Évolution du Droit Consommation Tunisien
Évolution du Droit Consommation Tunisien
1-2020
LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET
LE DROIT DES CONTRATS : QUELLE DESTINÉE ?
RÉFLEXIONS SUR L’ÉVOLUTION
DU DROIT POSITIF TUNISIEN
Imprégné par la philosophie libérale du XIXème siècle, le Code des obligations et des
contrats ignore le rapport consommateur-professionnel, le mouvement consumériste, étant
apparu dans les années 50. L’adoption d’une politique économique libérale et l’accord
d’association conclu avec l’Union européenne ont rendu nécessaire l’adoption des lois
consuméristes. Des lois qui se sont ajoutées aux dispositions du droit commun des contrats.
Classiquement, le rapport entre ces règles suit l’adage « specialia generalibus derogant ».
L’examen du droit positif fait cependant apparaître une réalité différente. La conception
classique du contrat basée sur l’égalité présumée des contractants va visiblement être altérée
sous l’effet de la prolifération des lois consuméristes. Timidement, le droit de la
consommation va irriguer le droit des contrats. En perte de spécificité, la législation
consumériste tunisienne doit avoir une dimension collective et préventive qui la
démarquerait du droit des contrats toujours curatif et individuel.
Impregnated with the 19th century liberal philosophy, the Code of obligations and
contracts ignores the consumer-professional relationship as the consumerist movement
began only in the 1950s. The adoption of a liberal economic policy and the association
agreement signed with the European Union made it necessary to enact consumerist laws.
Laws to be added to general contract law provisions. Classically, the relation between
these rules follow the adage « specialia generalibus derogant ». However, the examination
of positive law reveals a different reality. The contract’s classical conception based on
presumed equality between parties is obviously to be altered under the effect of consumerist
laws proliferation. Modestly, consumer law is to irrigate contract law. Losing
distinctiveness, the tunisian consumerist legislation must gain a collective and preventive
dimension that will set it apart from contract law always curative and individual.
Maître de conférences à l’Université de Tunis El Manar, Faculté de droit et des sciences
politiques, membre du laboratoire de recherche règlement des litiges et voies d’exécution (RELEVE).
128 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
1
J. CALAIS-AULOY, « L’influence du droit de la consommation sur le droit des contrats »,
RTD civ., 1994, p. 239.
2
Sur cette question v. N. RZEPECKI, Droit de la consommation et théorie générale du
contrat, Aix-en-Provence, PUAM, 2002 ; G. BERLIOZ, « Droit de la consommation et droit des
contrats », JCP, G, n° 1, 1979, 295 ; J. BORYSEWICZ, « Les règles protectives du consommateur
et le droit commun des contrats. Réflexions à propos de la loi n° 78-23 du 10 janv. 1978 sur la
protection et l’information des consommateurs de produits et de services », Études offertes à Pierre
Kayser, t. I, 1979, p. 91 et s. ; R. ROUHETTE, « Droit de la consommation et théorie générale du
contrat », Études offertes à René Rodière, D., 1981, p. 247 et s. ; G. CORNU, « L’évolution du droit
des contrats en France », RIDC 1-1979, n° spéc., p. 447 et s. ; J. CALAIS-AULOY, « L’influence du
droit de la consommation sur le droit civil des contrats », RTD civ., 1994, p. 239 ; J. BATTEUR,
« La protection illusoire du consommateur par le droit spécial de la consommation. Réflexions sur la
réglementation nouvelle régissant le contrat de vente de voyages », D., 1996, p. 82 et s. ;
S. BUREAU, « Remarques sur la codification du droit de la consommation », D., 1994, Chron. 291 ;
C. MASSE, « Le droit de la protection du consommateur et le Code civil du Québec,
interdépendances et complémentarités », RED consom., 2000, 66 et 85 ; J. P PIZZIO, « La
protection des consommateurs par le droit commun des obligations », RTD com., 1998, p. 53, et
idem, « Le droit de la consommation à l’aube du XXIe siècle », Études de droit de la consommation,
D., 2004, p. 187 ; D. MAZEAUD, « Droit commun du contrat et droit de la consommation,
Nouvelles frontières ? », Mélange Calais-Auloy, 2004, p. 179 ; N. SAUPHRANOR-
BROUILLAUD, « Droit des contrats et droit de la consommation », RDC, 2011, p. 877 ;
P. STOFFEL-MUNCK, « L’autonomie du droit contractuel de la consommation : d’une logique
civiliste à une logique de régulation », RTD com., oct.-déc. 2012, p. 705 ; J. ROCHFELD, « Droit
commun et droit “spécial” du contrat : le droit contractuel de la consommation existe-t-il
toujours ? », RDC, 2013, p. 489 ; C. AUBERT DE VINCELLES, « La mise en conformité du Code
de la consommation au droit européen par la loi Hamon », RDC, sept. 2014, p. 456 ; V. LEGRAND,
D. BAZIN-BEUST, « Droit de la consommation, droit des contrats. Bilan des 20 ans après », Les
Petites Affiches, 15 avr. 2015, n° 75, p. 4.
3
V. en faveur de cette conception J. CALAIS AULOY, F. STEINMETZ, Droit de la
consommation, 5e éd., Paris, Dalloz, 2000, p. 15.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 129
1990, n° 17, p. 320. Également la loi n° 2008-33 du 13 mai 2008 relative à l’hébergement touristique à
temps partagé modifiant la loi n° 97-46 du 14 juill. 1997, JORT 2008 du 16 mai 2008, n° 40, p. 1498.
11
Sur cette question, v. J.P. PIZZIO, « L’introduction de la notion du consommateur en droit
français », D., 1982, chron, p. 157 ; J.-P. CHAZAL, « Le consommateur existe-t-il ? », D., 1997,
chron., p. 162 ; C. RONDEY, « Notion de consommateur au sens de la Convention de Bruxelles »,
note sous Cass. civ. 1, 18 juill. 2000, D., 2000, p. 374 ; V. VIGNEAU, « Trente ans de jurisprudence
sur la notion de consommateur », CP, 2002, sept.-oct. 2002, p. 1279 ; G. PAISANT, « À la
recherche du consommateur, pour en finir avec l’actuelle confusion née de l’application du critère
du “rapport direct” », JCP, 2003, I, 121 ; J. MEL, « La notion de consommateur européen. La notion
de consommateur européen », PA, 2006, n° 22, p. 5 ; A. TENENBAUM, « Les dispositions de la loi
Hamon sur le droit applicable », RDC, 2014, n° 3, p. 503.
12
Nous soulignons.
13
Art. 2 de la loi du 7 déc. 1992, JORT du 15 déc. 1992, n° 89, p. 1571.
14
Selon les travaux préparatoires, le terme achat concerne aussi bien le contrat de vente que la
prestation de service. V. « Les travaux préparatoires », JORT 1992 du 1er déc. 1992, n° 7, p. 15.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 131
profession. La seule exclusion serait l’achat pour la revente car le produit n’est
pas consommé15.
Cette définition n’est pas cependant celle qui est adoptée par le
législateur dans le cadre de la loi du 2 juin 1998 relative à la vente avec
facilités de paiement16. En effet, est consommateur selon cette loi « celui qui
achète un produit dans le but de le consommer ou pour un service pour en
bénéficier à des fins autres que professionnelles ». Il en découle que le
professionnel qui contracte en dehors de son domaine de spécialité, tel est le
cas par exemple d’un médecin qui acquiert un climatiseur, se trouve en dehors
du champ d’application de la loi.
Cette ambivalence entre la conception restrictive et la conception
extensive est pour le moins déconcertante. Elle risque de rendre le rapport
entre le droit des contrats et le droit de la consommation encore plus bruyant.
Le spécial déroge au général, le spécial contamine le général.
Classiquement, le rapport entre ces deux corpus de règles est régi par l’adage
« specialia generalibus derogant » selon lequel les règles générales doivent se
retirer devant les règles spéciales lorsqu’elles régissent conjointement une
même matière17. Primauté du droit spécial dans son domaine d’application,
application résiduelle des droits des contrats hors ce même champ
d’application, telles sont les conséquences d’application de l’adage sur les
rapports entre le droit de la consommation et le droit des contrats.
L’examen du droit positif fait cependant apparaître que la réalité est
beaucoup plus différente. Il est illusoire de croire que les deux droits régissent
le même rapport tout en s’ignorant mutuellement. Leur cohabitation souvent
« tumultueuse » selon l’expression du doyen Bostangi montre que l’on assiste
« à une contamination de l’esprit du Code par celui des législations
spéciales »18. En effet, la conception classique du contrat basée sur l’égalité
présumée des contractants va visiblement être altérée sous l’effet de la
prolifération des lois consuméristes 19 . La jurisprudence récente relative à
l’obligation d’information 20 , ou à l’extension de la bonne foi à la phase
15
V. N. REKIK, « Réflexion sur la nullité des clauses relatives à la garantie légale des vices
cachés et du défaut de qualité dans le contrat de vente », Études juridiques, 1997, p. 113.
16
V. Y. KNANI, « La vente avec facilités de payement », Mélanges H. Ayadi, 2000, p. 147.
17
V. l’art. 540 COC.
18
Ibid.
19
V. H. BEN SLIMA, « La théorie de la cause et la justice contractuelle », RJL, fév. 2005, p. 9 ;
A. REBAI, « Le principe de proportionnalité et le droit de la consommation », Mélanges Sassi Ben
Halima, CPU, 2005, p. 869 ; L. NAFTI, « La proportionnalité et l’équilibre contractuel », RTD, 2011,
p. 31.
20
V. Cass. civ., 2 mars 1992, n° 94214, RJL, 1992, n° 10, p. 102 ; Cass civ., 21 déc. 1995,
n° 41722, RJL, 1997, n° 4, p. 119 ; Cass. civ., 11 juin 1998, n° 53446, inédit ; Cass. civ.,
3 déc. 1998, n° 64495, inédit ; Cass. civ., 11 juin 1998, n° 54236, inédit ; V. Cass. civ., 16 juin 1999,
n° 99-72056-72056, inédit ; Cass. civ., 14 juin 2005, n° 411, inédit ; Cass. civ., 6 oct. 2008, n° 2008-
20027, inédit ; Cass. civ., 17 fév. 2009, n° 2008-32609, inédit.
132 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
21
Cass. civ., 19 mai 1984, n° 9221, BCC, 1984, I, p. 355 ; Cass. civ., 20 juin 1994, n° 31637,
BCC, 1994, p. 456 ; CA de Tunis, 27 mars 1996, n°29370, inédit ; Cass. civ., 7 déc. 1998, n° 60517,
RJL, juill. 1999, p. 117 ; TPI de Tunis, 17 avr. 2003, n°11928, inédit ; TPI de Tunis, 15 fév. 2003,
n°10274, inédit.
22
Cass. civ., 28 avr. 1994, n° 42624, RTD, 1996, p. 231, note N. BEN AMMOU.
23
V. infra.
24
Pour l’exposé de cette jurisprudence, v. infra.
25
P. REMY, « Droit des contrats, questions, positions, propositions », in L. CADIET, Le droit
contemporain des contrats, Paris, Economica, 1987, p. 271 et s., n° 19 ; D. MAZEAUD, « Droit
commun du contrat et droit de la consommation, Nouvelles frontières ? », op. cit., p. 179.
26
G. RAYMOND, « Loi n° 2010-737 du 1er juillet 2010 portant réforme du crédit à la
consommation », Contrats, conc. consom., 2010, étude 11.
27
P. STOFFEL-MUNCK, « L’autonomie du droit contractuel de la consommation : d’une
logique civiliste à une logique de régulation », RTD com., oct.-déc. 2012, p. 705.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 133
recours qui ont longtemps brillé par leurs absences en droit tunisien.
D’ailleurs, les premiers jugements opposant l’organisation de la défense des
consommateurs à des professionnels ont déjà vu le jour, même si cette
jurisprudence reste encore versatile et timide 28 . C’est ce volet spécifique
récemment émergé en droit tunisien qui donne à notre sujet un intérêt pratique
certain. Il redonnerait au droit de la consommation une dimension collective et
préventive qui le démarquerait du droit des contrats toujours curatif et
individuel. Tout cela invite à s’interroger plus profondément sur la nature des
rapports que devrait entretenir le droit de la consommation avec le droit des
contrats.
Pour répondre à cette problématique nous pensons qu’il existe une
complémentarité entre le droit de la consommation et le droit des obligations.
Mais cette complémentarité est loin d’être absolue car le droit de la
consommation s’écarterait parfois du droit commun et du système civiliste
pour revendiquer son particularisme.
le consentement donné par erreur, surpris par dol ou extorqué par violence ».
Uni avec le professionnel par un contrat de consommation, le consommateur
bénéfice certainement de la protection apportée par la théorie des vices du
consentement. Or, il n’est pas excessif d’affirmer que le bilan de cette théorie
est pour le moins mitigé.
L’erreur : un bilan décevant. Définie comme étant « une croyance fausse
portant sur un des termes du contrat » 31 , cette dernière n’entraîne pas
systématiquement la nullité du contrat. Non seulement elle doit porter sur le
fait 32 , sur la personne 33 , ou sur le droit 34 , mais elle doit véritablement
déterminer le consentement, et elle doit également être excusable35. Or, les
erreurs que commettent les consommateurs sont souvent dues à leur
inexpérience, et leur trop grande vulnérabilité au pouvoir de séduction du
professionnel. Il est dès lors difficile de les considérer comme constitutive
d’une erreur viciant le consentement. L’absence en droit tunisien du recours
des consommateurs sur la base de ce texte est pour le moins significative.
La violence. Un vice peu exploité. La même remarque vaut aussi pour la
violence. Définie comme étant une « contrainte exercée sans l’autorité de la
loi, et moyennant laquelle on amène une personne à accomplir un acte qu’elle
n’a pas consenti », le législateur de 1906 semble être particulièrement muet
concernant la violence résultant des circonstances mettant le contractant dans
un état de nécessité. Entre la doctrine traditionnelle qui suppose que la
violence doit être exercée par une personne sur une personne36, et la doctrine
majoritaire qui considère que la liberté du contractant est affectée
identiquement, que son consentement ait été extorqué par un tiers ou qu’il ait
été donné sous la pression des circonstances 37 , la jurisprudence tunisienne
semble préférer une application restrictive du vice de violence38, même si un
arrêt récent du 6 novembre 2014, laisse entendre que la Cour de cassation
accepte de considérer l’état de nécessité comme un vice de violence39.
Conscient de ces lacunes, le législateur a essayé de sanctionner l’abus de
faiblesse dans certaines conventions, notamment concernant les ventes en
31
Sur la notion de l’erreur, v. J. GHESTIN, La notion d’erreur dans le droit positif actuel,
2e éd., Paris, LGDJ, 1972 ; J. FOYER, F. TERRÉ et C. PUIGELIER, L’erreur, Paris, PUF, 2007 ;
L. VALCKE, « Objectivisme et consensualisme dans le droit français de l’erreur dans les
conventions », RRJ, 2005, p. 661.
32
Art. 45 COC.
33
Art. 46 COC.
34
Art. 48 COC.
35
L’art. 44 COC.
36
E. GAUDEMET, Théorie générale des obligations, Sirey, Paris, 1965, p. 69.
37
J. GHESTIN, Le contrat, 3e éd., Paris, LGDJ, n° 58 ; M. ZINE, Le contrat, op. cit., p. 156.
38
Cass. civ., 24 juin 1976, n° 231, BCC, 1976, II, p. 128.
39
Cass. civ., 6 nov. 2014, n° 14897, cité par A. ELLOUMI, « Le vice de violence », Études
juridiques, 2016, p. 91 et s.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 135
dehors des locaux 40 . Mais la solution reste limitée à comparer avec les
hypothèses dans lesquelles le professionnel peut abuser de l’état de nécessité
ou de dépendance dans lequel se trouvait le consommateur. En effet, le droit
de la consommation tunisien reste particulièrement muet concernant les
pratiques commerciales agressives41. La même remarque vaut également pour
la violence économique. Un vice qui n’a pas été prévu explicitement dans
l’article 50 du Code des obligations et des contrats42 et qui brille également
par son absence dans la législation consumériste.
Ceci étant, il est clair que le vice de la violence, tout comme l’erreur,
reste d’un maigre secours pour les consommateurs. Ceci ne semble pas être le
cas du dol. En effet, de tous les vices du consentement, le dol a été exploité
autant que faire se peut par les juges afin d’améliorer le consentement du
consommateur.
Le dol : les vents du changement commencent à siffler. Prévu par
l’article 56 du Code des obligations et des contrats, le dol est constitué, non
seulement par des manœuvres ayant induit en erreur le cocontractant mais
aussi et surtout par les réticences de l’une des parties43. Il en découle que le
texte impose une véritable obligation précontractuelle d’information. En effet,
40
La loi du 2 juin 1998 relative aux techniques de vente et à la publicité commerciale précitée
interdit dans son article 25 les ventes hors les locaux du commerce visant à « […] solliciter le
consommateur en dehors du lieu destiné à l’activité commerciale, notamment à son domicile ou à
son lieu de travail ou dans la rue, dans le but de lui proposer la vente d’un produit ou la prestation
d’un service ». Et l’art. 50 ajoute : « quiconque aura abusé de la faiblesse ou de l’ignorance d’une
personne pour lui faire souscrire, à la suite d’une vente hors des locaux du commerce, des
engagements au comptant ou à crédits sous quelque forme que ce soit, sera puni d’une amende de
1000 à 20.000 dinars, lorsque les circonstances montrent que cette personne n’était pas en mesure
d’apprécier la portée des engagements qu’elle prenait ou de déceler les ruses ou artifices déployés
pour la convaincre à y souscrire, ou font apparaître qu’elle a été soumise à une contrainte ». Il
découle, à la lecture de ces articles, que le législateur a institué un délit pénal d’abus de faiblesse ou
d’ignorance du contractant. La même solution a été retenue dans l’art. 50 de la loi 9 août 2000
relative aux échanges et au commerce électronique précité. Ce délit n’est pas sans rappeler celui qui
est institué par l’art. 1103 COC et qui prévoit des poursuites pénales à l’encontre de « celui qui,
abusant des besoins, de la faiblesse d’esprit ou de l’inexpérience d’une autre personne, se fait
promettre, pour consentir un prêt ou le renouveler à l’échéance, des intérêts ou autres avantages qui
excèdent notablement le taux normal de l’intérêt ».
41
Consacrées en droit français par la loi du 3 janv. 2008, celles-ci sont constituées lorsque le
consentement du consommateur est vicié du fait des sollicitations répétées ou insistantes ou de
l’usage d’une contrainte physique ou morale. V. art. L 122-11 C. conso. français, devenu art. L. 121-
6 suite à l’adoption de l’ordonnance n° 201-301 du 14 mars 2016.
42
La récente réforme du droit des obligations française a consacré explicitement dans le
nouvel art. 1142 C. civ. la contrainte économique comme vice de violence. V. M. MEKKI,
« L’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, du régime
général et de la preuve des obligations », D., 2016, p. 494.
43
V. PERRIN, Le dol dans la formation des actes juridiques, thèse, Paris, 1931 ;
P. BONNASSIES, Le dol dans la conclusion des contrats, thèse, Lille, 1955 ; A. REJEB, Le dol
dans la conclusion des contrats, mémoire de DEA, Faculté de droit et des sciences politiques de
Tunis 1989/1990.
136 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
il est quasi-unanimement44 admis que se taire alors que l’on sait, et ne pas
informer son cocontractant de certains éléments de nature à éclairer son
consentement constitue un dol par réticence45.
La jurisprudence est restée, pourtant, pendant une longue période,
réticente à l’égard du dol par réticence. Par un arrêt tristement célèbre du
6 février 197946, la Cour de cassation a refusé d’admettre la nullité du contrat
sur la base de l’article 56 du COC au motif qu’il appartient à chacun de se
renseigner sur tous les aspects du contrat envisagé et qu’en conséquence il n’y
a pas de faute à se taire sur la non-constructibilité du terrain vendu. Cette
interprétation restrictive du texte 47 explique l’importance minime du
contentieux sur la base du dol. L’apport du droit commun dans la protection
du consommateur s’avère donc si maigre que le législateur consumériste a dû
intervenir par plusieurs lois pour garantir une information meilleure du
consommateur. Prévue expressément dans l’article 16 de la loi du
7 décembre 199248 relative à la protection du consommateur, cette obligation
a été confirmée dans plusieurs textes, notamment l’article 15 de la loi du
2 juin 1998 relative à la vente avec facilité de paiement49, l’article 25 de la loi
du 9 août 2000 relative aux échanges et au commerce électronique 50 sans
oublier l’article 29 de la loi du 15 septembre 2015 relative à la concurrence et
aux prix51. À travers ces dispositions éparses, le législateur donne un contenu
44
JUGLART fut le premier à prétendre à l’apparition d’une obligation précontractuelle
d’information autonome. L’auteur appelle à sa généralisation à tous les contrats. V. M JUGLART,
« L’obligation de renseignements dans les contrats », RTD civ., 1945, 1. Si la majorité de la doctrine
approuva l’auteur, d’autres désapprouvent la solution qu’il propose J. GHESTIN, La notion
d’erreur, op. cit., n° 93 ; C. LUCAS DE LEYSSAC, « L’obligation de renseignements dans les
contrats », L’information en droit, p. 17. Telle n’est plus aujourd’hui la position de cette même
doctrine, particulièrement de M. GHESTIN, qui concède sans réticence la consécration dans la
théorie générale d’une obligation précontractuelle d’information. V. J. GHESTIN, Traité de droit
civil. Le contrat, formation, 2e éd., Paris, LGDJ, 1988, n° 430 ; V. P. DIENER, Le silence et le droit
(essai sur le silence en droit privé), thèse, Bordeaux, 1975 ; F. MAGNIN, « Réflexions critiques sur
une extension possible de la notion de dol dans la formation des actes juridiques. L’abus de
situation », JCP, 1976, I, 2780 ; v. aussi en faveur de cette solution, M. ZINE, Le contrat, op. cit., p.
148.
45
Sur l’obligation d’information, v. M. MAHFOUD, « L’obligation d’information », Revue
du barreau, 1981, p. 5 ; N. BEN MESSOUD, L’information dans les contrats, Faculté de droit et
des sciences politiques, 2007/2008 ; N. BEN MESSOUD, L’évolution de l’obligation d’information
dans les contrats, Questions doctrinales de droit civil contemporain, Tunis, Latrach, 2014, p. 309.
46
Cass. civ., 6 fév. 1979, n° 2490, BCC, 1979, p. 61, RTD, 1981, p. 401, note Y. KNANI.
47
C’est la position défendue par M. CHARFI, Introduction à l’étude de droit, 3e éd., Cérès,
2001, p. 230, n° 501.
48
Loi préc.
49
Loi préc.
50
Loi préc.
51
La loi n° 36 du 15 sept. 2015 relative à la réorganisation de la concurrence et des prix,
JORT, 25 et 29 sept. 2015, n°77 et 78, p. 2772.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 137
52
L’art. 16 de la loi du 7 déc. 1992 préc. dispose que : « le fournisseur est tenu d’informer le
consommateur par des notices d’avertissement, des caractéristiques, de la composition, du mode
d’emploi, des risques éventuels, de la durée d’utilisation prévisible du produit ou le cas échéant de
sa date limite d’utilisation ». L’art. 29 de la loi du 15 sept. 2015 dispose que : « le détaillant ou
prestataire de service doit par voie de marquage, d’étiquetage, d’affichage ou par tout autre procédé
approprié informer le consommateur sur les prix et les conditions et modalités particulière de la
vente ». Le contenu de l’obligation générale d’information s’avère particulièrement lacunaire. En
effet, la définition retenue par l’art. 16 s’adapte mieux aux produits, même si l’art. 2 de la loi du
7 déc. 1992 définit extensivement le produit en y incluant les services. Quant à l’art. 29 il concerne
l’information sur les prix, même si son domaine concerne les produits et les services. En droit
français, le contenu de l’obligation d’information parait beaucoup plus large. V. l’art. L.111-1 tel
que modifié par l’art. de la loi du 17 mars 2014 qui dispose que : « Avant que le consommateur ne
soit lié par un contrat de vente de biens ou de fourniture de services, le professionnel communique
au consommateur, de manière lisible et compréhensible, les informations suivantes :
1° Les caractéristiques essentielles du bien ou du service, compte tenu du support de
communication utilisé et du bien ou service concerné.
2° Le prix du bien ou du service, en application des articles L. 113-3 et L. 113-3-1.
3° En l’absence d’exécution immédiate du contrat, la date ou le délai auquel le professionnel
s’engage à livrer le bien ou à exécuter le service.
4° Les informations relatives à son identité, à ses coordonnées postales, téléphoniques et
électroniques et à ses activités, pour autant qu’elles ne ressortent pas du contexte, ainsi que, s’il y a
lieu, celles relatives aux garanties légales, aux fonctionnalités du contenu numérique et, le cas
échéant, à son interopérabilité, à l’existence et aux modalités de mise en œuvre des garanties et aux
autres conditions contractuelles. La liste et le contenu précis de ces informations sont fixés par
décret en Conseil d’État ».
L’art. L. 111-2 ajoute que : « Outre les mentions prévues à l’article L. 111-1 tout
professionnel, avant la conclusion d’un contrat de fourniture de services et, lorsqu’il n’y a pas de
contrat écrit, avant l’exécution de la prestation de services, met à la disposition du consommateur ou
lui communique, de manière lisible et compréhensible, les informations complémentaires relatives à
ses coordonnées, à son activité de prestation de services et aux autres conditions contractuelles, dont
la liste et le contenu sont fixés par décret en Conseil d’État. Ce décret précise celles des informations
complémentaires qui ne sont communiquées qu’à la demande du consommateur ».
53
Cass. civ., 2 mars 1992, n° 94214, RJL, 1992, n° 10, p. 102 ; Cass. civ., 21 déc. 1995,
n° 41722, RJL, 1997, n° 4, p. 119 ; Cass. civ., 11 juin 1998, n° 53446, inédit ; Cass. civ., 11 juin
1998, n° 54236, inédit. Sur la question du risque de change, v. S. BEN ROMDANA, « Le risque de
change dans la jurisprudence tunisienne », RJL, 1989, p. 33 ; I. MEMMICH, Les clauses monétaires
en droit interne, Faculté de droit et des sciences politiques de Tunis 1990/1991.
54
Cass. civ., 11 juin 1998, n° 53446, inédit ; Cass. civ., 11 juin 1998, n° 54236, inédit.
138 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
55
Cass. civ., 6 déc. 2008, n° 2007-21299, inédit.
56
Cass. civ., 17 fév. 2009, n° 2008-32609, inédit.
57
Cette nouvelle interprétation a été particulièrement soutenue par A. BELHAJ
HAMMOUDA, « Le COC et les conditions de validité du contrat. Étude rétrospective », RTD, 1997,
p. 27, et N. REKIK, L’ordre public et le contrat civil, Tunis, Latrach, 2015, p. 432.
58
Les art. 47 et 48 du projet préliminaire du Code civil et commercial tunisien de 1897 relatifs
au dol ne font aucune allusion au dol par réticence. En revanche, l’art. 61 de l’avant-projet du Code
civil et commercial de 1899 mentionne la réticence comme élément du dol. Ledit art. renvoie au
droit musulman, au Tassouli, Bennani, et Zarkani.
59
Le nouvel art. 1112 C. civ. français dispose que : « celle des parties qui connaît une
information dont l’importance est déterminante pour le consentement de l’autre doit l’en informer
dès lors que légitimement cette dernière ignore cette information ou fait confiance à son
contractant ». Cette obligation est d’ordre public puisque les parties « ne peuvent ni limiter, ni
exclure ce devoir ». La partie tenue à cette obligation engage sa responsabilité en cas de
manquement. La nullité n’est encourue que lorsque le non-respect de cette obligation est également
constitutif d’un vice de consentement.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 139
60
Cass. civ., 20 juin 1994, n° 31637, BCC, 1994, p. 456 ; Cass. civ., 4 déc. 2014, n°6069-
2013, inédit. Si l’on adopte cette solution, le contrat serait annulé s’il y a un vice de consentement, et
autorise la victime à demander la réparation, en dehors de ces cas.
61
J. CARBONNIER, Droit civil, Les biens, Les obligations, vol. 2, 1e éd., Paris, PUF, 2004,
n° 921.
62
F.-X. TESTU, « Le juge et le contrat d’adhésion », JCP, G, 1993, I, 3673 ; L. NAFTI, « La
proportionnalité et l’équilibre contractuel », RTD, 2011, p. 31 ; A. REBAI, « Le principe de
proportionnalité et le droit de la consommation », op. cit., p. 869 ; S. LE GAC-PECH, « Bâtir un
droit des contractants vulnérables », RTD, 2014, p. 581 ; T. REVET, « Le projet de réforme et les
contrats structurellement déséquilibrés », D., 2015, n° 1217 ; E. GICQUIAUD, « Le contrat à
l’épreuve du déséquilibre significatif », RTD com., 2014, p. 267.
140 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
on peut également citer l’art. 10 de la loi du 7 déc. 1992 préc. qui prohibe la clause qui exclut ou
limite la responsabilité du fournisseur du dommage causé par le produit n’offrant pas la sécurité et la
santé légitimement requises pour le consommateur et l’art. 17 de la même loi qui interdit la
convention ou le contrat relatif à la non garantie. On peut également ajouter l’art. 33 de la loi du
2 juin 1998 relative à aux techniques de vente et à la publicité commerciale précitée qui considère
comme nulle la clause insérée dans un contrat de vente à distance avec essai et qui exonère le
vendeur du risque auquel le produit est exposé et ce jusqu’à l’accomplissement de la période d’essai.
67
N. REKIK, « Les clauses abusives et la protection du consommateur », op. cit., p. 118.
68
L’al. 5 art. L. 132-1 C. conso. français dispose que : « le caractère abusif d’une clause
s’apprécie en se référant au moment de la conclusion du contrat à toutes les circonstances qui
entourent sa conclusion, de même qu’à toutes les autres clauses du contrat. Il s’apprécie également
au regard de celles contenues dans un autre contrat lorsque la conclusion ou l’exécution de ces deux
contrats dépendent juridiquement l’un de l’autre. À côté de la définition adoptée dans l’article 132-1
du code de la consommation, le législateur français donne au pouvoir réglementaire la possibilité
d’adopter par décret des listes de clauses abusives. Le système ainsi mis en place a conduit à la
coexistence de quatre séries de clauses abusives :
- Les clauses expressément déclarées abusives par un décret du gouvernement ou par une loi
- Les clauses simplement présumées abusives (listes grises) qui sont réputées non écrites sous
réserve que le professionnel apporte la preuve du caractère non abusif de la clause litigieuse dans le
cas considéré.
- Les clauses réputées abusives qui ont été reconnues telles par la Commission des clauses
abusives mais non par un décret du gouvernement
- Les clauses virtuellement abusives qui répondent au critère matériel défini par l’article
L. 132-1 du Code de la consommation mais qui n’ont pas été répertoriées par la commission des
clauses abusives ». V. F. TERRÉ, P. SIMLER, Y. LEQUETTE, Droit civil, Les obligations, 11e éd.,
Paris, Dalloz, 2013, n° 328.
69
V. H. BEN SLIMA, « La théorie de la cause et la justice contractuelle », RJL, fév. 2005, p. 9.
70
A. REBAI, « Le principe de proportionnalité et le droit de la consommation », op. cit. ;
L. NAFTI, « La proportionnalité et l’équilibre contractuel », op. cit.
71
V. J.-P. CHAZAL, « Théorie de la cause et justice contractuelle, À propos de l’arrêt
chronopost », JCP, G, 1998, n° 29 ; S. LE GAC-PECH, « La proportionnalité en droit privé des
contrats », RIDC 3-2002, p. 881.
142 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
72
V. Cass. civ., 20 juin 1994, n° 31637, BCC, 1994, p. 456 ; CA de Tunis, 27 mars 1996,
n° 29370, inédit ; Cass. civ., 7 déc. 1998, n° 60517, RJL, juill. 1999, p. 117 ; TPI de Tunis,
17 avr. 2003, n° 11928, inédit ; Cass. civ., 4 avr. 2005, n° 7461, BCC, 2005, II, p. 67 ; Cass. civ.,
19 janv. 2006, n° 4170, BCC, 2006, p. 31 ; Cass. civ., 16 fév. 2009, n° 2008-24186, inédit ; Cass.
civ., 4 déc. 2014 n° 6069.201, inédit.
73
V. en faveur de ce fondement, N. REKIK, op. cit.
74
Ibid.
75
V. N. BESSROUR, Sanction des règles de formation du contrat et maintien du rapport
contractuel, thèse, Tunis, 2001, idem, L’apport conceptuel du COC en matière des invalidités
contractuelles, in centenaire du Code des obligations et des contrats, CPU, 2006, p. 391 ; idem,
« Approche en vue d’une sécurisation du système des sanctions des règles de formation de contrat »,
RTD, 2007, p. 205.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 143
76
V. B. GROSS, La notion de l’obligation de garantie dans le droit des contrats, Paris, LGDJ,
1964 ; Y. CHAKER, La garantie par le vendeur des vices cachés de la chose vendue, mémoire DES,
Tunis, 1973 ; S. BOURAOUI, « Contribution à l’étude des défauts rédhibitoires en matière de vente
dans le Code des obligations et des contrats », RTD, 1980, p. 166.
77
Cette solution ne concerne que les corps certains. Pour les choses fongibles l’acheteur ne
pourra, selon l’art. 656, exiger que « la délivrance d’une quantité de choses de la même espèce,
exemptes de défauts constatés » ainsi que le dédommagement s’il arrive à prouver l’existence d’un
préjudice.
78
Art. 655 COC.
79
Art. 663 COC.
144 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
80
N. REKIK, « Réflexion sur la nullité des clauses relatives à la garantie légale des vices
cachés et du défaut de qualité dans le contrat de vente », op. cit., p. 103.
81
J. GHESTIN, B. DESCHE, Traité des contrats. La vente, Paris, LGDJ, 1990, p. 780.
82
N. REKIK, « Réflexion sur la nullité des clauses relatives à la garantie légale des vices
cachés et du défaut de qualité dans le contrat de vente », op. cit., p. 104.
83
Du moins quand l’acheteur a exigé des qualités requises. V. N. BEN AMMOU, Les contrats
spéciaux, op. cit., p. 238.
84
V. O. TOURNAFOND, « Remarques critiques sur la directive européenne du 25 mai 1999
relative à certains aspects de la vente et des garanties des biens de consommation », D., 2000, p. 159.
85
Art. 672 COC.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 145
L’obligation de sécurité dans les contrats, mémoire de DEA, Université du sud, Faculté de droit de
Sfax 2001/2002 ; E. BRAMAT, L’obligation de sécurité (produits et services mis sur le marché),
thèse, Montpellier, 2000.
91
La jurisprudence a consacré l’obligation de sécurité dans le contrat d’hôtellerie. Voir Cass.
civ., n°10578 du 7 nov. 1974, BCC 1974, II, p. 118 ; Plusieurs autres arrêts appliquent les art. 653 et
s. du C. com. concernant la responsabilité du transport terrestre des personnes. V. à titre d’ex.
Cass. civ., 13 nov. 1990, n° 19506, RJL, sept. 1992, p. 101 ; Cass. civ., 4 déc. 1996, n° 55364, BCC,
1996, II, p. 66.
92
J. CALAIS-AULOY, « Ne mélangeons plus conformité et sécurité », D., 1993, p. 130.
93
D. ARLIE, « L’obligation de sécurité du vendeur professionnel », RJDA, 1996, p. 409 ;
B. GROSS, « Propos dubitatifs sur l’obligation de sécurité pesant sur le vendeur professionnel du
fait des produits vendus », D. Aff., 1996, p. 677 ; P. OUDOT, « L’obligation de sécurité et la
responsabilité du distributeur », Contrats, conc, consom, 2003, chron., n° 8.
94
V. S. TAYLOR, L’harmonisation communautaire de la responsabilité du fait des produits
défectueux, préf. G. VINEY, Paris, LGDJ, 1999 ; J. S. BORGHETTI, La responsabilité du fait des
produits, préf. G. VINEY, Paris, LGDJ, 2004,
95
L’art. 10 dispose que « le fournisseur final est responsable du dommage causé par le produit
n’offrant pas la sécurité et la santé légitimement requises pour le consommateur ».
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 147
96
C’est le cas lorsque, comme le précise l’art. 32 COC, « le destinataire de l’offre affirme
simplement qu’il accepte ou lorsqu’il exécute le contrat sans faire aucune réserve ». Lorsque
l’acceptation n’est pas intervenue, l’offrant demeure libre de disposer de son offre en la
retirant. V. l’art. 32 COC.
148 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
2. La faculté de rétractation100
Définition. Dérogeant au principe qui veut que les parties soient liées
irrévocablement dès la rencontre des volontés, plusieurs textes consuméristes
permettent au consommateur de se rétracter durant un certain délai101.
L’exercice de la faculté de rétractation est gratuit. En donnant au
consommateur la possibilité de revenir unilatéralement sur sa volonté, le
législateur essaye de protéger ce dernier contre ses propres impulsions. Ceci
est d’autant plus vrai que les lois consuméristes exigent une mention
97
V. D. FERRIER, « Les dispositions d’ordre public visant à préserver la réflexion des
contractants », D., 1980, chron. 177 ; J. CHRISTIANOS, « Délai de réflexion : théorie juridique et
efficacité de la protection des consommateurs », D., 1993, chron. 28.
98
V. art. 29 de la loi n° 40 du 2 juin 1998 de la loi sur la vente avec les facilités de payement
préc. V. aussi l’art. 27 de la loi du 9 août 2000 relative aux échanges et aux commerce électroniques.
99
Thèse préc.
100
Sur le droit de la rétractation, v. R. BAILLOD, « Le droit de repentir », RTD civ., 1984,
p. 227 ; P. MALINVAUD, « Droit de repentir et théorie générale des obligations », Mélanges Sacco,
1992 ; L. BERNARDEAU, « Le droit de rétractation du consommateur, un pas vers une doctrine
d’ensemble. À propos de l’arrêt CJCE 22 avril 1999 », JCP, 2000, I, 218, ; F. BEN MESSOUD, Le
droit de la rétractation dans le droit de la consommation, mémoire, faculté de droit de Sfax
2002/2003 ; E. BAZIN, Le droit de repentir en droit de la consommation, Paris, Dalloz, 2008,
p. 3028, et idem, « Le droit de la consommation, vente à distance ou démarchage, comment s’y
retrouver ? », LPA, 1er oct. 2010, p. 7.
101
Ainsi, le commerçant doit, selon l’art. 10 de la loi du 2 juin 1998 sur la vente avec facilités
de paiement « accorder au consommateur la possibilité de revenir sur son engagement dans un délai
de 10 jours ouvrables à partir de la date de la signature du contrat ». La loi relative aux échanges et
au commerce électronique consacre également un droit à la rétractation dans son art. 30. Il en est de
même de la loi du 13 mai 2008 relatif à l’hébergement touristique à temps partagé, dans son art. 11.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 149
3. Le formalisme consumériste
Formalisme à contenu variable. Il est communément admis que le droit
des contrats est basé sur le principe de consensualisme103. Simplifiant en
pratique la conclusion du contrat puisqu’il n’entrave l’échange des
consentements par aucune exigence de forme, il est synonyme de rapidité et
de facilité des transactions. Or, cette facilité a son revers. Elle peut en effet
conduire à des consentements donnés à la légère, sans réflexion ni recul.
Prenant conscience de cette donnée de fait, le législateur consumériste
intervient pour imposer le formalisme afin de mieux protéger la partie faible.
L’écrit est considéré avec certaines lois comme une condition de validité104.
Mais l’instrumentum ne sert plus seulement à constater l’accord des
parties, il sert également à donner au consommateur un certain nombre
d’informations à travers des mentions obligatoires déterminantes pour son
consentement105.
Ambiguïté de la sanction. La sanction au manquement à ce formalisme
ascendant est pour le moins ambiguë. En effet, et même si le législateur
prend le soin parfois d’imposer la sanction de la nullité pour inobservation
de l’écrit, il n’en reste pas moins vrai qu’il s’est abstenu de préciser la nature
de la nullité. Tel est le cas de l’article 4 de la loi sur la vente avec facilité de
payement106 ou de l’article 8 de la loi relative à la promotion immobilière107.
Sans doute la solution est simple si l’on s’en tient au critère classique. La
forme s’analysant en un élément essentiel des contrats solennels, son
102
V. l’art. 7 de la loi relative à la vente avec facilité de payement préc. et l’art. 11 de la loi du
13 mai 2008 relative à l’hébergement touristique à temps partagé dans son article.
103
V. M. ZINE, La théorie générale du contrat, op. cit. ; M. MELGUI, Leçons de droit civil
tunisien, CPU, 2003 ; M. MAHFOUDH, Leçons de contrat, CPU, 2004.
104
L’al. 2 art. 4 de la loi du 2 juin 1998 relative aux ventes avec facilités de payement dispose
que « toute vente sans support écrit est considérée nulle et sans effet ». V. dans le même sens l’art. 5
de la loi relative à la promotion immobilière et l’art. 10 de la loi du 13 mai 2008 relative à
l’hébergement touristique à temps partagé.
105
V. art. 3 de la loi du 15 juill. 1999 relative aux taux d’intérêts excessifs précité ; l’art. 25 de
la loi n° 83 du 9 août 2000 sur le commerce électronique, précitée ; l’art. 10 de la loi du 13 mai 2008
relative à l’hébergement touristique à temps partagé.
106
L’art. 4 dispose que « toute vente sans support écrit est considérée nulle et sans effet ».
107
L’art. 8 dispose d’une façon ambiguë que « le non respect par le promoteur immobilier des
dispositions législatives et réglementaires en vigueur […] entraînera le retrait de l’agrément […] et
ceci sans préjudice des sanctions prévues par le droit commun ».
150 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
absence est sanctionnée par la nullité absolue 108 . Mais les choses se
compliquent si l’on entreprend de raisonner par rapport à la théorie moderne
de la nullité qui invite à prendre en considération l’intérêt que le législateur
cherche à protéger 109 . Perçu le plus souvent comme un ensemble de
dispositions destinées à protéger la partie faible, le droit de la consommation
est analysé, assez souvent comme un droit de protection 110 qui s’adapte
mieux avec la nullité relative111. En effet, l’application de la nullité absolue
conduit assez souvent à des résultats déconcertants qui se contredisent avec
le but recherché par le droit de la consommation112.
Le même doute subsiste concernant la sanction encourue lorsque l’écrit
ne comporte pas les informations requises par la loi113. En effet, le caractère
protecteur des mentions informatives ne semble pas impliquer
nécessairement leur caractère solennel114. Les mentions informatives jouent
en réalité un rôle essentiellement probatoire. Leur omission « permet
seulement l’ouverture d’un débat sur le fond, qui a pour enjeu la preuve du
contenu et l’intégrité du consentement du consommateur » 115 . C’est
seulement quand l’information omise a affecté le consentement du
consommateur qu’elle annule le contrat. Il n’est pas exclu que le juge
atténue le formalisme, s’il est convaincu que le consommateur a été
autrement informé, c’est-à-dire par un document antérieur tel qu’un
prospectus ou un devis. Le particularisme du droit de la consommation
paraît dans ce contexte assez réduit.
D’un formalisme informatif à un formalisme « disciplinaire » ? Le
formalisme consumériste tel que conçu en droit positif se démarque
difficilement du droit des contrats. Le nécessaire recours au droit commun
pour en assurer l’efficacité n’a pas été toujours au service du droit de la
consommation. Les aléas d’une interprétation jurisprudentielle sur l’impact
108
V. M. ZINE, Le contrat, op. cit., p. 205.
109
V. N. REKIK, L’ordre public et le contrat, op. cit.
110
Même si les données ont changé en droit français. En effet, l’art. 141-4 de la loi du
3 janv. 2008 prévoit que « le juge peut soulever d’office toutes les dispositions du présent Code dans
les litiges nés de son application ». Ceci a été perçu comme le signe que le législateur entend
désormais privilégier une analyse en termes de régulation économique. V. P. STOFFEL-MUNCK,
« L’autonomie du droit contractuel de la consommation : d’une logique civiliste à une logique de
régulation », RTD com., oct.-déc. 2012, p. 705.
111
En faveur de cette solution, v. Y. KNANI, La vente avec facilités de payement, op. cit.
112
V. supra.
113
En effet, ni l’art. 7 de la loi du 2 juin 1998 relative aux ventes avec facilités de paiement, ni
l’art. 10 de la loi du 13 mai 2008 sur l’hébergement touristique à temps partagé n’ont prévu des
sanctions civiles. Seul l’art. 28 de la loi du 2 juin 1998 concernant la vente à distance prévoit la nullité
comme sanction de tout bon de commande qui ne comporte pas les informations prévues par cet art.
114
V. F. LUCET, « Consensualisme et formalisme », in L’échange des consentements, RJ
com., 1995, n° spéc., 48. V. aussi en faveur de cette solution en droit tunisien A. ELLOUMI, « Le
formalisme électronique », CPU, 2011, p. 117.
115
N. RZEPECKI, Droit de la consommation et théorie générale du contrat, op. cit., 87, n° 44.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 151
121
L’examen du droit comparé, montre que les différents systèmes juridiques ont adopté des
réponses divergentes. En Europe, les Allemands ont en 2002 intégré une partie du droit de la
consommation dans le nouveau BGB. En Italie, un Code spécifique a été adopté en 2005. Tel est
également le droit français qui a adopté un Code spécifique en 1993. Au Québec, les lois
consuméristes existent à côté du Code civil. Ce dernier reconnait la catégorie du contrat de
consommation auquel il rattache certaines conséquences. V. P. STOFFEL-MUCNK, « L’autonomie
du droit contractuel de la consommation », op. cit.
122
P. MALAURIE, L. AYNÈS, Les contrats spéciaux, 12e éd. par P.-Y. GAUTIER, n° 22 ;
L. CADIET, « Interrogations sur le droit contemporain des contrats », in Le droit contemporain des
contrats, Paris, Economica, 1987, 34, n° 47. Et L. BIHL, « Vers un droit de la consommation »,
Gaz. Pal., 1974, 2, doctr. 766. L’auteur écrit « Il n’est pas question de rédiger un Code de la
consommation que l’on graverait sur les façades des supermarchés mais plutôt de poser quelques
principes simples et suffisamment généraux pour pouvoir s’adapter, avec la souplesse nécessitée par
la matière, à toutes les situations que l’imagination créatrice des distributeurs peut susciter ».
123
J. CALAIS-AULOY et H. CAUSSE, Actes du colloque du 24 fév. 1994 de l’Université de
Reims, coll. « Actualités de droit de l’entreprise », Paris, Litec, 1995, 18.
124
On oppose classiquement la codification à droit constant qui se contente de regrouper les
solutions déjà admise en droit positif, à la codification refonte qui repose sur le postulat
d’innovation. V. L. SOURIOUX, « Codification et autres formes de systématisation du droit à
l’époque actuelle », RIDC 1988, n° spéc., vol. 10, 146, n° 3.
125
J. CALAIS-AULOY, Actes du colloque du 24 fév. 1994 de l’Université de Reims, op. cit.
S. A. MNIF : LE DROIT DE LA CONSOMMATION ET LE DROIT DES CONTRATS 153
« Un droit à double dimension »126. Basé sur une opposition entre les
professionnels supposés forts et les consommateurs présumés faibles, le
droit de la consommation se présente principalement comme un droit de
protection soumis à une logique voisine de celle du droit civil. Mais le droit
de la consommation n’est pas seulement un droit de protection, c’est un
droit de protection qui a la spécificité de participer aussi à la régulation du
marché 127 . Épousant cette nouvelle fonction, il change alors de registre.
Ainsi que l’écrivait, à juste titre, un auteur « le consommateur n’est pas tant
protégé pour lui-même qu’en raison de sa fonction dans les échanges. Par
ses achats, il alimente le marché, d’où la nécessité de le protéger. Confiant
dans le marché, il stimule les échanges »128.
Dans ce contexte, le droit de la consommation cherche non pas à
protéger un individu en tant que tel uniquement, mais à renforcer la
croyance de la collectivité des consommateurs en une protection juste et
solide129. Autrement dit, « la protection de la partie faible n’intervient plus
comme celle d’un individu, mais au nom d’un intérêt collectif : celui du
fonctionnement du marché » 130 . Les objectifs annoncés par les lois
consuméristes montrent bien que la protection des consommateurs faibles
passe à travers la protection de leurs intérêts sur le marché. C’est en leurs
qualités d’acteurs économiques qu’ils doivent bénéficier de règles générales
leur assurant la transparence, la conformité, la sécurité et la qualité des
produits et des services qui leurs sont offerts131.
126
J. PIZZIO, « Le droit de la consommation à l’aube du XXIe siècle », op. cit., p. 187.
127
Ibid.
128
A. GHOZI, « La conformité, in Faut-il recodifier le droit de la consommation ? », in
D. FENOUILLET, F. LABARTHE, Faut-il recodifier le droit de la consommation ? Paris,
Economica, 2002, p. 104.
129
P. STOFFEL-MUNCK, « L’autonomie du droit contractuel de la consommation », op. cit.
130
J. ROCHFELD, « Du statut du droit contractuel “de protection de la partie faible” : les
interférences du droit des contrats, du droit du marché et des droits de l’homme », Mélanges
G. Viney, Paris, LGDJ, 2008, p. 835, n° 8. V. dans le même sens E. LAWLOR, Droit de choisir et
impulsion économique : l’objectif de la politique européenne des consommateurs dans le marché
unique, Commission des communautés européennes, 1990. H. AUBRY, L’influence du droit
communautaire sur le droit français des contrats, préf. A. GHOZI, Aix-en-Provence, PUAM, 2002,
n° 150 et 153.
131
« La présente loi », dispose l’art. 1 de la loi du 7 déc.1992 « a pour objet de fixer les règles
générales afférentes à la sécurité des produits, à la loyauté des transactions économiques et à la
protection des consommateurs ». Par la loi 98-40 du 2 juin 1998, le législateur cherche à travers
l’article premier à « fixer les règles régissant les ventes avec réduction des prix, les ventes hors
magasins et la publicité commerciale et ce en vue d’assurer la transparence commerciale et de
protéger le consommateur ». L’art. 1 de la loi n° 36 du 15 sept. 2015 relative à la réorganisation de
la concurrence et des prix, affiche comme objectif de garantir, à côté de la libre concurrence et
l’équilibre du marché, « le confort du consommateur ». Tout cela prouve que, comme l’écrit une
doctrine particulièrement autorisée, « le droit de la consommation n’est pas [...] qu’un ensemble de
mesures destinées à protéger la partie faible du contrat [...] ; le droit de la consommation est bien
autre chose : c’est un droit de la régulation du marché au même titre que peut l’être le droit de la
154 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 1-2020
137
Sur la capacité et l’intérêt d’agir, v. F. MECHRI, Traité de procédure civile, Tunis, Latrach
2012, p. 23 et s. N. GAZWANI, Procédures civiles et commerciales, Droit commun des procédures,
Tunis, Latrach, 2012, p. 307 et s.
138
Tribunal de première instance de Tunis, 11 mars 2014, n° 38176, inédit. En l’espèce,
l’organisation de la défense des consommateurs demandait la suppression des affiches publicitaire
d’une chaine de commercialisation d’une marque de vêtements qui affichaient dans les vitrines des
réductions à 70% sur les prix, alors qu’en réalité les réductions affichées ne concernaient que
quelques articles. Rejeté pour vice de forme, la décision ne nous montre pas malencontreusement la
position du juge quant à la définition de la publicité mensongère.
139
Tribunal de première instance de Grombalia, 18 avr. 2016, n° 50714, inédit. L’affaire
opposait l’organisation de la défense du consommateur à un fabricant de produits laitiers.
140
Tribunal de première instance, 21 avr. 2016, n°64588/2016, inédit.
141
J. CALAIS-AULOY, « Les actions en cessation exercées dans l’intérêt des
consommateurs », Liber Amicorum N. Reich, Nomos-Baden, 1997, p. 789.
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148
V. L. BORÉ, « L’action en représentation conjointe : class action française ou action mort-
née ? », D., 1995, chron. 267.
149
L. BIHL, « Vers un droit de la consommation », Gaz. Pal., 1974, 2, doctr., 754.