I.
Naissance & renaissance du nu :
Le nu est défini par Kenneth Clark comme étant « l’état de celui qui est dépouillé de ses vêtements ». Il
Percevable comme la forme idéale ou la déception, il regroupe des associations embarrassantes, des
émois érotiques et peut être un objet de contemplation.
Selon Didi-Huberman, l’opposition entre le nu et la nudité est un processus d’isolation, une séparation
entre forme et désir, divisée en trois voiles : le texte, le marbre et les idées
Clark refoule les sentiments, contrairement à Didi-Huberman.
1. A. Antiquité : ambivalence du nu :
Hésiode associe la nudité à la fertilité, Socrate la loue pour la pratique sportive dans La République. À
Rome, se dénuder devant ses concitoyens serait un acte gênant. Selon Cicéron, le citoyen a des devoirs
(uerecundia, ou la pudeur) et doit garder le decorum, la beauté, la bienséance. Les vêtements (la toge),
œuvres d’Athéna, déesse des arts, les aident à remplir ces devoirs.
B. Émergence du nu dans l’art occidental :
Selon Kouros, le mot « jeune homme » en grec ancien désigne aussi la statue du dit jeune homme. Celle
d’Apollon est appelée kagathos, qui signifie « bel et bon » et représente l’idéal du corps et de l’esprit :
l’athlète.
Pour Polyclète, le nu obéit aux lois de l’univers. Il est aussi privilégié aux hommes, ayant une qualité
prérogative e.g. Leucippe qui ne pourrait se déshabiller qu’en étant transformé en homme lors de la fête
de Crète. Même Vénus était vêtue au 5e siècle av J.C. Vénus représente la fécondité e.g. Venus genitrix
de Phidias. Malgré tout cela, à Rome la nudité est magnifiée par la peinture et la sculpture et Ovide fait
éloge de la nuda simplicitas.
2. Le Moyen-Âge :
Au M-Â, le corps est l’objet de mépris par opposition à l’âme. La Bible interdit la nudité à l’intérieur de la
maison, celle du père comme étant la pire. Dans La Genèse, Adam et Ève ne ressentent la nudité
qu’après avoir commis leur pêché. Ainsi le nu a une fonction apotropaïque, qui conjure le mauvais sort
pour détourner les influences maléfiques à l’Église. Le corps féminin dénudé est alors perçu comme les
vices. La nudité doit quand-même être dissimulée par l’eau, des draps ou l’asexualité car
paradoxalement elle peut détourner les fidèles de Dieu.
Les auteurs profanes font l’éloge de la nudité, notamment concernant les rapports sexuels (Le régime du
corps). Boccace décrit des scènes érotiques dans Les Nouvelles. La redécouverte des statues nues
provoquaient néanmoins des réactions violentes, comme la destruction d’une de Vénus à Sienne, qu’on
croyait être à l’origine de la Peste.
3. La Renaissance :
A. La redécouverte du corps :
Elle se réalise à travers les peintres florentins qui s’intéressaient au nu féminin idéal, à la médecine, la
gymnastique et la dissection.
Se réalise la découverte des anciens textes humanistes comme Timée de Platon, qui caractérise le nu
comme un microcosme, avec deux mouvements dans le ciel : la raison humaine (le ciel) et la sensibilité
humaine (les astres), établissant donc un lien entre la structure du monde et le fonctionnement du
corps.
B. Le nu dans la peinture florentine :
Durant les années 1400, la figure humaine est dénudée avec réalisme e.g. Piero della Francesca -
Baptême du Christ (c. 1448) avec une fonction prosaïque qui unit la piété et la contemplation théorique.
Durant les années 1500, les artistes viennent à Rome. Sous l’appel de Jules II, Michel-Ange peint entre
1508-12 les voûtes de la chapelle de Sixtine. La scène de la création d’Adam le représente avec un corps
d’athlète magnifié et exalté. Raphael représente les mouvements du cosmos via ceux des personnages
du Triomphe de Galatée (1513, Villa Farnesina).
II. Définition humaniste du nu :
A. Le nu et le vêtu :
La voile couvre le corps nu et peut se servir comme outil de l’art du semi-nu, pour représenter la grâce
incarnée, comme dans Le Printemps (c. 1480) de Sandro Botticelli.
B. Le nu et l’écorché :
Leon Battista Alberti parle du « corps décharné » dans De pictura. Le corps serait donc des vêtements
couvrant l’os humain et constituerait du nu un processus d’habillement.
À Padoue, Pomponio Gaurico publie l’équivalence pour la sculpture de De pictura: De sculptura. Il parle
de sept arts libéraux, regroupés dans deux groupes :
- arithmétique : le nombre ; la géométrie ; l’astronomie ; la musique
- raisonnement : la grammaire ; la rhétorique ; la dialectique
L’animatio désigne la vraisemblance et oppose le nu au dénudé. Gaurico exprime sa préférence pour
plus de douceur, de jeunesse et de grâce. Il stipule aussi une connaissance pointue de l’anatomie. Il
dissocie le nudus (une qualité) du denudus (le résultat d’un procédé).
Quant à Lodovico Dolce, dans son Dialogue de la peinture intitulé l’Arétin, il exprime son dégoût qui ne
font que des écorchés. Il préfère recouvrir le corps par la peau, qu’il qualifie comme la limite avec
l’intérieur du corps (le cosmos). La peau serait donc la spécificité du nu.
C. La mode et la manière :
Deux modes existent : le nu et le vêtu. Mis à part le nu musclé (Michel-Ange) et le nu gracieux (Raphael),
on a aussi le nu doux dissocié. La douceur serait employée pour les enfants, la délicatesse pour la femme
et la robustesse pour l’homme. Raphael était maitre dans tous ces styles mais avait une préférence pour
la grâce. Dolce distinguait deux sortes de nu : celui de la terreur et l’autre du plaisir.
Aristote dans La poétique définit la notion de catharsis comme la purgation de l’âme du spectateur par
la représentation du mauvais, par deux passions principales : la terreur et la pitié. La peinture serait
alors le mimésis et la représentation des sentiments humains, avec deux modes : narrative et -
dramatique.
III. Le corps comme microcosme :
1. Les théories antiques de l’harmonie :
L’harmonie est définie comme la loi qui gouverne l’univers. Le nu est géométrisé et rationnalisé,
représentant alors comme l’imago mundi pour étudier la loi de l’univers. Les humanistes se fondent sur
la symétrie et la proportion et ont comme doctrine : l’analogie des choses entre elles-mêmes et entre
elles et l’univers.
A. Le cercle :
Homère associe le cercle infini au corps. L’harmonie est celle qui attache les membres au corps. La
cohésion de cette perception physique est le pneuma (le souffle vital).
B. Les nombres :
Au VIè siècle, l’harmonie serait un nombre parfait et permanent. Celle des astres se manifestent aussi
sur terre par l’architecture et la sculpture. On confie alors un caractère sacré au nombre.
C. La sphère :
Selon Platon, le monde a un corps et une âme et le vivant aussi une proportion. Selon Timée, le corps
est formé d’assemblages des éléments premiers dont le triangle. Le démurge (dieu créateur) les a
agencés comme ça. Le corps vivant serait parfait et unique, comme une sphère. La raison serait la part
divine de l’homme. Pour Platon, dans le Banquet, l’androgynéité serait une perte d’harmonie et pour
Cicéron, dans la Nature des Dieux, la figure la plus belle est la sphère qui comprend toutes les autres
figures.
D. Le canon :
Polyclète a écrit un traité, Le canon, aujourd’hui perdu. Il est cité néanmoins par Philon de Byzance et
Plutarque. Le premier définit le canon comme obéissant à la notion d’ensemble. La musique présente
parfois des dissonances. Le corps humain est parfaitement réglé.
Au Ier siècle, Vitruve reformule le canon à Rome. Il stipule que le corps doit être représenté
symétriquement comme le monde. La symétrie serait l’accord harmonieux des liens du corps.