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Culture Et Recherche 116-117

le patrimoine culturel universel

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C&R116_actu_BAT:Mise en page 1 5/06/08 12:22 Page 1

116-117
printemps- été 2008 http://www.culture.gouv.fr/culture/editions/r-cr.htm

Le patrimoine culturel immatériel

Jeux taurins à Aigues-Mortes. Cl. † André Signoles, MCC/DRAC Languedoc-Roussillon

Arts du spectacle, traditions et expressions orales, pratiques sociales, rituels et événements festifs, savoir-faire artisanaux... autant de pratiques et
de connaissances transmises de génération en génération, vivantes et évolutives, par lesquelles une communauté, un groupe expriment leur identité.
Tel est le patrimoine culturel immatériel au sens de la convention adoptée en 2003 par l’Unesco et ratifiée en 2006 par la France. La mise en œuvre de
cette convention, qui nécessite la participation des communautés et qui implique de repenser la notion même de patrimoine, confronte les chercheurs
et les acteurs concernés à de nouvelles questions méthodologiques et scientifiques.
Ce dossier de Culture et recherche fournit une première synthèse des réflexions et débats en cours, tant dans notre pays qu’au niveau international,
et présente les orientations prises en France pour la connaissance et la sauvegarde de ce patrimoine. Voir sommaire p. 10

Actualité 2/9
Europe Partenariats
Appels à projets de recherche
> Le portail GAMA > Les Bibliothèques virtuelles humanistes
> Connaissance et conservation des
> Version finale de MICHAEL > La sauvegarde des archives du
matériaux du patrimoine culturel
Commissariat général aux questions juives
> Résultats de l’appel à projets Numérisation du patrimoine
de la Délégation aux arts plastiques > Conservation du patrimoine numérisé Publications
> Le grand pari de l’agglomération > André Malraux et l’architecture
Conservation-restauration
parisienne > Le Corbusier. L’atelier intérieur
> Analyse par laser des œuvres d’art

À lire 55/56
C&R116_actu_BAT:Mise en page 1 4/06/08 11:55 Page 2

ACTUALITÉ
APPELS À PROJETS

Programme national de recherche sur la connaissance et la conservation des matériaux


du patrimoine culturel : un deuxième cycle d’appels à projets

Afin de poursuivre la dynamique impulsée – interprétation des processus d’altération et tech- Appel à projets 2008
lors de la première phase (2003-2006) niques de caractérisation in situ (2003, 2006) ; Le deuxième cycle d’appels à projets reprend les
de ce programme national de recherche, – recherches en conservation-restauration (2003 quatre thématiques précédentes, auxquelles vient
à 2006). s’ajouter un cinquième axe de recherche. En effet,
un deuxième cycle d’appels à projets
En réponse à ces quatre appels, cent dix projets l’évaluation des réponses aux précédents appels,
vient d’être ouvert, pour une période de
ont été déposés. Ils concernaient en premier la le bilan des résultats et l’identification de
quatre ans (2008-2011). pierre et les métaux (environ 1/3 des projets nouveaux besoins liés aux politiques publiques
chacun), puis la peinture, la céramique, le verre, le de préservation du patrimoine culturel ont montré
Créé en 2003, ce programme national permet de bois et enfin le papier. Parmi eux, vingt-quatre la nécessité d’identifier clairement la thématique
soutenir, par un appel à projets annuel, des ont été sélectionnés après expertise et ont reçu un « transfert de technologie, mise au point de
travaux innovants en relation avec l’étude et la soutien financier du ministère de la Culture et de nouvelles techniques d’examen et analyse et de
protection du patrimoine. Il vise à structurer la la Communication pour une durée de deux ans. protocoles analytiques appliqués aux matériaux
recherche dans ce domaine en fédérant un réseau Cette première phase du programme a été du patrimoine culturel ». Car l’étude des maté-
très actif et en encourageant des partenariats clôturée par la présentation des résultats des riaux ne peut se faire sans le développement
entre les institutions de la recherche nationale recherches lors du colloque « Sciences des maté- d’outils adaptés.
(CNRS, CEA, universités, grandes écoles…) et les riaux du patrimoine », accueilli par l’Institut Pour l’appel à projets 2008, lancé en mai, les cinq
différents acteurs concernés (historiens d’art, national du patrimoine à Paris, les 6 et 7 décembre thèmes sont ouverts. Les projets proposés devront
archéologues, conservateurs, restaurateurs du 2007. Parmi les sujets étudiés, citons par exemple s’inscrire dans l’un d’eux ou simultanément dans
patrimoine, ingénieurs, chercheurs…). le mécanisme d’altération de l’aluminium ou la plusieurs. Ils devront relever d’une démarche inter-
manière dont l’homme de Néandertal préparait disciplinaire, à l’interface des sciences physico-
Bilan 2003-2006 : ses pigments, ou encore la mise au point d’un chimiques et naturelles (physiques, chimiques,
un colloque et une publication nouveau mortier à base de coquilles d’œufs ou géosciences, sciences de l’environnement…), des
La première phase a couvert quatre thématiques, celle de polymères hydrosolubles pour consolider sciences humaines et de la conservation-restau-
ouvertes en alternance dans les appels entre 2003 les bois archéologiques gorgés d’eaux. ration du patrimoine.
et 2006 : Les actes de ces journées seront publiés dans un
– connaissances fondamentales sur les matériaux numéro spécial de la revue Techné 1 courant 2008. Le texte de l’appel est en ligne sur le site
du patrimoine culturel (2004, 2006) ; Les résumés des conférences et des posters sont « Sciences et patrimoine culturel » :
– impact de l’environnement sur l’altération et la d’ores et déjà disponibles sur le site « Sciences et http://www.culture.fr/culture/conservation/fr
conservation du patrimoine culturel (2004, 2005, patrimoine culturel » (http://www.culture.gouv.fr/ Clôture : lundi 7 juillet
2006) ; culture/conservation/fr/actualit/actualit.htm). 1. Revue du Centre de recherche et de restauration des
musées de France, diffusion RMN.

Résultats de l’appel à projets de recherche 2008 de la Délégation aux arts plastiques

Six projets de recherche ont été retenus Six thématiques étaient ouvertes : • « Le destin des images », École nationale
et seront soutenus par le ministère de la – évolution de la présentation de l’art supérieure de la photographie d’Arles.
Culture au titre de l’appel à projets de contemporain depuis l’apparition des nouvelles Responsable scientifique : Patrick Talbot.
recherche annuel de la Délégation aux technologies ; • « Basse définition, de l’incidence des
– formes émergentes, pratiques collaboratives, nouveaux standards numériques et en ligne »,
arts plastiques.
dispositifs évolutifs et/ou distribués ; université Paris-1, Laboratoire des arts et des
Dans le cadre de son programme de recherche, – art et techniques ; médias. Responsable scientifique : Nicolas Thély.
la Délégation aux arts plastiques du ministère – pratiques ou usages des objets : un dilemme • « La forme des idées : projet d’un centre de
de la Culture a lancé début 2008 un appel à de la création industrielle ; recherche et de création artistique et
projets, avec pour objectifs de : – l’art et la ville ; théorique », École nationale des Beaux-Arts de
– contribuer à l’apport de connaissances dans le – une thématique dite libre réservée aux Lyon. Responsables scientifiques : Elie During,
domaine de l’art contemporain, sur la création équipes associant les écoles d’art. Patrice Maniglier.
et sur son environnement ; Vingt-deux projets ont été reçus et examinés • « TRANSTOPIE08 / Zone d’activité de
– favoriser la constitution d’équipes de par le conseil scientifique de la recherche et des production potentielle : un chantier réflexif
recherche en art contemporain et, notamment, études de la Délégation aux arts plastiques. pour les friches industrielles en Ardennes »,
des équipes associant les écoles supérieures Six projets ont été retenus et seront aidés École supérieure d’art et de design de Reims.
d’art à d’autres établissements d’enseignement financièrement par le ministère : Responsable scientifique : Fabrice Bourlez.
supérieur et de recherche ; • « Matière-Mémoire, Dessin-Mémoire (the • « Archives et collections de design graphique :
– fournir des éléments de réflexion et graphix eye) », Centre de recherche et de quel rôle pour une discipline en construction ? »,
d’orientation pour la politique conduite par la restauration des musées de France. École des beaux-arts de Rennes. Responsable
Délégation aux arts plastiques. Responsables scientifiques : Michel Menu et scientifique : Catherine de Smet.
Michel Paysant, artiste.

2 C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008


C&R116_actu_BAT:Mise en page 1 3/06/08 18:16 Page 3

ACTUALITÉ
APPELS À PROJETS

Le grand pari de l’agglomération parisienne


Dix équipes viennent d’être sélectionnées ville de Paris et la région Ile-de-France. Tenant Un conseil scientifique accompagne le dérou-
dans le cadre de cette consultation compte des initiatives déjà engagées et des lement des travaux de recherche qui commen-
internationale de recherche et études déjà réalisées, elle s’inscrit dans un cent le 5 juin 2008 pour s’achever en janvier
développement lancée par le ministère processus de réflexion partagée qui est à 2009. Il assure la qualité et la complémentarité
l’œuvre depuis plusieurs années. Elle se veut des travaux. Une cellule scientifique opéra-
de la Culture et de la Communication.
un dispositif efficace de dynamique collec- tionnelle placée auprès du Bureau de la
tive au service du Paris métropolitain. recherche architecturale, urbaine et paysagère

À la demande du président de la Répu-


blique, le ministère de la Culture et de la
Communication a lancé une consultation
La mise en œuvre de cette démarche collec-
tive va permettre de mobiliser pendant huit
mois les dix équipes pluridisciplinaires qui
(MCC / DAPA) assure la coordination scienti-
fique et matérielle.
L’ensemble des productions donnera lieu à
internationale de recherche et développement viennent d’être choisies. Composées et struc- une exposition organisée par la Cité de l’archi-
sur « Le grand pari de l’agglomération pari- turées spécialement pour répondre aux tecture et du patrimoine au printemps 2009.
sienne », placée sous la responsabilité d'un exigences de l’appel d’offres, chacune placée Elle permettra de présenter au grand public,
comité de pilotage qui associe l'Etat, la Ville sous la responsabilité d’un architecte-urba- en liaison avec les collectivités territoriales,
de Paris, la Région Ile-de-France et l'Associa- niste mandataire, elles associent des struc- le fruit de ces recherches à la fois concep-
tion des maires d'Ile-de-France. (Le texte est tures d’agence et des équipes de recherche tuelles et opérationnelles.
en ligne : http://www.culture.gouv.fr/culture reconnues dans les domaines nécessaires.
1. 15 septembre 2008, 14 novembre 2008, 16 janvier
/marche-public/dic/presentagglo.pdf). Elles auront à produire, au sein d’ateliers de
2009.
L’objectif fondamental de cette consultation recherche et au travers de trois séminaires
est que la situation spécifique de l’agglomé- de coordination scientifique1, le corpus d’une
ration parisienne puisse être étudiée dans le « pensée territoriale » consacrée à « La métro- Cette consultation s’inscrit dans le cadre du
contexte d’évolution des grandes métropoles pole du XXIe siècle de l’après Kyoto » tout programme interdisciplinaire de recherche sur
mondiales. d’abord, puis, dans un second temps, à un « L’architecture de la grande échelle »
Cette consultation associe les collectivités « Diagnostic prospectif de l’agglomération http://www.culture.gouv.fr/culture/organisation/
territoriales concernées, en premier lieu la parisienne ». dapa/daparecherche07.pdf

Équipes sélectionnées
Équipe « Rogers Stirck Harbour Versailles : Catherine Bruant Équipe « Ateliers Jean Nouvel : Media Lab, MIT, Cambridge, USA :
& Partners » MSC : Michel Suire, expert en Michel Pélissié, Irène Djao-Rakitine, William Mitchell
Richard Rogers, Lennart Grut planification territoriale et paysagiste » Équipe de recherche GSD, Harvard
London School of Economics : Ricky programmation urbaine Cnam : Michel Cantal-Dupart, architecte University : Mathias Schuller
Burdett, architecte et professeur ; Philip H5 Graphistes : Nicolas Rozier et urbaniste, professeur ; consultants au Joseph Hanimann, philosophe, journaliste
Rode, chercheur et consultant, Tony sein de l’atelier de recherche du Cnam Intégral Ruedi Baur, designer
Équipe « Atelier Christian de
Travers, directeur ; Sophie Body Arep Ville : Jean-Marie Duthilleul,
Portzamparc » Équipe « Roland Castro »
Gendrot, professeur directeur, Louis Moutard, architectes-
Laboratoire Creteil, Institut d'urbanisme Ensa de Paris-la-Villette : Bertrand
Ove Arup and Partners : Rick Wheal, urbanistes
de Paris, université Paris-XII : Jean- Lemoine, directeur ; Sandrine Sartori,
consultant en énergie ; Nigel Tonks, Sarl Michel Desvignes paysagiste
Claude Driant, directeur ; Daniel Behar, directrice adjointe
directeur d’un groupe d’ingénierie Fabrice Lextrait, ancien administrateur
professeur Nexity, promotion immobilière, filiale
multidisciplinaire de la friche de la Belle de Mai
Jean-François Langumier, chef de la « Villes et projets » : Jean Luc Poidevin,
Hubert Tonka, urbaniste, éditeur
Équipe « Ateliers Lion, architectes, mission prospective et développement directeur général délégué au logement
urbanistes » durable, Autoroutes Paris-Rhin-Rhône Équipe « Studio 08 : Bernardo Secchi Berim : Michel Bleir, PDG ; Jean-Luc
François Leclercq, architecte-urbaniste Jean-Pierre Orfeuil, professeur à et Paola Vigano » Orand, resp. de centre
Elex architectes : Eric Lapierre, l’université Paris-XII, expert en Alain Berger, professeur associé, Urban Comité scientifique pluridisciplinaire
architecte transports et mobilité and landscape architecture, MIT dont Augustin Berque, directeur
Marc Mimram, architecte ingénieur Entreprises en développement, Claire Gerhard Hausladen, Ingénieur buro d’études à l’EHESS, Guy Sorman,
Ateliers Alfred Peter, paysagistes Tutenuit, déléguée générale, expert en Hausladen, Gmbh, Munich économiste, Alain Bourdin, professeur à
Laboratoire OCS, Ensa de Marne-la développement durable PVT France, Frédéric Reutenauer : l’université Paris VIII
Vallée Bruno Queysanne, sociologue et directeur
Équipe « MVRDV – Winy Maas,
TVK architectes-urbanistes : Pierre-Alain philosophe Laboratoire de modélisation et calcul
Jacob van Rijs, Nathalie de Vries »
Trevelo et Antoine Viger-Koehler scientifique (Mox), polytecnicum de
Équipe « Agence Grumbach Laboratoire ACS, Ensa de Paris-
Seura : David Mangin, architecte- Milan : Alfio Quarteroni, directeur
et associés » Malaquais : Monique Eleb
urbaniste scientifique
Agence Space : Jean Robert Mazaud Andrei Feraru, AA Feraru sarl
Institut universitaire d’urbanisme et
Équipe « AUC Djamel Klouche » Laboratoire Ipraus, Ensa de Paris- Michèle Attar, géographe ;
d’architecture de Venise : Lorenzo
Pascal Cribier, architecte, paysagiste Belleville : Pierre Clément, Sabine Guth, Dominique Lefrançois,urbaniste
Fabian, Paola Pellegrini, docteur en
Ohno Laboratory, Université de Tokyo: Béatrice Mariolle BVR, Conseil en urbanisme et
urbanisme
Professeur Ohno Hidetoshi Groupe Systra planificaton urbaine, Rotterdam
Avant Associates, Koji Matsushita, Arte Charpentier Équipe « Finn Geipel, Giulia Andi » Atelier d’écologie urbaine, Paris
Japon Joan Busquets, architecte urbaniste ; Labor fur Integrative Architektur, Wieland and Gouvens, vidéo,
Laboratoire Ladrhaus, Ensa de Bruno Fortier, architecte, urbaniste Technische Universitat, Berlin modélisation 3D

C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008 3


C&R116_actu_BAT:Mise en page 1 3/06/08 18:16 Page 4

ACTUALITÉ
EUROPE

GAMA, un portail pour les arts multimédias en Europe


Offrir un accès unifié aux archives
GAMA numériques des arts multimédias
des œuvres, d'organismes culturels fournis-
Portail d'accès aux archives des arts sant les contenus et surtout une expertise
multimédias / Gateway to Archives of Media Art d'Europe, telle est l'ambition du projet
confirmée en matière de relations avec les
Programme européen : eContentplus GAMA (Gateway to Archives of Media Art), artistes, les collectionneurs, les conservateurs
soutenu par le programme européen et le public intéressé… enfin, d’experts en
Durée : 2 ans (début : 1er nov. 2007)
eContentplus. Heure Exquise - Centre recherche technique et en informatique qui
Financement de l’UE : 1,2 M€ vont s’appuyer sur une technologie de pointe
international pour les arts vidéo est
(coût global du projet : 2,5 M€)
partenaire du projet. pour obtenir à la fois une bonne ergonomie et
Coordonnateur : Technologie-Zentrum une haute performance des fonctionnalités de
Informatik, Université de Brême, Allemagne recherche.
Partenaires :
Akademia Górniczo-Hutnicza, Cracovie, Pologne
Akademie der Bildenden Künste, Vienne, Autriche
L e programme eContentplus de la Commu-
nauté européenne soutient des projets qui
participent au développement de l'initiative
Parmi les partenaires de GAMA, l'association
Heure exquise - Centre international pour les
arts vidéo, qui se veut un « outil de diffusion
Argos, Interdisciplinary centre for art and « i2010: Digital Libraries ». Le projet GAMA, de l'art vidéo et un laboratoire pour de
audiovisual media, Bruxelles, Belgique
qui participe à cette initiative, a été retenu par nouveaux talents et de nouvelles écritures ».
Atos Origin s.a.e., Madrid, Espagne
C3 Center for Culture & Communication, la Commission européenne dans le cadre de Heure exquise œuvre à la promotion et à la
Budapest, Hongrie l'appel à projets 2006 du programme. diffusion des arts électroniques (elle assure
CIANT International Centre for Art and New GAMA a été initié par l'université des Arts de notamment la gestion et la distribution de
Technologies, Prague, République tchèque Brême et l'institut de Technologies informa- collections d'arts vidéo et audiovisuelles insti-
Heure Exquise !, Mons-en-Baroeul, Lille, France tiques (TZI) de l'université de Brême (Alle- tutionnelles1). C'est aussi un centre de docu-
Hochschule für Gestaltung und Kunst, Zürich, magne). Il sera mis en place au cours des deux mentation et de formation. Depuis 2005, Heure
Suisse
années à venir, sous forme d'un engagement exquise a entrepris la numérisation des docu-
Hogeschool voor de Kunsten, Utrecht, Pays-Bas
Hochschule für Künste, Brême, Allemagne mutuel de dix-neuf institutions issues de douze ments et vidéos rassemblés dans son centre de
(in)2 : intelligent indexing, Brême, Allemagne pays européens. Le 14 décembre 2007 s’est documentation, qui retracent l'essentiel de
Les Instants Vidéo numériques et poétiques, tenue à Brême la réunion de lancement du l'histoire des arts électroniques, des pionniers
Marseille, France projet. aux artistes contemporains.
Ludwig Boltzmann Institut Media Kunst Les partenaires de GAMA proposent de fournir
Forschung, Linz, Pays-Bas un accès centralisé, sur Internet, aux archives Le programme eContentplus :
Nederlands Instituut voor Mediakunst
numériques des arts multimédias européens. http://ec.europa.eu/information_society/activi
Montevideo/Time based Arts, Amsterdam,
Pays-Bas Leur objectif est d'accroître ainsi de manière ties/econtentplus/index_en.htm
SCCA Center for Contemporary Arts, Ljubljana, significative, grâce à une plate-forme Heure exquise :
Slovénie commune et à la possibilité de recherches http://www.exquise.org
Staatliche Hochschule für Gestaltung, multilingues, la visibilité des œuvres, et
1. Celles de la Délégation aux arts plastiques du
Karlsruhe, Allemagne surtout d'améliorer l'exploitation des collec- ministère de la Culture, du Fresnoy-Studio national
Stiftelsen Filmform, Stockholm, Suède tions réunies et conservées par des institu- des arts contemporains, de l'atelier Image et
TZI, Universität Bremen, Brême, Allemagne informatique de l'Ecole nationale supérieure des arts
tions expertes en la matière. L'équipe se
Universitat de Barcelona - Laboratori de Mitjans décoratifs, ou encore des services de production
Interactius, Barcelone, Espagne compose d'historiens de l'art et de théoriciens audiovisuelle du musée d'Orsay ou du musée du
qui garantissent la qualité de compréhension Louvre...
Site Internet : http://www.gama-gateway.eu/

Coordination pour Heure Exquise - Centre


international pour les arts vidéo :
Thierry Destriez : [email protected]
européen MICHAEL permet l’interconnexion se poursuit au sein de l’association
des inventaires des collections numérisées des internationale Michael Culture, qui réunit les
archives, des bibliothèques, des musées, membres du projet MICHAEL. Cette association,
Lancement de la version du patrimoine architectural et archéologique… créée en 2007 et présidée par la France, sera
finale du portail MICHAEL de chaque pays, en proposant des outils de chargée de la maintenance du portail et de son
http://www.michael-culture.org/ recherche fédérée multilingue et des produits développement. MICHAEL est également
La conférence de restitution finale du projet éditoriaux associés. Dans chaque pays, ont été impliqué dans le processus de mise en place de
MICHAEL s’est tenue à Varsovie les 19 et 20 mai développés des réseaux de partenariat et une la bibliothèque numérique européenne
dernier. Elle a réuni les partenaires des 20 pays organisation spécifique a été mise en place afin EUROPEANA qui proposera un accès direct aux
associés dans la mise en œuvre de ce guide d’inciter les institutions culturelles à contribuer œuvres numérisées du patrimoine.
multilingue des collections numérisées en au catalogue national. Ainsi, des plates-formes L’information disponible sur le portail MICHAEL
Europe : Allemagne, Belgique, Bulgarie, Chypre, nationales MICHAEL1 permettent de diffuser les permet de tisser une cartographie de la
Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, informations au plan national et de les intégrer richesse et de la diversité du patrimoine
Italie, Lettonie, Malte, Pays-Bas, Pologne, dans le portail européen. numérisé en Europe.
Portugal, Slovaquie, République tchèque, Le travail mené depuis 2004 dans le cadre de
1. En France : Patrimoine numérique http://www.michael-
Royaume-Uni et Suède. Fondé sur une deux projets européens soutenus par le culture.fr/, en Italie : http://michael-culture.it/, au
organisation répartie de l’information, le portail programme eTen de la Commission européenne Royaume-Uni : http://www.michael-culture.org.uk/, etc

4 C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008


C&R116_actu_BAT:Mise en page 1 3/06/08 18:16 Page 5

ACTUALITÉ
NUMÉRISATION DU PATRIMOINE

Conservation à long terme du patrimoine culturel


numérisé
Un référentiel unique en ligne sur le site
donné les investissements réalisés. Le fait que Une partie est également consacrée aux recom-
Internet du ministère de la Culture. les originaux existent n’exonère pas de la mandations du ministère de la Culture et de la
conservation des images numériques, en Communication pour la production de docu-

L e comité de pilotage « numérisation » du


ministère de la Culture coordonne actuel-
lement plusieurs chantiers de numérisation du
raison de leur propre dégradation, patente
notamment pour les supports analogiques
audiovisuels.
ments numérisés, et fournit un cahier des
charges commenté destiné à harmoniser les
pratiques entre archives, bibliothèques,
patrimoine culturel : la production et la mise en Dans un premier temps le ministère de la musées, services patrimoniaux et toute struc-
réseau de contenus culturels numérisés, les Culture et de la Communication a su déve- ture mettant en œuvre un programme de
recommandations d'interopérabilité technique lopper des savoir-faire et des référentiels en numérisation.
et d'accès, la définition de statistiques de matière de description, de numérisation des Ce référentiel s'enrichira progressivement de
production, d'exploitation et d'usage tant au collections et de diffusion ; dans un deuxième recommandations spécifiques pour la numé-
niveau national qu'européen, la formation et la temps, il a ouvert le chantier, complexe, de la risation de collections de vidéos, de films,
conservation à long terme. Ces chantiers sont problématique de la conservation à long terme d'enregistrements sonores ou encore sur la
également menés dans le contexte de la recom- des images produites. numérisation 3D du patrimoine bâti ou des
mandation de la Commission européenne du 24 Ce chantier vient d'aboutir à la mise en ligne objets.
août 2006 sur la numérisation et l'accessibilité d'un référentiel unique sur la conservation à Contact : Sonia Zillhardt (DDAI / MRT)
en ligne du matériel culturel et de la conserva- long terme. Ce référentiel recense, identifie [email protected]
tion numérique. ou commente les très nombreux projets en
Le ministère de la Culture et de la Communi- cours au niveau national, européen ou inter- Voir le référentiel sur le site Internet du
cation et ses établissements publics sont entrés national ainsi que les normes et recommanda- ministère de la Culture et de la Communication :
depuis quelques années dans une période de tions techniques pour la mise en place d'un http://www.culture.gouv.fr/culture/mrt/numeris
numérisation massive de leurs collections, système de conservation à long terme. ation/fr/technique/documents/conservation.pdf
voire de productions directes numériques. Des Il ne s’agit pas ici d’écrire un manuel sur le Voir aussi l’ensemble des informations sur la
collections numériques sont ainsi constituées, sujet mais de présenter thématiquement des numérisation du patrimoine culturel :
d’un volume souvent considérable et qu’il ressources déjà publiées sur les réseaux et http://www.culture.gouv.fr/culture/mrt/numer
importe par conséquent de pérenniser, étant toutes accessibles sur Internet. isation/index.htm

Un prix international pour le site Internet Patrimoine numérique


Cornemuses d’Europe et de Méditerranée Le catalogue des collections numérisées recense près de
Le Comité international de 1 400 collections issues de plus de 500 institutions.
l’ICOM pour l’audiovisuel et les Des dossiers thématiques mis en ligne chaque mois guident
nouvelles technologies de l’internaute à la découverte de ces collections.
l’image et du son (AVICOM) Dossier du mois de juin : La musique écrite
organise chaque année le http://www.numerique.culture.fr
festival de l’audiovisuel et du
multimédia sur le patrimoine
(Fi@mp) afin de faire connaître
les meilleures réalisations de
vidéos, de cédéroms et de sites
Internet de musées.
Le dernier grand prix AVICOM toutes catégories a été décerné à la société Hyptique pour
l’exposition virtuelle Cornemuses d’Europe et de Méditerranée coproduite par le musée
des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée et le ministère de la Culture et de la
Communication (Mission de la recherche et de la technologie).
Ce site très riche (plus de 500 écrans, autant de photos, 73 extraits sonores souvent inédits,
16 extraits vidéo) offre un nouveau regard sur la cornemuse, instrument pluriel mais
souvent méconnu, utilisé de la Suède à la Tunisie, de l'Écosse au Rajasthan en passant par
le Caucase et le golfe Persique.
© BM de Douai / MCC / IRHT

Site conçu et rédigé par Marie-Barbara Le Gonidec, chargée du département musique au


musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée. David musicien,
Cornemuses d’Europe et de Méditerranée : http://www.cornemuses.culture.fr/ Douai, BM,
Le site est publié dans la collection multimédia Recherches ethnologiques : ms. 0009,
http://www.ethnologie.culture.fr/ f. 001v.
AVICOM : http://www.unesco.org/webworld/avicom

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ACTUALITÉ
CONSERVATION-RESTAURATION

Une nouvelle technique d’analyse par laser


appliquée aux œuvres d’art
L ’évolution des pratiques analytiques incite
les laboratoires spécialisés dans l’étude
des matériaux du patrimoine, et notamment le
Laboratoire de recherche des monuments histo-
riques (LRMH), à évaluer le potentiel de
nouvelles méthodes in situ, entre autres pour
l’étude des œuvres monumentales qui par
essence ne peuvent être déplacées. À l’heure
actuelle en effet, des techniques telles que la
spectroscopie Raman, la fluorescence X ou la
spectrophotométrie ont montré qu’il était
possible de réaliser des analyses directement sur
le terrain. Ces techniques ne peuvent cepen-
dant pas répondre à toutes les questions posées
par l’étude d’une œuvre, d’autant qu’elles ne
donnent que des informations analytiques rela-
tives à la surface de la zone échantillonnée.
C’est dans ce contexte que le LIBS (Laser-
Induced Breakdown Spectroscopy) a fait son
apparition dans le domaine du patrimoine, il y
a une dizaine d’années. Il s’agit d’une tech-
nique d’analyse élémentaire rapide, pouvant condes) avec le matériau à analyser (l’analyse Le LIBS portable du Laboratoire de recherche des
être mise en œuvre sans préparation d’échan- est également possible avec des lasers picose- monuments historiques lors de la restauration
tillon (sans prélèvement), sans contact, qui conde et femtoseconde1, néanmoins plus des peintures murales de l’abbaye de Saint-
permet de réaliser une analyse en profondeur, coûteux et d’utilisation plus contraignante). Le Savin-sur-Gartempe (Vienne).
ce qui en fait un outil idéal sur le terrain. Les faisceau laser est focalisé à la surface de
chercheurs peuvent disposer de réponses l’échantillon, ce qui induit un dépôt d’énergie
instantanées, et ainsi mieux cibler les prélève- important en peu de temps sur une surface des ions dans un état excité se forme alors.
ments et en diminuer le nombre. réduite conduisant alors à l’ablation et à la L’ensemble de ces mécanismes se produit
vaporisation de la matière : l’irradiance (puis- pendant et après l’impulsion laser (quelques
Principe de la technique LIBS sance par unité de surface) atteinte en LIBS est microsecondes). Lors de l’expansion du plasma
L’analyse par LIBS repose sur l’interaction d’une de l’ordre du gigawatt par centimètre carré. Un dans l’atmosphère environnante, les atomes et
impulsion laser (durée de quelques nanose- plasma contenant des électrons, des atomes et les ions émettent des photons à des longueurs

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ACTUALITÉ
CONSERVATION-RESTAURATION

d’onde caractéristiques des éléments atomiques le CEA Saclay (DPC/SCP/LRSI). Afin de mieux l’échantillon. Des seuils de perception ont
émetteurs. Ainsi, en collectant le rayonnement maîtriser l’utilisation du LIBS pour l’analyse in été établis en fonction de la nature des
issu du plasma, et en analysant son spectre, il situ du patrimoine culturel et d’en identifier pigments et de l’énergie délivrée à la surface
est possible d’identifier les éléments présents les forces et les points faibles, trois grandes de l’échantillon. Ces dépôts peuvent être
dans le plasma et donc dans l’échantillon problématiques ont été abordées dans ce travail éliminés par la suite.
analysé, à partir de bases de données de raies de thèse. – Une étude plus fondamentale a été menée
d’émission. Si la position des raies renseigne sur – Le passage du laboratoire au terrain et la sur des matrices métalliques (aluminium, fer,
les éléments présents dans l’échantillon, l’inten- complémentarité avec les techniques existantes : nickel et plomb) afin d’évaluer les possibilités
sité de ces raies est liée à la concentration de les résultats ont illustré la faisabilité de l’identi- d’analyses quantitatives. Les résultats indiquent
l’élément dans l’échantillon. fication de pigments directement sur un chantier pour l’instant la nécessité d’employer des
Appliquée au patrimoine culturel, cette tech- de restauration à l’aide d’un prototype LIBS étalons et des droites d’étalonnage.
nique peut être utilisée pour connaître, par portable. La complémentarité de deux techniques, Ainsi, l’étude du LIBS au sein du LRMH est
exemple, la composition d’échantillons LIBS et spectroscopie Raman, a été démontrée prometteuse. Elle doit permettre d’optimiser
d’objets métalliques, de vitraux, de minéraux pour l’identification croisée de pigments et les l’utilisation de cette instrumentation de terrain
ou de céramiques. Si l’on s’intéresse à la nature études stratigraphiques d’échantillons comportant pour les problématiques du patrimoine.
des pigments employés pour une peinture plusieurs couches de matériaux. Vincent Detalle
murale ou un décor polychrome, la position – L’étude de l’impact visuel de l’analyse LIBS Pôle Peintures murales et polychromies
des raies d’émission et leur intensité relative sur l’œuvre : les résultats ont montré que les Laboratoire de recherche des monuments
est suffisante pour identifier le pigment, l’infor- dimensions de la zone d’analyse sont maîtri- historiques (LRMH)
mation obtenue restant qualitative. sées par la mise en forme et la focalisation du http://www.lrmh.fr
faisceau laser d’ablation. Des décolorations
Une recherche encadrée par le LRMH périphériques de quelques micromètres 1. Nanoseconde : 10-9 ; picoseconde : 10-12 ;
Depuis trois ans, le LRMH a initié et encadré un peuvent être observées dans certains cas, femtoseconde : 10-15.

travail de thèse réalisé en collaboration avec dues à des re-dépôts oxydés à la surface de

Sauver des eaux le patrimoine archéologique en bois


L ’Atelier régional de conservation Nucléart
(ARC-Nucléart) est principalement spécia-
lisé dans la conservation et la restauration de
Ce livre très illustré, qui montre tout le savoir-
faire de cette équipe, a été réalisé en paral-
lèle à une exposition itinérante « Sauvé des
laboratoires de conservation-restauration.
ARC-Nucléart a aussi des missions d’informa-
tion auprès des professionnels et du grand
matériaux archéologiques organiques gorgés eaux, sauvé du temps », qui présente l’activité public, ainsi que de formation par la recherche.
d’eau (bois, cuirs, fibres humides). Dans un d’ARC-Nucléart. http://www.arc-nucleart.fr
livre publié récemment, conçu pour un large Créé en 1970 au CEA de Grenoble, ARC-
public, les scientifiques d’ARC-Nucléart dévoi- Nucléart est un groupement d’intérêt public
lent les techniques sophistiquées de fouilles et culturel (GIPC) qui associe le CEA, le ministère
de traitement qu’ils appliquent pour sauve- de la Culture et de la Communication, la
garder non seulement des objets, mais aussi, région Rhône-Alpes et la ville de Grenoble.
plus exceptionnel et plus complexe, des épaves L’équipe est pluridisciplinaire (16 personnes du
de grandes dimensions. CEA et du ministère de la Culture : scienti-
En France, ces dernières décennies, les décou- fiques, conservateur du patrimoine, restaura-
vertes archéologiques subaquatiques ont été teurs) et conduit des recherches en vue de
nombreuses, allant de pirogues néolithiques à développer des méthodes de traitement des
des bateaux corsaires du XVIIIe siècle. Archéo- objets. Elle prend aussi en charge des travaux
logues, conservateurs, restaurateurs, ingé- de conservation (consolidation, restauration,
nieurs et techniciens racontent tout au long désinsectisation, désinfection) et de présen-
de l’ouvrage les fouilles menées sur une tation muséographique.
dizaine de chantiers emblématiques (Chalain, Dotés d’importants équipements adaptés Sauvé des eaux. Le patrimoine archéologique
Paris-Bercy, Sanguinet, Lyon, Marseille, Chara- notamment au traitement des épaves de en bois. Histoires de fouilles et de restaurations
vines, Noyen-sur-Seine, le Brivet, Villefranche- grande taille : unités d’imprégnation de H. Bernard-Maugiron, Ph. Coeuré, M. Clermont-
sur-Mer, La Hougue, Saint-Malo, Dunkerque) résines, lyophilisateurs de grandes dimensions, Joly, J. Duchêne, P. Vaudaine, P. Veysseyre dir.
et décrivent dans le détail les techniques qui irradiateur gamma pour la désinfection et la Grenoble : ARC-Nucléart, 2007. 240 p., 400 ill., 25 €
permettent de conserver les découvertes. Un consolidation, réserves climatisées, chambres Diffusion : ARC-Nucléart – CEA-Grenoble
chapitre est aussi consacré au travail des froides de stockage, ateliers de restauration et 17, rue des Martyrs – 38054 Grenoble Cedex 9
restaurateurs de l’atelier, qui interviennent laboratoires d’étude, ARC-Nucléart est un des Tel. : 04 38 78 40 50
avant la présentation au musée. principaux maillons du réseau national des

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ACTUALITÉ
PARTENARIATS

UMR 6576 Les Bibliothèques virtuelles


Centre d’études supérieures humanistes
de la Renaissance (CESR) http://www.bvh.univ-tours.fr
Organismes de tutelle : Université François-
Rabelais, Tours, et CNRS Le programme des Bibliothèques
Date de création : comme institut, 1956 ; virtuelles humanistes (BVH), initié
comme laboratoire du CNRS, 1983
en 2003 par le Centre d’études supérieures
Implantation : Tours
Département scientifique du CNRS : de la Renaissance, en collaboration
Sciences humaines et sociales, section 35 avec l’Institut de recherche et d’histoire
« Philosophie, histoire de la pensée, sciences des des textes (IRHT, UPR841 CNRS), a pour
textes, théorie et histoire des littératures et des
arts » objectif de mettre à disposition des
Domaines de recherche : Civilisation de la chercheurs et du public, d’ici 2011-2012,
Renaissance, de Pétrarque à Descartes : Histoire, plus de 2000 ouvrages des XVIe et
histoire de l’art, musicologie, littératures
XVIIe siècles provenant de fonds
européennes, histoire du livre, philosophie
Moyens MCC en 2007 : 20 % du budget total de patrimoniaux régionaux, qui seront
l’UMR accessibles en ligne gratuitement.
Responsable : Philippe Vendrix (CNRS)
Site Internet : http://umr6576.cesr.univ-tours.fr

Le CESR s’est d’abord constitué autour d’un centre


de documentation (bibliothèque, photothèque, bases
P lus de 400 ouvrages sont à ce jour numé-
risés, dont 212 en ligne. Grâce à la conven-
tion de pôle associé entre le CESR et la Biblio-
de données) et participe à un réseau européen d’ins-
thèque nationale de France (août 2006), le
tituts d’études du Moyen Âge tardif et de la Renais-
sance en recevant des chercheurs de toutes disci-
catalogue des BVH est moissonné par Gallica.
plines. Il assure une formation en master (mention Un scanner est installé en permanence au CESR,
Antoine Bertrand d'Airolles, Les Amours de
spécifique « Renaissance ») et en doctorat, et coor- un autre se déplace en fonction de la campagne
Pierre de Ronsard. mis en musique à IIII. Parties.
donne le master professionnalisant « Patrimoine de numérisation (à Orléans entre mars et
A Paris : Par Adrian le Roy, & Robert Ballard, 1587.
écrit ». septembre 2008). Fin 2008, devrait être acces-
Depuis 1994, des programmes du CESR ont été Bibliothèque municipale de Blois.
sible une première livraison d’ouvrages trans-
soutenus par le ministère de la Culture : « Ricercar » crits et consultables à la fois en mode texte et en
(programme de musicologie, http://www.cesr.univ-
mode image. Outre l’acquisition numérique de suivent. Ils permettent de développer un logiciel
tours.fr/Ricercar), la photothèque des châteaux de
textes publiés entre les débuts de l’imprimé et d’analyse de structure pour les imprimés
la Loire, les catalogues régionaux d’incunables. Ces
catalogues se trouvent inclus dans un pôle « livre 1650, les travaux de recherche avec les informa- (AGORA), qui extrait automatiquement les
ancien » depuis 2003, date de la mise en place des ticiens du consortium « Navidomass » (soutenu éléments graphiques afin de les indexer par
« Bibliothèques virtuelles humanistes » (BVH). par l’Agence nationale de la recherche) se pour- d’autres modules de reconnaissance des motifs
(lettrines, portraits, ornements). Les zones de
texte sont analysées par un logiciel de reconnais-
sance des caractères anciens (RETRO), indis-
pensable à l’acquisition rapide et efficace d’une
La sauvegarde des archives base de données textuelles multilingue. La
du Commissariat général aux questions juives modélisation de l’encodage des textes transcrits
s’effectue selon les recommandations de la TEI
Le microfilmage des archives du pour écrire la mémoire de cette période noire. (Text Encoding Initiative) et selon la structura-
Commissariat général aux questions juives En 2002, une convention de partenariat fut tion générée par AGORA : ce schéma commun
(créé en mars 1941) et du Service de conclue entre la Direction des archives de permet d’associer les documents-textes et le
France et la Fondation pour la mémoire de la mode image, de rendre compatibles les
restitution des biens spoliés (institué en
Shoah, pour réaliser le microfilmage de ces exigences des différentes communautés (histo-
janvier 1945) conservées aux Archives
fonds. Pour un coût de deux millions d’euros, riens, littéraires, linguistes) et d’être applicable
nationales, est achevé. une campagne de six années aboutit à la à l’ensemble de la production typographique
Ces fonds illustrent principalement la politique réalisation de 6,5 millions de vues. antérieure au XIXe siècle.
du gouvernement de Vichy à l’encontre des Ces archives sont désormais intégralement Contact au CESR :
Juifs : mesures législatives, aryanisation consultables aux Archives nationales, et elles Marie-Luce Demonnet, responsable du
économique, propagande, contrôle des le seront prochainement au Mémorial de la programme BVH
organisations juives, etc. Shoah. Elles font l’objet depuis 2007 d’actions [email protected]
Des mesures de sauvegarde préventive éducatives, à destination notamment des
s’imposaient, afin d’éviter la détérioration de élèves des classes de troisième et de première. Ce programme est soutenu par le ministère de la
ces documents particulièrement fragiles (papier La mise en ligne de l’inventaire, publié en 1998 Culture, le ministère chargé de la recherche et le
friable, encres instables), dont la consultation et par les Archives nationales, et la numérisation conseil régional du Centre.
l’exploitation historique sont fondamentales des microfilms devraient intervenir dans les
pour garantir les droits des familles comme prochaines années.

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ACTUALITÉ
PUBLICATIONS

André Malraux et l'architecture


D ans la liste déjà longue de la collection
« Travaux et documents1 » initiée et
publiée par le Comité d’histoire du ministère de
anciens centres urbains éprouvés par les
affronts de la guerre et du temps –, il faut avoir
présent à l’esprit qu’à cette époque, le terme
la Culture et de la Communication, plusieurs « architecture » doit être compris au sens le
ouvrages ont déjà été consacrés à André plus large car celui de « patrimoine » n’a pas
Malraux. Pourtant, ce livre révèle une facette encore obtenu la consécration que les années
méconnue de la sensibilité d’André Malraux : 1980 lui apporteront, dans la foulée de l’année
son intérêt pour l’architecture. Son action de du patrimoine. On observe cependant entre
ministre en ce domaine s’applique en prise 1959 et 1969, décennie du ministre Malraux,
directe avec les préoccupations des années un intérêt naissant pour les « monuments
soixante : il mit en place les fondements de la modernes » et les débuts de l’élargissement
protection du patrimoine du XXe siècle, lança la de la notion de patrimoine qui va caractériser
création de l’Inventaire général, le ravalement les années suivantes.
des façades parisiennes, la loi sur les secteurs On lira notamment, dans cet ouvrage riche
sauvegardés, et s’intéressa à la commande de nombreuses informations inédites et d’une
publique (les préfectures des nouveaux dépar- iconographie passionnante, l’introduction de
tements de la couronne parisienne, les maisons François Loyer ainsi que les textes très éclai-
de la culture, le projet de musée du XXe siècle...), rants d’Henri Godard, de Michaël de Saint-
nouant au fil des années des rapports avec les Cheron et d’Éric Lengereau. Ce sera aussi
architectes contemporains : Le Corbusier bien l’occasion de relire le magnifique discours
sûr, Wogenscky, Faugeron. André Malraux et l’architecture qu’André Malraux prononce en hommage à
Pour aborder André Malraux et l’architecture, Sous la direction de Dominique Hervier Le Corbusier, le 1er septembre 1966.
en se tournant vers la France de l’après-guerre Coll. Architextes
tout juste sortie de la Reconstruction – France Paris, Éditions du Moniteur, 2008. 284 p., 29 € Voir aussi la nouvelle brochure de présentation
préoccupée par les immenses besoins de loge- du Comité d’histoire du ministère de la Culture et
ments que devaient satisfaire les grands ensem- des institutions culturelles (pdf, 2o pages) :
bles, mais également sensible à la beauté des http://www.culture.gouv.fr/culture/comite-
histoire.htm
1. Édités par La Documentation française.

Le Corbusier. L'atelier intérieur


P lus de quarante ans après la mort de Le
Corbusier, les débats qui entourent l’héri-
tage de son œuvre sont toujours aussi vifs, à
picturales, sculpturales, architecturales et urba-
nistiques), sept contributions expertes se
concentrent ainsi sur l’intertextualité à l’œuvre.
l’échelle de celui qui fut une des figures les
À lire également dans ce numéro des Cahiers
plus marquantes de l’architecture du XXe siècle.
Dans la rubrique « Varia », René Borruey
Les colloques sont toujours aussi fréquents et
publie une analyse critique intitulée « Rives de
les livres toujours aussi nombreux. Reste une
l’Étang de Berre : ville nouvelle, malgré
interrogation qui s’impose et qui suggère
tout… » ; La rubrique « Héritage » consacrée
encore l’examen des multiples sources qui se
à Roger-Henri Guerrand, récemment disparu,
sont croisées pour nourrir l’appareil conceptuel
propose un texte qui s’engage « Vers une
de ses projets. Telle est l’ambition du dossier
“architecture sociale” ». La rubrique « Sans
central de cette livraison des Cahiers de la
frontières » présente un article de Melvin
recherche architecturale et urbaine. Sous la
Charney sur « Les silos à grain revisités ».
direction scientifique de Bruno Reichlin et
L’actualité de la recherche et dix notes de
Guillemette Morel Journel, plusieurs cher-
lecture complètent le numéro.
cheurs reconnus analysent le corpus de ces
sources qui structurent l’édifice intellectuel Les Cahiers de la recherche architecturale et
de l’œuvre corbuséenne : Jean-Louis Cohen, urbaine sont publiés par le ministère de la
William J. R. Curtis, Jacques Lucan, Marco Culture et de la Communication, Direction de
Pogacnik, Josep Quetglas. À travers les produc- l’architecture et du patrimoine, Bureau de la
tions et références de Le Corbusier (littéraires, Les Cahiers de la recherche architecturale et recherche architecturale, urbaine et paysagère.
urbaine, n° 22-23, février 2008
Paris : Ed. du Patrimoine, 2008. 280 p., 30 €
http://editions.monuments-nationaux.fr

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DOSSIER

Le patrimoine
Dossier coordonné par Christian Hottin,
chef de la Mission ethnologie
Ministère de la Culture et de la Communication
Direction de l’architecture et du patrimoine
Sous-direction de l’archéologie, de l’ethnologie, de l’inventaire
et du système d’information

SOMMAIRE
Une convention internationale et un concept récent
12 Une convention passe aux actes, R. Smeets
15 Une nouvelle perception du patrimoine, Ch. Hottin
18 La mise en œuvre par la France de la convention de l’Unesco,
Ch. Hottin
19 Les sites français du patrimoine mondial face à la convention
de 2003, Ch. Hottin
21 Deux nouveaux instruments juridiques de l’Unesco
bien distincts, G. Delcourt
22 Les problématiques européennes, B. Favel
http://ducassedemons.info

23 Kate Moss et les bars de Cayenne : ethno-chic et actifs immatériels,


J. Pierre et S. Grenet

Patrimoine ethnologique et patrimoine immatériel :


permanences et mutations
26 D’une notion l’autre, l’une et l’autre notions..., Ch. Hottin Mons : la procession du Car d’or avec la châsse
27 Les inventaires en France, S. Grenet de sainte Waudru.
29 Deux études sur le patrimoine immatériel, G. Ciarcia
32 Les enjeux de l’institution du PCI, C. Bortolotto

Recherche et métiers de la culture : regards croisés


35 L’immatériel et les musées, M.-F. Calas
38 Du folklore aux musiques et danses traditionnelles, J.-P. Estival
40 La Médiathèque Caraïbe et le patrimoine musical caribéen,

42
43
G. Michaux-Vignes
Les corpus de la parole, O. Baude et M. Alessio
Les techniques de la construction en bois en Europe, F. Calame
L e 18 mai 2008, jour de la fête de La Trinité, plus
de vingt-cinq mille personnes participaient sur la
Grand Place de la ville de Mons en Hainaut à ce
moment crucial de la Ducasse qu’est le combat du
Lumeçon, lutte de près de trois quarts d’heure entre saint
46 Un programme d’archives sonores dans la Sarthe, F. Pohu Georges et le Dragon. Pourquoi « participaient » ? N’étaient-
47 Vers un portail des cultures du monde, P. Bois ils pas, au fond, que de simples spectateurs ? Pour Elio di
48 Protéger l’immatériel : les arènes de bouvine en Bas-Languedoc,
C. Jacquelin
Rupo, le bourgmestre de Mons, on n’assiste pas à un tel
50 Une enquête dans les Côtes-d’Armor : Inventaire et ethnologie, spectacle, on ne peut qu’y participer, tant l’ambiance
O. Canneva-Tétu
surchauffée emporte l’adhésion de toutes et de tous, qu’ils
Débats récents soient au bord de l’arène, juchés sur les balcons qu’ils
51 4e colloque annuel de l’Ename center, mars 2008, Gand ont retenu parfois plus d’un an à l’avance ou tassés dans
52 La place des communautés dans les politiques du PCI, janv. 2008,
les rues avoisinantes, acteurs d’un rituel dont ils ne voient
Vitré
53 Le patrimoine culturel immatériel en Europe : rien et n’entendent que l’air lancinant du « doudou » que
inventer son inventaire, nov. 2007, Paris
53 5e journée du PCI, mars 2008, Paris
54 Le festival international Jean Rouch, mars 2008, Paris

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DOSSIER

culturel
immatériel
La Ducasse de Mons (Belgique) : le combat,
dit « Lumeçon », de saint Georges contre
le dragon.

© Ville de Mons
l’orchestre reprend inlassablement jusqu’à la mort de la Qu’est-ce que le patrimoine immatériel ?
bête. Folklore désuet teinté de superstition religieuse (la Pour apporter des éléments de réponse à cette question, le
chasse de sainte Waudru ne doit-elle pas, sur son Car d’or, dossier de ce numéro, conçu par la Mission ethnologie du
gravir d’un seul élan la montée vers la ville pour que ministère de la Culture et de la Communication (DAPA/
Mons une année durant soit préservée du malheur ?) ou SDARCHETIS) présente quatre approches différentes : en
prétexte d’une gigantesque beuverie-braderie qui attire en premier lieu, définir et analyser la convention sur le patri-
une semaine quelque 700 000 visiteurs ? Avec ses costumes moine culturel immatériel adoptée par l’Unesco en 2003,
chamarrés et ses rues jonchées de reliefs, la Ducasse est en la plaçant en regard d’autres textes internationaux rela-
certes tout cela, mais elle est avant tout la fierté d’une tifs au patrimoine culturel ; ensuite, faire le point sur l’action
communauté entière, et c’est à ce titre, entre autres raisons, entreprise par le ministère de la Culture depuis la ratification
qu’elle est devenue en 2005, à travers le classement de de la convention par notre pays en 2006 ; puis présenter un
plusieurs géants et dragons processionnels de France et de panorama des activités en cours dans le champ de l’imma-
Belgique, un chef-d’œuvre du patrimoine immatériel de tériel, dans tous les secteurs culturels concernés ; enfin, à
l’humanité… travers la restitution de manifestations scientifiques ou cultu-
relles récentes, donner une idée de la diversité des créa-
tions et des réflexions touchant à l’immatériel.

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DOSSIER

Une convention internationale


Une convention passe aux actes
Organisation, directives, calendrier

2006-2008 Rieks Smeets


La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel Secrétaire de la Convention pour la sauvegarde
est sur le point de prendre son plein essor. Adoptée en 2003 par la du patrimoine culturel immatériel
Conférence générale de l’Unesco, « la Convention de 2003 » est Unesco
entrée en vigueur en avril 2006, trois mois après avoir salué la
30e ratification. Au cours de l’année 2006 s’est tenue la première
session de l’assemblée générale des États parties, ainsi que l’élec- Internet de l’Unesco les procédures et les critères, une fois approuvés,
tion par cette assemblée – en deux étapes – des 24 États membres et les formulaires à utiliser par les États soumissionnaires.
du comité intergouvernemental. Ce comité, l’organe exécutif de Ce que le comité a préparé maintenant, c’est le jeu minimum de
la convention, s’est réuni quatre fois entre novembre 2006 et directives nécessaires à la mise en œuvre de la convention.
février 2008 et a élaboré avec détermination les directives opéra-
tionnelles qui devront guider la mise en œuvre de la convention. Ratifications
Lors de sa première session, l’assemblée générale a insisté pour Le rythme de ratification de la convention reste impressionnant (94
que ces directives lui soient proposées à sa deuxième session, en ratifications à la mi-mai), et la centième devrait pouvoir être saluée
juin 2008. Après leur approbation par l’assemblée, la convention sera avant fin 2008 ; plus de la moitié des États membres se seront alors
opérationnelle, ce qui veut dire que les procédures pour l’inscrip- engagés à prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder le patri-
tion sur les deux listes de la convention pourront commencer, que moine culturel immatériel (PCI) présent sur leur territoire.
le comité pourra utiliser le fonds de la convention, que la sélection La distribution géographique de ces États parties est assez équili-
et la diffusion de bonnes pratiques de sauvegarde pourra débuter brée : ne font défaut que l’Amérique du Nord et le Pacifique. Quelques
ou encore que les modalités d’assistance consultative auprès du ratifications dans le Pacifique sont néanmoins prévues à court terme.
comité seront définies, du moins provisoirement. Le secrétariat de Parmi ses États parties, la convention compte à l’heure actuelle
la convention fera tout pour que soient disponibles sur les pages 27 États issus des groupes I et II de l’Unesco (Europe et ex-URSS),

Les États parties à la convention en mai 2008

Groupe Nombre d’États parties Membres du comité jusqu’en États parties non membres du comité
2010 2008
I 11 Turquie Belgique, Chypre, Espagne, Grèce, Islande,
France Italie, Luxembourg, Monaco, Norvège

II 16 Biélorussie, Bulgarie, Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, Croatie,


Estonie, Roumanie Macédoine, Géorgie, Lettonie, Lituanie,
Hongrie Ouzbékistan, Moldavie, Slovaquie

III 20 Mexique, Bolivie, Argentine, Belize, Colombie,


Pérou Brésil Costa Rica, Cuba, Dominique, Équateur,
Guatemala, Honduras, Nicaragua, Panama,
Paraguay, République dominicaine,
Sainte-Lucie, Uruguay, Venezuela

IV 13 Inde, Chine, Bhoutan, Cambodge, Indonésie, Iran,


Vietnam Japon Kirghizistan, Mongolie, Pakistan,
Philippines, Corée du Sud

V(a) 21 Gabon, Mali, Nigéria, Burkina Faso, Burundi, Côte d’Ivoire,


République Sénégal Djibouti, Éthiopie, Guinée, Kenya,
centrafricaine Madagascar, Maurice, Mozambique,
Namibie, Niger, Sao Tomé-et-Principe,
Seychelles, Zambie, Zimbabwe

V(b) 12 Émirats Algérie, Arabie Saoudite, Égypte, Jordanie, Liban,


arabes unis Syrie Maroc, Mauritanie, Oman, Tunisie, Yémen

12 C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008


C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:14 Page 13

DOSSIER

et un concept récent

Une convention et un concept


20 d’Amérique latine et des Caraïbes convention. Le troisième critère traite des mesures de sauvegarde :
Les ratifications
(groupe III), 13 d’Asie (groupe IV), 21 États 2004 7 le comité a estimé que les éléments inscrits sur la liste représentative
africains (groupe Va) et 12 États arabes 2005 23 nécessitent un plan de gestion, tandis qu’un plan de sauvegarde
(groupe Vb). Le Sri Lanka, ayant ratifié il 2006 38 plus détaillé est requis pour la liste de sauvegarde urgente. Le
2007 18
y a moins de trois mois, n’est pas encore bien-fondé et la faisabilité de ces plans seront des facteurs impor-
2008 7
État partie. tants dans l’évaluation des candidatures. Le quatrième critère traite
de la participation et du consentement libre, préalable et éclairé de
Élections au comité la communauté, du groupe ou, le cas échéant, des individus
La convention exige que l’élection des États membres du comité concernés lors de la préparation d’une candidature, et lors de l’éla-
réponde aux principes de répartition géographique équitable. Le boration et de la mise en œuvre de mesures de sauvegarde. Le
comité et l’assemblée ont consacré ce principe dans leurs règlements cinquième critère, tout comme le quatrième identique pour les
intérieurs respectifs. L’assemblée, par exemple, a décidé que l’élec- deux listes, précise que pour être inscrit sur l’une des deux listes,

Patrimoines ethnologique et immatériel


tion des membres du comité se déroulera sur la base des groupes l’élément doit d’abord figurer dans un inventaire ou un des inven-
électoraux de l’Unesco, étant entendu que les 24 sièges seront taires établis par les États parties, aussi incomplets soient-ils.
répartis au prorata du nombre d’États parties de chaque groupe, et Les deuxièmes critères de chaque liste sont nettement différents.
qu’au terme de cette répartition, trois sièges au moins seraient Celui de la liste représentative impose que l’inscription des éléments
attribués à chacun des six groupes. Le comité, de son côté, à proposés puisse servir les objectifs de ladite liste et de la conven-
chaque fois qu’il a constitué un groupe de travail ou un organe tion, tels qu’énoncés aux articles 16 et 1 de la convention (contri-
subsidiaire, a respecté ce principe de répartition équitable. Les buer à la visibilité du PCI, sensibiliser à son importance, inviter au
sessions du comité ont eu lieu successivement à Alger, Chengdu, dialogue, en reflétant la diversité culturelle), tandis que celui de la
Tokyo et Sofia, tandis que la session suivante, la troisième session liste de sauvegarde urgente porte spécifiquement sur la nécessité
ordinaire, se tiendra à Istanbul (du 4 au 8 novembre 2008). d’une sauvegarde urgente. Le sixième critère, conçu pour la seule
Le résultat des élections de 2006, en termes de membres du comité, liste de sauvegarde urgente, concerne spécifiquement les procédures
est indiqué dans le tableau ci-contre. Après les premières élections de consultation des États parties en cas d’extrême urgence.
exceptionnelles, la convention ne prévoit que des mandats de
quatre ans. À chaque élection, le nombre de sièges à attribuer à Priorités du comité
chacun des groupes électoraux sera recalculé. En juin 2008, douze À chacune de ses sessions, le comité a souligné le principe « sauve-
membres qui ont été tirés au sort – dont la France – quitteront le garde d’abord », en se référant au titre et à l’esprit de la convention,

Recherche et métiers de la culture


comité après un mandat de deux ans seulement. Douze nouveaux et de par sa propre conviction qu’il faut agir avant qu’il ne soit
membres seront alors élus et assumeront leurs nouvelles tâches. trop tard. Partant de ce principe, le comité a décidé que, n’importe
où, la liste de sauvegarde urgente ait priorité sur la liste représen-
Directives opérationnelles et listes de la convention tative ; aussi a-t-il proposé une procédure plus conséquente pour la
Les directives opérationnelles que le comité a élaborées à la liste de sauvegarde. Toujours dans le même esprit, le comité a
demande de l’assemblée portent entre autres sur les critères pour souligné toute l’importance qu’il attache à l’article 18 de la conven-
l’inscription sur les listes de la convention, à savoir la liste de tion qui traite de la sélection et de la promotion de projets et acti-
sauvegarde urgente et la liste représentative, et sur les procédures vités qui reflètent le mieux les objectifs de la convention ; il a ainsi
à suivre pour la soumission, l’examen et l’évaluation finale des préparé, à sa deuxième session ordinaire, des directives opération-
demandes pour inscription. Le comité a également préparé des nelles à cet effet. Le comité a discuté, dans le cadre de l’utilisation
calendriers pour ces procédures. De ces critères émanent déjà deux des ressources du fonds de la convention, la possibilité de financer
principes majeurs du comité : sauvegarde d’abord, et priorité aux la mise en œuvre de projets et de programmes sélectionnés au titre
communautés, groupes et individus qui sont les porteurs, les de l’article 18 qui sont en cours ou qui n’ont pas encore commencé.
gardiens ou les praticiens des éléments à sauvegarder. Dans les directives opérationnelles concernant l’assistance inter-
Le comité a proposé à l’assemblée des listes ouvertes afin que les nationale, le comité a également accordé la priorité à la sauve-
États parties ne soient pas limités quant au nombre de candidatures garde, notamment du PCI inscrit sur la liste de sauvegarde urgente.
à envoyer au comité. Le comité a en outre précisé qu’un élément Pour le comité, il ne s’agit pas de n’importe quelle sauvegarde : il s’agit
ne peut pas figurer simultanément sur les deux listes, qu’il pourra de la sauvegarde qui assure la viabilité des éléments du PCI avec la
Débats récents

retirer un élément quand celui-ci ne répondra plus aux critères de participation et au profit de ceux qui en sont les porteurs et praticiens.
la liste et que les États parties pourront proposer – selon l’évolu- Cette notion est reflétée dans les critères d’inscription et dans des direc-
tion de la viabilité de l’élément – le transfert d’un élément d’une tives présentant des recommandations visant à faciliter la participa-
liste à l’autre. tion des communautés, des groupes et – le cas échéant – des individus
La plupart des critères proposés pour les deux listes sont assez à la mise en œuvre de la convention à l’échelle nationale.
similaires : selon le premier critère, les éléments proposés doivent Pour contribuer à la visibilité de la convention et du PCI, le comité
correspondre à la définition du PCI retenue dans l’article 2.1 de la a pris l’initiative de proposer la création d’un emblème. Le secréta-

C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008 13


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DOSSIER

© Unesco / Niamh Burke

Deux chefs-d’œuvre du patrimoine oral et


immatériel de l’humanité : le Kutiyattam,
tradition théatrale la plus ancienne d’Inde,
et le théâtre japonais de marionnettes
Ningyo Johruri Bunraku.
© Unesco / Michel Ravassard

© Unesco / Michel Ravassard


Musiciens traditionnels au Moussem de Tan Tan, un festival
de tribus nomades (Maroc), chef-d'œuvre du patrimoine
oral et immatériel de l’humanité.

riat, de son côté, a mis en place un site Internet, http://www.unesco. de candidature pour les deux listes et des dossiers soumettant des
org/culture/ich, qui présente les documents de travail des organes de candidatures en vue d’une reconnaissance comme meilleure
la convention, les commentaires écrits des États parties, les comptes pratique de sauvegarde. Le comité devra répondre aux préoccu-
rendus des sessions du comité et de l’assemblée, ainsi que les rapports pations des communautés et de leurs organisations et, parfois, il
des réunions d’experts. Les résultats des travaux du comité sont recevra des demandes d’assistance d’urgence auxquelles il faudra
également communiqués dans le Messager du patrimoine immatériel faire face très vite. Il devra débroussailler son chemin dans un
publié par la Section du patrimoine culturel immatériel (en ligne). territoire où il n’existe ni jurisprudence constante, ni beaucoup
Le comité ne veut pas seulement consulter les grandes ONG inter- de précédents. De nouvelles procédures verront alors le jour.
nationales mais tout un éventail d’organisations et de personnes qui Étant donné que le fonds ne sera pas inépuisable – loin de là – le
n’ont pas forcément besoin d’être accréditées. Lorsqu’il a adopté comité aura à faire des choix et à les motiver. Accepter des ensem-
les critères concernant l’assistance consultative (y compris pour bles vagues pour inscription sur les listes, ou n’accepter que des
l’examen des dossiers de candidature), il y a explicitement éléments précis ? Accepter n’importe quelle interprétation de la
mentionné des organismes publics ou privés et des personnes notion de communauté ? Accorder une assistance financière à un
physiques possédant des compétences avérées dans le domaine projet dont les mesures ne concernent pas directement la sauve-
du PCI. Quasiment les mêmes acteurs se retrouvent, avec les déten- garde, comme par exemple la documentation pour des recherches
teurs et les praticiens, dans le chapitre intitulé « Participation [à la non liées à la sauvegarde ? Comment trancher quand les experts et
mise en œuvre de la convention] des communautés, des groupes les représentants des communautés ont des points de vue diffé-
et, le cas échéant, des individus, ainsi que des experts, des centres rents ? On peut s’imaginer des dizaines de questions et le comité
d’expertise et des instituts de recherche ». demandera sans doute à son secrétariat d’organiser des réunions
d’experts ou pourra commander des études pour développer des
Le passage aux actes approches et des ébauches de solutions.
La nature des travaux du comité changera fondamentalement après Une fois la convention opérationnelle, le comité devra aussi se
juin 2008. Certes, les directives opérationnelles requerront toujours présenter au monde et établir des contacts, voire une coopération,
l’attention du comité, mais celui-ci aura désormais comme tâche avec d’autres conventions (Unesco et non Unesco), ainsi qu’avec
nouvelle d’étudier des demandes d’assistance internationale en d’autres organisations internationales. Le comité dans sa future
utilisant le fonds de la convention ; d’examiner les demandes composition déterminera le sort de la convention au moins autant
d’accréditation des ONG et de déterminer quelles organisations que le comité tel qu’il était composé de mi-2006 à mi-2008.
ou personnes choisir pour faire l’examen des dossiers de candi-
dature pour la liste de sauvegarde urgente et les demandes pour Le site des chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité :
l’assistance internationale. Il devra également évaluer des dossiers http://www.unesco.org/culture/en/masterpieces/masterpieces_fr.html

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DOSSIER

Une nouvelle perception du patrimoine

Une convention et un concept


Q uelle est donc cette convention, née en 2003 à l’Unesco
et entrée en vigueur en 2006, qui est au cœur du dispo-
sitif de protection de ce patrimoine millénaire qui n’a
pourtant trouvé son nom que tout dernièrement ? Quelles ont été
les raisons de sa création et le contexte de son élaboration ? Quels
Christian Hottin
Chef de la Mission ethnologie
MCC / Direction de l’architecture et du patrimoine

en sont les points essentiels ? Enfin, quelles transformations induit- 1972 exclut de facto nombre de pays qui ne possèdent pas de patri-
elle dans les pratiques et les représentations du patrimoine ? moine bâti doté d’une valeur exceptionnelle, alors même qu’ils
Ces deux mots accolés, « patrimoine immatériel », de plus en plus détiennent souvent des savoir-faire anciens ou sont le lieu de
souvent employés, produisent une impression de nouveauté, pratique d’expressions orales, de chants, de danses remarquables.
d’inédit, mais aussi frappent les esprits par l’étrangeté, voire l’in- Pour autant, ce déséquilibre ne se résume pas à une opposition
vraisemblance de leur rapprochement, tant il est vrai qu’au pays entre pays riches et pauvres, entre pays du Nord et du Sud. Le
de Mérimée ou de Viollet-le-Duc, le patrimoine semblerait ne devoir Japon s’est également trouvé aux prises avec de réelles difficultés

Patrimoines ethnologique et immatériel


s’incarner que dans la pierre et être indissociable de la matière. Il pour défendre l’inscription de certains de ses temples : ces derniers
n’y a là rien d’anecdotique car, au-delà du rapprochement des avaient pu être plusieurs fois reconstruits, sans toutefois que cela
mots, parler de patrimoine immatériel invite en fait à repenser porte atteinte, pour les Japonais, à leur valeur patrimoniale, puisque
l’ensemble du concept de patrimoine et à modifier les représenta- l’essentiel réside non dans l’authenticité formelle de l’édifice, mais
tions que les pays de tradition culturelle occidentale entretiennent dans la continuité et l’ancienneté du rite qui s’y pratique. Reste que
avec cette notion. (On s’attachera ici à l’analyse de la notion de cette conception du patrimoine ne s’accordait pas aisément avec les
« patrimoine culturel immatériel », au sens que lui donne la conven- règles d’appréciation en vigueur à l’Unesco pour obtenir la distinc-
tion de l’Unesco.) tion de chef-d’œuvre du patrimoine mondial.
Cette inadéquation entre la convention de 1972 et la variété des
Genèse d’une convention appréhensions du fait patrimonial au plan mondial a ouvert la
Il est presque impossible d’évoquer la convention de l’Unesco sur voie à une série de réflexions et de programmes destinés à assurer
le patrimoine culturel immatériel (PCI) sans faire référence à celle une meilleure prise en compte des aspects immatériels. Dès 1982,
de 1972 sur le patrimoine mondial. Indiscutablement, la conven- on parle de non material heritage. En 1989, l’Unesco rend publique
tion sur le PCI prolonge la dynamique de mondialisation et une recommandation pour la sauvegarde du folklore, mais il ne
d’expansion du concept de patrimoine initiée par la convention de s’agit que d’un dispositif juridique non contraignant. Tout au long
1972. Toutefois, la nouvelle convention s’inspirerait de l’ancienne de la décennie suivante, des pays tels que le Japon, ou des insti-

Recherche et métiers de la culture


en cherchant à s’en démarquer (tant dans les objets que dans tutions, en particulier le Smithsonian Center for Folklife and Cultural
l’esprit), en corrigerait les fautes et les errements. Qu’en est-il au Heritage, œuvrent pour la reconnaissance du patrimoine culturel
juste ? immatériel. Une étape décisive est franchie en 1997 avec le lance-
Dès ses origines, la convention de 1972 est marquée par une ment du programme de proclamations des chefs-d’œuvre du patri-
conception du patrimoine héritée des civilisations européennes. moine culturel immatériel de l’humanité. Ce programme aboutit à
Si est bel et bien recherchée une diffusion mondiale du concept de trois séries de proclamations, en 2001, 2003 et 2005. Entre-temps,
patrimoine, la convention n’en demeure pas moins ethnocentrée, le texte de la convention a été élaboré et définitivement mis au point
sensible au départ aux aspects matériels du patrimoine et soucieuse en 2003. Trente États la ratifient, et elle entre officiellement en
de distinguer des œuvres « exceptionnelles » par leur qualité intrin- vigueur en 2006.
sèque et leur rayonnement. Sans doute, les évolutions ultérieures, Il convient, par ailleurs, de signaler les liens qui unissent l’esprit
tels l’intérêt grandissant porté aux sites naturels ou l’intégration des de cette convention et celui de la convention de 2005 consacrée à
paysages culturels, ont permis une prise en compte de formes la diversité culturelle : la première est le versant patrimonial de la
patrimoniales différentes, mais la répartition des biens inscrits sur seconde, plus tournée vers les implications économiques.
la liste du patrimoine mondial témoigne encore aujourd’hui de
ces déséquilibres natifs : cinq pays d’Europe occidentale (l’Alle- Définitions
magne, l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni) se parta- La convention de 2003 débute par une définition :
gent la majorité relative des biens inscrits sur les listes du patrimoine « On entend par “patrimoine culturel immatériel” les pratiques
mondial, et les villes européennes comptent pour plus de la moitié représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que
Débats récents

des sites urbains présents sur cette liste. Logiquement, la surre- les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont
présentation des pays européens va de pair avec une sous-repré- associés – que les communautés, les groupes, et le cas échéant, les
sentation des autres continents, et tout particulièrement des pays individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine
du Sud. culturel. » (art. 2)
Il semblerait même que, décennie après décennie, la part relative Un renversement est ainsi opéré par rapport à la notion d’objet.
de ces pays (notamment ceux du continent africain) tende à dimi- Jusqu’à présent, dans la tradition patrimoniale occidentale, l’objet,
nuer. La définition du patrimoine retenue dans la convention de l’instrument, l’artefact était premier, et pouvait renvoyer, dans le

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DOSSIER

Un métier d’art : Luigi Bergamo,


fondeur de cloches.
Cl. Alexis Lecomte

discours, à des pratiques liées à son existence. Avec cette définition, depuis « l’identification » jusqu’aux actions de « revitalisation », en
la pratique vient en premier, elle est effectivement l’objet patri- passant par « la documentation, la recherche, la préservation, la
monial par excellence. Les objets ne sont pas pour autant relé- protection, la promotion, la mise en valeur, la transmission ». Et la
gués au second plan : ils sont « associés » aux pratiques, et sont sauvegarde tend à devenir, à mesure que se précisent les poli-
donc les supports indispensables à l’expression de ces dernières. tiques découlant du texte, la pierre angulaire du dispositif : beau-
coup plus qu’une liste officielle des pratiques culturelles immaté-
« Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en rielles les plus remarquables ou les plus représentatives, la
génération, est recréé en permanence par les communautés et convention doit être un outil pour sauver de la disparition des
groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature biens du patrimoine de l’humanité aujourd’hui menacés.
et de leur histoire, et leur procure un sentiment d’identité et de
continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité
culturelle et la créativité humaine. » (art. 2)
Sont ici mises en avant les notions de transmission entre les géné-
rations et de recréation continue : la première permet de définir la
valeur patrimoniale immatérielle d’un bien culturel qui doit s’ins- Le groupe Voce di Corsica en
concert.
crire dans le temps, la seconde attire l’attention sur le fait qu’il ne
saurait être question de formes figées, appréciées en référence à une Dernière génération de chantres
période ou un style jugés canoniques, mais que, bien au contraire, ce à la fête de Sant’Alesiu (Corse),
patrimoine est par définition évolutif. Enfin, la notion d’interaction 2004.

avec le milieu met en évidence qu’il n’y a pas de lien fixe et définitif
entre une pratique et un espace particulier : elle suppose l’adaptabi-
lité du phénomène patrimonial immatériel à d’autres contextes que
ceux d’origine. Ainsi, les « objets immatériels » et leur inscription dans
le temps et l’espace sont mis en relation avec la place qu’ils occupent
dans les sociétés humaines : ils sont porteurs d’identité.
La convention détaille, de manière non exhaustive, les domaines
concernés : « les traditions et expressions orales » (mais les langues
n’y figurent qu’en tant que vecteurs de ces pratiques), « les arts du
spectacle », « les pratiques sociales, rituels et événements festifs » (ces
expressions permettent de désigner un ensemble de manifesta-
tions complexes qui associent plusieurs types de pratiques), « les
connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers » (telles
© Michèle Guelfucci

que, par exemple, les médecines traditionnelles), « les savoir-faire


liés à l’artisanat traditionnel ».
Enfin, est explicitée la notion de « sauvegarde », au cœur des objec-
tifs de la convention. Elle est entendue dans un sens très large,

16 C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008


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DOSSIER

Une convention et un concept


Mise en pratique
Pour fonctionner, la convention s’appuie principalement sur un
comité intergouvernemental de 24 membres qui est une émanation
de l’assemblée générale des États parties. Le comité est chargé de
la mise en œuvre de la convention pour l’Unesco et tout particu-
lièrement de l’examen des demandes présentées par les États
parties en vue de l’inscription sur les deux listes, représentative ou
de sauvegarde. C’est également le comité qui propose à l’assemblée
générale l’accréditation d’organisations non gouvernementales qui
auront une fonction consultative auprès de lui.
Reste que c’est en priorité aux États parties qu’incombe la respon-
sabilité de mettre en œuvre la convention sur leur territoire. Diffé-
rentes mesures sont identifiées pour assurer la sauvegarde du PCI
(art. 13). Une insistance particulière est mise sur le développe-

Patrimoines ethnologique et immatériel


ment de l’éducation en faveur du PCI (art. 14) et sur l’identifica-
tion du PCI à travers la réalisation d’« un ou plusieurs inventaires »
(art. 12), avec la « participation des communautés, des groupes et
des organisations non gouvernementales pertinentes » (art. 11). Là
réside un autre bouleversement majeur : les porteurs des pratiques,
détenteurs des traditions, se voient conférer une légitimité consi-
dérable pour dire ce qu’est, selon eux, leur patrimoine. Entre les
États, les chercheurs et les porteurs de traditions, une nouvelle
© Office du tourisme de Douai

configuration des relations est établie, qui fait des derniers des
acteurs majeurs et non plus de simples objets d’étude.
La définition, l’étude et la protection du PCI dans chaque État
partie se font en lien avec la politique internationale mise en œuvre
dans le cadre de l’Unesco autour de trois grands axes : la coopé-
ration internationale, la création d’un fonds du patrimoine culturel
immatériel et l’établissement de listes (représentative et de sauve- Géants du Nord : M. et Mme Gayant et deux de leurs enfants,
garde). Le texte de la convention ne définissait pas précisément les

Recherche et métiers de la culture


Binbin et Fillon, dans la cour de l’hôtel de ville de Douai.
relations devant exister entre ces deux listes, nettement inspirées
de celles prévues par la convention de 1972. Toutefois, les débats
ultérieurs ont clairement fait apparaître toute l’importance que permet de les nommer, de les identifier plus efficacement et invite
l’Unesco souhaite donner à la liste de sauvegarde, qui seule devrait les acteurs de ces différentes pratiques à se réclamer d’un déno-
ouvrir droit pour les biens concernés à un soutien effectif en minateur commun. Là réside probablement un des acquis majeurs :
hommes et en argent. La liste représentative, quant à elle, serait très à travers la formalisation du concept, la création d’un effet de
ouverte, chaque pays pouvant soumettre plusieurs dossiers en vue masse qui profite à tout un ensemble d’objets patrimoniaux aupa-
d’une inscription qui aurait avant tout valeur de label, mais serait ravant dispersés.
purement symbolique. Les deux renversements conceptuels opérés par la convention –
l’importance accordée à la pratique par rapport aux objets qui en
Issue d’une lente gestation, la convention de l’Unesco sur le patri- sont les supports et la place centrale accordée aux praticiens dans
moine culturel immatériel, ainsi que les politiques culturelles inter- la définition comme dans l’explicitation du fait patrimonial –
nationales qui en découlent, ne créent pas seulement une nouvelle reprennent, mais en les officialisant, certains processus égale-
catégorie de patrimoine, qui vient s’ajouter à une liste déjà longue ment observables dans d’autres domaines. Mais ce qui est ailleurs
(mobilier, immobilier, naturel, marin, etc.) ; encore que ce texte vécu comme une évolution de la pratique apparaît ici institu-
vienne combler, on l’a vu, une lacune très importante et constitue tionnalisé et constitutif du concept. Gageons que cela ne sera pas
un élargissement nécessaire. Elle constitue, selon nous, un objet sans effet sur la vie et la perception des autres catégories d’objets
profondément nouveau, un outil susceptible non seulement de patrimoniaux.
Débats récents

permettre une mise en œuvre différente des politiques patrimo-


niales, mais encore d’influencer notablement les contours et les
modes de perception des objets patrimoniaux déjà identifiés. Ce texte reprend, en les actualisant, les éléments d’une communication
Si les catégories visées par la convention existaient déjà, sous antérieure : « Généralités sur la convention de l’Unesco pour la
d’autres noms (« patrimoine ethnologique », « musiques et danses sauvegarde du patrimoine culturel immatériel », 4e séminaire
traditionnelles », « métiers d’art » ou « maîtres d’art »), le concept d’ethnomusicologie caribéenne, Patrimoine culturel immatériel de la
de patrimoine culturel immatériel leur confère une unité nouvelle, Caraïbe, Sainte-Anne (Guadeloupe), 9 juillet 2007.

C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008 17


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DOSSIER

La mise en œuvre par la France


de la convention de l’Unesco

L a France a ratifié en 2006 la Convention pour la sauvegarde


du patrimoine culturel immatériel adoptée en 2003 par
l’Unesco. Pour la période 2006-2008, notre pays a été élu au
comité intergouvernemental chargé de l’élaboration des directives
opérationnelles de la convention. Au sein de ce comité, la France,
Christian Hottin

et danses traditionnelles favorisent la connaissance de ces patri-


moines (notamment par un grand effort de documentation), ainsi que
représentée par Chérif Khaznadar, président du comité culture de leur diffusion et leur transmission. Dans un autre domaine, le dispo-
la commission française de l’Unesco, et par deux membres du sitif des maîtres d’art confère à celui qui est désigné comme tel une
ministère de la Culture, défend une position très proche de l’esprit distinction qui est aussi une injonction à transmettre la richesse
même de la convention, en soulignant l’importance de la notion de immatérielle dont il est le dépositaire.
sauvegarde – ce qui la conduit par exemple à souhaiter que la Ainsi en France, la mise en œuvre de la convention n’est pas une
liste de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (PCI), politique à bâtir de toutes pièces : des outils intellectuels, des
réservée aux expressions culturelles en danger, fasse l’objet de dispositifs d’intervention, des structures de terrain existent, qu’il
plus de soins que la liste représentative, ouverte aux manifestations faut mobiliser pour les intégrer à une politique d’ensemble. Ce
dont la viabilité paraît mieux assurée. qui existe actuellement est morcelé entre les différents domaines
Étant donné l’étendue du champ d’application de cette convention et éclaté à différents niveaux de l’action patrimoniale.
(savoir-faire, musiques, danses, expressions orales ainsi que les
« instruments, objets, artefacts et espaces culturels » associés), un Informer
comité rassemblant des représentants de tous les secteurs concernés Quoique ratifiée par la France récemment, la convention pour la
du ministère de la Culture a été mis en place en 20061. Ce comité sauvegarde du PCI suscite un intérêt croissant dans les domaines
a pour mission le suivi des travaux de l’Unesco pour la mise en culturels qu’elle recouvre. Les demandes sont multiples : de la
œuvre de la convention, la centralisation, l’étude et l’instruction des simple explication des termes à une information sur les procédures
projets et dossiers de candidature, ainsi que la coordination de la à suivre dès maintenant en vue d’une inscription sur les listes du
politique scientifique de sauvegarde du PCI sur l’ensemble du terri- PCI, en passant par une recherche d’explication de texte sur la
toire français (programme de réalisation des inventaires conduit lettre et l’esprit de la convention. En outre, le terme de « patri-
par la Mission ethnologie du ministère, programmes de recherches moine immatériel » est fréquemment utilisé dans un sens quelque
avec le CNRS). Cette politique se conduira en lien avec les directions peu différent de celui de la convention, équivalant alors à « archives
régionales des affaires culturelles et leurs conseillers sectoriels en orales » ou « patrimoine audiovisuel ».
charge des domaines visés par la convention. Dans les services où Face à ces attentes, il importe de rester au plus près du texte de la
ils sont présents, les conseillers à l’ethnologie, ainsi que les ethno- convention ainsi que des débats les plus récents tenus au sein du
logues régionaux travaillant au sein des conseils régionaux sont comité intergouvernemental. Trois points essentiels sont à rappeler
tout naturellement les premiers destinataires de ces actions. pour souligner l’originalité de ce texte. Il s’agit d’une convention :
Les modalités de mise en œuvre de cette sauvegarde sont tout – pour la sauvegarde, et c’est cette idée qui structure l’ensemble des
aussi variées : identification, recherche, préservation, protection, politiques qu’elle induit ;
promotion, mise en valeur, transmission et revitalisation, autant de – qui concerne des pratiques vivantes, évolutives, et accorde une
mesures qui doivent assurer la « viabilité » du PCI. place centrale aux pratiques elles-mêmes par rapport aux objets qui
La convention et le concept de PCI apparaissent, dans notre pays, en sont les supports ou aux enregistrements qui en sont les traces ;
comme porteurs d’idées venues d’ailleurs (civilisations extra- – qui place les acteurs des pratiques au cœur des dispositifs de sa
europénnes, et plus particulièrement Afrique, Chine ou Japon) et en mise en œuvre.
voie d’acculturation chez nous. Toutefois, il faut se garder de cette Ces deux derniers points sont potentiellement porteurs d’une évolu-
vision sans nuances : depuis plus de vingt ans des recherches scien- tion notable de la conception de l’ensemble des phénomènes patri-
tifiques, des politiques publiques et des créations d’institutions ont moniaux, y compris matériels.
concouru, en France, à la prise en compte des aspects non matériels
des objets patrimoniaux matériels, ainsi qu’à l’étude et à la défense Identifier
des formes non matérielles du patrimoine. La notion historique de La convention de l’Unesco place l’identification des formes de PCI
« lieu de mémoire » a fait émerger toute une part immatérielle de la et la recherche scientifique au nombre des processus de sauve-
valeur patrimoniale de grands monuments, elle a aussi permis la prise garde. Elle enjoint aux États parties de dresser et tenir à jour des
en compte, dans le patrimoine de la Nation, d’éléments immaté- inventaires de leur PCI. L’identification du PCI par la réalisation d’in-
riels. La création au sein du ministère de la Culture d’une Mission
1. Ce comité est piloté par deux services du ministère : la Délégation au développement
du patrimoine ethnologique a permis, depuis vingt-cinq ans, de
et aux affaires internationales (DDAI) et la Direction de l’architecture et du patrimoine
prendre conscience de la richesse de ce patrimoine, notamment à (DAPA). Pour la DAPA, il est animé par la Mission ethnologie et la Mission aux affaires
travers la formation, l’étude et la recherche. Les centres des musiques européennes et internationales.

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DOSSIER

ventaires corrélés à des recherches scientifiques est conçue tout à Sauvegarder

Une convention et un concept


la fois comme une action de sauvegarde et comme une étape du La « sauvegarde » est définie dans la convention comme l’en-
processus national et intergouvernemental d’inscription. Rappe- semble des mesures « visant à assurer la viabilité du patrimoine
lons que la recherche en ces domaines existe, et souvent depuis culturel immatériel ». Outre les activités de recherche, de docu-
longtemps. Inventaires, catalogues de sources, bases de données mentation et d’identification, elle englobe la « préservation, la
accessibles ou non en ligne ne manquent pas pour documenter les protection, la promotion, la mise en valeur, la transmission, essen-
pratiques humaines visées par la convention. De ce constat découle tiellement par l’éducation formelle ou informelle, ainsi que la revi-
la volonté de rassembler, dans un premier temps, l’ensemble de ces talisation des différents aspects de ce patrimoine ».
ressources dans un « inventaire des inventaires », et de faire Si des dispositifs existent déjà, ils sont très inégalement répartis
précéder toute campagne d’inventaire à venir d’un examen des selon les secteurs et selon les types d’activités. Ainsi, la « protection »
sources déjà disponibles. au sens juridique est très peu développée : certains équipements ont
Dans un deuxième temps, se met en place une politique de réali- pu être classés au titre du patrimoine ethnologique en référence
sation d’inventaires dans l’esprit de la convention (primat accordé aux pratiques qui s’y déroulent (c’est le cas des arènes de bouvine,
aux pratiques, importance de l’apport des praticiens à la descrip- arènes languedociennes démontables, cf. infra p. 48-49), mais la
tion). Toutefois, cette démarche d’ensemble doit être adaptée à protection porte officiellement sur l’artefact et non sur la pratique.

Patrimoines ethnologique et immatériel


un contexte géographique et humain, notre pays, relativement En 2008, le ministère de la Culture (DAPA) a créé un groupe de
vaste et peuplé de plus de 60 millions d’habitants, ce qui peut travail sur les modalités de mise en œuvre d’une protection du PCI,
rendre difficile l’implication directe de tous les membres des qui étudie les expériences faites dans d’autres pays (par exemple en
« communautés ou groupes ». En outre, la tradition française en Belgique, où viennent d’être classées les Marches d’entre Sambre et
matière de reconnaissance des groupes humains et des commu- Meuse). En matière de transmission, les centres des musiques et
nautés cohabitant au sein de la communauté nationale ne favorise danses traditionnelles accomplissent un travail important, de même
pas la mise en relation directe avec des communautés qui s’iden- que le dispositif des maîtres d’arts pour les savoir-faire : mais la
tifient comme telles et sont identifiées comme telles par les comparaison s’arrête là, tout différenciant par ailleurs un large
instances administratives ou scientifiques. D’où la décision prise de réseau national parfaitement reconnu et un dispositif de grande
s’appuyer autant que possible sur les associations culturelles, qualité, élitiste par essence et trop confidentiel (selon les propres
économiques ou scientifiques en charge du secteur du PCI que dires des responsables de sa mise en œuvre).
l’on souhaite documenter, et sur des partenariats avec les collec- Néanmoins, avec la sauvegarde par la transmission, la valorisation
tivités. Ces structures intermédiaires entre les groupes humains et ou la protection, on se trouve devant le domaine d’action qui
les responsables de la politique d’inventaire seront chargées des risque d’être le plus considérablement modifié du fait même de la
inventaires, en lien avec le ministère de la Culture. Lorsqu’il ne sera mise en œuvre de la convention, et en particulier du fait de la
pas possible de s’appuyer sur une structure de ce type, l’opération création de listes : ces dernières vont en effet entraîner, au-delà de

Recherche et métiers de la culture


sera directement confiée à un chercheur. la valorisation prévisible des biens inscrits, une valorisation de
l’ensemble des manifestations ayant trait au PCI. De même, il se
Rechercher peut que l’émergence au plan international d’une nouvelle catégorie
La recherche sur le PCI figure au nombre des moyens de sauvegarde patrimoniale amène une collaboration accrue dans ce domaine,
identifiés par la convention. La recherche en anthropologie, en des échanges et des expertises partagées sur les bonnes pratiques.
ethnologie, en ethnomusicologie joue ici un rôle essentiel. Au sein Contrairement aux questions d’information, de recherche et d’iden-
du ministère de la Culture, les recherches initiées par la mission tification, ces questions de protection, de promotion et de transmis-
chargée de l’ethnologie ont fait émerger en tant que champs de sion n’ont jusqu’à présent pas été prises en compte dans la réflexion
recherche à part entière ces formes de patrimoine. De manière sur le PCI telle qu’elle a été initiée au sein du ministère de la Culture.
plus générale, le soutien à la recherche est, avec le contrôle de De même qu’a été acté le principe d’un inventaire de l’existant (ou
l’État sur les procédures d’identification et d’inscription, le garant « inventaire des inventaires », cf. infra p. 27-28), il convient de
de la qualité déontologique des actions qui seront menées au titre réaliser un recensement et une expertise des dispositifs existants et
du PCI, ceci afin d’éviter toutes les formes de dérives essentia- des types d’intervention liés (protection, promotion, transmission).
listes ou folkloristes qui pourraient prendre appui sur la convention Ainsi, si la convention de 2003 implique une approche nouvelle de
pour se donner une plus grande visibilité. la notion de patrimoine, cette nouveauté n’est pas entière : on a fait
Mais il y a plus : la création d’une nouvelle catégorie de patri- ici référence à des pratiques ou des dispositifs qui relèvent de la
moine, soutenue politiquement par un texte de portée internatio- sauvegarde du PCI, au sens où l’on peut faire de la prose sans le
nale, modifie la perception des domaines préexistant à la conven- savoir. La mise en œuvre de la convention ne suppose pas la créa-
Débats récents

tion et visés par elle. Pour comprendre ces évolutions, il faut, tout tion de dispositifs ex nihilo, pas plus qu’elle n’impose la tabula rasa
en renforçant la recherche sur les domaines couverts par le PCI, pour construire de toutes pièces un édifice neuf. Il faut répertorier
développer la recherche sur le PCI lui-même, ici considéré en tant les sources et les pratiques existantes et lancer des actions en fonc-
que nouvelle catégorie d’action des politiques culturelles, suscep- tion des lacunes observables. Quant à la mise en œuvre de la
tible d’être objectivé par la recherche en sciences sociales. Telle est convention proprement dite (inscription sur des listes au plan
la fonction première du séminaire mensuel coorganisé par la international), elle suppose des procédures qui sont encore en
Mission ethnologie et le Lahic depuis 2006 (cf. infra p. 32-34). construction au niveau de l’Unesco.

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DOSSIER

>>>>>>>>>>>>>> Les sites français du patrimoine mondial


face à la convention de 2003
5es rencontres des sites français du patrimoine mondial
26 et 27 septembre 2007, Le Puy-en-Velay

L’objectif majeur de ces rencontres était d’assurer une au programme deux interventions : la première
plus grande cohérence aux actions communes possibles consistait en une présentation générale de la
de ces sites extrêmement divers par la nature des biens convention (en insistant sur l’importance de la
concernés, par la qualité des détenteurs, ou par leur sauvegarde et en développant les actions initiées par le
notoriété. Pour parvenir à cet objectif, il fallait que ces ministère depuis la ratification), la seconde, donnée par
sites se structurent en association, et, de fait, une part Renaud Tardy, vice-président en charge de la culture au
importante des journées était consacrée à la mise en conseil général du Nord, avait pour thème le seul bien
place d’un tel dispositif. Simultanément, une place français distingué en tant que chef-d’œuvre du
particulière était réservée aux sites présents sur les patrimoine oral et immatériel de l’humanité, à savoir
Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce bien du les géants et dragons processionnels de France et de
patrimoine mondial est lui-même composé de Belgique. La communication de M. Tardy était centrée
soixante-dix sites différents, là encore fort sur les géants du Nord. En regard de la présentation de
la candidature de Bordeaux, récemment distinguée par
l’Unesco, ces premiers exposés pouvaient laisser penser
que les deux conventions, en dehors de la ressemblance
de leurs dispositifs de fonctionnement, œuvraient dans
des domaines très différents et sans réelles passerelles
entre elles. La suite des débats allait infirmer cette idée.
Au-delà de ces communications spécifiques,
l’immatériel s’est « invité » dans plusieurs autres
exposés : sans surprise, dans la communication de
Makoto Motonoka, expert à l’agence pour les affaires
culturelles du Japon, qui avait pour thème « Les sites
sacrés et chemins de pèlerinages dans les monts Kii » ;
mais aussi, comme attendu, dans les interventions
portant sur les Chemins de Saint-Jacques-de-
Compostelle (Antoinette Mayol, Olivier Poisson, Brigitte
© Unesco / Patrice Thebault

Bourrelier, et Bieito Pérez Outeirino – pour la partie


espagnole des Chemins). La réflexion sur ce dernier
sujet est particulièrement révélatrice des évolutions
intervenues au fil du temps dans la définition du
« patrimoine mondial » : avec les Chemins, il s’agit d’un
patrimoine réparti sur une très grande distance, présent
Les Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, de manière discontinue sur le territoire, sans unité
site du patrimoine mondial : le cloître de Moissac autre que des « chemins » qui, bien que s’inscrivant
(Tarn-et-Garonne). dans une tradition, ne sont pas ceux précisément
empruntés jadis par les pèlerins. Autant de spécificités
qui rendent complexes, non seulement la gestion, mais
dissemblables, mais déjà organisés en association aussi la simple définition de ce site. Inclure dans la prise
(ACIR : Association de coopération interrégionale « Les en compte de ce patrimoine la notion d’immatériel
chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle ») : ces enrichit considérablement la problématique : en faisant
rencontres devaient être pour l’association l’occasion de appel à la mémoire et à la transmission séculaire d’une
clarifier son organisation. pratique (le pèlerinage) on rend plus évidente l’unicité
L’autre objectif des rencontres était d’examiner, pour la et la cohérence de ce bien, alors même que les traces
première fois, la place du patrimoine immatériel dans la matérielles sont lacunaires ou discontinues. En
problématique institutionnelle des sites français du revanche, la question de « l’authenticité » de la pratique
patrimoine mondial. se trouve posée avec plus d’acuité, tout comme les
Les organisateurs de la rencontre, mais aussi tous les ambiguïtés de son caractère actuel : tout à la fois rite
participants, étaient désireux de mieux connaître la religieux, quête spirituelle, recherche de dépassement
convention de l’Unesco pour la sauvegarde du et activité physique.
patrimoine culturel immatériel. De ce fait, une partie Christian Hottin
des débats était spécialement réservée à ce thème, avec

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DOSSIER

>>>>>>>>>>>>>> Deux nouveaux instruments juridiques de l’Unesco

Une convention et un concept


bien distincts :
la convention sur la protection et la promotion
de la diversité des expressions culturelles (2005)
et la convention sur le patrimoine culturel immatériel (2003)

Les objectifs de la convention de 2005 – la convention sur la protection et la promotion de la


Gilles Delcourt
sur la diversité des expressions culturelles diversité des expressions culturelles s’est imposée afin
Département
En adoptant cette convention, les États ont intégré pour de consacrer la légitimité des États à mener des
des affaires européennes
la première fois la culture en tant que telle dans politiques culturelles propres et non seulement pour
et internationales
le droit international et y ont inscrit trois principes protéger un patrimoine spécifique. Cette réaffirmation
MCC/Délégation au
fondamentaux : de la souveraineté culturelle des États permet la
développement et aux

Patrimoines ethnologique et immatériel


– la reconnaissance de la nature spécifique des biens et reconnaissance, sur le plan du droit international, de la
affaires internationales
services culturels ; spécificité des biens et services culturels dans les
– l’affirmation du droit souverain des États en matière négociations commerciales internationales.
de politiques culturelles et de mesures appropriées Ces deux conventions ont donc des visées bien
à la promotion de la diversité culturelle ; différentes tant au niveau de leur champ d’application
– la nécessité de renforcer la coopération qu’au niveau des acteurs qu’elles impliquent. La
internationale, en particulier avec les pays en convention sur la protection et la promotion de la
développement, afin d’accroître leur capacité à préserver diversité des expressions culturelles comprend les
leur patrimoine et à promouvoir leurs créations industries culturelles et l’ensemble des expressions
culturelles. culturelles, alors que celle de 2003 se concentre sur la
Cette convention consacre le principe de non- sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine culturel
subordination aux autres traités et se place ainsi sur un immatériel.
pied d’égalité avec les autres traités internationaux. Ces deux conventions sont complémentaires dans
Elle sera prise en compte pour l’interprétation et l’esprit et les matières qu’elles visent à protéger et
l’application des traités existants. Elle permettra le promouvoir, mais possèdent des finalités bien
développement d’une jurisprudence s’appuyant sur distinctes. À ce titre, toute tentative de rapprochement
des considérations culturelles et pas seulement et de recherche d’interactions entre ces deux
commerciales, en reconnaissant la spécificité des biens conventions pourrait être nuisible au rayonnement et à

Recherche et métiers de la culture


et services culturels et audiovisuels dans les la mise en œuvre de chacune d’entre elles.
négociations bilatérales et multilatérales (OMC).
Cette convention n’est pas protectionniste. Chaque
pays est incité à mettre en valeur le dialogue des
identités culturelles en facilitant la mobilité des artistes
et des œuvres et, dans le respect du principe
d’ouverture et d’équilibre envers les autres cultures,
à prendre les mesures nécessaires à la protection
et à la mise en valeur de la création artistique.
À titre d’exemple, les accords de coproduction
cinématographique et/ou audiovisuelle conclus par
la France avec ses partenaires confèrent aux œuvres
(audiovisuelles ou cinématographiques) coproduites,
un traitement national dans chaque pays de la
coproduction et, de ce fait, leur ouvrent l’accès aux
aides nationales.

Les différences entre la convention de 2003


et celle de 2005
Ces deux conventions sont de nature
fondamentalement différente :
Débats récents

– la convention sur le patrimoine culturel immatériel


s’inscrit dans le prolongement de la convention de 1972
sur le patrimoine mondial, avec comme objectif
principal la « sauvegarde » d’un patrimoine fragile et
menacé ;

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DOSSIER

Les problématiques européennes

L a réflexion autour de l’immatérialité en Europe est un exer- Bruno Favel


Président du comité du patrimoine et du paysage
cice rendu complexe dès l’origine par la définition même de
du Conseil de l’Europe
l’espace géographique à considérer. De quelle Europe
Chef de la Mission des affaires européennes et internationales
parlons-nous ? De l’Europe de l’Unesco, de l’Europe du Conseil de MCC / Direction de l'architecture et du patrimoine
l’Europe, de l’Union européenne, ou encore de l’Europe de l’Orga-
nisation internationale de la francophonie ? Ce champ fluctuant
au gré des organisations, des structures et des lieux entraîne paral- réflexions et travaux : pourtant, des initiatives sont possibles,
lèlement des aspirations, des réflexions, des objectifs, des résultats comme celle de relier le label du patrimoine européen à l’imma-
bien différents. térialité.
Lucien Febvre, dans sa leçon inaugurale au Collège de France en Depuis juillet 2006, un nouvel outil incluant une forte dimension
1944, envisage l’Europe comme une « indéniable unité historique ». immatérielle, le label « Patrimoine européen », développé par 17
En effet, c’est autour de l’unité historique et de la communauté de pays européens, tend à valoriser des éléments patrimoniaux en réfé-
pensées qu’il faut essayer de tisser des liens entre les structures et rence à l’Europe, à son histoire, à ses valeurs communes. Ainsi 55
l’immatérialité. sites incarnant l’Europe de la création, des idées, des grands hommes,
Le champ de définition est large, et il est un fait que le patrimoine des échanges et des savoirs ont d’ores et déjà été retenus ; ils portent
culturel immatériel est peu traité dans les textes juridiques euro- dans les critères mêmes de leur sélection une valeur immatérielle –
péens. Seule la Convention de Faro, dernière convention cadre sur en France : l’abbaye de Cluny, la cour d’honneur du Palais des papes
la valeur du patrimoine culturel pour la société (signée par une en Avignon, la maison de Robert Schuman..., ou encore des concepts
dizaine d’États le 27 octobre 2005, mais non par la France), veut comme l’abolition de la peine de mort au Portugal.
favoriser une meilleure connaissance de leur patrimoine par les Avec ce label, l’immatériel se trouve pour la première fois transposé
Européens. À l’article 9 « Usage durable du patrimoine culturel », dans un mécanisme politique fort. On relèvera à cet égard qu’il
le patrimoine culturel sert à promouvoir l’utilisation des maté-
riaux, des techniques et du savoir-faire issus de la tradition, et à
explorer leur potentiel dans la production contemporaine. Il y a là
trace d’immatérialité, préoccupation essentielle de relier les aspi-
rations des Européens, de façon sans doute technique et diffuse, aux
préoccupations évoquées dans la définition du patrimoine imma-
© Didier Plowy/MCC

tériel tel qu’il est envisagé par l’Unesco. Il y a des liens communs,
et notamment le mot tradition est important – certains États ne
souhaitant pas qu’il soit fait mention de l’immatérialité, il a fallu
trouver d’autres concepts. De même, on parle de communautés
patrimoniales et non de groupes ethniques comme dans d’autres L'abbaye de Cluny a reçu le label Patrimoine européen.
conventions.
Ce cheminement juridique de l’immatérialité reste donc encore à
faire, même si, à défaut de mention de l’immatérialité dans les n’entre nullement en concurrence avec la Liste du patrimoine
textes européens, la notion apparaît dans les textes du programme mondial de l’Unesco, elle-même porteuse de l’idée, très impor-
Culture 2007, où certains financements de programmes relatifs au tante, d’universalité. De fait, le label européen en est complé-
patrimoine culturel immatériel sont envisagés. Mais ces possibilités mentaire, puisqu’il n’est pas un label de protection, qu’il n’a pas
très empiriques ne sont nullement codifiées, ni par l’Union euro- de caractère universel, et qu’il est tourné d’abord vers la valorisa-
péenne, ni surtout par le Conseil de l’Europe, en charge de ces tion. Il est donc très souhaitable que l’Europe, renforçant encore
questions depuis l’origine. davantage son engagement sur les questions de l’immatériel, s’y
Les grandes conventions patrimoniales sont la convention de investisse aussi de concert avec l’Unesco.
Grenade sur le patrimoine physique (1985), la convention de La La France de son côté, forte de la ratification de la convention pour
Valette sur l’archéologie (1992), et la convention de Florence sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, développe sur
le paysage (2000, signée par la France). Ce sont des conventions le plan national différentes initiatives au sein même du ministère
de nature philosophique, éthique et déontologique, qui rejoignent de la Culture et de la Communication afin de mettre en place la
bien souvent les préoccupations des conventions de l’Unesco. Il est convention. Un comité où sont représentées les différentes direc-
même dit dans les textes que l’Unesco et le Conseil de l’Europe tions du ministère, et auquel sont associés observateurs et experts,
doivent travailler ensemble sur les domaines patrimoniaux afin cherche à appréhender les attentes des citoyens porteurs de
de définir une concordance entre le champ européen et le champ projets et leur désir de voir reconnaître l’immatérialité dans leur
universel. Les grandes institutions européennes ont donc encore du démarche. Ce comité accompagne la mise en place de la procé-
mal à trouver un champ d’ouverture sur l’immatériel, malgré la dure nationale d’ici à la fin de l’année 2008 pour être opéra-
volonté toujours répétée d’intégrer l’immatérialité dans leurs tionnel en 2009.

22 C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008


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DOSSIER

Kate Moss et les bars de Cayenne :

Une convention et un concept


ethnochic et actifs immatériels

I l était une fois la marque « Minnetonka », du nom d’une loca-


lité au cœur du pays des Indiens du Minnesota, depuis long-
temps pourvoyeuse de mocassins traditionnels portés par les
Indiens lors des pow-wow, et par quelques touristes. Puis, une,
deux photos suffisent à déclencher une envie irrépressible chez les
Jocelyn Pierre
Mission de valorisation du patrimoine immatériel
MCC / Secrétariat général

Sylvie Grenet
Mission ethnologie
« fashionistas » de la planète : Kate Moss arbore les bottes Minne-
MCC / Direction de l’architecture et du patrimoine
tonka, et les blogs français retentissent des envies irrépressibles des
« modeuses » (« Je les veux tout de suite, immédiatement » clame
une bloggeuse du très influent blog Punky B’s fashion diary). La Ces deux anecdotes posent une question essentielle : ces « signes »
sont-ils des symboles d’une culture, d’un « imaginaire » ou des

Patrimoines ethnologique et immatériel


actifs immatériels ? Il est clair que pour les Indiens du Minne-
sota comme de Guyane, il s’agit de la représentation matérielle
Mocassins et bottes
d’une tradition immatérielle, artisanale et/ou spirituelle. Pour les
Minnetonka d’inspiration
indienne. stylistes de chaussures et les décorateurs de bars, il s’agit de
« modèles » déposés comme tels ou de logos, éléments distinctifs
d’une marque.

Le patrimoine immatériel culturel :


entre protection et valorisation
L’actualité récente a été marquée par l’édition de deux textes, de
valeur normative certes bien différente, mais qui ont en commun
de s’appuyer sur la même expression de « patrimoine immaté-
riel ». Ils soulèvent certaines questions, apparemment techniques,
mais qui préparent, de façon souterraine, un modèle de société.
En 2003, la Conférence générale de l’Unesco a adopté la Conven-
© Eliane Camargo

tion pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Elle est

Recherche et métiers de la culture


entrée en vigueur le 20 avril 2006 après avoir été ratifiée par trente
États, dont la France. Grâce à cette convention, les activités menées
depuis de nombreuses années par l’Unesco et par les services
Un maluwana (ciel de case) wayana décoré de motifs traditionnels évoquant patrimoniaux nationaux en ce qui concerne l’inventaire, le recueil
un bestiaire mythologique (Guyane). et la promotion du patrimoine culturel immatériel (traditions
À lire, l’ouvrage bilingue français-wayana écrit conjointement par un transmises depuis des siècles et directement portées par le savoir-
Wayana dépositaire d’un savoir-faire traditionnel et une ethnologue : faire des hommes) sont poursuivies dans un cadre régi par le
M. Kulijaman, E. Camargo, Kaptëlo. L'origine du ciel de case et du roseau à droit international.
flèches chez les Wayana (Guyanes). Coédition Association GADEPAM/ Un an après, le 18 avril 2007, le Premier ministre français signait
Ed. du CTHS, 112 p., 25 € (publié avec le soutien du MCC/DRAC de Guyane). une circulaire relative à la gestion des actifs immatériels qui inau-
gurait une démarche méthodique et généralisée de « valorisation »
société propriétaire de la marque Minnetonka voit son chiffre des actifs publics dans le but de « dynamiser l’économie et de
d’affaires atteindre des sommets, sans que les Indiens du Minne- contribuer au désendettement de l’État ». Pour accompagner cette
sota perçoivent la moindre rémunération pour des modèles large- nouvelle approche, l’État a mis en place l’Agence du patrimoine
ment inspirés de leur savoir-faire ancestral. immatériel de l’État (APIE), service à compétence nationale du
Il était une autre fois à Cayenne, des bars à la mode, ornés de ministère chargé de l’économie, sous double tutelle des directions
dessins aux couleurs vives, « inspirés des Indiens du Maroni ». générales du Trésor et des Finances publiques.
Or, pour les Indiens Wayanas de Guyane qui en sont à l’origine, ces Le terme « patrimoine immatériel » est-il si malléable qu’il puisse
Débats récents

motifs sont sacrés car ils sont l’un des éléments indispensables à convenir à ces deux usages ? Nous verrons que si les risques de
la réalisation d’un rituel de passage, le marake. Pour un Wayana, confusion sémantique sont grands, à la fois source et conséquence
il est donc inconcevable d’extraire ces dessins de leur contexte de ces registres normatifs multiples, ils ne doivent pas cacher les
rituel. Pourtant, pour boire un verre à Cayenne, on s’assoit sur points de convergence. Dans les deux cas, la tentative est de trans-
des tabourets peints de motifs wayanas. Ils font désormais partie former des signes intangibles en « objets de droit », de les réifier.
de la touche exotique et « locale » qu’un touriste est en droit Et cette réification de l’imaginaire est probablement porteuse
d’attendre d’un lieu « in ». d’enjeux communs.

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DOSSIER

Confusion sémantique ou confusion symbolique ? Il comprend aujourd’hui également les ressources et capacités
Créer du droit c’est inventer des définitions. Mais sur ce concept, les humaines, les compétences organisationnelles (bases de données,
juristes partent de loin. Tant le langage commun que celui du monde technologies, routines et culture) et le capital « relationnel », par
du travail foisonnent d’ambivalence autour de cette expression. exemple les structures et processus d’organisation ainsi que les
Absence de définitions, mot-valise, polysémie orchestrée : simple réseaux de clients et fournisseurs.
homonymie ou faut-il se diriger vers le sentier de la synonymie ? 4 – À ces trois « définitions », ajoutons ce qu’écrit l’OCDE4 : « Il n’y
Dans le langage courant, « patrimoine » comme « immatériel » a pas de définition et de classification des actifs immatériels qui
sont dotés de sens variables. Même en les combinant, les possibles soient généralement acceptées. La plupart des définitions semblent
restent nombreux. Le patrimoine immatériel peut être : néanmoins retenir trois caractéristiques fondamentales : ces actifs
1 – Un élément du discours sur le « capital humain ». Dans le n’ont pas de matérialité ; dans une certaine mesure, ils sont appro-
langage courant, la référence au patrimoine immatériel renvoie à priables et négociables ; ils généreront probablement un profit
des notions telles que « connaissances, capacité d’attention, de économique. » On retrouve la définition en négatif (absence de
réflexion critique, invention, mobilisation affective ». Plus spécifi- matérialité), avec la dimension juridique de l’appropriation et la
quement, dans les discours de management, privé et public, à la dimension économique de rentabilité. Mais cela reste assez peu
notion de « patrimoine immatériel », sont accolés des termes tels conceptuel.
que « capacité, intelligence, aptitude, confiance, sentiment, réseaux, Quant à la circulaire du Premier ministre du 18 avril 2007, relative
innovation, collectif, mobilisation, diversité, compétence, organi- à la gestion des actifs immatériels de l’État, elle dispose : « l’État
sation, relation, création, intégration, participation, dynamisme ». détient des actifs immatériels considérables (licences, brevets,
2 – La reconnaissance d’une pratique communautaire, symbole de fréquences, marques, savoir-faire publics, bases de données, droits
la défense de « valeurs », en tant qu’elle assure la durabilité d’une d’accès, images publiques…). » Cette liste tient lieu de définition.
vision du monde basée sur la valorisation et le respect des cultures On le voit, tant dans le langage courant que juridique, l’immatériel
dans leur diversité. C’est, par exemple, la « gastronomie française » est à la fois source d’originalité, d’authenticité et de concurrence.
honorée récemment par le Président de la République. Tout devient possible, et la confusion sémantique entraîne une
3 – Une œuvre de l’esprit au sens de la propriété littéraire et artistique. confusion de l’ordre du symbolique. Cette citation très imagée de
C’est ainsi que l’université de Marne-la-Vallée a mis en place un Magali Demotes-Mainard5, statisticienne de l’Insee, donne toute son
master « ingénierie de l’information, spécialité capital immatériel ». ampleur à cette ambiguïté : « En fait, l’immatériel se présente à nous
4 – Un actif professionnel ou artisanal proche des actifs protégés un peu comme l’homme invisible : on ne le connaît que par ses
au titre de la propriété industrielle. Ainsi, dans la revue Métiers d’art bandages (on peut alors se comporter avec lui comme avec
de l’automne 2007, un dossier consacré aux « marques et labels » quiconque, sauf que l’enveloppe avec qui on est en rapport est
comme élément du patrimoine immatériel de la France dresse un relativement contingente) ou par les traces que son corps laisse sur
panorama des « titres, labels, appellations et autres marques qui se les coussins (on a accès non à lui-même mais à ses actes). »
bousculent pour désigner, valoriser et rendre visibles les profes-
sionnels, les savoir-faire et les entreprises des métiers d’art français. Vers un darwinisme de l’intelligence et de la diversité
Qualité, authenticité, confiance, créativité, modernité, éthique, culturelle ?
sont parmi l’essentiel des messages véhiculés ». Au travers des deux textes normatifs récents présentés dans cet
5 – Un patrimoine sur des supports numériques, abusivement article, les deux registres de l’action publique que nous mettons ici
appelé immatériel. en parallèle ont en commun de faire entrer le « paysage » dans
Dans le langage économique, cette polysémie se retrouve. Diffé- une logique, une dynamique patrimoniale. Des objets, des terri-
rentes définitions et approches sont, dans ce registre aussi, sources toires, des institutions, des nations, des projets, voire des savoir-
de confusion. faire, des formes, des rituels, jusqu’ici inventés et perpétués « dans
1 – En creux. Antoine Rebiscoul1 considère par exemple que le l’air du temps » deviennent des objets de droit, sous formes d’iden-
patrimoine immatériel d’une institution (entreprise, État), c’est ce tités et de droits d’accès. Dans ce sens, ils sont « rigidifiés » et
qu’il reste quand tout ce qui pouvait l’être a été sous-traité, c’est- « privatisés », au sens où les terres communales furent partagées
à-dire, essentiellement, des idées et des perceptions : des droits de et encloses (décret du 10 juin 1793). Objets de culture et de savoir,
propriété intellectuelle, des marques, la capacité à interconnecter ils deviennent des objets de droit, voire des objets de gestion comp-
le système d’information au monde extérieur, la qualité d’un dispo- table qui peuvent être mesurés et redirigés au gré de la volonté de
sitif de relations aux clients. leur détenteur. Même si les deux registres de l’action publique
2 – En double « négatif ». Une définition proposée par l’Insee2 : « Les certainement s’opposent sur de nombreux points, celui du sens de
biens immatériels sont des biens qui ne sont pas matériels et qui « valorisation » notamment, ils ont en commun différents enjeux
ne sont pas non plus des services. » juridique, économique et politique.
3 – En liste. Moyen assez inhabituel chez les statisticiens, c’est
une définition « en liste » qui est pourtant retenue par le SESSI3 : Un enjeu juridique : ne pas élargir le périmètre de la propriété
la communication, l’innovation, la R&D et la protection de la intellectuelle au « plus petit dénominateur commun »
propriété intellectuelle. Toutefois, dans la littérature managériale, En droit de la propriété intellectuelle, les juristes considèrent que
le champ des actifs immatériels s’est élargi ces dernières années. lorsque l’actif devient une « œuvre de l’esprit », originale, sous la

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DOSSIER

Une convention et un concept


forme d’une œuvre, d’un modèle, d’une marque ou d’un brevet, il les richesses, pour être productives, doivent être partagées. À
fait naître un droit sur la tête de son auteur. Le mouvement patri- défaut, à travers l’élargissement des droits de propriété intellectuelle,
monial actuel, sous-tendu dans les deux textes présentés ici, tend le système de production se nourrit en se mutilant.
à sauvegarder, défendre et renforcer ces trois éléments.
À l’auteur personne physique ou morale, en tout cas dotée de la Un enjeu politique : socialiser pour s’enrichir
personnalité juridique, le droit a ajouté des collectifs de créateurs Quels qu’en soient les bénéficiaires (communautés, services de
(œuvres collectives et de collaboration). Aujourd’hui, avec la mise l’État…), la question de la valorisation de ces actifs immatériels ainsi
en œuvre de la convention de l’Unesco, pourrait s’ouvrir une créés juridiquement et comptablement ne suffit pas. C’est le prin-
nouvelle catégorie « d’auteurs », celle des communautés de vie cipe même de réification commun à l’élaboration de ce récent
(Nation, ethnie, village…) qui cherchent à se faire reconnaître corpus normatif qui doit être interrogé.
comme les détenteurs d’un actif immatériel. Ainsi, depuis des décennies, l’œuvre de Pierre Legendre cherche à
Les types d’actifs concernés s’élargissent concentriquement. Tradi- mettre en exergue les buts et les atours d’un système de production
tionnellement, le droit reconnaît les œuvres, les marques, les qualifié de capitalisme « cognitif » qui vise à « vampiriser » toute
modèles et les brevets. Mais aujourd’hui, il s’agit de faire reconnaître la sphère de l’esprit et de l’imaginaire dans le travail, l’entreprise

Patrimoines ethnologique et immatériel


des droits sur des standards, des savoir-faire, des signes rituels ou et dans la vie quotidienne.
culturels, des idées (la brevetabilité du logiciel), et même du vivant. Trois mots reviennent fréquemment dans les discours des tenants
Les types de droits sont aussi en discussion. Entre les démembre- de cette logique publiciste : ouverture, égalité et coopération.
ments du droit de propriété du code civil, les droits d’auteur et les Ouverture. Il s’agit là de reconnaître8 que la productivité sociale
droits voisins de la propriété littéraire et artistique, on voit appa- est, dans certains cas, devenue plus puissante que la productivité
raître des débats tels que ceux sur le droit à l’image des biens dont organique interne aux institutions. La question la plus importante
pourrait se prévaloir leur propriétaire. de notre développement est alors celle de l’adéquation de nos
Pourtant, le risque d’un tel élargissement est de remettre en cause dispositifs et de nos agencements de droits de propriété aux condi-
un ensemble normatif fragile certes mais subtil et éprouvé. Pour tions de possibilité de la génération et de la circulation des idées
reprendre les termes de Pierre Musso6, réduire toutes les activités et des perceptions.
cognitives à des signes et appliquer à tous les secteurs d’activité un Égalité. Rendre palpables et contrôlables les biens culturels et cogni-
même régime juridique, signifie se contenter du plus petit commun tifs par le corps politique de la société, passe autant par leur socia-
dénominateur. lisation que par leur privatisation.
Coopération, souvent accompagnée du joli anglicisme « d’intelli-
Un enjeu économique : ne pas tarir la source des richesses gence collective ». Toute une réflexion anthropologique s’ouvre
L’enjeu économique est double : faire des capitaux immatériels qui doit s’efforcer de comprendre le nouveau rapport au corps, au

Recherche et métiers de la culture


culturels, le nouveau centre de gravité de l’économie de la temps et à la motivation.
culture et/ou considérer que l’économie de l’immatériel n’est pas
une question de préservation, mais bien de mutation et de crois- L’enjeu est d’abord de passer d’une logique darwiniste et hégémo-
sance. nique de concurrence à une logique spinoziste9 de « con-currence »
Pour répondre au premier enjeu, il convient d’examiner comme le c’est-à-dire de course commune, de participation à la création de
propose Philippe Chantepie7 dans quelle mesure l’économie de la biens communs. Il est aussi de donner à cette notion de « patri-
culture contribue particulièrement aux performances économiques moine culturel immatériel » une réelle efficacité saisissable par le
générales. Dans ce cas, il serait nécessaire de chercher à évaluer citoyen, en l’inscrivant dans le droit. Anthropologues, juristes et
l’impact des actifs immatériels de la culture pour expliquer ou économistes ont encore du chemin à parcourir ensemble…
encourager la croissance et la compétitivité des économies. Pareille
mesure suppose de déterminer, au moins dans le champ des acti-
1. Antoine Rebiscoul (univ. technologique de Compiègne), « Pour une controverse sur
vités culturelles, le patrimoine culturel et ses effets en termes de l’économie de l’immatériel », novembre 2007. http://www.neteco.com/84618-
création. Concrètement, il s’agit de mesurer si la circulation des controverse-economie-immateriel.html
savoirs n’est pas plus profitable à tous que leur « sauvegarde » 2. Magali Demotes-Mainard (Insee), « La connaissance statistique de l’immatériel », 8 p.
sous forme de droits de propriété renforcés. Groupe de Voorburg sur la statistique des services, 18e session, Tokyo, 6-10 octobre 2003.
http://www.insee.fr/fr/nom_def_met/colloques/acn/colloque_10/demotes_mainard.pdf
Le second enjeu lui, est plus structurel encore. Lorsque le système
3. Voir l’enquête « Moyens et modes de gestion de l’immatériel », réalisée en 2005 :
productif est principalement assis sur l’information et la connais-
http://www.industrie.gouv.fr/sessi/enquetes/immat/immat05.htm
sance, le cadre de l’échange des biens marchands est transcendé :
Débats récents

4. Actifs immatériels et création de valeur, réunion du conseil de l’OCDE au niveau


si je vous donne mon manteau, je le perds, tandis que si je vous ministériel, 2006. http://www.oecd.org/dataoecd/53/18/36701585.pdf
apprends une langue, non seulement je ne perds rien mais je gagne 5. Magali Demotes-Mainard, op. cit.
un interlocuteur à ma communauté linguistique. C’est ce que les 6. Pierre Musso, « Une critique de l’économie de l’immatériel vue par le rapport Jouyet-
économistes qualifient de « biens communs », des biens qui ne Lévy ». In : Quaderni, n° 64, automne 2007.
sont ni rivaux, ni exclusifs. Dès lors, puisque la nouvelle source de 7. Economia della cultura, Anno XV, 2008, Bologna.
la productivité se trouve dans la libre circulation des connaissances 8. Antoine Rebiscoul, op. cit.
et des inventions ainsi que dans la libre coopération des cerveaux, 9. http://www.cairn.info/revue-multitudes-2008-2-page-5.htm

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DOSSIER

Patrimoine ethnologique
permanences
D’une notion l’autre, l’une et l’autre notions
et leur prise en compte par le ministère de la Culture

V ouée dès ses origines à la découverte de cet autre d’ailleurs


qu’était l’homme des civilisations non européennes ou de
cet autre de l’intérieur qu’étaient les représentants des
sociétés rurales traditionnelles, l’ethnologie, science qui se propo-
sait souvent d’étudier des mondes près de disparaître, rencontra
Christian Hottin

ment a été lancé, en partenariat avec la Cité nationale de l’his-


précocement le monde naissant des institutions patrimoniales et toire de l’immigration, un programme de recherche consacré à la
plus particulièrement celui des musées. Préparée par le travail des mémoire des immigrations en France.
folkloristes, des sociétés savantes et de musées d’histoire, la À la fin des années 1990, en lien avec l’École des hautes études en
première grande manifestation nationale de cette convergence sciences sociales (EHESS) et l’ethnopôle GARAE de Carcassonne,
entre une science sociale et une discipline patrimoniale fut la créa- voit le jour, d’abord sous la forme de recherches isolées ou de
tion, en 1936, du musée des Arts et Traditions populaires. Quelque stages, un programme de recherche d’un type nouveau, révéla-
quarante ans plus tard, on se proposait de traiter, hors du contexte teur du souci, pour les acteurs du patrimoine, d’une approche
strictement muséal, d’un patrimoine ethnologique perçu dès cette réflexive de leur pratique tout autant que d’une meilleure compré-
époque comme largement immatériel et nécessitant à ce titre d’au- hension des représentations du patrimoine au sein de la société fran-
tres formes de prise en compte et de protection que celles tradi- çaise. Parmi les recherches sur le patrimoine ethnologique émer-
tionnellement mises en avant par les défenseurs du patrimoine. Au gent plus particulièrement celles qui ont pour objectif de faire une
sein du ministère de la Culture, l’invention de ces nouveaux outils ethnologie du patrimoine : quelle est la perception que les habitants
fut confiée à une Mission du patrimoine ethnologique (aujourd’hui d’une ville ou d’un village ont de leur monument ? Quelle peut
Mission ethnologie). être la vie des propriétaires de grottes ornées ? Qu’est-ce qui peut
pousser de passionnés autodidactes à écrire au ministère de la
Patrimoine ethnologique et Culture pour faire part à l’administration de leurs découvertes
ethnologie du patrimoine archéologiques plus ou moins farfelues (et comment l’adminis-
Croyances ou savoir-faire traditionnels, musiques, chants et danses, tration parvient-elle à traiter ces courriers délicats) ? Quels sont
rites et manifestations collectives : autant de champs d’études les critères explicites ou implicites, objectifs ou subjectifs, qui sont
pour l’ethnologue qui sont définis comme faisant partie du patri- mis en œuvre dans les recherches de l’Inventaire général ? Quelles
moine ethnologique et qui se retrouvent, peu ou prou, dans la sont les pratiques sociales de l’archivage ? Qu’est-ce qu’une
définition actuelle du patrimoine immatériel. Mais les moyens « émotion patrimoniale » ? En quoi consiste l’artification ? Autant
envisagés au début des années 1980 pour prendre en compte ce qui de questions pour un projet de recherche multiple, protéiforme, aux
apparaissait comme un « nouveau patrimoine » diffèrent en grande ramifications successives, qui se nourrit d’échanges entre anthro-
partie des orientations aujourd’hui proposées pour la mise en pologues et conservateurs. Depuis 2001, ce travail se poursuit au
œuvre de la convention de l’Unesco. Sur la base des orientations sein du Lahic (Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’insti-
définies par le Conseil du patrimoine ethnologique, les actions de tution de la culture) dans le cadre de séminaires, d’ateliers et de
la Mission du patrimoine ethnologique ont pris plusieurs formes : recherches qui ont donné lieu à des publications (à paraître : Les
appels d’offres pour des programmes de recherche et politique de monuments sont habités et L’imaginaire archéologique).
diffusion des résultats (colloques, manifestations, publications de
revues, ouvrages1 sur des thèmes tels que la vie dans la Dombes, Patrimoine immatériel
les femmes policières, les pratiques des musiques actuelles ou Les moyens mis en œuvre pour traiter du patrimoine immatériel
l’ethnologie des internes des hôpitaux...) ; aide à la création audio- dans le cadre de la convention de l’Unesco diffèrent profondé-
visuelle (soutien à la réalisation de films, participations aux festi- ment. Ainsi, le rôle central attribué aux communautés dans le
vals). Simultanément, l’action de la Mission en régions s’est mani- processus d’identification de ce qui constitue leur patrimoine
festée par la création de postes de conseillers pour l’ethnologie en culturel immatériel induit de facto une expertise partagée entre
DRAC, et aussi via le développement de partenariats originaux praticiens, conservateurs et chercheurs, fort différente de la
(création du CRECET en Basse-Normandie, développement du démarche d’étude et de recherche préconisée auparavant pour la
réseau des ethnopôles dans les années 1990). Notons que récem- valorisation du patrimoine ethnologique. De même, l’accent déli-

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DOSSIER

et patrimoine immatériel :

Une convention et un concept


et mutations
bérément mis sur la notion de sauvegarde introduit la possibilité cadre d’action qui rend possible toutes les comparaisons et les
de formes de protection juridiques qui n’avaient pour ainsi dire collaborations, les pays disposant désormais d’un référentiel
jamais été expérimentées pour la préservation du patrimoine ethno- commun. Il est à noter que le patrimoine immatériel fait égale-
logique. Enfin, la dénomination retenue, tout comme l’origine ment partie des domaines de recherches pris en compte par la
institutionnelle du concept rompent aussi bien avec un strict enra- Mission ethnologie et le Lahic dans le programme consacré à
cinement disciplinaire (la science ethnologique) qu’avec un cadre l’ethnologie du patrimoine, comme en témoignent les études
d’application national spécifique – la notion de patrimoine ethno- conduites par Gaetano Ciarcia (cf. infra, p. 29-31) ou le séminaire

Patrimoines ethnologique et immatériel


logique constituant une spécificité française : sans rompre les liens consacré à la convention et animé par Sylvie Grenet et Chiara
avec l’ethnologie ou l’anthropologie, qui sont de toute évidence les Bortolotto (cf. infra, p. 32-34 et http://www.lahic.cnrs.fr/spip.php?
principaux outils permettant de le connaître, le patrimoine imma- article310).
tériel est désormais défini comme une catégorie de patrimoine Au final, patrimoine ethnologique, ethnologie du patrimoine et
autonome, placée sur le même pied que les différentes formes du mise en œuvre de la convention pour la sauvegarde du patrimoine
patrimoine matériel (monumental ou archéologique, artistique ou culturel immatériel constituent trois axes de travail cohérents,
archivistique, meuble ou immeuble) – et concourant avec elles à susceptibles de recoupements, mais non redondants.
une appréhension holistique du fait patrimonial. Au plan interna-
tional, les directives données par l’Unesco créent d’emblée un 1. Revue Terrain, collections Ethnologie de la France et Cahiers d’ethnologie de la France.

Les inventaires en France

C omme il est stipulé dans l’article 12 de la convention sur

Recherche et métiers de la culture


Sylvie Grenet
le PCI, des inventaires doivent être dressés pour « assurer Mission ethnologie
l’identification en vue de la sauvegarde », afin d’« assurer MCC / Direction de l’architecture et du patrimoine
la viabilité du patrimoine culturel immatériel, y compris [son]
identification […] » (art. 2.3). La convention présente donc la
réalisation des inventaires à la fois comme une mesure de sauve- dique. C’est dire l’importance de cette mesure, qui reste par consé-
garde en soi et comme une condition préalable à toutes les autres quent incontournable.
mesures de sauvegarde. Étant donné la nature dynamique des éléments dont la convention
Il faut également noter que, si les inventaires peuvent être en demande d’assurer la sauvegarde, les inventaires doivent réperto-
nombre illimité, ils sont surtout obligatoires : « Chaque État partie rier des pratiques vivantes présentes dans un ou plusieurs États.
dresse [en anglais shall draw up] de façon adaptée à sa situation, Pour la France, deux inventaires sont en cours1. Le premier,
un ou plusieurs inventaires du patrimoine culturel immatériel commencé en août 2007, a pris la forme d’un « inventaire des
présent sur son territoire » (art 12.1). L’article 13 consacré aux inventaires », établi selon un principe documentaire de recensement
« autres mesures de sauvegarde » (mise en place de programmes des inventaires déjà existants, ouvrages déjà parus ou bases de
d’éducation, de sensibilisation et de renforcement des capa- données déjà réalisées, disponibles ou non sur Internet (par exemple
cités, etc.), utilise un vocabulaire beaucoup moins contraignant : PortEthno2, portail qui répertorie les recherches et ressources en
« En vue d’assurer la sauvegarde, le développement et la mise en ethnologie de la France). Le résultat de ce travail est disponible sur
valeur du patrimoine culturel immatériel présent sur son territoire, le site Internet du ministère de la Culture (rubrique « dossiers
chaque État partie s’efforce de […] [dans la version anglaise : shall thématiques / ethnologie / inventaire des inventaires du patri-
Débats récents

endeavour to] ». La création d’inventaires est donc une tâche impé- moine culturel immatériel : http://www.culture.gouv.fr/culture/dp/
rative pour les États signataires, alors que les « autres mesures de ethno_spci/invent_invent.htm).
sauvegarde » sont présentées comme des actions souhaitables mais Le second, plus proche de l’esprit de la convention, vise à réper-
pas obligatoires. Cela signifie que les pratiques qui seront propo- torier des pratiques vivantes, avec le concours des communautés,
sées à l’inscription sur une des deux listes du PCI (liste représen- des groupes et des individus. Il a commencé en mars 2008, et
tative et liste pour une sauvegarde urgente) devront au préalable s’inspire de deux éléments déjà existants : une grille mise au point
avoir été inscrites sur ces inventaires, sous peine de non-validité juri- pour l’Inventaire des ressources ethnologiques du patrimoine

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DOSSIER

immatériel (IREPI) de l’université Laval à Québec, et un thesaurus La première interrogation est liée aux sujets abordés par l’inven-
également employé dans l’IREPI, la Grille des pratiques culturelles taire, qui ont besoin d’être explicitement définis au préalable,
de Jean Du Berger. Cet inventaire, actuellement en phase d’essai, peut-être dans un lexique. La nécessité d’une définition précise
est mis en œuvre avec quatre partenaires : la Société d’encoura- offre l’avantage d’éviter toute ambiguïté, et de montrer de manière
gement des métiers d’art (SEMA), dépendant du ministère chargé visible qu’elle influe sur le choix même des objets présentés dans
de l’industrie, l’Institut Occitan (InOc), le Centre des musiques les inventaires. Par exemple, les métiers d’art rares obéissent à
traditionnelles (CMDT) de Corse et le Laboratoire d’anthropologie une définition bien spécifique établie par la SEMA : « Sont consi-
et d’histoire de l’institution de la culture (Lahic, unité mixte CNRS- dérés comme exerçant un métier d’art rare, les professionnels ou
ministère de la Culture). La SEMA entreprend un inventaire des les entreprises possédant : des savoir-faire rares de haute techni-
métiers d’art rares en France, l’InOc travaille sur un inventaire des cité, des fonds d’archives anciens reposant sur des ouvrages et
expressions occitanes en région Aquitaine, le CMDT de Corse documents rares, des matières premières rares, des machines et
entame une recherche sur l’inventaire de cantu in paghjella, une outils anciens ou rares, des compétences spécifiques et rares liées
forme de polyphonie, et une chercheuse du Lahic (Chiara Borto- à une technique, des pratiques communes liées à un petit nombre
lotto) est chargée d’une étude sur la faisabilité d’un inventaire des de professionnels ou à une communauté locale, des savoir-faire
pratiques culturelles des communautés immigrées en Ile-de-France. caractérisés par l’absence ou l’indisponibilité de formations
Lors d’une première réunion d’étape début avril 2008, les parte- acquises par les filières normales et reconnues3. » Cette défini-
naires se sont accordés sur deux niveaux : les modalités d’enquête tion associe étroitement le métier, la production et le professionnel.
et la restitution au public. Sont donc exclus de cet inventaire des individus qui ne sont pas
Le but de cet inventaire, outre celui de répondre aux obligations de des professionnels, quand bien même leur savoir-faire serait tout
la convention, est d’être un outil de connaissance à la disposition à fait éligible à une inscription sur un inventaire du patrimoine
de tous les publics. Il devrait à terme être disponible sur Internet, culturel immatériel.
et permettre à l’internaute de répondre à une question simple : La deuxième interrogation porte sur l’équilibre à trouver entre
« qu’y a-t-il en matière de PCI dans la région qui m’intéresse ? ». Le l’importance de l’expertise et le rôle laissé aux communautés,
critère géographique sera donc important dans la réflexion sur la groupes ou individus. Tel qu’il est conçu actuellement, et même tel
mise en ligne des données. qu’il semble évoluer, l’inventaire passe par l’intermédiaire de struc-
En ce qui concerne les enquêtes, doivent être considérées toutes les tures institutionnelles, qui effectuent un travail préalable d’exper-
nuances utiles pour satisfaire aux besoins de la collecte : par tise et de validation, notamment pour discerner, au sein des
exemple, l’inventaire peut prendre parfois la forme de question- pratiques vivantes, celles qui relèvent d’une revitalisation artificielle,
naires ouverts au lieu de champs à remplir, et il s’avérera nécessaire et celles qui, sous des dehors parfois commerciaux, ou folklorisants,
dans certains cas d’ajouter des champs pour affiner les résultats, sont révélateurs de réels espaces d’expression et de production de
comme la tranche d’âge des personnes enquêtées, ou des critères pratiques anciennes renouvelées. Pour ce faire, les partenaires ont
quantitatifs comme le nombre de personnes présentes lors de validé le principe d’une expérience, qui sera menée en collabora-
certaines pratiques. tion avec le Lahic, qui tentera de croiser les principes de l’inven-
Un inventaire unique des pratiques vivantes, basé sur ces quatre taire français et ceux d’une méthode testée actuellement au
inventaires pilotes, paraît possible. De premiers tests, effectués en Vietnam, spécifiquement dédiée à la question de la participation des
particulier par l’InOc, ont montré que le thesaurus de Du Berger communautés. Les chercheurs travaillent avec les représentants
pouvait être appliqué aux différents terrains envisagés pour la des communautés pour que ceux-ci reformulent et précisent sous
phase d’essai, mais plutôt aux niveaux des grandes entrées théma- forme de questions les principes de la liste représentative. L’idée
tiques (exemple : « danse sociale et populaire »), et éventuelle- serait de voir dans quelle mesure cette méthode de re-formula-
ment des sous-thématiques (exemple : « danse de groupe » comme tion, et donc de ré-appropriation des champs par les communautés
sous-thématique de « danse sociale et populaire »), le niveau des elles-mêmes, pourrait permettre de mettre au point une série de
sous-sous-thématiques étant trop spécifique des terrains québé- questions semi-ouvertes, qui pourraient être ensuite intégrées dans
cois (exemple : « béguine, boogie-woogie, rumba » comme sous- l’inventaire français.
sous-thématique de « danse de groupe », alors que le boogie-woogie
n’est plus guère pratiqué en France). Du moins dans un premier
temps, ce seront les termes de niveau 1, le plus large, qui seront 1. Cordonnés par le ministère de la Culture/DAPA/Mission ethnologie, cf. infra l’article
utilisés. Des essais ultérieurs permettront d’étudier la nécessité ou de Ch. Hottin, p. 18 et 20.

non d’inclure le niveau 2 des sous-thématiques. 2. Coordonné par le ministère de la Culture/DAPA/Mission ethnologie :
http://www.culture.gouv.fr/culture/dp/mpe/portethno.htm
Lors de cette première réunion d’étape, différentes problématiques
3. http://www.metiersdart-artisanat.com/1-17850-Metiers-d-Art-rares.php
sont également ressorties, qui nécessiteront d’être approfondies.

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DOSSIER

Deux études sur le patrimoine immatériel

Une convention et un concept


À la demande du ministère de la Culture et de la Communication Gaetano Ciarcia
Maître de conférences en ethnologie
(DAPA / Mission ethnologie), Gaetano Ciarcia a réalisé deux études
à l’université Paul-Valéry-Montpellier 3
sur le patrimoine culturel immatériel. La première, La perte durable1
Chercheur au CERCE (Centre d’études et de recherches comparatives
(2006) est une réflexion autour de la catégorie de « patrimoine en ethnologie, EA 3532)
immatériel » telle qu’elle a été adoptée par l’Unesco et utilisée par
des instances politiques, administratives et culturelles locales. La
seconde, Inventaire du patrimoine immatériel en France : du recen- À partir de mes expériences de recherche en pays dogon au Mali
sement à la critique2 (2007), prolonge cette analyse et envisage les (1995-1998) et dans les villes historiques du Bénin méridional
conditions de mise en œuvre de la convention. L’auteur synthétise (2005-2007), j’ai focalisé mon examen sur la migration du concept
ici quelques-unes des conclusions de ses recherches. de patrimoine immatériel dans la région du Languedoc-Roussillon
et à la Martinique. La création, en 2003, du Parc naturel régional

Patrimoines ethnologique et immatériel


’association actuelle de l’attribut « immatériel » à l’idée de de la Narbonnaise en Méditerranée a institué des modes de produc-
patrimoine culturel, appellation qualifiant les biens tion du territoire, dont l’opération « Les archives du sensible » me
physiques et intellectuels hérités par les membres d’une semble être une manifestation spécifique de la mise en œuvre de
communauté, a engendré la notion de « patrimoine immatériel ». la notion en question4. À la Martinique, j’ai interrogé les instances
Utilisée d’une manière récurrente dans les programmes émanant intellectuelles et institutionnelles ainsi que des représentants de
de l’Unesco, de l’Icom (Conseil international des musées) et de milieux associatifs concernés par les recours à la notion de patri-
l’Icomos (Conseil international des monuments et des sites), cette moine immatériel dans l’élaboration conflictuelle des mémoires
expression agence la promotion et la protection, à une échelle publiques de l’esclavage.
planétaire, de phénomènes anthropologiques originairement « non Lors de ma première étude, il s’est moins agi de comparer des
objectaux » mais objectivables à travers la valorisation d’em- ressemblances ou des divergences inhérentes à la construction
blèmes ou de supports physiques. La logique symbolique de la d’un patrimoine ethnologique (pays dogon), aux mémoires de
notion mobilise des indices concrets ou des traces matérielles, la traite négrière (Bénin) et à l’invention d’un territoire culturel
qui puissent simultanément figer, conserver, rendre explicite et dans un parc naturel régional français, que d’envisager d’une
transmissible la fluidité « immatérielle » de biens identifiés comme manière critique une continuité problématique entre ces diverses
patrimoine de l’humanité. La production de ces biens peut faire situations où la notion de patrimoine immatériel est sollicitée
appel simultanément à une rhétorique des origines et du devenir par les divers sujets, individuels et collectifs, impliqués dans la
d’un territoire, à travers son aménagement architectural, la valo- construction sociale de leur identification à une ou à des histoires

Recherche et métiers de la culture


risation de restes archéologiques, de pratiques populaires, de (voire des narrations) culturelles locales. C’est la réitération
narrations littéraires ou érudites. De telles opérations semblent discursive d’une prétendue dimension immatérielle produite par
réinventer le réel à travers la visualisation ou la transmission du les acteurs sociaux auprès des instances institutionnelles et des
passé d’entités censées être en voie de disparition. Ces entités collectivités locales que j’ai tentée de mettre en perspective. Mon
sont alors pensées comme les miroirs ou les écrans d’une perte attention a été retenue par la commune inadéquation de ces
durable, voire de la paradoxale obsolescence de temporalités pratiques avec les mythologies implicites, auxquelles leurs raisons
exotiques à conserver et à valoriser en vue d’un développement patrimoniales renvoient, et qui sont assumées comme intangi-
durable des lieux qui les expriment. bles ou spirituelles.
Si on a pu établir une équivalence provisoire entre l’immatérialité Tout comme dans les phénomènes de qualification du patrimoine
des « traditions » et l’absence ou la rareté d’écrits, documents, dit matériel, la perception de l’immatérialité du passé (« tradi-
archives, vestiges pouvant les réactualiser3, l’« adéquation » entre tionnel ») est l’effet produit par une distanciation intellectuelle
oralité et immatérialité a constitué une légitimation théorique préa- instituant l’idée d’appartenance ou d’adhésion morale à une entité
lable des politiques internationales de la patrimonialisation. En ce culturelle du passé ou à des faits historiques. Le clivage entre un
sens, la réalisation des projets de conservation muséale et archi- autrefois à devoir restituer et la rareté (ou les vides) des traces
tecturale a impliqué a contrario la production de supports matériels ayant survécu à cet ailleurs temporel presque disparu est perçu
des mémoires locales, la retranscription et l’interprétation érudite par les acteurs en question comme nécessaire à la valorisation
sous forme de cosmogonies de la littérature orale, et la surexposi- patrimoniale. Le « réel » du patrimoine immatériel se raccorde
tion muséale, architecturale et théâtrale d’objets tangibles ou de également avec la distanciation faite de silences, d’oublis, de
Débats récents

phénomènes rituels observables. fictions, de superpositions temporelles ou d’approximations dont

1. http://www.lahic.cnrs.fr/IMG/pdf/Ciarcia_perte_durable-2.pdf 4. Le programme « Les archives du sensible » désigne une entreprise de connaissance


2. http://www.lahic.cnrs.fr/IMG/pdf/Carnet_no3-2.pdf des éléments les plus fragiles, des relations symboliques les plus discrètes entretenues
par une partie de la population avec son territoire. Il s’agit d’un travail de collecte
3. Voir Unesco, Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, Paris,
d’écrits, de témoignages oraux et audiovisuels, mis en perspective à travers des études
2003, chapitre VIII, article 31.
confiées à des chercheurs afin d’« archiver » les mémoires, les pratiques, les
représentations et les savoir-faire locaux.

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DOSSIER
Cl. Gaetano Ciarcia

Restes d’une ancienne maison au style architectural dit « afro-brésilien », Ouidah, Bénin.

les « mémoires vivantes » (formule en vogue dans les textes offi- par la synchronisation contemporaine des qualités et des usages
ciels sur le patrimoine) sont les vecteurs. Un ensemble paradoxal – souvent touristiques – de la tradition culturelle.
de documents semble se constituer à l’intérieur d’une économie de Le patrimoine immatériel est aussi le réservoir symbolique de ce
la tradition culturelle et de l’imaginaire historique. L’immatéria- qui aurait pu disparaître, englouti par les changements de l’histoire :
lité exprimerait ainsi les modalités discursives à travers lesquelles l’« animisme » du paysan dogon assujetti d’abord aux conqué-
s’affirment les intentions collectives et individuelles de faire-savoir rants musulmans et par la suite aux colonisateurs français. Mais,
le passé et qui posent implicitement la question du passage d’un aussi, pour reprendre les contextes présentés dans mon étude : la
régime d’oralité à un régime d’écritures. tache de l’esclavage affectant le statut des lignages descendants des
Les archives de l’altérité ethnographique agencent une forme de anciens captifs dans les villes côtières du Bénin ; la menace
sécularisation, c’est-à-dire la font passer dans une autre tempo- constante de la sorcellerie afférente aux pratiques du vodûn ; la
ralité historique : la représentent implicitement comme une entité violence intrinsèque à des formes « ordinaires » ou ritualisées de
significative d’une éclipse culturelle. De cette éclipse, de cette taxinomie raciale et de distinction culturelle à la Martinique ; la
disparition paradoxalement progressive mais jamais définitive, misère matérielle et l’isolement social de la vie des pêcheurs
le chercheur, le conservateur, l’« érudit local », l’animateur culturel d’anguilles de La Nadière, îlot de l’étang de Bages et Sigean, dans
seraient des témoins – et en l’occurrence des pédagogues – l’Aude ; les oppositions « ethniques », la brutalité des rapports
producteurs de documents, d’écrits, d’objets, de pratiques d’ap- d’antan sur l’ancienne frontière occitano-catalane, les subterfuges
prentissage. L’édification de ce corpus apparaît corrélée à une de la contrebande. La mise au présent du passé qu’opère l’archi-
entreprise de reconstruction du passé, perçue comme moderne et vage des documents peut produire un effet de sublimation. Ainsi,
volontaire. Ses représentations sociales et ses usages politiques se autour de la rhétorique de l’immatériel, nous est donnée la possi-
voudraient en même temps fidèles à une authenticité presque bilité d’observer des entités « vaincues » qui font l’objet d’une
révolue et capables de relever les défis du développement. Les conquête généalogique les adoubant du prestige qui leur est dû en
acteurs locaux du patrimoine répètent sans cesse à leurs usagers tant que stigmates de l’histoire, condition nécessaire à la construc-
et à leurs observateurs que la densité anthropologique de l’au- tion de leur valeur contemporaine.
trefois est désormais passée sans pourtant être expirée. Cette Afin de répondre à la demande des responsables de la Mission à
rhétorique semble ordonner les écarts nécessaires à l’appropria- l’ethnologie, lors de ma seconde étude, j’ai tenté également de
tion de « ce qui a été » et à son affirmation comme héritage connecter l’analyse des conditions théoriques pour penser « l’imma-
public. Une relation d’intermittence se produit entre des tempo- tériel » en tant que dimension cognitive et heuristique du patrimoine
ralités distinctes mais virtuellement synchronisées : la quasi- culturel, à une vérification in vivo des possibilités d’application
disparition du passé semble communiquer avec son accomplis- de la grille/formulaire proposée par les chercheurs de l’université
sement sous forme de patrimoine. Ce legs d’un temps devenu de Laval6.
« immémorial », composé souvent d’anachronismes performa- En réfléchissant aux possibilités d’adapter les modes opératoires
tifs 5, est l’effet d’un échange entre les collectivités locales (avec d’un tel outil à des contextes affectés par une dimension dite imma-
leurs élites intellectuelles et politiques) et les instances exté- térielle du patrimoine culturel, je me suis posé la question de
rieures qui interviennent dans la production du territoire de leur l’identification de pratiques et de personnalités reconnues comme
patrimoine. La valeur ajoutée détenue par le passé présentifié porteuses de savoirs et savoir-faire susceptibles d’être valorisés en
finit par englober l’idée que le développement des lieux passerait tant qu’héritage. D’après les chercheurs québécois, il semble s’agir

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DOSSIER

Une convention et un concept


Patrimoines ethnologique et immatériel
Cl. Gaetano Ciarcia

Mémorial de l’Anse Caffard, Martinique. Œuvre de l’artiste Laurent Valère.

de pratiques mémorielles relevant d’un prétendu principe d’intan- au fait que le patrimoine est aussi le produit des protocoles relatifs
gibilité qui nécessite une thésaurisation informatique. À travers à ses formes d’archivage –, la question de l’inventaire de l’« imma-
cette utilisation sous forme de fiches, la localisation du « bien » tériel » demeure un enjeu épistémologique d’envergure. La recon-
implique sa visualisation en espace de spectacle. Une telle forme naissance d’un principe intangible structurant l’institution contem-
d’archivage correspond à une interprétation courante dans les poraine de la culture n’est pas seulement la cause mais aussi le
milieux associés aux politiques culturelles de l’Unesco : la valori- reflet de la signification politique que les usages publics de la notion
sation du bien culturel passerait à travers ses scènes jouées. d’« héritage immatériel » ont acquis au niveau mondial. En ce sens,
La localisation « théâtrale » serait l’espace où l’immatériel de la il me semble évident que le recensement des lieux et espaces
culture se donnerait à voir à travers le lieu physique de sa trans- sociaux où cette notion prend son sens doit faire l’objet d’une mise
formation comme patrimoine disponible et utilisable. Cette pers- en contexte et d’une critique conséquente et articulée.
pective est ressentie d’une manière très contrastée par les acteurs Si pour des raisons de procédure, liées au cadre institutionnel de

Recherche et métiers de la culture


locaux du patrimoine culturel que j’ai rencontrés au cours de mes l’Unesco, les organismes des pays ayant signé la convention pour
missions. Les « personnes-ressources » avec qui j’ai eu des échanges la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel sont contraints
en Languedoc et à la Martinique, tentent d’associer une pratique d’utiliser le terme d’« inventaire », il serait intéressant de faire
imaginée comme fécondante d’un passé en perdition qui, tout en appel aussi à d’autres conceptualisations, comme celle d’« obser-
n’excluant pas son usage esthétique et touristique, voudrait se vatoire », par exemple, qui paraissent davantage en mesure d’ap-
démarquer de toute forme de folklorisation. En ce sens, l’économie préhender les interrogations inhérentes au stade actuel de la
patrimoniale que la fiche de Laval semble entériner a été considérée réflexion et de la recherche autour de l’« immatériel ». En effet,
par la plupart de mes interlocuteurs comme productrice d’une avant de produire un recensement d’un certain nombre de biens
mise in vitro du sens partagé localement – ou éventuellement à culturels, il paraît opportun de situer et de restituer à leurs
construire – de la transmission/invention d’une entité culturelle ou lecteurs/visiteurs la problématique de leur construction collective
mémorielle. et institutionnelle. Cette perspective permettrait de ne pas restreindre
En même temps, l’inventaire en tant que forme de cristallisation le projet d’inventaire à la valorisation d’une prétendue originalité
d’un territoire et de ses répertoires joués et/ou vécus peut être exotique de spectacles et de « personnes ressources » assumés
perçu comme ne pouvant pas être définitif mais plutôt comme implicitement comme les vitrines et les avatars culturalisés de la
une stabilisation thématique de sources autorisées. Cette question richesse intangible d’une société donnée.
généalogique entretient et intègre également l’ambivalence des L’inventaire mis à l’épreuve d’un contexte patrimonial devrait inté-
référents historiques, ethnologiques, archéologiques, linguistiques, grer une connaissance de son dynamisme anthropologique, ses
convoqués dans l’édification numérisée d’une mémoire culturelle conditions historiques d’émergence, ses variantes régionales et
Débats récents

intangible du passé à rendre « vivant ». Dans cette économie géné- internationales, des demandes collectives, avec leurs conflits
ratrice d’une esthétisation, le quotidien de ce passé est construit internes et extérieurs, dont il peut être le vecteur.
comme étant à la fois familier et exotique.
5. C’est-à-dire des références culturelles constituées par un bricolage mémoriel d’objets
historiques et de contextes anthropologiques hétéroclites.
Un tel modèle d’inventaire apparaît un instrument inapte à une
6. Cette fiche est visible « à l’œuvre », c’est-à-dire appliquée à des entités patrimoniales
politique culturelle fondée sur des principes d’objectivation scien- inventoriées, sur le site de l’Inventaire des ressources ethnologiques du patrimoine
tifique et inspirée par une approche réflexive – c’est-à-dire attentive immatériel (IREPI) : http://ethnologie.chaire.ulaval.ca

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DOSSIER

Les enjeux de l’institution du patrimoine


culturel immatériel
Compte rendu du séminaire organisé au Lahic (2006-2008)

L a notion de « patrimoine immatériel » a connu ces dernières


années une fortune considérable : elle est entrée dans le
langage commun et ses utilisations semblent se multiplier,
de l’économie à l’informatique1. La référence au « patrimoine
immatériel » repose la plupart du temps sur une définition descrip-
Chiara Bortolotto
Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture
(Lahic, MCC/CNRS)

tive qui est associée, mais non équivalente, à la notion de « patri- « patrimoine immatériel » et par lesquels les acteurs locaux se
moine culturel immatériel ». Cette dernière est encore limitée à un reconnaissent comme porteurs de ce patrimoine. Cette démarche
usage plus ou moins « expert », et possède une valeur normative a donc permis d’analyser la notion normative proposée dans le
depuis l’adoption de la convention sur le PCI à l’Unesco. texte de la convention tout en observant selon quelles logiques le
La mise en œuvre de cette convention constitue aujourd’hui un PCI se construit aux deux bouts de la chaîne de ce programme :
enjeu pour les politiques culturelles des quelque 90 pays qui l’ont dans les discours des acteurs locaux et au sein des institutions qui
ratifiée et qui se sont engagés à traduire les catégories patrimoniales sont appelées à le sauvegarder. Cette réflexion se prolonge égale-
qu’elle propose dans des institutions et dans des programmes d’in- ment dans une analyse très pragmatique des implications et des
tervention publique. Compte tenu des interrogations suscitées par problématiques spécifiques à la mise en œuvre de la convention.
la nécessité et l’urgence institutionnelle de s’acculturer à cette À la fois novateurs et problématiques, les changements les plus
notion problématique de « patrimoine immatériel », le but du sémi- considérables qu’implique la convention ne semblent en effet pas
naire coorganisé par le Laboratoire d’anthropologie et d’histoire de se limiter à la prise en compte d’un nouvel objet défini par son
l’institution de la culture (Lahic)2 et la Mission ethnologie du immatérialité. Comme le souligne Nathalie Heinich, une analyse de
ministère de la Culture est de questionner, dans une perspective la notion conceptuelle de « patrimoine culturel immatériel » fait
ethnologique, la notion normative proposée dans le texte de la ressortir l’impasse de la contradiction structurelle qui oppose la
convention tout en explorant l’« esprit de la convention » tel qu’il logique patrimoniale fondée sur le principe de l’intemporalité des
est véhiculé par le discours de l’Unesco. Il s’agit donc de considérer biens sélectionnés pour être transmis et conservés dans le long
une forme spécifique d’institution de la culture, qui ne touche pas terme, et la logique contextuelle de la performance4. L’élaboration
seulement aux enjeux de la patrimonialisation d’un patrimoine normative de cette idée induit, quant à elle, une mutation de point
correspondant à la définition anthropologique de « culture », mais de vue, riche de conséquences pour les valeurs et les pratiques
qui interroge de façon plus spécifique les problématiques de l’ins- patrimoniales : d’une part, l’action institutionnelle est désormais
titution du « patrimoine culturel immatériel » comme conséquence censée se focaliser non plus sur la « protection » des expressions
de l’application de cette convention. culturelles (matérielles ou immatérielles), mais sur la « sauvegarde »
La création des politiques de sauvegarde prévues par la convention de l’acte social de création et de réélaboration qui permet leur
implique, quel qu’en soit le degré, une institutionnalisation de la production. D’autre part, l’approche archivistique et documentaire
« culture traditionnelle ». Loin d’être anodine, cette action institu- ancrée parmi les chercheurs et les professionnels du patrimoine ne
tionnelle peut représenter autant de pièges que de possibilités. Les semble pas pouvoir être la seule référence dans cette nouvelle pers-
risques de ce programme ont été assimilés aux dangers propres à pective qui, se voulant dynamique et axée sur la culture vivante,
toute « glorification du traditionnel » dont l’instrumentalisation demande des compétences spécifiques et la définition de nouvelles
politique a été étudiée dans plusieurs contextes3. Sans prendre a possibilités d’interaction avec les porteurs des pratiques reconnues
priori position vis-à-vis de cette notion, la réflexion développée comme « patrimoine culturel immatériel ».
au sein du séminaire s’est attachée à transcrire la « grammaire de L’aspect le plus intéressant et le plus riche du texte de la convention
son organisation » pour saisir la logique sous-jacente à sa construc- est sans doute le rôle central assigné aux communautés : de fait,
tion à travers la confrontation des perspectives des acteurs insti- l’Unesco avance que c’est à la communauté des praticiens et des
tutionnels – impliqués tant à l’échelle internationale que natio- porteurs de ces traditions de reconnaître la valeur patrimoniale des
nale et locale –, scientifiques et des « porteurs des traditions ». pratiques dont ils ont explicité la valeur culturelle. Cette catégorie se
La comparaison des approches et des enjeux des différents acteurs fonde donc sur une logique sociale qui procède de la reconnaissance
concernés a conduit à interroger les processus et les parcours insti- par les acteurs d’un patrimoine non plus réductible à une catégorie
tutionnels à travers lesquels les objets se construisent comme savante et encadrée dans les logiques administratives classiques.

1. Gorz 2003, et les colloques « Methods and Techniques for Intangible Heritage 2. Équipe de l’Institut interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (IIAC), UMR 8177-
Prservation Workshop », Ircam, Paris, 19th of April 2007 et « Patrimoine et économie de LC 12 EHESS-CNRS. Présentation et programme du séminaire :
l’immatériel », Institut national du patrimoine, Paris, 3 et 4 avril 2008. Cf. aussi infra, http://www.lahic.cnrs.fr/spip.php?rubrique40
l’article de S. Grenet et J. Pierre, p. 23-25. 3. Cavazza 1997 ; Thiesse 1988 ; 1999.
4. Heinich à paraître. Voir aussi Kirshenblatt-Gimblett, 2004.

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DOSSIER

Si le statut patrimonial est toujours validé par des institutions cette innovation est un phénomène dont les effets sont encore

Une convention et un concept


étatiques qui maintiennent, dans les faits, la prérogative de sélec- difficiles à évaluer : lorsque ces manifestations culturelles seront
tionner les candidatures pour les soumettre à l’Unesco, la valeur classées sur une des deux listes du PCI par un pays précis, les
patrimoniale d’une pratique ou d’une manifestation n’est pas communautés originaires de ce pays et installées à l’étranger pour-
censée être établie par des fonctionnaires spécialisés mais être raient vouloir partager cette distinction. Les administrations en
reconnue par la communauté elle-même. Cette nécessité d’inter- charge de l’application de la convention seront donc amenées à
action entre spécialistes et détenteurs du patrimoine est en effet envisager des langages aptes à favoriser le dialogue avec de
requise dans toutes les actions de sauvegarde. Une réelle implica- nouveaux interlocuteurs en vue de la sauvegarde d’un patrimoine
tion des communautés paraît rester d’ailleurs largement problé- transnational vivant porté par des communautés migrantes.
matique pour plusieurs pays, qui pourraient redouter l’amplifica- La confrontation des perspectives des différents acteurs impliqués,
tion des formes d’autodétermination des minorités par le biais de à divers titres, dans le domaine de l’artisanat a fait ressortir, quant
la défense des droits culturels5. La création d’inventaires étant la à elle, des ambiguïtés qui pourraient se présenter avec l’application
seule action de sauvegarde requise de manière impérative auprès de la convention8. Les porteurs des pratiques et des savoir-faire arti-

Patrimoines ethnologique et immatériel


des États signataires, les instances appelées à mettre en œuvre la sanaux que l’Unesco considère comme PCI estiment très souvent
convention doivent d’abord se confronter à la nécessité de s’adresser exprimer une créativité artistique et individuelle bien définie. La
en premier lieu aux communautés pour dresser un ou plusieurs revendication de l’originalité d’un style personnel et de l’unicité
inventaires du patrimoine culturel immatériel présent sur leur terri- expressive de leur travail, présentées comme la réalisation d’une
toire (art. 12.1). inspiration individuelle caractéristique d’un « génie » de plus en plus
On a pu constater que le concept ambigu de « communauté », qualifié d’« artistique », est explicitée dans le besoin d’authentifier
dont la convention ne propose pas de définition et ne semble pas ces produits par le biais de la signature ou d’un label. Comme
considérer la conflictualité interne, se prête à toutes sortes d’inter- conséquence de la valorisation de cette forme de « patrimoine
prétations de la part des acteurs qui déclinent cette notion sur vivant », on a ainsi vu apparaître la catégorie « artisanat artis-
différentes échelles : locale, régionale ou nationale. Ce recours à la tique ». Or, la convention sur le PCI n’utilise jamais les termes
légitimation des droits culturels, fondée sur une définition des « art » ou « artistique »9, et le mot « créativité », utilisé deux fois,
critères d’appartenance à un groupe, serait une stratégie instru- est toujours qualifié d’« humaine ». Il semble donc prendre un
mentale à l’institution en communautés de collectivités autrement sens très large, proche de la notion de « génie créateur humain ».
désordonnées et hétérogènes. Le PCI pourrait donc fonctionner La catégorie du « patrimoine culturel immatériel » est, de fait,
comme un instrument pour fonder des communautés autour de conçue pour dépasser définitivement les catégories esthético-artis-
pratiques considérées « traditionnelles » (artisanat, traditions orales, tiques à l’origine des premiers critères de sélection des sites du
pratiques rituelles, etc.) et de les rendre réelles. Normalisées et Patrimoine mondial, remis en question dès les années 1990. Toute-

Recherche et métiers de la culture


organisées en ensembles définissables comme « commu- fois, ces notions sont à ce point enracinées dans les logiques patri-
nautés indignes », « immigrées » ou, plus généralement, « minori- moniales des institutions et des artisans que c’est à ces valeurs
taires », les cultures résiduelles seraient ainsi incorporées dans la que l’on fait systématiquement appel pour appréhender comme
dimension officielle et transformées en tant que « communautés », patrimoine même les objets issus du quotidien vernaculaire et
en unités culturelles et administratives. Au lieu de faire l’impasse collectif. On a donc constaté un décalage entre les enjeux mis en
sur les différences pour consacrer le patrimoine comme une valeur avant dans le discours des acteurs qui revendiquent la reconnais-
nationale, reflet d’une identité monolithique, les stratégies mises en sance de leur créativité artistique et la notion de sauvegarde,
avant se baseraient sur la reconnaissance des communautés comme proposée par la convention comme un outil de transmission de la
des unités culturelles « naturelles ». Tout en répondant à la demande maîtrise technique d’un savoir-faire, mais qui ne semble pas appro-
de reconnaissance des droits culturels provenant du local, cette prié pour soutenir une création pensée comme étant individuelle.
intervention prendrait dans les faits la forme d’un gouvernement L’exemple de l’artisanat touche aussi aux implications écono-
indirect visant à la gestion des différences6. miques. Tout phénomène correspondant à la notion de PCI a, de
Si le « patrimoine national » et matériel s’identifiait à un territoire façon plus ou moins explicite ou directe, des implications commer-
circonscrit, le patrimoine immatériel des communautés quitte les ciales et économiques. Bien sûr, la dimension commerciale peut se
délimitations strictement territoriales pour s’ouvrir à la culture en présenter comme une forme de marchandisation provoquée par la
mouvement. Selon la convention, le patrimoine immatériel n’est pas conversion patrimoniale d’un élément, mais elle peut être inhérente
nécessairement situé dans le territoire d’un seul État : elle protège à la pratique elle-même : les pratiques correspondant à la défini-
aussi le patrimoine ayant une nature transfrontalière ou bien trans- tion de PCI ne sont, la plupart du temps, pas viables en dehors d’un
Débats récents

continentale. La définition du PCI proposée par l’Unesco implique contexte commercial. Un patrimoine vivant est en effet impliqué
donc le fait qu’une culture, ou qu’une expression culturelle, n’est dans les logiques du monde qui lui est contemporain. L’exemple
pas liée à un territoire fixe et délimité pour exister en termes patri- japonais des « Trésors humains vivants » montre que ces logiques
moniaux : elle peut naître, évoluer et se transformer dans un sont très souvent déterminées par des enjeux commerciaux10. Or,
contexte de mobilité. A contrario, elle cesse d’exister quand son la convention ne considère pas directement cette dimension, son
impulsion d’origine ne produit plus de variantes7. Vis-à-vis des but demeurant éminemment patrimonial : celui d’assurer la viabi-
institutions publiques appelées à mettre en acte la convention, lité des pratiques.

C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008 33


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DOSSIER

>>>>>> Bibliographie
Appréhendées dans leur intégralité, les pratiques culturelles recon-
nues comme « patrimoine culturel immatériel » mettent en évidence Cavazza Stefano, 1997, Piccole patrie. Feste popolari tre
regione e nazione durante il fascismo, Bologne, Il Mulino.
toute leur complexité : bien que le texte de la convention ne prenne
pas en compte ces enjeux, la dimension économique et le domaine Giguère Hélène, 2008, « Musique ethnique ou musique
de la création font partie intégrante de ces pratiques. Cette frag- internationale ? Diversité et unicité dans le patrimoine
mentation rigide de la réalité des phénomènes socioculturels semble “flamenco” », in : Il patrimonio immateriale secondo
l’Unesco : analisi e prospettive, a cura di Chiara Bortolotto,
correspondre aux nécessités juridiques et administratives d’un
Rome, Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato.
découpage de compétences et d’une distribution des taches. Liée
fonctionnellement à la gestion des politiques culturelles, cette Gorz André, 2003, L’immatériel. Connaissance, valeur et
logique institutionnelle risque toutefois de ne pas parvenir à s’appli- capital, Paris, Galilée.

quer de façon à intégrer la continuité des différentes facettes d’un Hafstein Valdimar, 2007, « Sauvegarde du patrimoine
même phénomène. immatériel et gouvernance communautaire », in : 60 ans
La convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel d’histoire de l’Unesco. Actes du colloque international,
Paris 16-18 novembre 2005, Paris, Unesco, p. 337-348.
se présente donc comme un mécanisme institutionnel à travers
lequel l’Unesco définit de nouveaux objets mais surtout légitime le Hafstein Valdimar, 2008, « Inviting a Noisy Dance-Band
rôle des nouveaux acteurs qui vont se positionner comme des into a Hospital : Listing the Intangibile », in : Il patrimonio
interlocuteurs incontournables dans les programmes d’interven- immateriale secondo l’Unesco : analisi e prospettive, a cura
di Chiara Bortolotto, Rome, Istituto Poligrafico e Zecca
tion patrimoniale. Si l’expérience française du « patrimoine ethno-
dello Stato.
logique » dément une véritable remise en question du champ du
patrimoine, des perspectives nouvelles semblent s’imposer en Heinich Nathalie, à paraître, La fabrique du patrimoine.
termes d’identification et d’intervention. Comme l’a souligné Jean- Kirshenblatt-Gimblett Barbara, 2004, « Intangible
Louis Tornatore, si le « patrimoine ethnologique » était un objet intel- Heritage as Metacultural Production », Museum
lectuel construit dans une démarche de recherche, le principe de International, 56 (1-2), p. 53–65.
la reconnaissance des objets patrimoniaux par les « communautés » Moeran Brian, 1987, « The Art World of Contemporary
implique la définition de nouveaux principes patrimoniaux et Japanese Ceramics », Journal of Japanese Studies, 13 (1),
assigne à l’ethnologie du patrimoine un rôle différent, fondé sur une p. 27-50.
reconsidération du poids de la perspective documentaire qui a Moeran Brian, 1997, Folk Art Potters of Japan. Beyond an
distingué jusqu’à aujourd’hui l’expertise ethnologique11. Anthropology of Aesthetics, Richmond, Surrey, Cruzon
Problématiques et inédits, ces nouveaux modes d’appréhension Press.
du patrimoine nécessitent d’être questionnés tant vis-à-vis des Nas Peter J. M., 2002, « Masterpieces of Oral and
enjeux et des difficultés liés au renouvellement des objectifs de Intangible Culture. Reflections on the UNESCO World
l’action institutionnelle que des modalités de leurs retombées au Heritage List », Current Anthropology, 43, (1), p. 139-148.
niveau local. En effet, parallèlement à la traduction de cette notion Noyes Dorothy, 2006, « The Judgment of Solomon :
dans le contexte institutionnel, des déclinaisons locales de la notion Global Protections for Tradition and the Problem of
normative et officielle se multiplient et restent encore à considérer. Community Ownership », Cultural Analysis, 5 [en ligne]
Transposant la notion normative et abstraite de « patrimoine culturel http://bis.berkeley.edu/~caforum/volume5/vol5_article2.
immatériel » dans les contextes sociaux travaillés par les tensions html.
qui traversent les communautés, ces interprétations révèlent les Thiesse Anne-Marie, 1988, « La construction de la culture
enjeux réels de l’impact de l’institution de cette nouvelle catégorie populaire comme patrimoine national, XVIIIe-XXe siècle »,
patrimoniale12. in : Poulot Dominique dir., Patrimoine et modernité, Paris,
L’Harmattan, p. 267-278.
5. Voir les actes du colloque Le patrimoine culturel immatériel de l’Europe : inventer son
Thiesse Anne-Marie, 1999, La Création des identités
inventaire, Institut national du patrimoine, Paris, 30 novembre, en ligne sur
http://www.inp.fr
nationales. Europe XVIIIe-XXe siècle, Paris, Éditions du Seuil.

6. Hafstein 2007. Scovazzi Tullio, 2007, Le Patrimoine culturel de l’Humanité.


7. Scovazzi 2007. Bilan de recherches de la section de langue française du
8. Les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel ressortent parmi les domaines dans Centre d’étude et de recherche de l’Académie, VI,
lesquels se manifeste le PCI (Unesco 2003, art. 2 [e]). « Le patrimoine culturel immatériel », Leiden/Boston,
9. À l’exception d’une référence aux « artistes » dans l’art. 13 « Autres mesures de Martinus Nijhoff Publishers, p. 122-136.
sauvegarde ». La convention prévoit aussi l’encouragement des études artistiques pour
Tornatore Jean-Louis, 2008. « L’inventaire comme oubli de
promouvoir la sauvegarde du PCI.
la reconnaissance. À propos de la prise française de la
10. Moeran 1987 ; 1997.
convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel
11. Tornatore 2008 immatériel ». Communication au séminaire PCI du Lahic,
12. Les analyses de l’impact du programme de la proclamation des « chefs-d’œuvre du 19 décembre 2007 [en ligne]
patrimoine oral et immatériel de l’humanité » soulèvent des questions qui pourraient http://www.lahic.cnrs.fr/IMG/pdf/JLTornatore.pdf
anticiper des effets de la mise en œuvre de la convention (Nas 2002 ; Giguère 2008, Noyes
2006).

34 C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008


C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:15 Page 35

DOSSIER

Recherche et métiers

Une convention et un concept


de la culture : regards croisés
L’immatériel et les musées
Première approche à partir d’une enquête auprès des musées

D eux événements ont contribué à introduire la notion de


patrimoine immatériel au cœur des musées. En 2003, la
convention de l’Unesco, ratifiée par la France en 2006. Et
Marie-France Calas
Inspection générale des musées
MCC / Direction des musées de France

Patrimoines ethnologique et immatériel


en 2006 également, la diffusion d’un rapport sur l’économie de
l’immatériel1 commandé par l’État. société, d’histoire et de civilisation, à l’instar des écomusées, sont
Ces deux faits ont bouleversé la donne particulièrement dans les alors caractérisés par une désacralisation de l’objet. Ces musées
musées, lieu de préservation de collections de biens publics dont revendiquent la place de l’homme au sein des collections : « Le
la matérialité ne faisait aucun doute. L’économie de l’immatériel point focal du musée n’est plus l’artefact mais l’Homme dans sa
s’est intéressée aux musées notamment par le biais de la location plénitude3. » Nélia Dias4 s’interroge à propos du « privilège accordé
de leurs espaces (château-musée...) et de l’exploitation du nom [dans les musées] aux processus au détriment des produits ? ».
prestigieux de certains d’entre eux (Louvre, Orsay, Versailles...) Les nouveaux écomusées, inscrits dans un temps long, prennent
On considère généralement que les musées ont peu de choses à dire « en compte la dynamique active passé-présent-futur et cette
sur l’immatériel et encore moins de collections entrant dans ce mouvance temporelle du devenir 5 ». « Ils possèdent deux catégo-
champ du patrimoine. Cette idée est démentie à travers les collec- ries d’objets : les objets documents et les objets de mémoire6. » Les
tions des musées de société et nombre d’entre eux prennent en premiers témoignent d’une culture disparue, les seconds assurent
compte, depuis de longues années, la dimension symbolique, une « présence continuée de ceux qui les ont produits ». Témoigner
sociale et anthropologique des objets qu’ils collectent. L’enquête sur du suivi de l’évolution de processus vivants de savoir-faire propres
le sida réalisée par le Mucem en est un exemple. à une communauté leur apparaît constitutif de leurs missions. Et

Recherche et métiers de la culture


Quant aux musées d’art contemporain, ils réalisent que la notion la généralisation des techniques de numérisation, les possibilités
d’immatériel est très souvent intégrée, depuis les années 1960, au de l’Internet, leur ont permis de remplir ces objectifs avec plus de
processus même d’une certaine création contemporaine. facilités et d’efficacité7.
Nous parlerons ici de patrimoine immatériel dans les collections de Alors que vont débuter en France les premiers inventaires consa-
musées, sans pour autant oublier combien le caractère fécond du crés au patrimoine culturel immatériel (PCI), le ministère de la
concept mérite d’être discuté au sein de la communauté muséale. Culture et de la Communication (Direction des musées de France)
D’ailleurs, dès la promulgation de la convention de l’Unesco, le a jugé utile de prendre la mesure de la sensibilité des conservateurs
Conseil international des musées (ICOM)2, sous l’influence des de musées au terme d’immatériel. Un questionnaire8, relativement
comités asiatiques notamment, a tenu sa conférence générale inter- succinct, élaboré en collaboration avec la Fédération des écomu-
nationale sur ce thème (octobre 2004, Séoul, Corée). Les associa- sées et musées de société et la Mission ethnologie (MCC / DAPA),
tions professionnelles, la Fédération des écomusées et musées de a été largement diffusé auprès des musées de société et écomusées,
société (FEMS) et l’Association des conservateurs de collections ainsi que de quelques musées d’art contemporain et d’histoire9.
publiques (AGCPP) se sont également emparées du débat.
Premiers résultats de l’enquête
Les musées de société 110 musées ont répondu, sur les 250 questionnaires envoyés. Il
La désignation musées de société et musée des civilisations appa- s’agit essentiellement de musées de société territoriaux, nationaux
raît dans les années 1980. Nombre de musées d’ethnologie, de (Mucem, quai Branly, château-musée de Compiègne) et de deux

1. M. Lévy, J.-P. Jouyet, L’économie de l’immatériel. La croissance de demain. 6. J. Davallon, « Les objets ethnologiques peuvent-ils devenir des objets de patrimoine ? »
Débats récents

http://www.minefi.gouv.fr/directions_services/sircom/technologies_info/immateriel/im in : Le Musée cannibale, Neuchâtel, Musée d’ethnographie, 2002, p. 169.


materiel.pdf 7. Voir M.-F. Calas « En quoi les outils numériques modifient-ils le métier de conservateur
2. L’ICOM est une ONG (organisation non gouvernementale) de l’Unesco. de musée ? » table ronde, Enjeux. In : actes du colloque « Patrimoine et économie de
3. Cité par Mariannick Jadé, Patrimoine immatériel : perspectives d’interprétation du l’immatériel », INP, 3 et 4 avril 2008 (à paraître).
concept de patrimoine, Paris, l’Harmattan (coll. Muséologies), 2006, p. 191. 8. Les résultats de cette enquête feront l’objet d’une réflexion de synthèse,destinée à
4. N. Dias, « Une place au Louvre », in : Le Musée cannibale, Neuchâtel, Musée l’ensemble des musées de France.
d’ethnographie, 2002, p. 27. 9. L’ AGCCPF, qui n’a pas participé à cette première étape, sera associée à la suite du travail.
5. Voir ci-dessus, p. 211.

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DOSSIER

L’écomusée de la Roudoule suit chaque année, avec des


ethnologues, les Carêmentrans ou « Faux pénitents »
d’une ancienne confrérie de tanneurs de Puget-Théniers
(Alpes-Maritimes). Ici, le personnage de l’Évêque inventé
en 1936 pour marquer l’anticléricalisme de cette confrérie.
Aujourd’hui, ne reste que la dimension carnavalesque :
la farine sur les visages évoque l’alun utilisé pour tanner
les peaux…

les formes de collectes, aux objets s’ajoutent l’entretien d’histoire


orale, l’enregistrement de récits de vie utilisés en l’absence de
traces écrites (histoire ouvrière, des métiers, organisation sociale,
savoir-faire disparus pour des raisons économiques : traditions de
la mégisserie, de la ganterie au musée de Millau, le patrimoine
naturel et l’histoire des paysages au musée de Barcelonette).
La convention est perçue comme ayant un rôle bénéfique car elle
apporte une reconnaissance, un statut et une protection juridique
à des collections difficiles à cerner et fragiles – le chant, la danse,
surtout dans les sociétés de tradition orale, et d’autres catégories
porteuses de savoir-faire fixés sur des enregistrements audio, vidéo,
Cl. Ph. Thomassin, 2007

photos – parfois négligées dans les musées et la plupart du temps,


à l’exception de quelques-uns (Mucem, musée Dauphinois) non
inscrites sur leur registre d’inventaire.

La transmission de savoir-faire
Les formes de transmission sont une préoccupation majeure pour
musées territoriaux d’art contemporain. 79 musées ont rempli le les musées soucieux de faire évoluer et de transmettre des mani-
questionnaire alors qu’une vingtaine disent ne pas être concernés festations vivantes sans les figer (écomusée de la Roudoule).
par le sujet. Les réponses aux principales questions permettent de L’exemple japonais des « Trésors humains vivants » est perçu,
dégager différentes tendances. selon les musées, de façon contrastée. Certains les associent natu-
rellement à l’excellence des savoir-faire techniques : le musée de
La définition du PCI donnée dans la convention de l’Unesco est-elle Bourges fait une analogie avec les meilleurs ouvriers de France, le
claire et adaptée ? chateau-musée de Compiègne cite les soyeux de Lyon et les ouvriers
Certains trouvent la définition de l’Unesco peu claire et s’interro- capables de réaliser le capitonnage des sièges selon une technique
gent sur ce qui différencie le contexte des objets ethnographiques héritée du Second Empire ou encore les repasseuses de coiffes
et le domaine propre au patrimoine immatériel. traditionnelles bressanes. L’écomusée de la Tuilerie de Pouligny
Tout objet patrimonial pouvant devenir patrimoine immatériel, (céramique), qui a établi des liens avec le Japon, compare très
certains récusent alors la trop grande présence de l’immatériel et naturellement ses potiers, tuiliers, briquetiers, maîtres cuiseurs
le flou que la notion introduit au sein des collections. aux Trésors humains vivants japonais.
Le caractère paradoxal de la définition de la convention de l’Unesco Certains (Mucem) voient dans les archives sonores collectées lors
qui associe des expressions immatérielles et des objets, est pointé par de campagnes thématiques un réservoir de « trésors nationaux ».
certains. D’autres s’interrogent sur le fait d’attribuer le statut d’im- Le musée du quai Branly préfère attribuer cette reconnaissance à
matériel à un objet selon la démarche qui a motivé sa collecte. Par des groupes plus qu’à des individus.
exemple, la collecte d’un instrument de musique lors d’une enquête À l’opposé, certains musées (Museon arlaten, musée d’Ethnogra-
sur les musiques traditionnelles ou celle d’une écharpe de l’Olym- phie de Bordeaux II) jugent le concept équivoque et inadapté à notre
pique de Marseille portée à un match, semblent trop subjectives et culture.
peu scientifiques.
L’ensemble des responsables de musées s’accorde, en revanche, sur Comment collecter l’immatériel : conditions scientifiques et matérielles
le caractère indissociable du patrimoine matériel et immatériel. Sur ce point, on distingue : les musées dotés de moyens humains
Les exemples de collections relevant de l’immatériel le plus souvent et scientifiques suffisants pour conduire en partenariat avec l’Uni-
cités : l’image, le son, la musique mais également des programmes, versité des programmes de recherche incluant la collecte d’objets.
des menus... qui suscitent l’évocation de la vie quotidienne. Parmi Les collectes sont alors définies par l’équipe du musée à partir des

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DOSSIER

axes du projet scientifique et culturel. Les musées de civilisations Enfin, certains musées ont ajouté d’autres questionnements, par

Une convention et un concept


historiques10 ont dans ce domaine une méthodologie éprouvée et exemple sur la viabilité économique des entreprises détentrices
les matériaux du terrain constituent, de longue date, les ressources de savoir-faire de moins en moins usités. Cette composante écono-
patrimoniales du musée. mique constitue un élément essentiel de la convention sur le PCI
En revanche, les petites structures et les musées associatifs, par de l’Unesco.
manque de moyens, sont souvent conduits à déléguer au milieu
associatif la réalisation d’enquêtes, pas toujours validées par une Perspectives
préparation scientifique suffisante. Le concept d’immatériel intervient après des années de générali-
Tous manifestent le désir de lancer des enquêtes auprès des entre- sation des techniques numériques. Ce n’est pas un hasard. Il parti-
prises historiques détentrices des savoir-faire et de développer une cipe de la dématérialisation de la vie économique et culturelle et
nécessaire collaboration entre les créateurs et les restaurateurs afin de la mise en réseau intégrée désormais à la pratique de toute une
de perpétuer des techniques devenues rares. L’évolution des tech- génération rompue au travail transversal qui décloisonne les insti-
nologies et le développement de la numérisation sont pointés tutions et enrichit les approches pluridisciplinaires. Par exemple, les
comme autant de solutions et d’enjeux essentiels, à engager collec- sites Internet d’informations municipales ont leur place dans les

Patrimoines ethnologique et immatériel


tivement. musées d’histoire (musée Gadagne à Lyon) mais des liens
Par ailleurs, des musées seuls, ou en partenariat avec des services s’imposent notamment avec la Bibliothèque nationale de France et
d’archives, créent des centres de mémoire orale autour des langues l’Institut national de l’audiovisuel, auxquels la loi a confié la
régionales, des chants (musée départemental des Merveilles, Alpes- responsabilité du dépôt légal de l’Internet.
Maritimes), des activités lainières (musée de Louviers dans l’Eure),
des récits de vie et témoignages sur les rapports hommes/femmes Si la notion de collections immatérielles fait débat, le concept
(musée des Pêcheries à Fécamp). d’immatériel est puissant.
Ces collectes sont très rarement considérées comme des objets Il bouscule les esprits, provoque le monde des musées, l’obligeant
« immatériels » à part entière et leur utilisation est réduite à l’illus- à s’interroger sur ses pratiques, sur le statut de ses collections y
tration des parcours d’expositions. compris sur la matérialité de certaines d’entre elles. À cet égard, les
musées d’art contemporain sont confrontés au caractère transitoire
Votre musée détient-il des collections faisant référence au patrimoine de certaines des formes qu’ils acquièrent et ce depuis de nombreuses
immatériel ? années12. Les statuettes de Christian Boltanski, faites délibérément
La plupart des réponses sont peu développées ou négatives, à l’ex- en pâte à modeler, constituent un exemple particulièrement illustratif
ception des grands musées de référence dans le domaine. La de ce courant déjà ancien dans la création contemporaine.

Recherche et métiers de la culture


mention la plus courante concerne les savoir-faire collectés sur Pour les musées de société, il s’agit de valoriser et de renouveler
tous supports y compris les carnets d’enquête, des cartes postales des pratiques qu’ils développent depuis que, dans les années 1970,
mais aussi des bruits de machines (notion de paysages sonores). ils se sont intéressés à la mémoire vivante, favorisant ainsi le déve-
loppement d’un tissu muséal nouveau.
La gestion des collections immatérielles ? Le débat sur l’immatériel est aujourd’hui très engagé au sein des
L’inventaire sur les registres du musée de l’ensemble des « maté- musées de société mais il conviendrait de l’élargir aux 1 208 musées
riaux » collectés pose problème11. Dans le meilleur des cas, l’ins- de France. Parmi les questions, se posent l’appréciation de la place
cription sur le registre d’inventaire dépend de la nature des objets réelle octroyée dans les musées à la dimension immatérielle (patri-
collectés : les objets le sont, par contre les enregistrements ainsi que moine ou simple ensemble de techniques de production, de repré-
l’analyse du terrain, considérés comme matériaux documentaires sentations ?), la définition des formes très diversifiées que prend ce
propres à contextualiser, sont inscrits sur le registre du centre de concept et la réflexion sur la singularité d’un concept occidental du
documentation. L’inscription tient compte généralement des normes patrimoine immatériel, en évitant la transposition hasardeuse de
en vigueur pour chaque catégorie (audio, film, vidéo). principes culturels propres à d’autres continents (Trésors humains
Certains musées sont prêts à les inscrire sur leur registre d’inven- vivants).
taire, mais n’ont pas nécessairement la connaissance technique Il appartient à la profession de s’emparer, à travers un débat large-
pour le faire. L’actualisation des collectes est très exceptionnelle. ment ouvert, d’un thème majeur pour les prochaines années, qui
concerne non seulement le statut des collections mais également
Valorisation leur rôle dans la cité, dans la transmission des savoirs et dans la
Les réponses montrent des usages très classiques d’intégration de recherche.
Débats récents

la dimension immatérielle (bornes audio, vidéo). La mise en ligne


de témoignages oraux sur Internet reste encore limitée (musée 10. Notamment : musées Dauphinois, Museon arlaten, Mucem, musée de Bretagne...

municipal de Cagnes-sur-Mer). 11. Cette question rejoint peu ou prou le débat autour des collections d’étude et de
documentation entrepris par un groupe de travail piloté par Claudine Cartier,
Nombre de musées organisent toutefois, pour des petits groupes,
conservatrice en chef à l’Inspection générale des musées.
des séances pédagogiques sur la transmission des savoir-faire
12. Voir notamment Catherine Grenier, Transmission par l’objet ou transmission par
locaux, des démonstrations diverses (écomusée de la Bintinnais/ l’idée ? In : actes du colloque « Patrimoine et économie de l’immatériel », INP, 3 et 4 avril
musée de Bretagne). 2008 (à paraître).

C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008 37


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DOSSIER

Du folklore
aux musiques et danses traditionnelles

A rt du temps et de l’immatériel par excellence, la musique,


à laquelle on associe bien souvent la danse, a joué et joue
encore un rôle central dans la plupart des sociétés
humaines. En Europe et ailleurs, à côté et souvent en interaction
avec les genres musicaux savants liés aux cultures des élites, se sont
Jean-Pierre Estival
Inspecteur
MCC / Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles

développées au cours des siècles des formes populaires accrochées ristique, et dans le contexte festif du bal (distractions, mariages, fêtes
à des territoires, avec des instruments, des chants et des danses votives ou républicaines…). La tradition n’est pas considérée
spécifiques. Commençons par un point d’histoire et de terminologie, comme une donnée figée, mais au contraire comme une matrice en
qui nous entraînera vers la conception contemporaine que nous permanente évolution, intégrant formes, instruments et éléments
donnons au patrimoine immatériel dans le champ musical (et stylistiques nouveaux et laissant de côté certains genres passés de
chorégraphique). mode… C’est-à-dire qu’elle est en permanence contemporaine, et
pas seulement tournée vers le passé, et qu’elle peut aussi inspirer
Après l’acte fondateur d’une politique de l’État en matière d’arts d’autres univers esthétiques (influence sur les musiques ou les
et traditions populaires (décret Ampère Fortoul de 1852, visant danses savantes par exemple). En cela, ce courant associatif préfi-
à la collecte des patrimoines immatériels issus du monde rural), gura en quelque sorte ce qui allait être, trente ans plus tard, consi-
de nombreux érudits locaux se penchèrent sur la restitution et déré comme le patrimoine immatériel.
sur l’usage des fonds (chants, danses, musiques, poésie…)
recueillis dans les campagnes. Les collectes musicales s’inscri- Inventaires
vaient dans le cadre global des premières recherches sur la tradi- En France métropolitaine, on peut considérer que l’immense majo-
tion orale, intégrant les contes, les langues régionales et l'en- rité du travail de collecte (enregistrements, films, écrits) et d’in-
semble des pratiques sociales qui structuraient et caractérisaient ventaire sur les traditions d’origine régionale a été fait1. Certes, la
les sociétés paysannes. En cette période romantique, puis post- numérisation, l’analyse et surtout la mise à disposition nécessitent
romantique, il s’agissait de construire, à des fins idéologiques, encore des efforts soutenus, mais les fonds peuvent d’ores et déjà
les identités nationales ou régionales. Reprenant, directement ou être considérés comme très consistants. Ce sont dans les DOM/
indirectement, les concepts des frères Grimm (Naturpoesie, TOM que les besoins sont les plus criants en matière patrimo-
expression spontanée de l’âme du peuple, en opposition à la niale. Les musiques et danses traditionnelles, avec leurs évolutions
Kunstpoesie de l’artiste), les érudits et notables urbains produi- continues vers les musiques actuelles, sont très vivantes et très
sirent, à partir d’éléments disparates et exotiques à leur classe pratiquées, et font intégralement partie de la vie de tous les Ultra-
sociale (musiques, danses, costumes), les éléments du folklore marins.
qui devaient caractériser de façon univoque les cultures régio-
nales ou locales. Petit à petit naquit ainsi un mouvement qui L’accès aux sources permet de développer un enseignement
revendiquait la production sur scène, en costumes « authen- sérieux et cohérent de ces musiques traditionnelles : les replacer
tiques », de formes musicales et chorégraphiques d’origine rurale dans leur perspective historique donne la possibilité aux élèves
et populaire. Après la « fin des paysans », et suite aux modifi- de participer eux-mêmes à l’appréhension de la complexité des
cations profondes que connut la campagne française après la formes, en créant, à partir de documents originaux, leur propre
guerre de 1914-1918, les éléments de base des représentations appropriation de ces musiques. Il nourrit aussi bien sûr la créa-
folkloriques étaient en place. tivité des artistes.

Celles-ci allaient peu à peu, surtout à partir des années 1960, être Si donc aujourd’hui les structures en capacité d’assurer les collectes
remplacées par les mouvements représentant « les musiques et existent et couvrent une large part du territoire national, la diffu-
danses traditionnelles », qui se revendiquaient à la fois d’un rapport sion des données et leur valorisation passent par des phases de
précis et scientifique aux sources (collectes auprès des anciens, numérisation qu’il importe de poursuivre activement, afin que
recherches ethnologiques et historiques), de la nécessité de faire l’ensemble des fonds puissent être sauvegardés et que la mise à
vivre ces formes dans la vie sociale (bals, veillées, défilés…) loin disposition des publics devienne plus large et plus efficace.
des représentations figées du monde du folklore, et enfin d’assurer
les conditions de la transmission de pratiques vivantes et créa- Les centres de musiques et danses traditionnelles
tives à partir des sources. Ainsi, les danses traditionnelles ne sont en région
en général pas faites pour être regardées dans un théâtre comme Issus de la politique en faveur des musiques traditionnelles conduite
un spectacle folklorique, mais pour être dansées par une commu- par l’État depuis 1982, et portés par les forces vives du mouvement
nauté d’individus qui se reconnaissent dans une pratique caracté- associatif de renouveau de ces pratiques musicales, les centres de

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C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:15 Page 39

DOSSIER

Une convention et un concept


musique traditionnelle en région ont été labellisés et reconnus par en 1987 et 1989 afin de qualifier les compétences des enseignants
le ministère de la Culture en 1990. Les activités de ces centres de bon niveau, mais aussi de faciliter l’entrée de ces musiques
concernent la formation, la recherche et la diffusion, et aussi la mise dans les structures institutionnelles existantes : conservatoires à
en réseau de la vie associative du secteur. Ce sont des centres de rayonnement régional, départemental ou communal. Ces deux
ressource pour la vie musicale et chorégraphique traditionnelle diplômes peuvent aussi être passés en se référant à une tradition
dans la région. « De la recherche à la création », ainsi pourrait- musicale « du monde » ; si les titulaires sont majoritairement issus
on résumer leurs activités, malgré des différences notables entre des pratiques du domaine français (accordéon, bombarde et biniou,
régions. chant, cornemuses, violon populaire…), de nombreux instruments
d’origine extra-européenne ont aussi leurs diplômés.

Patrimoines ethnologique et immatériel


Des centres ont été créés là où le dynamisme associatif autour de
ces musiques méritait une reconnaissance et une attention parti- Les musiques traditionnelles ne sont pas entrées dans les conser-
culière. Déterminés par l’histoire musicale et sociale de leur région, vatoires pour s’y figer, car l’accent a toujours été mis sur la néces-
par la grande diversité et la richesse des pratiques que l’on rencontre sité impérative de garder des liens solides avec la pratique collec-
aujourd’hui en France, les centres sont fédérés au sein de la Fédé- tive vivante, en permettant par exemple aux élèves de jouer dans
ration des associations de musiques et danses traditionnelles des bals, y compris en milieu urbain. Le ministère a, pour ce faire,
(FAMDT). Celle-ci coordonne les activités au niveau national, et insisté sur la nécessaire coopération entre les départements de
organise des travaux thématiques d’intérêt général : commissions musique traditionnelle et le monde associatif : un enseignement
de formation, éditions, commission de diffusion en relation avec le isolé de toute pratique sociale risquerait de conduire à une fixation
Centre d’information des musiques traditionnelles (au sein de et à une stérilisation des genres et des styles, ce qui est contraire
l’IRMA), organisation de colloques, relations avec le monde asso- à l’essence même de ces musiques. L’enjeu de cette politique de
ciatif européen… formation est donc double : d’une part, assurer les conditions de
la continuité et de la pratique vivante des traditions musicales
Transmission présentes en France, d’autre part donner à ces musiques la place
La formation a également une place centrale dans la politique que qui leur revient dans le paysage musical, en particulier dans les

Recherche et métiers de la culture


le ministère de la Culture et de la Communication (Direction de la conservatoires en liaison avec le monde associatif.
musique, de la danse, du théâtre et des spectacles) mène en faveur
1. Tout au moins en ce qui concerne les musiques et danses issues du monde paysan ;
des musiques traditionnelles ; en particulier des diplômes (certificat les musiques issues de l’immigration étant pour leur part encore assez mal identifiées,
d’aptitude, CA ; diplôme d’état, DE) ont été créés respectivement malgré quelques travaux locaux remarquables.

>>>>>> Les centres de musiques et danses traditionnelles


• Bretagne : DASTUM, à Rennes. http://www.dastum.com
• Poitou-Charentes : Métive, à Parthenay. http://www.metive.org
• Aquitaine : Carrefour des musiques et danses traditionnelles en Aquitaine. http://www.carrefouraquitain.com
• Midi-Pyrénées : Centre occitan des musiques et danses traditionnelles, à Toulouse. http://www.conservatoire-occitan.org
• Provence-Alpes-Côte d’Azur : il s’agit d’une mission spécifique au sein de l’association régionale ARCADE. http://www.arcade-paca.com
• Auvergne : Agence des musiques traditionnelles en Auvergne, à Riom. http://www.amta.com.fr
• Limousin : Centre régional des musiques traditionnelles en Limousin, à Seilhac (Corrèze). http://www.crmtl.fr
• Rhône-Alpes : Centre des musiques traditionnelles Rhône-Alpes, à Villeurbanne. http://www.cmtra.org
• Corse : Centre de musiques traditionnelles de Corse. http://www.musicorsica.com
Débats récents

• Ile-de-France : une mission « musiques traditionnelles » est en place au sein de l’association régionale ARIAM. http://www.ariam-idf.com ;
Centre des musiques traditionnelles Ile-de-France à Ris-Orangis. http://www.musiquesdumonde.org

Dans les DOM/TOM, où la vie musicale est intense et où la partition entre musiques traditionnelles et musiques de variété n’est pas
opérante selon les mêmes critères qu’en métropole, des outils spécifiques ont été mis en place : Pôle régional des musiques actuelles de
la Réunion, à Saint-Denis. http://www.runmusic.com ; Centre des musiques et danses traditionnelles de Guadeloupe, « Rèpriz »,
à Sainte-Anne.

C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008 39


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DOSSIER

La Médiathèque Caraïbe (LAMECA)


et le patrimoine musical caribéen

L a Médiathèque Caraïbe est un établissement documentaire


départemental entièrement dédié à la Caraïbe insulaire et
continentale, inauguré en 1997. Sa spécialisation caraïbe
l’a conduite à développer une politique d’acquisition documen-
taire approfondie, visant à l’exhaustivité. Ainsi, au-delà de la docu-
Gustav Michaux-Vignes
Responsable de l'Espace musique,
Médiathèque Caraïbe Bettino Lara

mentation éditée, elle est amenée à explorer et documenter des musique, constituent une collection documentaire précieuse combi-
domaines peu ou non traités par l’édition commerciale, en parti- nant témoignages directs et commentaires sur ceux-ci.
culier l’édition francophone. Avec l’animation intitulée Diks La Si Do, programmée dès 2005, il
Pour son « Espace musique », qu’elle a ouvert en 2003, cela se est fait de même autour d’albums récents de musiques guadelou-
traduit par différentes actions : péennes traditionnelles ou contemporaines qui, faute d’une bonne
– la constitution d’un fonds de documents édités épuisés, diffusion médiatique, sont souvent méconnus. À la manière d’une
– un programme d’animation destiné au grand public, de promo- présentation d’ouvrage, l’auteur discute en public de son album et
tion et de valorisation de la musique caribéenne, de ses acteurs et de sa genèse. Le tout est également enregistré et disponible en
de leurs œuvres, consultation sur place ; au fil des éditions, l’expérience guadelou-
– l’acquisition et la production de documents inédits. péenne de l’industrie discographique et de la création musicale
se trouve ainsi conservée.
Collections
L’édition phonographique caribéenne qui précède l’arrivée du Production d’une documentation originale
disque compact n’a été que partiellement rééditée dans ce nouveau La production de documents inédits et exclusifs est un axe fort de
format. Se restreindre à l’édition phonographique numérique, c’est l’action de la médiathèque en matière de documentation et de
laisser dans l’ombre une grande part de l’existant phonographique. promotion des musiques caribéennes.
Si l’on prend le seul cas de l’édition phonographique guadelou- En 1999 a été initiée une série de dossiers Internet exclusifs, dispo-
péenne, qui ne commence qu’en 1953, c’est toute la vie musicale nibles librement sur http://www.lameca.org. Confiés pour la plupart
des années 1950 aux années 1980 qui se trouverait alors silen- à des ethnomusicologues spécialistes de la Caraïbe, ils proposent
cieuse. C’est le cas notamment des éditions Kaloukera de M. Henri une introduction aux musiques caribéennes peu documentées ou
Béville, dont l’activité cesse avant l’arrivée du disque compact, et peu traitées en français. Certains sont déclinés sous forme d’expo-
qui n’ont jamais été transférées sur ce support. La Médiathèque sition sur panneaux imprimés et circulent hors les murs. Ces
Caraïbe propose ainsi à ses usagers, pour une écoute sur place, la dossiers Internet sont aussi une manière d’inciter les usagers à
presque totalité du catalogue Béville, de même que ceux d’autres découvrir le fonds documentaire de la médiathèque sur un sujet.
maisons d’édition de Guadeloupe et de Martinique. Son fonds sur Depuis juillet 2005 et tous les deux ans, un séminaire d’ethno-
disque vinyle et prévinyle concerne presque essentiellement la musicologie caribéenne est organisé en partenariat avec la DRAC
Guadeloupe et la Martinique, plus facilement accessible compte tenu de la Guadeloupe, le Festival de gwoka de Sainte-Anne et prochai-
du mode d’acquisition obligé de ce type de document : le don de nement le tout récent Centre de musiques et danses tradition-
particuliers et de collectionneurs privés. nelles de la Guadeloupe. Destiné principalement aux acteurs des
Un partenariat récent avec l’AFAS (Association française des déten- musiques de la Guadeloupe, ce séminaire aborde des thématiques
teurs de documents sonores et audiovisuels) pour l’édition (immi- intéressant leurs pratiques et leurs questionnements. Si la docu-
nente) d’une discographie analytique de la musique de la Guade- mentation scientifique sur les musiques caribéennes, dont les
loupe et de la Martinique de 1929 à 1959 permettra de faire débuts remontent aux années 1920, est très riche et continuelle-
connaître plus finement les œuvres et les musiciens de la période ment alimentée, elle est presque exclusivement en anglais ou en
parisienne et caribéenne de cette musique. espagnol, ce qui rend plus difficile son accès par des franco-
phones. La traduction simultanée lors des séminaires comme la
Valorisation et documentation vivante traduction en français des textes des conférences, mis en ligne
En 2004, avec les « Ateliers musique », ont été initiées des séances sur http://www.lameca.org, favorise l’appropriation des connais-
de découverte des musiques caribéennes animées par des spécia- sances issues des recherches actuelles en ethnomusicologie cari-
listes et destinées au grand public. Celles-ci se veulent une manière béenne. Est ainsi constitué un répertoire en français, unique sur
conviviale et interactive de documenter le fonds musical de la Internet, d’articles scientifiques sur les musiques caribéennes.
médiathèque, les musiques et musiciens de la Caraïbe. Les ateliers En juin 2005, une nouvelle étape a été franchie en matière de
consacrés aux musiques guadeloupéennes ont lieu en présence documentation inédite avec la mise en place de la « Mission de
des musiciens concernés qui, accompagnés par un spécialiste, collecte des traditions musicales et dansées de la Guadeloupe », qui
contribuent à mieux faire connaître leur itinéraire et leurs œuvres. fait dorénavant de la Médiathèque Caraïbe le premier organisme
Ces séances, une fois captées et mises en consultation à l’Espace public en Guadeloupe qui collecte, archive, documente et valorise

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DOSSIER

Une convention et un concept


Patrimoines ethnologique et immatériel
Alan Lomax aux Caraïbes (1962).
Archives d’Alan Lomax conservées à la Médiathèque Caraïbe.

Recherche et métiers de la culture


la parole des acteurs des musiques traditionnelles. Cette mission se Guadeloupe dans les années 1970 puis 1980. Avec l’aide de la
consacre dans un premier temps à la musique gwoka qui, bien Mission de collecte des traditions musicales et dansées de la Guade-
que très active tant au plan discographique que du spectacle vivant, loupe, qui est aussi chargée d’identifier les collections privées de
de la création contemporaine et de l’éducation musicale, n’avait pas documents inédits, ce fonds de collectes est également ouvert aux
encore constitué sa mémoire dans un lieu public. enregistrements réalisés par des personnes privées passionnées
de musiques traditionnelles guadeloupéennes.
Collecte de collectes Tous ces matériaux, à l’instar de ceux de la Mission de collecte, sont
Juillet 2007 marque l’ouverture à la Médiathèque Caraïbe d’un archivés, documentés et mis à la disposition du public de la média-
fonds de collectes anciennes avec le don d’une partie des archives thèque en consultation sur place. Par ailleurs, ils constituent autant
caribéennes d’Alan Lomax. En 1962, ce chercheur américain collecte de sources pour la réalisation de dossiers Internet ou d’Ateliers
sous forme sonore et photographique les musiques des îles qui musique futurs.
vont de Saint-Christophe-et-Niévès jusqu’à Trinité-et-Tobago. Ce Dans un avenir proche, la politique de la Médiathèque Caraïbe en
n’est qu’en 1999 qu’une partie des archives de chacun de ces pays matière de patrimoine musical guadeloupéen inédit devrait
commence à faire l’objet d’une édition sur disque compact. La connaître d’autres développements grâce au partenariat qui sera
fille d’Alan Lomax, Anna Lomax-Wood, reprenant le projet qu’avait prochainement signé avec le Centre de musiques et danses tradi-
son père de restituer à chaque pays l’intégralité de ses archives tionnelles de la Guadeloupe créé récemment. La mutualisation
propres, retient pour la Guadeloupe, après Saint-Christophe-et- des moyens et des actions qui en découlera permettra un meilleur
Niévès puis Sainte-Lucie, la Médiathèque Caraïbe pour mettre à maillage du territoire tant pour la collecte que pour sa restitution
disposition du public et valoriser la partie de ces archives qui documentaire au profit du public.
Débats récents

concerne Saint-Barthélémy, Guadeloupe, Dominique, Martinique et


Sainte-Lucie. En effet, les enregistrements de ces îles voisines ont Médiathèque Caraïbe Bettino Lara
54, rue Amédée-Fengarol
en commun, pour cette période, un chant dans un créole à base lexi-
97100 Basse-Terre
cale française. Guadeloupe
Après les archives Lomax, le fonds de collectes anciennes devrait http://www.lameca.org
s’enrichir d’autres archives, institutionnelles ou privées. Par exemple [email protected]
celles du musée des Arts et Traditions populaires réalisées en Directrice : Odile Broussillon (conservatrice en chef des bibliothèques)

C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008 41


C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 5/06/08 12:21 Page 42

DOSSIER

Les corpus de la parole :


patrimoine immatériel et langues de France

V erba volant, scripta manent. Dans un pays si fortement


marqué par la tradition écrite et les usages littéraires, long-
temps la langue parlée n’a pas été perçue dans toute son
importance. C’est l’auteur de la grande Histoire de la langue fran-
çaise, Ferdinand Brunot, qui, le premier, s’est préoccupé d’enre-
Olivier Baude et Michel Alessio
MCC / Délégation générale à la langue française et aux langues de France

gistrer et de conserver les traces sonores de faits de langue, en


créant les fameuses Archives de la parole en 1911. Ces enregistre-
ments sur rouleaux de cire, pieusement conservés, forment le
fonds premier du département de l’audiovisuel à la Bibliothèque
nationale de France. Jusque-là, la parole vivante apparaissait curieu-
sement – et paradoxalement – comme une forme subalterne,
dérivée, et pour tout dire dégradée de la langue écrite. Effet de
culture : telle était la représentation dominante qu’on se faisait
du langage en France. Ç’a été le travail de la linguistique du
XXe siècle que de rétablir l’ordre des choses en se fondant notam-
ment sur la description de données orales constituées en collections
et ordonnées par des critères scientifiques : les corpus oraux.
Ce travail ne se fait pas d’un trait. À la suite des Archives de la
parole, sont créées en 1932 la phonothèque du musée de l’Homme
et en 1938 la Phonothèque nationale. C’est toutefois le musée
national des Arts et Traditions populaires qui possédait le plus de
http://corpusdelaparole.culture.fr
témoignages oraux. Mais ceux-ci étaient exclusivement réalisés
par des ethnologues, et destinés à leurs recherches. L’oral n’était
pas encore collecté pour lui-même ; il n’était que le support d’études diversité. La France dispose en effet d’une grande richesse de langues.
en sciences humaines et sociales. D’ailleurs, lorsqu’André Malraux À côté du français, langue nationale, langue commune, présente sur
lance l’Inventaire général des monuments et richesses artistiques les cinq continents, les langues de France constituent un patrimoine
de la France en 1964, l’oral n’y figure nulle part. culturel unique : il y a sur le territoire de la République des langues
À l’ère du numérique, la sauvegarde de l’oral prend véritablement romanes, des langues germaniques, le breton, langue celtique, le
son essor. L’informatique permet de faciliter la classification des basque, qui n’est pas une langue indo-européenne, des créoles, des
enregistrements et leur accès. Mais cela ne résout pas tous les langues amérindiennes, des langues polynésiennes, des langues
problèmes. Un enregistrement isolé ne présente guère d’intérêt en austronésiennes, etc. Plus de 75 langues sont reconnues comme
soi. Il n’y a patrimoine de l’oral que lorsque plusieurs documents « langues de France », c’est-à-dire parlées par des citoyens français en
sont regroupés autour d’un thème. Enfin, la validation scientifique France depuis assez longtemps pour faire partie du patrimoine culturel
et le traitement des données enregistrées marquent la porte d’entrée national, et qui par ailleurs ne sont langue officielle d’aucun État.
du domaine du patrimoine. Celui-ci en effet ne s’étend pas aux Ce patrimoine est trop souvent méconnu, et si des archives sonores
données sonores brutes qu’un particulier a pu collecter à des fins existent désormais pour la quasi-totalité de ces langues, la richesse
personnelles, lors d’une conversation ou d’un entretien. Le « sceau qu’elles représentent n’était jusqu’ici accessible ni à l’ensemble
de la science » doit garantir que les corpus oraux ont été correc- de la communauté scientifique ni au grand public. Plus grave
tement composés, c’est-à-dire indexés, transcrits, éventuellement encore, de nombreux documents sonores conservés sur des
traduits, balisés, annotés, catalogués. supports physiques à bout d’usage (comme les enregistrements
En France, les premières grandes enquêtes sur le français ont été sur bandes magnétiques) sont voués à disparaître dans des délais
effectuées dans les années 1950 à des fins didactiques. Or, plus de très courts. Or, il s’agit souvent des derniers ou des seuls documents
cinquante ans après, nous ne disposons toujours pas d’un véritable dont nous disposions sur des langues de France – comme pour
corpus de référence qui permette toutes sortes de recherches certaines langues de Guyane ou de Nouvelle-Calédonie –, mais
(descriptions, analyses, applications) et on mesure le retard pris par aussi sur le français. Ainsi, au ministère de la Culture, la DGLFLF
notre pays, y compris vis-à-vis d’autres zones francophones, en a numérisé les seuls enregistrements de français constitués par
comparant ces résultats avec les données engrangées ailleurs. des linguistes dans les années 1970.
Le ministère de la Culture et de la Communication / Délégation géné- Aujourd’hui, avec le progrès des nouvelles technologies, la numé-
rale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), en risation offre non seulement la possibilité de sauver ce patrimoine
partenariat avec les chercheurs des universités et du CNRS, a entre- mais aussi l’occasion de le valoriser en transformant les docu-
pris de combler ce retard, dans une perspective de valorisation de la ments originaux en de véritables ressources linguistiques numé-

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C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:15 Page 43

DOSSIER

Une convention et un concept


riques. En créant, en partenariat avec le CNRS, le programme tère de la Culture (DDAI/MRT). Ce plan a déjà permis de sauve-
Corpus de la parole, le ministère de la Culture et de la Communi- garder des centaines d’heures d’enregistrement.
cation/DGLFLF s’est engagée depuis 2004 dans une triple démarche. La troisième étape a consisté à rendre les données accessibles à tous,
La première étape de ce programme était d’ordre méthodologique ; d’abord à la collectivité des chercheurs, mais aussi, au-delà des
il s’agissait de définir les conditions dans lesquelles les productions chercheurs, au grand public, et c’est désormais possible avec le site
verbales devaient être recueillies à des fins d’études et de Corpus de la parole (http://corpusdelaparole.culture.fr), dont la
recherches, et c’est ainsi qu’a été entreprise l’édition de l’ouvrage première version est en ligne depuis le début de l’année 2008. Ce
Corpus oraux, Guide des bonnes pratiques (CNRS-Editions et PUO, site donne accès à un catalogue collectif de corpus oraux en fran-
2006), consacré à la constitution, la conservation et l’exploitation çais et en langues de France, sous la forme de fonds sonores trans-
des corpus oraux. Ce guide s’inscrit à l’exact croisement d’une crits et numérisés.

Patrimoines ethnologique et immatériel


démarche scientifique et d’une politique culturelle ; il constitue La sauvegarde et l’exploitation de ces enregistrements en français
aujourd’hui une proposition de charte pour tous les chercheurs, et en langues de France sont un enjeu de première importance.
auxquels il fournit les instruments, y compris les instruments de C’est un enjeu pour la recherche, pour le développement de l’in-
prescription d’ordre juridique, qui permettent de constituer ces génierie linguistique et pour l’enseignement, mais aussi pour le
données brutes en objets de savoir. développement d’une politique culturelle qui reconnaisse les faits
La seconde étape a consisté à lancer un vaste chantier de numé- de langue comme éléments du patrimoine immatériel dans toute
risation dans le cadre du plan national de numérisation du minis- sa variété.

Techniques de construction en bois en Europe


Entre matériel et immatériel

Recherche et métiers de la culture


T ransmettre le patrimoine bâti ancien est un enjeu de François Calame
Conseiller pour l’ethnologie
nos sociétés contemporaines, marquées depuis une
DRAC de Haute-Normandie
centaine d’années par une révolution dans l’art de bâtir
et, aujourd’hui, par la pression immobilière. La conservation
des artefacts et leur mise en valeur est un but en soi, mais tout anglais en Moldavie-Bucovine, à la frontière de l’Ukraine. Un livre
aussi nécessaire apparaît celle de la chaîne opératoire des bâtis- collectif, Charpentiers au travail 1, en est le reflet.
seurs dans un contexte sans machines. Dans cet esprit d’échanges techniques et culturels, un projet a été
D’une certaine façon, la manière dont on s’y prend importe peut-être porté durant dix ans par le groupe de travail « Culture du bois en
plus encore que les objets manufacturés. La connaissance et la Europe » coordonné par le Conseil de l’Europe. Ont participé aux
formation dans le domaine de ces savoir-faire sont une priorité si l’on différents ateliers des équipes de Suède, Finlande, Lituanie, Pologne,
veut jouir d’un patrimoine vivant, et pas seulement de façades et de Turquie, Roumanie, France. Des rencontres se sont tenues en
décors de théâtre. Et pour ce faire, il est indispensable de sortir d’un Normandie en 2002 auxquelles la Grande-Bretagne et la Norvège
cadre technique et culturel restreint aux frontières nationales. ont participé pour la première fois. L’Allemagne et la République
tchèque étaient représentées à celles, toujours en Normandie, de
Un réseau européen 2005 et de 2007. Des expériences équivalentes ont vu le jour, depuis
À partir de 1991 (chute du régime communiste), des échanges 2001, en Roumanie, en Lituanie, en Suède, en Finlande et en Alle-
fructueux d’expertises ont débuté entre la France et la Roumanie. magne. Par ailleurs, la Grande-Bretagne, riche d’une très ancienne
Il est apparu très vite que si l’administration culturelle roumaine expérience d’échanges pratiques autour des techniques du bois et
Débats récents

souhaitait bénéficier des conseils d’autres pays européens, la France du patrimoine, a créé en 2000 son propre réseau de passionnés et
avait également beaucoup à apprendre dans le domaine de la trans- de professionnels de la charpenterie, la Carpenters Fellowship.
mission des savoir-faire préindustriels. Si les liens avec le Conseil de l’Europe se sont estompés du fait de
Une première expérience d’atelier européen des techniques de l’achèvement de la campagne « l’Europe, un patrimoine commun »,
charpente fut montée à l’initiative du ministère de la Culture
1. F. Calame dir., Charpentiers au travail. Dié : Éditions A Dié, 1993. Lire aussi : F. Calame
(DAPA/Mission du patrimoine ethnologique). Elle permit de réunir, et al., Bouts de bois. Bois de bout. Dié : Éditions A Dié, 2004 (édition bilingue français-
en 1992, dix spécialistes de la charpente français, allemands et anglais). Diffusion : [email protected]

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C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:15 Page 44

DOSSIER

la dynamique et l’esprit des rencontres perdurent au sein d’un L’un des points forts des échanges réside dans la comparaison des
réseau de partenaires et de personnes ressources. outils et des différentes techniques d’équarrissage et de façonnage
Des expériences consistent le plus souvent à réunir des experts des des bois propres à chaque contrée. Ces comparaisons nourrissent
pays concernés et de les confronter à un patrimoine national la connaissance du bâti ancien par tracéologie.
spécifique ainsi qu’à des situations concrètes d’intervention sur du Ainsi, la technique allemande de travail à l’épaule de mouton à
patrimoine architectural en bois. La rencontre est, tout à la fois, manche court, la Breitbeil, a été clairement démontrée. Très diffi-
théorique et pratique. Elle permet à chaque équipe nationale, cile à mettre en œuvre, elle exige un éclatage préalable de l’aubier
souvent composée d’un architecte ou conservateur du patrimoine selon des entailles effectuées tous les quarante centimètres par
et de plusieurs charpentiers, équipés de leurs outils spécifiques, deux charpentiers frappant alternativement avec une hache à
d’échanger leurs pratiques et leurs coups de main autour de situa- taillant étroit, le Bandhacke, selon un angle de 45° face à la grume.
tions réelles, choisies pour leur intérêt technique. Les ateliers Celle-ci doit être surélevée sur des tréteaux à hauteur du bassin. La
organisés en Normandie ont généralement eu lieu simultanément finition doit s’apparenter à un rabotage car, disent les maîtres alle-
aux Journées internationales du patrimoine, ce qui permettait mands, même une mouche se posant doit déraper tant sa surface
d’associer le grand public et les médias à certaines étapes du est lisse. C’est le fruit d’une exigence de perfection très poussée et
travail en commun. de l’emploi d’un taillant très long et très droit.
En France, et selon les régions, la finition de l’équarrissage est
Trois ateliers en Normandie souvent moins lisse et marquée de légères cupules ovoïdes du fait
Des ateliers, sous forme de chantiers de restauration, se sont tenus de l’emploi de doloires à taillant cintré.
dans l’Eure et en Seine-Maritime(2002, 2005 et 2007), à l’initiative
de la DRAC Haute-Normandie (service ethnologie). Depuis 2005,
un partenariat fructueux s’est noué avec le centre de formation

Cl. F. Calame, MCC / DRAC de Haute-Normandie


professionnel CEREF BTP de Bourgtheroulde, dans l’Eure, et sa
dynamique équipe de formateurs en charpente.
Le lieu de l’atelier a toujours été choisi pour la qualité patrimoniale,
pédagogique et environnementale du site bâti. La faisabilité de la
restauration ainsi que la participation active et enthousiaste des
propriétaires a constitué un élément décisif dans le bon déroulement
des chantiers école. Dans les trois cas, les bâtiments étaient des bâti-
ments ruraux agricoles, monuments historiques inscrits.
Le principe retenu lors de ces chantiers de restauration est de n’uti-
liser que les techniques manuelles qui ont prévalu lors de l’édifi-
Charpentiers européens sur un chantier commun : confrontations
cation du bâti concerné. Le travail est volontairement limité pour
de points de vue. Bourneville, Eure, 2002.
pouvoir être réalisé en quelques jours. Il s’agit de remplacement ou
de greffes de parties endommagées ou manquantes, voire de
construction neuve complétant un site (cas du puits de la ferme
fortifiée de Beaumont, dans l’Eure).
La matière d’œuvre, le bois de chêne, est de provenance locale,
>>>>>> « Recherches ethnologiques »
une collection multimédia
abattu sur le lieu même du chantier. Le choix des arbres et de la
sur le patrimoine immatériel
période d’abattage est évidemment important. Ainsi, la date du
http://www.ethnologie.culture.fr/
31 décembre 2007 sortait de l’ordinaire : c’était la lune noire. Un
moment de l’année qui, d’après la tradition orale allemande, permet Au moment où se met en œuvre la convention de
d’abattre en forêt des bois de charpente d’une qualité extraordinaire. l’Unesco pour la sauvegarde du patrimoine culturel
C’est le moment qu’a choisi Axel Weller, un compagnon charpen- immatériel, le ministère de la Culture et de la
tier itinérant originaire de Saxe, pour couper dans les bois de Communication consacre une collection multimédia aux
Mesnil-Geoffroy en pays de Caux plusieurs chênes droits comme recherches ethnologiques. Au fil des titres (l’olivier, le hip
hop, le café, les voyages du verre, cornemuses, les petites
des I, dont les fûts parfaits ne comportaient aucun nœud jusqu’à
Arménies, trésors du quotidien…), sont mis en lumière
15 m de haut. L’abattage s’est fait dans les règles, c’est-à-dire à la
savoir-faire traditionnels, cultures populaires,
main, avec hache, coins et passe-partout. communautés, pratiques et représentations…
Aussitôt à terre, les troncs ont été équarris à la doloire, sur place.
C’est lorsque le bois est frais que l’on peut le travailler aisément. Deux nouveaux sites Internet paraîtront prochainement
En aucun cas le charpentier n’attend plusieurs années pour réaliser dans la collection :
sa charpente, sauf dans le cas des escaliers ou de la menuiserie. • Charpentiers d’Europe et du monde
Abattu en hiver, le bois est taillé et assemblé aussitôt. La nature des • Féminin / Masculin : histoires de couples et construction
du genre
assemblages « à tire » permet de compenser le jeu ultérieur des
matériaux.

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C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:15 Page 45

DOSSIER

Les Roumains, les Tchèques et les Croates pratiquent souvent une chronologique permettra, dans le futur, d’identifier les différentes

Une convention et un concept


technique héritée de l’occupation autrichienne à l’aide d’une hache campagnes de travaux au sein de l’édifice.)
affûtée symétriquement, maniée au bout d’un long manche par Ces échanges répétés entre savoir-faire et expériences propres à
l’ouvrier debout sur le tronc. chaque pays sont placés sous le signe de la réciprocité. Sous la
Certains Suédois préfèrent travailler le plat de la grume en main- houlette de maîtres allemands, tchèques ou roumains, de jeunes
tenant le fer de la hache parallèlement au sol. charpentiers normands apprennent régulièrement, au CEREF BTP
Dans tous les cas, l’emploi de l’herminette reste extrêmement rare de Bourgtheroulde, l’emploi de la hache à équarrir, de la scie de long
pour équarrir, contrairement à ce qui est fréquemment affirmé en ou du départoir à fendre les bardeaux.
France. Il faut dire que dans notre pays, l’emploi et même la La France, quant à elle, a su développer le très cérébral et complexe
mémoire des techniques manuelles a disparu généralement après art du trait de charpente. Cette maîtrise de la conceptualisation
la Seconde Guerre mondiale. Curieusement les charpentiers fran- des ouvrages de géométrie dans l’espace, issue d’une pratique
çais ont volontairement choisi d’oublier l’emploi des outils à main populaire et ancestrale de gens de métier – et non d’un savoir
pour mieux accueillir la notion de progrès, et rejeter une certaine savant d’ingénieur –, suscite beaucoup d’intérêt chez nos voisins
image dévalorisée de l’effort. Au contraire, dans d’autres pays européens. En avril 2008, les formateurs du CEREF se sont rendus

Patrimoines ethnologique et immatériel


d’Europe, l’emploi de techniques manuelles s’est maintenu soit en Suède, dans la célèbre école DACAPO, spécialisée dans la conser-
par nécessité, et du fait d’un sous-équipement en machines, soit par vation du patrimoine en bois, pour y enseigner les bases du trait
choix volontaire de laisser coexister plusieurs façons de faire. de charpente à la française.

De la connaissance à la pratique Le savoir-faire des charpentiers, patrimoine immatériel


En Allemagne ou en Tchéquie, des entreprises choisissent de n’uti- Le patrimoine bâti en bois constitue un bien matériel, apparemment
liser, dans toute la mesure du possible, que des outils à main. Ils stable et intangible. On sait toutefois que, dans de nombreuses
y trouvent une satisfaction très forte, et une rentabilité insoup- régions, les maisons de bois sont considérées comme biens meubles
çonnée face à un certain type de chantier et de clientèle. Ces choix au regard des usages coutumiers. Démonter, rouler, transformer des
nous intéressent aujourd’hui car ils révèlent un rapport para- édifices parfois imposants est monnaie courante chez les char-
doxalement nouveau au matériau, au bâti et au patrimoine dans un pentiers. Ces pratiques entraînent des représentations particulières
pays où le souci de rentabilité et la perte des savoir-faire ont dans les sociétés concernées.
entraîné parfois une standardisation exagérée des réponses tech- D’autre part, l’immatérialité des savoirs et des modalités de leur
niques proposées. transmission, avec les relations qu’impliquent l’itinérance des
Il ne s’agit pas ici de nier les caractéristiques de la modernité, ou bâtisseurs, les relations intergénérationnelles, le rapport moder-

Recherche et métiers de la culture


de s’y opposer, mais de constater que le maintien de certaines nité/tradition, constitue une dimension patrimoniale à part entière.
techniques manuelles enrichit notre approche, contribue à déve- Les savoir-faire du charpentier se situent donc clairement à la jonc-
lopper des individus épanouis et en pleine possession de leur tion entre matériel et immatériel. À ce titre, et prenant en compte
métier, ainsi que des maîtres d’ouvrage enthousiastes. Signalons que un aspect typiquement français de ce patrimoine, l’art du trait de
les jeunes charpentiers normands en formation se déclarent très charpente et son mode de transmission feront l’objet d’une
demandeurs de ces expériences. demande de reconnaissance au titre du patrimoine culturel imma-
Une entreprise, grande ou petite, qui prétend restaurer un édifice tériel de l’Unesco.
ancien doit aujourd’hui être capable de proposer la réutilisation des
mêmes techniques que celles d’origine. L’expérience des chantiers On aura compris par ailleurs l’importance d’asseoir le principe
européens montre que tant la maîtrise des coûts que celle des d’une mutualisation des ressources et des savoirs au plan inter-
savoir-faire peuvent être atteintes par des formations spécifiques aux national. Ces échanges s’inscrivent dans une démarche de recherche
techniques manuelles, par une pratique fréquente de ces tech- ethnologique appliquée à la préservation du patrimoine bâti.
niques, par une sensibilisation forte auprès des maîtres d’œuvre et Lorsqu’un savoir fait défaut dans un pays, de nombreux facteurs
des maîtres d’ouvrage. L’utilisation de techniques manuelles s’avère tenant tant aux modes de représentation qu’au contexte socio-
même parfois rentable face à la mise en service de machinerie économique peuvent expliquer cette situation.
coûteuse, nécessitant une logistique complexe et dont le coût éner- Un site Internet sera bientôt publié dans la collection multimédia
gétique doit être considéré. « Recherches ethnologiques » produite par le ministère de la Culture.
À la suite de différents chantiers expérimentaux conduits en Haute- Consacré aux savoirs des charpentiers au travers des différentes
Normandie, Régis Martin, architecte en chef des monuments histo- expériences européennes en cours, il réunira des éléments sur les
Débats récents

riques, a choisi, notamment, d’effectuer la restauration d’un manoir techniques et modes opératoires propres à certains pays d’Europe,
classé du début du XVIe siècle à Hautot-Mesnil (Seine-Maritime) à et des témoignages relatant l’itinéraire personnel de gens de métier
l’aide de techniques manuelles. L’entreprise retenue, germano- en Suède, au Danemark, en France, en Grande-Bretagne, en Alle-
française, n’utilisera que les outils en usage à l’époque de la magne ou en Turquie. Il montrera qu’un réseau existe aujourd’hui
construction, et le bois sera abattu sur le site. (À l’objection qui en Europe, qui, tirant parti des points forts de chaque pays et
pourrait être faite du risque de trop grande similitude entre l’ori- animé d’une solidarité active, permet des échanges riches et la
ginal et les pièces restituées, on opposera que l’examen dendro- mise en commun d’expériences.

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DOSSIER

>>>>>>>>>>>>> Un programme d’archives sonores dans la Sarthe


avec la radio Fréquence Sillé
En 2003, Fréquence Sillé, radio associative du Pays de la Pour permettre à d’autres structures de réaliser un
Franck Pohu
Haute Sarthe, a été sollicitée pour réaliser une émission travail de collecte sur les thèmes de leur choix et de
Chargé de mission du
sur le parler sarthois, pour une diffusion nationale. La rejoindre ce réseau de partenaires, un programme de
programme « Sauvegarde de
découverte de la richesse et de la diversité de ce formation basé sur la méthodologie développée par
la parole sarthoise »
patrimoine immatériel a donné naissance au « Sauvegarde de la parole sarthoise » a été mis en place.
Fréquence Sillé
programme « Sauvegarde de la parole sarthoise » dont Cette ouverture du programme au plus proche des
les principaux objectifs sont la collecte, la acteurs de terrain permet, là encore, d’acquérir une
numérisation, l’indexation et la diffusion de connaissance complémentaire du patrimoine
documents sonores. immatériel sarthois disponible chez des particuliers,
des associations… Et de découvrir de nouvelles sources
Depuis 2003, Fréquence Sillé a Fréquence Sillé, le porteur du projet, a souhaité dès le sonores à ce jour non exploitées.
reçu l’appui financier du Pays de départ associer des acteurs essentiels du département
la Haute Sarthe (Leader +,
qui œuvrent pour la connaissance et la sauvegarde de Indexation et diffusion
la parole sarthoise. Plus d’une dizaine d’associations, Dès l’origine, « Sauvegarde de la parole sarthoise » s’est
Coopération interrégionale),
des chercheurs indépendants et des institutions fixé comme principal objectif de diffuser les documents
du conseil général de la Sarthe
comme les Archives départementales de la Sarthe sonores sur Internet. Ainsi, conjointement au travail de
et, depuis 2007, du ministère participent ainsi à ce programme. mise en réseau des acteurs et à la définition d’une
de la Culture et de la méthodologie commune, a été conduite une réflexion
Communication (plan national Associer les chercheurs du département sur la création d’outils informatiques indispensables pour
de numérisation – DDAI/MRT). La contribution des chercheurs de tous horizons, au fait permettre à tous d’accéder gratuitement aux données.
de la culture et de l’histoire des territoires du Des outils dédiés à la saisie des éléments de
département, permet au programme « Sauvegarde de description et à la diffusion des documents sonores
la parole sarthoise » d’envisager la collecte et l’étude de collectés ont été développés en interne et intégrés sous
tous types de documents. Outre le parler sarthois, la la forme d’une plate-forme de gestion de contenus en
musique, la danse ou encore les chansons, les sujets ligne.
© Frequence Sillé

L'accordéoniste Lucien
d’étude et la collecte portent sur les coutumes et Les partenaires institutionnels
Allard, le dernier
traditions, l’histoire du département, la culture, le En 2006, Fréquence Sillé et le conseil général de la
interprète des danses de
monde du travail ou tout simplement la vie Sarthe/Archives départementales ont signé une
caractère en Sarthe.
quotidienne en Sarthe au XXe siècle. convention pour le dépôt des données numérisées
Cette approche globale de recherche et d’archivage sur (format Wav), des éléments de descriptions et des
le patrimoine immatériel d’un département a été documents juridiques associés. Cette convention
rendue possible par l’élaboration, avec les partenaires, inscrit aussi le principe de diffusion des données
d’un certain nombre d’outils de travail qui permettent depuis le site Internet des Archives départementales
aujourd’hui la centralisation des données collectées. de la Sarthe sur la base des outils informatiques
Ainsi, ont été réalisées des fiches de collecte et des développés par Fréquence Sillé pour le programme.
fiches juridiques qui répondent à la sauvegarde, à la Cet accès gratuit, aujourd’hui en phase de test, sera
http://www.frequence- description et à la diffusion de tous les types de disponible au cours du troisième trimestre 2008
sille.org/parole documents sonores collectés. pour tous les internautes.

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DOSSIER

>>>>>>>>>>>>> Vers un portail des cultures du monde

Une convention et un concept


Pierre Bois Quatre institutions parisiennes, la Cité de la Musique, Depuis le début des années 2000, plusieurs centres de
Responsable du Centre de la Maison des cultures du monde, le musée du quai documentation comprenant des fonds constitués à
documentation sur les Branly et le Théâtre de la Ville, se sont associées pour la partir de leurs archives du spectacle vivant ont vu le
spectacles du monde réalisation d’un portail Internet consacré aux formes jour, notamment le centre de documentation de la
Maison des cultures du spectaculaires traditionnelles du monde (musique, Maison des cultures du monde (à Vitré en Ille-et-
monde danse, théâtre, rituels). Ce portail des cultures du Vilaine), la médiathèque de la Cité de la Musique et,
monde, qui bénéficie du soutien du ministère de la plus récemment, la médiathèque du musée du quai
Culture et de la Communication1, sera mis en ligne le Branly. La dispersion des fonds et des références rend
31 décembre 2008. cependant peu aisé l’accès à ces ressources.
1. Plan national de numérisation Les sociétés modernes témoignent d’une réalité sociale Ces trois institutions, auxquelles s’associe également le
(DDAI/MRT). et culturelle de plus en plus diversifiée. Les goûts Théâtre de la Ville, ont donc décidé de fédérer leurs
artistiques de chaque individu ne se forgent plus fonds au sein d’un portail qui permettra de rechercher
seulement à partir de son environnement immédiat des informations sur les spectacles et concerts
mais aussi de cultures plus lointaines. On constate programmés par les différents partenaires dans le

Patrimoines ethnologique et immatériel


d’ailleurs depuis une vingtaine d’années que les domaine des cultures du monde. Grâce à un moteur de
recherche architecturé autour d’un thésaurus
abondant, l’internaute pourra effectuer des recherches
© Maison des cultures du monde

fines à partir de différents critères : aires culturelles,


pays, groupes ethnolinguistiques, formes musicales ou
spectaculaires, instruments, artistes, dates d’exécution,
lieux d’exécution… Ce portail permettra surtout de
consulter librement et gratuitement diverses archives
numérisées telles que notes de programmes,
photographies, captations sonores et audiovisuelles.
Un des intérêts de cette mutualisation des archives
Le Bobongo, un rituel dansé et réside également dans le fait qu’il compense les
chanté des Ekonda au Congo. particularités de chaque institution partenaire en
terme de politique de programmation. Par exemple,
une recherche sur les traditions indiennes permettra au
visiteur d’accéder aussi bien aux fonds de musiques
hindoustanie et carnatique qui constituent l’un des

Recherche et métiers de la culture


points forts de la programmation du Théâtre de la Ville
qu’aux formes chorégraphiques, théâtrales et rituelles
que la Maison des cultures du monde présente à son
public depuis une vingtaine d’années.
Le visiteur pourra ainsi, en toute transparence, naviguer
d’une aire culturelle à une autre, d’une forme à une
autre ou, au contraire, approfondir ses recherches dans
les archives de tel ou tel partenaire du projet et ceci,
© Maison des cultures du monde

grâce à un système informatique qui « moissonnera »


automatiquement les bases de données de chacune de
ces institutions pour rassembler ces données dans le
portail.
Ce portail est conçu pour répondre aux besoins de trois
catégories d’usagers : le public amateur des cultures du
monde, les professionnels de la diffusion musicale, et
Bardes de la région du amateurs de musiques du monde, qui constituaient les chercheurs, enseignants, étudiants en
Khorassan en Iran. jusqu’alors un groupe relativement étroit mais curieux ethnomusicologie, anthropologie, ethnoscénologie,
de toutes les cultures, tend à s’élargir tandis que ses ethnochoréologie, sociologie de la culture…
membres affirment des goûts de plus en plus Il pourrait être la première étape d’un projet plus
spécifiques, les uns pour les spectacles de l’Inde, ambitieux : une encyclopédie-atlas des cultures du
d’autres pour les musiques d’Afrique ou encore de l’Asie monde offrant à l’internaute une réponse différente
Débats récents

centrale. Ce faisant, les musiques et les formes des encyclopédies collaboratives telles que Wikipédia,
spectaculaires traditionnelles sortent du « ghetto » des car fondée sur l’expérience et la compétence de grands
associations et institutions spécialisées pour prendre établissements publics et de structures spécialisées.
une place de plus en plus importante dans les
programmations de salles généralistes qui sensibilisent
un public à la fois plus large et plus éclectique.

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DOSSIER

Protéger l’immatériel ?
Les arènes de bouvine en Bas-Languedoc

D ans la partie est du département de l’Hérault et au sud


du département du Gard, le taureau de Camargue est
certainement la référence identitaire la plus forte1. La Fé
di biou (fièvre du taureau) s’exprime surtout durant les
nombreuses courses libres, sorte de corridas inversées où le taureau
Christian Jacquelin
Conseiller à l’ethnologie
DRAC du Languedoc-Roussillon

est la vedette et où le jeu consiste à enlever la cocarde placée À cet endroit, les connaisseurs et les professionnels de la bouvine
entre les cornes du taureau par le raset. Chaque village, ou presque, développent d’ailleurs un système de valeurs assez riche et
possède ses arènes traditionnellement implantées sur la place complexe, selon lequel la morphologie de chaque piste aurait des
centrale où étaient autrefois rassemblées et mises bout à bout les propriétés relatives au déroulement du rituel tauromachique : par
charrettes des villageois délimitant ainsi une piste de fortune, le exemple, ils disent que les arènes de Marsillargues sont « bonnes
bouau, où évoluaient taureaux et raseteurs. Aux charrettes ont pour les taureaux », que celles de Beaucaire sont « difficiles pour
d’abord succédé les théâtres, comme on en trouve encore à Aigues- les bêtes parce que les raseteurs sont avantagés par la disposition
Mortes, véritables gradins de bois, qui comme les charrettes ont des équipements de sécurité dans la contrepiste », que celles du
conservé leur caractère privé. Les arènes que nous connaissons Cailar sont « faites pour les taureaux jeunes », etc. Ici, la variabi-
aujourd’hui, parfois maçonnées, composées de structures métal- lité des espaces de jeu fait partie intégrante des savoirs et pratiques,
liques et de planches, ne présentent généralement qu’une esthé- débouchant sur une sorte de théorie relativiste de la tauromachie
tique fonctionnelle. Mais le choix de la place centrale du village locale. Des enjeux identitaires se focalisent autour de ce système
pour leur installation présente un incontestable intérêt sociolo- de pensée : certains passionnés sont « fiers de leur piste » comme
gique : en relation directe avec les rues adjacentes que parcourent un éleveur pourrait l’être de ses taureaux.
les taureaux pour l’abrivado (arrivée) et la bandido (départ), les
arènes sont un lieu d’échange, de rencontre, de sociabilité que À partir de ce corpus et de ces critères, quatorze arènes représen-
favorise la proximité immédiate des cafés, des platanes et des tatives ont été retenues et sept protections ont été accordées (1992) :
immeubles qui les encadrent. les arènes de Lansargues, Marsillargues dans l’Hérault, celles
Devant la menace, déjà mise à exécution dans certains cas, de d’Aramon, Le Cailar et Saint-Laurent-d’Aigouze dans le Gard ainsi
déplacement des arènes à l’extérieur du village, mettant en péril le que les plans de théâtres d’Aigues-Mortes et d’Aubais (Gard) ont été
caractère convivial des courses et à court terme la course elle- inscrits, non sans débats, à l’inventaire supplémentaire des Monu-
même, la DRAC de Languedoc-Roussillon (services des monu- ments historiques.
ments historiques et de l’ethnologie) a mené il y a quelques années À titre d’exemple, l’analyse d’un arrêté est d’ailleurs intéressante :
une action en faveur de la protection au titre des Monuments histo- « Considérant que les arènes de Lansargues présentent un intérêt
riques de certaines arènes. ethnologique suffisant pour en rendre désirable la préservation en
Une étude a tout d’abord été confiée à un ethnologue, Frédéric raison de la place qu’elles occupent dans la tradition culturelle de
Saumade, spécialiste du domaine, sous la direction du conseiller à la « Bouvine » en Bas-Languedoc.
l’ethnologie de la DRAC. Ce chercheur a recensé plus de soixante- « Article 1 : sont inscrites sur l’Inventaire supplémentaire des Monu-
cinq arènes en activité sur les seuls départements du Gard et de ments historiques les parties suivantes des arènes de Lansargues
l’Hérault. Plus qu’un simple inventaire descriptif de lieux, cette (Hérault) :
étude a permis de dégager sur des bases essentiellement sociolo- – le terrain d’assiette,
giques et anthropologiques, une critériologie un peu inhabituelle, – les barrières délimitant la piste,
légitimant une typologie et une sélection d’arènes représentatives. – le bâti structurant l’espace : toril, présidence, buvette,
Ont ainsi été retenues – quoiqu’assez éloignées des habituels critères situées sur la parcelle n° 478 d’une contenance de 23 ares, 85
d’art et d’histoire qui fondent la loi de 1913 – la dimension de lieu centiares figurant au cadastre section A et appartenant à la
de mémoire, d’échanges et de sociabilité ; les interrelations avec commune depuis une date antérieure au 1er janvier 1956. »
l’extérieur ; la valeur technique par rapport à la tauromachie locale… Ainsi, plus que les gradins appelés à évoluer sans cesse, ce sont les
lieux eux-mêmes – terrain d’assiette et bâti qui le structure – qui
Contrairement aux arènes toujours circulaires de la corrida, il est ont été proposés à la protection : en somme plus « d’immatériel que
frappant de constater l’absolue hétérogénéité entre les divers de matériel » comme le soulignait le préfet de région en fin de
modèles architectoniques des arènes de bouvine ; cette malléabi- séance. C’est donc, comme l’a noté Denis Chevallier (1993 : 115),
lité formelle est liée à la structure des différentes places publiques « la bouvine en tant que système culturel » qu’on a cherché à
où elles sont la plupart du temps installées. Elle peut varier du protéger plus qu’un assemblage de tubes et de planches.
rectangle au losange en passant par l’ovale allongé, le carré, l’hexa- D’autre part, s’agissant d’un patrimoine en usage évolutif dont la
gone, l’octogone voire le patatoïde. Les « bonnes pistes », dit-on, gestion est permanente, il ne fallait pas s’arrêter à l’acte juridique
doivent avoir des angles ou des coins. mais il fallait imaginer une protection active. La direction régionale

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DOSSIER

Une convention et un concept


Cl. † André Signoles, MCC/DRAC Languedoc-Roussillon

Raseteur dans les arènes de Marsillargues (Hérault).

Patrimoines ethnologique et immatériel


Arènes de Saint-Laurent-d'Aigouze (Gard) : église, tauril et gradins.

Un dossier Internet intitulé « Arènes de bouvino et plans de théâtre en


Languedoc : un patrimoine protégé » comportant une brève
introduction, de nombreuses photos et renvoyant à divers articles, sera
prochainement disponible sur le site de la DRAC de Languedoc-
Roussillon : http://www.languedoc-roussillon.culture.gouv.fr/fr/0index
/01actu/index_dossiers.html
Ce corpus de photos numérisées sur la bouvino figurera également
dans Patrimoine numérique : http://www.numerique.culture.fr

Aigues-Mortes (Gard) : jeux taurins sur le plan des théâtres.

Recherche et métiers de la culture


des affaires culturelles a mis en place un comité de suivi des arènes
qui réunit, à la demande, architectes des Bâtiments de France, >>>>>> Bibliographie
ethnologues, agents de la conservation régionale des Monuments
Chevallier Denis, 1993. « Conserver “le patrimoine
historiques, maires et professionnels de la bouvine (raseteurs,
ethnologique” », in : Meubles et immeubles. Actes des
manadiers…). Ce comité s’est réuni à plusieurs reprises, avec plus entretiens du patrimoine, Abbaye aux Dames de Saintes,
ou moins de succès, dans plusieurs communes du Gard et de l’Hé- novembre 1992. Paris : Ed. du Patrimoine, p. 114-121.
rault, pour décider de travaux d’urgence (notamment de sécurité,
barrières, garde-corps et de choix de couleurs) ou de programma- Jacquelin Christian, Saumade Frédéric, 1993.
tion (création d’un toril à Saint-Laurent-d’Aigouze). « La protection des arènes et lieux de bouvino en
Languedoc ». In : La mort. Terrain n° 20, p. 158-162.

À travers ces protections, outre l’aspect conservatoire de ces lieux


Jacquelin Christian, Signoles André, 2000 « Préserver
de mémoire et de tradition qu’elles engendrent, s’est dessinée sans
l’usage social du monument. Les arènes de bouvine ». In :
doute pour la première fois la volonté du ministère de la Culture Fabre Daniel dir. : Domestiquer l’histoire. Ethnologie des
de protéger un élément fort du patrimoine ethnologique, l’acte monuments historiques. Paris : Ed. de la Maison des
administratif rejoignant le fait social et culturel. Une proposition sciences de l’Homme. (Ethnologie de la France, cahier 15).
d’inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco de la course libre
Débats récents

ou course camarguaise, si elle est acceptée, viendrait parachever Saumade Frédéric, 1992, Arènes du pays de Bouvino,
cette reconnaissance de la bouvine comme système culturel. rapport, DRAC Languedoc-Roussillon.

Saumade Frédéric, 1994, Des sauvages en Occident. Les


1. Le terme bouvine est la francisation de l’occitan bouvino qui signifie espèce bovine et
par extension métaphorique l’ensemble du milieu taurin (raseteurs, manadiers, gardians,
cultures tauromachiques en Camargue et en Andalousie.
afeciounados) et l’aire géographique de son élevage et des jeux taurins qui l’entourent. Paris : Ed. de la Maison des Sciences de l’Homme.
Le pays de Bouvino correspond à la Petite Camargue, c’est-à-dire l’est de l’Hérault et le (Ethnologie de la France).
sud du département du Gard.

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DOSSIER

>>>>>>>>>>>>> Une enquête dans les Côtes-d’Armor


Inventaire et ethnologie

En novembre 1999, l’assemblée départementale des L’une concerne l’articulation des données relatives au
Odile Canneva-Tétu Côtes-d’Armor votait une politique de la mer publiée patrimoine matériel (qu’il s’agisse de bâti ou d’objets
Chef du service de l’Inventaire sous le titre « les Côtes-d’Armor et la mer, une nouvelle mobiliers) avec les données ethnologiques. De cette
Conseil régional de Bretagne ambition maritime pour le XXIe siècle ». Parmi les problématique relève le nécessaire enrichissement
actions que le département souhaitait engager dans des thésaurus et l’adaptation du modèle de données
ce cadre figurait un « inventaire du patrimoine utilisés jusqu’à présent par l’Inventaire puisque
maritime costarmoricain ». l’ambition du départ – mais se justifie-t-elle ? – était
Ce projet s’est concrétisé en janvier 2002 par la de rassembler dans un même dossier toutes les
signature d’une convention de partenariat entre données de cet inventaire du patrimoine culturel du
l’État et le Département pour la réalisation d’un littoral costarmoricain.
« inventaire préliminaire à l’étude du patrimoine des Une autre concerne les différences de rythme qui
communes littorales des Côtes-d’Armor ». Pour le nuisent à l’objectif de mise en ligne régulière des
Cl. Jean Richard vers 1947 (reproduction Guy Prigent © Conseil général des Côtes-d’Armor, 2002.

mettre en œuvre, deux chercheurs – l’un historien, résultats. Peut-on, en effet, mettre
l’autre ethnologue – ont été recrutés car, pour la systématiquement en rapport la qualité et la
première fois dans une opération de l’Inventaire en quantité des informations utiles pour rendre compte
Bretagne, la dimension ethnographique du du patrimoine bâti d’une commune – variable mais
patrimoine devait être prise en compte à part entière relativement quantifiable dès le départ de l’enquête
et en parfaite concomitance avec l’enquête sur le – avec la collecte d’informations relatives à des
patrimoine matériel. savoir-faire, des usages, des traditions orales, qui
Le cadre de l’enquête a été volontairement circonscrit dépend de la présence/absence d’informateurs et
non à un champ patrimonial prédéfini – un impose, le cas échéant, un long travail de
inventaire des éléments du patrimoine maritime – transcription et d’interprétation ?
mais à un territoire spécifique, une zone de contact À cela s’ajoute un questionnement sur l’échelle de
entre la mer et la terre, afin que l’on puisse mesurer territoire pertinente pour ce type d’enquête. Peut-on,
l’interaction de deux milieux de vie et leurs en effet, être certain que l’unité territoriale choisie
conséquences sur le paysage, l’organisation du pour la mise en œuvre et la restitution des données
territoire, les typologies de l’habitat ou les pratiques est la mieux adaptée pour rendre compte de sujets
professionnelles et culturelles des habitants. thématiques tels que la pêche sur l’estran ou la vie
Il s’agissait, en fait, d’un véritable défi tant il est vrai des Terre-neuvas ?
qu’enquête ethnologique ou inventaire du On mesure à l’aune de ces interrogations le caractère
patrimoine culturel semblent relever d’approches, encore expérimental des recherches conduites en
de procédures et de calendriers antinomiques. dehors d’approches disciplinaires depuis longtemps
Afin de mieux cerner le sujet, le patrimoine éprouvées.
immatériel n’a été pris en compte que dans la D’autres expériences sont en cours en Bretagne.
mesure où il était relié au territoire par un élément Le laboratoire GEOMER de l’université de Bretagne
matériel : un site, un édifice ou un objet. Cependant, occidentale conduit actuellement une recherche-
des entretiens – dont les enregistrements sont action visant à évaluer le potentiel du patrimoine
déposés aux archives départementales mais n’ont maritime culturel du littoral breton. Elle inclut
pas encore fait l’objet d’un catalogage – complètent un inventaire des héritages matériels qui expriment
cette approche. Les témoignages s’expriment en un lien avec la mer. Pour le mener à bien, des champs
français mais aussi en breton ou en gallo. Ils portent supplémentaires ont été introduits dans la grille
sur des sujets tels que la toponymie, les vocabulaires d’analyse qui s’applique généralement aux enquêtes
spécifiques, l’influence de l’activité maritime sur le des services de l’Inventaire du patrimoine culturel,
bâti ou encore l’identité des gens de mer. en vue de renseigner sur le devenir et sur les enjeux
L’opération est mise en œuvre grâce à l’outil de de conservation de ce patrimoine et de permettre
production de données appelé communément l’analyse des dynamiques de patrimonialisation.
« dossier électronique d’inventaire » qui rend possible Engagé depuis 2005, ce programme est cependant
l’association dynamique d’éléments variés (textes, trop embryonnaire, puisqu’il n’a été testé que
images, cartographie, enregistrements sonores) sous sur quelques communes, pour faire l’objet d’une
1. http://archives.cotesdarmor.fr/ forme électronique. Elle couvre aujourd’hui près des véritable évaluation.
asp/dossiers.asp deux tiers du littoral des Côtes-d’Armor.
http://www4.culture.fr/patrimoines/ En dépit de son caractère séduisant, notamment
patrimoine_architectural_et_mobilier/ grâce à sa valorisation quasi immédiate par la mise
sribzh/operations.html en ligne des données tant sur le site du conseil
http://www4.culture.fr/patrimoines/ général des Côtes-d’Armor que sur celui du ministère
patrimoine_architectural_et_mobilier/ de la Culture et de la Communication1, son évaluation
sribzh/main.xsp pose plusieurs questions.

50 C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008


C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:15 Page 51

DOSSIER

Débats récents

Une convention et un concept


4e colloque international annuel
de l’Ename Center
26-28 mars 2008, Gand (Belgique)

C ette année encore, l’Ename Center organisait à Gand un


colloque international consacré au patrimoine et qui faisait
la part belle au patrimoine immatériel. Initiée dans un
Christian Hottin

Patrimoines ethnologique et immatériel


contexte académique, cette manifestation a eu l’immense mérite fication, leurs universités sont très présentes dans la réflexion sur
d’offrir un panorama des recherches sur le patrimoine immatériel le sujet, mais aussi impliquées dans l’action (comme en témoigne
qui rompt avec une approche littérale de la convention de l’Unesco. le rôle de l’université Laval de Québec, illustré par les recherches
Le thème, Between objects and ideas : re-thinking the role of the de l’IREPI1 et de son directeur Laurier Turgeon, qui participait au
intangible heritage, témoignait du reste de cette volonté d’étudier colloque). Au Royaume-Uni, comme l’ont montré Emma Waterton
moins la mise en œuvre de la convention que les conséquences de et Laurajane Smith, l’État comme les politiques locales ne se
l’apparition au plan international d’une nouvelle catégorie de poli- préoccupent guère de la convention et le PCI pourrait se résumer
tique publique culturelle, et plus particulièrement les transforma- à la formule célèbre making much ado about nothing. Cela n’em-
tions des politiques patrimoniales. Ainsi, une large place était pêche pas la poursuite de recherches dynamiques, telles celles
réservée au patrimoine immatériel dans les sites, les monuments, présentées par Michele Stefano sur les traditions vivantes de la
ou encore les musées. région de Newcastle.
Concernant les liens entre patrimoine matériel et patrimoine imma-
tériel, on retiendra notamment l’attention portée au sort des édifices
de culte dans un contexte d’abandon des pratiques religieuses : est
ainsi posée la question – sans doute appelée à devenir cruciale
dans les années à venir – du caractère patrimonial des religions en

Recherche et métiers de la culture


voie de désaffection massive et de la mémoire qui s’attache aux
églises qui furent le lieu de ces rites. Les communications présen-
tées par Henrik Lindbland, de l’Eglise de Suède, ou encore par
Zsuzsanna Böröcz, rejoignent les réflexions développées dans le
contexte nord-américain par Luc Noppen (UQAM). Une autre piste
de recherche, liant patrimoine matériel et immatériel, a été proposée
par Ondina Taut (VUB) avec l’analyse des conséquences induites
par un phénomène immatériel, l’évocation de Dracula, sur la
gestion et l’appréciation financière d’un bien matériel, en l’occur-
rence le château de Bran en Transylvanie : la spéculation immo-
bilière née de l’association entre un lieu historique et une icône
universelle de la littérature et du cinéma d’épouvante a contribué
à faire de ce château roumain la troisième demeure privée la plus
chère au monde.
Fait suffisamment rare pour qu’il soit signalé, la manifestation
associait approches théoriques et pratiques, puisque des stages
DR

d’initiation à la manipulation des marionnettes ou à la musique afri-


Le château de Bran, en Roumanie, est associé au
caine étaient proposés aux participants.
Débats récents

personnage de Dracula.
L’ampleur de cette manifestation ne permet pas d’en faire ici un
compte rendu exhaustif. Les actes seront prochainement publiés par
Comme les années précédentes, nombreux étaient les interve- l’Ename Center (http://www.enamecenter.org).
nants venant d’administrations culturelles ou de centres de
recherche de pays anglo-saxons n’ayant pas ratifié la convention.
Le paradoxe mérite d’être souligné : si ni le Canada, ni le Royaume- 1. Inventaire des ressources ethnologiques du patrimoine immatériel :
Uni, ni les États-Unis ne s’inscrivent dans une démarche de rati- http://www.ethnologie.chaire.ulaval.ca

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DOSSIER

>>>>>>>>>>> La place des communautés dans les politiques du PCI


28-30 janvier 2008, Maison des cultures du monde, Vitré

Tenues à intervalles réguliers et à un rythme soutenu, les répondaient aux questions posées par les représentants
sessions du comité intergouvernemental pour la de l’Unesco, du ministère de la Culture, et d’un groupe de
sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (PCI) travail mis en place par le comité intergouvernemental
rassemblent trente États parties pour la rédaction et la (présidé par le chef de la délégation du Sénégal, il se
validation de directives opérationnelles concrètes afin de compose de représentants de la Belgique, de la
mettre en œuvre la convention de 2003, texte de portée Roumanie, du Pérou, de l’Algérie). Les experts devaient
générale, aux contours nécessairement abstraits. À Alger, proposer des solutions concrètes en vue de l’implication
comme à Chengdu, Tokyo ou Sofia, chaque réunion des communautés, groupes ou individus dans la mise en
suppose un travail d’harmonisation des points de vue œuvre de la convention. Les thèmes proposés
issus de pays appartenant à des aires culturelles concernaient, notamment, la sensibilisation aux objectifs
différentes. de la convention, la collecte des informations, la
réalisation des inventaires, la constitution des dossiers de
candidatures, la transmission des pratiques, ainsi que la
coopération intercontinentale (en particulier l’échange
des sources documentaires anciennes) et régionale (à
travers la création de centres régionaux d’animation en
faveur du patrimoine immatériel, à l’image du CRESPIAL,
basé au Pérou mais actif dans plusieurs pays d’Amérique
latine).
Les conclusions des débats avec les experts ont servi de
socle à la rédaction de la directive opérationnelle de
l’Unesco relative à l’implication des communautés
Arménie. Benik Abovian et
(adoptée par le comité intergouvernemental à Sofia
Zaven Azibekian, musiciens
en février 2008). Cette directive indique notamment
traditionnels du Tavush, duo de
que les États parties sont encouragés à créer un
hautbois zurna.
organisme consultatif ou un mécanisme de
© M.-N. Robert/ Festival de L'imaginaire 2002, MCM

coordination qui facilitera la participation des


© Françoise Gründ/Maison des Cultures du Monde.

communautés dans la mise en œuvre de la convention.


Il leur est également conseillé de tenir à jour un
répertoire des centres d’expertise ou de recherche actifs
dans le domaine du patrimoine immatériel. Il est en
outre demandé aux États de faciliter l’accès des
membres des communautés aux résultats des
recherches scientifiques concernant leur PCI et, au
niveau international, « les États parties qui détiennent
de la documentation sur un élément du patrimoine
culturel immatériel présent sur le territoire d’un autre
État partie sont encouragés à la partager avec cet autre
Estonie. Chants de mariage des femmes État qui mettra cette information à la disposition des
du pays Setu. communautés, des groupes, et le cas échéant des
individus concernés ainsi que des experts, des centres
d’expertises et des instituts de recherche ».
L’Unesco et les États parties organisent aussi des Enfin, « les États parties sont encouragés à participer aux
réunions portant sur des thèmes précis et rassemblant activités relevant de la coopération régionale y compris
des experts venus de plusieurs pays. Ce fut le cas en à celle des centres de catégorie 2 pour le patrimoine
mai 2007, avec le séminaire mis en place par l’Estonie sur culturel immatériel qui sont ou seront créés sous les
la réalisation des inventaires du PCI. C’était également la auspices de l’Unesco […] ». Il sera également possible,
configuration de la réunion tenue du 28 au 30 janvier « dans la limite des ressources disponibles » que le comité
2008 à Vitré, coorganisée par l’Unesco et le ministère de invite des membres de communautés à prendre part à
la Culture (DAPA / Mission ethnologie et DDAI), avec le ses réunions.
concours de la Maison des cultures du monde qui a Avant d’entrer officiellement en vigueur, cette directive
accueilli les participants dans son nouveau centre de doit encore être approuvée par l’assemblée générale des
documentation. États parties qui se tiendra à Paris en juin 2008.
Des experts venus des cinq continents (Guadeloupe, Christian Hottin
Cameroun, Belgique, Philippines, Japon, Roumanie, Syrie)

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DOSSIER

>>>>>>>>>>> Le patrimoine culturel immatériel de l'Europe :

Une convention et un concept


inventer son inventaire
30 novembre 2007, Institut national du patrimoine, Paris

Organisée par l’Institut national du patrimoine (INP), en La France met actuellement en place sa propre politique
collaboration avec la Mission ethnologie du ministère de de réalisation d’inventaires du PCI. Dans ce contexte
la Culture et de la Communication, cette journée d’études nouveau, il importait de faire connaître au public
s’inscrivait dans le cadre des Rencontres européennes du scientifique et professionnel l’état des pratiques dans les
patrimoine de l’INP, qui réunissent universitaires et autres pays. Les inventaires sont en effet le reflet de la
professionnels du patrimoine pour débattre des enjeux sédimentation des pratiques culturelles et scientifiques
de la conservation et de la restauration du patrimoine à des pays qui les mettent en œuvre. Il importait en outre,
l’échelle européenne. Les spécialistes européens alors que l’idée d’un inventaire de pratiques
(universitaires, membres d’institutions culturelles) immatérielles avait pu choquer certains représentants de

Patrimoines ethnologique et immatériel


présents lors de cette journée sur le patrimoine la communauté anthropologique, de montrer que cette
immatériel ont abordé le thème des inventaires, en pratique était plus ancienne qu’on ne le pensait, y
confrontant différentes méthodes de travail. Tout au long compris dans notre pays, et que si elle soulevait des
de l’année 2007, d’autres rencontres avaient été questions méthodologiques et épistémologiques
organisées en Europe au nombre desquelles figure en indéniables, elle n’était en aucun cas inconcevable.
bonne place le séminaire tenu à Tallinn (Estonie) en mai, Les communications et les discussions ont traité de ces
qui réunissait principalement des représentants des pays questions de méthode. Quelle doit être la démarche
d’Europe centrale et orientale. globale (faut-il un ou plusieurs inventaires ? Faut-il
Un an après l’entrée en vigueur de la convention, et alors privilégier une approche top-down ou au contraire
que les inventaires font partie des obligations incombant bottom-up ? Quelle doit être la grille d’inventaire ?
aux États qui l’on ratifiée, il n’était guère surprenant que Comment mettre en œuvre le principe d’implication des
les organisations en charge du patrimoine dans les pays communautés ? Enfin, à partir d’exemples notamment
concernés portent dans un premier temps leur attention français ou canadiens, ont été explorées les voies, sans
sur ce sujet. Étaient invités des chercheurs et membres doute promises à un bel avenir, de démarches
d’institutions de Bulgarie, de Roumanie, du Québec, de d’inventaires mêlant patrimoine matériel et immatériel.
Norvège et de Belgique qui ont échangé leurs points de La manifestation a été suivie par un public nombreux et
vue avec des chercheurs universitaires ou institutionnels assidu. Les actes de cette journée sont en ligne sur le site
français. de l’INP (http://www.inp.fr).

Recherche et métiers de la culture


Sylvie Grenet et Christian Hottin

>>>>>>>>>>> 5e journée du patrimoine culturel immatériel


26 mars 2008, Maison des cultures du monde, Paris
Pour la cinquième fois, la Commission nationale française artisanale » comme élément du PCI au Japon, et le projet
pour l’Unesco, en collaboration avec la Maison des du Centre culturel Asie-Pacifique pour l’Unesco (ACCU),
cultures du monde, a organisé une « journée du dont le but est d’associer les communautés à la
patrimoine culturel immatériel ». Alors que les valorisation de leur PCI.
précédentes manifestations avaient porté, entre autres, En dépit des différences nationales pouvant exister,
sur le patrimoine culturel immatériel en France l’ensemble des interventions a fait ressortir l’antériorité
métropolitaine ou dans les départements et territoires de la prise en compte du patrimoine immatériel dans les
d’outre-mer, afin de mieux faire connaître cette notion politiques culturelles des pays d’Extrême-Orient, mais
dans notre pays, il s’agissait cette année d’approfondir le aussi et peut-être surtout l’existence d’une approche
débat en donnant à voir le traitement accordé au PCI globalisante, holistique, du fait patrimonial qui mêle
dans une des aires culturelles du monde qui est à indissolublement matériel et immatériel.
Débats récents

l’origine du concept : l’Extrême-Orient. Les actes de cette journée seront publiés par la Maison
Cette journée très riche a permis de présenter trois des cultures du monde dans le courant de l’année 2008
systèmes, déjà anciens, d’inscription du patrimoine (avec le soutien du ministère de la Culture et de la
immatériel sur des listes représentatives et/ou de Communication / DAPA).
sauvegarde : ceux de la Chine, de la Corée et du Japon. Sylvie Grenet et Christian Hottin
Ont été évoqués notamment la notion de « technique

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DOSSIER

Le festival international Jean Rouch


27 e bilan du film ethnographique
15-23 mars 2008, musée de l’Homme, Paris

L e bilan du film ethnographique offre tous les ans à son


public un large panorama de la production documentaire
touchant l’ethnographie, et est à ce titre un bon indicateur
des tendances les plus récentes de la recherche et de la création en
anthropologie visuelle, qu’il s’agisse des travaux des réalisateurs
Christian Hottin

et Zorica Vitez (Croatie, 2007), montrant la revitalisation d’une


procession de la Pentecôte en Slavonie, ou encore L’avenir du
français ou étrangers. L’énoncé des thèmes regroupant les différents banco, maçons et maisons à Djenné (film de Susan Vogel, USA,
films donne une première idée de ces larges orientations : « deve- 2007). Dans ce dernier travail, en particulier, les liens entre maté-
nirs collectifs », « marges », « vibrations », « après la mort », « iden- riel et immatériel étaient remarquablement mis en évidence puisque,
tités – traditions – folklores », « le troisième sexe ? », « parcours de si la mosquée de Djenné fait partie du patrimoine mondial de
croyances », « pluies », « ethnofictions », « destins » et pour finir « les l’Unesco, elle est tout autant le lieu de pratiques non seulement reli-
travaux et les jours ». gieuses mais aussi communautaires : chaque année, tous les quar-
Si certaines séances, telles que « marges » ou « le troisième sexe » abor- tiers de la ville rivalisent d’habileté et de rapidité pour recrépir en
daient des sujets relevant des questions de société (on pense par un seul jour le monument, se livrant une compétition qui manifeste,
exemple au film slovaque de Daniéla Rusnokova distingué pour le prix par-delà les luttes intracitadines, l’attachement de toute une cité à
Mario Ruspoli, décerné par le ministère de la Culture / Direction du son principal et symbolique monument. Avec Visages d’une déesse
livre et de la lecture : O Soni e jej Rodine, portrait intime et poignant vénézuélienne, de Roger Canals (Espagne, 2007), et à travers la
des difficultés quotidiennes d’une famille tzigane en Europe centrale), description des multiples avatars contemporains en voie de patri-
de la sociologie ou des gender studies plus que de l’ethnologie, bien monialisation de la déesse Maria Lionsa, c’est toute la probléma-
d’autres proposaient des films qui, à partir des méthodes d’investi- tique de la permanente réinvention et réinterprétation des rites et
gations et des concepts de l’ethnologie, donnaient à voir et à pratiques qui était posée.
comprendre des phénomènes relevant du patrimoine culturel imma- Rares étaient les films dont le terrain s’ancrait dans l’ethnologie du
tériel tel que le conçoit l’Unesco. Ainsi, la fabrication d’un balafon domaine français. Un pourtant, Ouvrier de Tamaris, retient l’atten-
(M’bi balân blana, film de Julie Courel, France, 2007), filmée avec une
rigueur ascétique, ne cache pour autant rien du caractère sacré et
transcendant de l’acte de création que constitue cette réalisation en
apparence toute matérielle : en atteste le sacrifice final d’un animal,
sensé opérer la consécration de l’instrument. Ce film a reçu le prix
Bartok de la société française d’ethnomusicologie. Aucun film ne
montrait aussi bien que Vjesh / Canto (film de Rossella Schillaci,
Italie, 2007) le caractère structurant pour une identité collective – en
l’espèce celle de villages de tradition albanophone du sud de la
péninsule – que peuvent avoir les musiques traditionnelles trans-
mises de générations en générations dans des groupes vocaux exclu-
sivement féminins. Remarquable à plus d’un titre, ce film a reçu le
prix Nanook – Jean Rouch, décerné par CNRS Images.
Les rites liés à la mort, qu’il s’agisse de l’immersion dans la période
© Julie Courel

de deuil suivant celle d’un chef coutumier animiste en Éthiopie (Le


roi ne meurt jamais, film d’Élise Demeulenaere et Pierre Lamarque,
France, 2007) ou de l’approche critique qu’en fait un ethnologue
adopté par une famille de Papouasie-Nouvelle-Guinée (Ngat is M’bi balân blana, un film de Julie Courel, 2007 :

dead : Studying mortuary traditions, film de Christian Suhr et Ton fabrication traditionnelle d’un balafon (Burkina Faso).

Otto, Danemark, 2007) s’inscrivent également pleinement dans


cette perspective. Ces deux films ont reçu respectivement le prix tion : avec la même rigueur descriptive que celle mise en œuvre par
Fatumi, donné par la Société française d’anthropologie visuelle et Julie Courel pour montrer la fabrication d’un balafon, Gilles Remillet
récompensant un premier film, et le prix du patrimoine culturel retrace les étapes de la naissance, dans une fonderie cévenole,
immatériel, décerné par le ministère de la Culture / Direction de d’un étrier, colossale pièce d’acier entrant dans la constitution des
l’architecture et du patrimoine. laminoirs. Presque dépourvu de commentaires, le film constitue
Nombreuses étaient en outre les œuvres qui, sans se soustraire à cependant une réussite, tant du point de vue de la description des
la critique, recelaient des informations intéressantes sur les pratiques savoir-faire qu’en raison de la qualité documentaire de son apport
traditionnelles : signalons par exemple The Queens, de Nana Sojlev à la recherche sur le patrimoine industriel.

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C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:15 Page 55

À LIRE

Archéologie Cet ouvrage fait la synthèse de plus d’un


demi-siècle d’intérêt des archivistes pour les
Mottes castrales en Provence archives privées, qui s’est traduit par une
Les origines de la fortification privée politique nationale de recensement, de
au Moyen Âge collecte, de préservation et de mise en valeur.
Daniel Mouton
Initialement restreinte aux archives
Coll. Documents d’archéologie française,
personnelles et familiales et aux papiers
n° 102
d’érudits, la notion d’archives privées a été
Paris : Éditions de la MSH, 2008. 256 p.,
progressivement élargie aux archives
36 € jusqu’au 31/08/08 puis 40 €
économiques et financières, aux archives de
Diffusion : LCDPU
presse, des hommes et des partis politiques,
Deux décennies de recherches ont apporté des
puis des architectes, des syndicats, des
éléments nouveaux sur le phénomène castral
associations, etc.
en Provence, qui s’est développé de la fin du des exorcismes effectués par les prêtres
Xe au début du XIIIe siècle. Plus de 60 sites sont catholiques, la figure du Diable est bien
Conservation et valorisation du
déjà répertoriés. Cette présente aujourd’hui en Europe. Si la publicité
patrimoine des organismes de
étude en montre les use et abuse d’une image d’un Diable plus
recherche
évolutions, de la comique que dangereux, dans d’autres
Christine Cazenave et Françoise Girard
simple maison perchée contextes ses représentations jouent toujours
coord.
à la forteresse, et un rôle maléfique.
Coll. Intégrations
s’intéresse à Sommaire, résumés : http://terrain.revues.org
Publications de l’Université de Saint-
l’occupation des
Etienne, 2008. 224 p., 30 €
terroirs qui se sont Des hommes de devoir
Actes de la 3e formation des réseaux de la
organisés autour du Les compagnons du tour de France
documentation du CNRS (FReDoc 2006). Les
castrum. L’auteur est (XVIIIe-XIXe siècles)
archivistes des grands organismes de
docteur en archéologie Nicolas Adell-Gombert
recherche rappellent les règles d’archivage en
médiévale, chercheur Coll. Ethnologie de la France
vue de meilleures pratiques. En annexe, le
associé au Laboratoire d’archéologie Paris : Éd. de la MSH, 2008. 250 p., 22 €
Guide de l’archivage du CNRS et les
médiévale (UMR 6572 CNRS/Université de Belle ouvrage, Tour de France, secret…
instructions de la direction des Archives de
Provence). l’imaginaire du compagnonnage tient dans
France, à l’intention des unités de recherche.
Présentation, commande : http://www.editions- quelques pratiques et symboles. À partir
Avant-propos de Martine de Boisdeffre,
msh.fr/collections/?collection_id=38 d’enquêtes de terrain, de dépouillements
directrice des Archives de France.
d’archives et de récits de vie, l’auteur montre
Table des matières : http://portail.univ-st-
Constructions de l’archéologie etienne.fr/60961010/0/fiche_01__pagelibre/
les voies empruntées pour que se nouent
Archéopages, hors série, février 2008. identité de métier, identité de compagnon et
Paris : Inrap, 2008. 135 p., 20 € identité d’homme viril. En ethnologue et en
Diffusion : La Documentation française historien, il interroge ces façons anciennes de
Un numéro spécial de la revue de l’Institut
Conservation-Restauration faire et d’être, cette identité compagnonnique.
national de recherches archéologiques Les œuvres en mouvement Résumé, sommaire : http://terrain.revues.org/
préventives publié en hommage à Jean-Paul Coré, n° 19, décembre 2007 sommaire9553.html
Demoule : des contributions sur l’histoire de Paris : SFIIC / Errance, 2007. 64 p. 12 €
l’archéologie, des Diffusion : Epona
textes de réflexion Premier volet d’un dossier sur la conservation- Musées
sur l’organisation restauration des œuvres en mouvement,
La place des publics
de la discipline, des consacré à l’art cinétique. Montrer une œuvre
De l’usage des études et recherches
articles scientifiques cinétique au public est souvent incompatible
par les musées
mettant en valeur avec sa sauvegarde à long terme. Quelles
J. Eidelman, M. Roustan, B. Goldstein dir.
les apports de solutions, quels compromis adoptés ? À partir
Coll. Musées-Mondes
l’archéologie d’exemples spécifiques, les auteurs (historiens
Paris : La Documentation française, 2007.
préventive à la de l’art, conservateurs de musées,
334 p., 29 €
connaissance du restaurateurs) proposent des éléments de
Un livre issu des journées d’études des 1er et
passé. réponse. Aussi dans ce numéro : trois
2 juin 2006 organisées par le ministère de la
Sommaire : techniques de restauration et un portrait de
Culture et de la Communication (Direction
http://www.inrap.fr (rubrique Découvrir > Quatremère de Quincy.
des musées de France) et le Centre de
Publications) Sommaire :
recherche sur les liens sociaux (Cerlis - Univ.
http://www.sfiic.fr/core/core19_somm.htm.
Paris-Descartes / CNRS). Cinq chapitres
analysent, à partir d’études de cas, les enjeux,
Archives les savoirs et les actions qui déterminent la
Les archives privées. Manuel pratique
Ethnologie politique des publics du musée
et juridique Le Diable d’aujourd’hui : Capitaliser les études de
Chr. de Joux, P. Even, M. Lacousse, Terrain, n° 50, mars 2008. publics - Tourisme culturel : villes,
M.-F. Limont-Bonnet, Chr. Nougaret et Paris : Éditions de la MSH, 2008. 184 p., monuments, musées - Les publics jeunes - Les
C. Sibille. 16 € études de réception : outils de stratégie
Paris : Ministère de la Culture et de la De la panique sataniste qui a touché les USA et culturelle - Les « muséologies participatives ».
Communication / Direction des Archives la Grande-Bretagne dans les années 1990 à Une bibliographie des études et recherches
de France - La Documentation française, l’omniprésence du Diable dans le discours des (2000-2005) sur les publics des musées et
2008. 204 p., 22 € églises évangéliques, en passant par le regain monuments conclut l’ouvrage.

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C&R116_dossier_BAT:C&R dossier 3/06/08 18:15 Page 56

À LIRE

Dictionnaire de la danse (nouvelle édition)


Philippe Le Moal dir.
Coll. Grands culturels
Paris : Larousse, 2008. 864 p., 49,90 €
Socioéconomie
Un dictionnaire de référence qui rend compte de la diversité de de la culture
l’aventure chorégraphique en Occident de la Renaissance à nos jours, La gratuité des musées et des
tant du point de vue historique qu’esthétique. 4 000 articles sur la monuments : qu’en pensent les
danse baroque, classique, contemporaine, jazz... et sur la dimension publics en France ?
cinématographique de la danse. Trois parties : le monde de la danse A. Gombault, C. Urbain, D. Bourgeon-
(chorégraphes, interprètes, compositeurs, décorateurs, pédagogues, Renault, M. Le Gall-Ely, Ch. Petr
institutions et compagnies…) ; les œuvres chorégraphiques ; les mots Culture études, 2008-1. 12 p.
de la danse (concepts esthétiques, styles, notations…). Synthèse des résultats d’une recherche
Philippe Le Moal est chercheur, professeur d’histoire de la danse, et financée par le ministère de la Culture (DDAI
coordinateur de l’inspection de la danse au ministère de la Culture. / Département des études, de la prospective et
http://www.editions-larousse.fr
des statistiques) et récemment publiée à
La Documentation française. Cette recherche
qualitative permet de mieux comprendre
de la Loire, ont
Patrimoine été étudiés en
comment les publics se représentent la
gratuité dans les musées et les monuments et
Le temps en question. Méthodes de vue d’une mise quel usage ils pensent en faire, qu’il s’agisse de
datation et approche chronologique en valeur et visiteurs habituels, occasionnels ou de non-
In Situ, n° 9, avril 2008 d’une visiteurs.
Paris : ministère de la Culture et de la protection MH En ligne : http://www2.culture.gouv.fr/
Communication/DAPA, 2008. des ouvrages deps/pdf/etudes/CE_2008-1_gratuite.pdf
Un aspect fondamental de la recherche sur le les plus
patrimoine est traité dans ce numéro de la remarquables.
revue électronique éditée par la Direction de Un livre très Directeur de la publication : Jean-François Hébert,
directeur de cabinet de la ministre de la culture
l’architecture et du patrimoine : dater un illustré pour
et de la communication
objet, une architecture, c’est leur restituer une découvrir ce
Rédacteur en chef : Christophe Dessaux,
temporalité, leur assigner une place dans la patrimoine méconnu et l’importance des chef de la mission de la recherche et
chronologie des artefacts du passé. C’est canaux comme vecteurs économiques et de la technologie, délégation au développement
amorcer un processus complexe de commerciaux, initiateurs d’innovations et aux affaires internationales.
re-connaissance à l’issue duquel pourra techniques et créateurs de paysage.
COMITÉ ÉDITORIAL
progresser la compréhension des hommes, de Présentation : http://www.lieuxdits.fr/ Michel Alessio (délégation générale à la langue
la société, de la civilisation qui les ont française et aux langues de France),
produits. Des articles sur l’archéologie, Vallée du Lot. Jean-François Chaintreau (adjoint du délégué au
développement et aux affaires internationales),
l’architecture, les objets de toutes périodes Confluences en Lot-et-Garonne
Thierry Claerr (direction du livre et de la lecture),
s’intéressent tant aux méthodes de datation E. Cron et J.-F. Sibers dir., B. Chabot et Thierry Giacomino (direction de la musique,
(absolue ou relative) qu’à l’établissement de M. Dubau photogr. de la danse, du théâtre et des spectacles),
chronologies (sur un site ou pour une Coll. Cahiers du patrimoine, n° 85 Pauline Moirez (direction des archives de France),
Bison sculpté magdalénien du Roc-aux-Sorciers (Vienne).

Pascal Guernier (délégation aux arts plastiques),


Bordeaux, Éditions Le Festin, 2007.
Sylvie Grange (direction des musées de France),
334 p. 30 € Gilbert Labelle (délégation au développement et
Synthèse des campagnes de prospection aux affaires internationales),
archéologique et d’inventaire topographique, Anne Laporte (direction de l’architecture et
du patrimoine),
l’ouvrage retrace, à l’aide d’une
Philippe Chantepie (chef du département des
documentation inédite, les grandes étapes de études, de la prospective et des statistiques/DDAI),
l’évolution de la vallée du Lot et de ses abords, Christiane Naffah (C2RMF),
de la Préhistoire au XXe s. Une invitation à Olivier Bouilland (département de l’information et
de la communication),
explorer un patrimoine aquitain méconnu,
Pascal Liévaux (direction de l’architecture et
mais aussi une histoire des arts, des mentalités du patrimoine).
et des sensibilités culturelles. Secrétariat de rédaction : Dominique Jourdy,
délégation au développement et aux affaires
Riom. Une ville à l’œuvre internationales < [email protected]>
typologie) : datation au Carbone 14, analyse Enquête sur un centre ancien, Réalisation : Marie-Christine Gaffory/Callipage
critique de techniques et de matériaux, XIIIe-XXe siècle < [email protected] >
modélisation de l’évolution d’un site, D. Frasson-Cochet et M.-B. Potte dir., Imprimeur : Corlet ZI route de Vire BP 86,
14110 Condé-sur-Noireau
référentiels typo-chronologiques... B. Renaud
En ligne : Coll. Cahiers du patrimoine, n° 86 ISSN papier : 0765-5991
N° commission paritaire : 0608 B 05120
http://www.revue.inventaire.culture.gouv.fr Lyon, Éditions Lieux Dits, 2007. 191 p. ISSN en ligne : 1950-6295
35 €
Entre fleuves et rivières. Riom a été capitale administrative et judiciaire
Les canaux du Centre de l’Auvergne de 1212 à 1557. Si son paysage Ministère de la culture et
Coll. Images du patrimoine, n° 245 urbain lui vaut d’être comparée à un décor de de la communication
V. Mauret-Cribellier. Photogr. R. Malnoury théâtre, « l’envers du décor » révèle les traces Délégation au développement
et M. Hermanowicz de son histoire (dont quelques curieux et aux affaires internationales
Lyon : Éditions Lieux Dits, 2008. 104 p. vestiges conservés dans les caves et greniers). Mission de la recherche et de la technologie
25 € Leur inventaire a permis de retracer le 182, rue Saint-Honoré • 75033 Paris cedex 01
Entre 1994 et 2004, 800 km d’un réseau de développement de l’architecture et de Tél. : 01 40 15 80 45 • Mél : [email protected]
six voies d’eau navigables, au cœur du bassin l’urbanisme riomois.

56 C U LT U R E E T R E C H E R C H E n° 116 - 117 • printemps- été 2008

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