de conciliation (B).

A/ Les opérations administratives.

La phase administrative comprend trois séries d’opérations. Il s’agit de l’enquête, de la


déclaration de l’utilité publique, et de l’acte de cessibilité.

1/ L’enquête :

Aux termes de l’article 5 de la loi du 2 juillet 1976, la déclaration de l’utilité publique est
précédée d’une enquête dont l’ouverture est annoncée au public par tout moyen de
publicité habituelle, parce que pendant la durée de l’enquête, toute personne peut formuler
des observations. L’enquête existe même en cas d’urgence.

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En France, l’administration a essayé de formaliser l’enquête (conférences de presse, réunions,
débats dans les commissions, présentation de la déclaration dans les formes simples) . Il s’agit
là de mesures destinées à rendre l’information plus complète. Cette enquête va être considérée
comme un simple avis. Après cet avis, l’expropriant adoptera la déclaration d’utilité publique.

2/ La déclaration d’utilité publique.

Selon l’article 3 de la loi 76-67, l’utilité publique est déclarée par décret. Donc c’est un acte
administratif unilatéral pris par les autorités administratives suprêmes. En France, Il peut
s’agir d’un décret ou d’un arrêté. Dans tous les cas, l’acte administratif a pour effet non de
transférer la propriété, mais de déclarer l’utilité publique. C’est à partir de cette déclaration
que va commencer le transfert de propriété. Le décret fixe le délai pendant lequel
l’expropriation devra être réalisée. Le délai ne peut être supérieur à trois ans, et peut être
prorogé par décret de deux ans.

Le problème est de savoir qu’elle est la nature juridique exacte de cette déclaration ?
On peut donc penser qu’il s’agit d’un acte administratif unilatéral individuel ou un acte
réglementaire. Après des hésitations, le juge administratif français a estimé que la
déclaration d’utilité publique a un caractère intermédiaire. Elle se situe entre le règlement
et l’acte individuel.

A titre d’illustration, on peut citer le décret du 13 juin 2013 déclarant d’utilité́ publique
l’implantation d’un poste de courant pour la Senelec à Mermoz-sotrac à Dakar. Il ressort

de l’article 1er de ce décret que’ « est déclaré́ d’utilité́ publique en application des dispositions
des articles 3 et suivant de la loi 76-67 du 2 juillet 1976 relative à l’expropriation pour cause et
autres opérations foncières d’utilité́ publique l’implantation d’un poste de courant pour la
SENELEC au lieu-dit Mermoz-Sotrac à Dakar. La procédure d’expropriation y afférente, doit
être dans un délai qui ne peut être supérieur à 3 ans ».

Il faut souligner aussi que juge de l’excès de pouvoir exerce un contrôle aussi bien sur la
réalité de l’utilité publique que sur la régularité de la procédure. Sur le contrôle de l’utilité
publique, voir l’arrêt CS 12 janvier 1977 Seyni Loum c/ État du Sénégal. En effet, le Sieur
Loum contestait un décret de 1973 déclarant d’utilité́ publique le projet de création par Ndiouga
Kebe d’un ensemble hôtelier aux Almadies qui désignait les immeubles nécessaires à la
réalisation de ce projet. La Cour annule le décret car la loi ne prévoyait pas la réalisation
d’hôtellerie qui n’était pas citée parmi les travaux et les plans dont la réalisation nécessité́

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une expropriation pour cause d’utilité́ . Plus récemment, la CS confirme encore cette
jurisprudence à travers son arrêt Cs arrêt n°23 du 30 juin 2009 DG des impôts et domaine c/
héritier de Gansamba Nging et héritier feu Mamadou Ndir.

Le contrôle de la régularité de la procédure d’expropriation est illustré par l’arrêt du CE du 29


juin 1994 Serigne Gueye c/ état du Sénégal. Dans cette affaire, il s’agissait d’un recours visant
à contester la régularité de la procédure de l’expropriation de titre foncier sis à Dakar Yoff ; le
requérant a été déchu de son pourvoi pour défaut de signification à la partie adverse.

3 / L’acte de cessibilité.

Selon l’article 6 de la loi 76-67 du 2 juillet 1976, l’acte de cessibilité est constitué par un
décret ou plusieurs décrets qui ont pour objet de désigner les immeubles et les droits
réels immobiliers sur lesquels l’expropriation est déclarée. Le décret sera inscrit sur le
registre de la commercialisation foncière et notifié au propriétaire. La conséquence
est qu’aucune modification de nature à atténuer la valeur du bien ne pourra être réalisée. Le
propriétaire ne pourra plus les aliéner ou les vendre ni constituer des droits réels sur ces
biens. L’expropriant et le propriétaire dresseront un état des lieux.

Il faut préciser que le juge de l’excès de pouvoir contrôle l’acte de cessibilité́ qui doit être
précis dans sa motivation et dans sa finalité́ . Voire à ce propos CE 29 oct. 1997 Héritier
Mamadou Diop c/ État du Sénégal.

B/ La tentative de conciliation

L’article 9 de la loi n°76-67 précise que les intéressés sont invités par l’expropriant à
comparaître devant une commission de conciliation composée par les représentants de
l’administration, et les représentants des zones locales. Cette commission recherche l’accord
des parties sur le montant des indemnités. Cette tentative peut se solder par un échec. La
commission rédige alors un procès-verbal sur les conciliations et en procède à une conciliation
à l’amiable. C’est en cas de désaccord que le juge est saisi.

Para 2/ La réalisation juridique de l’expropriation

Depuis 1789, l’expropriation suppose une juste et préalable indemnité. Ces deux éléments sont
le fait d’un même acte (transfert de propriété et fixation de l’indemnité). Il est pris sur

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ordonnance d’expropriation par un juge du tribunal de grande instance de la situation
de l’immeuble appelé juge des expropriations, désigné pour deux ans par le premier
Président de la Cour d’appel (article 11).

A/ La fixation de l’indemnité.

Elle doit être juste et préalable. La loi de 1976, prévoit d’abord les bases de l’évaluation de
l’indemnité. Elle doit couvrir le total du préjudice si celui-ci est certain, réel, et direct (article
20). L’indemnité ne pourra pas être supérieure à la valeur fixée. Le juge peut constater qu’il
n’y a pas toujours d’accord et auquel cas, Il fixe juridiquement l’indemnité.

D’après l’article 15 de la constitution et l’article 1er de la loi 76-67 du 02 juillet 1976 relative à l’ECUP,
l’indemnité doit être juste et préalable. C’est ce que reconnait la jurisprudence administrative
sénégalaise dans l’arrêt du CE du 13 février 1995, Moussa Wattara et autres c/ État du Sénégal.

B/ L’ordonnance d’expropriation.

Elle fixe l’indemnité et réalise le transfert du droit de propriété. Cette ordonnance en France
peut faire l’objet en appel devant la chambre d’expropriation. Au Sénégal, cette
ordonnance ne peut être attaquée que par la voie du recours pour excès de pouvoir,
article 12 al 1 de la loi 76-67 du 2 juillet 1976. Le juge de l’expropriation joue un rôle important
dans la procédure d’expropriation. Il est un arbitre entre les parties. Par ses ordonnances, il
arbitre les divergences d’interprétation entre les protagonistes ; il veille à la régularité́ des
opérations d’expropriation ; il est le garant de l’effectivité́ et de l’équité́ dans la procédure
d’indemnisation. Il faut remarquer que le juge de l’expropriation n’est pas lié par la
qualification proposée par les parties en procès. C’est ce qu’a affirmé la CS du Sénégal à travers
son arrêt, CS arrêt n° 16 du 23 Mars 2012 État du Sénégal c/ Michelle Margarite Charlotte
Jourdan ; selon la Cour,
« le juge n’est pas tenu par la qualification que les parties au recours ». En l’espèce, « le recours
formé par le DG des impôts et domaine tendant à l’annulation de l’ordonnance du juge de
l’expropriation est en fait un recours pour excès de pouvoir introduit dans les délais et forme
prescrit par la loi organique sur la Cour suprême »

Para 3 /L’abandon de la procédure d’expropriation :

On parle d’abandon lorsque l’opération d’expropriation n’a pas celle déclarée ou


lorsqu’il y’a eu un renoncement. Face à ce constat, l’article 31 de la loi 76-67 du 2 juillet

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1976 relative à l’expropriation pour cause d’utilité́ publique prévoit que « si les immeubles
expropriés à la suite d’une déclaration d’utilité́ publique ne reçoivent pas dans un délai
de 5 ans à compter du procès- verbal d’accord amiable ou de l’ordonnance
d’expropriation, la destination prévue par cette déclaration ou si l’expropriant déclare
avant l’expiration de ce délai renoncé à leur donner cette destination, les anciens
propriétaires ou leurs ayant-droits, peuvent en demander la rétrocession . Ainsi donc
l’action en rétrocession s’exerce dans un délai de cinq ans après l’accord amiable ou
l’ordonnance, elle se prolonge pendant cinq ans au-delà̀ desquels aucune action n’est
recevable devant le juge. Ainsi le demandeur a au total dix ans pour introduire un recours en
rétrocession.

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