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Acné 2022

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 4-114-A-10

Acné
C. Goeller, N. Lachaume, E. Bourrat

Résumé : L’acné est une pathologie cutanée inflammatoire chronique fréquente touchant le follicule
pilosébacé. Elle survient surtout lors des modifications hormonales, en particulier pendant l’adolescence,
mais peut se voir à tout âge. L’inflammation et les modifications hormonales entraînent une altération
du fonctionnement du follicule pilosébacé avec une production excessive de sébum et une kératinisation
anormale du follicule à l’origine de l’obstruction des pores et responsable des lésions présentes dans l’acné.
L’inflammation est un précurseur indispensable au développement de la lésion acnéique et dans l’évolution
de cette pathologie. L’acné juvénile polymorphe représente la forme commune de l’adolescent. On retrouve
une association de lésions rétentionnelles et inflammatoires sur un fond de séborrhée sur le visage et
parfois le haut du dos et le décolleté. Les acnés néonatale, infantile et prépubertaire, moins connues,
entraînent souvent un retard diagnostique. L’examen physique recherche systématiquement des signes de
virilisation et de puberté précoce qui nécessiteraient une prise en charge adaptée. L’acné est une dermatose
« affichante », évoluant pendant plusieurs années. Elle peut avoir des répercutions psychosociales et ainsi
altérer la qualité de vie. Elle est également à risque de séquelles cicatricielles. Les traitements de l’acné
sont uniquement suspensifs (à l’exception de l’isotrétinoïne). Les traitements topiques représentent les
traitements de première intention : peroxyde de benzoyle, rétinoïdes topiques, antibiotiques topiques,
acide azélaïque, avec des possibilités d’associer certaines molécules. Parmi les traitements systémiques,
on peut citer les antibiotiques oraux et l’isotrétinoïne. L’observance thérapeutique est nécessaire pour
une efficacité optimale avec une réévaluation à 3 mois de chaque ligne thérapeutique introduite et une
poursuite du traitement d’entretien aussi longtemps que nécessaire.
© 2022 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots-clés : Acné ; Follicule pilosébacé ; Comédon ; Cutibacterium acnes ; Acné infantile ; Acné prépubertaire ;
Isotrétinoïne

Plan acteurs : trouble de la kératinisation, hyperséborrhée et inflamma-


tion médiée en partie par la colonisation par Cutibacterium acnes
■ Introduction 1 (reclassé en 2016, anciennement Propionibacterium acnes). Les
principales lésions sont rétentionnelles, essentielles au diagnostic,
■ Épidémiologie 1 et inflammatoires. La forme commune de l’adolescent s’appelle
■ Physiopathologie de l’acné 2 l’acné juvénile polymorphe. Le traitement de l’acné est unique-
■ Lésions élémentaires de l’acné 3 ment suspensif (à l’exception de l’isotrétinoïne) et est à poursuivre

aussi longtemps que nécessaire. Le traitement d’attaque a pour
Formes cliniques selon l’âge et la gravité 3
but la diminution, voire la disparition, des lésions d’acné, tan-
■ Diagnostics différentiels 5 dis que le traitement d’entretien maintient la rémission dans le
■ Place de la paraclinique 6 temps. L’observance thérapeutique est indispensable à la réus-
■ Classification de la sévérité de l’acné 6 site du traitement de l’acné et permet ainsi d’éviter des cicatrices
inesthétiques.
■ Traitement de l’acné 6
■ Conclusion 11
■ Annexe A. Cas clinique : prise en charge initiale d’une acné 11  Épidémiologie
■ Annexe B. Cas clinique : une acné prépubertaire 11
L’acné est très fréquente. Elle touche principalement les ado-
lescents et les jeunes adultes, sans prévalence de sexe. L’acné
prébupère est plus rare, moins connue, ce qui entraîne un retard
 Introduction diagnostique ou une errance de diagnostic. Aucune étude de pré-
valence n’a été réalisée en France depuis plus de 25 ans. En 2015,
L’acné est une pathologie inflammatoire du follicule pilosébacé la Société française de dermatologie estimait que l’acné touchait
qui touche principalement l’adolescent mais qui peut se voir à plus de trois adolescents sur quatre (entre 72 et 95 % selon les
tout âge. Elle se développe à la suite de l’interaction de différents études française, belge, nigérienne et iranienne) et que 20 % des

EMC - Pédiatrie 1
Volume 42 > n◦ 1 > janvier 2022
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4-114-A-10  Acné

canal pilosébacé, longtemps considérées à l’origine des lésions


de l’acné. La colonisation du follicule pilosébacé par C. acnes est
essentielle dans la physiopathologie de l’acné, notamment dans la
stimulation de l’inflammation. L’interaction de tous ces facteurs
crée les différentes lésions d’acné [8–10] .
4
Trouble de la kératinisation
L’obstruction du canal infundibulaire par le bouchon corné
5 résulte notamment de la prolifération excessive des kératinocytes
1 et de l’adhésion des cornéocytes entre eux, grâce à une substance
produite par C. acnes. Par ailleurs, en modulant l’expression de la
filaggrine et d’intégrines, C. acnes est capable d’agir sur la diffé-
renciation kératinocytaire [11] .

Hyperséborrhée
2
À la puberté, les androgènes sécrétés par la surrénale et les
3 6 gonades stimulent la production de sébum par les glandes séba-
cées. On trouve, en effet, différents récepteurs sur ces glandes
dont des récepteurs à la dihydrotestostérone, mais également
des récepteurs à d’autres substances comme le neuromédiateur
substance P, le peroxisome proliferator-activated receptor (PPAR),
le corticotrophin releasing factor (CRH), l’histamine, l’insulin-like
growth factor 1 (IGF1), l’α-melanocyte stimulating hormone (␣-MSH),
ce qui explique la complexité des facteurs influençant l’acné [10] .
Les sébocytes et les kératinocytes folliculaires contiennent des
enzymes capables également de métaboliser localement les
7 androgènes (5␣-réductase et 3␤- et 17␤-hydroxydéhydrogénase),
notamment la testostérone en dihydrotestostérone, et ainsi de
Figure 1. Le follicule pilosébacé. 1. Épiderme ; 2. canal infundibulaire ; stimuler la production locale de sébum. Le sébum est constitué
3. glande sébacée composée de sébocytes ; 4. poils ; 5. couche cornée principalement de triglycérides, de cires et de squalènes. Les deux
composée de cornéocytes ; 6. derme ; 7. hypoderme. derniers composants sont connus pour être comédogènes et irri-
tants. Les triglycérides du sébum sont eux-mêmes transformés en
acides gras libres par une lipase sécrétée par C. acnes. Ces acides
acnés étaient modérées à très sévères [1–3] . L’acné persiste à l’âge gras libres ont également une activité pro-inflammatoire et sont
adulte dans quasiment la moitié des cas [3–5] . Sa prévalence dimi- comédogènes.
nue jusqu’à atteindre 1 % des hommes et des 5 % des femmes à
partir de 40 ans [6] . Cutibacterium acnes et inflammation
Le microbiome cutané représente l’ensemble des micro-
 Physiopathologie de l’acné organismes présents sur la surface cutanée. La puberté est
responsable d’une dysbiose en perturbant l’équilibre entre
Follicule pilosébacé les espèces présentes en raison de l’hyperséborrhée et de
l’interaction avec C. acnes. Les modifications du microbiome
Le follicule pilosébacé est l’annexe de la peau à l’origine des cutané, secondaires à une infection ou une résistance bactérienne
lésions de l’acné (Fig. 1). postantibiotique ou une dysbiose, sont responsables d’une stimu-
La peau est constituée de l’épiderme séparé du derme par la lation de l’immunité innée et conduisent à une inflammation
jonction dermoépidermique et de l’hypoderme en profondeur. cutanée [9, 10] .
L’épiderme est formé à 80 % de kératinocytes qui se diffé- C. acnes est le principal agent microbiologique impliqué dans le
rencient en migrant de la profondeur à la surface, formant les développement des lésions acnéiques ainsi que dans la comédo-
différentes couches de l’épiderme : la couche basale, la couche genèse. C’est une bactérie à Gram positif anaérobie, commensale
épineuse, la couche granuleuse et la couche cornée composée de la peau faisant partie du microbiome cutané. Il apparaît que les
de cornéocytes (cellule anucléée). Les kératinocytes assurent trois souches de C. acnes chez les patients présentant une acné sont dis-
fonctions principales : la cohésion de l’épiderme, une fonction de tinctes de celles retrouvées chez les individus sains [9, 12, 13] . C. acnes
barrière entre les milieux intérieur et extérieur (agressions exté- stimule l’inflammation de nombreuses manières : par le relargage
rieures et déshydratation), et une protection contre les radiations de lipases, par l’activation du complément, par la production de
lumineuses. métalloprotéases, par le relargage également de facteurs chimio-
Le follicule pilosébacé est une annexe de la peau provenant de tactiques pour les neutrophiles et d’enzymes qui contribuent à la
l’épiderme embryonnaire et situé dans le derme. Le follicule pilo- rupture du comédon dans le derme, etc. Il est également impliqué
sébacé dérive d’une invagination de l’épiderme dans le derme qui dans l’immunité innée en augmentant l’expression et l’activation
constitue le canal infundibulaire [7] . Chaque follicule pilosébacé des toll-like receptors à la surface des kératinocytes.
est constitué d’un poil, de ses gaines, de glandes sébacées et du
muscle arrecteur du poil. Les glandes sébacées, localisées dans le Autres facteurs impliqués
derme, sont constituées de sébocytes. Ces cellules sont respon-
Une prédisposition génétique à l’acné est suggérée. En effet,
sables de la production de sébum, déversé via le canal excréteur
plusieurs études mettent en évidence une fréquence plus élevée
dans l’infundibulum du follicule pilosébacé. Le rôle du sébum est
d’acné et/ou une acné plus sévère en cas d’antécédent familial
de protéger la peau des agressions extérieures et de la déshydrata-
d’acné [2] . La variabilité de la réponse des sébocytes aux andro-
tion grâce au film hydrolipidique qu’il compose.
gènes pourrait être à l’origine d’une susceptibilité individuelle à
une acné sévère.
Plusieurs facteurs intriqués dominés Le rôle de l’alimentation (aliments à haut indice glycémique,
chocolat, produits laitiers), du tabac et du soleil en tant que fac-
par l’inflammation teurs favorisants et/ou aggravants sont controversés [2, 10] . En effet,
L’acné est une maladie inflammatoire. Cette inflammation pré- pour ce qui est du soleil, les ultraviolets B ont une activité anti-
céderait l’hyperkératinisation et l’hyperséborrhée provenant du inflammatoire et donc seraient bénéfiques lors de l’exposition,

2 EMC - Pédiatrie

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Tableau 1.
Classification et sémiologie des lésions élémentaires primitives de l’acné.
Lésions élémentaires primitives
Lésions rétentionnelles (follicules pilosébacés distendus) Lésions inflammatoires
Comédon ouvert (point noir) Comédon fermé ou microkyste Superficielle : Profonde :
(élément surélevé blanc de - papule (élément rouge en relief - nodule (> 5 mm de diamètre)
1–3 mm) de 1–5 mm ± sensible) - kyste
- pustule (collection purulente
blanc-jaune)

Figure 3. Lésions cicatricielles d’acné.

Tableau 2.
Classification des lésions cicatricielles de l’acné.
Figure 2. Lésions élémentaires de l’acné. Séquelles (cicatrices)
Atrophique (en pic à Hypertrophique Dyschromique
glace ou vermoulant) ou chéloïde (surtout chez les
mais ils auraient également un effet comédogène à moyen terme,
sujets à peau
ce qui expliquerait le rebond de l’acné à distance de l’exposition noire)
solaire.

les filles, et 1 à 2 ans plus tard chez les garçons, même si des
 Lésions élémentaires de l’acné comédons peuvent s’apercevoir dès l’âge de 9–10 ans chez cer-
tains enfants [8] . Tout d’abord, apparaît l’hyperséborrhée, puis
L’acné débute par une séborrhée du visage responsable d’un les lésions rétentionnelles et enfin les lésions inflammatoires. En
aspect luisant avec des pores cutanés dilatés correspondant aux évoluant, un type de lésion peut prédominer : rétentionnelle
microcomédons, lésions primitives de l’acné. L’atteinte prédo- ou inflammatoire, ou encore mixte. L’association de ces lésions
mine dans la zone T du visage : le front, le nez, les joues et le explique la dénomination de polymorphe. Les lésions prédo-
menton. minent aux zones séborrhéiques : visage, épaule, haut du tronc
L’accumulation de kératine et de sébum dans l’infundibulum (dorsale et décolleté) [2] . Une amélioration estivale est souvent
du follicule pilosébacé est responsable de l’apparition des lésions notée par les patients avec une recrudescence en hiver.
rétentionnelles. Les lésions fermées constituent des microkystes.
Les lésions ouvertes vers l’extérieur s’appellent des comédons Acné excoriée
ouverts (Fig. 2). L’aspect de « point noir » est dû à l’oxydation
des graisses et au dépôt de mélanine provenant de l’épithélium Cette acné touche préférentiellement l’adolescente. La manipu-
infundibulaire. lation récurrente des lésions auto-entretient les lésions d’acné. De
Spontanément ou après manipulation d’une lésion rétention- plus, le camouflage par des cosmétiques non adaptés est souvent
nelle qui a déversé son contenu dans le derme sous-jacent source d’aggravation des lésions. Ces excoriations sont respon-
induisant une réaction inflammatoire, une papule inflamma- sables de cicatrices de toute forme.
toire peut apparaître. Si la réaction inflammatoire est proche
de l’épiderme, une pustule apparaît sur la lésion papuleuse. Si
cette réaction est plus profonde dans le derme, la lésion créée
Acné conglobata
peut évoluer vers un nodule. Des lésions inflammatoires de L’acné conglobata désigne une acné nodulaire suppurative éten-
taille importante peuvent se constituer et confluer entre elles en due d’évolution chronique. Les lésions d’acné s’aggravent avec
des lésions nodulokystiques abcédées fluctuantes. Ces dernières apparition de lésions nodulokystiques de grande taille, inflamma-
lésions laissent place à des cicatrices atrophiques ou hypertro- toires et douloureuses et de comédons polyporeux. L’extension se
phiques (Fig. 3). Les Tableaux 1 et 2 résument les différentes fait vers le tronc avec atteinte des fesses et des racines des membres
lésions avec leurs principales caractéristiques sémiologiques. en plus de l’atteinte habituelle du visage et du torse. Elle toucherait
préférentiellement le garçon [8] . Cette acné grave est d’évolution
chronique, contrairement à l’acné fulminans qui est d’apparition
 Formes cliniques selon l’âge aiguë. Plus les lésions nodulokystiques sont de tailles importantes,
plus le risque cicatriciel est grand.
et la gravité
Acné juvénile polymorphe Acné fulminans (Fig. 4)
L’acné juvénile polymorphe (anciennement nommée acné vul- C’est une urgence thérapeutique. Elle débute brutalement,
gaire, mais terme abandonné car péjoratif) est la forme commune spontanément ou à l’initiation d’un traitement par isotréti-
de l’adolescent. Elle débute habituellement vers 12–13 ans chez noïne. Une forte composante rétentionnelle de l’acné et une dose

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4-114-A-10  Acné

Figure 4. Acné fulminans chez une adolescente


(A, B).

A B

d’emblée importante d’isotrétinoïne seraient des facteurs favori-


sants.
Cliniquement, les lésions préexistantes d’acné deviennent
très inflammatoires, hémorragiques et ulcéronécrotiques en leur
centre et douloureuses. Des manifestations systémiques appa-
raissent rapidement : fièvre, frissons, arthralgie, myalgie et
altération de l’état général. Une hépatomégalie et un éry-
thème noueux ont été rapportés [14] . La principale complication
est la survenue d’une atteinte ostéoarticulaire aseptique dont
l’expression la plus classique est l’ostéomyélite multifocale chro-
nique récurrente, considérée comme l’équivalent pédiatrique du
SAPHO (synovite, acné, pustulose, hyperostose et ostéite) [15] . On
retrouve un syndrome inflammatoire biologique constant avec
augmentation de la protéine C réactive, du fibrinogène et une
hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles. Le risque cicatri-
ciel est important.
Figure 5. Lésion nodulokystique avec présence de comédons ouverts
au cours d’une acné infantile.
Acné prépubertaire
Acné des premières années de vie : acné néonatale
férentiellement aux joues sont fréquentes (Fig. 5). L’examen
et infantile clinique recherche des signes de virilisation qui feraient recher-
Malgré une limite d’âge floue entre ces deux formes, leur cher une pathologie sous-jacente et inciteraient à rechercher une
distinction peut être pertinente en raison des diagnostics différen- endocrinopathie ou une pathologie tumorale. Cette association
tiels à évoquer (notamment les éruptions pustuleuses néonatales serait cependant rare [19, 20] . Aucune exploration n’est nécessaire
d’origine infectieuse), de la gravité des lésions et de la durée en absence de signe de virilisation ou de puberté précoce à
d’évolution variable pouvant peser dans la balance thérapeutique. l’examen clinique. Les formes sévères sont souvent diagnosti-
L’acné néonatale débute dans les 4 premières semaines de vie, quées avec retard en raison de sa rareté et peuvent laisser des
jusqu’à 6 semaines de vie selon certains auteurs [16] . Elle régresse en cicatrices.
quelques semaines et spontanément. L’interrogatoire recherche Les choix thérapeutiques dans l’acné infantile sont identiques
une prise médicamenteuse maternelle de lithium et d’hydantoïne à ceux de l’adolescent à l’exception des cyclines orales contre-
au cours de la grossesse. C’est une pathologie rare, mal diagnos- indiquées chez le patient de moins de 8 ans (risque de coloration
tiquée, souvent confondue avec d’autres diagnostics comme la dentaire définitive). Une abstention thérapeutique dans les formes
pustulose céphalique néonatale transitoire ou une infection au mineures devrait être proposée en raison du caractère irritant des
virus de l’herpès [8, 17, 18] . topiques et de leur évolution majoritairement favorable. Néan-
L’acné infantile débute classiquement plus tardivement, vers 4 moins, une thérapeutique locale peut être proposée dans les
à 6 mois, et aurait une évolution plus prolongée, quelques mois à formes légères, ainsi qu’une association systémique et topique
années (jusqu’à 3–4 ans), avec un risque cicatriciel dans les formes dans les formes modérées. Dans les formes sévères, l’isotrétinoïne
sévères [8, 16, 19] . L’âge médian de survenue de l’acné infantile était serait le traitement de choix de nombreux auteurs car elle est effi-
de 9 mois, avec une durée d’évolution médiane de 18 mois (sous cace et bien tolérée, mais elle nécessite une surveillance régulière
traitement) dans une étude publiée en 2001 rapportant 29 cas des bilans hépatiques et lipidiques. Il faut néanmoins rappeler que
d’acné infantile [20] . Les données de la littérature sont insuffisantes l’autorisation de mise sur le marché concerne les enfants de plus
pour conclure à un lien entre l’acné infantile et l’acné sévère de de 12 ans et que la prise en charge de l’acné infantile modérée à
l’adolescent. sévère relève d’un avis expert dermatopédiatrique.
La physiopathologie est encore mal connue. Un passage trans-
placentaire des androgènes maternels a été évoqué pour l’acné
néonatale tandis que des modifications hormonales en lien avec
Acné précoce prépubertaire
l’immaturité des surrénales la première année de vie seraient L’acné est volontiers rétentionnelle et touche la zone médiane
impliquées dans l’acné infantile [16, 17, 21] . Des dermocosmétiques du visage [23] .
gras peuvent favoriser/aggraver l’apparition de l’acné néonatale, L’examen clinique complet recherche des signes de puberté
comme l’utilisation de liniment oléocalcaire dans les soins du précoce : une pilosité pubienne et/ou axillaire, une accéléra-
visage [22] . On note une prédominance masculine à l’acné néona- tion de la croissance, une augmentation de volume des organes
tale et infantile, le rôle des androgènes surrénalien et testiculaire génitaux (hypertrophie clitoridienne/testiculaire) ou des glandes
chez le garçon a été suggéré comme facteur aggravant [17, 19, 20] . mammaires. Il faut savoir répéter l’examen clinique, l’acné pou-
La clinique repose toujours sur la présence de lésions réten- vant être le premier signe d’une puberté précoce chez la fillette
tionnelles en plus des lésions inflammatoires. Les comédons avant l’apparition de la pilosité et des modifications du bourgeon
sont majoritairement fermés dans l’acné néonatale (microkystes). mammaire et aréoles [17] . Un avis endocrinologique est nécessaire
Dans l’acné infantile, des lésions nodulokystiques localisées pré- au moindre doute [8] .

4 EMC - Pédiatrie

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Acné  4-114-A-10

La miliaire sudorale ou cristalline est une éruption vésiculeuse

“ Point fort (contenu clair et translucide) prédominant au front et régressant


en quelques jours, favorisée par un climat chaud et humide.
L’érythème toxique (ET) et la mélanose pustuleuse transitoire
(MPT) (40 % des nouveau-nés) correspondent à une atteinte
Une acné chez un enfant de moins de 10 ans doit
diffuse (corps et visage) de maculopapules érythémateuses qui
attirer l’attention et faire rechercher des anomalies endo- évoluent vers des pustules, une absence de lésion comédogène,
criniennes à l’examen physique. une épargne des régions palmoplantaires. L’ET apparaît classique-
ment vers 48 heures de vie et jusqu’à 2 semaines après la naissance,
tandis que la MPT apparaîtrait plus tôt, de j0 à j2 de vie, et lais-
serait place à des macules hyperpigmentées après disparition des
pustules.
Acné induite/secondaire
Étiologies infectieuses
Acnés d’origine exogène • Bactérienne : Staphylococcus aureus.
Elles sont à suspecter lors de l’apparition d’une acné de topo- • Virale : virus herpès simplex, virus varicelle-zona, cytomégalo-
graphie ou d’âge inhabituels. Les lésions prédominantes sont virus.
inflammatoires en cas d’étiologie médicamenteuse et résistent à • Fongique : candidose néonatale.
des traitements bien conduits : • Parasitaire : gale.
• médicaments per os (non exhaustifs) : la corticothérapie géné-
rale, les antiépileptiques (phénobarbital, hydantoïnes), les
estroprogestatifs contenant un progestatif ayant un effet andro- Acné infantile/du nourrisson
génique (notamment les dérivés de la 19-nortestostérone), les Les listes qui suivent ne sont pas exhaustives [8, 17, 22, 24, 26] .
immunosuppresseurs (ciclosporine, azathioprine), les antitu-
berculeux (isoniazide, rifampicine), les psychotropes (les sels Étiologies infectieuses
de lithium), les halogènes (bromure et iodure), la vitamine B12 ,
etc. ; Infections à mycobactérie, à pyogènes, etc.
• topiques : l’utilisation excessive/inadaptée de dermocorticoïde,
les cosmétiques comédogènes du visage (gras, occlusif) et les Lésions tumorales bénignes de la face
gels utilisés pour les cheveux (responsables d’acné du front et Pilomatricome, kyste dermoïde, grains de milium, etc.
des tempes), le liniment, les huiles, etc.
Dermatoses inflammatoires
Acnés secondaires à des pathologies • Rosacée infantile : dermatose rare dans cette tranche d’âge,
endocriniennes ou tumorales [17] constituée de papulopustules sur un fond érythémateux,
L’acné est alors associée à d’autres signes (de virilisation) comme présence de télangiectasie, notion de flush ; localisation pré-
un hirsutisme, une alopécie, des troubles du cycle menstruel, férentielle au niveau des joues ; atteinte oculaire associée
une raucité de la voix, une hypertrophie clitoridienne et/ou avec chalazion à répétition, blépharite ; évolution chro-
musculaire chez la fille. Chez l’adolescente, une acné prédomi- nique par poussée, antécédents familiaux de rosacée. Absence
nante au niveau des maxillaires inférieurs, du menton et de d’hyperséborrhée et de comédon.
la partie médiane du décolleté doit attirer l’attention. Chez le • Pyodermite froide faciale (ou granulome aseptique facial) :
garçon, l’hyperandrogénie se traduit avant tout par une puberté nodule inflammatoire souvent unique localisé à la joue évo-
précoce [21] . luant par poussée inflammatoire pendant plusieurs mois.
Parmi les principales étiologies, on peut citer le syndrome Facteur de risque de développer une rosacée ultérieure ou
des ovaires polykystiques, le syndrome de Cushing, l’hyperplasie concomitante [27] .
congénitale des surrénales, les tumeurs surrénaliennes ou testicu- • Dermite périorificielle idiopathique : micropapules périorales
laires, la puberté précoce, etc. sur fond érythémateux avec parfois squames et pustules ; locali-
L’acné particulièrement pustuleuse et nécrotique, a fortiori sations associées périnasales et périoculaires. Lésions aggravées
fulminans, peut aussi être le satellite d’un syndrome auto- par dermocorticoïdes. Aspect granulomateux plus fréquent
inflammatoire comme le syndrome SAPHO, l’ostéite chronique chez l’enfant noir.
multifocale récidivante, des inflammasomopathies (par exemple, • Pustulose à éosinophile : atteinte pustuleuse du cuir chevelu et
le syndrome PAPA [arthrite pyogénique, pyoderma gangrenosum des extrémités en plus du visage.
et acné], la maladie de Behçet, la maladie de Crohn, etc.).
Acné du grand enfant ou de l’adolescent
 Diagnostics différentiels Les listes qui suivent ne sont pas exhaustives [8, 17, 22, 24] .

Acné néonatale Lésions tumorales bénignes de la face


Les listes qui suivent ne sont pas exhaustives [8, 17, 22, 24, 25]
. Grains de milium, angiofibromes de la sclérose tubéreuse de
Bourneville, etc.
Étiologies non infectieuses
Dermatoses inflammatoires
La pustulose céphalique néonatale transitoire (20 % des
• Rosacée.
nouveau-nés) est due à la colonisation de la peau par une levure
• Hidradénite suppurée ou maladie de Verneuil : associe des
Malassezia. C’est une éruption pustuleuse monomorphe non
lésions folliculaires suppurées des grands plis et des kystes pilo-
comédogène du visage, du cuir chevelu et de la nuque. Elle appa-
nidaux, et parfois une acné conglobata.
raît entre 3 et 6 semaines de vie et disparaît en quelques semaines
• Dermite périorificielle idiopathique.
spontanément ou avec un traitement topique, sans cicatrice.
L’hyperplasie sébacée néonatale/la miliaire sébacée (30–50 %
des nouveau-nés) correspond à une rétention sébacée. Elle corres-
Étiologies infectieuses
pond à des papules blanches ou jaunes millimétriques folliculaires • Folliculite à bactérie à Gram négatif : complication des patients
de localisation préférentielle sur le nez, la lèvre supérieure et les acnéiques traités au long cours par des antibiotiques (cyclines).
joues, régressant spontanément en quelques semaines. C’est une pustulose folliculaire monomorphe inflammatoire

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4-114-A-10  Acné

faciale et résistante aux traitements habituels antiacnéiques. Le Tableau 3.


prélèvement bactériologique permet de faire le diagnostic. Échelle Global Acne Evaluation validée en 2011.
• Infections à mycobactérie, à pyogènes, etc. Degré de sévérité Superficie atteinte et lésions élémentaires
0 (pas de lésion) Une pigmentation résiduelle et un érythème
peuvent être présents

“ Point fort 1 (pratiquement pas


de lésion)
Rares comédons ouverts ou fermés dispersés et
rares papules
2 (légère) Moins de la moitié du visage est atteinte
• De nombreuses pathologies dermatologiques pré- Quelques comédons ouverts ou fermés, et
quelques papulopustules
sentent des lésions inflammatoires du visage ainsi que
3 (moyenne) Plus de la moitié de la surface du visage est
des lésions mimant des comédons fermés (microkystes).
atteinte
L’absence de comédons ouverts et/ou une atteinte corpo- Nombreuses papulopustules, nombreux
relle diffuse doivent faire évoquer un autre diagnostic que comédons ouverts ou fermés
l’acné. Un nodule peut être présent
• Un avis dermatologique spécialisé peut être utile en cas 4 (sévère) Tout le visage est atteint
de doute. Nombreuses papulopustules, comédons ouverts
ou fermés et rares nodules
5 (très sévère) Acné très inflammatoire recouvrant le visage
avec des nodules
 Place de la paraclinique
Aucun bilan n’est nécessaire dans l’acné typique. Le diagnostic • efficacité non immédiate : un délai de quelques semaines est
est clinique. nécessaire pour constater une amélioration ;
La présence de certains éléments doit amener à réaliser un bilan • topiques avec effets indésirables, notamment une irritation
endocrinologique et à demander un avis endocrinologique au cutanée à prendre en charge également.
moindre doute (accord d’experts). L’éducation est un des points clés du traitement de l’acné : infor-
Les indications à une exploration [1, 28] sont les suivantes : mer le patient et sa famille des caractéristiques du traitement de
• acné modérée à sévère associée à des signes de virilisation et/ou l’acné est indispensable pour obtenir une adhésion optimale au
de puberté précoce ; traitement (accord d’experts).
• chez l’adolescente, une acné associée à des signes En cas d’échec, il faut évaluer l’observance thérapeutique
d’hyperandrogénie (localisation « androgénique » sur le ainsi que la motivation du patient (personnel ou pression de
visage, hirsutisme, troubles du cycle menstruel, alopécie l’entourage), gage de bonne observance. Une meilleure obser-
androgénique). vance thérapeutique peut être obtenue grâce à des consultations
L’objectif est d’éliminer les pathologies endocriniennes et rapprochées (grade C) et la prise en compte des préférences du
tumorales. patient (accord d’experts).
Explorations : Prendre en charge une acné permet de diminuer le retentis-
• biologie en accord avec l’endocrinologue : dosage de sement néfaste sur la qualité de vie des patients et de prévenir
la testostérone, DHEAS (déhydroépiandrostérone), delta-4- la formation de lésions cicatricielles dont la prise en charge est
androstènedione, 17-hydroxyprogestérone, hormone lutéini- complexe. Ne pas hésiter à adresser à un professionnel adapté si
sante, hormone folliculostimulante, prolactine [16] ; le patient exprime une souffrance psychologique importante.
• radiologique :
◦ échographie pelvienne si suspicion de syndrome des ovaires
polykystiques [8] ,
◦ âge osseux si suspicion de puberté précoce.
“ Point fort
 Classification de la sévérité Le traitement de l’acné repose :
de l’acné • sur un traitement d’attaque de 3 mois qui a pour objectif
la diminution, voire la disparition, des lésions d’acné ; et
La classification de la sévérité de l’acné a longtemps posé des • sur un traitement d’entretien dont l’objectif est d’éviter
soucis de reproductibilité : le classement en minime, modéré ou
les rechutes. Il est à poursuivre aussi longtemps que néces-
sévère, ou encore le compte des lésions n’étant pas objectif ou
difficilement réalisable. saire.
Les recommandations de bonne pratique (RBP) de la Haute
Autorité de santé de 2015 sont fondées sur une échelle Global
Acne Evaluation (GEA) construite et validée en 2011 [29] . Cette
échelle permet une classification de la sévérité de l’acné du visage. Différentes thérapeutiques
Elle se base sur le type de lésions présentes et la superficie atteinte Traitements topiques
(Tableau 3).
Ce sont les traitements de base de l’acné. Leur utilisation est
contraignante en raison de l’application régulière et prolongée
 Traitement de l’acné nécessaire à leur efficacité mais ils sont efficaces. Quatre classes
médicamenteuses ont fait la preuve de leur efficacité dans le trai-
Objectifs et modalités de traitement tement de l’acné : les rétinoïdes, le peroxyde de benzoyle, l’acide
azélaïque et les antibiotiques locaux. Le choix du topique dépend
Les RBP de la prise en charge de l’acné ont été mises à jour en du type d’acné. Les mécanismes d’action des différents topiques
2015 [2] . sont détaillés dans le Tableau 4.
Les particularités du traitement de l’acné dont il faut informer
le patient et la famille sont les suivantes : Rétinoïdes locaux
• traitement seulement suspensif, à l’exception de l’isotrétinoïne • Molécules : trétinoïne 0,025 % ou 0,05 % et adapalène 0,1 %
(seul traitement curateur) ; à poursuivre aussi longtemps que (1 application/j le soir).
nécessaire ; • Action : kératolytique.

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Acné  4-114-A-10

Tableau 4.
Mécanisme d’action des traitements de l’acné.
Cible thérapeutique : molécules Kératinisation Anti-inflammatoire/antimicrobien Séborrhée
Topiques
Rétinoïdes X –/0
Peroxyde de benzoyle – X/X
Acide azélaïque X 0/X
Antibiotique topique X/X
Systémiques
Gluconate de zinc X/0
Antibiotique per os X/X
Isotrétinoïne X X X

– : action discrète/minime.

• Indications : acné rétentionnelle et/ou modérément inflamma-


toire.
• Effets indésirables :
◦ irritation cutanée : possibilité d’espacer les applications ini-
“ Point fort
tiales à 1 jour sur deux ou trois pour limiter cet effet
Les antibiotiques ont une place réduite dans le traite-
indésirable,
◦ photosensibilité. ment de l’acné depuis les recommandations de la HAS en
• Contre-indication : femme enceinte ou planifiant une grossesse 2015 en raison du risque d’induction de résistances bacté-
(Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de riennes. Ils ne doivent jamais être utilisés en monothérapie
santé [ANSM], 2018) [30] . topique ou systémique.

Peroxyde de benzoyle
• Molécule : peroxyde de benzoyle 2,5 %, 5 %, 10 % gel (1 appli-
cation/j le soir). Aucune étude n’a montré la supériorité d’une De plus, de nombreuses études ont montré la supériorité en
concentration par rapport à une autre [28] . termes d’efficacité clinique d’une association antibiotiques locaux
• Actions : antibactérienne, anti-inflammatoire et légère activité – autre topique (peroxyde de benzoyle, rétinoïdes, acide azélaïque)
kératolytique. sur chaque produit utilisé seul mais avec un bénéfice clinique
• Indications : minime ; par exemple : rétinoïdes topiques et érythromycine
◦ acné mixte avec composante inflammatoire prédominante ; (Erylik® , non remboursé par la Sécurité sociale) et clindamycine
◦ compatible avec la grossesse et l’allaitement [1, 28] . (Zanea® , non remboursé par la Sécurité sociale).
• Effets indésirables : En revanche, en l’absence d’étude réalisée, l’association fixe per-
◦ irritation cutanée : possibilité d’espacer les applications ini- oxyde de benzoyle et adapalène (Epiduo® ) n’est pas privilégiée par
tiales à 1 jour sur deux ou trois pour limiter cet effet rapport aux deux produits appliqués séparément.
indésirable ; En l’absence d’amélioration du service médical rendu, ces asso-
◦ photosensibilité ; ciations ne sont pas remboursées.
◦ risque de décoloration définitive des vêtements et du linge
de maison.
Traitements systémiques
Acide azélaïque
Ils comprennent l’antibiothérapie systémique, l’isotrétinoïne
• Molécules : acide azélaïque 15 % gel ou 20 % crème (2 applica-
orale, le gluconate de zinc et l’hormonothérapie.
tions/j).
• Actions : antimicrobienne et agit sur l’hyperkératose follicu-
laire. Antibiothérapie systémique
• Indication : acné avec composante inflammatoire localisée. Elle est ainsi décrite :
• Modalités de prescription : en traitement d’attaque en associa- • molécules :
tion au peroxyde de benzoyle. ◦ cyclines de deuxième génération : doxycycline 100 mg/j ou
lymécycline 300 mg/j (grade B). La minocycline n’est plus
Antibiotiques topiques indiquée, compte tenu de son rapport bénéfice/risque ;
• Molécules : érythromycine 4 % et clindamycine 1 % (1 appli- ◦ en cas de contre-indication aux cyclines : érythromycine
cation/j). orale 1 g/j (accord d’experts) ;
• Action : anti-inflammatoire/antimicrobienne. • indication : acné inflammatoire ;
• Indication : en cas d’échec à 3 mois d’un traitement bien • modalités de prescription :
conduit de l’acné légère (GEA 2). ◦ en association à un traitement topique par un rétinoïde ou
• Modalités de prescription : en association à un traitement par l’association peroxyde de benzoyle/rétinoïde topique ou
topique par peroxyde de benzoyle ou par rétinoïde topique pour peroxyde de benzoyle/acide azélaïque (grade B),
augmenter l’efficacité et diminuer le risque de résistance. ◦ jamais en monothérapie ou en association à des antibiotiques
• Effets indésirables : topiques,
◦ irritation cutanée légère, ◦ prescription jusqu’à obtention de la rémission et pour 3 mois
◦ folliculite à bactérie à Gram négatif en cas de traitement pro- au maximum (grade B) ;
longé. • effets indésirables :
◦ photosensibilité (plus importante pour la doxycycline que la
lymécycline),
Traitements combinés topiques ◦ troubles digestifs,
Ces combinaisons de traitements permettent une meilleure ◦ interaction médicamenteuse pour l’érythromycine ;
observance thérapeutique par un schéma thérapeutique simpli- • contre-indications aux cyclines :
fié à une époque de la vie de l’adolescent où la solution la moins ◦ grossesse au T2 et T3 (dystrophie dentaire),
chronophage ou complexe est souvent appréciée. ◦ enfant de moins de 8 ans.

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Isotrétinoïne orale carnet-patiente et brochures à destination des patients, des


C’est le seul traitement curateur de l’acné. Dans les formes médecins prescripteurs et des pharmaciens disponibles sur le
sévères, il permet d’obtenir une guérison dans la moitié des cas [28] : site de l’ANSM (cf. Pour en savoir plus),
• indications : ◦ sécheresse cutanéomuqueuse dose-dépendante : chéilite,
◦ traitement de première intention dans les acnés très sécheresse cutanée/conjonctivale/nasale/vaginale à prévenir
sévères/GEA 5 (grade A), par la prescription de stick à lèvre, émollient et larmes arti-
◦ en cas d’échec à 3 mois de traitement bien conduit dans les ficielles, plus ou moins intolérance au port des lentilles de
acnés sévères/GEA 4 et moyennes/GEA 3. Possibilité de débu- contact,
ter avant les 3 mois dans les acnés sévères/GEA 4 susceptibles ◦ risque d’hypertension intracrânienne (HTIC) en cas
d’entraîner des cicatrices définitives (acné conglobata) ou en d’association avec les tétracyclines,
cas de récidive rapide, ◦ trouble sévère du métabolisme lipidique (incluant les
◦ noter l’isotrétinoïne n’est pas indiquée dans le traitement de pancréatites aiguës) : bilan préthérapeutique et contrôle bio-
l’acné prépubertaire et n’est pas recommandée chez l’enfant logique à 1 mois puis tous les 3 mois pendant la prise
de moins de 12 ans ; d’isotrétinoïne,
◦ augmentation des transaminases et hépatite : bilan préthéra-
peutique et contrôle biologique à 1 mois puis tous les 3 mois
pendant la prise d’isotrétinoïne,
“ Mise au point ◦ risque individuel de dépression et d’augmentation du risque
suicidaire, notamment dans les 3 premiers mois : identifier
les patients les plus à risque et surveillance rapprochée,
• Recommandations associées à la prescription ◦ réaction cutanée sévère rare : érythème polymorphe, syn-
d’isotrétinoïne : encadrement strict prévu par l’ANSM drome de Stevens-Johnson, nécrolyse épidermique toxique ;
réactualisé en 2015 entrant dans le cadre du programme • contre-indications :
◦ hypersensibilité à la substance active ou à l’un des excipients,
de prévention des grossesses.
◦ allergie à l’arachide ou au soja,
• Remettre à la patiente :
◦ insuffisance hépatique,
◦ un accord de soin et de contraception à signer par ◦ hyperlipidémie,
toutes les patientes en âge d’avoir des enfants ; ◦ association avec les tétracyclines (risque d’HTIC),
◦ un carnet-patiente pour le suivi mensuel ; ◦ hypervitaminose A,
◦ une brochure sur la contraception. ◦ prise concomitante de vitamine A (risque de symptômes évo-
• Première prescription réalisée par un dermatologue, cateurs d’une hypervitaminose A),
renouvellement possible par tout médecin. ◦ prise concomitante d’autres rétinoïdes.
• Prescription pour 1 mois au maximum.
• Contraception efficace, instaurée au moins 4 semaines
avant le début du traitement et à poursuivre jusqu’à 1 mois
après l’arrêt du traitement.
• Test plasmatique de grossesse : mensuel, à réaliser dans
“ Mise au point
les 3 jours précédant chaque prescription et à réaliser
5 semaines après la fin du traitement. • Surveillance des troubles dépressifs et de
• Carnet-patiente à présenter à chaque consultation comportements suicidaires sous isotrétinoïne :
médicale pour que le prescripteur puisse reporter la date ◦ évaluation du risque au cours d’un entretien médical
et le résultat du test mensuel de grossesse. pouvant être aidée par l’utilisation d’une échelle de
• Délivrance du médicament par la pharmacie au plus tard dépression ADRS (adolescent depression rating scale),
dans les 7 jours après la prescription médicale et après avoir et en cas de doute, demander un avis spécialisé psy-
vérifié : chiatrique (accord d’experts) ;
◦ la signature de l’accord de soin et de contraception ◦ informer le patient et sa famille du risque (accord
lors de la première délivrance ; d’experts) : information orale et écrit via la création
◦ la date et le résultat du test de grossesse mensuel dans d’un feuillet d’information à destination des patients
le carnet-patiente rempli. disponible sur le site de l’ANSM ;
◦ consultation mensuelle dans les 3 premiers mois (déjà
effectif chez la jeune fille) à la recherche de modifica-
• modalité de prescription [31] : tion inhabituelle de l’état psychologique du patient
◦ la posologie en traitement d’attaque est de 0,5 mg/kg/j en une (accord d’experts) ;
à deux prises par jour au cours d’un repas et jusqu’à une dose ◦ diriger le patient vers une consultation spécialisée en
cumulée entre 120 et 150 mg/kg (grade A) soit 4 à 6 mois cas de changement d’humeur, de comportement ou
par cure. La réponse thérapeutique à l’isotrétinoïne et cer- au moindre doute.
tains des effets indésirables sont dose-dépendants et varient
d’un patient à l’autre, ce qui justifie un ajustement indivi-
duel de la dose au cours du traitement. Pour la plupart des
patients, la dose se situe entre 0,5 et 1 mg/kg/j ou jusqu’à la
dose maximale tolérée, Gluconate de zinc
◦ ce traitement peut être responsable d’une poussée inflam- Le traitement est ainsi décrit :
matoire initiale plus ou moins sévère. Afin de diminuer le • action : anti-inflammatoire (pouvoir inférieur aux cyclines per
risque, l’évacuation d’une partie des lésions rétentionnelles os) ;
par microchirurgie peut être proposée (accord d’experts). • indications :
Par ailleurs, en cas de forte composante rétentionnelle, il ◦ contre-indication/efficacité insuffisante/mauvaise tolérance
est conseillé de débuter à faible dose (0,2–0,3 mg/kg/j) afin au traitement antibiotique par voie générale dans les acnés
de réduire le risque d’exacerbation sévère aiguë sous forme inflammatoires très légères à moyennes (GEA 1 à 3) (grade C),
d’acné fulminans (accord d’experts) ; ◦ période estivale (car non photosensibilisant),
• effets indésirables [31] : ◦ à partir du deuxième trimestre de grossesse (en tenant compte
◦ tératogène+++ : programme de prévention des grossesses des autres supplémentations possibles pour éviter un surdo-
avec formulaire d’accord de soin et de contraception, sage) ;

8 EMC - Pédiatrie

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Acné  4-114-A-10

Très légère (grade 1) Légère (grade 2) Moyenne (grade 3) Sévère (grade 4) Très sévère (grade 5)

Pratiquement pas de Facilement identifiable. Plus de la moitié Tout le visage est Acné très inflammatoire
lésion. Moins de la moitié du de la surface du atteint, couvert de recouvrant le visage
Rares comédons visage est atteinte. visage est atteinte. nombreuses avec des nodules
ouverts ou Quelques comédons Nombreuses papulopustules,
fermés dispersés ouverts ou fermés, et papulopustules, comédons ouverts ou
et rares papules quelques nombreux comédons fermés et rares nodules
papulopustules ouverts ou fermés.
Un nodule peut
être présent

Traitement d'attaque - 1re intention

Traitement par Traitement par Traitement par Association cyclines (2) Isotrétinoïne per os (3, 4)
peroxyde de benzoyle peroxyde de benzoyle peroxyde de benzoyle per os
ou + + et
rétinoïdes locaux (1) rétinoïdes locaux (1) rétinoïdes locaux (1) traitement par
peroxyde de benzoyle
ou
+
Échec à 3 mois Échec à 3 mois
rétinoïdes locaux (1)
Association cyclines (2)
per os
et Un traitement par
Traitement par Intensification du
traitement isotrétinoïne orale peut
peroxyde de benzoyle traitement local de
par être débuté avant 3 mois
+ première intention
peroxyde de benzoyle en cas d’échec du
rétinoïdes locaux (1) ou
+ traitement de 1re intention
traitement local en cas de risque
rétinoïdes locaux (1)
par antibiothérapie cicatriciel important ou
+ en cas de récidive rapide
rétinoïdes ou acide
azélaïque (1) Échec à 3 mois
Échec à 3 mois
ou
Isotrétinoïne per os (3)
Association cyclines (2)
per os Isotrétinoïne per os (3)
et
traitement
par
peroxyde de benzoyle
+
rétinoïdes locaux (1)

Traitement d’entretien (pas de lésion) (grade 0)

Adapalène 0,1 % (1 fois/j ou 1 j/2) ou adapalène 0,1 % + peroxyde de benzoyle 2,5 % (1 fois/j). La trétinoïde 0,025 % ou 0,05 % peut être utilisée à la place de l’adapalène

Estroprogestatif à visée contraceptive chez une femme présentant une acné


En première intention : lévonorgestrel (2e génération)
En deuxième intention: norgestimate
Si, malgré un traitement dermatologique bien conduit, l’acné persiste, les autres options contraceptives sont envisagées en concertation avec un gynécologue et la patiente (parmi les options, l’utilisation
de Diane 35® et ses génériques [acétate de cyprotérone 2 mg et éthinylestradiol 35 µg]

Figure 6. Prise en charge de l’acné (d’après HAS [2] et Dréno [29] ). 1. « Rétinoïdes locaux » signifie trétinoïne 0,025 % ou 0,05 %, ou adapalène 0,1 % ;
« peroxyde de benzoyle » signifie peroxyde de benzoyle à 2,5 %, 5 % ou 10 % ; « acide azélaïque » signifie acide azélaïque 15 % ou 20 % ; 2. toute cycline
à l’exception de la minocycline ; 3. isotrétinoïne per os débuté à au moins 0,5 mg/kg/j et jusqu’à une dose cumulée comprise entre 120 et 150 mg/kg.
Respect des règles associées à sa prescription ; 4. pour les formes avec forte composante réactionnelle, l’isotrétinoïne doit être débutée à une dose plus faible
(0,2–0,3 mg/kg/j).

• modalité de prescription : pas de posologie recommandée dans endocrinologique permet de préciser le diagnostic de la maladie
les RBP ; 30 mg de zinc élément par jour à distance des repas endocrinienne sous-jacente et la prise en charge thérapeutique
(au moins 2 h) pendant 6 à 12 semaines. adaptée (accord d’experts) :
Hormonothérapie • contraception orale : estroprogestatifs :
La place du traitement hormonal a été restreinte dans les RBP ◦ molécules :
de 2015. – en première intention : les associations contenant du lévo-
La spironolactone n’est plus indiquée dans le traitement de norgestrel (deuxième génération),
l’acné selon les RBP de 2015 [2] . En cas d’hirsutisme et/ou de – en deuxième intention : les associations contenant du nor-
signes cliniques d’hyperandrogénie associés à l’acné, un avis gestimate,

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4-114-A-10  Acné

◦ indication : femme ou adolescente présentant de l’acné et Prise en charge des cicatrices


souhaitant un estroprogestatif à visée contraceptive, La prise en charge des cicatrices est complexe et nécessite sou-
◦ effet indésirable principale : risque thromboembolique ; vent une association de différentes techniques selon le type de
cicatrices : excision chirurgicale, techniques de lissage, technique
de comblement, etc.
La prévention de la survenue de cicatrices est essentielle et passe

“ Point fort par la prise en charge rapide et adaptée de l’acné.


Le traitement de l’hyperpigmentation per- et postinflamma-
toire de l’acné est également une composante importante de la
En l’absence de besoin contraceptif et en raison du risque prise en charge de l’acné sur peau pigmentée (phototype foncé).
thromboembolique, il n’est pas recommandé de pres-
crire des estroprogestatifs dans l’objectif de traiter l’acné Réseaux
(grade A). Afin d’obtenir la meilleure observance possible, une informa-
tion et une compréhension de l’acné sont indispensables. De
nombreux sites ont été créés afin d’informer et de soutenir les
patients dans leur prise en charge, certains par des dermatologues,
• antiandrogènes à base d’acétate de cyprotérone : d’autres par des groupes pharmaceutiques, par exemple, le site de
◦ les associations acétate de cyprotérone 2 mg et éthinylestra- la Société française de dermatologie et le site Ensemble contre
diol 35 ␮g (Diane 35® , Evepar® 2 mg/0,035 mg, Minerva 35® ) l’acné.
peuvent être prescrites dans des conditions limitées en
concertation avec le gynécologue. Noter que le statut de
ces associations comme contraceptifs n’est pas uniforme en
Europe et n’est pas reconnu en France. Ils ne doivent pas être
prescrits comme contraceptifs dans le cadre d’un traitement
Algorithme thérapeutique
par isotrétinoïne orale (accords d’expert), Le choix des thérapeutiques dépend du type d’acné et de sa
◦ indication : traitement de deuxième intention de l’acné sévérité. Un algorithme de prise en charge a été validé en 2015
modérée à sévère dans un contexte d’hyperandrogénie et/ou (Fig. 6) : il détaille les propositions thérapeutiques en fonction de
d’hirsutisme chez les femmes en âge de procréer (après échec la sévérité de l’acné.
d’un traitement topique ou d’un traitement antibiotique sys- Une durée de 3 mois est nécessaire afin de juger de l’efficacité
témique), du traitement d’attaque initiale (grade B). La seule exception
◦ effets indésirables principaux : concerne l’acné sévère/GEA 4 : s’il existe un risque de cicatrices
– risque de méningiome dose cumulée dépendante (ANSM, définitives ou en cas de récidive rapide, le délai de 3 mois peut
2018), être raccourci afin d’instaurer un traitement par isotrétinoïne per
– risque thromboembolique. os plus précocement (afin de limiter le risque cicatriciel).
En cas d’échec après 3 mois de traitement bien conduit,
Soins de supports l’algorithme propose de modifier les molécules prescrites pour
élargir le spectre d’action et/ou d’intensifier le traitement de
Il faut absolument éviter de manipuler les lésions (risque infec- seconde intention.
tieux et cicatriciel) :
• toilette avec un savon doux respectant le pH (accord d’experts).
Éviter l’utilisation d’antiseptique ou de produit alcoolisé pour
la toilette quotidienne en raison de leur caractère irritant et
parfois sensibilisant (accord d’experts) ;
• crème hydratante non comédogène, pour améliorer la tolérance
“ Points essentiels
des différents traitements topiques irritants (grade C) ; • La présence des comédons est nécessaire au diagnostic
• photoprotection recommandée, en raison de la photosensibi-
d’acné.
lité des différents traitements et du risque de pigmentation des
• Toujours rechercher des signes de virilisation et de
cicatrices (accord d’experts). De plus, l’exposition solaire, en
épaississant l’épiderme, aggrave l’acné ; puberté précoce en cas d’acné, à tout âge.
• éviter les cosmétiques comédogènes ; • Ne pas hésiter à adresser à des spécialistes en cas
• soutien psychologique si nécessaire (dermatose affichante) ; de doute diagnostique ou de souffrance psychologique
• pas de modification de l’alimentation recommandée dans importante : dermatologue, endocrinologue et psychiatre
l’objectif d’améliorer l’acné (grade C). participent à la prise en charge si besoin.
• Prévenir le risque cicatriciel par un traitement adapté de
Traitements physiques de l’acné l’acné.
• Le traitement est uniquement suspensif et repose essen-
Les traitements physiques sont divers. On peut citer la micro-
chirurgie et les thérapies lumineuses, elles-mêmes divisées en deux tiellement sur des topiques dont l’efficacité dépend de
sous-types : thérapies lumineuses « seules » et les photothérapies l’observance thérapeutique.
dynamiques. Les thérapies lumineuses n’ont pas leur place dans le • La prescription d’isotrétinoïne répond à des règles
traitement de l’acné en dehors du cadre de protocole d’évaluation strictes dont le principal objectif est d’éviter les grossesses
clinique (accords d’expert). sous traitement. Sous réserve de suivre les recomman-
La microchirurgie permet, par exemple, l’extraction des comé- dations associées à la prescription et d’assurer une
dons et l’incision des microkystes. surveillance rapprochée, l’isotrétinoïne présente un très
Les thérapies lumineuses « seules » reposent notamment sur bon rapport efficacité/tolérance. Il constitue le seul trai-
l’utilisation de lumière pulsée intense et de lasers à colorant pul- tement curateur. Son indication ne doit pas être retardée
sés. Selon leur longueur d’onde, ces thérapies lumineuses auraient
dans les acnés très sévères (GEA 5), les acnés sévères
une influence sur C. acnes, qu’elles détruiraient en activant des
porphyrines absorbant la lumière, sur la réaction inflammatoire (GEA 4) et moyennes (GEA 3) résistantes à 3 mois de
et sur les glandes sébacées. traitement bien conduit ou en cas de risque cicatriciel.
Les photothérapies dynamiques reposent sur l’utilisation de • Les estroprogestatifs n’ont pas de place dans le traite-
crèmes photosensibilisantes absorbées par l’unité pilosébacée, ment de l’acné en dehors d’un besoin contraceptif associé.
amplifiant la réponse aux thérapies lumineuses [2] .

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Acné  4-114-A-10

En cas de rémission, un traitement d’entretien est prescrit et cription initiale d’isotrétinoïne. N’étant pas très à l’aise avec la
prolongé aussi longtemps que cela est nécessaire, de manière à contraception orale de l’adolescente, vous l’adressez également à
maintenir le résultat obtenu (grade B). un confrère gynécologue pour débuter cette contraception.
En cas de récidive sous traitement d’entretien bien réalisé, un
traitement d’attaque de 3 mois est à nouveau initié selon la sévé-
rité de la rechute (accord d’experts).  Annexe B. Cas clinique : une acné
prépubertaire
 Conclusion Vous voyez, en consultation pédiatrique, B., âgée de 5 ans, que
L’acné touche principalement les adolescents, mais peut se voir vous suivez régulièrement depuis la naissance. Sa maman a pris
à tout âge. Son diagnostic est clinique. L’évolution de l’acné est rendez-vous car elle a constaté l’apparition de « boutons » sur
chronique et peut laisser des cicatrices en absence de traitement le visage de sa fille depuis 4 mois. Elle ne prend pas de médi-
adapté. Le type de lésions prédominantes, la superficie atteinte cament et n’a pas d’antécédent particulier. À l’examen physique,
et la sévérité de l’atteinte orientent la prise en charge thérapeu- vous constatez une acné légère/grade 2 du visage et quelques papu-
tique qui repose principalement sur une thérapeutique topique lopustules sur le haut du dos. Elle présente une pilosité pubienne
parfois associée à un traitement systémique. Le traitement est uni- (P2 à la classification de Tanner) que vous n’aviez pas remarqué
quement suspensif (à l’exception de l’isotrétinoïne) et doit être lors de la visite des 4 ans. Il n’y a pas de bourgeon mammaire
poursuivi aussi longtemps que nécessaire. ni de pilosité axillaire. Vous notez également une accélération
Des cas cliniques sont proposés aux Annexes A et B. staturale avec une taille passant de 1,3 DS à 2,1 DS en plus de
1 an et un poids corrélé à sa taille. Devant cette découverte de
puberté précoce, vous lui prescrivez un bilan biologique endocri-
Déclaration de liens d’intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens nologique, un âge osseux et une échographie abdominopelvienne
d’intérêts en relation avec cet article. s’intéressant aux ovaires, à l’utérus et aux surrénales. Les examens
mettront en évidence un adénome corticosurrénalien.

 Annexe A. Cas clinique : prise


 Références
en charge initiale d’une acné
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La jeune A., 13 ans, consulte pour une acné en mars dans votre comment la traiter ? 2015. [Link]
cabinet de pédiatrie. Elle n’a pas d’antécédent particulier. Vous application/pdf/2015-10/acne dossier de [Link].
l’aviez vu, il y a plus de 1 an, pour son rappel vaccinal, elle [2] Société française de dermatologie, Haute Autorité de santé. Recom-
avait à ce moment quelques lésions rétentionnelles de la zone mandations de bonne pratique : traitement de l’acné par voie locale
T sans demande thérapeutique. Ce jour, l’acné est de sévérité et générale, argumentaire scientifique 2015.
légère/grade 2 avec des lésions mixtes, sans lésion cicatricielle. [3] Bhate K, Williams HC. Epidemiology of acne vulgaris: epidemiology
Elle ne présente pas de signe de virilisation à l’examen clinique. of acne vulgaris. Br J Dermatol 2013;168:474–85.
Elle applique du fond de teint quotidiennement pour cacher ses [4] Williams HC, Dellavalle RP, Garner S. Acne vulgaris. Lancet
lésions et les manipule régulièrement, puis se nettoie le visage 2012;379:361–72.
avec un antiseptique. Elle n’a pas de besoin contraceptif. Vous [5] Dawson AL, Dellavalle RP. Acne vulgaris. Br Med J 2013;346:f2634.
lui expliquez que le traitement est uniquement suspensif et sera [6] Goulden V, Stables GI, Cunliffe WJ. Prevalence of facial acne in adult.
à poursuivre aussi longtemps que nécessaire. Vous lui prescrivez J Am Acad Dermatol 1999;41:577–80.
du peroxyde de benzoyle (PB) 2,5 % et un rétinoïde local à appli- [7] Prost-Squarcioni C. Histologie de la peau et des follicules pileux. Med
Sci 2006;22:131–7.
quer en alternance tous les soirs. Vous l’informez du caractère
[8] Léauté-Labrèze C. L’acné de la naissance à l’adolescence. Med Ther
irritant des crèmes thérapeutiques et du risque de décoloration
Pediatr 2007;10:294–300.
des vêtements par le PB. Elle peut nettoyer son visage avec un soin
[9] Ballanger-Desolneux F. Quoi de neuf dans l’acné ? Real Ther Derm-
adapté aux peaux acnéiques (savon doux ou Syndet® ). Vous lui Venerol 2020;291:43–9.
recommandez d’arrêter les antiseptiques et d’éviter de manipuler [10] Dréno B. What is new in the pathophysiology of acne, an overview. J
ses lésions au risque d’avoir des cicatrices. Vous lui recommandez Eur Acad Dermatol Venereol 2017;31(Suppl. 5):8–12.
également d’éviter les fonds de teint comédogènes et d’appliquer [11] Jarrousse V, Castex-Rizzi N, Khammari A, Charveron M, Dréno B.
une crème hydratante non comédogène le matin si elle ressent Modulation of integrins and filaggrin expression by Propionibacte-
une irritation cutanée secondaire au traitement local. rium acnes extracts on keratinocytes. Arch Dermatol Res 2007;299:
À la réévaluation 3 mois plus tard, au mois de juin, vous consta- 441–7.
tez une bonne efficacité du traitement avec régression des lésions [12] Di Domizio J, Pagnoni A, Huber M, Hohl D, Gilliet M. The skin
inflammatoires et rétentionnelles, persistance d’un discret éry- microbiota : a colossus steps into the spotlight. Rev Med Suisse
thème. Vous lui conseillez de poursuivre les soins locaux adaptés 2016;12:660–4.
qu’elle réalise, d’appliquer une crème solaire lors des expositions [13] Tax G, Urbán E, Palotás Z, Puskás R, Kónya Z, Bíró T, et al. Propionic
solaires pendant l’été et lui prescrivez de l’adapalène 0,1 % en acid produced by Propionibacterium acnes strains contributes to their
traitement d’entretien. pathogenicity. Acta Derm Venereol 2016;96:43–9.
A. reconsulte au mois d’octobre pour un rebond de son acné [14] Reizis Z, Trattner A, Hodak E, David M, Sandbank M. Acne fulminans
depuis la fin de l’été. Elle présente de nombreuses papulopustules with hepatosplenomegaly and erythema nodosum migrans. J Am Acad
de la face entière, un nodule sur la joue droite et des lésions réten- Dermatol 1991;24:886–8.
tionnelles. Elle ne prend pas de nouveau médicament et n’utilise [15] See H, Meinzer U, Lorrot M, Faye A, Bourrat E. Acné fuminans
pas de soins locaux comédogènes. Devant cet acné de sévérité et ostéite chronique multifocale récidivante : une entité spécifique
au sein des ostéites aseptiques de l’enfant ? Ann Dermatol Venereol
modérée/grade 3 et d’aggravation rapide, vous lui prescrivez de la
2016;143:S142–3.
lymécycline 300 mg/j pour 3 mois, ainsi qu’un traitement local
[16] Solman L, Layton AM. Acne in childhood. Paediatr Child Health
par peroxyde de benzoyle 2,5 % et rétinoïde local. À la consulta- 2019;29:85–9.
tion de réévaluation à 3 mois, l’acné persiste malgré une bonne [17] Antoniou C, Dessinioti C, Stratigos AJ, Katsambas AD. Clinical and
observance. Vous l’informez du risque de cicatrice si les lésions therapeutic approach to childhood acne: an update. Pediatr Dermatol
s’aggravent et commencez à lui expliquer le principe du traite- 2009;26:373–80.
ment par isotrétinoïne avec le contrat de soin et de contraception. [18] Samycia M, Lam J. Infantile acne. CMAJ 2016;(188):17–8.
Son état psychologique vous paraît compatible avec la mise sous [19] Hello M, Prey S, Léauté-Labrèze C, Khammari A, Dreno B, Stalder
traitement. Vous lui prescrivez le bilan préthérapeutique à réaliser J-F, et al. Infantile acne: a retrospective study of 16 cases. Pediatr
avant de rencontrer votre confrère dermatologue pour la pres- Dermatol 2008;25:434–8.

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4-114-A-10  Acné

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N. Lachaume.
Service de pédiatrie générale et urgences pédiatriques, Hôpital Louis-Mourier, AP–HP, Colombes, France.
E. Bourrat.
Pédiatrie générale, Hôpital Robert-Debré, AP–HP, Paris, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Goeller C, Lachaume N, Bourrat E. Acné. EMC - Pédiatrie 2022;42(1):1-12 [Article 4-114-A-10].

12 EMC - Pédiatrie

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