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Article

« Les territoires de la ville : la mondialisation comme aventure urbaine »

Daniel Latouche
Cahiers de géographie du Québec, vol. 41, n° 114, 1997, p. 413-419.

Pour citer cet article, utiliser l'information suivante :

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DOI: 10.7202/022680ar

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Les territoires de la ville: la mondialisation
comme aventure urbaine

D a n i e l Latouche
INRS-Urbanisation
Montréal

Résumé

Les nouveaux territoires urbains que nous propose le regard postmoderne existent-ils
vraiment ou découlent-ils d'une imagination géographique en manque d'inexploré? Et si
les multiples identités que nous impose un monde fini nous poussaient à leur tour à toujours
devoir «découvrir» de nouveaux territoires où ancrer notre trop-plein identitaire? Bref,
aurions-nous trop d'identités pour les territoires que l'œil postmoderne nous laisse
entrevoir? Et surtout, ce regard que nous posons sur nos villes s'est-il vraiment défait de
son ancrage dans la modernité?
Mots-clés: villes, territoires, identités, modernité, postmodernité.

Abstract

Do the new urban territories that sprang up under the postmodern glance really exist
or are they simply the resuit of some kind of geographical imagination? What if our multiple
identities pushed us to seek new territories to discharge our overflow of identities? In short,
do we hâve too many identities for the territories that the postmodern eye allowed us to
see? And, above ail, has the way we look at our cities really change or is it still link to a
m o d e m perspective?
Key Words: cities, territories, identities, modernity, postmodernity.

Cahiers de Géographie du Québec • Volume 41, n° 114, décembre 1997 • Pages413-419


Les villes sont à la mode. On aime les utiliser pour épier, en toute quiétude, les
grandes manœuvres de la mondialisation. La vue est dégagée et permet d'observer
la fin, pas toujours élégante, des États, des pays et des nations, bref de tous ces
«anciens» territoires qui n'en finissent plus de mourir.

On revient à la fois inquiet et enthousiaste de ces «expéditions» en terres


urbaines. On y aura vu les ravages d'un chômage devenu chronique, d'une
criminalité toujours plus jeune et d'une pauvreté qui colle à la peau. Mais on y
aura aussi constaté que les villes ne sont pas que les victimes impuissantes d'une
mondialisation venue d'ailleurs. Un peu partout, on voit émerger de «nouveaux»
territoires qui donnent corps à la «nouvelle» économie, aux «nouvelles»
technologies et même aux «nouvelles» solidarités. La ville elle-même est devenue
la plate-forme magique où se met en scène ce «glocal» dont on ne cesse de proclamer
la venue.
Mais ces nouveaux territoires urbains — la ville-région, la cité communicante,
l'ethni-cité, le quartier communautariste, le corridor scientifique, la zone
entreprenariale — que nous propose le regard postmoderne, existent-ils vraiment
ou découlent-ils d'une imagination géographique en manque d'inexploré?

Et si les multiples identités que nous impose un monde fini nous poussaient à
leur tour à toujours devoir «découvrir» de nouveaux territoires où ancrer notre
trop-plein identitaire? Bref, aurions-nous trop d'identités pour les territoires que
l'œil postmoderne nous laisse entrevoir? Et d'abord, ce regard que nous posons
sur nos villes s'est-il vraiment défait de son ancrage dans la modernité?

OBSERVER LA VILLE MODERNE:


LE FLÂNEUR ET LE JOURNALISTE
La croissance accélérée des villes européennes et nord-américaines au XIXe siècle
a rapidement posé le problème de leur «représentation» et de leur compréhension.
Tant qu'on pouvait embrasser d'un seul regard tout le territoire de la ville, il était
relativement facile de donner un sens à la vision ainsi obtenue. Depuis la «carte»
des 12 chaînes de Florence à la fin du Quattrocento en passant par celle de Venise
de Jacopo de Barberi (1500) jusqu'au Plan de Paris de Michel de Turgot (1739), on
ne compte plus les Vues urbaines dont l'intention n'est pas tant d'aider le voyageur
à s'y retrouver que d'insuffler un sentiment de grandeur et d'ordre sur des
ensembles urbains où chaque chose est à sa place et où une place existe pour chaque
chose. À quelques siècles de distance, on reste surpris de découvrir à quel point les
représentations cartographiques de Florence, Sienne ou Rome confirment les
identités privilégiées par les maîtres des lieux. Dans le cas de Rome, l'héritage de
l'Antiquité est toujours privilégié alors que pour les villes toscanes, c'est la qualité
des espaces et des édifices publics qui domine.

En 1801, Londres atteint déjà plus d'un million d'habitants et si on peut


encore «peindre» Paris derrière ses murailles — la ville n'atteint encore que
500 000 habitants — la représentation de Londres exige de nouveaux instruments.
Les statistiques, recensements et registres prennent donc la relève et suscitent,

414 Cahiers de Géographie du Québec • Volume 41, n° 114, décembre 1997


chiffres à l'appui, des territoires urbains plus conformes à la nouvelle vision
pathologique de la ville. Dès 1850 se multiplient les cartes médicales montrant les
progrès du choléra et la qualité des installations sanitaires.
Mais le regard statistique allait bientôt devoir coexister avec celui de l'artiste et
du journaliste, des regards tout aussi «inventifs» en matière de nouveaux territoires
urbains. Les quartiers insalubres, pauvres, mal famés, dangereux apparaissent en
même temps que les «beaux quartiers». Leur misère est réelle puisqu'elle se mesure.

La ville moderne se prête particulièrement bien au regard du «flâneur», celui si


bien décrit par Beaudelaire et auquel Walter Benjamin a donné des lettres de créance
méthodologique. La ville moderne se présente comme un champ visuel riche en
codes de toutes sortes et qui ne se laisse déchiffrer qu'à partir d'une accumulation
de regards, ce qui implique une mobilité dans la ville et un «hasard qui fait bien les
choses». La ville moderne est celle de la circulation, de la rapidité. Il faut être partout
à la fois pour pouvoir l'appréhender. Pas étonnant que la photographie soit
l'instrument favori du flâneur devenu urbain.

Qui est le flâneur? C'est uniquement un homme, de classe moyenne, à qui


l'expérience de la promenade urbaine fournit un statut de gentleman qui lui serait
autrement nié. Contrairement aux deux autres figures urbaines par excellence qui
«circulent» aussi dans la ville européenne de la fin de siècle, le vagabond et la
prostituée, la ville du flâneur devient rapidement le centre d'une expérience
esthétique qui se renouvelle à même l'énergie qu'elle produit. Mais attention, le
flâneur n'est pas le badaud qui se contente de voir sans comprendre et ne perçoit
pas les transformations du monde qui se cachent derrière la vie quotidienne.

Ancré à la fois dans le surréalisme et le mysticisme juif, le regard de Benjamin


sur la ville s'est rapidement transformé pour tenir compte du caractère saccadé et
fuyant de l'expérience de la ville moderne. Son regard est celui du monteur de
cinéma capable d'enchaîner dans une trame unique des plans apparemment sans
relations, ayant pour seul lien celui d'une marginalité dont le vécu délimite les
territoires d'une ville capitaliste émergente.

La «vérité» urbaine, rappelle Benjamin, ne peut être obtenue qu'en s'immergeant


dans son sujet et en l'observant dans ses moindres détails. Chaque idée qui fait
surface contient en elle une représentation de l'ensemble. La ville devient ainsi un
tableau que l'on construit à coups de pinceaux, comme s'il s'agissait d'une toile
impressionniste. En proclamant Paris la «capitale du XIXe siècle», Benjamin suggère
que la prééminence de cette ville ne tient pas tant à son importance politique ou
géo-économique — Londres est alors la véritable «capitale» du monde — qu'à sa
capacité à développer des formes urbaines — les passages et les «arcades» en
particulier — qui donnent une présence physique à un ensemble de phénomènes
associés à la vie moderne.

L'arcade (à laquelle Benjamin a consacré une bonne partie de son talent de


flâneur), c'est la circulation et la mobilité, deux réalités centrales de la ville moderne
du tournant du siècle. C'est aussi le dépaysement et le voyage à l'intérieur même
de la ville car il permet de passer d'une réalité à une autre, souvent de la ville

Les territoires de la ville 415


«ancienne» à celle qu'a construite Haussman. Finalement, l'arcade est la première
tentative d'organiser spatialement la commodification de l'espace urbain. Le
«Passage» devient ainsi le premier territoire de la consommation.

L'éclairage électrique et l'apparition de vitre en feuille (sheetglass) allait faciliter


le travail des flâneurs et augmenter leurs possibilités d'observation. On peut
désormais se promener en soirée et surtout faire du lèche-vitrines, le cœur de la
commodification urbaine.

Le flâneur botaniste — le botaniste de l'asphalte, disait Benjamin — collecte le


plus grand nombre de spécimens et tente d'en tirer la spécificité afin de pouvoir
les classifier et ainsi donner un sens à une variété apparemment infinie. Le flâneur
détective — on pense immédiatement à Sherlock Holmes — collectionne lui aussi
les pathologies urbaines afin de rendre la ville plus paisible.

Robert Park (1864-1944), l'un des «instigateurs» de ce qui allait devenir l'École
de Chicago, passa les 20 premières années de sa vie professionnelle comme
journaliste de faits divers à Détroit, Minneapolis, Chicago et New York. Ce n'est
qu'en 1913 qu'il accepte de se joindre à l'Université de Chicago où il s'empresse de
définir le travail du sociologue comme celui d'un reporter opérant seulement avec
«un peu plus de recul» et de «façon un peu plus précise». Mais c'est, en l'occurrence,
un journaliste engagé, car Park, on l'oublie trop souvent, a fait office pendant
quelques temps de secrétaire auprès du leader afro-américain B.T. Washington.

Sous l'œil du journaliste, la ville devient un «laboratoire», le lieu magique de


territoires qui deviennent autant d'expériences. Il ne s'agit plus de flâner et de se
laisser imbiber d'odeurs et de couleurs, mais d'observer, dans les meilleures
conditions possibles, des situations dont le mélange, parfois explosif, toujours
déroutant, nous renseigne sur les dimensions cachées d'une modernité qui a eu le
temps de s'installer. Et qu'observe Park pendant ses années à Chicago? Tout d'abord
une ville en pleine construction à la suite de l'incendie du siècle dernier. Ensuite
une ville où s'installent les Noirs en s'appropriant des quartiers entiers.

Sous l'œil de Park et de ses collègues, Chicago devient une métropole. Or la


métropole permet tous les excès. D'ailleurs, elle est elle-même excès dans sa densité,
son extension et son nombre. Il s'agit de regarder les phénomènes interagir dans
leur durée, en particulier les résultats de l'introduction de «catalyseurs»
(l'immigrant, l'étranger) qui accélèrent les phénomènes, sans parler des résidus
qui se forment.

Les territoires de la «métropolitanité» ressemblent-ils à ceux de la modernité?


Certes, les sites fétiches ont changé — la salle de boxe remplace le grand magasin —
mais au-delà de cette différence, c'est toute la relation entre l'identité des groupes
observés et les territoires occupés qui se trouve modifiée. L'œil du flâneur perçoit
avant tout l'éphémère imposé par la vitesse et l'agitation; celui du journaliste
cherche les marques et les traces qui définissent des frontières.

Cahiers de Géographie du Québec • Volume 41, n° 114, décembre 1997


LES TERRITOIRES DE LA POSTMODERNITÉ: LA VILLE ET
SES ENCLAVES
Admettons un instant que la ville postmoderne existe. Alors comment les
sociologues de la ville approchent-ils les territoires de la postmodernité et quelle
image forte ressort de cette exploration? Qui sont les nouveaux flâneurs et comment
leur regard s'est-il mis en place? Une première réponse nous est fournie par le
sous-titre du livre-fétiche sur Los Angeles, la capitale incontestable de la
postmodernité. En ajoutant à son City of Quartz un paradoxal «Excavating the Future
in Los Angeles», Mike Davis définit le personnage central de l'aventure urbaine
postmoderne, l'aventurier-archéologue. Le flâneur-dilettante des Arcades et le
journaliste-expérimentateur de la Métropole-laboratoire cèdent ici le terrain à
Indiana Jones.
Le regard archéologique privilégie nécessairement un construit par excellence,
la ruine, et surtout un type de territoire, l'enclave, dont il importe d'abord
d'identifier les frontières et ensuite de «déconstruire» la spécificité afin d'en
découvrir le sens et l'ordre caché. Pourquoi l'enclave? Peut-être parce qu'elle
rappelle le jardin zoologique, un espace à la fois moderne par son goût de la
taxonomie et postmoderne par son éclectisme et son refus du contexte. Si la
promenade et l'expérimentation sont les outils par excellence du flâneur et du
journaliste urbain, la dé-construction, une attitude proche du travail de
l'archéologue qui gratte les couches successives de poussière et de terre accumulés
sur des objets qui vont lui permettre de comprendre, domine ici. Le regard
postmoderne voit à travers les sédiments laissés par une histoire maintenant
terminée.
La liste des enclaves privilégiées par l'archéologue postmoderne ne cesse de
s'allonger. Les enclaves ethnoraciales (en particulier Chinatown) y occupent
toujours une place de choix de même que les multitudes enclaves techno-
scientifiques, mais elles ont été rejointes par les enclaves sécuritaires, les enclaves
ludiques (thème parles) et les enclaves commerciales (shopping mails). À la manière
de la forêt guatémaltèque d'où émergent les ruines de temples et de cités mayas
(Tikal, Palenque), ces enclaves représentent des oasis de sens — d'où la fascination
qu'elles exercent — dans un univers urbain difficilement cartographiable. Tout
devient prétexte à construire une enclave et à lui imposer un thème.

La simple énumération de ces territoires permet en partie de répondre à la


question de la primauté postmoderne de Los Angeles. Qui dit Los Angeles dit
nécessairement Disneyland, Hollywood, Beverly Hills, Orange County, autant de
sites de la mythologie postmoderne. Même si ces sites sont aujourd'hui largement
dépassés par d'autres (Disneyworld à Orlando, Silicon Valley près de San Francisco,
le West Edmonton Mail en Alberta), ils continuent de dominer le paysage de la
postmodernité urbaine à cause de leur connexion privilégiée avec les éléments
centraux du mythe californien, entre autres celui de la Cité dans le désert ou de

Les territoires de la ville 417


l'Eldorado à la fin de la route. Faire de Los Angeles la ville postmoderne par
excellence, la ville éclatée et sans âme, évite de remettre en question certaines des
certitudes les mieux ancrées de la ville «humaine» où il faisait si bon flâner. C'est
vrai qu'on ne flâne pas à Los Angeles, du moins pas à pied. Mais si la ville s'est
ainsi étalée sur des centaines de kilomètres, ce n'est pas tant à cause de l'automobile,
mais bien parce Los Angeles fut la première ville à se donner un système de
transport digne de ce nom que les spéculateurs ont alimenté en créant de toutes
pièces ces «villes nouvelles» dont les noms évoquent aujourd'hui le spectre de la
dispersion et de l'étalement: Palos Verdes, Pasadena, Santa Monica.

Seule l'enclave patrimoniale semble avoir échappé à Los Angeles, encore que
Disneyland et son village du Farwest (Frontier Towri) et du Moyen-Âge fantastique
(Fantasyland) fournissent des succédanés à faible prix. Les nombreux Ghost Towns
qui parsèment le désert américain peuvent aussi prétendre au label patrimonial.
De même, Alcatraz est aujourd'hui l'objet d'une dispute quant à l'identité
historique, celle des ancêtres amérindiens ou des gangsters «blancs», qu'elle devrait
projeter.

Conclure, comme on le fait peut-être trop rapidement, que la fragmentation de


Los Angeles la rend illisible et empêche l'appropriation collective des territoires
qui la définissent par des groupes sociaux qui n'arrivent pas à y trouver les ancrages
à leur identité n'est pas exact. Ces nombreuses enclaves, nous rappelle Edward
Soja, ne se sont pas retrouvées là par hasard. Ces «entrepôts», comme il aime les
appeler, appartiennent à quelqu'un et témoignent d'une richesse qui ne s'affiche
plus de la même manière, pas plus qu'elle ne se consomme selon les mêmes
schémas. Si on ne peut pas flâner à Los Angeles, ce n'est pas tellement à cause de la
distance que parce qu'il n'y a rien à voir, sauf dans les enclaves évidemment.

Identifier les nouveaux territoires de la ville, moderne ou postmoderne, n'a


jamais été une entreprise au-dessus de tout soupçon. Comme d'autres l'ont souligné,
le flâneur, le journaliste (ou le détective) et l'aventurier portent un regard
essentiellement masculin sur la ville moderne et postmoderne. Eux seuls ont accès
au statut de voyageur et à la métaphore qui en découle. Sauf Jane Jacobs, rares
sont les exploratrices de la ville moderne. Ce n'est sans doute pas une coïncidence
que le fait de n'avoir été «qu'une journaliste» (à la revue Architectural Forum) lui
fut amplement reproché. Ses explorations des quartiers et de la vie des trottoirs de
New York représentent pourtant le premier regard féminin sur la ville moderne (et
postmoderne).

Le rôle aseptisant de la postmodernisation du regard urbain ne s'arrête pas là,


mais inclut aussi l'élimination de l'héritage colonial et impérial dont on peut certes
vanter les mérites patrimoniaux, mais dont on ne devrait pas pour autant nier
l'impact politique. C'est vrai pour Delhi et Melbourne. Ce l'est aussi pour Montréal
et sur un autre registre pour Québec où seul un montage postmoderne permet de
faire «coexister» la ville coloniale française, le site d'une bataille célèbre (le parc
des Plaines d'Abraham) et la présence coloniale britannique (la Citadelle). La ville
postmoderne s'accommodant encore très bien des dominations, anciennes et
nouvelles.

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