L'anorexie mentale
L'anorexie mentale est connue par les cliniciens et les chercheurs comme étant l'un des
tableaux cliniques les plus complexes à conceptualiser et à comprendre. Il suscite de
nombreuses interrogations et interprétations tel qu’en témoigne l’existence de très
nombreuses modélisations théoriques. La symptomatologie anorexique a d'abord été
interprétée comme étant l'expression d'un conflit intrapsychique par les psychanalystes (Klein,
Fenichel), puis comme résultant d'une problématique d'individualisation/dépendance aux
figures parentales par d'autres auteurs (Leammet, Brusset). Les cognitivistes (Crisp, Fairburn)
quant à eux ont envisagés la symptomatologie comme une peur/phobie de prendre du poids
qui s'expliquerait par de faibles caches d'ajustement et de régulation émotionnelle. Ces
déficits contribueraient à maintenir des croyances dysfonctionnelles relatives à l'alimentation.
Le modèle de Fairburn plus spécifiquement conduit à des hypothèses explicatives et des voies
d'intervention qui nous apparaissent intéressantes.
[Link]
(« A cognitive behavioural theory of anorexia nervosa », 1999)
Besoin de maîtrise de soi préexistant
Provenant d'une faible estime de soi produisant un sentiment d'inefficacité et l'adhérence à un
processus de perfectionnisme
Pensées/sentiments d'impuissance : recherche de perfectionnisme pour récupérer du contrôle
> poids : renforcement + immédiat
Biais cognitifs majeur : évaluation de sa valeur
Ciblée strictement sur l'apparence > désinvestissement des autres domaines qui pourraient
construire/renforcer l’estime de soi
Haute estime de soi jamais atteignable, jamais suffisant
Les modèles plus récents suggèrent plutôt une étiologie multifactorielle combinant des
facteurs génétiques, biologiques, familiaux, sociaux, cognitifs, psychologiques,
neurophysiologiques et émotionnels.
Le Cogntive interpersonal maintenance model de Schmidt et Treasure (2013), rend
relativement compte des avancées récentes en s'appuyant sur des observations cliniques et sur
des études empiriques. Il postule que l'anorexie mentale émerge d'une combinaison de
facteurs de vulnérabilité (notamment familieux) et de maintien. Il soutien notamment le rôle
de l'entourage du patient dans l'évolution de la pathologie, pouvant l'aider ou l'entretenir voir
l'empirer.
[Link]
(Goddard et al., 2011)
Combinaison de facteurs qui caractérise l'anorexie mentale en étant à la fois impliqué dans
son étiologie et son maintient dans le temps :
Attachement déficitaire
Très faible estime de soi / Sentiment omniprésent d’inefficacité
Traits/Symptômes obsessionnels-compulsifs dans l’enfance
Perfectionnisme, critique, rigidité
Idées/croyances dysfonctionnelles
Rigidité cognitive/défaut de flexibilité > biais attentionnels sur les "signaux
menaçants"
Déni des effets : état physique et bien-être « satisfaisant » / « bénéfique »
Dysmorphophobie : sur-évaluation du poids et des formes corporelles
Déficits émotionnels > identification, interprétation et régulation
Difficultés sociales et de communication
Stratégies d'adaptation/coping dysfonctionnels > addiction comportementale
Activités sportives :
Contrôle > modifie les réponses physiologiques et les perceptions corporelles
Comportement compulsif de compensation : soulageant, rassurant
Conséquences physiologiques liés à la symptomatologie
Il conviendra alors de détailler chaque caractéristique associée à la pathologie d'anorexie
mentale selon la classification du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux
(DSM-5) afin d'acquérir une compréhension plus fine aussi de l'articulation des différents
processus conduisant au maintien de la problématique.
Commençons par recenser la symptomatologie anorexique telle que le tableau clinique du
DSM 5 la présente :
A. Restriction des apports énergétiques par rapport aux besoins conduisant à un poids
significativement bas compte tenu de l’âge, du sexe, du stade de développement et de la santé
physique. Est considéré comme significativement bas un poids inférieur à la norme minimale
ou, pour les enfants et les adolescents, inférieur au poids minimal
attendu.
B. Peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, ou comportement persistant
interférant avec la prise de poids, alors que le poids est significativement bas.
C. Altération de la perception du poids ou de la forme corporelle sur l'estime de soi. Les
individus peuvent se voir comme en surpoids, même lorsqu'ils sont très maigres. Ou manque
de reconnaissance persistant de la gravité de la maigreur actuelle.
D. Aménorrhée : chez les femmes, il peut y avoir une absence de menstruations pendant au
moins 3 cycles consécutifs.
Ces critères doivent être évalués dans un contexte d'une détresse significative ou d'une
altération du fonctionnement social, professionnel ou d'autres domaines importants.
Spécifier
2 sous-types
Type "restrictif" : Pendant les 3 derniers mois, la personne n’a pas présenté d’accès récurrents
d’hyperphagie (gloutonnerie) ni recouru à des vomissements provoqués ou à des
comportements purgatifs. Ce sous-type décrit des situations où la perte de poids est
essentiellement obtenue par le régime, le jeûne et/ou l’exercice physique excessif.
Type "avec accès hyperphagiques/boulimiques et comportements purgatifs" : Pendant les 3
derniers mois, la personne a présenté des accès récurrents de gloutonnerie et/ou a recouru à
des vomissements provoqués ou à des comportements purgatifs.
Formes subcliniques/subsyndromiques importante (orthorexie).
article
Spécifier
Le seuil de sévérité, chez les adultes, est établi à partir de l’indice de masse corporelle (IMC)
actuel ou, pour les enfants et les adolescents, à partir du percentile de l’IMC.
Les degrés ci-dessous sont dérivés des catégories de maigreur de l’OMS pour les adultes ;
pour les enfants et les adolescents, il faut utiliser les percentiles de l’IMC.
Léger : IMC ≥ 17 kg/m2
Moyen : IMC 16-16,99 kg/m2
Grave : IMC 15-15,99 kg/m2
Extrême : IMC < 15 kg/m2
Le passage par différents sous-types est fréquent au cours de l’évolution du trouble.
Des mesures rétrospectives : instabilité diagnostique
[Link]
of-eating-disorders-design-and-validity-testing-of-a-new-strategy-to-define-the-eating-
disorders-phenotype/5AADA0118EAFA14B10B25AF349994E0F#
(Anderluh et al., 2009)
Les études mettent en évidence que la chronicité est une caractéristique d'un pronostique
défavorable. En revanche lorsque la prise en charge est précoce et spécifique, 80% des
patients présenteraient une évaluation favorable.
Les données concernant l'évolution générale de la pathologie suggèrent qu'environ la moitié
(50%) des patients accompagnés médicalement auront une évolution favorable (rémission).
Un quart des patients (25%) verront leurs symptomatologies améliorées mais des difficultés
subsisteraient, notamment au plan psychologique. L'autre quart (25%) des patients auront
quant à eux une évolution plutôt défavorable de la maladie avec des symptômes qui se
seraient aggravés ou dans les cas les plus extrêmes (pour 10% d'entre eux) auront conduit au
décès (poids trop insuffisant, suicide ou autre).
[Link]
(Steinhausen, 2002)
Taux de mortalité le plus élevé de toutes les maladies psychiatriques.
[Link]
mortality-causes-of-death-and-prognostic-factors-in-anorexia-nervosa/
A642E57945167C5C5568CAB0F4091051
Les patients décèdent généralement des suites des complications liés à la dénutrition
(problèmes cardio-respiratoires, vasculaires, osseux, gastro-intestinaux...) ou aux suites de
suicides. Selon cette méta-analyse une personne sur cinq atteintes d'anorexie mentale décédée
s'était suicidée. [Link]
Plusieurs psychopathologies ont été identifiés comme étant fréquemment comorbides à
l'anorexie mentale. L'association la plus franche de l'anorexie se fait avec lepisode dépressif
majeur. En effet 40% des patients présenteraient les deux tableaux cliniques conjointement.
[Link]
(Micali et al., 2015)
Ensuite le diagnostique de trouble obsessionnel compulsif (TOC) concerneraient environ
18,3% des patients atteints d'anorexie mentale. Les troubles de personnalité sont largement
associés aux TCA. Le trouble de la personnalité borderline concernerait 40% des patients
anorexiques. Par ailleurs l'anxiété étant caractéristique du tableau clinique de l'anorexie, les
troubles anxieux sont largement associés à la maladie. C'est aussi souvent le cas des
problématiques addictives de type toxicomanie.
[Link]
Finallement, les problématiques somatiques représenteraient aussi de sérieuses comorbidités à
l’anorexie mentale. [Link]
Ce qui caractérise singulièrement l’anorexie c'est son double revers étant à la fois considéré
comme une pathologie psychiatrique et métabolique.
C'est parce que l'anorexie mentale constitue un lourd fardeau dans le domaine de la santé
publique et clinique qu'il semble nécessaire de à compléter avec le TER 2014
Ainsi, il semble nécessaire de confronter rigoureusement les données scientifiques qui sont
mises à notre disposition afin de mieux comprendre cette pathologie. C'est ce que nous nous
appliquerons à faire au travers de ce travail d'étude et de recherche.
Complications somatiques à la dénutrition principalement endocinologiques et osseuses.
Relèvent d'une faible disponibilité énergétique et d'une faible dépense. S'ajoute à ça les
troubles neuropsychologique.
Eddy KT et al 2015 ; Misra M, Kibanski A, 2016
La normalisation du poids ne suffit pas. C'est cette interaction de problématiques neuro
psychique et psychologique qui en fait la complexité du tableau clinique et de l'efficience d'un
traitement.
Certes l'anorexie mentale s'objective par des manifestations physiques, néanmoins les
processus qui sont à l'œuvre dans son émergence, pendant son expression et après la rémission
sont d'ordre psychologiques.
Le caractère héréditaire associé à l'anorexie mentale a été estimé de 58% chez des jumeaux.
Reste cependant à considérer le rôle joué par l'environnement et les événements de vie
partagés.
[Link]