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Exemple Dissertation Dorion

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Dissertation Hélène Dorion

« J’ai passé ma vie avec les mots. Toutes ces années, ils m’ont appris à mieux lire le monde et les
êtres, à découvrir du sens et en créer ».
Née dans la ville de Québec, figure majeure de la francophonie, Hélène Dorion écrit de la poésie
depuis plus de quarante ans. A travers ses œuvres, cette écrivaine des vastes espaces réfléchit à la
condition humaine en la replaçant au cœur de la nature. Ainsi, dans son roman Pas même le bruit d’un
fleuve, Hélène Dorion fait dire à l’un de ses personnages : « J’ai passé ma vie avec les mots. Toutes
ces années, ils m’ont appris à mieux lire le monde et les êtres, à découvrir du sens et en créer ». Ecrire
serait donc d’abord s’ouvrir au monde, pour en déchiffrer les signes et pour comprendre son langage.
L’écriture serait ainsi un outil d’élucidation du réel. Comment l’acte d’écrire, dans Mes forêts, permet-
il de comprendre le monde ? Nous verrons d’abord que l’écriture se fonde sur un rapport direct avec la
nature, puis qu’elle en révèle le sens. Nous montrerons enfin qu’elle cherche à réparer le monde
La poésie apparaît chez Hélène Dorion comme une façon de vivre et d’envisager le monde.
L’écriture prend le monde extérieur comme point de départ et conduit à une forme de contemplation.
Hélène Dorion donne au monde extérieur toute son importance. L’écriture ne nait pas de
l’imagination, dans la solitude et l’intériorité. C’est à l’air libre, au rythme de la marche et au détour
des chemins que naissent le mots. « la source de la poésie se trouve dans notre présence au monde »
(Télérama, 25. 03. 2023). La parole poétique conduit à se souvenir de cet ici qu’est la vie et retrouver
le contact et le lien de la présence au monde Pour écrire, il faut regarder autour de soi. Le corps
manifeste ainsi l’attention portée à la réalité « Je m’incline souvent, confie l’autrice,/ devant la figure
unique/ d’un jeu de feuilles et de branches ». La fin du poème se clôt sur le même verbe « et je
m’incline encore » (p. 75), qui montre qu’il s’agit là d’une posture habituelle. La première section du
recueil se focalise d’ailleurs sur des éléments de la forêt et du paysage, l’arbre, le ruisseau, le rocher, le
tronc. Le regard fait exister chacun d’eux et consacre sa dignité. « La poésie redonne du sens au plus
commun, au plus simple », déclare Hélène Dorion dans un entretien sur France Culture, elle lui donne
toute sa valeur. L’ « humus » lui-même, entre « commencement » et « saccage », mérite le regard,
devient source de questionnement et d’interrogation « s’il était la racine », « s’il était la voix », se
demande l’autrice. La poésie permet de mieux voir le monde, d’aiguiser le regarde et de lui donner
toute son importance..
La contemplation du réel permet d’accéder à la plénitude. En accordant sa valeur à chaque élément
du paysage, Hélène Dorion fait de cette expérience un moment d’unité et d’éternité, et par là, elle
redonne un sens à l’existence. Ecrire, dans Mes forêts, c’est décrire un chemin, une brèche, mais c’est
aussi être conscient et se rendre présent au monde. Le monde est un lieu de co-naisssance : les forêts
« apprennent à vivre avec soi-même », comme l’affirme le premier poème de « l’Ecorce incertaine »
( « l’horizon » p. 13). L’autrice semble embarquer pour une traversée tumultueuse, évoquant un
« désordre /que blessent les vents ». Les derniers mots reprennent le thème de la navigation, mais la
tempête s’est apaisée et l’on devine au loin l’Ithaque du retour à soi : « et quand je m’y promène/c’est
pour prendre le large/vers moi-même » (p. 114). Car la nature révèle ce qui est caché en chacun de
nous, le mystère de l’être humain : « ce que l’on tait/ les pierres le portent » (p. 15) En arpentant ses
forêts, l’autrice donne un sens à sa route. Le chemin permet de mieux se connaître et de se trouver soi-
même.
Ainsi, la contemplation de la nature conduit à la conscience de soi. Mais cette vie plus pleine est
aussi celle que l’on accueille en accueillant la leçon de la nature. Il faut déchiffrer son langage et
comprendre qu’elle nous avertit.
Le monde que convoque l’autrice n’est pas seulement une présence, il demande à être lu. Dans Mes
forêts, la nature est un langage et fourmille de signes. Sur le sol ou surgissant de terre, l’autrice voit
des « syllabes informes/qu’assemble la lumière » (« la branche »). De même, dans l’herbe « se terrent
d’autres mystères que le nôtre ». C’est un langage différent des mots, fait « de petites bêtes/ qui
dessinent un alphabet/loin de la nuit humaine ». Parfois, un regard vient à leur rencontre et les porte
« sur l’écran des machines ». (« l’onde du chaos », p. 82). La tâche de traduction a été faite, le monde
est devenu mot humain. Partout, le sens affleure et se laisse saisir. La musique occupe ainsi une place
importante dans le recueil et l’écriture met en en avant les lignes mélodiques du paysage. Le temps est
une « partition » que l’autrice « déchiffre » (« l’horizon »), elle écoute « un chant de vagues » (« la
déchirure »), et les « notes /lumineuses d’une feuille » (p. 89). Hélène Dorion revendique d’ailleurs la
structure musicale qui organise la composition de Mes Forêts. Le livre se développe en effet selon
quatre mouvements. On y retrouve le cycle des saisons, mais aussi une symphonie, des poèmes qui,
d’abord brefs, dans « L’écorce incertaine », prennent de plus en plus d’ampleur et engendrent les trois
longs mouvements du « bruissement du monde ». A travers son langage et son harmonie, la nature se
révèle comme un cadre organisé et lisible.
Mais que dit cet univers ? Quel sens y trouve la poétesse-lectrice qui parvient à le comprendre ? La
nature révèle des lois, que la parole poétique doit restituer. Les arbres sont ainsi porteurs d’un rapport
au temps et incarnent dans « l’écorce incertaine » une forme d’instabilité. Le ruisseau métamorphose
le paysage, il transforme la matière première du monde et agit au plus profond de la terre. Il en va de
même pour les arbres : « les forêts vacillent/dans le souffle de la terre » (« la branche » p. 19) Cette
instabilité ramène sans cesse à l’instabilité de la vie, et « mes forêts racontent une histoire/qui sauve et
détruit/sauve/et détruit » (p. 84). L’évolution et la métamorphose sont ici constitutives du vivant. De
même, le long poème « le bruissement du temps », qui évoque l’histoire du monde, donne à voir un
univers en mouvement : « dans un magma se sont mises à tourner/les particules lumineuses ». Chaque
poème rappelle au lecteur les diverses phases du cycle de la vie, l’alternance entre création et
destruction.
Ainsi donc, c’est son visage et sa finitude que l’être humain retrouve dans le monde des forêts.
Mais n’exerce-t-il pas lui-même une violence sur la nature ? quel rôle peut dans ces conditions jouer la
parole poétique ?
En effet, si la fragilité doit être admise comme la marque de notre finitude, le recueil montre aussi
que nous avons dépassé un point de non-retour dans notre rapport au monde. L’instabilité prend alors
une dimension plus sombre : « les arbres mordent le sol/corps séchés/ dans le froid des racines ». Ces
passages de « l’onde du chaos » sont à lire comme des avertissements qui ponctuent les poèmes, de
même que les accumulations des exactions commises par les occidentaux dans le « bruissement du
temps » (p. 104-105) La récurrence des images de chute et de déchéance signifie qu’il est plus
qu’urgent d’apprendre. Le discours écologique qui prend acte du chaos du monde manifeste le point
de rupture auquel nous sommes parvenus dans notre lien au vivant. Hélène Dorion renoue ici avec une
tradition qui fait de la poésie un instrument de lutte politique, dans un engagement au service de la
Cité. Mais ce n’est pas en son nom propre que se fait l’appel : ce sont les forêts qui disent « l’effroi /
qui pèse sur demain » (p. 94). L’originalité d’Hélène Dorion consiste à faire de la forêt le porte-parole
de ce combat.
L’époque troublée et chaotique qui est la nôtre rend plus nécessaire que jamais le regard et le langage
poétiques. Dans l’agitation du monde contemporain, les signes s’empilent, s’emmêlent et perdent leur
sens, « lettres échevelées / bientôt cassées comme pib/nip fmi ». L’autrice témoigne de cette
dislocation du langage qui ne permet plus de « comprendre » le réel, dans tous les sens du terme, d’y
voir un tout et une unité. Les mots reflètent la fragmentation d’un monde cassé, comme mis en pièces :
« il fait un temps de verre éclaté », et, dans la nature, les êtres humains se sont acharnés pendant « tout
un siècle à défaire le paysage » (p. 62). A cette perte d’unité et de sens, aux lettres désarticulées des
acronymes, Hélène Dorion oppose une langue de la synthèse, qui, grâce à des images, unit et accueille
des réalités apparemment lointaines. La fréquence de l’adverbe/conjonction de subordination
« comme » est très révélatrice. Les comparaisons permettent de recréer le monde, en lui faisant
retrouver son unité : ainsi, « les racines/fendent le sol/comme des éclairs » ( (p. 27), « les promesses
tombent/comme des vagues » (p. 62). La locution « on dirait » joue un rôle similaire : à propos de la
cime, Hélène Dorion écrit « on dirait une goutte de terre ». Le rôle de la parole poétique est donc de
rassembler, d’établir des liens, bref, de le réparer.
Autres sujets possibles :
1. Dans le poème « l’horizon », HD écrit « les forêts/apprennent/à vivre avec soi-même ». En
quoi ces vers semblent-ils rendre compte de la démarche poétique à l’œuvre de Mes forêts ?
2. A votre avis, la poésie d’Hélène Dorion est-elle une célébration de la nature ? Vous répondrez
en vous appuyant sur le recueil et sur le parcours.
3. Peut-on dire que le recueil relève d’une poésie de l’intime ?
4. « La force métaphorique de l’arbre est infinie » déclare Hélène Dorion dans un entretien.
Selon vous, de quoi les arbres et la nature sont-ils la métaphore dans l’œuvre ?
5. Les poèmes peuvent(ils nous sauver du naufrage ? é s’interroge un personnage d’Hélène
Dorion. Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur le recueil et sur le parcours.
6. En quoi peut-on dire que la poésie d’HD est une poésie des contraires ? Vous répondrez à cette
question en vous appuyant sur le recueil et sur le parcours.
7. « Les forêts d’HD sont à la fois extérieures et intérieures, réelles et symboliques » écrit Bruno
Doucey dans son édition. En quoi votre lecture confirme-t-elle ce jugement ?
8. Dans un entretien, HD déclare que la poésie doit « nous rendre plus présents au monde
extérieur, plus conscients du monde intérieur aussi. » En quoi votre lecture vous permet-elle
d’illustrer ce propos ?

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