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M. Myriel : De Curé à Évêque Bienvenu

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Daniela Ramos Eduardo
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Les Misérables

Première Partie

Fantine
Livre Premier – Un Juste

I
M. MYRIEL

En 1815, M. Charles François-Bienvenu My- 1815 dix-huit cent quinze


riel était évêque de D.– C’était un vieillard évêque nm (dignataire religieux) bispo
d’environ soixante-quinze ans ; il occupait le siège nm cargo, posto
siège de D.–depuis 1806.
Quoique ce détail ne touche en aucune ma- quoique conj ainda que
nière au fond même de ce que nous avons à toucher vtr (concerner) dizer respeito
raconter, il n’est peut-être pas inutile, ne fût-ce bruit nm (nouvelle) fofoca
que pour être exact en tout, d’indiquer ici les propos nmpl (paroles) comentário
bruits et les propos qui avaient couru sur son noblesse de robe nf (noblesse achetée) no-
compte au moment où il était arrivé dans le breza de toga
diocèse. Vrai ou faux, ce qu’on dit des hommes charge nf (rôle) cargo, posição
tient souvent autant de place dans leur vie et de bonne heure loc adv (tôt) cedo
surtout dans leur destinée que ce qu’ils font, répandu adj (courant) comum, popular, difun-
M. Myriel était fils d’un conseiller au parlement didobien fait de sa personne loc adj (beau)
d’Aix ; noblesse de robe. On contait que son atraente, bonito
galanterie nf (politesse appuyée) galanteio,
père, le réservant pour hériter de sa charge, cavalheirismo
l’avait marié de fort bonne heure, à dix-huit ou
vingt ans, suivant un usage assez répandu dans les familles parlementaires. Charles
Myriel, nonobstant ce mariage, avait, disait-on, beaucoup fait parler de lui. Il était bien
fait de sa personne, quoique d’assez petite taille, élégant, gracieux, spirituel ; toute la
première partie de sa vie avait été donnée au monde et aux galanteries.
La Révolution survint, les événements se traquer vtr (poursuivre) perseguir
précipitèrent ; les familles parlementaires, dé- de poitrine adj (toux) tosse
cimées, chassées, traquées, se dispersèrent. atteint adj (touché, affecté) sofrer, acometer
M. Charles Myriel, dès les premiers jours de la ne… point adv (pas) any, no
Révolution, émigra en Italie. Sa femme y mou- écroulement nm (affraisement) colapso
rut d’une maladie de poitrine dont elle était 93 quatre-vingt-treize
atteinte depuis longtemps. Ils n’avaient point effrayant adj (qui fait peur) frightening, terri-
d’enfants. Que se passa-t-il ensuite dans la fying grossissement nm (action de grossir) aumen-
destinée de M. Myriel ? L’écroulement de l’an- to, exagero
cienne société française, la chute de sa propre épouvante nf (horreur) horror, terror
famille, les tragiques spectacles de 93, plus renverser vtr (faire tomber) derrubar
effrayants encore peut-être pour les émigrés ébranler vtr (troubler) pertubar, abalar, afligir
qui les voyaient de loin avec le grossissement
de l’épouvante, firent-ils germer en lui des idées de renoncement et de solitude ? Fut-
il, au milieu d’une de ces distractions et de ces affections qui occupaient sa vie, subite-
ment atteint d’un de ces coups mystérieux et terribles qui viennent quelquefois ren-
verser, en le frappant au cœur, l’homme que les catastrophes publiques n’ébranle-
raient pas en le frappant dans son existence et dans sa fortune ? Nul n’aurait pu le
dire ; tout ce qu’on savait, c’est que, lorsqu’il revint d’Italie, il était prêtre.
En 1804, M. Myriel était curé de B. (Bri- 1804 dix-huit cent quatre
gnolles). Il était déjà vieux, et vivait dans une curé nm (prêtre chargé d’une cure) padre
retraite profonde. retraite nf isolamento, seclusão

Vers l’époque du couronnement, une petite petite affaire nf (broutille) ninharia


affaire de sa cure, on ne sait plus trop quoi, paroissien nm (fidèle) paroquiano
l’amena à Paris. Entre autres personnes puis- antichambre nf (sorte de vestibule) antecâ-
santes, il alla solliciter pour ses paroissiens M. mara
le cardinal Fesch. Un jour que l’empereur était venu faire visite à son oncle, le digne
curé, qui attendait dans l’antichambre, se trouva sur le passage de Sa Majesté. Napo-
léon, se voyant regarder avec une certaine curiosité par ce vieillard, se retourna et dit
brusquement :
− Quel est ce bonhomme qui me regarde ?
− Sire, dit M. Myriel, vous regardez un bonhomme, et moi je regarde un grand
homme. Chacun de nous peut profiter.
L’empereur, ce soir même demanda au cardinal de nome de ce curé, et quelque
temps après M. Myriel fut tout surpris d’apprendre qu’il était nommé évêque de D. –
Qu’y avait-il de vrai, du reste, dans les récits récit nm (rapport de faits) história
qu’on faisait sur la première partie de la vie de
M. Myriel ? Personne ne le savait. Peu de familles avaient connu la famille Myriel avant
la Révolution.
M. Myriel devait subir le sort de tout nouveau venu dans une petite ville où il y a
beaucoup de bouches qui parlent et peu fort de têtes qui pensent. Il devait le subir,
quoiqu’il fût évêque et parce qu’il était évêque. Mais, après tout, les propos auxquels
on mêlait son nom n’étaient que des propos : du bruit, des mots, des paroles ; moins
que des paroles, des palabres, comme dit l’énergique langue du Midi.
Quoi qu’il en fût, après neuf ans d’épiscopat racontage nm tagarelice, maledicência
et de résidence à D. –, tous ces racontages,
sujets de conversation qui occupent dans le premier moment les petites villes et les
petites gens, étaient tombés dans un oubli profond. Personne n’eût osé en parler, per-
sonne n’eût osé s’en souvenir.
M. Myriel était arrivé à D.– accompagné vieille fille nf (femme âgée célibataire) soltei-
d’une vieille fille, mademoiselle Baptistine, qui rona
était sa sœur et qui avait dix ans de moins que lui.
Ils avaient pour tout domestique une ser- femme de chambre nf (damme de compa-
vante du même âge que mademoiselle Baptis- gnie) dama de companhia
tine, et appelée madame Magloire, laquelle femme de charge nf (gouvernante) criada
après avoir été la servante de M. le curé, pre-
nait maintenant le double titre de femme de chambre de mademoiselle et femme de
charge de monseigneur.
Mademoiselle Baptistine était une personne lueur nf (éclat fugitif du regard) brilho, luz
longue, pâle, mince, douce ; elle réalisait
l’idéal de ce qu’exprime le mot « respectable ; » car il semble qu’il soit nécessaire
qu’une femme soit mère pour être vénérable. Elle n’avait jamais été jolie ; toute sa
vie, qui n’avait été qu’une suite de saintes œuvres, avait fini par mettre sur elle une
sorte de blancheur et de clarté ; et, en vieillissant, elle avait gagné ce qu’on pourrait
appeler la beauté de la bonté. Ce qui avait été de ça maigreur dans sa jeunesse était
devenu, dans sa maturité, de la transparence ; et cette diaphanéité laissait voir l’ange.
C’était une âme plus encore que ce n’était une vierge. Sa personne semblait fait
d’ombre ; à peine assez de corps pour qu’il y eût là un sexe ; un peu de matière conte-
nant une lueur ; des grands yeux toujours baissés ; un prétexte pour qu’une âme reste
sur la terre.
Madame Magloire était une petite vieille, replet adj (charnu) gorducho, rechonchudo
blanche, grasse, replète, affairée, toujours ha-
letante, à cause de son activité d’abord, ensuite à cause d’un asthme.
À son arrivée, on installa M. Myriel en son préfet nm (représentant de l'État dans le dé-
palais épiscopal avec les honneurs voulus par partement)
mento
(French official) chefe de departa-

les décrets impériaux qui classent l’évêque immédiatement après le maréchal de


camp. Le maire et le président lui firent la première visite, et lui de son côté fit la pre-
mière visite au général et au préfet.
L’installation terminée, la ville attendit son attendre vtr (espérer, compter sur) aguardar
évêque à l’œuvre.

II
M. MYRIEL DEVIENT MONSEIGNEUR BIENVENU

Le palais épiscopal de D.– était attenant à attenant adj (adjacent, dépendant) adjacente
l’hôpital.
Le palais épiscopal était un vaste et bel hô- 1712 dix-sept cent douze
tel bâti en pierre au commencement du siècle logis nm (habitation) morada
dernier, par monseigneur Henri Puget, docteur cour d’honneur nf (cour pour les réceptions)
en théologie de la faculté de Paris, abbé de main courtyard
Simore, lequel était évêque de D.– en 1712. Ce promenoir nm (chemin de cour couvert) gale-
palais était un vrai logis seigneurial. Tout y ria rez-de chaussée nm inv (niveau d’une mai-
avait grand air, les appartements de l’évêque, son) first floor
1714 dix-sept cent quatorze
les salons, les chambres, la cour d’honneur, prédicateur nm (prêcheur) pregador
fort large avec promenoirs à arcades, selon
l’ancienne mode florentine, les jardins plantés de magnifiques arbres. Dans la salle à
manger, longue et superbe galerie qui était au rez-de-chaussée et s’ouvrait sur les jar -
dins, monseigneur Henri Puget avait donné à manger en cérémonie le 29 juillet 1714 à
messeigneurs C.B.G., archevêque prince d’Embrun ; A.M., capucin, évêque de Grasse ;
P.V., grand prieur de France, abbé de Saint-Honoré de Lérins ; F.B.G., évêque, baron
de Vence ; C.S.F., évêque, seigneur de Glandève, et J.S., prêtre de l’Oratoire, prédica-
teur ordinaire du roi, évêque, seigneur de Senez. Les portraits de ces sept révérends
personnages décoraient cette salle, et cette date mémorable, 29 juillet 1714, y était
gravée en lettres d’or sur une table de marbre blanc.
L’hôpital était une maison étroite et basse, à un seul étage avec un petit jardin.
Trois jours après son arrivée, l’évêque visita l’hôpital. La visite terminée, il fit prier le
directeur de vouloir bien venir jusque chez lui.
− Monsieur le directeur de l’hôpital, lui dit-il, combien en ce moment avez-vous de
malades ?
− Vingt-six, monseigneur.
− C’est ce que j’avais compté, dit l’évêque.
− Les lits, reprit le directeur, sont bien serrés les uns contre les autres.
− C’est ce que j’avais remarqué.
− Les salles ne sont que des chambres et l’air s’y renouvelle difficilement.
− C’est ce qui me semble.
− Et puis, quand il a un rayon de soleil, le jardin est bien petit pour les convales -
cents.
− C’est ce que je me disais.
− Dans les épidémies, nous avons eu cette année le typhus, nous avons eu la suette
miliaire il y a deux ans, cent malades quelquefois, nous ne savons que faire.
− C’est la pensée qui m’était venue.
− Que voulez-vous, monseigneur ? dit le directeur, il faut se résigner.
Cette conversation avait lieu dans la salle à manger-galerie du rez-de-chaussée.
L’évêque garda un moment le silence, puis il se tourna brusquement vers le direc -
teur de l’hôpital.
− Monsieur, dit-il, combien pensez-vous qu’il tiendrait de lits rien que dans cette
salle ?
− Dans la salle à manger de monseigneur ? s’écria le directeur stupéfait.
L’évêque parcourait la salle du regard et semblait y faire avec les yeux des mesures
et des calculs.
− Il y tiendrait bien vingt lits ! dit-il, comme se parlant à lui-même ; puis élevant la
voix :
− Tenez, monsieur le directeur de l’hôpital, je vais vous dire. Il y a évidemment une
erreur. Vous êtes vingt-six personnes dans cinq ou six petites chambres. Nous sommes
trois ici et nous avons place pour soixante. Il y a erreur, je vous dis, vous avez mon lo -
gis et j’ai le vôtre. Rendez-moi ma maison ; c’est ici chez vous.
Le lendemain, les vingt-six pauvres malades étaient installés dans le palais de
l’évêque, et l’évêque était à l’hôpital.
M. Myriel n’avait pas de biens, sa famille ayant été ruinée par la Révolution. Sa sœur
touchait une rente viagère de cinq cents francs qui, au presbytère, suffisait à sa dé-
pense personnelle. M. Myriel recevait de l’État comme évêque un traitement de quinze
mille francs. Le jour même où il vint se loger dans la maison de l’hôpital, M. Myriel dé-
termina l’emploi de cette somme une fois pour toutes de la manière suivante. Nous
transcrivons ici une note écrite de sa main.

NOTE POUR RÉGLER LES DÉPENSES DE MA MAISON


Pour le petit séminaire… quinze cent
livres.
Congrégation de la mission… cent livres.
Pour les lazaristes de Montdidier… cent livres.
Séminaire des missions étrangères à Paris… deux cents
livres.
Congrégation du Saint-Esprit… cent cinquante
livres.
Établissement religieux de la Terre-Sainte… cent livres.
Sociétés de charité maternelle… trois cents
livres.
En sus, pour celle d’Arles… cinquante livres.
Œuvre pour l’amélioration des prison s… quatre cents
livres.
Œuvre pour le soulagement et la délivrance des prisonniers… cinq cents
livres.
Pour libérer des pères de famille prisonniers pour dettes… mille livres.
Supplément au traitement des pauvres maîtres d’école du diocèse… deux mille
livres.
Grenier d’abondance des Hautes-Alpes… cent livres.
Congrégation des dames de D.–, de Manosque et de Sisteron, pour
l’enseignement gratuit des filles indigentes… quinze cent
livres.
Pour les pauvres… six mille livres.
Ma dépense personnelle… mille livres.
Total… quinze mille livres.

Pendant tout le temps qu’il occupa le siège de D.–, M. Myriel ne changea rien à cet
arrangement. Il appelait cela, comme on voit, avoir réglé les dépenses de sa maison.
Cet arrangement fut accepté avec une soumission absolue par mademoiselle Baptis-
tine. Pour celle sainte fille, M. de D.– était tout à la fois son frère et son évêque, son
ami selon la nature et son supérieur selon l’Église. Elle l’aimait et elle le vénérait tout
simplement. Quand il parlait, elle s’inclinait ; quand il agissait, elle adhérait. La ser-
vante seule, madame Magloire, murmura un peu. M. l’évêque, on l’a pu remarquer, ne
s’était réservé que mille livres, ce qui, joint à la pension de mademoiselle Baptistine,
faisait quinze cents francs par an. Avec ces quinze cent francs, ces deux vieilles
femmes et ce vieillard vivaient.
Et, quand un curé de village venait à D.– M. l’évêque trouvait encore moyen de le
traiter, grâce à la sévère économie de madame Magloire et à l’intelligente administra-
tion de mademoiselle Baptistine.
Un jour, il était à D.– depuis environ trois mois, l’évêque dit :
− Avec tout cela je suis bien gêné !
− Je le crois bien, s’écria madame Magloire, monseigneur n’a seulement pas récla-
mé la rente que le département lui doit pour ses frais de carrosse en ville et de tour-
nées dans le diocèse. Pour les évêques d’autrefois, c’était l’usage.
− Tiens ! dit l’évêque, vous avez raison, madame Magloire.
Il fit sa réclamation.
Quelque temps après, le conseil général, prenant cette demande en considération,
lui vota une somme annuelle de trois mille francs, sous cette rubrique : Allocation à M.
l’évêque pour frais de carrosse, frais de poste et frais de tournées pastorales.
Cela fit beaucoup crier la bourgeoisie locale, et, à cette occasion, un sénateur de
l’Empire, ancien membre du Conseil des Cinq-Cents favorable au dix-huit brumaire et
pourvu près de la ville de D.– d’une sénatorerie magnifique, écrivit au ministre des
cultes, M. Bigot de Préameneu, un petit billet irrité et confidentiel dont nous extrayons
ces lignes authentiques :
« − Des frais de carrosse ? pourquoi faire dans une ville de moins de quatre mille
habitants ? Des frais de tournées ? à quoi bon ces tournées d’abord ? ensuite comment
courir la poste dans ce pays de montagnes ? il n’y a pas de routes. On ne va qu’a che-
val. Le pont même de la Durance à Château-Arnoux peut à peine porter des charrettes
à bœufs. Ces prêtres sont tous ainsi, avides et avares. Celui-ci a fait le bon apôtre en
arrivant. Maintenant il fait comme les autres, il lui faut carrosse et chaise de poste. Il
lui faut du luxe comme aux anciens évêques. Oh ! toute cette prêtraille ! Monsieur le
comte, les choses n’iront bien que lorsque l’empereur nous aura délivres des calotins.
A bas le pape ! (les affaires se brouillaient avec Rome). Quant à moi, je suis pour César
tout seul, etc., etc. »
La chose, en revanche, réjouit fort madame Magloire. – Bon, dit-elle à mademoiselle
Baptistine, mais il a bien fallu qu’il finit par lui-même. Il a réglé toutes ses charités.
Voilà trois mille livres pour nous. Enfin !
Le soir même, l’évêque écrivit et remit à sa sœur une note ainsi conçue :

FRAIS DE CARROSSE ET DE TOURNÉES


Pour donner du bouillon de viande aux malades de l’hôpital… quinze cent livres.
Pour la société de charité maternelle d’Aix… deux cent cinquante
livres.
Pour la société de charité maternelle de Draguignan… deux cent cinquante
livres.
Pour les enfants trouvés… cinq cents livres.
Pour les orphelins… cinq cents livres.
Total… trois mille livres.

Tel était le budget de M. Myriel.


Quant au casuel épiscopal, rachats de bans, dispenses, ondoiements, prédications,
bénédictions d’églises ou de chapelles, mariages, etc., l’évêque le percevait sur les
riches avec d’autant plus d’âpreté qu’il le donnait aux pauvres.
Au bout de peu temps, les offrandes d’argent affluèrent. Ceux qui ont et ceux qui
manquent frappaient à la porte de M. Myriel, les uns venant chercher l’aumône que les
autres venaient y déposer. L’évêque, en moins d’un an, devint le trésorier de tous les
bienfaits et le caissier de toutes les détresses. Des sommes considérables passaient
par ses mains ; mais rien ne put faire qu’il changeât quelque chose à son genre de vie
et qu’il ajoutât le moindre superflu à son nécessaire.
Loin de là. Comme il y a toujours encore plus de misère en bas que de fraternité en
haut, tout était donné, pour ainsi dire, avant d’être reçu ; c’était comme de l’eau sur
une terre sèche ; il avait beau recevoir de l’argent, il n’en avait jamais. Alors il se dé-
pouillait.
L’usage étant que les évêques énoncent leurs noms de baptême en tête de leurs
mandements et de leurs lettres pastorales, les pauvres gens du pays avaient choisi,
avec une sorte d’instinct affectueux, dans les noms et prénoms de l’évêque, celui qui
leur présentait un sens, et ils ne l’appelaient que monseigneur Bienvenu. Nous ferons
comme eux, et nous le nommerons ainsi dans l’occasion. Du reste, cette appellation
lui plaisait. − J’aime ce nom-là, disait-il ! Bienvenu corrige monseigneur.
Nous ne prétendons pas que le portrait que nous faisons ici soit vraisemblable :
nous nous bornons à dire qu’il ressemblant.

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