Séquence Corneille
Séquence Corneille
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Table des matières
Corpus préparatoire ...........................................................................................1
Entrée en matière par la philosophie .....................................................................................................1
Par l’histoire de l’art : Georges de la Tour, le tricheur ............................................................................2
Par la littérature ......................................................................................................................................2
PLAUTE. Le soldat fanfaron (trad. en prose des v. 25-71) ..................................................................2
Shakespeare, Comme il vous plaira, acte III, scène III (extrait) (1623) ...............................................3
ALARCON, La vérité suspecte (1630), acte I sc. 5................................................................................4
MOLIERE, Tartuffe ou l’imposteur (1665) : acte I sc. 5 .......................................................................5
MOLIERE, Dom Juan (1665): acte II sc.4 .............................................................................................6
Jean de LA BRUYERE. Des Caractères ou les Mœurs de ce Siècle, livre V : De la société et de la
conversation (1688) ............................................................................................................................7
Extraits étudiés ...........................................................................................................................................8
Parcours associé : CORNEILLE, L’illusion comique (1635, 1639) : acte II sc.2 .........................................8
Œuvre intégrale par extraits ...................................................................................................................9
Texte 1. Acte I sc. 5 .............................................................................................................................9
Texte 2. Acte III sc.5 ..........................................................................................................................10
Texte 3. Acte IV scène 2 ....................................................................................................................12
Dissertation sur œuvre .............................................................................................................................13
Sujet (pour le 18-12-2024) ....................................................................................................................13
Mise en scène en ligne ..............................................................................................................................13
Lecture cursive proposée ..........................................................................................................................13
Corpus préparatoire
Entrée en matière par la philosophie
2
Par la littérature
PLAUTE. Le soldat fanfaron (trad. en prose des v. 25-71)
ARTOTROGUS : Elles me questionnaient sans cesse : « N’est-ce pas Achille ? », me disait l’une. « Non »,
répondis-je, « mais c’est son frère », et une seconde de me demander : « Par Castor, qu’il est beau et
quel air noble ; vois comme sa coupe de cheveux lui sied. »
PYRGOPOLINICE : C’est vraiment ce qu’elles disaient ?
ARTOTROGUS : Oui, ne m’ont-elles pas supplié toutes deux de te faire passer aujourd’hui par ici
comme l’image de la procession ?
PYRGOPOLINICE : C’est un trop grand malheur d’être trop beau pour un homme.
Shakespeare, Comme il vous plaira, acte III, scène III (extrait1) (1623)
LE BOUFFON [Pierre de Touche] : Venez vite, bonne Audrey, j’irai chercher vos chèvres, Audrey ; et dites-
moi, Audrey, suis-je toujours votre homme ? Ma simple configuration vous plaît-elle ?
LE BOUFFON : Je suis ici avec toi et tes boucs comme jadis le plus cabri des poètes, l’honnête Ovide, au
milieu de ses Goths.
JACQUES [seigneur de la suite du Duc proscrit] : Ô savoir mal logé, plus mal que Jupiter dans une
chaumière !
LE BOUFFON : Quand un homme voit ses vers incompris, et que son esprit vif n’est pas relayé par ce
précoce enfant, l’intelligence, ça vous l’étend plus raide qu’une addition trop salée dans un petit cabaret
: en vérité, je voudrais que les dieux t’eussent faite poétique.
AUDREY : Je ne sais pas ce que c’est, « poétique » ; est-ce que c’est honnête à dire et à faire ? Est-ce
que c’est une chose vraie ?
LE BOUFFON : En vérité, non ; car la poésie la plus vraie est la plus mensongère, et les amoureux
s’adonnent à la poésie : et l’on peut dire que ce qu’ils jurent en vers, en tant qu’amoureux, est pur
mensonge.
AUDREY : Et vous voudriez alors que les dieux m’aient faite poétique ?
LE BOUFFON : En vérité, oui ; car tu me jures que tu es vertueuse. Si tu étais poète, je pourrais espérer
que c’est un mensonge.
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Traduit de l’anglais par Jean-Michel Déprats.
AUDREY : Vous ne voudriez pas que je sois vertueuse ?
LE BOUFFON : En vérité, non, à moins que tu ne fusses laide ; car joindre la vertu à la beauté, c’est
prendre du miel pour adoucir du sucre.
AUDREY : Eh bien, je ne suis pas belle, je prie donc les dieux qu’ils me fassent vertueuse.
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LE BOUFFON : Vraiment, gaspiller la vertu en la donnant à une garce laide, ce serait servir un bon plat
dans une assiette sale.
AUDREY : Je ne suis pas une garce, même si je suis laide, c’est l’œuvre des dieux et je les en remercie.
LE BOUFFON : Eh bien, loués soient les dieux de ta laideur ! Garce, ça peut venir après. Quoi qu’il en soit,
je veux t’épouser et, à cette fin, je suis allé trouver messire Olivier Brouille-Prêche, curé du village le plus
proche, qui m’a promis de me retrouver dans cette partie de la forêt et de nous accoupler. […]
Jean de LA BRUYERE. Des Caractères ou les Mœurs de ce Siècle, livre V : De la société et de la conversation
(1688)
Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c’est un homme universel, et il se donne pour tel :
il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose. On parle à la table d’un grand
d’une cour du Nord : il prend la parole, et l’ôte à ceux qui allaient dire ce qu’ils en savent ; il s’oriente
dans cette région lointaine comme s’il en était originaire ; il discourt des mœurs de cette cour, des
femmes du pays, de ses lois et de ses coutumes ; il récite des historiettes qui y sont arrivées ; il les trouve
plaisantes, et il en rit le premier jusqu’à éclater. Quelqu’un se hasarde de le contredire, et lui prouve
nettement qu’il dit des choses qui ne sont pas vraies. Arrias ne se trouble point, prend feu au contraire
contre l’interrupteur : « Je n’avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache d’original : je l’ai appris
de Sethon, ambassadeur de France dans cette cour, revenu à Paris depuis quelques jours, que je connais
familièrement, que j’ai fort interrogé, et qui ne m’a caché aucune circonstance. » Il reprenait le fil de sa
narration avec plus de confiance qu’il ne l’avait commencée, lorsque l’un des conviés lui dit : « C’est
Sethon à qui vous parlez, lui-même, et qui arrive fraîchement de son ambassade. »
Extraits étudiés
Parcours associé : CORNEILLE, L’illusion comique (1635, 1639) : acte II sc.2
MATAMORE, CLINDOR.
CLINDOR.
Quoi ! monsieur, vous rêvez ! et cette âme hautaine, 8
Après tant de beaux faits, semble être encore en peine !
N’êtes-vous point lassé d’abattre des guerriers ?
Et vous faut-il encor quelques nouveaux lauriers ?
MATAMORE.
Il est vrai que je rêve, et ne saurais résoudre
Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre,
Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor.
CLINDOR.
Eh ! de grâce, monsieur, laissez-les vivre encor.
Qu’ajouterait leur perte à votre renommée ?
D’ailleurs, quand auriez-vous rassemblé votre armée ?
MATAMORE.
Mon armée ? Ah, poltron ! ah, traître ! pour leur mort
Tu crois donc que ce bras ne soit pas assez fort ?
Le seul bruit de mon nom renverse les murailles,
Défait les escadrons, et gagne les batailles.
Mon courage invaincu contre les empereurs
N’arme que la moitié de ses moindres fureurs ;
D’un seul commandement que je fais aux trois Parques,
Je dépeuple l’État des plus heureux monarques ;
Le foudre est mon canon, les Destins mes soldats :
Je couche d’un revers mille ennemis à bas.
D’un souffle je réduis leurs projets en fumée ;
Et tu m’oses parler cependant d’une armée !
Tu n’auras plus l’honneur de voir un second Mars ;
Je vais t’assassiner d’un seul de mes regards,
Veillaque : toutefois, je songe à ma maîtresse ;
Ce penser m’adoucit. Va, ma colère cesse,
Et ce petit archer qui dompte tous les dieux
Vient de chasser la mort qui logeait dans mes yeux.
Regarde, j’ai quitté cette effroyable mine
Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine ;
Et pensant au bel œil qui tient ma liberté,
Je ne suis plus qu’amour, que grâce, que beauté.
Œuvre intégrale par extraits
Texte 1. Acte I sc. 5
CLITON.
J'enrage de me taire et d'entendre mentir !
ALCIPPE.
Certes, vous avez grâce à conter ces merveilles ;
Paris, tout grand qu'il est, en voit peu de pareilles.
DORANTE.
J'avais été surpris ; et l'objet de mes vœux
Ne m'avait tout au plus donné qu'une heure ou deux.
PHILISTE.
Cependant l'ordre est rare, et la dépense belle.
DORANTE.
Il s'est fallu passer à cette bagatelle :
Alors que le temps presse, on n'a pas à choisir.
ALCIPPE. 10
Adieu : nous nous verrons avec plus de loisir.
DORANTE.
Faites état de moi.
DORANTE.
Pour vous ôter de doute, agréez que demain
En qualité d'époux je vous donne la main.
CLARICE.
Eh ! Vous la donneriez en un jour à deux mille.
DORANTE.
Certes, vous m'allez mettre en crédit par la ville,
Mais en crédit si grand, que j'en crains les jaloux.
CLARICE.
C'est tout ce que mérite un homme tel que vous,
Un homme qui se dit un grand foudre de guerre,
Et n'en a vu qu'à coups d'écritoire ou de verre ;
Qui vint hier de Poitiers, et conte, à son retour,
Que depuis une année il fait ici sa cour ;
Qui donne toute nuit festin, musique et danse,
Bien qu'il l'ait dans son lit passée en tout silence ;
Qui se dit marié, puis soudain s'en dédit :
Sa méthode est jolie à se mettre en crédit !
Vous-même, apprenez-moi comme il faut qu'on le nomme.
CLITON, à Dorante.
Si vous vous en tirez, je vous tiens habile homme.
DORANTE.
Ne t'épouvante point, tout vient en sa saison.
À Clarice.
De ces inventions chacune a sa raison :
Sur toutes quelque jour je vous rendrai contente ;
Mais à présent je passe à la plus importante :
J'ai donc feint cet hymen (pourquoi désavouer
Ce qui vous forcera vous-même à me louer ?) ;
Je l'ai feint, et ma feinte à vos mépris m'expose ; 11
Mais si de ces détours vous seule étiez la cause ?
CLARICE.
Moi ?
DORANTE.
Vous. Écoutez-moi. Ne pouvant consentir...
CLITON.
De grâce, dites-moi si vous allez mentir.
DORANTE, à Cliton.
Ah ! Je t'arracherai cette langue importune.
Donc, comme à vous servir j'attache ma fortune,
L'amour que j'ai pour vous ne pouvant consentir
Qu'un père à d'autres lois voulût m'assujettir...
CLARICE, à Lucrèce.
Il fait pièce nouvelle, écoutons.
DORANTE.
Cette adresse
A conservé mon âme à la belle Lucrèce ;
Et par ce mariage au besoin inventé,
J'ai su rompre celui qu'on m'avait apprêté.
Blâmez-moi de tomber en des fautes si lourdes,
Appelez-moi grand fourbe et grand donneur de bourdes ;
Mais louez-moi du moins d'aimer si puissamment,
Et joignez à ces noms celui de votre amant.
Je fais par cet hymen banqueroute à tous autres ;
J'évite tous leurs fers pour mourir dans les vôtres ;
Et libre pour entrer en des liens si doux,
Je me fais marié pour toute autre que vous.
CLARICE.
Votre flamme en naissant a trop de violence,
Et me laisse toujours en juste défiance.
Le moyen que mes yeux eussent de tels appas
Pour qui m'a si peu vue et ne me connaît pas ?
DORANTE.
Je ne vous connais pas ! Vous n'avez plus de mère ;
Périandre est le nom de monsieur votre père ;
Il est homme de robe, adroit et retenu ;
Dix mille écus de rente en font le revenu ;
Vous perdîtes un frère aux guerres d'Italie ;
Vous aviez une sœur qui s'appelait Julie.
Vous connais-je à présent ? Dites encore que non.
CLARICE, à Lucrèce.
Cousine, il te connaît, et t'en veut tout de bon.
12
CLITON.
Il est mort ! Quoi ? Monsieur, vous m'en donnez aussi,
À moi, de votre cœur l'unique secrétaire,
À moi, de vos secrets le grand dépositaire !
Avec ces qualités j'avais lieu d'espérer
Qu'assez malaisément je pourrais m'en parer.
DORANTE.
Quoi ! Mon combat te semble un conte imaginaire ?
CLITON.
Je croirai tout, Monsieur, pour ne vous pas déplaire ;
Mais vous en contez tant, à toute heure, en tous lieux,
Qu'il faut bien de l'esprit avec vous, et bons yeux.
More, juif ou chrétien, vous n'épargnez personne.
DORANTE.
Alcippe te surprend, sa guérison t'étonne !
L'état où je le mis était fort périlleux ;
Mais il est à présent des secrets merveilleux :
Ne t'a-t-on point parlé d'une source de vie
Que nomment nos guerriers poudre de sympathie ?
On en voit tous les jours des effets étonnants.
CLITON.
Encor ne sont-ils pas du tout si surprenants ;
Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace,
Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place,
Qu'on a de deux grands coups percé de part en part,
Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.
DORANTE.
La poudre que tu dis n'est que de la commune,
On n'en fait plus de cas ; mais, Cliton, j'en sais une
Qui rappelle sitôt des portes du trépas,
Qu'en moins d'un tournemain on ne s'en souvient pas ;
Quiconque la sait faire a de grands avantages.
CLITON.
Donnez m'en le secret, et je vous sers sans gages.
DORANTE.
Je te le donnerais, et tu serais heureux ;
Mais le secret consiste en quelques mots hébreux,
Qui tous à prononcer sont si fort difficiles,
Que ce seraient pour toi des trésors inutiles.
CLITON. 13
Vous savez donc l'hébreu ?
DORANTE.
L'hébreu ? Parfaitement :
J'ai dix langues, Cliton, à mon commandement.
CLITON.
Vous auriez bien besoin de dix des mieux nourries,
Pour fournir tour à tour à tant de menteries ;
Vous les hachez menu comme chair à pâtés.
Vous avez tout le corps bien plein de vérités,
Il n'en sort jamais une.
DORANTE.
Ah ! Cervelle ignorante !