CHAPITRE IV : PROCESSUS/PROCEDES DE
TRAITEMENT ET DE VALORISATION DES DECHETS
Introduction
La protection de l'environnement devient de plus en plus une préoccupation collective. La question des
déchets est quotidienne et touche chaque être humain tant sur le plan professionnel que familial. En qualité de
consommateur, producteur, usager du ramassage des ordures et trieur de déchets recyclables, citoyen ou contribuable,
chacun peut et doit être acteur d'une meilleure gestion des déchets. Dans une vision intégrée de développement
durable, la problématique des déchets ne peut pas être traitée comme un objet isolé, ni même se limiter aux seuls
aspects de valorisation et d'élimination. Elle doit être placée dans une perspective holistique de gestion des risques et
des ressources, qui couvre tout le cycle de vie du déchet, depuis sa génération jusqu'au traitement ultime. Elle anticipe
le déchet dès le stade projet, inclut les stratégies de réduction à la source, de valorisation et d'élimination et vise à la
maîtrise des flux tout au long du procédé aboutissant au déchet.
I- Les différentes filières de traitement de déchets
Ces filières visent les objectifs suivants :
Valorisation énergétique ;
Valorisation de matières premières organiques et minérales ;
Valorisation de matériaux ;
Valorisation en agriculture et en élevage ;
Valorisation en techniques de l’environnement ;
Elimination.
Ainsi, les technologies mises en œuvre pour atteindre ces objectifs mobilisent toutes les sciences de l’ingénieur en
les adaptant à la spécificité du matériau déchet. Ce sont ces transferts de technologie qui font toute la particularité des
filières de traitement.
II- Procédés de traitement des déchets
II-1- Le traitement thermique
Le traitement thermique des déchets et effluents industriels repose sur différents processus de transformation
thermochimique de la matière et de l’énergie. Ces processus mettent en œuvre des transferts de masse et de chaleur,
associés à la réactivité de la matière à traiter dans les différents environnements réactionnels créés soit pour
l’oxydation, la pyrolyse ou la gazéification de leur fraction organique, soit pour la fusion des résidus minéraux
formés.
Ces processus thermochimiques sont mis en œuvre dans des procédés et équipements visant à l’élimination et/ou
la valorisation matière/énergie des déchets.
Propriétés Physiques des Déchets
La classification selon l’état matière vise à identifier l’état physique du déchet, indispensable au
dimensionnement des dispositifs de manutention du déchet, ainsi qu’au choix des équipements de traitement de ce
déchet. Les déchets industriels se présentent en général sous forme de mélanges hétérogènes complexes, dans divers
états physiques (solide, liquide, gazeux). En général, on considère comme solide un déchet pelletable et comme
liquide, un déchet pompable (liquide, suspension, boue, pâte...).
Propriétés Thermochimiques
Les déchets peuvent subir des opérations de transformation thermochimique, soit de décomposition thermique
(craquage, pyrolyse), soit de transformation réactionnelle (combustion, gazéification, reformage...). Ces
transformations sont associées à une variation de l’enthalpie standard du système ∆Ho, positive (transformation
endothermique) ou négative (réaction exothermique).
17
La variation d’enthalpie accompagnant la transformation est déterminée à partir de la différence entre l’enthalpie
standard de formation des produits de la réaction et celles des réactifs :
Modifications des Caractéristiques Par Prétraitement
L’état physique des déchets et leurs caractéristiques thermochimiques effectives peuvent être modifiés ou adaptés
par des opérations de préparation préalable du déchet selon sa forme initiale, par :
- Criblage/séparation ; Déchiquetage/broyage ; Homogénéisation/mélange ; Déshydratation mécanique/thermique ;
Mise en forme, pelletisation.
II-1-1- Processus d’oxydation des déchets
La destruction thermique d’un effluent ou d’un déchet peut être obtenue par des réactions d’oxydation entre la
matière (gazeuse, liquide ou solide) du déchet et un agent oxydant. Si les réactions d’oxydation ont lieu dans un
thermophore gazeux, l’agent oxydant étant l’air, l’oxygène ou des oxydes métalliques solides, en général à la pression
atmosphérique, c’est-à-dire l’eau incluse ou formée étant vaporisée, on parle alors de combustion ou d’incinération.
Si les réactions d’oxydation ont lieu dans un thermophore liquide, sous pression, c’est-à-dire sans départ
d’eau, l’agent oxydant étant de l’oxygène, de l’air, de l’ozone dissous ou du peroxyde d’hydrogène, on parle
d’oxydation en voie humide.
Figure 1 : Schéma de Principe d’un four de Combustion de déchets
II-1-1-1- Processus de combustion a l’air : Incinération
Au cours du Processus d’Incinération, le gaz comburant est l’Air. Les réactions de combustion nécessitent en
général, pour être complètes, un excès d’air par rapport à la demande stœchiométrique en oxygène et ce,
particulièrement pour les solides. Les produits de combustion gazeux (fumées) ou solides (mâchefers, cendres) sont
alors incombustibles si les réactions d’oxydation ont été complètes. Les produits gazeux de combustion sont alors
CO2, H2O, N2, SO2.
Les déchets liquides, doivent être brûlés après leur mise en forme préalable sous forme d’une dispersion
gaz/liquide réalisée par pulvérisation. Cela permet d’améliorer la vitesse globale de combustion par accroissement de
la surface spécifique de contact liquide/air (gaz comburant).
II-1-1-2- Processus d’oxycombustion
Lorsque le gaz comburant n’est plus l’air, mais de l’oxygène et/ou de l’air enrichi on parle d’oxycombustion. La
suppression ou la diminution de l’azote du gaz comburant permet la diminution du volume spécifique des fumées
générées par la combustion d’un déchet. Pour des déchets à fort pouvoir calorifique, les températures des fumées en
oxycombustion peuvent être très élevées (1400- 1800 oC), températures permettant la destruction complète et rapide
de composés récalcitrants, mais également compatibles avec un processus de fusion simultané des fractions minérales
du déchet.
18
II-1-1-3- Processus d’Oxydation Haute Température par Plasma
Ici, l’oxydation des déchets a lieu avec un apport externe d’énergie calorifique, celle-ci étant fournie à l’enceinte
de traitement par une torche à plasma (plasma d’arc non transféré), fonctionnant en alimentation électrique de
puissance et permettant d’atteindre des températures très élevées (> 4000 oC). Le générateur de plasma peut
fonctionner avec des gaz oxydants comme l’air, ou bien celui-ci est introduit séparément, permettant le maintien d’une
atmosphère oxydante dans l’enceinte de traitement.
L’utilisation de plasma est adaptée au traitement de déchets récalcitrants, par exemple organochlorés, à faibles
pouvoirs calorifiques et/ou à teneurs en fraction minérale élevées, d’où la haute température imposée par le plasma et
sa réactivité.
II-1-1-4- Processus d’oxydation par des oxydes métalliques
La combustion d’un composé gazeux ou d’une vapeur organique, peut être réalisée par utilisation d’oxydes
métalliques finement divisés, agissant en donneurs d’oxygène pour l’oxydation du composé. L’oxyde métallique est
alors réduit, et le composé oxydé dans une première enceinte suivant une réaction thermochimique, en général
endothermique.
II-1-1-5- Processus d’Oxydation en Voie Humide (OVH)
Ce processus vise à l’oxydation de la fraction organique d’un effluent aqueux ou d’une suspension, sans
élimination préalable de l’eau, par mise en contact, au sein d’un réacteur, avec un agent oxydant (air, oxygène,
peroxyde d’hydrogène), dans des conditions de pression et de température permettant non seulement des cinétiques
acceptables de dégradation de cette fraction organique en CO2 et H2O, mais aussi l’absence de vaporisation de l’eau.
C’est un processus éminemment coûteux en énergie.
Figure 2 : Schéma de Principe des Procédés OVH
II-1-2- Processus de pyrolyse des déchets
Lorsque la teneur en O2 est <1%, l’atmosphère extérieure du déchet, en défaut d’oxygène, devient réductrice.
Alors, un processus de chauffage imposé (convection ou rayonnement) entraîne le séchage du déchet, puis la «
distillation » de ses matières volatiles, jusqu’à transformation de la matière en carbone fixe, l’absence d’oxygène ne
permettant plus la combustion des produits de la réaction de décomposition. On parle alors de pyrolyse du déchet.
C’est donc une décomposition endothermique du déchet en atmosphère réductrice qui se limite à la destruction
thermochimique du déchet, sans dégagement de chaleur susceptible d’entretenir la réaction. Au cours du Processus de
Pyrolyse on obtient comme produit le Coke de Pyrolyse ou un gaz de Pyrolyse respectivement en basse température-
faible vitesse de chauffe et haute température- forte vitesse de chauffe.
II-1-3- Processus de Solvolyse des déchets
La décomposition d’un déchet peut être obtenue par immersion dans un solvant ; on parle alors de solvolyse.
Elle permet, par exemple, des processus de dépolymérisation des composés plastiques, de dévulcanisation (séparation
soufre - caoutchouc) des latex, etc. Le solvant assure alors le rôle d’agent de transfert de chaîne et de solvant des produits
obtenus. Les composés cellulosiques sont solvolysés à température ambiante, dans des solutions aqueuses contenant
des acides minéraux concentrés (HCl, HNO3, H3PO4 ...) ou des bases fortes (LiOH, NaOH...), ainsi que dans des
solvants organiques (Diméthylformamide DMF, Diméthylsulfoxyde DMSO), en association avec un réactif minéral
19
(SO2, N2O4 ...). Il en est de même pour le polychlorure de vinyle (PVC) soluble dans des solvants aprotiques
dipolaires.
Le polyéthylène (PE) et le polypropylène (PP) sont des polymères présentant un taux de cristallinité élevé. Il
en résulte une énergie réticulaire du réseau qui s’ajoute aux autres énergies de cohésion. C’est pourquoi ces polymères
ne sont solubles qu’à partir de leurs températures de fusion : 105-120oC pour le PE et 170-175oC pour le PP et, ce,
dans les solvants non ou peu polaires tels que les hydrocarbures aliphatiques et aromatiques.
Les latex et caoutchoucs vulcanisés sont solvolysés dans les huiles aromatiques, à des températures de l’ordre de 250-
270oC, sous atmosphère inerte. La solvolyse intervient comme une opération de décomposition du déchet, sans tri
préalable des inertes (verre, métaux...), utile pour l’élimination de déchets mixtes ou composites (par exemple, des
pneus).
II-1-4- Processus de gazéification des déchets
Lorsque l’on chauffe un déchet, l’atmosphère de traitement est en défaut d’air, mais enrichie en vapeur d’eau
et/ou dioxyde de carbone (agents réactionnels), les matières volatiles émises ne subiront pas de processus de
combustion et le carbone fixe se mettra à réagir avec la vapeur d’H2O et le CO2 à des températures de 850-900oC, dans
des réactions endo/exothermiques de transformation thermochimiques, dites de gazéification, de type :
Réactions de Transformations Thermochimiques au Cours du Processus de Gazéification
II-2- Traitement biologique des déchets
Le principe général des traitements biologiques est d’exploiter certaines activités microbiennes en les
stimulant de manière contrôlée afin soit de réduire les nuisances potentielles des déchets (odeurs, risques sanitaires,
caractère polluant au sens large du terme), soit de les valoriser sous forme énergétique ou sous forme matière. De
ce fait, les procédés biologiques sont généralement utilisés pour le traitement de déchets essentiellement organiques
présentant un caractère biodégradable.
II-2-1- Métabolisme
Le métabolisme énergétique de tous les êtres vivants repose sur des réactions d’oxydoréduction. Cela signifie
que les organismes vivants retirent l’énergie nécessaire à leur vie en oxydant des substrats (qualifiés de donneurs
d’électrons et de protons) et en réduisant un ou des accepteurs. Lorsque les réactions d’oxydoréduction peuvent se
dérouler en l’absence de lumière, les organismes compétents sont qualifiés de chimiotrophes.
II-2-1-1- Respiration aérobie
Un accepteur très courant chez les organismes chimiotrophes est l’oxygène moléculaire O2. (Le potentiel
normal du couple O2/2H2O est de + 810 mV par rapport à l’électrode normale à hydrogène, ce qui rend possible
l’oxydation de très nombreux substrats). Les organismes compétents sont qualifiés d’aérobies. Les organismes
aérobies stricts ne peuvent se passer d’oxygène, alors que les organismes aérobies facultatifs peuvent utiliser, en
l’absence d’oxygène, d’autres accepteurs de remplacement.
II-2-1-2- Respiration anaérobie et fermentations
Des substances minérales autres que l’oxygène (l’ion sulfate SO4–) ou des substances organiques (l’ion
hydrogénocarbonate HCO3–, l’acétate CH3COO–) peuvent être utilisées comme accepteurs finals d’électrons. On parle
respectivement de respiration anaérobie et de fermentations. Les micro-organismes compétents sont dits anaérobies
20
stricts s’ils sont incapables d’utiliser l’oxygène ou anaérobies facultatifs s’ils peuvent utiliser l’oxygène lorsqu’il est
présent.
Ainsi, Si l’on considère comme substrat modèle le glucose (sucre constitutif de nombreux glucides de la
biomasse), on peut écrire les réactions globales suivantes pour le métabolisme aérobie (1) ou anaérobie (2) de cette
molécule, où ΔG’o est la variation d’enthalpie libre standard à pH 7 :
II-2-2- Compostage
Le compostage est un traitement biologique de déchets organiques permettant de poursuivre un ou plusieurs
des objectifs suivants :
— stabilisation du déchet pour réduire les pollutions ou nuisances associées à son évolution biologique ;
— réduction de la masse du déchet ;
— production du compost valorisable comme amendement organique des sols.
La mise en œuvre du compostage comporte généralement deux étapes biologiques, auxquelles s’ajoutent des
prétraitements et post traitements éventuellement nécessaires (broyages, mélange avec d’autres produits, tris, etc.).
La première étape biologique, répond aux deux premiers objectifs de stabilisation du déchet et de réduction
de sa masse. Au cours de cette étape, la matière organique la plus facilement biodégradable du déchet est oxydée par
des micro-organismes aérobies qui consomment de l’oxygène et libèrent de la chaleur. On assiste donc, si le déchet est
suffisamment biodégradable et aéré, et que les pertes thermiques sont réduites à une élévation de la température qui
peut atteindre 80oC. Pour de nombreux déchets de biomasse, on enregistre une dégradation d’environ 30 à 40 % de la
masse qui s’accompagne d’une réduction d’environ 50 % du volume. La durée de cette première étape varie de
quelques jours à quelques semaines en fonction de la nature du déchet, des conditions opératoires (aération, Teneur en
H2O, etc.) et des contraintes diverses (dimensionnement de l’installation, objectifs fixés...).
La seconde étape du traitement dite Maturation ne s’accompagne que d’une faible dégradation de matière et, de
ce fait, les besoins en oxygène sont faibles et l’échauffement limité. La température en cours de maturation est donc de
l’ordre de 20 à 30oC. Cette Etape conduit à l’obtention du Compost qui est un Amendement Organique.
II-2-2-1- Aspects Microbiologiques
Le compostage se caractérise par la grande diversité des micro-organismes impliqués, constitués à la fois de
bactéries (dont des actinomycètes) aérobies strictes et facultatives et de champignons (notamment des moisissures).
II-2-2-2- Paramètres de conduite et mise en œuvre du compostage
Les paramètres de conduite du procédé permettent de contrôler ou de suivre l’avancement du processus. Il s’agit
essentiellement de l’aération, de la température et de la teneur en eau.
Les paramètres caractéristiques du déchet à traiter ne peuvent, en revanche, pas être modifiés en cours de
traitement et ne permettent donc pas de piloter le procédé. Il s’agit notamment de la biodégradabilité et de la
granulométrie du déchet, de son pH et de son rapport C/N/P (ratios des masses de carbone, azote et phosphore
dans le déchet, ce rapport est de l’ordre de 100/ (4 à 5)/1).
Le Lombricompostage est une variante reposant sur l’utilisation de vers de terre (lombrics) pour consommer et
dégrader la matière organique du déchet.
II-2-3- Méthanisation
La méthanisation est un processus de digestion anaérobie poursuivant en général un double objectif de
valorisation énergétique par récupération de méthane (CH4) et de stabilisation des déchets organiques.
La filière globale de Méthanisation se déroule en général en 2 étapes.
La première étape constitue la digestion méthanique et se déroule en anaérobiose. Elle consiste en la
biodégradation d’une fraction de la matière organique du déchet conduisant à la libération d’un biogaz formé des
métabolites gazeux de biodégradation.
21
À l’issue de l’étape de traitement anaérobie, on obtient le digestat qui est constitué par le déchet initial
débarrassé de sa fraction organique la plus biodégradable. Le digestat peut être stocké ou utilisé tel quel, mais il doit
en général subir un post-traitement dans une seconde étape dite de stabilisation aérobie qui permet d’obtenir un
matériau similaire au compost, généralement appelé affinat.
Figure 3 : Étapes biologiques de la filière de méthanisation de déchets organiques
II-2-3-1- Aspects biochimiques et microbiologiques
La biodégradation anaérobie de la matière organique est un processus séquentiel comportant quatre étapes
biochimiques réalisées par trois groupes bactériens fonctionnant en symbiose.
Les étapes d’hydrolyse et d’acidogenèse sont réalisées par des bactéries anaérobies facultatives dont le
développement est relativement rapide (leur temps de génération est de quelques heures). Ces bactéries tolèrent des
pH relativement acides (allant jusqu’à 5). L’étape d’acétogenèse est réalisée par des bactéries anaérobies strictes très
particulières. Ces bactéries sont très spécialisées vis-à-vis du ou des substrat (s) qu’elles sont capables de dégrader, ont
un développement lent à très lent (G de plusieurs jours) et sont inhibées à des pH inférieurs à 6. Enfin, l’étape de
méthanogènese est réalisée par des bactéries méthanogènes anaérobies strictes, capables de consommer un nombre
très faible de molécules organiques. Ils possèdent un développement relativement lent (G de quelques heures sur H 2 +
CO2, mais de quelques jours sur acétate) et sont également inhibées à des pH inférieurs à 6.
Figure 4 : Représentation simplifiée des étapes de biodégradation anaérobie de la matière organique des déchets de
biomasse
II-2-3-2- Paramètres importants de la méthanisation
Ces Paramètres sont :
- La température : La conduite du processus en zone thermophile, c’est-à-dire entre 45 et 55oC est nécessaire, pour
accroître les vitesses de biodégradation et donc la productivité du méthane ;
- Le pH : La zone optimale de pH pour la méthanisation est située aux alentours de la neutralité ;
- La charge organique entrante : Pour des déchets rapidement biodégradables, il faut éviter de surcharger le
digesteur ce qui risquerait de déséquilibrer le Processus en acidifiant le milieu par suite d’une Production rapide
d’AGV. Ce qui inhiberait donc le Processus ;
- L’oxygène moléculaire et la teneur en H2O : L’oxygène (O2) est extrêmement toxique pour les bactéries
anaérobies strictes que sont les acétogènes et les méthanogènes. Il est donc indispensable de protéger le milieu de
toute entrée d’air. Pour cela, il est important de travailler en système noyé (c’est à- dire saturé en H2O) dans une cuve
22
(digesteur) avec un ciel de faible volume. Le procédé de méthanisation est adapté pour des déchets très humides
(teneur en H2O bien supérieure à 80 %) ;
- L’agitation : Elle doit permettre d’éviter, d’une part, la formation de croûtes résultant de la flottation de divers
débris végétaux et, d’autre part, la décantation de particules denses, tout en interdisant l’entrée d’air dans le digesteur ;
- Les besoins nutritionnels : Le rapport optimal C/ N/ P est du même ordre que pour le compostage, à savoir de
l’ordre de 100/ (4 à 5)/1.
II-2-4- Autres traitements biologiques
II-2-4-1- La fermentation alcoolique
La fermentation alcoolique est le processus de conversion biologique anaérobie des sucres réalisés essentiellement
par des levures. Le type de fermentation le plus largement utilisé est la fermentation éthanolique dans laquelle le
produit final est l’éthanol C2H5OH. Ce processus est largement utilisé dans l’industrie agroalimentaire des boissons
fermentées (vins, bières, etc.), mais d’autres utilisations industrielles de l’éthanol sont possibles, notamment comme
carburant ou produit de base pour l’industrie chimique. Le Processus est représenté par la réaction suivante (à partir du
glucose) réalisée par des levures en condition d’anaérobiose
II-2-4-2- Traitement des déchets organiques industriels
Les micro-organismes ont la capacité de dégrader (partiellement ou totalement, auquel cas on parle de
minéralisation) de nombreux polluants organiques, parmi lesquels notamment les graisses, les hydrocarbures
aliphatiques et aromatiques, et les composés aliphatiques ou aromatiques chlorés. Processus largement répandu dans le
Traitement des Sols Contaminés par les CxH.
II-2-4-3- Traitement des déchets chargés en Métaux
La pollution par les métaux est particulière en ce sens que, contrairement aux polluants organiques, les métaux ne
sont pas dégradables. Les traitements envisageables ne peuvent donc s’orienter que vers une dépollution par extraction
des métaux du déchet ou une stabilisation par leur immobilisation dans le déchet.
La biolixiviation qui repose sur l’utilisation de micro-organismes ayant la capacité de solubiliser des espèces
métalliques à partir d’une matrice solide (minerais, déchets, sols). Le processus est utilisé depuis de nombreuses
années à l’échelle industrielle pour l’exploitation de certains minerais appauvris (biohydrométallurgie). Il a été
plus récemment étendu au traitement de certains déchets tels que des résidus miniers, des boues de stations
d’épuration, ou des sédiments pollués.
La bio-immobilisation est le processus inverse de la biolixiviation. Elle consiste à exploiter certaines activités
microbiennes pour transformer des formes métalliques relativement solubles en formes quasi insoluble. Cette
technique vise donc, lorsque l’extraction des métaux est jugée techniquement ou économiquement irréalisable, à
stabiliser le déchet en rendant les métaux qu’il contient les moins solubles possible pour réduire les risques de
migration lorsque le déchet sera stocké.
II-3- Traitements chimiques et physicochimiques des déchets
Ce sont des techniques de Traitement qui jouent un rôle prépondérant dans les opérations d’élimination et de
valorisation des déchets car elles permettent de séparer différentes fractions du déchet, de les concentrer ou d’en
modifier l’état physique ou chimique.
Dans le cas d’une stratégie d’élimination, on cherchera à transformer un déchet de composition complexe en
deux flux séparés :
— un effluent dépollué qui peut être rejeté dans l’environnement ;
— une fraction minérale de préférence, très peu soluble, qui peut être acceptée en centre d’enfouissement technique.
Dans le cas d’une stratégie de valorisation, différents objectifs peuvent être visés. On peut obtenir un produit ayant
les mêmes caractéristiques que le produit neuf (régénération) ou bien encore extraire une ou plusieurs matières
premières minérales ou organiques ou aboutir à des matériaux plus complexes mais valorisables.
23
II-3-1- Traitements chimiques
II-3-1-1- Oxydoréduction
Les réactions chimiques d’oxydoréduction sont des réactions d’échange d’électrons.
L’objectif poursuivi lors du traitement des déchets par oxydoréduction est la transformation des polluants :
- Soit en une forme moins nocive pour l’environnement et qui peut être rejetée dans le milieu naturel ; c’est le
cas, par exemple Lorsque les ions cyanure CN– sont ainsi oxydés en ions cyanate CNO– moins dangereux :
- soit en une forme dont l’extraction et la stabilisation sont facilitées, comme lorsque l’on réduit le chrome
hexavalent en chrome trivalent, qui précipite ensuite facilement sous forme d’hydroxyde, par exemple :
II-3-1-2- Neutralisation (Mise à pH) et précipitation
La mise à pH (neutralisation) des eaux résiduaires a deux objectifs :
- ramener les effluents acides et basiques dans une zone de pH compatible avec les conditions de rejet dans le
milieu récepteur ;
- transformer les ions métalliques en solution en composés insolubles, ce qui permet alors leur séparation
ultérieure après décantation et filtration.
La neutralisation des eaux provoque toujours la précipitation des ions métalliques sous forme de composés
peu solubles (souvent des hydroxydes) lorsqu’ils ne sont pas présents sous forme d’ions complexes. Dans ce cas, il est
nécessaire, avant neutralisation, de détruire les complexes métalliques par oxydation. La précipitation des métaux
présents dans les effluents acides est effectuée le plus souvent à l’aide de chaux ou de soude :
La précipitation des hydroxydes se produit dans une fourchette de pH qui varie selon le métal considéré. Une
valeur de pH située dans l’intervalle 6,5 à 9 permet une élimination correcte de la plupart des ions métalliques
contenus dans un effluent industriel.
II-3-2- Traitements physicochimiques
II-3-2-1- Procédés à membrane
Une membrane est une barrière mince (de quelques nanomètres à quelques millimètres) qui autorise ou
interdit le passage de certaines entités chimiques sous l’effet d’une force de transfert (gradient de pression, de
concentration, de température, de potentiel électrique...).
Les différents procédés utilisant des membranes sont les suivants :
La Filtration, L’Électrodialyse, L’Osmose inverse, L’Électrolyse à membrane, L’Électrodésionisation, La Perméation.
Les applications industrielles de ces Procédés se trouvent dans le Traitement des Fluides de Coupe, Régénération
des bains de dégraissage, Récupération des métaux.
II-3-2-2- Résines échangeuses d’ions
L’échange d’ions est une technique de purification dans laquelle les ions présents dans une solution sont
éliminés par adsorption sur un matériau solide (résine) et remplacés par une quantité équivalente d’un autre ion de
même charge électrique émis par le solide. Lorsque les ions échangés sont de charge positive, la résine sera appelée
cationique, et anionique dans le cas contraire. Lorsque la résine est saturée, donc en équilibre avec la solution entrante,
il est possible de la régénérer, c’est-à-dire d’effectuer la réaction inverse de celle d’échange au moyen d’une solution
concentrée en contre-ion d’origine. Cette étape peut se réaliser dans le même sens que la saturation (à Co-courant) ou
en sens inverse (à contre-courant).
24
Figure 5 : Schéma de principe d’une installation d’échange d’ions
II-3-2-3- Adsorption
L’adsorption est un phénomène physique de fixation de molécules à la surface d’un solide par des forces
d’interaction faibles de type Van der Waals. Elle permet d’extraire un soluté d’un solvant liquide ou gazeux.
L’adsorption est généralement utilisée pour la rétention des polluants organiques en phase aqueuse ou le captage de
polluants minéraux ou organiques dans les gaz.
L’adsorption repose sur une rétention surfacique qui entraîne une variation de la composition du mélange
solvant-soluté à la surface de l’adsorbant.
Le charbon actif, forme microporeuse de carbone, est l’adsorbant le plus utilisé. Il est obtenu par activation thermique
ou chimique d’un charbon obtenu par carbonisation de matériaux divers tels que la tourbe, la houille bitumineuse, la
lignite, le charbon de bois et la coque de noix de coco.
Toutes les substances ne sont pas adsorbables au même titre. La capacité de rétention d’un polluant par un
adsorbant est donnée par le rapport entre la masse de produit adsorbé et la masse d’adsorbant.
Exemple : sur un charbon actif, le benzène présente une forte capacité de rétention (de 25 à 30 %) alors que
l’acétylène ou le méthane ne sont retenus que faiblement (capacité de rétention inférieure à 1 %).
Figure 6 : Exemple de mise en œuvre de charbons actifs en poudre
II-3-2-4- Méthodes électrochimiques
L’électrolyse consiste à imposer un courant entre deux électrodes plongées dans un électrolyte. Il se produit alors des
phénomènes :
— d’oxydation à l’anode et de réduction à la cathode ;
— de réaction chimique entre les espèces présentes dans l’électrolyte et les espèces formées ;
— de transport (migration sous l’effet du champ électrique, diffusion).
25
Figure 7 : Principe de fonctionnement d’un électrolyseur
L’électrolyse est un procédé ancien et maîtrisé, utilisé de manière industrielle. Elle est employée pour la
récupération des métaux nobles tels que l’or et l’argent dans certains déchets industriels.
L’application principale de l’électrolyse est la récupération de métaux dans les bains usés de traitement de
surface. Les métaux susceptibles d’être « électrodéposés » sont ceux couramment utilisés en traitement de surfaces
(Zn, Ni, Cr, Cu, Cd, Sn, Ag, Au, pour les plus courants). On utilise aussi l’électrolyse pour la décyanuration partielle
d’un effluent.
II-3-2-5- Extraction par solvant
L’extraction par solvant consiste à mettre en contact une substance solide ou liquide S1 et un solvant S2 dans
lequel l’un des composants présents dans la substance S1 est soluble. Ce composant C est donc extrait et se retrouve
en solution dans le solvant S2, qui est ensuite séparé de la substance S1.
Ce procédé permet donc de réaliser une purification de la substance S1 et une concentration du composant C
dans S2. Il permet aussi d’extraire sélectivement le composant C de la substance S1. Le Composant C peut être alors à
nouveau séparé du solvant S2 afin de reconstituer une solution pure, par exemple.
La nature du solvant est variable. Il peut s’agir d’eau, de vapeur d’eau, d’un solvant organique ou inorganique,
d’un gaz liquéfié ou d’un fluide supercritique. Le solvant est choisi en fonction du soluté que l’on veut extraire et du
diluant à purifier. La nature du soluté est très variable. Il peut s’agir de matière organique (hydrocarbures, huiles,
molécules organiques complexes) ou minérale (sels, ions métalliques).
Figure 8 : Schéma de principe de l’extraction par solvant
II-3-2-6- Evaporation sous vide
L’évaporation d’une solution aqueuse est une opération unitaire qui consiste à éliminer une partie plus ou
moins importante du solvant, selon le degré de concentration souhaité. Cette élimination a lieu en chauffant la solution
jusqu’à ébullition sous une pression donnée. Si ce type de procédé est largement répandu dans de nombreux types
d’industrie (chimie, agroalimentaire...), il commence à être utilisé pour la concentration d’effluent aqueux provenant
du secteur de la mécanique, par exemple (usinage, traitement de surface).
Les avantages de la concentration par évaporation sous vide sont les suivants :
— réduction des volumes des solutions résultantes à traiter ;
— possibilité de recyclage des condensats ;
— valorisation ou recyclage des concentrats.
Les domaines d’application sont, par exemple :
— concentration des bains usés : dégraissage, décapage... ;
— concentration des éluats de régénération de résines échangeuses d’ions ;
26
— concentration des bains de rinçage, des eaux de cabines de peinture... ;
— concentration des eaux de lavage, de solutions aqueuses huileuses ou graisseuses, etc.
Figure 9 : Schéma de principe d’une unité d’évaporation sous vide à pompe à chaleur
II-3-2-7- Distillation
La distillation est une technique très ancienne aux applications industrielles multiples. Dans le domaine du
traitement des déchets, elle intervient principalement comme technique de régénération de solvants. La distillation
exploite la différence de composition entre le liquide et la vapeur en équilibre pour un mélange. Une installation de
distillation est composée d’un dispositif de chauffage et d’un dispositif de captage et de condensation des
vapeurs. Une telle installation permet de récupérer un distillat plus ou moins exempt de ses impuretés et un résidu
appauvri en solvant.
Figure 10 : Schéma simplifié d’un dispositif de distillation discontinue
Les déchets concernés par la distillation sont principalement des solvants souillés par divers types de matières
: graisses, eau, peinture, matières en suspension diverses. L’objectif de la régénération est la récupération d’un solvant
présentant les mêmes qualités d’utilisation que le solvant neuf.
27
CHAPITRE V : VALORISATION DES RESIDUS AGRO-
INDUSTRIELS : CAS DES COPRODUITS DE
L’INDUSTRIE SUCRIERE
Introduction
L’industrie agroalimentaire constitue un réceptacle de premier choix pour les déchets qu’elle génère. La prise
en compte de l'intérêt croissant des populations pour la préservation de l'environnement a conduit à modifier cette
gestion des déchets. La valorisation des résidus agroindustriels revient à l'ordre du jour et la notion de déchet a bien
évolué pour être remplacée par le terme coproduit. Cette ouvrage pédagogique traite la valorisation de quelques
coproduits de l’industrie agroalimentaire, il est essentiellement destiné aux étudiants de master de biotechnologie et
les étudiants inscrits en ingéniorat « génie biologique ».
Sous-produit : Un sous-produit est un produit résiduel qui apparaît durant le processus de fabrication, de
transformation ou de distribution d’un pro duit fini. Il est non intentionnel, non prévisible, et accidentel. Il peut être
utilisé directement ou bien constituer un ingrédient d’un autre processus de production en vue de la fabrication d’un
autre produit fini.
Coproduit : Un coproduit est une matière, intentionnelle et inévitable, crée au cours du même processus de
fabrication et en même temps que le produit principal. Le produit fini principal et le coproduit doivent tous les deux
répondre à des spécifications de caractéristiques, et chacun est apte à être utilisé directement pour un usage particulier.
Les coproduits sont aussi caractérisés par leur valorisation économique : marché spécifique du coproduit en question,
cotation…
En effet, à partir du moment où l’on cherche à valoriser un déchet, celui-ci devient un coproduit. Exemples de
coproduits.
Coproduits de l'équarrissage (dépeçage) des animaux : farine animale, plumes de volaille.
Coproduits de la fabrication du fromage : lactosérum (ou petit-lait).
Coproduits de la production du sucre : pulpes de betterave, mélasse.
Coproduits de la sylviculture : sciure et écorce.
Le sucre est un produit alimentaire d’origine végétale, composé pour l’essentiel de saccharose et diverses
substances naturelles appartenant à la classe des glucides responsables d’une des quatre saveurs gustatives
fondamentales (le sucré). Les coproduits de l’industrie sucrière sont la mélasse (sirop qui reste après la cristallisation du sucre),
la bagasse (résidu de canne à sucre) et les vinasses (résidu de la distillation du vin, utilisé comme engrais).
I- Valorisation de la mélasse
La mélasse désigne le principal sous-produit de préparation du sucre cristallisé à partir de la canne à sucre.
Elle se présente sous forme d’un résidu sirupeux, pâteux visqueux, de coloration brun noirâtre, incristallisable, obtenu
après le turbinage de la masse cuite du 3ème jet. De manière générale nous pouvons définir la mélasse comme étant la
quantité de saccharose retenu par le non sucre.
La composition chimique des mélasses de canne est donnée dans le tableau suivant :
Tableau I : Composition chimique des mélasses de betterave et de canne (d’après la méthode de calcul INRA
1988)
28
I-1- Alimentation des animaux
La mélasse est généralement mélangée ou simplement épandue sur le fourrage, outre le fait qu’elles
accroissent l’appétibilité, les mélasses se substituent à d’autres glucides plus couteux. Leurs propriétés laxatives
constituent, dans de nombreux cas, un avantage supplémentaire.
Utilisation de la mélasse pour les vaches laitières
La mélasse est généralement mélangée ou simplement épandue sur le fourrage. Elle doit venir en remplacement
du concentré dans le calcul de la ration. Dans le rumen (panse), les acides gras volatils formés (acide butyrique) ne sont
pas particulièrement favorable à la production laitière.
Utilisation de la mélasse par les ovins
La mélasse peut remplacer une partie des céréales de la ration. On limitera l’apport à 0,6 Kg par brebis et par jour
à environ 0,2 Kg par agneau de 30 Kg. L’emploi de la mélasse en aspersion sur des fourrages de qualité médiocre
permet d’augmenter les quantités ingérées du fait de son appétence.
I-2- Fabrication du rhum
La fabrication du rhum à partir de la mélasse comporte six phases successives :
- La dilution : la mélasse est dilué avec de l’eau afin d’en réduire la densité et ainsi obtenir un mout sucré.
- L’ensemencement : une fois diluée, on ajoute à la mélasse des levures qui se multiplient dans les cuves mères.
Lorsqu’elles sont nombreuses, elles sont transférées dans des cuves de grande capacité pour la fermentation.
- La fermentation : Les levures privées d’oxygène, transforment le sucre du mout en alcool.
Cette fermentation dure environ 24 heures, on obtient « un vin de canne » (mélange d’eau, de composés aromatiques
et d’alcool) dont le degré en alcool est à environ 10°.
- La Distillation : le vin obtenu est centrifugé afin d’en séparer les levures ; on appelle cette phase la clarification. Le
vin est réchauffé dans une cuve appelé « chauffe vin » puis dirigé vers les colonnes à distiller. Grace à la chaudière, de
la vapeur d’eau est injectée à la base de la colonne puis elle remonte à travers plusieurs plateaux eux-mêmes
recouverts d’alcool. La colonne à distiller est constituée d’un empilement de plateaux perforés qui a pour but de laisser
passer la vapeur pour extraire l’alcool de l’eau. L’alcool s’évapore et monte le long de la colonne tandis que l’eau
reste en bas pour être évacuée. La vapeur ainsi récupérée et refroidie donnera le rhum blanc à 49°.
- Maturation et vieillissement : la maturation et le vieillissement ont pour but de donner de la couleur au rhum et de
lui faire développer son arome. Plus le vieillissement sera long, plus il sera moelleux et fruité.
I-3- La mélasse milieu de culture pour la production de levure et de bioéthanol
I-3-1- Production de levure
Les mélasses ont une composition complexe ce qui fait d’elles un milieu de culture adéquat, un certain
nombre d’opération doivent être effectuées pour permettre la culture des levures.
La clarification permet d’élimination partielle des boues minérales, des gommes et une partie du calcium. Le
sirop de mélasse doit être dilué jusqu’à l’obtention de la concentration souhaitée. La solution est par la suite ajustée à
pH souhaité et épuré par centrifugation. Ensuite la solution est autoclavée. Les mélasses de cannes à sucre permettent
d’obtenir des biomasses protéiques ou des levures pour la panification ; les deux espèces les plus cultivées sur ces
substrats sont saccharomyces cerevisiae et Candida utilis. Un fermenteur de 100 m3 permet d’obtenir 5 tonnes de
levure en 20 heures. Les contrôles d’alimentation du milieu, du pH, d’aération et de température, sont très rigoureux
afin d’optimiser la qualité des levures finales. Une période de maturation est effectuée avant la collecte : elle consiste
à arrêter l’alimentation du milieu en maintenant l’aération de façon à ce que le bourgeonnement soit stoppé.
Les levures sont concentrées et séparées du mout. L’opération est réalisée en continu sur des appareils
centrifuges qui permettent de laver la levure et d’obtenir une crème, puis filtration par des filtres rotatifs continus sous
vide. Le gâteau obtenu à 30% de matière sèche est extrudé en pain de levures qui se conservent quelques semaines à
4°C.
I-3-2- Production de bioéthanol
En général, les levures appartenant aux genres Saccharomyces sont les plus utilisées, malgré les nombreuses
espèces de microorganismes connues pour leur capacité à fermenter les sucres en éthanol. En effet, les souches telles
que Saccharomyces cerevisiae possèdent plusieurs avantages dont :
;
29
produire de l'éthanol avec un rendement proche
du rendement théorique.
aux milieux industriels.
aute tolérance à l'éthanol, afin de conserver une bonne viabilité en fin de fermentation.
sur un substrat peu coûteux.
de variations génétiques.
II- Valorisation de la bagasse
La bagasse est le résidu fibreux obtenu après broyage de la canne pour en extraire le jus. D’une tonne de
canne, il subsiste 320 kg de bagasse. Elle est composée de 56% de cellulose, 24,3% d’hémicellulose et 19,5% de
lignine.
II-1- Valorisation énergétique : électricité
Après l’extraction du sucre, la bagasse est transportée vers les centrales thermiques pour produire de l’énergie:
vapeur pour la sucrerie et électricité vendue sur le réseau communal. Dix tonnes de bagasse équivaux à presque deux
tonnes de fuel lourd avec l’avantage d’être moins polluants et renouvelables.
Les voies de conversion les plus prometteuses pour produire les biocarburants de seconde génération sont
celles qui utilisent les procédés thermochimiques de pyrolyse et de gazéification. La plante entière est ainsi convertie
en gaz de synthèse ou syngaz (CO et H2). Ils peuvent être valorisés par deux voies. La première en utilisant des
réactions catalytiques de conversion de gaz à l’eau qui permet d’optimiser la production d’hydrogène pour les piles à
combustibles. La deuxième en utilisant le procédé connu Fisher-Tropsch pour produire des hydrocarbures de synthèse
pouvant substituer le gasoil ou l’essence.
Le CO2 des centrales thermiques pourrait aussi être considéré comme un coproduit notamment avec le
développement des réacteurs microalgues qui vont fixer le CO2 grâce à la photosynthèse. Ces microalgues sont ensuite
valorisées pour des synthons (lipides…) ou en énergie (éthanol ou thermique).
II-2- Valorisation en molécules organiques
La bagasse est également à la base de production du furfural et d’hydroxyméthyl furfural comme c’est le cas
en Afrique du Sud. Une grande proportion du furfural est réduite en alcool furfurylique, qui est une matière première
pour diverses résines furaniques, caractérisées par une très bonne résistance à la température et aux agents chimiques
agressifs, ces résines sont ensuite utilisées pour la fabrication de plastique. La bagasse est aussi une source de xylose
obtenue par hydrolyse des hémicellulose. La xylose peut être convertie par réduction en xylitol qui est utilisé dans de
nombreux médicaments, ainsi que dans l’industrie alimentaire, comme édulcorant naturel.
II-3- Valorisation agronomique
La bagasse sert de support à la culture de champignons. Les pailles qui restent aux champs sont une source
non négligeable de minéraux et de matière organique pour le sol. La bagasse, la paille et les bouts blancs peuvent aussi
être utilisés comme aliment pour le bétail seul ou en mélange avec la mélasse.
II-4- Valorisation en matériaux
Parmi les sources de fibres autres que le bois, la bagasse est la plus utilisée (20%) pour la fabrication des pâtes
à papier, devant le roseau (17,5%) et les pailles de céréales (17%). Des papeteries à base de bagasse sont implantées
en inde, Afrique du sud, Mexique… La pâte à papier est obtenue par délignification selon 2 procédés classiques :
cuisson « Kraft » (soude et sulfure de sodium) ou cuisson alcaline (soude-anthraquinone).
Des innovations récentes permettent la fabrication de contenant alimentaire (assiettes, gobelets, barquettes…);
la réalisation de composite de différents plastiques recyclés avec de la bagasse comme renfort pour réaliser différents
objets (chaises, boites…) ; la transformation de bagasse en panneaux.
III- Valorisation des vinasses (sous-produit de l’industrie rhumière)
Les vinasses constituent les principaux effluents des distilleries et les déchets les plus problématiques de la
filière canne-sucre-rhum. Ces résidus de distillation sont composés d’eau, de matières organiques issues de la canne à
sucre et du métabolisme bactérien, de matières minérales (cuivre issu des plateaux des colonnes de distillation), d’ions
ajoutés lors de la fermentation alcoolique. Les vinasses peuvent constituer une source de pollution des eaux.
30
III-1- Valorisation en énergie et en molécules organiques
L’optimisation des techniques de méthanisation permettra la généralisation de la valorisation énergétique des
vinasses avec un couplage à des chaudières alimentant la distillerie. La pyrolyse de vinasse de canne à sucre peut
également être expérimentée. Cette technique permet de transformer la charge organique des vinasses en énergie.
III-2- Vinasse en alimentation des ruminants
L’utilisation de vinasse dans l’alimentation des ruminants est diversifiée :
à l’engraissement): taux
d’incorporation de 4 à 8% du produit brut ;
ion d’aliments composés liquides : taux d’incorporation de 15 à 20 % du produit brut ;
s) : taux d’incorporation de 4 à 8% du produit brut ;
e de la pulpe de betterave surpressée (mélange effectué à la sucrerie au taux
d’incorporation de 3,5 à 4% du produit brut) ;
(mangeoire).
Les caractéristiques de composition chimique ainsi que la qualité des constituants de la matière organique des vinasses
concourent à leur conférer un intérêt nutritionnel fort. En apportant l’azote avec une vinasse, on apporte également de
l’énergie à la ration, énergie qui peut venir remplacer une partie des apports réalisés par les fourrages ou autres
concentrés de la ration (céréales, pulpes surpressée).
31