Jobs Note
Jobs Note
PERSPECTIVES
ÉCONOMIQUES
RÉGIONALES
NOTES
AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Le temps presse : relever le défi
de la création d’emplois
en Afrique subsaharienne
OCT
2024
FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL
PERSPECTIVES
ÉCONOMIQUES
RÉGIONALES
NOTES
AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Le temps presse : relever le défi
de la création d’emplois
en Afrique subsaharienne
OCT
2024
©2024 Fonds monétaire international
The Clock is Ticking: Meeting Sub-Saharan Africa’s Urgent Job Creation Challenge
Wenjie Chen, Khushboo Khandelwal, Athene Laws, Faten Saliba, Can Sever, Luc Tucker (AFR).1
Édition française
AVERTISSEMENT : Les notes du FMI visent à permettre une diffusion rapide d’analyses succinctes du FMI sur des
questions économiques essentielles auprès de ses pays membres et des décideurs en général. Les avis qui y sont
exprimés sont ceux de leurs auteurs, et ne correspondent pas nécessairement à ceux du FMI, de son conseil d’ad-
ministration ou de sa direction.
RÉFÉRENCE RECOMMANDÉE : Fonds monétaire international (FMI). 2024. « Le temps presse : relever le défi de la
création d’emplois en Afrique subsaharienne ». Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne — Entre
réformes et grandes espérances, Washington, octobre.
1
REMERCIEMENTS : La présente note de l’édition d’octobre 2024 des Perspectives économiques régionales pour
l’Afrique subsaharienne (PER) a été rédigée par les services du département Afrique du FMI sous la direction de
Luc Eyraud et Catherine Pattillo.
Le temps presse : relever le défi de la création d’emplois en Afrique subsaharienne 1
L’Afrique subsaharienne doit impérativement créer des emplois pour sa population croissante, en particulier
dans les pays fragiles ou touchés par un conflit et les pays à faible revenu. Les marchés du travail de la région
se caractérisent par la taille importante du secteur informel et des entraves notables à la création d’emplois, ce
qui se traduit par un manque d’emplois de qualité. Pour y remédier, il est essentiel d’assurer une croissance de
la productivité généralisée et inclusive, y compris dans le secteur informel. Pour sortir de l’informalité et suivre
une trajectoire viable vers l’emploi, il convient d’adopter des politiques ciblées pour appuyer les travailleurs
et d’éliminer les obstacles à la croissance des entreprises. Pour accroître les débouchés valorisants, ces efforts
devraient s’accompagner de mesures favorables à une transformation structurelle qui donnera lieu à des activi-
tés à plus forte productivité.
Par conséquent, la croissance économique en Afrique subsaharienne n’a pas aussi bien réussi à faire reculer la
pauvreté, son incidence étant environ de moitié inférieure à celle observée dans d’autres régions (Banque mondiale,
2013 ; Wu et al., 2024). Le paysage de l’emploi dans la région est dominé par les emplois de subsistance. Moins d’un
travailleur sur quatre occupe un emploi salarié, et plus d’un tiers des travailleurs sont classés dans la catégorie des
1
Ce chiffre correspond à l’augmentation annuelle de la population active totale (15–64 ans), estimée à partir des projections démographiques
(World Population Prospects) et des taux d’activité par âge au niveau national (ILOSTAT). Il est supérieur au nombre de nouveaux jeunes
travailleurs recensés chaque année, estimé entre 8 et 11 millions (Banque mondiale, 2023), car il reflète l’augmentation des taux d’activité
avec l’âge.
Informel Informel
–89 % Pays riches en ressources naturelles de niveau de niveau
inférieur inférieur
25 % 43 %
–100 –80 –60 –40 –20 0
Sources : Banque mondiale ; Organisation internationale du Travail ;
calculs et estimations des services du FMI. Sources : Danquah et al. ; IZA Journal of Development and Migration
Note : Le graphique met en évidence les écarts entre les pays (2021) 12:15 ; calculs des services du FMI.
d’Afrique subsaharienne et les pays émergents et pays en Note : Le graphique indique la répartition des travailleurs parmi les
développement à l’égard de la corrélation entre la croissance du PIB emplois non agricoles et se fonde sur des statistiques moyennes pour le
par habitant et les taux d’emploi. Après avoir calculé la corrélation Ghana, la Tanzanie et l’Ouganda. L’Afrique du Sud a été exclue de cette
entre la croissance du PIB réel par habitant et l’évolution du ratio analyse des Perspectives économiques régionales, car son marché du
emploi/population (15 ans et +, total) sur la période 1992–2022 travail n’est pas aussi représentatif du reste de l’Afrique subsaharienne.
pour chaque pays, il utilise les valeurs médianes de ces corrélations Les emplois de niveau inférieur sont ceux qui offrent des salaires bas et
dans chaque sous-échantillon, l’échantillon PEPD (hors AfSS) étant de mauvaises conditions de travail, et les emplois de niveau supérieur
normalisé à 100. AfSS = Afrique subsaharienne ; PEPD = pays sont ceux qui offrent des salaires plus élevés et de meilleures formations.
émergents et pays en développement.
travailleurs pauvres, gagnant moins de 1,90 dollar par jour. Le sous-emploi est également extrêmement élevé, en
particulier dans les zones rurales qui dépendent de l’agriculture saisonnière.
Pour relever les défis qui entravent la création d’emplois bien rémunérés et de qualité en Afrique subsaharienne, il
est crucial d’examiner les obstacles sous-jacents qui affectent à la fois la demande et l’offre de main-d’œuvre. Les
sections suivantes se penchent sur trois obstacles majeurs : la prévalence des emplois informels, les entraves à la
croissance des entreprises et la demande restreinte de main-d’œuvre dans un contexte marqué par de fortes concen-
trations de secteurs à faible productivité.
Cependant, les emplois informels ne sont pas tous les mêmes. Danquah, Schotte et Sen (2021) distinguent les emplois
informels de niveau inférieur, caractérisés par des salaires bas et de mauvaises conditions de travail, des emplois infor-
mels de niveau supérieur dont les salaires et les formations sont meilleurs. Au Ghana, en Tanzanie et en Ouganda,
près de 70 % de tous les travailleurs non agricoles occupent des emplois informels de niveau inférieur (graphique 3) ;
dans cette catégorie, les femmes sont surreprésentées. Hélas, les travailleurs qui ont un emploi informel de niveau
inférieur peinent à gravir les échelons pour accéder à des emplois de meilleure qualité. En Ouganda, par exemple,
l’emploi informel de niveau inférieur n’est un tremplin vers un emploi formel que pour moins de 5 % des travailleurs.
En revanche, les travailleurs occupant des emplois informels de niveau supérieur sont plus susceptibles d’accéder à
un emploi formel, ce qui leur permet d’obtenir des salaires plus élevés et une protection juridique.
Les obstacles auxquels se heurtent les jeunes d’Afrique subsaharienne, en particulier les femmes, pour décrocher
des emplois de meilleure qualité sont majeurs. La pénurie d’emplois formels disponibles en est un. Beaucoup se
retrouvent avec des emplois informels de niveau inférieur ou au chômage, ce qui les entraîne vers la précarité. Plus
d’un jeune Africain sur quatre n’est ni scolarisé, ni employé, ni en formation, et les deux tiers d’entre eux sont des
jeunes femmes (Organisation internationale du Travail, 2024). Les barrières à l’emploi comprennent l’inadéquation
des compétences, l’accès restreint aux réseaux professionnels et le manque d’informations essentielles sur le marché
du travail. Les jeunes femmes sont souvent contraintes par les responsabilités familiales et font l’objet de discrimina-
tion. Le paradoxe de l’expérience, selon lequel le manque d’expérience professionnelle bloque l’accès au secteur
formel, est aggravé par la faible disponibilité des emplois, ce qui désavantage les jeunes par rapport aux cohortes
plus âgées. Près de 40 % des jeunes hommes et 50 % des jeunes femmes sont à la recherche d’un emploi depuis
plus d’un an, et plus les périodes de chômage sont longues, plus la probabilité de basculer vers un emploi précaire
et informel augmente.
Compte tenu de son omniprésence, le secteur informel est une source essentielle d’emplois en Afrique subsaha-
rienne, en particulier là où les opportunités formelles se font rares. Une mesure transformatrice et cruciale pour la
région serait d’aider la population active à gravir les échelons de l’emploi, à sortir de l’activité informelle de subsis-
tance et de niveau inférieur, et à s’orienter vers des emplois informels de niveau supérieur ou des emplois formels.
Les entreprises africaines affirment que l’accès au financement, l’électricité et les pratiques du secteur informel sont
les principaux facteurs qui entravent leur croissance, des obstacles bien plus grands que dans les pays comparables
ailleurs dans le monde (Enquêtes sur les entreprises de la Banque mondiale). Par exemple, un raccordement élec-
trique à Nairobi prend environ 92 jours, soit plus du double de la moyenne d’autres pays ayant des revenus simi-
laires, tandis que dans toute la région, les coupures de courant fréquentes réduisent considérablement les ventes,
la productivité et l’emploi des entreprises (Enquêtes sur les entreprises de la Banque mondiale ; Cole et al., 2018 ;
Mensah, 2024). Les petites entreprises ont particulièrement du mal à accéder au fonds de roulement nécessaire pour
développer leur activité, et ont souvent recours à des prêteurs informels (Nwajiuba et al., 2020 ; Runde et al., 2021).
Après avoir surmonté les obstacles initiaux, les entreprises peinent à croître en raison de la demande intérieure limitée
et de l’accès restreint aux marchés internationaux (Teal, 2023). Les réglementations bureaucratiques, la corruption,
les infrastructures inadéquates et les coûts de main-d’œuvre relativement élevés ne font qu’aggraver ces difficultés
(Gelb et al., 2014, 2020 ; Forum économique mondial, 2017).
Malgré ces obstacles, une part importante des entreprises formelles étaient autrefois informelles et de petite taille,
ce qui indique que le secteur informel sert parfois de tremplin (Adom, 2024). Par exemple, plus d’un tiers des entre-
prises formelles en Angola ont démarré sans être enregistrées, une tendance observée dans plus de 20 % des entre-
prises d’un quart des pays d’Afrique subsaharienne étudiés (Enquêtes sur les entreprises de la Banque mondiale).
Actuellement, le secteur public, qui compte près d’un tiers des emplois salariés de la région (Bhorat et Oosthuizen, 2020),
comble une partie de l’écart d’emploi, en particulier dans de nombreux pays riches en ressources naturelles (note de l’édi-
tion d’octobre 2024 des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne — « Une région et deux trajec-
toires : divergence en Afrique subsaharienne »). Les postes publics sont lucratifs ; au Lesotho, en Namibie, au Rwanda et au
Togo, les salaires du secteur public sont plus de quatre fois plus élevés que ceux du secteur privé (Indicateurs mondiaux
de l’emploi 2020 de la Banque mondiale), ce qui rend difficile pour les entreprises du secteur privé d’attirer des travailleurs
(Thevenot et Walker, 2024). Cependant, le secteur public ne peut pas être le seul créateur d’emplois. Aussi, la promotion
de la croissance des entreprises du secteur privé est une deuxième transformation majeure nécessaire pour la région.
0 20 40 60 80
Toutefois, le secteur manufacturier de la région présente Part de l’emploi sur le total (%)
des caractéristiques uniques : il y a d’un côté quelques Sources : Centre de Groningen pour la croissance et le développement
grandes entreprises à forte intensité de capital dont la (2022) : Economic Transformation Database : calculs des services du FMI.
Note : Les flèches indiquent l’évolution des secteurs de l’agriculture,
productivité est élevée, mais qui créent peu d’emplois, de l’industrie et des services entre 1990 (plus petit point) et 2018 (plus
et de l’autre, un grand nombre de petites entreprises à gros point). Les secteurs situés au-dessus de la ligne des 45 degrés
sont plus productifs (la part de la valeur ajoutée dépasse la part de
forte intensité de main-d’œuvre qui génèrent des emplois, l’emploi), tandis que les secteurs situés en dessous le sont moins.
mais qui contribuent peu à la croissance globale de la AfSS = Afrique subsaharienne ; PEPD = pays émergents et pays en
développement, hors AfSS.
productivité (Heitzig et Newfarmer, 2023). La part de l’in-
dustrie manufacturière dans la production économique
de la région a donc stagné alors même que la part de l’emploi dans le secteur a augmenté, ce qui contraste avec la
trajectoire ascendante de la valeur ajoutée et de la part de l’emploi dans les pays émergents et les pays en dévelop-
pement (graphique 4).
Compte tenu de la tendance mondiale vers l’établissement d’une industrie manufacturière à plus forte intensité de
capital dotée d’une main-d’œuvre plus qualifiée, l’Afrique subsaharienne pourrait ne pas être en mesure de compter
sur la production industrielle pour assurer un développement riche en emplois (Rodrik, 2016, 2022). Cette tendance,
et d’autres sur le plan technologique, comme l’avènement de l’intelligence artificielle, a suscité un débat sur la meil-
leure façon d’assurer une transformation structurelle dans la région et ailleurs (Cazzaniga et al., 2024).
Plusieurs secteurs autres que l’industrie manufacturière traditionnelle réunissent les principales conditions (intensité
de main-d’œuvre et croissance de la productivité) d’une transformation structurelle (Page, 2020 ; chapitre 3 de l’édi-
tion d’octobre 2018 des Perspectives de l’économie mondiale). S’inspirant de la réussite de l’Inde dans l’informatique
et les télécommunications, domaines qui ont connu une croissance rapide en l’absence d’une base industrielle subs-
tantielle, certains experts suggèrent de contourner l’industrie manufacturière et de se concentrer sur les services à
haute productivité. En effet, le secteur des services dans plusieurs pays africains, en particulier dans les domaines de
l’informatique, de la finance et des services aux entreprises, semble avoir un potentiel de croissance de la producti-
vité et de l’emploi. Il n’est donc pas surprenant qu’on ait constaté un glissement des parts de l’emploi et de la valeur
ajoutée vers le secteur des services dans la région (graphique 4). Les investissements dans les installations de trans-
formation, l’adoption de technologies modernes et la création de produits à valeur ajoutée peuvent considérable-
ment dynamiser la chaîne de valeur agricole et créer des emplois ruraux non agricoles.
Des secteurs tels que le tourisme, l’agroalimentaire, la logistique et les énergies renouvelables présentent également
un potentiel d’emploi important et peuvent contribuer à diversifier les économies et à créer des emplois pérennes.
Par exemple, au Rwanda, des secteurs tels que l’agroalimentaire, l’horticulture et l’agriculture d’exportation ont connu
une croissance de 9 % par an et leur taux d’emploi à triplé, passant de 5 à 16 % entre 2000 et 2017 (Newfarmer et
Twum, 2022). L’amélioration de la productivité agricole de cette façon est une autre piste, tout aussi importante
compte tenu du gros potentiel de main-d’œuvre que présente le secteur et de l’insécurité alimentaire à l’échelle
régionale. Il s’agit notamment de gravir « l’échelle de la qualité » en améliorant le degré de perfectionnement et
de complexité des produits et services existants (Bhorat et al., 2019), mais aussi de diversifier l’économie. Cela peut
s’avérer très difficile pour les pays riches en ressources naturelles dont l’économie dépend fortement d’une gamme
restreinte de produits de base. Il existe donc plusieurs vecteurs potentiels de transformation structurelle en Afrique
subsaharienne, mais la région doit examiner diverses stratégies pour s’attaquer à la fois aux problèmes spécifiques
à chaque secteur et aux contraintes économiques plus généralisées.
Compte tenu de la place qu’il occupe en Afrique subsaharienne, il faudra impérativement tirer parti du secteur infor-
mel pour gravir les échelons de l’emploi et créer des emplois bien rémunérés et de qualité. Pour que le travail dans
le secteur informel ne soit plus juste une activité de survie, mais un tremplin vers d’autres emplois, il convient d’adop-
ter des politiques ciblées à l’échelle des travailleurs :
Améliorer la productivité et des revenus dans le secteur informel. Investir dans des infrastructures soutenant le
secteur informel, comme des zones de marché accessibles, peut favoriser la création d’emplois de niveau supé-
rieur. Pour aider les travailleurs informels de niveau inférieur, en particulier les travailleurs indépendants, à accé-
der au crédit pour développer leurs entreprises, il faudrait concevoir des politiques axées sur des solutions fintech
innovantes destinées au secteur informel (CNUCED, 2023). Dans les zones rurales, les réformes foncières peuvent
permettre aux agriculteurs indépendants d’utiliser les terres comme garantie pour des prêts. L’élargissement des
programmes de protection sociale peut également permettre de mieux gérer les risques et les incertitudes, y
compris les chocs climatiques. En plus de ces améliorations, favoriser la formalisation en réduisant les lourdeurs
administratives, en offrant des incitations et en garantissant la mise en application des lois aidera à monter plus
haut sur l’échelle de l’emploi (Ulyssea, 2020).
Faciliter l’accès des jeunes au marché du travail. Les stratégies comprennent les services d’appariement des offres
et des demandes d’emploi, la réinsertion des chômeurs de longue durée et la promotion de l’entrepreneuriat chez
les jeunes par l’accès au financement, à la formation et au mentorat. Ces politiques doivent être soigneusement
conçues et évaluées pour être bien adaptées au contexte de chaque pays. En outre, abroger les lois du travail
discriminatoires, mettre en application des politiques de non-discrimination, fournir des aides à l’éducation et à la
formation, et rendre plus accessibles les services de garde d’enfants figurent parmi les mesures de soutien ciblé
sur les jeunes femmes (note de l’édition d’octobre 2024 des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique
subsaharienne — « Égalité des chances : parité femmes-hommes et développement économique en Afrique
subsaharienne »).
Il est essentiel d’éliminer les obstacles à la croissance des entreprises dans le secteur privé pour accroître les possibilités
d’emploi valorisant. Les mesures doivent viser les contraintes spécifiques auxquelles les entreprises sont confrontées :
Améliorer l’accès aux financements. L’amélioration du climat de l’investissement peut attirer davantage d’investis-
sements directs étrangers. Le développement de marchés de capitaux locaux peut faire croître les financements
disponibles (chapitre 1 de l’édition d’avril 2024 des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaha-
rienne), car l’épargne pourrait ainsi servir de capital d’investissement. Favoriser l’inclusion financière par le dévelop-
pement des services bancaires mobiles, la microfinance et l’éducation financière améliorerait l’accès au financement
pour les entreprises, qui sont pour la plupart petites et moyennes.
Privilégier les infrastructures de base. Les routes, l’électricité et Internet sont essentiels aux opérations du secteur
privé. Il est fondamental de développer des systèmes de transport et des infrastructures numériques ayant un
bon rapport coût–efficacité dans les zones urbaines. Les coûts élevés des services de téléphonie mobile et d’In-
ternet en Afrique subsaharienne pénalisent les services bancaires mobiles et les marchés en ligne, vitaux pour de
nombreuses entreprises (Fox et Ghandi, 2021). Les réformes des marchés des biens visant à stimuler la fourniture
de ces services de réseaux par le secteur privé peuvent contribuer à réduire les goulets d’étranglement à un coût
budgétaire limité (Budina et al., 2023).
Remédier aux entraves à la croissance liées au climat des affaires. Le renforcement de l’Accord de libre-échange
continental africain (ZLECAf) et des autres mesures d’intégration régionale contribue à surmonter le problème de
la demande intérieure limitée et à stimuler la création d’emplois (FMI, 2023). Il sera crucial de donner la priorité à
l’amélioration de l’efficacité administrative et à la lutte contre la corruption. À ce titre, les efforts de dématérialisa-
tion se sont avérés très fructueux (Newiak et al., 2022).
L’appui à la transformation structurelle et à la croissance de la productivité est également important pour créer des
emplois de qualité, ce qui nécessite des approches adaptées à chaque pays pour se tourner vers des secteurs à plus
forte valeur ajoutée :
Mettre en œuvre des mesures rentables qui ont des avantages pour plusieurs secteurs. Il s’agit notamment de
maintenir la stabilité macroéconomique, de favoriser la concurrence et d’engager des réformes économiques de
grande envergure. Compte tenu de l’espace budgétaire restreint et des capacités administratives limitées dans
de nombreux pays, la priorité doit être accordée à des mesures peu coûteuses, faciles à mettre en œuvre et à
haut rendement.
Appréhender les politiques industrielles avec prudence. Cela est particulièrement recommandé lorsque des
secteurs spécifiques sont ciblés, en raison des éventuelles distorsions que ces mesures peuvent engendrer, des
coûts budgétaires élevés et des risques notables en matière de gouvernance (FMI, 2024a, 2024b). Lorsque les
pays y ont recours, ces politiques requièrent une gouvernance solide et des objectifs clairs axés sur des obstacles
à la diversification sectorielle spécifiques (note de l’édition d’octobre 2024 des Perspectives économiques régio-
nales pour l’Afrique subsaharienne — « Une région et deux trajectoires : divergence en Afrique subsaharienne »).
La communauté internationale a tout intérêt à ce que l’Afrique subsaharienne réussisse à relever le défi de la création
d’emplois. Si elle échoue, cela pourrait exacerber la pauvreté, aggraver l’instabilité et conduire à des migrations. Une
réussite pourrait en revanche progressivement dynamiser la demande des consommateurs, libérer un potentiel d’in-
vestissement, et donc compenser les déclins démographiques ailleurs. Au bout du compte, la prospérité future du
monde est inextricablement liée à la capacité de l’Afrique subsaharienne à créer suffisamment d’emplois de qualité
pour soutenir sa population en croissance rapide.
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