Intro
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Clinique des tests chez l’enfant présente l’apport de la clinique à six tests et
batteries de tests :
• les Matrices progressives de Raven (1938) ;
• les Échelles différentielles d’efficiences intellectuelles (révisées) de Perron-
Dunod – Toute reproduction non autorisée est un délit.
Borelli (EDEI) ;
• la Wechsler Intelligence Scale for Children IV (WISC-IV) ;
• le Kaufman Assessment battery for Children, 2e version (KABC-II) ;
• la Figure complexe de Rey ;
• La Nouvelle Échelle métrique de l’intelligence, n° 2 (NEMI-2).
Le choix des tests présentés est simple ; ils figurent parmi les plus utilisés
en France. Trois d’entre eux sont les plus utilisés au monde souvent depuis
fort longtemps, PM-38, WISC-IV et KABC-II — la plus grande part de
l’ouvrage est logiquement laissée à ces derniers. La NEMI-2 est récente,
mais elle reprend pour partie des énoncés bien connus depuis Zazzo (1966),
voire depuis Binet et Simon (1911).
2 Introduction
L’enfant que nous recevons n’est pas un individu abstrait. Ce n’est pas
l’enfant rencontré dans les étalonnages des tests. C’est un enfant pour lequel
est faite une demande de consultation et d’examen. Il a anticipé la rencontre,
il s’y est plus ou moins préparé, et il ne rencontre pas un monsieur qui
étalonne un test, mais un psychologue, c’est-à-dire une personne préoccupée
de lui.
Si les motifs de l’examen sont des problèmes d’adaptation à l’école,
l’enfant est là devant le psychologue en attente d’une rencontre qu’il peut
redouter parce que ses problèmes d’adaptation ne sont plus tenables. Cela
lui a été signifié par ailleurs, donc il le sait — sans en être nécessairement
conscient ni d’accord. Le compromis sur lequel il vit actuellement ne peut se
poursuivre, il faut changer. Mais comment le faire, comment faire autrement
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quand la situation que l’on vous propose a toutes les chances d’accroître vos
angoisses ?
Nous connaissons la nature de l’angoisse identificatoire que connaissent
tous les enfants d’âge scolaire. Nous savons donc que l’angoisse identificatoire
n’est pas par elle-même propice au meilleur exercice de son intelligence par
l’enfant.
Mais c’est un enfant. Nous savons aussi que le propre de l’enfance est une
dépendance à l’adulte, peut-être devrions-nous dire une attente à l’égard
de l’adulte. Et avec Bruner, nous savons que si l’adaptation au semblable
n’est pas propre à l’humain, il dispose d’une quantité de façons de « réagir à
la proximité d’un congénère en aménageant un espace entre lui et nous »
(Bruner, 1996, p. 204). L’enfant aussi le sait et, lui, il ne l’a pas appris dans
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les livres. Il est seul avec l’adulte, il lui faut aménager l’espace de la relation
pour la rendre moins angoissante.
Parce qu’il est en présence d’un enfant, le rôle du psychologue dans la
rencontre est conforme en premier lieu au rôle de l’adulte en général : agent
d’un « processus d’assistance, de collaboration entre enfant et adulte, l’adulte
agissant comme médiateur de la culture » (Bruner, 1983-1998, p. 8). Et
comme il témoigne naturellement sa sollicitude à l’enfant, il apporte avec
lui ce qui va leur permettre à tous deux d’aménager l’espace de la relation
pour la rendre moins angoissante. L’élément de culture est amené par le test.
Il a subi des manipulations qui le rendent sans doute bizarre en première
approche à l’enfant, différent des évaluations scolaires, mais ce sont bien
des éléments de culture sur lesquels ils vont travailler ensemble, à ceci près
que le psychologue ne vient pas pour l’enseigner, il vient pour apprécier
la manière dont l’enfant entrera dans les divers exercices culturels qu’il lui
propose et qu’il accompagnera.
La position du psychologue peut encore s’inspirer de l’auteur déjà cité.
Bruner (1983) rend compte des principes qui devraient guider le tuteur dans
une relation d’étayage ou d’aide. Son cinquième principe est ainsi formulé :
« Il devrait y avoir une maxime du genre : “La résolution de problème
devrait être moins périlleuse ou éprouvante avec le tuteur que sans lui.” »
La relation d’examen psychologique n’est-elle pas une relation d’étayage ?
Pas au sens que le tutorat donne à ce mot. Mais parce que c’est un adulte qui
est là, et parce qu’il accompagne l’enfant de sa présence dans ses réponses
et dans ses tentatives de résolution de problème, l’énoncé de Bruner garde
toute sa valeur. La résolution de problème devrait être moins périlleuse ou
éprouvante avec le psychologue que sans lui.
Ces précisions sur les conditions de l’examen, son contexte non explicité
— mais qui doit l’être par le clinicien — nous amènent à interroger les
épreuves que nous utilisons d’une manière singulière : elles servent la relation
entre l’enfant et le psychologue, elles prennent nécessairement en compte ce
qui les sépare, dans l’espace de relation... Elles prennent donc en charge, en
l’assumant, la différence fondamentale entre les positions de l’enfant et de
l’adulte, la différence de génération. Si elles assument cette différence, cela
sous-entend qu’elles permettent de façon différente, propre à chacune, une
issue à l’impasse identificatoire ?
C’est ce que nous montre l’analyse des matériels de test. Les bons tests, et
ceux que nous étudions ici le sont, présentent certaines analogies avec les
histoires que l’on raconte aux enfants : elles ont un début, qui délimite un
Pour une analyse des épreuves 5
notre projet, qui est la clinique des tests. Inversement, comme nous nous
intéressons à ce que chaque matériel apporte à la médiation de la relation
avec l’enfant, interroger le principal ressort du renouvellement des tests
s’imposait. L’analyse est un outil de la démarche interprétative en clinique.
Elle doit aussi pouvoir s’appliquer lucidement à ce que disent, écrivent et
finalement retiennent des professionnels et chercheurs de champs voisins.
S’ils utilisent une méthodologie fondée sur la mesure, nous savons que la
mesure ne commande pas ; elle est au service de thèses qui s’énoncent. Nous
nous autorisons à les discuter, et pour cela à les « mettre à plat ». Ce sont
elles que nous interrogeons, avec un exemple à l’appui. Nous en prenons
ainsi la nécessaire mesure.
Les observations présentées dans le corps du texte, au chapitre WISC-IV,
témoignent qu’un profit certain peut être tiré des confrontations entre
diverses spécialités de la psychologie. Elles nous apparaissent à ce titre
toujours nécessaires. Mais en pratique, nous le constatons, les épreuves
toujours complexes, mobilisent bien davantage qu’un, deux ou trois savoir-
faire chez un enfant singulier. C’est en fin de compte par l’observation
chaque fois renouvelée que les liens pourront être perçus, dans la façon dont
un enfant prend possession des outils. L’aperception n’est pas le fruit d’une
intuition indicible du psychologue, elle est le produit d’un accompagnement
grâce auquel les petits détails caractéristiques du fonctionnement d’un enfant
face aux tests — et à nous — deviennent sa manière. Elle peut se dire,
étayée par ailleurs sur les apports les plus larges qui intègrent aussi ceux de
la psychologie du développement et de la psychopathologie de l’enfant.
Pour cette seconde édition nous ajoutons un troisième édition, nous
développons davantage le chapitre consacré au KABC-II de Alan et Nadeen
Kaufman. Les épreuves qui constituent désormais cette batterie peuvent
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être lues de deux manières différentes : avec les lunettes de la CHC, c’est
la raison pour laquelle la présentation de ce test suit celle du WISC-IV, ou
avec d’autres lunettes qui offrent à notre vue un champ autrement plus large
et riche. Il suffit pour cela de revenir à l’apport réel de Luria à la clinique.
Nous profitons de l’occasion qui nous est ainsi offerte d’une présentation
succincte de cet auteur majeur.
La Figure de Rey n’est pas réactualisée, c’est le test mis au point par Rey
et développé par Osterrieth, deux grands noms de la psychologie. Ce test
est présenté en cinquième position, sans considération pour la chronologie
de création des diverses batteries considérées ici. Parce que ce test amène
de fait « en son temps » une question qui n’aura été qu’esquissée avec
les premières présentations, la question du temps dans l’examen. Le test
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à l’autre : avec les enfants les plus fragiles, l’ordre de présentation des quatre
épreuves principales favorise l’installation progressive d’une relation au cours
de laquelle l’enfant apprend la relation de test à mesure qu’il apprend le test.
Nous ne développerons pas davantage en introduction, mais nous devons
pointer ce qui caractérise sans doute très nettement la NEMI-2 comme
épreuve de développement : elle est dans le paysage des batteries d’efficience,
comme les EDEI, une batterie qui s’adresse à l’enfant, témoignant par sa
construction de son souci pour lui.
Aux analyses des tests — qui ne veulent rien oublier par ailleurs de ce que
peuvent amener les études statistiques à notre compréhension, mais qui les
discutent — nous avons adjoint un grand nombre d’observations singulières.
Le lecteur pourra les trouver très détaillées et à mille lieues de ce
que l’urgence du travail quotidien commande. Nous le rassurons. Les
observations ciblent diverses pathologies pour lesquelles il nous a semblé
intéressant de pousser loin l’analyse des éléments à notre disposition. Les
comptes rendus journaliers n’ont pas toujours ce volume. Mais, s’ils ne
transcrivent pas, comme dans ces observations, tout ce que nous savons,
ils le résument. Pour cette raison, la restitution des données complexes
de l’examen ne doit pas être la simplification par les chiffres résumant les
résultats, mais plutôt la synthèse écrite d’une rencontre.
Les observations ici sont autre chose que des illustrations.
Elles ont pour objet de signifier au clinicien qu’il doit se déprendre de ses
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chiffres.
La sophistication dans les calculs qui accompagnent la confection des
tests, jusqu’à l’affichage des nombres correspondant aux scores pondérés
dans les épreuves, ont leur importance, mais ils ne doivent pas conduire à
oublier que les tests pour enfant servent des enfants. Les chiffres doivent
être rapportés à cette réalité : l’enfant dans la relation avec l’adulte s’inscrit
dans une relation culturelle précise par laquelle, en toute circonstance, il
aide l’enfant et ce faisant il l’aide à grandir. La situation de test n’échappe
pas à cette contrainte.
Des concepteurs de test, nombreux, sont convaincus qu’avec les tests
nous évaluons des aptitudes intellectuelles hiérarchiquement ordonnées, les
mêmes à tous les âges. A l’extrême, les chiffres auraient donc le ... dernier
10 Introduction
mot, ce qui est un comble. Les observations sont là pour dire le contexte,
et plus quand c’est possible dans un compte rendu. Plus... c’est-à-dire
qu’elles doivent viser dans toute circonstance à préciser les conditions dans
lesquelles les scores ont été réalisés, en précisant aussi finement que possible
les conditions par lesquelles il aurait fallu passer, ou mieux, par où il nous a
fallu passer (en testant aux limites par exemple), pour subvertir ce que nous
avons pu apprécier comme un obstacle dans le cours de la passation, qu’il
était possible à l’enfant de passer sous condition.
Nous trouverons chemin faisant d’autres manières de dire et d’expliciter
cette question centrale : le test doit servir la relation entre l’enfant et l’adulte,
les chiffres ne peuvent pas être des butées, même s’ils disent des limites :
ce ne seront jamais que nos limites ponctuelles. La clinique devra servir la
cohérence du fonctionnement, en s’appuyant sur les écarts entre les scores
et ce qui les a suscités. Elle doit servir la cohérence et identifier le sens de ces
limites ou impasses éventuelles rencontrées dans le test. Parce qu’elle doit
servir le destinataire du compte rendu, pour penser à l’aide la plus judicieuse
à apporter à l’enfant dans son développement.