Dossier: La Biodiversité: Un Problème D'environnement Global
Dossier: La Biodiversité: Un Problème D'environnement Global
La biodiversité :
un problème d'environnement global
Sous la direction de CATHERINE AUBERTIN
La construction sociale des problèmes d'envi ··onne- ensemble de questionnements proprement scienti- CATHERINE AUBERTIN
ment naît de la confrontation entre des prati :1ues - fiques issus des théories de l'évolution à des enjeux Économiste
privées ou étatiques, institutionnelles ou inforrre:les - géopolitiques et industriels. Patrimoine commun de Orstom, 32, avenue
d'utilisation des ressources naturelles et des attache- l'humanité, souveraineté des États sur leurs Varagnat, 93143 Bondy
ments à des valeurs générales comme la proteclion de ressources, droit des paysans, dépôt de brevet sur le cedex, France
l'environnement ou la défense d'une vie • at:thenti- vivant, manipulations génétiques, principe de précau- Courriel:
quement humaine • sur terre. Au commencement est tion, droits à polluer, droits des générations futures ... aubertin@[Link]
l'inquiétude soulevée par les scientifiques, pui ; inter- sont autant de thèmes sur lesquels s'opposent de
viennent de multiples acteurs aux perceptions et aux nouveaux acteurs, au nom de la sauvegarde de la VALÉRIE BOISVERT
intérêts les plus divers, cherchant à assurer lé, légiti- biodiversité. Leurs déclinaisons remettent radicale- Doctorante au C3ED,
mité et l'efficacité de leur action. Le débat prend alors ment en cause tout aussi bien le rôle de l'État et la université de Versailles-
Saint-Quentin-en-Yvelines,
une forme prospective. Plus que des réalités - le~ faits
47, boulevard Vauban,
sont scientifiquement questionnés, les dommages ne
78047 Guyancourt cedex
sont pas perçus directement par les agents -, · ·e sont
Abstract - Social construction of the problem of biodl- Courriel :
des scénarios qui s'affrontent Les enjeux se cristalli- versity. [Link]@[Link]
sent alors sur les politiques, les instruments ·~cono The erosion of blodlversity ls found alongside with the
miques, les cadres juridiques, les normes de gEstion à global environmental problems. As such, the stages of its FRANCK-DOMINIQUE ViVIEN
appliquer. definition and of the elaboration of the measures to
Maître de conférence,
Dans des univers controversés (Godard, 1993) address lt are organized along the same Unes as for
université de Reims-
climate change. lt was first brought to the fore by sclen-
comme celui de l'environnement\ on assiste ll:m à Champagne-Ardenne,
tists who saw in the increasing rhythm of species extinc-
une bataille autour de visions du monde. La o >nfron- tion an alarming evolution. The widespread adoption of Hermes-Ceras,
tation des impératifs sociaux, économiques et écolo- the term biological diversity to account for the objectives 57bis, rue Pierre-Taittinger,
giques participe à la définition de l'objet et du of life sciences testified the development of a more 51096 Reims cedexfr
problème que pose sa gestion planétaire. At, murs complex, evolutionary and integrated approach wlthin
des négociations qui se poursuivent lois des these sciences. Then, scientific questions came into the
public domain. Thelr objectives was seized by various
rencontres internationales, mais aussi grâce à la force
groups with diverse perceptions and interests, referring to
d'expression d'initiatives locales 2, s'élabore peu il peu several legitlmacy or(lers, conveying conflicting views of
une suite de compromis portant tant sur la délinition rationallty and efficiency (NGOS, representatives of the
du problème, sur ses raisons d'être, sur les aclions à industrlal world, United Nations agendes, ... ). The issue
entreprendre, que sur les institutions qui peuv~ n·: s'en ceased to be a purely sclentlflc concern, it entEtred the
charger et les instruments de politique auxquels elles arena of social cholces. This shlft ln the very defir'lltlon of 1 Lincertitude scientifique
the question and of its stakes was accompanled by a y règne en effet à tous les
doivent avoir recours (Aubertin et aL, 1997 ; Vi'.tien et
change ln the words: blologlcal diverslty was tumed into niveaux de l'expertise, les
aL, 1997). Il faut alors apprendre à construire tin bien biodiverslty. Then a compromise among the participants - dommages potentiels y
collectif, à partager une vision planétaire des phéno- the convention on blologlcal diversity- was sought and sont mal cernés. les
mènes économiques et écologiques et à expérimenter organlzed, in particular under the pressure of the indus- causalités et les
de nouveaux modes d'action collective. tries using biotechnoilogles. lt conflrmed the trends that responsabilités ne sont
t:érosion de la diversité biologique est ainsi apparue had been outllned in the precedlng years: the tendency to pas clairement établies,
reduce biodiversity to lts genetic components consldered les intérêts concernés y
récemment sur la scène publique internationale•. C'est
as resources, that is potentlal Inputs for lndustry, and the sont mal identifiés. etc
le rapport Brundtland en 1987 et surtout le S:nnmet claim for property rights, presented as the means to
de la Terre de Rio, qui l'ont consacrée comme ensure access to genetic materials and to favour interna- 2 Illustration de cette
problème d'environnement globaL Avec un ntain tional trade agreements and technology transfer. Market effervescence sur Internet,
retard, elle a ainsi rejoint les pluies acides, la clirninu- loglc and rationallty have finally prevalled over concerns une recherche sur le mot
tion de la couche d'ozone, et l'effet de serre 1omme for ethics and heritage. Biodiversity has been reduced to a " biodiversity • avec un
set of resources, the valuation and adequate appropria- moteur de recherche tel
objet de négociations internationales. Mieux '·n core. tion of which appear as prerequisites for the institution of qu'Aitavista renvoie
la diversité biologique est devenue la biodiversi:.é. a market held to be a guarantee of sustainable manage- aujourd'hui à plus de
La substitution du terme biodiversité au term1 · diver- ment. 40 000 sites (Solagral,
sité biologique est significative. On est pass'.; d'un 1997)
',Ji h r1 1
sité spécifique. Les problèmes semblent essemil'lle- Les signaux d'alarme portent en effet sur la dispari-
ment porter sur la disparition d'espèces à gr ande tion d'espèces dont on est d'ailleurs en mal d'estimer
charge émotive, en particulier les gros mammiferes : le nombre (encadré 7). La modification des paysages et
baleines, éléphants, rhinocéros ... Les textes des insti- l'uniformisation de l'agriculture et de l'alimentation
tutions internationales concernent surtout les especes sont perceptibles par chacun. Des modèles tentent de
en voie d'extinction. Les publications de l'Union mesurer les pertes probables de biodiversité. Wilson
mondiale pour la nature (UICN) dressent les liste~. cl'es- (1993) n'hésite pas à comparer l'action de l'homme à
pèces et d'écosystèmes menacés, élaborent des :lassi- la grande extinction de masse, planétaire, qui s'est
produite il y a 240 millions d'années, entre les ères
fications par type de menaces. Si la convention ~ignée
paléozoïque et mésozoïque.
en 1971 à Ramsar concerne les zones humides .:·est
La biodiversité est alors un nouveau vocable, plus
parce que ces zones sont perçues avant tout comme
savant, et en apparence plus neutre, pour désigner ce
l'habitat des oiseaux d'eau. En 1973, la convf·ntion qui par le passé relevait de la protection de la nature.
Cites porte sur le commerce international des e~pèces Son usage permet de diffuser une approche globale
de la faune et de la flore sauvages menacées d'Pxtinc- des problèmes d'environnement. Le milieu est devenu
tion. La directive européenne de 1979 est surtout !environnement, lui-même devenu un ensemble de
connue comme la directive • Oiseaux • tant l'emporte systèmes qui dépendent les uns des autres. Petit à
la représentation sentimentale du problème biolo- petit, l'idée qu'il est peu efficace de protéger une
gique. La Stratégie mondiale de conservation de 1980, espèce sans protéger l'écosystème qui l'abrite fait son
et même le récent Global Biodiversity Assessment ( 1995), chemin. Il est reconnu aujourd'hui que la dégradation
s'inscrivent dans cette lignée clairement consel'\ ation- des habitats est la cause première de l'érosion de la
niste. diversité des espèces sauvages. Le problème n'est pas
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Encadré 1. Les menaces sur la diversité biologique.
La diversité biologique menacée se présente vivant sur Terre oscille entre 3 et 100 millions. Il est courant de citer la croissance démogra·
généralement sous la forme de listes hétéro- On ne connaitrait pas 10 % des insectes ni phique et la surexploitatlon des ressources,
clites d'espèces où la centaurée de la clape, 1 % des bactéries et des virus alors que les phénomènes aisément quantifiables, locali·
plante des environs de Narbonne voisine mammifères et les oiseaux seraient connus à sables et observables, comme principales
avec la chouette tachetée des ~tats·Unis ou le 95%. responsables de l'érosion de la diversité
regretté dodo de 111e Maurice. Ces inventaires La contmverse scientifique est très forte biologique. !.:argumentation qui dénonce la
manquent généralement du cadre global de quant à l'appréciation et aux causes de ces mond·ialisation économique fait son chemin
réflexion qui permettrait d'ébaucher de menaces. Si les extinctions sont certaines et et déplace la cquestlon sur le terrain des
grandes lignes de synthèse. Il est significatif mesurées avec précision dans quelques cas, valeurs philosophiques et politiques.
que le récent document • la diversité biolo· comme pour les oiseaux, les évaluations !.:observation ""ance le poids des phéno·
gique en France - programme d'action pour globales sont extrêmement variables. Elles mènes de surexploltation et montre l'in·
la faune et la flore sauvages • (ministère de offrent couramment des fourchettes de 1 à fluence des @Aindes réalisations d'lnfrastruc·
l'Environnement, 1996) élaboré pour satis· 100 en ce qui concerne les disparitions d'es· tures (routes, réseaux électriques,
faire aux obligations de l'article 6 de la pèces car elles sont très sensibles à la aménagements hydrauliques ... ) ainsi que de
Convention sur la diversité biologique, se méthode employée et au choix des données l'urbanisation et des pollutions Industrielles et
présente, en couverture, dans sa mise en domestiques. Dans le domaine agricole, le
et dates de référence. Les hypothèses à
page et jusque dans la préface du ministre danger ne [Link] pas tant de 11ntenslflca·
propos des relations entre les espèces et la
sur le thème du [Link]. tion des ~es que de la déprise due à la
surface sur laquelle elles se développent sont
La controverse scientifique commence avec désertiflcatiOI!I des campagnes, et de l'intro·
très approximatives et débouchent sur des
les définitions de l'espèce, la race, le gène. duction d'espèces exotiques et ete plantes
conclusions elliptiques : • En très gros, donc
Elle se poursuit avec l'estimation du nombre transgéniques occupant l'habitat et modi·
d'espèces dont on connait surtout les plus on peut s'attendre à ce que la réduction de la fiant les espt<:es locales (BRG, 1996). La
visibles et les plus utiles à l'homme : 350 000 superficie occupée par les forêts tropicales sélection génétique et l'ouverture des
espèces végétales sont actuellement ldentl· humides entratne au rythme actuel l'extinc· marchés, par ailleurs, concourent à la mise
fiées dans le monde, dont 60 000 considé- tion plus ou moins rapide d'environ 0,5 % au point de variétés commerciales de moins
rées comme menacées. on recense entre des espèces vivant dans la forêt chaque en moins variées. Des 7 000 plantes que
1 200 000 et 1 500 000 espèces animales année • (Wilson, 1993). Edward Wilson l'homme a utilisées au long de son histoire
réparties dans plus de 80 classes, dont estime à 27 000 le nombre d'espèces pour se nourrir, quatre (maïs, blé, riz et
50 000 espèces de vertébrés. condamnées chaque année, tout en afflr· pomme de terte) couvrent aujourd'hui à elles
Alors que les menaces d'extinction d'espèces mant que l'extinction est le processus biolo- seules plus de 1111 moitié des besoins allmen·
s'amplifient, le nombre d'espèces recensées gique le plus obscur et le plus local. Les esti· talres de la p:lanète. La sélectton, les choix et
augmente tous les jours, ne représentant mations qui font état des disparitions les plus les goûts des consommateurs conduisent à
probablement pas 10 % de ce qu'Il reste à Importantes sont basées sur l'étude des cano· J'abandon de la culture des variétés les plus
découvrir, ce qui est ambigu car par ailleurs pées des forêts tropicales qui révèle ... de anciennes qui sont conservées en c(lflectlons
on estime que le nombre total d'espèces nombreuses espèces jusqu'alors Inconnues. ou seulement dans des banques de gènes.
tant la disparition d'espèces, que celui de la disparition besoins et des demandes de l'humanité. C'est là une
insidieuse d'e~;paces intéressants sur le plan écolo- des dimensions essentielles de l'utilisation durable de
gique (dunes, mnes humides ... ) et de leur fragmenta- la biodiversité. Cela dit, on ne sait guère comment
tion par le développement des grands équipements maintenir cette capacité de résilience, ni comment
(ministère de l'l':nvironnement, 1996). traduire cette exigence dans un projet de développe-
ment.
Pour les scientifiques, l'avancée théorique que
La biodiver!iiité, objet scientifique ? représenterait une approche en termes de biodiversité
consisterait à dépasser le cloisonnement disciplinaire
Lapproche de la diversité génétique par les sciences entre généticiens, biologistes des espèces et des popu-
de l'évolution, ::est complexifiée, en même temps que lations. écologues ... Mieux encore, 1homme n'étant
progressaient 1-:~5- moyens de traitement numérique et plus considéré comme • facteur de perturbation
la biologie muléculaire. !.a frontière entre diversité anthropique •, mais bien comme acteur de son envi-
génétique et c~iversité spécifique s'est estompée. La ronnement, les sciences de la nature pourraient
biodiversité n' :•st plus abordée par des inventaires. converser avec les sciences sociales. Non seulement
mais de façon clynamique. par son rôle fonctionnel. La l'étude de la biodiversité devrait recouvrir un domaine
biodiversité d1•vient l'en~;emble des relations entre qui rassemblerait en un immense inventaire le virus et
toutes les composantes du vivant qui permet le jeu de le biome, ainsi que l'ensemble des interactions entre
l'évolution. or., peut alors présenter la biodiversité les espèces et les écosystèmes, mais encore, elle
comme une version moderne des sciences de l'évolu- devrait déboucher sur des résultats utilisables pour
tion qui fait la s~·nthèse entre les acquis récents de la une meilleure gestion de la biosphère, au profit de
biologie moléc,.llaire et de l'écologie (Lévêque, 1997) l'humanité.
Le modèle d'un écosystème fermé, en équilibre. <.~vec
peu de variat•les est abandonné au profit dune
écologie évolutionniste. Le nombre de variables expli- la biodiversité, enjeu de société ?
catives augmente. Le temps et l'espace sont enfin
largement intrmJuits dans des modèles écologiquPs et La dynamique de diversification biologique est intime-
biologiques. PIL:Iôt qu'à la stabilité de l'écosystèmE', on ment liée à la diversité des sociétés. Lhomme n'a pas
s'intéresse désormais à son adaptabilité. La capacité été qu·un prédateur, il a façonné les paysages, les
de la biodiversité à réguler les cycles biogéochimiques agro-écosystèmes, domestiqué des espèces et sélec-
de la biosphère. et donc à maintenir les conditions de tionné des cultivars. Par la sélection agricole, puis par
vie sur terre, esl clevenue un thème de recherche prio- le screening industriel, aujourd'hui par le génie géné-
ritaire. tique, il continue à modifier le génome. La biodiversité
Un accord semble se faire sur l'intérêt de maintenir est un des supports de l'organisation domestique et
la capacité de r·ésilience. c'est-à-dire la capacité du politique des hommes. Lusage productif de la biodi-
système à ammtir un choc. Lérosion de la diversité versité se révèle à travers ses applications
biologique entmînerait une perte d'adaptabilité, une nombreuses dans les domaines de l'agriculture, de
perte du potentiel d'innovation, mais il n est pas l'élevage, de la santé (plantes médicinales, pharma-
prouvé que les ecosystèmes complexes soient plus copée traditionnelle), de l'industrie (foresterie, cosmé-
résistants ou plus productifs que les systèmes les plus tiques ... ).
simples. S'il esr acquis que la grande variabilité et Selon l'échellE- envisagée (individus, populations.
hétérogénéité cles habitats est le moteur de l'évolu- communautés. écosystèmes, paysages, biomes, etc.).
tion, on connaî1 peu de choses sur les rapports entre la biodiversité renvoie à des conceptions toutes diffé-
la biodiversité e•: les caracteristiques fonctionnelles des rentes et pose directement le problème de la poursuite
écosystèmes. Pour chaque espèce. on cherchera des du développement économique. La définition d'une
corrélations ent:-e les caractéristiques biologiques, les biodiversité • sou~1aitable •, mondiale comme loca-
contraintes écokJgiques et les rôles dans l'écosystème. lisée, semble un€• gageure. Les différences de percep-
La disparition de certaines espèces peut n'avoir aucun tions sont énormes entre les acteurs intervenant dans
effet sur le fonctionnement d'un écosystème, alors le débat. La biodiversité des scientifiques n'est pas
que celle d'autn:~s espèces - etes espèces clés - peut celle des développeurs, ni des paysans du Sahel. ni
conduire au passage d'un type d'écosystème à un celle de la Convention signée à Rio. Pour beaucoup. la
autre 3 Encore fdrudrait-il être en mesure de définir les biodiversité ne peut s'apprécier qu'à l'échelle du
groupes fonctionnels et les chaînes trophiques, les temps court d'un projet de développement et ne peut
relations de dépendance et d'échange entre espèces. être liée uniquement à cette partie du vivant qui peut
On peut difficilEment conclure que des espèces sont être utilisée, dans une optique de rentabilité écono-
3 Ce qui renvoie à la redondantes ou sont plus importantes que d autres. La mique. La biodiversité n'a pas la même signification
définition de question de savoir s'il existe un niveau de diversité pour des populations dont les systèmes de production
l'écosystème. On parlera optimal pour le fonctionnement de chaque écosys- et la culture reposent sur un écosystème, pour des
d'écosystèmes différents tème reste en suspens. firmes pharmaceutiques à la recherche d'une nouvelle
quand l'observateur (ou
En définitive, l'intérêt df~ la biodiversité résiderait molécule ou pour des écologistes soucieux de la
l'usager qui peut être un
animal ou un élu local) dans ce large ~~ventail de gènes. d'espèces. d'éco- préservation d'une espèce animale.
distinguera des systèmes, mais surtout dans la richesse des méca- La biodiversité semble en passe de devenir un enjeu
différences .. nismes qui permettent de satisfaire l'évolution des de société où se confrontent divers scénarios pour
l'avenir de l'humanité. Elle apparaît aujo11r•fhui les informations génétiques
comme un concept clé pour désigner la coévnlution
des systèmes écologiques et sociaux. Devant l<a crois- Les hommes, tout au long de leur histoire et grâce à
sance démographique prévisible, l'artificialisati' m des une très longue patience, ont façonné les espèces
écosystèmes ne pourra que se poursuivre et lé• ques- qu'ils utilisaient en pratiquant le croisement et la sélec-
tion portera sur des choix de société. t:apprè iation tion des variétés végétales et des races animales les
subjective ou institutionnelle est alors primordiale. Le plus aptes à répondre aux conditions de production et
à leurs besoins économiques et culturels. Le génie
maintien de la biodiversité ne passe pas forcément
génétique permet aujourd'hui de s'affranchir de la
par une reproduction du Paradis terrestre où l'homme
barrière spécifique de la reproduction (un gène de
jouit d'une nature vierge et généreuse. La monotonie
plante peut être transféré à un animal, un gène
d'un champ de blé en Beauce peut être le symbole de
humain à un microorganisme), de l'expérimentation
la biodiversité. Paradoxalement. au-delà de ~.a très en conditions réelles de production et du temps.
faible diversité génétique qui conditionne son effica- I.e génie génétique est l'ensemble des techniques
cité technique et économique, l'agriculture moderne récentes issues du rapprochement de la génétique et
est le fruit, par ailleurs souvent biologiquement stérile, de la biochimie qui permettent de faire réaliser par un
d'une très grande biodiversité si l'on inclut l'ememble être vivant tout ou partie du programme génétique
du matériel génétique (toujours conservé da11s des d'un autre être vivant (Kahn, 1996). Grâce au progrès
banques) qui a été utilisé pour aboutir à la variété de la biologie moléculaire, il est désormais possible
cultivée (Cauderon et al., 1995). D'autre part, si le seul d'isoler un gène dans un chromosome. Or, un gène
but admis est la sauvegarde de la vie humainE. ;1 est isolé, ou une combinaison de gènes, est susceptible de
possible d'imaginer un monde dont le fonctionnement contrôler dans les cellules la synthèse d'une protéine
serait entretenu seulement par l'homme, les microor- dotée de fonction particulière. On peut ainsi isoler des
ganismes et les invertébrés (Cauderon et al., 1995). gènes responsables de caractéristiques morpholo-
Quelle biodiversité protéger alors : les écosystèmes giques (couleur. taille, forme, texture ... ) ou physiolo-
forestiers amazoniens, les céréales traditionnell·.•s des giques (résistance au froid, prédisposition à certames
maladies, stimulant de croissance ... ). Les techmques
Andes, le panda de Chine, des plantes inconnueo. pour
du génie génétique permettent également de recons-
des usages inconnus ou des savoir-faire locau': J Le
truire un gène, de le copier et de le transférer dans un
choix de la biodiversité à protéger ne peut repo~;er sur
autre organisme afin d'obtenir les caractéristiques
les seuls critères scientifiques ou économiques.
recherchées.
Les gènes, dans leur ensemble, sont censés
renfermer un ensemble d'informations virtuelles
De la biodiversité (encadré 2). Chaque gène est un support d'informa-
tions génétiques à décrypter pour disposer des
aux ressources génétiques : éléments qui permettront de modifier un organism~~
l'essor du génie génétique dans un sens souhaité. Les gènes ne sont plus unique-
ment considérés en relation à l'histoire et au travail
des hommes qui ont sélectionné et amélioré leurs
Si la définition de la biodiversité se veut englob.~r des combinaisons au sein d'une espèce. Ils sont égale-
registres différents, mêlant préoccupations éthiques, ment devenus une matière première pour l'industrie.
politiques ou économiques, allant du virus à l'écosys- Ils acquièrent ainsi le statut de ressources génétiques,
tème, on comprend que les politiques comme les car on spécule sur leur intérêt économique et straté-
scientifiques qui prétendent en traiter s'épuisent à gique comme source virtuelle de produits nouveaux.
chercher des principes directeurs. On ne peut asseoir Ainsi, le génie génétique permet de mettre sur le
la légitimité d'une action en cherchant à accumuler les marché tout aussi bien un gène isolé dont une fonc-
légitimités et les références de différents univers tion a été découverte, un être vivant génétiquement
(Godard, 1989). La reconnaissance social·:~ du modifié comme la fameuse souris transgénique de
problème de la biodiversité s'imposera à parlir de Harvard porteuse d'un cancer héréditaire ou le soja de
l'univers de la technique. la firme américaine Monsanto résistant aux herbi·
Alors que la controverse s'est étendue, sous la pres- cides, ou encore un micro-organisme transgénique
utilisé comme producteur d'un médicament (Noiville,
sion des ONG, au domaine social et politique, les
1996). Le génie génétique crée une certaine forme de
enjeux économiques portés par le progrès technique
diversité génétique.
s'affirment. Depuis les années 1990, la biodiversité
dont il est question semble se réduire aux resse<urces
génétiques, voire aux informations génétique>, ou le débat se focalise sur les gènes
mieux encore aux informations virtuelles: le développe-
ment des recherches en génie génétique a translol'mé Dans la communauté scientifique internationale, les
les gènes en matières premières pour la défen'E de systématiciens, les naturalistes, les écologues intègrent
cette biodiversité-là. [ensemble des acteurs réorgani- les acquis de la biologie moléculaire. La sociobiologie
sent leurs positions par rapport aux ressources ;~mé fait quelques émules. Les généticiens deviennent les
liques. porte-drapeau de la biodiversité.
NSS. 199H. vo ! . 11 1 7 19
Les écosystl'mes et les espèces sont encore invo- versité, et une vision utilitariste où la biodiversité
qués, mais swtout en référence à leur fonction de devient un ensemble d'inputs pour la production
réservoir de gènes. Ainsi. l'image de l'Amazonie en marchande.
flammes ne renvoie plus tant à la nécessité de
préserver l'écŒystème forestier tropical en soi qu'à la
nécessité de conserver le réservoir d'une ressource Les enjeux industriels
inestimable : l'information contenue dans les gènes
des plantes, animaux et microorganismes. Wilson Les secteurs des semences, de l'agroalimentaire, de la
(1985), à l'appui de son argumentation pour sauve- production animale, des cosmétiques, de la pharmacie
garder des espëces apparemment très voisines, insiste (médicaments. vaccins), de la médecine (thérapie
sur l'originalité et l'infinie richesse de chaque combi- génique, tests-diagnostics) sont concernés par les
naison génétique. Toutes les informations contenues biotechnologies
dans les cellules de la simple souris Mus musculus En ce qui concerne le secteur pharmaceutique, le
rempliraient, à raison d'un caractère d'imprimerie pour développement des biotechnologies semble pouvoir
une information du code génétique, les quinze être dissocié de la conservation de la diversité géné-
éditions de I'Encyclopaedia Britannica publiées depuis tique. Les produits les plus usuels puisent leurs prin-
1768 .. cipes actifs dans des plantes cultivées ou dans des
Dans le même temps. la constitution de banques de molécules de Sjtnthèse. La plante rare source d une
gènes s'impose plus que jamais comme un enjeu découverte parait largement mythique. Actuellement,
économique primordial dans le domaine des plantes la recherche pharmaceutique tend à restreindre la
alimentaires. So.:• pose alors le problème de la conser- méthode de cnblage systématique de millions de
vation des ressources génétiques des parents molécules chimiques jugée peu productive et
sauvages des plantes cultivées, les variétés locales, coûteuse. Il est jugé préférable de mettre au point un
des variétés mères ayant permis la création de médicament pour répondre à une demande précise et
variétés commerciales .. Comme les collections de solvable, en rect1erchant les liens entre gènes et
ressources gém:•tiques sont essentiellement contrôlées maladie. Plutôt que de passer des accords de biopros-
par les pays du Nord alors que la diversité biologique pection avec les pays du Sud, les grandes firmes phar-
in situ se trouve dans les pays du Sud, la conservation maceutiques trouvent plus efficace de s'allier avec
des ressources génétiques se confond avec leur appro- d'autres firmes spécialisées pour accéder aux banques
priation et les conflits d'intérêt Nord-Sud. de données de séquences de gènes.
On a ainsi pu observer ces dernières années une En revanche, le secteur de l'agroalimentaire dépend
dérive du débat On est passé du souci de conserva- directement de la conservation de la biodiversité pour
tion de la diversité biologique au travers de ses assurer la mise au point de nouvelles variétés. Le prin-
éléments les plus marquants à une préoccupation cipe de précaution leur impose de pouvoir disposer de
pour les écosystèmes, forêts tropicales en particulier. souches susceptibles de substituer une variété à une
et enfin aux gènes, source de denrées alimentaires, de autre en cas de maladie.
produits chimiques et pharmaceutiques, sources d'in- Les énormes profits attendus des produits du génie
formations et d'apports pour la biotechnologie. génétique, dont le marché en pleine expansion serait
Sources potentielles de conflit deux visions estimé aujourd'hui entre 20 et 30 milliards de dollars,
coexistent : UnE' vision affective et éthique de la biodi- excitent les convoitises. Monsanto prévoit que le
marché américam des plantes génétiquement modi-
fiées sera de 6 milliards de dollars en 2005 (Solagral,
1997). Quelle est la contribution de la biodiversité aux
Encadré 2. Les informations virtuelles. profits de l'industrie ?
Des scientifiques essaient de chiffrer la valeur des
Les gènes sont des fragments de la mol,cule d'ADN, laquelle constitue les forêts tropicales, non plus en fonction des biens et
chromosomes. Comme les éléments de b'se de la mo·lécule d'ADN se succè- services qu'elles apportent à leurs usagers ou à la
dent dans un ordre précis, !~hypothèse j:l'une Information par laquelle les collectivité, mais en fonction de leur rôle de fournis-
gènes commanderaient la produaion Cl!·' protéines, et donc les caractères seur de matières premières pour l'industrie. Si Gentry
biologiques des êtres vivants, est démO!lfée. Sn c.févetoppant la métaphore estime à 900 milliards de dollars la valeur des forêts
du message codé, on peut !dire que les piles contiennent des messa1e5 chif- tropicales pour l'industrie pharmaceutique,
frés écrits dans un aJphabE! à quatre Jettrts (les quatre nucléotides A, T, G, C) Mendelsohn et Balick (1995) sont plus sceptiques et,
qui se traduisent mécaniqUement dans ~~ autre alphabet à vingt ,Jeures (les par de courageux calculs probabilistes, estiment que
vingt acides aminés) qui forment les pr~l~lnes. Ce sont les mots formés qui cette valeur potentielle ne dépasserait pas 1 $ par
ont alors un sens biologique. hectare. La controverse scientifique demeure ... Si l'on
Le décryptage de ces messages cOdés, .le code génétique, est alors supposé connaît le coût de collecte moyen dun échantillon
de portée universelle, s'a:ppllquant aus$i bien à • [Link] bactérie qu'à un (lOO$), le coût d'un criblage (également environ 100 $),
éléphant • car tous les organismes vivE!rt~ sont constitués avec les mêmes le coût de conservation en banque de gènes (50 $ par
éléments de base. La séquence des élért:)i!hts est différente d'un être vivant à an) (Trommetter, 1993), on est bien en peine d'estimer
un autre mals les quatre nucléotides sont l~entlques. la contribution d'une séquence d'ADN, issue de la
Actuellement, les recherches se pourwhl'ent sur la complexité du codage plante d'origine. à la valeur finale du produit.
gène-protéine. Les gènes ne constituetaient que 3 à 5 % du génome Aujourd'hui, dans le secteur des semences, la valeur
humain, la fonction du reste de l'ADN re$Umt encore Inconnue. ajoutée d'un produit repose essentiellement sur le pesti-
cide ou l'herbicide génétiquement intégré à la semence.
! 11 !
s'inquiètent du danger que les pollutions et une des réglementations nationales. Elle encourage les États
mauvaise gesticn des ressources du Sud peuvent faire à se doter d'un système juridique de droits de propriété
courir à la biosphère. Comment intervenir pour que le sur les ressources génétiques. En contrepartie de l'appli-
développement économique des pays du Sud ne mette cation du droit des brevets aux ressources génétiques,
pas en péril la planète ? Les pays du Sud accusent le défendue par les industriels du Nord, les pays du Sud
Nord d'utiliser 1<1 protection de l'environnement comme ont obtenu la reconnaissance de leur souveraineté et
un prétexte potrr freiner leur développement et pour du droit des agriculteurs et des peuples. Mais ces droits
pratiquer une ingérence verte. Les pays du Nord refu- n'appartiennent pas au même univers de référence, ils
sent d'associer 1~:~ débat sur la protection de l'environne- n'ont pas la même réalité concrète.
ment aux queslions de développement traitées dans
d'autres instann·s. Ainsi, les problèmes cruciaux comme D'un problème d'environnement
la dette du ti<·rs-monde et le cours des matières à la gestion des ressources
premières ne seront pas abordés dans les conventions. Dès l'article 1, les choses sont claires, la question de la
Les exigences dE5 pays du Sud ne peuvent s'inscrire que conservation et de l'utilisation durable de la biodiversité
dans l'ordre du jour du Sommet : dans la Convention passe au second plan : l'enjeu réside dans " le partage
climat et dans la Convention sur la diversité biologique. juste et équitable des avantages découlant de l'exploita-
Le précédent tJu Protocole de Montréal et le fait que tion des ressources génétiques, et à un transfert appro-
les problèmes climatiques se prêtent à la quantification prié des techniques pertinentes, compte tenu de tous
et à des solutions techniques facilitent la signature de la les droits sur ces ressources et aux techniques, et grâce
Convention sur le changement climatique. Le monde à un financement adéquat •. Les ressources génétiques
industriel reconnaît sa responsabilité historique dans ne sont plus alors le patrimoine commun de l'humanité,
l'accumulation <Jes gaz à effet de serre et les pays du mais l'objet de droits souverains des pays qui peuvent
Sud y gagnent .les promesses de transfert de techno- en restreindre l'accès et être associés à leur exploitation.
logie " propre • l.a situation est tout à fait différente comme le souhaitaient les pays du Sud. Les accords
pour la Convent•on sur la diversité biologique. Le sujet entre pays du Sud, présentés comme riches en biodiver-
mobilise des potnts de vue conflictuels. Il n'y a pas de sité, et pays du Nord, présentés comme riches en tech-
précédent ni d'a:cord préalable sur les causes du mal, nologie, passent en effet par la reconnaissance de
les moyens d'y remédier, les objectifs à atteindre. Le fait droits sur les ressources naturelles prélevées dans le
qu'une part importante de la biodiversité mondiale soit Sud et transformées dans le Nord. On est passé d'une
contenue dans les forêts tropicales modifie le rapport définition très floue de la biodiversité comme problème
de force. Les Jays du Sud veulent utiliser leurs global d'environnement à un problème plus classique
ressources, ils r.·entendent pas être transformés en de gestion des ressources et d'exploitation de capital
réserves de biod1versité. naturel. Les ressources génétiques pouvant être traitées
La Convention sur la diversité biologique ne pouvait comme des produits commerciaux, leur gestion doit
prendre que la forme d'un compromis : le partage des alors être soumise aux impératifs de la technique ·- le
droits sur cette !'>iodiversité susceptible de se traduire génie génétique - et aux intérêts industriels et commer-
par des revenus. Le pédégé du groupe Rhone-Poulenc a ciaux.
alors eu beau j•·u de souligner que le résultat de la
Convention - lE partage des revenus tirés des molé- La souveraineté implique
cules miracles E ncore à découvrir - a constitué un la reconnaissance du droit des brevets
piètre gain pour ie développement des pays du Sud au La reconnaissance de la souveraineté des États du Sud
regard de ce qu'une caisse de compensation pour sur leurs ressources prend alors la forme d'une recon-
soutenir les cours des matières premières agricoles et naissance politique. C'est un outil juridique que les
minières aurait pu apporter (Deraime, 1993). États nationaux peuvent opposer à la biopiraterie, au
pillage de leurs ressources par les multinationales.
Cette image de pillage du tiers monde peut paraître un
La Convention : étendre les droits de peu convenue, il faut cependant comprendre que des
propriété sur les ressources génétiques faits anciens appartenant à la mémoire collective d'un
peuple, comme le vol par les Anglais des semences
Le Sommet de lél Terre de Rio permet la signature par d'hévéas qui a causé la perte du caoutchouc brésilien
157 États de la <onvention sur la diversité biologique. (Sérier, 1993). entrent en résonance avec, par
Délibérément flnue sur certains points de façon à exemple, les sotyagrahas, grandes manifestations
permettre une <:·maine souplesse d'application et à indiennes contre les dépôts de brevets sur une plante
recueillir un agn:·ment généralisé, la Convention met traditionnelle, le neem, par de grandes entreprises
cependant clairement en avant l'affirmation et l'exten- américaines et japonaises de fabrication de pesticides
5 Les droits de propriété sion de droits df propriété intellectuelle 5 à toutes les (Shiva, 1996).
intellectuelle sont une ressources et techniques susceptibles d'être utilisées par Les affrontements se sont focalisés sur les condi-
forme particulière de les biotechnolog es. Qu'il s'agisse de la souveraineté tions d'appropriation et de commercialisation des
droits, conçue pour des États, de la reconnaissance des savoirs et des ressources génétiques susceptibles de fournir de
protéger les produits de la pratiques traditionnelles des communautés locales ou nouvelles molécules pharmaceutiques ou de
créativité de l'homme. On
peut citer à titre
du droit des brell·~ts protégeant la technologie à trans- nouvelles variétés de semences, c est-à-dire sur le
d'exemples les brevets, férer, la définition cles formes de droit de propriété intel- partage des bénéfices provenant des biotechnologies.
les droits d'auteur, les lectuelle est omn présente. La Convention pousse à la Le règlement des questions de droits semble alors le
marques, etc. définition et à l't•omogénéisation des droits privés et préalable à toute transaction marchande. Laffirrnation
-
h, l' 1.
comme un ensemble de ressources naturelles revient droits de propriété étayaient leurs démonstrations et
à traiter la partie vivante de l'environnement comme réécrivaient l'histoire pour qu'elle aille dans leur sens,
un capital - un capital • naturel •, disent maintenant à savoir celui du développement de la propriété
les économistes de l'environnement - Jont il privée? Les anthropologues réunis autour de Fikret
convient, là encore, d'optimiser la gestion Jans le Berkes (1989) ont souligné que Hardin- comme beau-
temps. La rupture avec la notion de patrimJine de coup d'économistes des ressources naturelles -
l'humanité est consommée (encadré 3). mnfondait • non propriété • (ou libre accès) et
La prise en compte de la biodiversité en [Link] que • propriété collective •, ce qui lui permet de passer sous
telle oblige à s'interroger sur la nature comme un silence la diversité des structures de droit et des modes
élément de l'identité humaine. Au contrairE.· l'éco- de gestion traditionnels des ressources et des espaces
nomie néo-classique est fondée sur l'idée d'un wmme qui se révèlent tout aussi efficaces, au sens des écono-
libre, autonome, instituant rationnellement la société mistes, que ceux qui reposent sur l'appropriation
et son rapport au monde. Cet homo oeconomicus n'a privée ou étatique. Ces mêmes auteurs rappelaient
aucune racine, aucune identité particulière, ,:~ucune aussi que bon nombre d'exemples de destruction d'es-
obligation vis-à-vis du monde qui l'entoure ... En paces avaient pour préalable une déstructuration de
mettant un accent prétendument scientifiqUE· sur le ces modes de gestion traditionnels, elle-même
caractère efficient de l'échange généralisf. cette produite, bien souvent, par l'introduction de rapports
théorie économique légitime une certaine conœption marchands ou de procédures d'appropriation ...
du vivre ensemble et contribue à imposer am autres Cela nous amène à nous interroger sur les mnsé-
sociétés un type particulier d'institution, unE forme quences sorio-politiques des transformations en cours.
particulière d'intégration sociale et une certaint · repré- La logique marchande procède simultanément par
sentation de la nature. Il s'agit de jeter le discr •c!it sur intégration et par exclusion. Ainsi, il est probable que
les institutions, pratiques et savoirs locaux qui ne les marchés de la biodiversité ne sélectionneront que
répondent pas aux exigences de l'idéologie lib• Ble et certaines sociétés et à l'intérieur de celles-ci certaines
de la croissance économique. Robert Tartarin ( 982) a activités et certains savoirs lucratifs, les autres sont
montré avec quelle mauvaise foi les théoriciEns des appelés à disparaître.
Construite en opposition aux formes peuvent être versées dans la sphère oblige la génération présente à la constitution d une
classiques de légitimité reposant sur marchande, mais avec précaution poursuivre un projet collectif en ce théorie des droits de
des jeux d'intérêts, d'Intérêts écono- et dans: des conditions particulières. propriété, Harold Demsetz
qui concerne l'humanité et la (1967) appuie sa
miques en particulier, la notion de Réponqant partiellement à des inté- nature. Quel peut être ce projet ? démonstration sur des
patrimoine naturel, comme le rêts du groupe, la gestion du patri- Quelles sont les instances qui faits concernant les
montrent les analyses d'Olivier moine est davantage liée à un peuvent en débattre ? La question terrains de chasse des
Godard (1990) et de François Ost ensemble de règles, d'interdits, de se pose d'autant plus que, comme le indiens Montagnais. Pour
(1995) notamment, apparaît devoirs et d'obligations qui lie entre Demsetz, le
fait remarquer Georges Dupré développement des droits
porteuse d'une nouvelle légitima- eux, de faÇon asymétrique, les diffé- (1996), Il ne s'agit pas de raisonner de propriété privée sur
tion pour asseoir la prise de déci- rents mernbres de ce groupe : les sur l'humanité dans sa généralité~ ni ces terres appartenant, au
sion et la gestion dans le domaine vivants, les morts et ceux encore à sur l'homme isolé, mais sur des départ, à la collectivité
de l'environnement. naître. Notion juridique complexe, s'explique par une
sociétés particulières avec leur équi·
Le patrimoine désigne des éléments figure de compromis institutionnel,
pement technique, social et culturel,
analyse coûts-bénéfices
qui montre qu'à partir du
du milieu physique et social qui sont le patrimoine, écrit François Ost
qui ont souvent joué un rOte impor- moment où un profit
distincts des biens d'usage et des (1995), • s'accommode de la super- individuel a pu etre tiré de
tant dans la diversification du
biens capitaux. Liée à l'identité d'un position sur un même espace de
groupe, la notion de patrimoine plusieufs prérogatives distinctes
vivant... Autre interrogation sur ret- la commercialisation des
produits de la chasse, il
transcende la distinction tradition- renvoyant à des usages et à des tectivlté de la notion de patrimoine devenait nécessaire que
nelle opérée entre sujet et objet, titulaires différents et doit commun de l'humanité : celle-ci, les terres soient
entre l'être et l'avoir. C'est aussi une permettre une gestion prudente des pour être respectée, doit s'appuyer appropriées
notion transhistorique puisque, par espaces qui laisse ouverts les sur la souveraineté des ~tats qui privativement. R. Tartarin
montre la falsification des
sa transmission de génération en possibles. gèrent les ressources au nom de la
données ethnographiques
génération, le patrimoine doit Il n'en demeure pas moins que la communauté internationale, ce qui à laquelle recourt
assurer la survie du groupe et le mise en œuvre de cette notion de conduit à des risques évidents de Dernsetz : les nouveaux
maintien de son identité à travers le patrimoine commun de l'humanité confiscation, comme en témoigne le droits sur la terrE' ne sont
cas des grands fonds marins qui, pas assimilables ,] une
temps. Pour ce faire, la logique pose un certain nombre de
propriété privée, mais
symbolique à laquelle obéit le patri- problèmes. Décider que certains comme le note François Ost (1995), plutôt à un type u·usage,
moine peut s'appuyer sur des éléments actuels de la biosphère sont réservés de facto aux entre- à une forme d'u~ufruit ; la
éléments de rationalité économique. sont considérés comme un patri- prises transnationales disposant des transmission de ces droits
Certaines parties du patrimoine moine commun de l'humanité capacités d'exploitation. reste soumise à la survie
du groupe. etr
/\ISS 1qqx v1 •1 1 lq
Conclusion Résumé - La construction sociale de la question de la
blodlvenlté.
L:érosion de la biodlverslté se range désormais parmi
Comme tous le', problèmes globaux d'environnement, les problèmes d'environnement global. A ce titre, les
l'érosion de la diversité biologique fait, et continue à étapes de sa définition et de l'élaboration des mesures
faire, l'objet d'me construction sociale et politique. à prendre s'organisent sur le même modèle que pour
Nous nous sommes centrés sur une des scènes d'insti- Je changement cltmatique. Tout d'abord, les questions
tutionnalisation ; le sommet de Rio qui a vu la signa- scientifiques passent dans le domaine public et se
ture de la Com•ention sur la diversité biologique. Une
déclinent sous la forme de choix de société : la
certaine vision s'y est imposée. l'accent étant résolu-
diversité biologique est transformée en biodlversité.
ment mis sur lee; ressources génétiques. S'il y a lieu de
Puis un compromiiS - la convention sur la diversité
parler de crise 1.l€· la biodiversité, c'est avant tout une
biologique - s'organise, en particulier sous la pression
crise de la représentation de la diversité biologique, de
des industriels des bioteChnologies. La raison
la diversité de J;:, vie qui nous apparaît alors. C'est une
marchande l'emporte sur les approches éthiques et
nature réifiée, 'objectivée, une nature qui doit entrer
patrimoniales, rédliJj5$nt la bkldiverslté aux ressources
dans la sphère de la production et de l'échange qui
génétiques et ~lijtnt l'lnst01uratlon de la propriété
prévaut en effet. Comme le rappelle François Ost
comme prafll:le dè slil, gestion durable.
(1995), la gestic,n de l'environnement et à plus forte
raison, comme ,jans le cas présent, quand il s· agit de
la vie pose la question du lien entre l'humanité et la
nature. Nous avons vu (encadré 3) que l'aspect identi-
taire est primor:[Link] dans la problématique de la biodi-
versité. Une déiinition et un mode de gestion qui ne RÉFÉRENCES
donneraient la parole qu'au monde marchand et
industriel ont dnnc toutes les chances d'exacerber les Aubertin c. 1996. Heurs et malheurs des ressources naturelles en Amazonie
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Bordeaux là parailrel
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CHRISTIAN CHABOUD La biodiversitr marine se heurte, comme tous les de l'écosystème consommé par des organismes et
Économiste Orstom domaines de Iii biodiversité, à des problèmes de défi- dont la disponibilité conditionne le~ taux de crois-
Laboratoire HEA (Halieutique nition, d'évalu Jtion, d'identification des menaces et sance (Barbault. 1990).
et écosystèmes aquatiques), des mesures possibles pour éviter son érosion. Ce
Centre Orstom, BP 5045, texte se prop: 1se de recenser ces difficultés et la
34032 Montpellier cedex, variété des diswurs pour tenter de clarifier le débat et Ressources au sens des économistes
France proposer quelques actions possibles.
Courriel: Pour les économistes, les ressources naturelles sont
chaboud@[Link] avant tout le support d'activités de production et
susceptibles d'être échangées en la forme ou bien une
PHILIPPE CURY Les notions de ressources fois transformées en bien économique, ce sont leurs
Biologiste Orstom
Laboratoire HEA (Halieutique
et de biodiversité marines valeurs d'usage en tant qu'intrant rare (facteur de
production) et/ou d échange qui sont déterminantes
et écosystèmes aquatiques),
Centre Orstom, BP 5045, (Boude et Chaboud. 1995). Ainsi, une ressource biolo-
34032 Montpellier cedex, gique peut IlE' pas être considérée comme une
France Ressources ressource économ1que en l'absence dP marché ou de
Courriel : cury@[Link] au sens des biologistes halieutes technologie pour ;on exploitation. Un exemple tJien
connu est celui elu krill antarctique (Euphausia superba)
Les biologistes halieutes considèrent comme dont les énormes biomasses avaient fondé de faux
ressources l'ensemble des poissons et autres orga- espoirs quant à la possibilité de produire des protéines
nismes marins exploités ou potentiellement exploi- à faible prix. À l'invE'rse, des ressourct>s économiques
tables par la pi ·cl1e 1 . Cette définition est différente de ont disparu à la suite de l'évolution des marchés et ne
celle des écolo:~ues qui en ont une acception beau- sont plus aujounJtlui que des ressources biologiques.
coup plus large. englobant l'ensemble des composants La synthèse chimique de la vitamine A a ainsi enlevé
une grande partie de son intérêt économique à l'ex-
Abstract- Marine resources and blodlversHy. ploitation du requin profond (Centrophorus sppi au
Sénégal alors que cette pêcherie était florissante
The protection of biodlverslty is today a key question for jusqu'au début cie'; années cinquante. La disparition
scientlsts and d'~cislon makers ln charge of resou~ce and d'Afrique de 1 ouest des flottes de pêche hauturière
ecosystem man~gement. Marine biodiversity appears to des ex pays socialistes et l'inexistence d'un marché à
be difficult to evaluate, because of the charaterlstics of
l'exportation pour les abondantes ressources péla-
resources and ecosystems and also because of the nature
of the main hurnan activities (fisherles) which depend on giques de la Mauritanie ont conduit a un ralentisse-
them. This contribution is an attempt to identity and ment de l'exploitation de ces ressources. On s'inter-
present the main scientlflc approaches marine blodiversity roge sur la possihilité d'un usage économiquement
(biological, economical and ecological) and their viable de ces stocks l1ans le moyen terme. À l'inverse.
implications. Tl1e limitations of present evaluation le développement des échanges internationaux des
methods are discussed. These methods are orlented produits halieutiques confère le statut de ressource
mainly towards the rational management of fish stocks
and are not well-adapted to evaluate global blodlversity économique tt clf'S produits jusquE' là ignorés des
dynamics. The main threats ldentifled by sclentlsts and économies locales ou nationales. La collecte des aile-
conservationish concern single specles or a group of rons de requins et des holothuries pour le marché
1 En toute rigueur il species threatened by specifie human uses of the marine asiatique en est un bon exemple.
ecosystem (most olten flsheries). The analysls of some
faudrait ajouter • et de la
well-documente<l examples shows that biodiversity !osses
chasse des animaux
are olten due to multiple factors and that the effect of Problématique de la biodiversité marine
aquatiques • puisque fisheries on biodiversity ls olten over-emphasized.
l'exploitation, aujourd'hui
Biodlversity conservation management implies an active
en grande partie prohibée, participation of indivlduals and communities. lt supposes Les thèmes de la richesse (nombre d'espèces) et de la
des mammifères marins et also a fair distribution of long term gains obtalned diversité (qui prencJ en compte le nombre d'espèces et
notamment des baleines through the conservation of the resources and biodiversty. leur abondance relat1ve) spécifiques sont abordés en
est une activité halieutique. priorité. Ils concernent à la fois des questions de
--------·---~---- _,_ .. __ ..
rvs .
--- ..
199H .. '·
- -·-·--.- -·-----·-
1 t..
leur structure. IY repeuplement en salmonidés ou en Quelques interventions
espèces marin-·s peut modifier les populations tant du
point de vue de leur comportement que du point de
possibles
vue génétique. Le rôle joué par les ballasts des navires
marchands dans la dissémination des espèces marines Ainsi qu'il a été dit les différentes formes de pêches
(poissons, inwrtébrés) à partir de différentes zones exploitent la biodiversité et participent, à des degrés
portuaires a, rar exemple, considérablement modifié divers. à son éros1on. La participation des populations
la diversité dar~:s certaines baies comme la baie de San humaines, impliquées dans l'usage des ressources
Francisco. marines, au maintien de la biodiversité marine, est
Enfin, les activités côtières ou de transport mari- indispensable mais s'avère particulièrement difficile à
time sont responsables d importantes atteintes à mettre en œuvœ en raison de la nature des activités et
l'environnemf•nt. Les effets de la pollution sont des ressources en jeu. Un maintien de la biodiversité à
évidemment 1éfastes. on pense avant tout aux moyen et long terme a des effets positifs sur la viabilité
effets de la pollution chimique causée par les indus- des activités productives en garantissant de bonnes
tries côtières .métaux lourds, boues rouges, rejets conditions de renouvellement des ressources exploi-
accidentels ou non des industries pétrolières) ou aux tées et un maintien de la capacité évolutive des
accidents de t1·ansport maritime. Il convient cepen- écosystèmes. Les gains seront donc internalisés. Mais,
dant de faire 1;:, part entre les effets immédiats (catas- en raison du caractère commun des ressources
trophiques et très médiatisés) et les effets à long marines cet objectif de long terme rentre en contradic-
terme beaucoLp plus difficiles à évaluer. La pollution tion avec les comportements de court terme des
d'origine organique a des effets nuancés (effets posi- producteurs. La question semble plutüt de mettre en
tifs sur les biornasses en ra1son d'une augmentation place des dispositifs qui encouragent les pêcheurs arti-
de la production primaire, effets négatifs lorsqu'elle sans à sortir de la logique du surinvestissement et de la
est très importante). Les espèces réparties sur de compétition à court terme pour la ressource, dans un
vastes zones ~.ont rarement menacées. Les risques contexte d'ouverture accélérée à l'économie
sont plus évidents pour les espèces inféodées aux marchande. Labsence ou la faiblesse des systèmes de
écosystèmes locaux contrôle et d'accès aux ressources marines ne permet-
Les aménag,~ments côtiers peuvent détruire ou tent pas d'espérer grand chose de mesures unique-
détériorer des écosystèmes indispensables au main- ment techniques. Celles-ci ne pourront avoir des effets
tien de la biod!versité marine. Le défrichement de la que si chaque exploitant est convaincu qu'elles seront
mangrove à d1.~s fins de développement aquacole respectées par la grande majorité et les bénéfices tirés
(crevetticulture E~n Asie du Sud-Est et en Amérique de leur application équitablement répartis. Cela semble
latine) est un exemple bien documenté (Weigel. difficilement le cas aujourd'hui. Les systèmes d'enca-
1993). Les mangmves sont des nurseries qui abritent drement traditionnels sont largement érodés, les légis-
les juvéniles d'espèces exploitées au large durant lations nationales difficiles à appliquer et souvent peu
leur phase ad11lte. Les exploitations des milieux convaincantes au niveau local (Crean et Symes, 1996).
coralliens à d1•s fins commerciales (corail pour la Une voie à explorer serait celle d'expériences locales
bijouterie ou les matériaux de construction, poissons d'aménagement des pêches visant un meilleur usage
d'aquarium) aboutissent le plus souvent à l'élimina- de ressources (modes d'accès, contrôle des techniques).
tion des espèœs rares qui sont presque toujours les dans un cadre concerté s'appuyant sur des commu-
plus recherchéE s. nautés locales, les opérateurs du développement en
charge des projets et l'administration des pêches. De
telles expériences pilotes sont en cours de pêche conti-
nentale au Mali (delta central du Niger), en relation
avec la décentralisation administrative (Poncet et
Quensière, 1996). Au Chili, la création par les commu ..
nautés de pêcheurs d'aires d'aménagement des
ressources côtières, E•n anticipation sur l'évolution du
droit officiel, est une expérience prometteuse qui a
permis un repeuplement de zones surexploitées et une
amélioration des revenus des pêcheurs. De tels
contextes institutionnels paraissent beaucoup plus
adaptés que les systèmes politico-administratifs centra-
lisés pour faire évoluer les attitudes quant à l'intérêt de
gérer les ressources et de protéger les é<Osystèmes.
Lassociation des populations au développement de
l'écotourisme, avec des possibilités plus limitées que
pour les écosystèmes terrestres, pourrait être envisagée
dans certaines régions. Les lmraguen du parc national
du Banc d'Arguin en Mauritanie l'ont bien compris et
demandent à pouvoir développer cette activité qui
pourrait leur fournir des revenus supérieurs aux coûts
consécutifs à l'interdiction de certains types de pêche
dans cette zone. De même. la pêche sportive, souvent
Clark C.W. 1985. Bioeconomic Modelling and Fisheries Management Wilf•y. New
peu néfaste sur la ressource (elle est relativemeilt peu
York, 291 p
efficace et on peut imposer de relâcher toute oL partie
Crean K.. Symes D 1996. Sailing into calmer waters? in : Fisheries Man(lgement
des prises). peut être un complément de rt venus
in Crisis. Crean K. O. Symes éds. Fishing News Books. 197-205
important qui fait prendre conscience de lïntér~ t cJe la
gestion. Ici aussi des expériences pilotes et tempJtaires FAO 1995. Precautionary Approach to Fisheries. Part 1. Guidel1nes on the
Precautionary Approach to Capture Rsheries and Species Introductions
~ourraient avoir des effets incitatifs et pédago1~iques.
FAO Technical Paper 350, 47 p.
Ecotourisme et pêche récréative restent cependant limi-
de Fontaubert C.. Downes O.R. Agardy TS 1996. Biodiversity in the seas
tées en envergure et localisées dans des contextes
lmplementing the Convention on biological diversity in maPne and
particuliers.
coastal habitats. lUC~ Environmental Policy and Law paper No 32.
Enfin, l'encouragement à une meilleure gesti m des IUCN. Gland et Cambridge. 82 p
écosystèmes littoraux (zones de mangrove, rnilieux
Greenpeace. 1993. Dans la course au thon les dauphins ne sont pas les seuls
coralliens) par un contrôle local des usages e> tractifs
sacrifiés Les impacts de la pêche thonière commerciale sur le' océans.
(pêche, coupes pour la collecte du bois d'œuvr, et de la faune manne et communautés hurraines. 24 p.
chauffe, défrichage à des fins agricoles ou aqL ac:oles.
Hardtn G. 1968 The tragedy of the commons. Science 162. 1243-48
collecte de matériaux pour la construction) pernettrait
d'associer le bon usage et la protection de la biodiver- Gulland JA Garcia s. 1984 Observed patterns tn multispecies fisheries 111
E~ploitatio~ of .Warine Communities, RM. May. éd. Oalhen Conferenzen
sité marine à une approche plus intégrée de l'<m1éna-
1984. Springer Verlag 155-190
gement des ressources naturelles côtières. La pmtec-
tion de la biodiversité prendrait alors une dirr e rtsion Hannesson R. 1993. Bioeconomic Ana/ysis of Fisheries Fishing News Books.
138 p.
plus opératoire pour les acteurs concrets du d,',velop-
pement. Laloe F. Samba A. 1990.-La pêche artisanale au Sénégal ·ressources et straté·
gies de pêche. Études et thèses. Orstom. 395 p.
Meuriot E. 1987 Les modèles bio-économiques d'exploitation des pécheries.
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Rennes. Orstom Edition. coll.· Colloques et Séminaires·. 269 -2H1. Thallande, Tiers-Monde 134. 385-403.
Paradoxes et rationalités de la
« déforestation » en Côte-d' Ivoire
FRANÇOIS \'ERDEAUX
FRANÇOIS VERDEAUX Au début du sk·cle, la forêt dense humide de Côte- la mise en place ,j'un système de production basé sur
Anthropologue. d'Ivoire recouv ait une surface estimée à près de une arboriculture pérenne (cacaoyers, caféiers.
Orstom, LSS, 15 millions d'he' tares (Chevalier. 1909). Au milieu des hévéas. palmiers, arbres fruitiers).
34, rue Henri-Varagnat, années 1950, o·tte couverture forestière est réduite à L"objectif n'est pas. ici, de restituer la dynamique des
93143 Bondy cedex, France 9 millions d'heclares. Selon les dernières estimations. innovations agraires ni d'analyser, dans une perspec-
les forêts • résid,_lelles • occupent désormais moins de tive ethno-botaniqLe, la genèse et l'impact des substi·
3 millions d'heclares (DCGTX/1993) et continueraient tutions entre espèce~. végétales. L"attention est foca-
de connaître un recul face aux fronts pionniers agri- lisée sur les dynamiques sociales qui ont sous-tendu
coles (café et ca1ao principalement). y compris dans le un phénomène <Je conquête paysanne de l'ensemble
domaine perm a .wnt de l'État 1 , soit les forêts • clas- de l'espace forestier ivoirien entamé au milieu des
sées •, en principe totalement interdites d'accès. années 1920 et qui s est prolongé jusqu'à nos jours.
Compte tenu oe la connotation négative et par trop Ce phénomène présente en effet quelques caractères
réductrice du krme déforestation, le phénomène remarquables qw, non seulement vont à rencontre
continu auquel E >t soumis la forêt ivoirienne, depuis la des explications globalisantes des processus de défo-
fin de la Premièl e Guerre mondiale, doit d'abord être restation en générdl. mais conduisent aussi à proposer
requalifié. Le prc~CE~ssus auquel on a affaire a consisté une nouvelle interprétation de la dynamique propre à
plus précisémenl en une conversion agricole du milieu ce que l'on a appelé 1" économie de plantation , ivoi-
forestier. Il faut lout d'abord relever que s'il ne reste rienne.
plus que le cinqJième, environ. des forêts originelles, La prise en compte de l'histoire sociale et écono-
ces dernières, selon A. Cllevalier qui en inventorie les mique de l'exploitation forestière. qui était à l'origine
essences au dét Jt du siècle, étaient déjà constituées de la recherche, nous a conduit, en même temps qu'à
pour moitié de II•Jrêts de type secondaire. o·un point un changement d'échelle, à une remise en perspective
de vue agroéwlogique. leur transformation a É'té de l'histoire de l'exploitation du milieu forestier dans
caractérisée, en ~.econd lieu. par le maintien partiel du son ensemble et dans toute sa durée. Parce qu'elle
couvert ligneux, l'introduction ou l'adaptation d'une recoupe. de bout en bout. l'histoire de la Côte-d'Ivoire
grande variété d,, plantes alimentaires. et surtout par contemporaine et qu'elle est la forme de mise en
valeur la plus constante de sa zone forestière. elle
offre un trait d'union et, pour l'observateur, un fil
conducteur entre les différentes époques et les diffé-
rents acteurs de œtte mise en valeur. Il est, de fait, vite
apparu qu'en dépit, ou à cause, de proclamations
Abstract- Paradox and rationalltles of deforestation in
1 Les forêts du Domaine the Ivory coast réitérées (et trop appuyées pour aller de soi) de sa
permanent qui, outre les logique de développement autonome et de sa ratio-
forêts classées, incluent use of the term deforestation to descrlbe the signlflcant nalité industrielle et capitaliste, l'exploitation forestière
les parcs et réserves reduction of the dense raln forest on the Ivory Coast does n'avait cessé de s12 configurer en interaction avec les
naturelles, sont la not take lnto acc;ount the agrlcultUral convers!on process autres catégories sociales parties prenantes de cette
propriété de l'État qui les of the forest towards sustalnable agriculture. Contrary ta
accepted opinions, a long-term hiStorlcal analysls shows
histoire. La phase d'adoption par les sociétés locales
maintient en réserve ou
en concède partiellement that deforestatlan ls not the result of elther an de l'agriculture arbustive, au lendemain de la Première
l'exploitation ligneuse. overexploltatlon of the resources or a population guerre mondiale, semble marquer une rupture histo-
Elles s· opposent aux forêts explosion. The exploitation dynamics of the forest rique par rapport ;i celle qui précède. À l'analyse. elle
du Domaine rural qui envlronment, supported and encompassed by national correspond à une conjonction de facteurs, parmi
peuvent être occupées et polldes, has provltlecl the gtowlng community of the Ivory lesquels le changement de statut de la forêt et la
utilisées à des fins Coast wlth terrltory and an economie base. This article
agricoles par des aims to contribute to the debate over the causes and recomposition de la profession forestièrP sont les plus
particuliers (sous certaines consequences Of deforestation and argues that soclo- déterminants.
conditions) mais où les historlcal and structural factors should be taken lnto Ces observations ·~mpiriques m'ont amené à traiter
arbres demeurent, en consideration before any Intervention aiming at the les matériaux historiques collectés dans une perspec-
principe, propriété de protection of the forest. tive anthropologique en leur appliquant le concept de
l'État. phénomène social total. À travers son contrôle spatial,
la définition de son statut, le partage de ses ressources des rentes des différents produits qui y sont exploités
et la répartition des rentes, la forêt constitue, de prut en ont été utilisés par l'État indépendant pour assurer sa
part et au-delà de la seule économie de plantation, le prospérité financière et la stabilité politique du régime
point focal de l'histoire ivoirienne. Ce qui relie le~; unes La forme prise par l'agriculture de plantation est un
aux autres ces périodes et ces composantes, c ,~st le effet de ces orientations politiques générales. En oppo-
processus ininterrompu d'intégration d'une société à sant radicalement, comme deux activités exclusives
travers son rapport à la forêt. Les interprétations anté- l'une de l'autre, agriculture et exploitation forestière.
rieures de la dynamique pionnière de l'économie de l'État colonial a créé les conditions d'une compétition
plantation n'en sont pas abolies pour autant qu'il d'usages sur le milieu. En maintenant, après l'indépf~n
s·agisse de l'instance sociologique sur le caractère dance, son monopole sur les ressources ligneuses tout
systématique et les conséquences d'un mo<le de en encourageant l'extension des activités agricoles
production extensif basé sur l'échange mutuel des dans la forêt, le nouvel État a continué à vider de sa
facteurs terre et travai1 2 ou de celle, plus agroècono- valeur, pour les paysans, le couvert boisé en tant que
mique, qui fait de la recherche de la rente différentielle tel. Les arbres n'ayant pas, pour eux, statut d!•
procurée par les défrichements forestiers récenb (Rut, ressource, il était exclu que l'espace forestier qu'ils
1988 ; 1996) l'un des facteurs explicatifs de l'elltensi- investissaient soit géré autrement qu'en fonction cles
vité du système. Elles se trouvent toutes deux :•nglo- seuls impératifs agricoles. La forte corrélation entre
bées dans un processus plus vaste qui, d'une part, défrichements agricoles et disparition des grands
prend ses racines antérieurement et contribue à expli- massifs forestiers, au moins pour la période
quer l'émergence de cette agriculture extensive, cl autre 1955-1990, semble établir un lien de cause à effet
part, met au même niveau et relie entre elles toutes les incontestable entre les deux phénomènes. Les plus de
composantes sociologiques constitutives de cette six millions d'hectares de forêts disparues entre ces
histoire. deux dates correspondent, à très peu près, à l'accrois-
Contrairement aux apparences, le phénomè1w de sement de deux millions et demi d'hectares cles
colonisation de la forêt par les paysans ne relève pas surfaces plantées pour la même période dont on
d'une évolution spontanée, inéluctable et linéaire Il a estime qu'elles représentent une surface de défriche-
pour origine une politique volontariste, dite de · mise ment total cieux fois et demi supérieure (DCGTX, 19931.
en valeur • coloniale. Le processus, largement ininten- Cette vérité statistique, pour peu qu'on l'interprète
tionnel, engendré par ces orientations initiales, articule mécaniquement, peut entraîner une dangereuse illu-
sans solution de continuité des logiques économiques, sion d'optique.
sociales et politiques impliquant directement, outre les En premier lieu, une reconstitution historique dans
paysans, les entreprises forestières et l'État. La · défo- toute sa durée (1887-1990) permet d'identifier et de
restation • n·est pas le fait des seuls planteurs. EIle est situer les contextes successifs de la déforestation. La
la résultante de ces rapports sociaux tripartites noués linéarité du phénomène, son apparente inéluctabilité_.
autour de l'appropriation, conjointe ou concurrente, de correspond paradoxalement à des choix publics et ,'J
l'espace forestier. Il nous faut insister sur le caractère des stratégies catégorielles variables, voire opposées
tripartite de cette appropriation. L.:État a bien dé un d'une époque à l'autre. La similitude des situations
partenaire intéressé et à part entière de la mise~ en entre les deux époques extrêmes suggère que le
valeur de la forêt et non une instance d'arbitrage défi- rapport de la société ivoirienne à sa forêt est réversible
nissant et garantissant le meilleur usage d'un bien et que la forme qu'il a prise n'était donc pas inéluf·
commun, quoiqu'il en ait dit et que certains aient pu en table.
penser en toute bonne foi3. L.:affirmation de cette On propose, ensuite, une brève interprétation de la
2 De nombreux auteurs
neutralité immanente a été, ici comme aille•1rs, le conjugaison des différentes logiques catégorielles et
fondement mythique nécessaire de son autorité. Mais il cles rationalités partielles dont cette histoire est la résul- ont écrit sur ce su jet Ils
sont signalés d'une
se trouve que le mythe est, ici, plus patent puisque c'est tante. Bien que non mécanique par définition, ce astérisque dans la
précisément autour de la mise en valeur de la forèt que processus historique reste marqué par une continuité bibliographie.
l'on assiste à une procédure d'imposition de n':tat. Il certaine dans la façon dont la forêt a été traitée
3 La • gestion rationnelle •
n'est donc pas question de s'en tenir aux an<irlyses, pendant ces soixante-dix dernières années de mise en
habituelles en matière de gestion des ressource!. natu- valeur voulue et, en principe, encadrée par la puis- des ressources ligneuses
relles, menées en terme de compétition d'usage entre sance publique. L.:articulation, variable en fonction des ne pouvait passer pour
une posture neutre, une
catégories d'exploitants directs ; ici, les paysans et les contextes, de cette pluralité de logiques sociales éclaire quasi-nécessité technique,
forestiers. Qu'elle soit coloniale ou indépenda·Jte, la les paradoxes de ce processus d'ensemble eu égard qu·en faisant abstraction
puissance publique a toujours traité la forêt c:nnme aux analyses globales le plus souvent proposées pour de ce sur quoi elle était
une ressource globale (au-delà de ses compo:>antes ce type de phénomène : assise : la confiscation des
naturelles exploitables) gérée politiquement err fonc- territoires forestiers des
tion des impératifs de sa propre reproductiun. Le populations locales et leur
exclusion de l'exploitation
contrôle de l'espace forestier en vue d'une exploitation - Gestion versus surexploitation des ressources : des ressources ligneuses
rationnelle de ses ressources a explicitement justifié la !.:exploitation forestière a beau être la plus ancienne et au profit d'une catégorie
conquête militaire du territoire (Angoulvant, 1916). Il a la plus constante des formes de mise en valeur fores- d'• industriels •, selon la
simultanément été l'un des principaux moye·ns de tière, la disparition des ressources ligneuses ne peut terminologie officielle,
confiscation effective des pouvoirs des chefs IOCiiiUX au être imputée à leur surexploitation. Plus surprenant, mais qui se trouvaient être
tous, et
profit de l'administration coloniale. L:État s'est implanté les encadrements réglementaires qui ont toujours été malencontreusement. des
dans et par la forêt. La réallocation des espaces de guidés par les principes de • gestion rationnelle des • Blancs • ou · colons •
production forestiers et le contrôle de la redistrillution ressources " apparaissent, a posteriori, comme J'un aux yeux des indigènes.
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Catherine Aubertin. La construction du pre bi ème C. A. Létude des impacts anthropiques a·t-elle CHRISTIAN LÉVÈQUE
d'environnement biodiversité semble avoir en partie contribué à une représentation de la nature en Écologue, directeur de
échappé à la communauté scientifique. Comment les danger? recherche à I'Orstom
scientifiques se situent-ils vis-à-vis des termes : wture,
diversité biologique, biodiversité ... ? C. L Lidée de nature. je le répète, au sens de protec-
tion de la nature, est surtout défendue par les ONC,
Christian Lévêque. Les écologues parlent l' plus dont les plus importantes sont ru ICN (l'Union
souvent de milieu naturel. par opposition aux mdieux mondiale pour la nature), le WWF (World Wildlife
anthropisés. La notion de nature, d'origine plw philo- Fund), ou le WRI (World Ressource lnstitute:' Les
sophique, ne fait pas partie intégrante de leur VtKabu- hommes qui y travaillent ont un objectif précis qui est
laire habituel. Cette notion de nature a été tt~layée de protéger la nature. La protection de la nature a des
auprès du grand public. et jusqu· à une Époque motivations d ordre éthique qui sont différentes de
récente, par des ONG sous l'angle de la protee. ion de celles qui animent les scientifiques, et parfois des
la nature. Les sciences de l'évolution, quant . · elles, motivations de type religieux et para-religieux qui
mettaient plutôt l'accent sur le concept de d,versité vont jusqu'à une· [Link] • mythique. Ces organismes de
biologique. La notion de biodiversité, que c ·rtains protection de la nature ont beaucoup contribué depuis
n'hésitent pas à qualifier de sciences de la collserva- plusieurs décennies à la prise de conscience du public.
tion, suppose une approche à la fois plus inté.;rée et et des milieux scientifiques, concernant la nécessité de
plus finalisée du monde vivant, comporta:1t des protéger la nature des destructions de l'homme. Ce
aspects d'inventaire, de protection, d'usage~ •:t de sont ces ONC qui cmt formé en grande partie cette
valorisation de la diversité biologique et des ·cosys- idée de nature er danger, relayés il est vrai par
tèmes .. quelques scientifiques agissant soit par conviction. soit
Depuis de très nombreuses années, voi e des par intérêt.
siècles, les scientifiques naturalistes se sont inL~ressés
aux sciences de l'évolution. La grande traditio 1 natu- C. A. La réponse a alors été la rédaction ·de la
raliste au x1xe siècle fut d'abord celle des invEntaires Convention sur la diversité biologique ...
d'espèces et des recherches sur leur distributitJil. Au
cours du xxe siècle la génétique est apparue <omme C. LAu départ de la Convention. ce sont des ONC de
un nouvel outil d'investigation et d'analyse, clans la protection de la nature qui souhaitaient développer
tradition des recherches sur l'origine et l'évolut on des une convention cadre qui regrouperait tout un
espèces. Mais parallèlement les sciences nature'IE's ont ensemble de conventions comme Ramsar, Cite~. etc.,
été en partie renouvelées par l'approche écologique conventions déjà signées de manière éparse. Le but
qui a cherché à établir des relations entre le orga- était de faire quelque chose de solide sur le plan juri-
nismes vivants et le milieu dans lequel ils vivent. dique pour aboutir à un ordre international de protec-
Lenvironnement était alors compris comme l'etlviron- tion de la nature. C'était l'arrière-pensée passablement
nement des organismes et pas seulement de l'h<Jtnme. impérialiste de ces grandes ONC aux ressources finan-
Ces naturalistes ont étudié pendant longtemps les cières et humaines importantes. Si elles ont été a !ori-
organismes dans leur milieu vierge, non antltropisé gine de la Convention sur la biodiversité, elles n ont
car, s'agissant de relations complexes, il était :litficile pu obtenir cependant la mise en place d'un système
sans une bonne connaissance des lois écolm:iques, international afin d'assurer la pérennité d'un certa1n
d'interpréter correctement la dynamique des systemes nombre d'aires protégées avec des scientifiques pour
perturbés. Cette attitude était également justifiÉ·e il n·y vérifier, conseiller, voire imposer leurs directives.
a pas encore si longtemps, par le peu de moyens Ce qui concerne les ressources génétiques a une
d'analyse dont on disposait. On s'intéressait leme à autre origine le monde agricole et les industries
des milieux homogènes, peu perturbés, afin de mettre agroalimentaires. Ce domaine technique et industriel
en évidence les processus écologiques élémentaires avait depuis longtemps ses habitudes et ses intérêts. Il
dans toute leur intégrité. voyait d'un œil inquiet disparaître un certain nombre
Puis on a commencé à s'intéresser aux i·:1pacts de milieux où se trouvait en principe la librairie géné-
anthropiques sur ces milieux et sur les orga'lismes tique. c·est-à-dire toutes les variétés sauvages et les
vivants qui les peuplent, ainsi qu'à leurs conséqu•!nces souches originelles d'espèces domestiquées. On a
sur la dynamique et le fonctionnement des sy~;temes besoin de ces variétés sauvages et de ces souches
écologiques. Cette • internalisation • de l'impact originelles pour modifier éventuellement nos variétés
anthropique a marqué un tournant dans l'histc•IH' des cultivées, tellement sophistiquées qu'elles ne résistent
sciences écologiques. plus aux maladies, ni au stress hydrique ... Df'rriere 'e