L’ARBITRAGE EN REASSURANCE
Le contentieux de la réassurance rime avec arbitrage.
L’inclusion d’une clause compromissoire dans les contrats de
réassurance est systématique. Peut-on considérer que
l’arbitrage constitue un usage juridique propre à la matière ? Si
tel était le cas, il en résulterait qu’en l’absence de clause
contraire, les parties seraient contraintes de porter tout
différend devant les juridictions arbitrales. Quant à nous, nous
pensons difficile de soutenir qu’un usage imposerait aux parties
de renoncer à porter un différend devant les juridictions
étatiques.
Il n’en demeure pas moins que les avantages du recours à
l’arbitrage se situent dans la rapidité de l’obtention d’une
décision, sa relative facilité de mise en œuvre, notamment en
présence de parties ou de risques qui relèvent de droits
différents (on pense aux programmes de réassurance dans
lesquels la cédante, le réassureur et l’intermédiaire sont
domiciliés dans des pays différents), la certitude d’une
intervention des hommes de l’art rompus à la technicité de la
matière, et une relative confidentialité.
C’est pourquoi la plupart des litiges liés à l’exécution de
conventions de réassurance sont tranchés par des juridictions
arbitrales. Les parties ont le choix de définir une clause ad hoc
laquelle donne souvent lieu à des négociations délicates. Les
parties peuvent encore préférer se référer à des règles définies
au préalable par des institutions dédiées.
Ainsi, la France dispose à cet égard d’une organisation arbitrale
dédiée aux litiges entre assureurs et/ou réassureurs : le Centre
français d’arbitrage de réassurance et d’assurance (Cefarea).
Accepter dès la mise en place du contrat de réassurance que
tout litige éventuel soit tranché conformément au règlement
d’arbitrage du Cefarea permet aux parties, non seulement
d’avoir connaissance préalablement à la survenance de tout
différend du cadre procédural, mais également de bénéficier
d’un cadre procédural défini et ayant fait ses preuves. Le
Cefarea dispose par ailleurs d’un panel d’arbitres expérimentés,
lesquels se doivent de respecter le principe d’indépendance. À
cet égard, il faut noter que le choix des arbitres pourrait se
révéler parfois délicat eu égard au nombre relativement
restreint des professionnels de la réassurance.
De plus la qualité des sentences (et donc leur solidité juridique)
rendues sous l’égide du Cefarea est garantie par la procédure
même du règlement du Cefarea. Enfin, on rappelle que le
règlement du Cefarea contient un avantage certain puisqu’il
prévoit expressément des pouvoirs d’amiable compositeur pour
les arbitres, lesquels leur permettent de statuer en équité, sauf
décision contraire des parties, qui auraient choisi d’écarter cette
disposition du règlement.
On aura compris que faire le choix de porter tout différend
devant les juridictions étatiques ou négocier une clause
compromissoire ad hoc ou encore se référer à un règlement
d’arbitrage ayant fait ses preuves présente un enjeu certain que
les parties ne doivent pas négliger lors de la mise en place de
leur convention de réassurance, au risque d’une incertitude
juridique en cas de survenance d’un litige.
Acceptation (ou souscription)
Opération par laquelle un réassureur accepte de couvrir tout ou
partie d’un risque souscrit ou accepté par la cédante.
Appel au comptant
Appel de fonds fait par la cédante au réassureur lorsqu’elle doit
régler un sinistre important. Le seuil de l’appel au comptant doit
être précisé dans la convention de réassurance.
Base de réassurance
Cette base définit quels sont les sinistres couverts par un
contrat donné. Il existe schématiquement trois bases de
réassurance. La réassurance en « base souscription » (risk
attaching basis), où sont réassurés tous les sinistres relatifs à
des polices d’assurance ayant pris effet pendant la durée du
traité, quelle que soit la date de réclamation ou de
survenancedes sinistres. Dans la réassurance en « base
survenance » (loss occuring basis), sont réassurés tous les
sinistres survenus pendant la durée du traité pour un
portefeuille donné, quelle que soit la date de réclamation ou
d’effet du contrat réassuré. En « base réclamation » (claims
made basis), sont réassurés tous les sinistres ayant fait l’objet
d’une réclamation pendant la durée du traité pour un
portefeuille donné, quelles que soient la date du sinistre ou la
date d’effet du contrat réassuré.
Capacité ou limite d’engagement
Montant maximum que le réassureur s’engage à verser à la
cédante au titre des risques cédés.
Captive de réassurance
Société de réassurance créée pour assurer tout ou partie des
risques d’un groupe déterminé. La captive permet de mettre en
place des programmes d’auto-assurance et le cas échéant, de
céder ses risques sur le marché de rétrocession.
Cat bonds ou (obligations catastrophe)
Les cat bonds sont des instruments financiers émis par des
véhicules de titrisation afin de couvrir une partie des pertes
financières des compagnies d’assurance ou de réassurance en
cas de survenance de cat’nat’. Schématiquement, ces
obligations ne sont pas remboursables – et les fonds acquis à
l’assureur ou au réassureur – en cas de survenance d’un
événement naturel déterminé au cours d’une période
prédéfinie. Alternative à la réassurance classique, c’est une
ressource importante pour le financement des très grands
risques.
Cédante (ou assureur)
Organisme d’assurance qui, répondant seule et intégralement
vis-à-vis des assurés des engagements par elle contractés,
transfère par cession au réassureur, dans les conditions fixées
au contrat de réassurance, tout ou partie des risques inhérents
auxdits engagements.
Cession
Opération par laquelle la cédante transfère tout ou partie de ses
risques d’assurance au réassureur
Commission de réassurance
Montant des primes reversées par le réassureur à la cédante
en réassurance de traité à titre de participation aux frais
d’acquisition et de gestion des affaires qui lui sont cédées. En
payant une commission de réassurance, le réassureur
contribue au frais déployés par l’assureur pour l’acquisition de
ses polices.
Commutation
Reprise par la cédante des risques cédés au réassureur,
moyennant une restitution des provisions et actifs résiduaires
constitués au titre du traité. La possibilité d’effectuer des
commutations et les bases financières sur laquelle celle-ci est
effectuée peuvent être prévues par la convention de
réassurance.
Contrat de réassurance
Contrat aux termes duquel le réassureur s’engage à prendre en
charge les conséquences pécuniaires supportées par la
cédante pour tout ou partie des engagements qu’elle a
souscrits aux termes d’une ou plusieurs polices d’assurance, en
contrepartie d’une prime de réassurance payée par la cédante.
Cette opération ne décharge pas pour autant la cédante de ses
obligations vis-à-vis des assurés.
Cut through (clause de)
Clause autorisant l’assuré direct à demander l’indemnisation
d’un sinistre réassuré auprès du réassureur directement,
notamment en cas d’insolvabilité de la cédante. Cette clause
fait courir au réassureur le risque d’être qualifié d’assureur
direct.
Forme de reassurance
La réassurance peut être de forme proportionnelle ou non-
proportionnelle. Pour la réassurance proportionnelle, le
réassureur s’engage à indemniser la cédante à hauteur d’un
pourcentage déterminé de tout sinistre, en contrepartie du
paiement d’un pourcentage équivalent des primes d’assurance
du portefeuille réassuré. Elle peut être en quote-part ou en
excédent de plein. Pour la réassurance non-proportionnelle, le
réassureur s’engage à indemniser la cédante pour un montant
de sinistres qui excède certains seuils contractuellement
définis, en contrepartie du paiement d’une prime
contractuellement convenue. Elle peut être en excédent de
sinistres ou en excédent de pertes.
Fronting
Le fronting est l’opération par laquelle un assureur fronteur
cède à un réassureur l’intégralité d’un contrat ou d’un
programme d’assurance déterminé. Le fronteur sert uniquement
de conduit entre l’assuré et le réassureur, qui porte l’intégralité
du risque économique du contrat ou du programme cédé. En
vertu de cette réassurance, le réassureur indemnise l’intégralité
des sinistres en contrepartie de l’intégralité des primes
d’assurance. Cela en fait une forme extrême d’assurance
proportionnelle.L’assureur est généralement rémunéré par une
commission exprimé en pourcentage de la prime d’assurance.
Cette pratique est parfois utilisée pour contourner la nécessité
d’un agrément dans certains pays, la cédante « louant » ainsi
son agrément au réassureur. Cette pratique est toutefois
prohibée dans certains pays, qui exigent que l’assureur
conserve une fraction du risque original.
Perte nette définitive
Sommes payées par la cédante en règlement de sinistres
entraînant sa garantie. Le réassureur s’engage à indemniser la
cédante de tout ou partie de cette perte nette définitive. Cette
somme est calculée déduction faite de tous recouvrements et
sauvetages et de toutes créances de réassurance couvrant le
portefeuille réassuré. Ne sont normalement pas compris dans la
perte nette définitive les frais généraux de la cédante.
Portefeuille de réassurance
Ensemble des affaires de réassurance en cours acceptées par
un réassureur.
Prime de réassurance
Somme payée par la cédante et perçue par le réassureur en
contrepartie de la couverture d’un risque cédé par la cédante.
Priorité
Montant d’un sinistre restant à la charge de la cédante. Elle
équivaut à la franchise en assurance.
Réassureur
Société agréée qui s’engage à prendre en charge une partie
des conséquences pécuniaires supportées par la cédante au
titre des engagements qu’elle a souscrits auprès de ses
assurés. En France, le réassureur est une entreprise de
réassurance ou une entreprise d’assurance.
Réassurance facultative
Type de réassurance en vertu duquel la cédante cède au
réassureur tout ou partie d’un contrat ou d’un programme
d’assurance spécifique. Elle est dite facultative dans la mesure
où la cédante et le réassureur ont la faculté d’accepter ou de
refuser de céder ou d’accepter les risques. Il s’agit donc d’une
réassurance négociée de gré-a-gré pour un contrat ou un
programme spécifique.
Reassurance finite
Selon l’article L. 310-1-1 du code des assurances, la
réassurance finite, désigne « la réassurance en vertu de
laquelle la perte maximale potentielle du réassureur, découlant
d’un transfert significatif à la fois des risques liés à la
souscription et des risques liés à l’échéance des paiements,
excède, à concurrence d’un montant important mais limité, les
primes dues par la cédante sur toute la durée du contrat ».
Cette forme de réassurance est caractérisée par un transfert
limité de risque. Lorsque les transferts de risques sont
insuffisants ou inexistants, la réassurance finite n’est pas
considérée comme constituant une opération de réassurance.
Réassurance proportionnelle
Cf. Formes de réassurance.
Réassurance non-proportionnelle
Cf. Formes de réassurance.
Reconstitution de garantie
Chaque fois qu’un sinistre met en jeu l’engagement du
réassureur en tout ou en partie, le contrat de réassurance peut
prévoir que le montant de la garantie épuisé sera
automatiquement reconstitué, avec ou sans paiement d’une
prime de réassurance additionnelle.
Rétrocession
C’est l’opération par laquelle un réassureur rétrocédant cède
tout ou partie de certains risques de réassurance déterminés à
un autre réassureur rétrocessionnaire. La rétrocession
équivautà la réassurance pour les réassureurs.
Run off
Les engagements du réassureur au-delà de la période de
couverture du contrat de réassurance, qui perdurent jusqu’à la
liquidation du portefeuille de réassurance. En fonction de la
branche, la liquidation du run-off peut prendre plusieurs
dizaines d’années.
Sinistre
Perte financière subie par la cédante au titre des engagements
réassurés, résultant de la mise en œuvre d’une police par un
assuré, de la constatation de provisions et du versement
d’indemnités à un assuré.
Souscripion
Cf. Acceptation.
Traité de réassurance
Le traité de réassurance est un type particulier de réassurance,
caractérisé par le fait qu’il organise les conditions de
réassurance d’un portefeuille de contrats ou une catégorie de
risques contractuellement déterminés. Cette caractéristique
distingue le traité de la réassurance facultative, qui concerne la
cession négociée d’un contrat ou programme d’assurance
déterminé. La réassurance de traité est le type de réassurance
le plus répandu. La réassurance de traité peut être obligatoire
lorsque la cédante a l’obligation de céder certains risques au
réassureur, qui a l’obligation de les accepter, ou bien semi-
obligatoire lorsque la cédante la faculté de proposer de céder
certains risques déterminés au réassureur qui a l’obligation de
les accepter.
Types (ou modes de réassurance)
Le mode de réassurance fait référence au type de risques
cédés et au caractère obligatoire ou non des cessions et
acceptations faites en application du contrat de réassurance.
Selon le mode de réassurance convenu par les parties, la
cédante ou le réassureur aura l’obligation ou la faculté de céder
ou d’accepter certains risques définis. On distingue
généralement la réassurance facultative de la réassurance de
traité.