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Séquence Corneille

séquence de première générale théâtre et représentation depuis le 17e siècle CORNEILLE, le menteur, mensonge et comédie

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Séquence Corneille

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CORNEILLE, Le menteur (1644)

Parcours : mensonge et comédie


« Ô l’utile secret que mentir à propos !» (II, 6, p. 81)

1
Table des matières
Corpus préparatoire ...........................................................................................1
Entrée en matière par la philosophie .....................................................................................................1
Par l’histoire de l’art : Georges de la Tour, le tricheur ............................................................................2
Par la littérature ......................................................................................................................................2
PLAUTE. Le soldat fanfaron (trad. en prose des v. 25-71) ..................................................................2
Shakespeare, Comme il vous plaira, acte III, scène III (extrait) (1623) ...............................................3
ALARCON, La vérité suspecte (1630), acte I sc. 5................................................................................4
MOLIERE, Tartuffe ou l’imposteur (1665) : acte I sc. 5 .......................................................................5
MOLIERE, Dom Juan (1665): acte II sc.4 .............................................................................................6
Jean de LA BRUYERE. Des Caractères ou les Mœurs de ce Siècle, livre V : De la société et de la
conversation (1688) ............................................................................................................................7
Extraits étudiés ...........................................................................................................................................8
Parcours associé : CORNEILLE, L’illusion comique (1635, 1639) : acte II sc.2 .........................................8
Œuvre intégrale par extraits ...................................................................................................................9
Texte 1. Acte I sc. 5 .............................................................................................................................9
Texte 2. Acte III sc.5 ..........................................................................................................................10
Texte 3. Acte IV scène 2 ....................................................................................................................12
Dissertation sur œuvre .............................................................................................................................13
Sujet (pour le 18-12-2024) ....................................................................................................................13
Mise en scène en ligne ..............................................................................................................................13
Lecture cursive proposée ..........................................................................................................................13

Corpus préparatoire
Entrée en matière par la philosophie
2

Par l’histoire de l’art : Georges de la Tour, le tricheur

Par la littérature
PLAUTE. Le soldat fanfaron (trad. en prose des v. 25-71)

PYRGOPOLINICE : Est-ce que tu te souviens ?


ARTOTROGUS : Je me souviens : cent cinquante hommes en Cilicie, cent en Scytholatronie, trente
Sardes, soixante Macédoniens : voilà les hommes que toi, tu as tués en une seule journée.
PYRGOPOLINICE : Cela fait combien d’hommes au total ?
ARTOTROGUS : Sept mille.
PYRGOPOLINICE : Ce doit être ça : tu tiens bien les comptes.
ARTOTROGUS : Et pourtant je ne conserve aucun écrit ; mais je m’en souviens malgré tout.
PYRGOPOLINICE : Par Pollux, tu as une excellente mémoire.
ARTOTROGUS : Ce sont les morceaux de viande qui me la rafraîchissent.
PYRGOPOLINICE : Tant que tu te comporteras comme tu l’as fait jusqu’ici, tu mangeras
continuellement ; je te ferai toujours partager ma table.
ARTOTROGUS : Et puis en Cappadoce où ce sont cinq-cents ennemis en même temps, si ton sabre ne
s’était pas émoussé, que tu tuais d’un seul coup ?
PYRGOPOLINICE : Mais parce qu’ils étaient de misérables fantassins, j’ai permis qu’ils vivent.
ARTOTROGUS : À quoi bon te dire ce que tous les mortels savent, que toi Pyrgopolinice, tu n’as pas ton
pareil sur la terre pour la bravoure, la beauté et les exploits invincibles ? Toutes les femmes t’aiment, et
à bon droit car tu es si beau, par exemple celles qui, hier, m’ont tiré par le manteau.
PYRGOPOLINICE : Que t’ont-elles dit ? 3

ARTOTROGUS : Elles me questionnaient sans cesse : « N’est-ce pas Achille ? », me disait l’une. « Non »,
répondis-je, « mais c’est son frère », et une seconde de me demander : « Par Castor, qu’il est beau et
quel air noble ; vois comme sa coupe de cheveux lui sied. »
PYRGOPOLINICE : C’est vraiment ce qu’elles disaient ?
ARTOTROGUS : Oui, ne m’ont-elles pas supplié toutes deux de te faire passer aujourd’hui par ici
comme l’image de la procession ?
PYRGOPOLINICE : C’est un trop grand malheur d’être trop beau pour un homme.

Shakespeare, Comme il vous plaira, acte III, scène III (extrait1) (1623)

LE BOUFFON [Pierre de Touche] : Venez vite, bonne Audrey, j’irai chercher vos chèvres, Audrey ; et dites-
moi, Audrey, suis-je toujours votre homme ? Ma simple configuration vous plaît-elle ?

AUDREY [chevrière] : Votre configuration ? Dieu nous garde ! Quelle configuration ?

LE BOUFFON : Je suis ici avec toi et tes boucs comme jadis le plus cabri des poètes, l’honnête Ovide, au
milieu de ses Goths.

JACQUES [seigneur de la suite du Duc proscrit] : Ô savoir mal logé, plus mal que Jupiter dans une
chaumière !

LE BOUFFON : Quand un homme voit ses vers incompris, et que son esprit vif n’est pas relayé par ce
précoce enfant, l’intelligence, ça vous l’étend plus raide qu’une addition trop salée dans un petit cabaret
: en vérité, je voudrais que les dieux t’eussent faite poétique.

AUDREY : Je ne sais pas ce que c’est, « poétique » ; est-ce que c’est honnête à dire et à faire ? Est-ce
que c’est une chose vraie ?

LE BOUFFON : En vérité, non ; car la poésie la plus vraie est la plus mensongère, et les amoureux
s’adonnent à la poésie : et l’on peut dire que ce qu’ils jurent en vers, en tant qu’amoureux, est pur
mensonge.

AUDREY : Et vous voudriez alors que les dieux m’aient faite poétique ?

LE BOUFFON : En vérité, oui ; car tu me jures que tu es vertueuse. Si tu étais poète, je pourrais espérer
que c’est un mensonge.

1
Traduit de l’anglais par Jean-Michel Déprats.
AUDREY : Vous ne voudriez pas que je sois vertueuse ?

LE BOUFFON : En vérité, non, à moins que tu ne fusses laide ; car joindre la vertu à la beauté, c’est
prendre du miel pour adoucir du sucre.

JACQUES : Voilà un fou réaliste !

AUDREY : Eh bien, je ne suis pas belle, je prie donc les dieux qu’ils me fassent vertueuse.
4
LE BOUFFON : Vraiment, gaspiller la vertu en la donnant à une garce laide, ce serait servir un bon plat
dans une assiette sale.

AUDREY : Je ne suis pas une garce, même si je suis laide, c’est l’œuvre des dieux et je les en remercie.

LE BOUFFON : Eh bien, loués soient les dieux de ta laideur ! Garce, ça peut venir après. Quoi qu’il en soit,
je veux t’épouser et, à cette fin, je suis allé trouver messire Olivier Brouille-Prêche, curé du village le plus
proche, qui m’a promis de me retrouver dans cette partie de la forêt et de nous accoupler. […]

ALARCON, La vérité suspecte (1630), acte I sc. 5


TRISTAN, LES MÊMES.
TRISTAN. (A part.) Le cocher a fait son office. Je sais qui elles sont.
DON GARCIA. (A Jacinta) N’avez-vous jamais soupçonné mon amour ?
JACINTA. Comment, puisque je ne vous ai jamais vu.
DON GARCIA. C’est donc en vain, mon Dieu, que depuis plus d’un an je suis fou de vous ?
TRISTAN. (A part.) Un an ! et il n’est arrivé que d’hier à Madrid !
JACINTA. Vraiment ? plus d’un an ! Je jurerais que je ne vous ai jamais vu de ma vie.
DON GARCIA. Quand, pour mon bonheur, j’arrivai ici des Indes, la première chose que je vis ce fut votre
ciel éblouissant, et quoique sur l’heure, je vous aie donné mon âme, vous l’avez ignoré parce que
l’occasion m’a manqué de vous dire qui je suis.
JACINTA. Vous êtes indien ?
DON GARCIA. Et telles sont mes richesses, en vous voyant que j’éclipse le Potose.
TRISTAN. (A part.) Indien ?
JACINTA. Et êtes-vous aussi économe que les gens de votre pays ?
DON GARCIA. Du plus avare l’amour fait un prodigue.
JACINTA. Si vous dites vrai, nous allons voir de belles fêtes.
DON GARCIA. Si l’argent peut prêter crédit à l’affection, ce sera peu, pour montrer mon amour, de vous
donner un monde d’or comme vous me donnez un monde de désirs. Mais puisque mon pouvoir ne peut
s’égaler à votre divine beauté ni à mon ardeur infinie, permettez au moins que ce magasin vous offre
une preuve de ma galanterie.
JACINTA. (A part.) Je ne vis jamais un tel homme à Madrid. (Bas à Lucrecia.) Lucrecia, que te semble de
cet Indien généreux ?
LUCRECIA. Qu’il est de ton goût, Jacinta, et qu’il le mérite.
DON GARCIA. (S’approchant d’une boutique d’orfèvre.) Prenez dans cette montre le bijou qui vous
plaira.
TRISTAN. (Bas à son maître.) Vous vous lancez beaucoup, seigneur.
DON GARCIA. J’ai la tête perdue, Tristan.

MOLIERE, Tartuffe ou l’imposteur (1665) : acte I sc. 5


CLEANTE, ORGON
CLÉANTE. Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré,
Et le savoir chez moi n'est pas tout retiré.
Mais, en un mot, je sais, pour toute ma science,
Du faux avec le vrai faire la différence.
Et comme je ne vois nul genre de héros
Qui soient plus à priser que les parfaits dévots,
Aucune chose au monde et plus noble et plus belle
Que la sainte ferveur d'un véritable zèle,
Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux
Que le dehors plâtré d'un zèle spécieux,
Que ces francs charlatans, que ces dévots de place,
De qui la sacrilège et trompeuse grimace
Abuse impunément et se joue à leur gré
De ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré,
Ces gens qui, par une âme à l'intérêt soumise,
Font de dévotion métier et marchandise,
Et veulent acheter crédit et dignités
À prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés,
Ces gens, dis-je, qu'on voit d'une ardeur non commune
Par le chemin du Ciel courir à leur fortune,
Qui, brûlants et priants, demandent chaque jour,
Et prêchent la retraite au milieu de la cour,
Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices,
Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d'artifices,
Et pour perdre quelqu'un couvrent insolemment
De l'intérêt du Ciel leur fier ressentiment,
D'autant plus dangereux dans leur âpre colère,
Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère,
Et que leur passion, dont on leur sait bon gré,
Veut nous assassiner avec un fer sacré.
De ce faux caractère on en voit trop paraître ;
Mais les dévots de cœur sont aisés à connaître.
Notre siècle, mon frère, en expose à nos yeux
Qui peuvent nous servir d'exemples glorieux :
Regardez Ariston, regardez Périandre,
Oronte, Alcidamas, Polydore, Clitandre ;
Ce titre par aucun ne leur est débattu ;
Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu ;
On ne voit point en eux ce faste insupportable,
Et leur dévotion est humaine, est traitable ;
Ils ne censurent point toutes nos actions :
Ils trouvent trop d'orgueil dans ces corrections ;
Et laissant la fierté des paroles aux autres,
C'est par leurs actions qu'ils reprennent les nôtres.
L'apparence du mal a chez eux peu d'appui,
Et leur âme est portée à juger bien d'autrui.
Point de cabale en eux, point d'intrigues à suivre ;
On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre ;
Jamais contre un pécheur ils n'ont d'acharnement ; 6
Ils attachent leur haine au péché seulement,
Et ne veulent point prendre, avec un zèle extrême,
Les intérêts du Ciel plus qu'il ne veut lui-même.
Voilà mes gens, voilà comme il en faut user,
Voilà l'exemple enfin qu'il se faut proposer.
Votre homme, à dire vrai, n'est pas de ce modèle :
C'est de fort bonne foi que vous vantez son zèle ;
Mais par un faux éclat je vous crois ébloui.

MOLIERE, Dom Juan (1665): acte II sc.4


CHARLOTTE. Est-ce, monsieur, que vous lui avez promis de l’épouser.
DOM JUAN, bas à Charlotte. Vous vous raillez de moi.
MATHURINE. Est-il vrai, monsieur, que vous lui avez donné parole d’être son mari ?
DOM JUAN, bas à Mathurine. Pouvez-vous avoir cette pensée ?
CHARLOTTE. Vous voyez qu’al le soutient.
DOM JUAN, bas à Charlotte. Laissez-la faire.
MATHURINE. Vous êtes témoin comme al l’assure.
DOM JUAN, bas à Mathurine. Laissez-la dire.
CHARLOTTE. Non, non il faut savoir la vérité.
MATHURINE. Il est question de juger ça.
CHARLOTTE. Oui, Mathurine, je veux que monsieur vous montre votre bec jaune.
MATHURINE. Oui, Charlotte, je veux que monsieur vous rende un peu camuse.
CHARLOTTE. Monsieur, vuidez la querelle, s’il vous plaît.
MATHURINE. Mettez-nous d’accord, monsieur.
CHARLOTTE, à Mathurine. Vous allez voir.
MATHURINE, à Charlotte. Vous allez voir vous-même.
CHARLOTTE, à Dom Juan. Dites.
MATHURINE, à Dom Juan. Parlez.
DOM JUAN, embarrassé, leur dit à toutes deux. Que voulez-vous que je dise ? Vous soutenez également
toutes deux que je vous ai promis de vous prendre pour femmes. Est-ce que chacune de vous ne sait
pas ce qui en est, sans qu’il soit nécessaire que je m’explique davantage ? Pourquoi m’obliger là-dessus
à des redites ? Celle à qui j’ai promis effectivement n’a-t-elle pas en elle-même de quoi se moquer des
discours de l’autre, et doit-elle se mettre en peine, pourvu que j’accomplisse ma promesse ? Tous les
discours n’avancent point les choses ; il faut faire et non pas dire, et les effets décident mieux que les
paroles. Aussi n’est-ce rien que par là que je vous veux mettre d’accord, et l’on verra, quand je me
marierai, laquelle des deux a mon cœur. (Bas à Mathurine.) Laissez-lui croire ce qu’elle voudra. (Bas, à
Charlotte.) Laissez-la se flatter dans son imagination. (Bas à Mathurine.) Je vous adore. (Bas, à
Charlotte.) Je suis tout à vous. (Bas à Mathurine.) Tous les visages sont laids auprès du vôtre. (Bas, à
Charlotte.) On ne peut plus souffrir les autres quand on vous a vue. J’ai un petit ordre à donner ; je viens
7
vous trouver dans un quart d’heure.
CHARLOTTE, à Mathurine. Je suis celle qu’il aime, au moins.
MATHURINE. C’est moi qu’il épousera.
SGANARELLE. Ah ! pauvres filles que vous êtes, j’ai pitié de votre innocence, et je ne puis souffrir de
vous voir courir à votre malheur. Croyez-moi l’une et l’autre : ne vous amusez point à tous les contes
qu’on vous fait, et demeurez dans votre village.
DOM JUAN, revenant. Je voudrais bien savoir pourquoi Sganarelle ne me suis pas.
SGANARELLE. Mon maître est un fourbe ; il n’a dessein que de vous abuser, et en a bien abusé d’autres ;
c’est l’épouseur du genre humain, et… (Il aperçoit Dom Juan.) Cela est faux ; et quiconque vous dira cela,
vous lui devez dire qu’il en a menti. Mon maître n’est point l’épouseur du genre humain, il n’est point
fourbe, il n’a pas dessein de vous tromper, et n’en a point abusé d’autres. Ah ! tenez, le voilà ; demandez
le plutôt à lui-même.
DOM JUAN. Oui
SGANARELLE. Monsieur ? comme le monde est plein de médisants, je vais au devant des choses ; et je
leur disais que, si quelqu’un leur venait dire du mal de vous, elles se gardassent bien de le croire, et ne
manquassent pas de lui dire qu’il aurait menti.
DOM JUAN. Sganarelle.
SGANARELLE. Oui, monsieur est homme d’honneur, je le garantis tel.

Jean de LA BRUYERE. Des Caractères ou les Mœurs de ce Siècle, livre V : De la société et de la conversation
(1688)
Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c’est un homme universel, et il se donne pour tel :
il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose. On parle à la table d’un grand
d’une cour du Nord : il prend la parole, et l’ôte à ceux qui allaient dire ce qu’ils en savent ; il s’oriente
dans cette région lointaine comme s’il en était originaire ; il discourt des mœurs de cette cour, des
femmes du pays, de ses lois et de ses coutumes ; il récite des historiettes qui y sont arrivées ; il les trouve
plaisantes, et il en rit le premier jusqu’à éclater. Quelqu’un se hasarde de le contredire, et lui prouve
nettement qu’il dit des choses qui ne sont pas vraies. Arrias ne se trouble point, prend feu au contraire
contre l’interrupteur : « Je n’avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache d’original : je l’ai appris
de Sethon, ambassadeur de France dans cette cour, revenu à Paris depuis quelques jours, que je connais
familièrement, que j’ai fort interrogé, et qui ne m’a caché aucune circonstance. » Il reprenait le fil de sa
narration avec plus de confiance qu’il ne l’avait commencée, lorsque l’un des conviés lui dit : « C’est
Sethon à qui vous parlez, lui-même, et qui arrive fraîchement de son ambassade. »
Extraits étudiés
Parcours associé : CORNEILLE, L’illusion comique (1635, 1639) : acte II sc.2
MATAMORE, CLINDOR.

CLINDOR.
Quoi ! monsieur, vous rêvez ! et cette âme hautaine, 8
Après tant de beaux faits, semble être encore en peine !
N’êtes-vous point lassé d’abattre des guerriers ?
Et vous faut-il encor quelques nouveaux lauriers ?

MATAMORE.
Il est vrai que je rêve, et ne saurais résoudre
Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre,
Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor.

CLINDOR.
Eh ! de grâce, monsieur, laissez-les vivre encor.
Qu’ajouterait leur perte à votre renommée ?
D’ailleurs, quand auriez-vous rassemblé votre armée ?

MATAMORE.
Mon armée ? Ah, poltron ! ah, traître ! pour leur mort
Tu crois donc que ce bras ne soit pas assez fort ?
Le seul bruit de mon nom renverse les murailles,
Défait les escadrons, et gagne les batailles.
Mon courage invaincu contre les empereurs
N’arme que la moitié de ses moindres fureurs ;
D’un seul commandement que je fais aux trois Parques,
Je dépeuple l’État des plus heureux monarques ;
Le foudre est mon canon, les Destins mes soldats :
Je couche d’un revers mille ennemis à bas.
D’un souffle je réduis leurs projets en fumée ;
Et tu m’oses parler cependant d’une armée !
Tu n’auras plus l’honneur de voir un second Mars ;
Je vais t’assassiner d’un seul de mes regards,
Veillaque : toutefois, je songe à ma maîtresse ;
Ce penser m’adoucit. Va, ma colère cesse,
Et ce petit archer qui dompte tous les dieux
Vient de chasser la mort qui logeait dans mes yeux.
Regarde, j’ai quitté cette effroyable mine
Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine ;
Et pensant au bel œil qui tient ma liberté,
Je ne suis plus qu’amour, que grâce, que beauté.
Œuvre intégrale par extraits
Texte 1. Acte I sc. 5
CLITON.
J'enrage de me taire et d'entendre mentir !

PHILISTE, à Alcippe, tout bas.


Voyez qu'heureusement dedans cette rencontre
Votre rival lui-même à vous-même se montre.
9

DORANTE, revenant à eux.


Comme à mes chers amis je vous veux tout conter.
J'avais pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster ;
Les quatre contenaient quatre chœurs de musique,
Capables de charmer le plus mélancolique.
Au premier, violons ; en l'autre, luths et voix ;
Des flûtes, au troisième ; au dernier, des hautbois,
Qui tour à tour dans l'air poussaient des harmonies
Dont on pouvait nommer les douceurs infinies.
Le cinquième était grand, tapissé tout exprès
De rameaux enlacés pour conserver le frais,
Dont chaque extrémité portait un doux mélange
De bouquets de jasmin, de grenade, et d'orange.
Je fis de ce bateau la salle du festin :
Là je menai l'objet qui fait seul mon destin ;
De cinq autres beautés la sienne fut suivie,
Et la collation fut aussitôt servie.
Je ne vous dirai point les différents apprêts,
Le nom de chaque plat, le rang de chaque mets :
Vous saurez seulement qu'en ce lieu de délices
On servit douze plats, et qu'on fit six services,
Cependant que les eaux, les rochers et les airs
Répondaient aux accents de nos quatre concerts.
Après qu'on eut mangé, mille et mille fusées,
S'élançant vers les cieux, ou droites ou croisées,
Firent un nouveau jour, d'où tant de serpenteaux
D'un déluge de flamme attaquèrent les eaux,
Qu'on crut que, pour leur faire une plus rude guerre,
Tout l'élément du feu tombait du ciel en terre.
Après ce passe-temps on dansa jusqu'au jour,
Dont le soleil jaloux avança le retour :
S'il eût pris notre avis, sa lumière importune
N'eût pas troublé sitôt ma petite fortune ;
Mais n'étant pas d'humeur à suivre nos désirs,
Il sépara la troupe et finit nos plaisirs.

ALCIPPE.
Certes, vous avez grâce à conter ces merveilles ;
Paris, tout grand qu'il est, en voit peu de pareilles.

DORANTE.
J'avais été surpris ; et l'objet de mes vœux
Ne m'avait tout au plus donné qu'une heure ou deux.
PHILISTE.
Cependant l'ordre est rare, et la dépense belle.

DORANTE.
Il s'est fallu passer à cette bagatelle :
Alors que le temps presse, on n'a pas à choisir.

ALCIPPE. 10
Adieu : nous nous verrons avec plus de loisir.

DORANTE.
Faites état de moi.

ALCIPPE, à Philiste, en s'en allant.


Je meurs de jalousie.

Texte 2. Acte III sc.5


CLARICE, à Lucrèce.
On dirait qu'il dit vrai, tant son effronterie
Avec naïveté pousse une menterie.

DORANTE.
Pour vous ôter de doute, agréez que demain
En qualité d'époux je vous donne la main.

CLARICE.
Eh ! Vous la donneriez en un jour à deux mille.

DORANTE.
Certes, vous m'allez mettre en crédit par la ville,
Mais en crédit si grand, que j'en crains les jaloux.

CLARICE.
C'est tout ce que mérite un homme tel que vous,
Un homme qui se dit un grand foudre de guerre,
Et n'en a vu qu'à coups d'écritoire ou de verre ;
Qui vint hier de Poitiers, et conte, à son retour,
Que depuis une année il fait ici sa cour ;
Qui donne toute nuit festin, musique et danse,
Bien qu'il l'ait dans son lit passée en tout silence ;
Qui se dit marié, puis soudain s'en dédit :
Sa méthode est jolie à se mettre en crédit !
Vous-même, apprenez-moi comme il faut qu'on le nomme.

CLITON, à Dorante.
Si vous vous en tirez, je vous tiens habile homme.
DORANTE.
Ne t'épouvante point, tout vient en sa saison.
À Clarice.
De ces inventions chacune a sa raison :
Sur toutes quelque jour je vous rendrai contente ;
Mais à présent je passe à la plus importante :
J'ai donc feint cet hymen (pourquoi désavouer
Ce qui vous forcera vous-même à me louer ?) ;
Je l'ai feint, et ma feinte à vos mépris m'expose ; 11
Mais si de ces détours vous seule étiez la cause ?

CLARICE.
Moi ?

DORANTE.
Vous. Écoutez-moi. Ne pouvant consentir...

CLITON.
De grâce, dites-moi si vous allez mentir.

DORANTE, à Cliton.
Ah ! Je t'arracherai cette langue importune.
Donc, comme à vous servir j'attache ma fortune,
L'amour que j'ai pour vous ne pouvant consentir
Qu'un père à d'autres lois voulût m'assujettir...

CLARICE, à Lucrèce.
Il fait pièce nouvelle, écoutons.

DORANTE.
Cette adresse
A conservé mon âme à la belle Lucrèce ;
Et par ce mariage au besoin inventé,
J'ai su rompre celui qu'on m'avait apprêté.
Blâmez-moi de tomber en des fautes si lourdes,
Appelez-moi grand fourbe et grand donneur de bourdes ;
Mais louez-moi du moins d'aimer si puissamment,
Et joignez à ces noms celui de votre amant.
Je fais par cet hymen banqueroute à tous autres ;
J'évite tous leurs fers pour mourir dans les vôtres ;
Et libre pour entrer en des liens si doux,
Je me fais marié pour toute autre que vous.

CLARICE.
Votre flamme en naissant a trop de violence,
Et me laisse toujours en juste défiance.
Le moyen que mes yeux eussent de tels appas
Pour qui m'a si peu vue et ne me connaît pas ?

DORANTE.
Je ne vous connais pas ! Vous n'avez plus de mère ;
Périandre est le nom de monsieur votre père ;
Il est homme de robe, adroit et retenu ;
Dix mille écus de rente en font le revenu ;
Vous perdîtes un frère aux guerres d'Italie ;
Vous aviez une sœur qui s'appelait Julie.
Vous connais-je à présent ? Dites encore que non.

CLARICE, à Lucrèce.
Cousine, il te connaît, et t'en veut tout de bon.
12

Texte 3. Acte IV scène 2


Dorante, Cliton.

CLITON.
Il est mort ! Quoi ? Monsieur, vous m'en donnez aussi,
À moi, de votre cœur l'unique secrétaire,
À moi, de vos secrets le grand dépositaire !
Avec ces qualités j'avais lieu d'espérer
Qu'assez malaisément je pourrais m'en parer.

DORANTE.
Quoi ! Mon combat te semble un conte imaginaire ?

CLITON.
Je croirai tout, Monsieur, pour ne vous pas déplaire ;
Mais vous en contez tant, à toute heure, en tous lieux,
Qu'il faut bien de l'esprit avec vous, et bons yeux.
More, juif ou chrétien, vous n'épargnez personne.

DORANTE.
Alcippe te surprend, sa guérison t'étonne !
L'état où je le mis était fort périlleux ;
Mais il est à présent des secrets merveilleux :
Ne t'a-t-on point parlé d'une source de vie
Que nomment nos guerriers poudre de sympathie ?
On en voit tous les jours des effets étonnants.

CLITON.
Encor ne sont-ils pas du tout si surprenants ;
Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace,
Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place,
Qu'on a de deux grands coups percé de part en part,
Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.

DORANTE.
La poudre que tu dis n'est que de la commune,
On n'en fait plus de cas ; mais, Cliton, j'en sais une
Qui rappelle sitôt des portes du trépas,
Qu'en moins d'un tournemain on ne s'en souvient pas ;
Quiconque la sait faire a de grands avantages.
CLITON.
Donnez m'en le secret, et je vous sers sans gages.

DORANTE.
Je te le donnerais, et tu serais heureux ;
Mais le secret consiste en quelques mots hébreux,
Qui tous à prononcer sont si fort difficiles,
Que ce seraient pour toi des trésors inutiles.
CLITON. 13
Vous savez donc l'hébreu ?

DORANTE.
L'hébreu ? Parfaitement :
J'ai dix langues, Cliton, à mon commandement.

CLITON.
Vous auriez bien besoin de dix des mieux nourries,
Pour fournir tour à tour à tant de menteries ;
Vous les hachez menu comme chair à pâtés.
Vous avez tout le corps bien plein de vérités,
Il n'en sort jamais une.

DORANTE.
Ah ! Cervelle ignorante !

Dissertation sur œuvre


Sujet (pour le 18-12-2024)
A l’acte V sc. 6, Dorante annonce à son valet : « Tu me vas voir,
Cliton, jouer un nouveau jeu. ». La pièce étudiée vous fait-elle,
comme le résume notre menteur, l’impression d’un jeu ?

Mise en scène en ligne


https://www.youtube.com/watch?v=Bv-YuTjXjhc

Lecture cursive proposée


MARIVAUX, Les fausses confidences (1737)
Mise en scène Comédie Française, théâtre à la table :
https://www.youtube.com/watch?v=9pZecJzEu8U
Ou LABICHE, Le voyage de monsieur Perrichon (1860)

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