CM1 : Fragments d’histoire globale
Milieu XVe-milieu XIXe
Histoire globale : Monde lié, sociétés qu’on peut relier entre elles. Circulation des
objets, individus, informations.
Marins du monde entier.
On vit dedans tout le temps, on vit une expérience humaine locale, quotidien organisé
par des réalités locales.
Interrogation de l’historiographie : à quand remonte cette
globalisation/mondialisation ?
Certains historiens parlent d’une seule mondialisation, d’autres parlent de plusieurs
(première, deuxième).
Première : époque moderne, deuxième = fin XIXe.
Sanjay Subrahmanyam, Aux origins de l’histoire globale :
Historien global. « l’histoire est un récit égoïste », c’est-à-dire de soi (famille, village,
région, État…) puis mondialisé.
Élargir les points de départ de l’analyse.
I) Quelques regards larges (XIIIe-XVIe)
A) Pax mongolica et grande peste (XIIIe-XVIe)
Empire mongol pas long, première expansion première moitié XIIIe avec Gengis
Khan.
XIVe : élargissement considérable de ces territoires mongols, descendant de Gengis
se partagent ces territoires, État pas unifié, plusieurs khanats (khan = prince).
Marco Polo (XIIIe) profite de cet espace sans frontières ni oppositions pour circuler.
Plus grand espace politique organisé (selon certains auteurs), circulation libre. Mais
aussi des territoires peu peuplés. Circulation marchande, religieuse, idées
(bouddhisme en Asie centrale, Islam aussi).
XIVe : Grande peste, ou peste noire en Europe.
Point de départ : région de Samarkand en Asie centrale.
1338 : épidémie de peste à Samarkand.
1340s : Traces de propagation en Inde et en Chine.
1346 : Nord de la Mer noire, siège de Kaffa, comptoir commercial génois, assiégé par
les mongols. Un navire parti de Kaffa va contaminer l’Europe.
Moyen-Orient (1349 : Mecque), Égypte, Éthiopie, Somalie (1349/50).
Sites archéologiques montre une rupture au XIVe, arrêt de l’activité, disparition de
certaines villes, raréfaction des objets. Pas de traces d’incendie, de guerre, etc. Sur les
mêmes sites, fin XIVe, trou dans les stratigraphies en Afrique de l’Ouest.
Probablement la peste. Objets montre qu’il y a des échanges avec l’Afrique de l’Est
(objets chinois, éthiopien, égyptiens).
100 à 150 millions de morts, soit un quart de l’humanité, sur 3 continents, pandémie
mondiale qui s’étend sur une vingtaine d’années (20/30 ans).
D’où vient la peste ? Phénomène militaire, mais petit élément ponctuel, le premier,
car elle serait arrivée d’une autre façon. Arrivée à cause des échanges entre sociétés.
B) La girafe de Yongle, vers 1414-1415
Afrique-Chine. Offert à Yongle, empereur chinois, par le Sultan de Malindi
(comptoir au Kenya actuel), par un prince du Bengal.
Échanges Afrique/Chine depuis + de 1500 ans, expéditions chinoises par Zheng He, 7
grands voyages entre 1405 et 1433. Pour le commerce.
Ils vont en Asie du Sud Est, occasionnellement en Inde mais jamais au-delà.
Mais début XVe, l’empereur Zheng He organise des voyages à la fois politiques et
commerciales. Grosse flotte, armée par l’empereur, on impose le commerce et des
tributs. Commerce au profit de l’État imposé par l’empereur, alors que habituellement
c’est du commerce privé.
Arrivent dans Yemen/Oman actuels, Iran, Mecque, jusqu’au Kenya.
Connexion complète entre Chine/Afrique, existaient déjà au sien de l’Océan Indien,
mais personne ne le faisait (Sumatra (Indonésie) et Inde, point de liaison).
Impact diplomatique/politique/militaire…
Impact en Chine qui fait qu’on arrête les expéditions.
Paix mongole permet une circulation.
Espace de circulation plus ancien : Océan Indien.
C) Le rhinocéros de Manuel de Portugal (Dürer, 1515)
Inde-Portugal.
Défilé, combat contre un éléphant.
Jusqu’au XVe : Océan Indien, grand espace de circulation. Europe médiévale est
fermée sur elle-même.
D) Maïs, tomate, manioc au XVIe
Amérique-Afrique.
Européen les consomme rapidement.
En Afrique, le maïs devient un objet de consommation très rapidement.
Adopté par les populations du peuple de Guinée, culture vivrière.
Manioc, cultivé au Brésil. Implanté par les portugais à Sao Tomé, île dans golfe de
Guinée, puis au royaume du Kongo. Mais les africains n’en veulent pas, pour eux
c’est la nourriture des portugais.
Tomate : Amérique centrale, on en importe en Europe mais pas beaucoup
consommée, objet d’ornement.
1560s : Tomates ramenées.
Afrique : pas de traces anciennes d’utilisation de la tomate.
Archéologie, Nigeria : traces de tomates au XVIe.
Traite négrière : seulement une petite partie de l’histoire africaine, il y a aussi la
diffusion des plantes.
E) Perles italiennes de sépultures amérindiennes
Venise-Amérique du Nord
XIVe/XVe : Venise devient spécialisé dans leur fabrication (perles de verre), même si
existe depuis antiquité (?).
Perles trouvées en Amérique du Nord, dans des sépultures amérindiennes (région des
grands lacs, à 1500 km de l’océan atlantique).
Par pêcheurs de Terre Neuve, explorateurs, etc.
Une fois dans sociétés amérindiennes, elles circulent car ils savent pas en faire, donc
objet précieux.
Les perles de verre arrivent à l’intérieur de l’Amérique du Nord avant les européens,
vers 1520/30.
XIIIe/XIVe/XVe : Premiers indices d’interconnexion de la planète.
Océan indien, espace de circulation très dense.
Basculement : XVe/XVIe, européens fermés sur eux, l’Europe médiévale connaît peu
de choses. Expansion des ibériques (espagne/portugal), sont les premiers à relier le
monde entier, tour du monde. Relient le continent américain.
Historiographie traditionnelle centre sa vision sur l’Europe, mais tout ne passe pas
par l’Europe.
II) L’Europe et le monde
« un petit cap du continent asiatique » (Paul Valéry), pour parler de l’Europe. Elle est
marginale.
Prétention d’une universalité européenne et de progrès lors du contact des peuples
avec l’Europe.
Centre économique du monde : Océan Indien, et l’Inde.
Échanges économiques, humains (Madagascar, habitants originaires de l’Indonésie
pour la plupart).
Échanges aboutissent parfois jusqu’au monde arabe, et très peu jusqu’à l’Europe, qui
est donc un espace périphérique.
XVe : Renversement, les européens marginaux, portugais sont capables de naviguer
jusqu’en Inde, route jusqu’en Amérique = les européens interviennent directement
dans cet ancien centre du monde et dominent économiquement, militairement le
continent américain, isolé depuis + de 12 000 ans.
Créent les routes en Atlantique, qui n’existaient pas avant.
Pacifique : routes au XVIIe/XVIIIe.
XIXe/XXe : Domination impériale et coloniale.
Capacité de projection, sur tous les continents. Dans cette domination, il y a aussi une
forme d’occidentalisation du monde. Mode de vie, de société, de pensée, sont
diffusés et parfois imités. Présenté comme un modèle par les européens,
occidentalisation incarnerait le progrès et la puissance technologique. Influence des
européens sur le reste du monde.
Mais aussi influence retour : Les européens amènent la forme d’état nation, des
technologies, etc, et ils ont adopté des aliments, des fabrication technique, des
vêtements.
Donc mouvements de toute sorte.
Européens écrivent le + l’histoire. Pour leur histoire universelle, ils prennent comme
point de départ l’Europe (découpage temporel comme le MA)
Histoire construite à partir du XIXe, c’est-à-dire au moment où l’Europe « domine »
(pas vraiment) le monde.
Ces histoires universelles sont le modèle dominant jusqu’aux 50s.
Histoire des sciences, présentées comme universelles, remontent aux penseurs grecs.
Histoire des maths : on parle des grecs, mais les maths sont indiennes.
Décolonisation historienne depuis 50 ans, remise en cause de ces histoires
universelles colonisées. L’Europe n’est pas forcément au centre du monde.
Carte européenne du XVe : Afrique assez réaliste, mais Asie moins.
Carte coréenne du XIIe : Corée démesurées comparée à la Chine. En réalité, c’est
une carte du monde. Chine, Inde, péninsule arabique, Afrique et Europe mais très mal
représentés (les coréens ne dépassent pas la Chine, donc ils font à partir des
informations et rumeurs qu’ils ont entendu).
III) Définir une histoire globale
Définition de l’histoire globale : Histoire qui, par principe, observe des principes
transnationaux (question de la nation et la frontière).
Circulations, métissages, hybridations, syncrétismes, acculturations.
Ex : Terme de petite enfance, enfant pas autonome. Histoire de la petite enfance en
Europe. Certains phénomènes dépassent le clivage des frontières, des idées
politiques, dans l’Europe des 60s/70s, divisée par le rideau de fer. Pour la petite
enfance, le premier pays qui a développé des crèches pour que les jeunes femmes
travaillent c’est la Tchécoslovaquie. Ça marche si bien que plusieurs pays du bloc de
l’Est le reprennent.
À l’Ouest aussi on regarde et reprend, très inspiré. Allemagne, Belgique, etc.
Les sociétés européennes traitent le problème de la même manière, donc étude
transnational pour comprendre le cheminement.
Observe des phénomènes transnationaux, pose la question des frontières. Quand on
prend une échelle large, on constate d’autres phénomènes.
Autre phénomène : observe les liens, interactions, circulations et leurs impacts. Dans
l’histoire globale, on préfère voir les changements plutôt que d’observer les
immobilités.
Il faut toujours relativiser l’impact d’une nouveauté, car ça ne s’effectue pas
immédiatement.
Arrivée du premier navire portugais en Chine en 1513 : La quasi totalité des chinois
ça ne leur change rien dans cette année, ni l’année d’après.
Certaines connexions entraînent des bouleversements très rapide : Arrivée des
européens en Amérique, choc microbien pour les amérindiens.
Maïs marche très vite en Afrique, transforme la vie de pas mal de régions du Golfe de
Guinée dès la fin du XVIe.
Histoire globale, tout dépend d’où on regarde.
Hybridation : Plantes, arrivée des chevaux en Amérique (il n’y en avait pas avant !).
Hybridation au XXe/XXIe en Bretagne : les conifères, plantés car ça pousse
rapidement et ça rapporte.
Syncrétismes : Mélange des religions, rencontre des religions, qui vont évoluer au
contact. En Amérique, pratiques syncrétiques qui associent pratiques chrétiennes,
africaines et amérindiennes.
Acculturations : Ex : Chimalpahin, noble mexicain, écrit son journal dans nahuatl,
dans sa langue, mais il est acculturé car il écrit dans un livre, avec l’alphabet
européen (nahuatl rapidement retranscrit en lettres européennes). Dans sa culture,
éléments indigènes et éléments espagnols. Mais risque de noyer la tradition, même si
beaucoup de traditions persistent.
IV) Comment découper le temps de l’histoire
MA/Antiquité = Pas des modèles intangibles.
MA, expression créée pour l’Europe.
Changements en dehors de l’Europe : voyages chinois achèvent l’espacement de
l’océan indien.
1492 : On réintègre le continent amérindien dans l’interconnexion mondiale.
Autre basculement : XIXe, révolution industrielle. Basculement fondamentaux dans
l’industrie.