Systèmes linéaires
Jean Gillibert
Université Toulouse 2
29 septembre 2023
Jean Gillibert Systèmes linéaires
Pour s’échauffer : systèmes linéaires de deux équations à deux
inconnues
Jean Gillibert Systèmes linéaires
Un système linéaire de deux équations à deux inconnues est
de la forme
(
ax + by = u
cx + dy = v
où a, b, c, d, u et v sont des réels donnés, et x et y sont les
inconnues.
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Un système linéaire de deux équations à deux inconnues est
de la forme
(
ax + by = u
cx + dy = v
où a, b, c, d, u et v sont des réels donnés, et x et y sont les
inconnues.
Une solution du système est un couple (x, y) de réels
satisfaisant les deux équations.
Résoudre un système, c’est déterminer l’ensemble de ses
solutions, sans en oublier aucune.
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Petit exercice pour vous : un système à résoudre
(
x − 2y = 2
3x + 5y = 17
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Petit exercice pour vous : un système à résoudre
(
x − 2y = 2
3x + 5y = 17
Ce système admet une solution unique : (x, y) = (4, 1).
Quelle méthode avez-vous utilisé : combinaison ou
substitution ?
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Un autre monde est possible !
Que peut-on dire du système suivant ?
(
x − 2y = 3
2x − 4y = 6
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Un autre monde est possible !
Que peut-on dire du système suivant ?
(
x − 2y = 3
2x − 4y = 6
Oui, il admet bien une infinité de solutions !
En effet, les deux équations sont équivalentes, donc le système
se réduit à une seule équation
x − 2y = 3.
L’ensemble des couples (x, y) satisfaisant cette équation est une
droite dans le plan.
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Un dernier exemple pour la route
Le système
(
x − 2y = 3
2x − 4y = 8
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Un dernier exemple pour la route
Le système
(
x − 2y = 3
2x − 4y = 8
n’admet pas de solution !
En effet, si x − 2y = 3, alors 2x − 4y = 6, donc les deux
équations sont incompatibles.
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Interprétation graphique
Une équation linéaire à deux inconnues x et y
ax + by = u
a pour ensemble de solutions une droite dans le plan R2 ,
sauf dans le cas pathologique où (a, b) = (0, 0), que nous
excluons pour simplifier.
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Les solutions du système
(
ax + by = u
cx + dy = v
sont les points d’intersection des deux droites décrites par les
deux équations.
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Les solutions du système
(
ax + by = u
cx + dy = v
sont les points d’intersection des deux droites décrites par les
deux équations.
Or il est bien connu que deux droites du plan peuvent être
sécantes (exactement un point en commun)
parallèles (aucun point en commun)
confondues (tous leurs points en commun)
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Les solutions du système
(
ax + by = u
cx + dy = v
sont les points d’intersection des deux droites décrites par les
deux équations.
Or il est bien connu que deux droites du plan peuvent être
sécantes (exactement un point en commun)
parallèles (aucun point en commun)
confondues (tous leurs points en commun)
Conclusion : notre système peut admettre une solution unique,
aucune solution, ou une infinité.
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Interprétation graphique de notre premier système
3x + 5y = 17
4
1 2 3 4 5 6
x − 2y = 2
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Systèmes linéaires de trois équations à trois inconnues
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Considérons à présent un système linéaire de trois équations à
trois inconnues x, y et z :
ax + by + cz = u
dx + ey + f z = v
gx + hy + iz = w
Interprétation géométrique : une équation linéaire à trois
inconnues
ax + by + cz = u
a pour ensemble de solutions un plan dans l’espace R3 , sauf
dans le cas pathologique où (a, b, c) = (0, 0, 0).
Ainsi, les solutions d’un système de trois équations à trois
inconnues sont les points d’intersection de trois plans dans R3 .
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(il y a en tout six configurations possibles).
Conséquence : les systèmes de trois équations à trois inconnues
peuvent avoir
une solution unique
aucune solution
une infinité
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L’interprétation géométrique permet de comprendre à quoi peut
ressembler l’ensemble des solutions.
Par exemple, elle permet d’affirmer qu’en général, un système
de trois équations à trois inconnues a une solution unique. 1
En revanche, elle ne permet pas de déterminer cet ensemble de
solutions.
Pour cela, il existe un algorithme de résolution, le célèbre
« pivot de Gauss ».
1. On peut donner un sens rigoureux à cette affirmation, mais
contentons-nous de dire que, si l’on choisit trois plans au hasard, il est peu
probable que deux d’entre eux soient parallèles, ou que tous les trois aient
une droite en commun.
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Le pivot de Gauss
Définition: opérations élémentaires
Les opérations élémentaires sur les lignes d’un système
sont les suivantes :
échanger deux lignes (L ↔ L′ )
multiplier une ligne par un réel non nul (L ← λL)
ajouter à une ligne un multiple d’une autre ligne
(L ← L + λL′ )
Théorème
Si l’on effectue une suite d’opérations élémentaires sur un
système (S), on obtient un système (S ′ ) qui lui est équi-
valent, c’est-à-dire qui a le même ensemble de solutions.
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Le pivot de Gauss
L’algorithme du pivot de Gauss consiste à effectuer des
opérations élémentaires sur un système afin de le rendre
échelonné.
Définition: système échelonné
On dit qu’un système est échelonné (ou triangulaire supé-
rieur) si la première inconnue n’apparaît que sur la pre-
mière ligne, la deuxième inconnue n’apparaît que sur les
deux premières lignes, etc.
ax + by + cz = u
dy + ez = v
fz = w
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Un système échelonné est facile à résoudre !
ax + by + cz = u
dy + ez = v
fz = w
si f ̸= 0, la dernière ligne donne la valeur de la dernière
variable
w
z=
f
si d ̸= 0, la ligne au-dessus permet d’en déduire la valeur de
la variable précédente
v − ez
y=
d
et ainsi de suite...
plus compliqué si l’un des coefficients diagonaux est nul !
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Théorème
Tout système est équivalent à un système échelonné, ob-
tenu en effectuant une suite d’opérations élémentaires :
l’algorithme du pivot de Gauss
Vérifions cet énoncé sur un exemple :
x + y − 3z = −6
−2x − 4y + 3z = −1
2y − z = 1
Exercice pour vous : trouver une suite d’opérations
élémentaires qui aboutit à un système échelonné.
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En effectuant les opérations élémentaires suivantes
L2 ← L2 + 2L1
L3 ← L2 + L3
on obtient un système échelonné
x + y − 3z = −6
−2y − 3z = −13
−4z = −12
En remontant à partir de la dernière ligne :
−12
z= =3
−4
−13 + 3z −13 + 9
y= = =2
−2 −2
x = −6 − y + 3z = −6 − 2 + 9 = 1.
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L’algorithme du pivot
Il permet d’obtenir un système échelonné n’ayant que des 0 et
des 1 sur la diagonale.
Étape 1 : choix du pivot
On choisit une ligne du système dans laquelle la première
inconnue apparaît avec un coefficient non nul, noté α. On la
positionne en premier par échange de ligne, puis on effectue
l’opération L1 ← α1 L1 . On obtient un système du type
x + ∗y + ∗z = ∗
βx + ∗y + ∗z = ∗
γx + ∗y + ∗z = ∗
Dans le cas dégénéré où la première inconnue apparaît avec un
coefficient nul dans toutes les équations, on échange cette
inconnue avec une autre (permutation de deux colonnes).
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Étape 2 : élimination des autres occurences de la
variable pivot
L2 ← L2 − βL1 puis L3 ← L3 − γL1
x + ∗y + ∗z = ∗
∗y + ∗z = ∗
∗y + ∗z = ∗
Étape 3 : induction
On recommence l’algorithme avec le système de deux équations
à deux inconnues y et z obtenu en « oubliant » la première ligne
du système.
Étape 4 : fin de l’algorithme
L’algorithme se termine quand on arrive à la dernière variable
du système.
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Cas général : systèmes de n équations à p inconnues
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Définition
Un système de n équations linéaires à p inconnues
x1 , . . . , xp est un système du type
a1,1 x1 + a1,2 x2 + · · · + a1,p xp = b1
a2,1 x1 + a2,2 x2 + · · · + a2,p xp = b2
..
.
an,1 x1 + an,2 x2 + · · · + an,p xp = bp
les nombres ai,j s’appellent les coefficients du
système (i est l’indice de ligne, et j est l’indice de
colonne)
les nombres bi constituent le second membre du
système.
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Interprétation géométrique ?
a1,1 x1 + a1,2 x2 + · · · + a1,p xp = b1
est l’équation d’un hyperplan (espace de dimension p − 1)
dans l’espace réel à p dimensions Rp .
Pourquoi un cas aussi général ?
De nombreux problèmes (en informatique, en physique, etc.)
nécessitent la résolution de systèmes d’équations linéaires
indépendamment de toute considération géométrique
(systèmes à 106 inconnues par exemple).
Mieux encore, l’efficacité de la résolution de ces systèmes
encourage à linéariser des problèmes qui ne le sont pas !
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Le pivot est de retour !
En appliquant l’algorithme du pivot à un système d’équations
linéaires de n équations à p inconnues, on obtient un système
échelonné, où tous les pivots sont égaux à 1 :
x1 + a1,2 x2 + a1,3 x3 + · · · + a1,p xp = b1
x2 + a2,3 x3 + · · · + a2,p xp = b2
..
.
xr + · · · + an,p xp = br
0 = br+1
..
.
0 = bn
avec 1 ≤ r ≤ min(n, p).
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x1 + a1,2 x2 + a1,3 x3 + · · · + a1,p xp = b1
x2 + a2,3 x3 + · · · + a2,p xp = b2
..
.
xr + · · · + an,p xp = br
0 = br+1
..
.
0 = bn
l’entier r s’appelle le rang du système
les inconnues x1 , . . . , xr sont les variables liées
les inconnues xr+1 , . . . , xp sont les variables libres, ou
paramètres
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x1 + a1,2 x2 + a1,3 x3 + · · · + a1,p xp = b1
x2 + a2,3 x3 + · · · + a2,p xp = b2
..
.
xr + · · · + an,p xp = br
0 = br+1
..
.
0 = bn
Proposition: résolution d’un système échelonné
Si l’un des nombres br+1 , . . . , bn est non nul, le
système n’admet pas de solution
Si br+1 = · · · = bn = 0, on distingue deux cas
1 si r = p, le système admet une solution unique, que
l’on détermine en remontant les équations
2 si r < p, le système possède une infinité de solutions,
que l’on exprime en fonction de xr+1 , . . . , xp .
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Cas particulier : systèmes de Cramer
Définition
On dit qu’un système de n équations à n inconnues est de
Cramer s’il possède une solution unique.
Un tel système est de rang n, c’est-à-dire est équivalent à un
système échelonné dont tous les coefficients diagonaux sont
égaux à 1 :
x1 + a1,2 x2 + · · · + a1,n xn = b1
x2 + · · · + a2,n xn = b2
..
.
xn = bn
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Conclusion
L’algorithme du pivot de Gauss présente un intérêt
pratique : résolution d’un système d’équations linéaires de
taille quelconque
théorique : démonstration qu’un tel système peut admettre
une solution unique, pas de solution, on une infinité.
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Un système de trois équations à cinq inconnues
x1 + 2x2 + x3 + 5x5 = −1
−2x1 − 4x2 − x3 − 8x5 = −1
2x3 − 2x4 + 8x5 = −6
Sachant que chaque équation fait perdre une dimension (ou
degré de liberté), on s’attend à ce qu’un tel système ait une
infinité de solutions, qui devraient s’exprimer en fonction de
5 − 3 = 2 paramètres.
Mais on n’est sûr de rien avant d’avoir fait les calculs !
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L’algorithme du pivot aboutit au système échelonné suivant :
x1
+ x3 + 5x5 + 2x2 = −1
x3 + 2x5 = −3
− 2x5
x4 = 0
Nous avons changé l’ordre des colonnes car x2 apparaît avec un
coefficient nul dans la deuxième et la troisième ligne.
Conclusion :
le rang du système est 3
x2 et x5 sont les variables libres
l’ensemble des solutions est
{(2 − 2x2 − 3x5 , x2 , −3 − 2x5 , 2x5 , x5 ), (x2 , x5 ) ∈ R2 }.
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