ORDRE DES AVOCATS DE
CASABLANCA
Incidence de
l’évolution
numérique sur la
profession d’Avocat
Ubérisation ou
simple
digitalisation ?
Réalisé par : Me. TALBY Taha
AVOCAT STAGIAIRE AU BARREAU DE CASABLANCA
INTRODUCTION :
Correspondance par courrier postal, épuisantes recherches dans d’épais ouvrages de lois et soirées
passées à compulser des classeurs bourrés de dossiers : aucun secteur n’est resté aussi durablement
cramponné à l’analogique que la justice. 1
Mais il connaît désormais à son tour une mutation. Correspondance électronique, recherches rapides
dans les recueils de lois, récupération d’informations efficaces dans les banques de données 2…
audiences par visioconférence, règlement en ligne des conflits, environnements virtuels, bases de
données juridiques et fichiers informatisés … Nombreuses sont les technologies qui innervent la
production du droit et de la justice.3
Qu’on le déplore ou que l’on s’en réjouisse, force est de constater que le droit et la justice n’échappent
pas à l’extraordinaire montée en puissance des savoirs et objets techniques et technologiques dans les
sociétés de la modernité avancée.
Afin d’accompagner cette ruée internationale vers la numérisation, le Maroc a connu un mouvement
stratégique important couronnés par l’adoption, en 2009, d’une feuille de route, dans le cadre du plan
« Maroc numérique 2013 ». N’ayant pas pu atteindre les objectifs escomptés dans ce domaine, le
Royaume a lancé, en juin 2016, un nouveau programme, le Plan Digital 2020. A travers ce nouveau
plan, le Maroc ambitionne de, entre autres, digitaliser la moitié des services administratifs et se
positionner en tant que premier Hub numérique d’Afrique.
Or, le constat aujourd’hui fait que le Maroc accuse beaucoup de retard en matière de digitalisation,
que ce soit pour les services d’entreprises que les prestations de l’administration envers les usagers.
Selon un rapport récent, le Maroc est très mal classé à l’international : en 2018, il arrive à la 78e
position dans l’indice des services en ligne. Pis encore, il est classé 110e dans e-gouvernement.4 C’est
dans ce contexte précis qu’intervient la stratégie Maroc Digital 2020. Une vision élaborée
conjointement par les professionnels privés et les pouvoirs publics, le ministère de tutelle et l’Agence
du digital (ADD)...
En tant que métier du droit par excellence, la profession d’avocat n’est pas restée de marbre face à
cette ruée vers la digitalisation, en effet, elle connaît comme beaucoup d’autres un bouleversement et
une adaptation de son activité avec la numérisation généralisée et l’omniprésence d’Internet. C’est
dans ce contexte économique que les avocats ont eu la surprise de découvrir la perte de leur monopole
longtemps protégé. ….. Les avocats sont confrontés à une nouvelle culture de la rentabilité, du marché
et de la concurrence alors que ces derniers ont longtemps préféré une conception institutionnelle
protégée par des barrières à l’entrée de la profession et une déontologie comme outil de régulation.
1Monica F. « Les avocats se mettent enfin au numérique », Le temps, 2018, consulté le 2020-03-08 14 :35:46. Disponible
sur : https://www.pressreader.com/
2Vakaridis M. « Les métiers du droit à la moulinette du numérique », Le Temps, consulté le 2020-03-08 15 :55 :36.
Disponible sur « https://www.letemps.ch/economie/numerique-gagne-avocats ».
4Le détail de la stratégie Maroc Digital, L'Economiste », disponible sur https://www.leconomiste.com/article/1054658-le-
detail-de-la-strategie-maroc-digital consulté le 2020-03-08 15 :55 :36.
Cette nouvelle ère de la marchandisation du droit impose aux avocats de repenser avec souplesse leur
modèle d’affaires, leur déontologie et leur culture.
Ainsi, la bonne gestion du numérique revêt aujourd’hui une importance stratégique pour l’avocat. Il
doit non seulement comprendre quels sont les nouveaux besoins de ses clients, générés par la
révolution digitale pour pouvoir les conseiller ou les défendre le plus efficacement possible, mais aussi
optimiser l’utilisation de ces technologies qui lui offrent des moyens de conquérir de nouveaux
marchés.
Un sujet d’une telle ampleur peut être traité de maintes façons, dont le risque qu’encours ce
professionnel du droit dans son initiation à l’utilisation de ces nouvelles techniques, l’exigence d’un
cadre normatif apte à garantir une protection suffisante, les mesures de formation permettant à ces
professionnels du droit de suivre le développement rapide du monde numérique, etc. Force est de
constater que procéder à l’analyse de la protection prévue par le législateur marocain nécessiterait une
étude assez imposante, si bien qu’il parait judicieux de survoler l’incidence de l’évolution numérique
sur le métier d’avocat dans ces différents aspects sans pour autant se perdre dans les recoins, certes
attirants, de ce sujet.
Pour ce faire, l’objectif à atteindre sera de répondre à la problématique suivante : Dans quelle mesure
et sous quelles conditions peut-on parler d’une réelle adaptation du métier d’avocat aux exigences de
l’évolution numérique ? et ce, tout en examinant si une telle évolution tend vers une uberisation
disgracieuse de notre profession ou une simple digitalisation de cette dernière.
Afin de parler d’adaptation au requis de l’évolution numérique, il est important de traiter des facteurs
externes à la profession d’avocat qui ont créé un bouleversement du marché juridique par le digital (I).
En effet, l’arrivée des Legaltechs et le développement de Technologies ont créé une alternative aux
avocats qui appréhendent lentement ce phénomène. La révolution digitale a également conduit à des
transformations internes de la profession d’avocat (II), en offrant de nouvelles perspectives quant à la
forme des cabinets, la stratégie à opérer et la manière d’exercer. Il sera ainsi question de traiter, en plus
du volet technique de cette gestion, d’un autre volet plus interactionnel, dans le cadre duquel
interviennent les barreaux, en tant qu’accompagnateurs et guides de cette évolution digitale.
Plan de travail :
I- Evolution numérique du marché juridique et la profession
d’avocat
A- Avènement des Legaltechs : incontestablement concurrente ?
B- Incidence forte de l’intelligence artificielle et de la blockchain
II- Prospect d’évolution numérique de la profession d’avocat
A- Démarches envisageables au niveau du barreau : examen de
l’expérience française
B- Vers de nouvelles stratégies de gestion des cabinets et d’exercice de
la profession
I- Evolution numérique du marché juridique et la profession d’avocat
Le digital a apporté un profond changement structurel du marché du droit, les avocats qui détenaient
un monopole de fait, ont vu leur pratique remise en cause par l’avènement des Legaltechs (A).
L’impact des technologies sur le marché du droit (B) ne doit également pas être minimisé, car si ces
dernières sont en plein développement, elles pourraient un jour devenir les actrices de la disruption de
la profession. Cette éventualité a généré une appréhension des changements du marché par les avocats
qui aspirent lentement à passer le cap de la transformation digitale.
A- Avènement des Legaltechs : incontestablement concurrente ?
Le mot Legaltech représente l’utilisation des technologies appliquées au droit et permettant
l’automatisation d’un service juridique. Il s’agit soit de prestataires de services juridiques qui vont
utiliser la technologie pour faire évoluer leur offre de service vis-à-vis de leurs clients, soit des start-
ups de divers secteurs technologiques qui essayent d’apporter de nouveaux services directement au
grand public.
Le concept est né dans les années 2000 aux États-Unis et connait aujourd’hui de puissants acteurs tels
que LegalZoom ou encore RocketLawyer. En France, le marché des Legaltechs n’a cessé de croitre
depuis 2013.Le phénomène est réel au point qu’un salon leur est dédié.5
Pour ce qui est du Maroc, L’idée de faire de Casablanca la capitale de la « LegalTech » en Afrique
n’est plus qu’une rumeur, c’est le pari relevé par Legal e-services et « African LegalTech Cluster »
lors de la conférence internationale « LegalTech : enjeux et opportunités pour le Maroc et l’Afrique »
qui s’est tenue au Technoparc de Casablanca, vendredi 9 mars 2018. 6 L’objectif est d’autant plus
réalisable au niveau juridique et ce, grâce à la plate-forme de création d’entreprises en ligne créée par
la loi n°88-17 dont la gestion est assurée par l’office marocain de propriété industrielle et commerciale.
Force est de constater que les Legaltechs sont apparus à une période, où internet a habitué le
consommateur à comparer les prix et à profiter de services gratuits. Il était donc aisé de faire de
quelques « formalités » déontologiques auxquelles s’accrochent les avocats, de forts arguments
marketing et ce, outre le fait d’être disponible 24h/24.
Dans ce même contexte, les Legaltechs ont répondus à une demande croissante de prestations
juridiques à faible coût. En effet, il est de coutume de nos jours de considérer les prestations des
avocats comme extrêmement onéreuses. L’exemple de ce phénomène en France démontre une
explosion du nombre de startups créées, coïncidant avec l’apparition des Legaltechs, ce qui nous
donnent une idée assez claire de l’impact que cela pourrait avoir au sein de notre société ou l’excuse
primaire est l’absence de moyens.
5 Antoine L. « Quelle concurrence entre avocats et Legal start-up ? » - Revue pratique de la prospective et de l’innovation
- LexisNexis jurisclasseur – 2017.
6 Leila O. « Frederic-Michel Chevalier : « Il y a une forte opportunité dans la « Logitech » au Maroc et en Afrique »,
Library aujourdhui.ma, 2018.
Sur une même logique de concurrence, il faut avouer que certaines Legaltechs proposent des services
plus concurrents que d’autres à l’égard de notre profession. A titre d’exemple, Les Legaltechs de
création d’actes proposent un service dont le positionnement se distingue de celui de l’avocat,
puisqu’elles se différencient tant sur les prix que la personnalisation et l’accompagnement du service.
Traduisant ainsi l’existence d’une concurrence indirecte, c’est-à-dire, que les Legaltechs proposant un
service différent, mais répondant au même besoin que celui auquel l’avocat répond.
Il existe également des Legaltechs dont la concurrence avec les avocats, spécialisés dans le conseil,
est plus directe. Les clients de ces Legaltechs sont à la fois des avocats, mais aussi des directions
juridiques, des ressources humaines ou encore des experts-comptables. Si elle offre un service aux
avocats, elle les concurrence également, chose qui pourrait se traduire par une baisse de recours au
conseil de l’avocat ou de manière indirecte imposer à l’avocat l’utilisation de cette technologie pour
négocier des tarifs plus bas.
Il existe cependant des instances dans le cadre desquelles ces Legaltechs peuvent œuvrer au service de
la productivité des avocats notamment en ce qui concerne la recherche juridique7, offrant ainsi, des
possibilités de recherche moins couteuses, rapide et plus conséquentes. D’autre encore, proposent la
mise en relation entre avocats et clients8, encore faut-il, dans ce cadre précis, s’interroger sur
l’alignement de ce genre de pratique avec les règles déontologique en vigueur.
D’un autre côté, les logiciels de gestion de cabinet d’avocat, chers, nécessitant l’installation
d’équipements informatiques, et dont l’utilisation est peu fluide ne sont plus adaptée à la profession.
Des Legaltechs se sont donc lancées dans une optique de simplification de la gestion des cabinets et
notamment faciliter la relation client, permettant ainsi aux avocats de gagner en productivité et en
optimisation.
Bien que leur position de concurrentes ne soit pas à négliger, l’émergence de ce type de Legaltechs
implique la nécessité de ne pas associer systématiquement ces dernières à des entités concurrentes
visant le monopole du métier d’avocat. Mais plutôt de les aborder avec sagesse tout en essayant d’en
tirer le plus de profit.
B- Incidence forte de l’intelligence artificielle et de la Blockchain ;
A la différence de la Blockchain qui est en attente de reconnaissance légale, l’intelligence artificielle
ne devrait plus tarder à montrer ses effets par rapport à la profession d’avocat. En effet, l’intelligence
artificielle impact fortement tous les domaines d’activité, le marché du droit n’est pas épargné
puisqu’elle est utilisée à des fins de justice prédictive.
Cette justice prédictive peut être définie comme « des instruments d’analyse de la jurisprudence et des
écritures des parties, instruments qui permettraient de prédire les décisions à venir dans des litiges
similaires à ceux analysés » 9. Cette justice numérique serait capable de prédire les dommages-intérêts
alloués ou encore le pourcentage de chance d’obtenir gain de cause. Il ne s’agira pas de juger le bien-
fondé d’une telle pratique, mais de questionner les répercussions qu’elle peut avoir sur le métier
d’avocat.
7 InteLaw dispose de la plus grande base de données juridiques au Maroc. Comprend plusieurs bases de recherche de
jurisprudence, de doctrine, de contrats et de Bulletins Officiels.
8 Juris.ma, Plateforme de mise en relation entra avocats et clients au Maroc. Fondée en 2014 au Maroc.
9 Bruno D. « Justice prédictive : la fin de l'aléa judiciaire ? » Recueil Dalloz 2017 p.532
Nombreuses startups se sont lancées dans la course des algorithmes prédictifs, dont la plupart
spécialisées dans le droit social. Cette dernière peut représenter une opportunité importante pour les
avocats, en considérant que la baisse des contentieux se fera au profil de l’augmentation des
négociations amiables.
L’avocat sera déchargé du travail fastidieux de recherche jurisprudentielle, puisque les algorithmes lui
présenteront les affaires similaires et lui proposeront les arguments qu’il faudra plaider afin de
maximiser les chances de succès. La justice prédictive peut apporter une plus-value importante pour
un cabinet d’avocat. D’une part, il sera possible de conseiller son client sur les chances de gains et
d’établir des stratégies juridiques en fonction des résultats trouvés par l’algorithme. 10
Pour ce qui est de la Blockchain, cette technologie permettant de transmettre l’information de manière
transparente et sécurisée connait elle aussi ses applications au droit. Ses manifestations les plus
évidentes sont les smart contrats et la blockchain au service de la preuve.
Les Smart Contrats sont des contrats qui s’exécutent automatiquement lorsque les conditions sont
vérifiées par la chaine de bloc. A contrario, si une clause du contrat n’est pas respectée, la Blockchain
considérera la condition non respectée et le contrat sera rompu.11
Le smart-contrat ne peut être assimilé au contrat civiliste et n’est pas reconnue comme tel pour le
moment. En effet, Il est impossible de modifier un smart contrat, ce qui peut être compliqué si le juge
constate par exemple un vice du consentement et demande l’annulation du contrat. 12
Les applications des smart-contrats sont néanmoins nombreuses. Par exemple, Certaines startups
proposent des services d’assurance-voyage, lorsqu’un vol est annulé ou retardé les passagers se verront
automatiquement remboursés sans avoir à remplir de formulaire. 13
D’autre part, La technologie Blockchain permet de garder une trace immuable de certains évènements,
en effet, lorsque l’intégrité d’une transaction est vérifiée, elle est ensuite publiée dans le registre de la
Blockchain. L’information est enregistrée sur tous les nœuds du réseau permettant sa vérification à
tout moment et par tous les membres. La Blockchain permet donc de fournir une preuve infalsifiable
et sécurisée.
L’utilisation de cette technologie comme mode de preuve pourrait être une révolution dans le domaine
de la propriété intellectuelle, ou les modes de preuve traditionnels ne sont pas toujours suffisants et ce,
d’autant plus le brevet ne protège que l’œuvre achevée.14
10 Antoine G « Les enjeux de la justice prédictive » La semaine juridique - édition générale- Lexis Nexis - N° 1-2 2017
Page 47
11 Blockchain Partner « Les applications prometteuses des smart contrats », Library Catalog: blockchainfrance.net
12 Sarah Vallet de Payraud, « L’impact de la révolution digitale sur le métier d’avocat »,2018
13 Claire B et Clément J, « Blockchain : 5 applications concrètes (et révolutionnaires) », Les Echos, 2017, Disponible sur :
https://start.lesechos.fr/innovations-startups/tech-futur/blockchain-5-applications-concretes-et-revolutionnaires-
1177281.
14 Vincent F : « En matière de propriété intellectuelle, la blockchain présente l’avantage de couvrir toute la zone de
l’avant-brevet » Revue Lamy Droit de l'Immatériel, No 143, 2017.
II- Prospect d’évolution numérique de la profession d’avocat :
La révolution digitale impacte toute la société et son économie, les avocats ne pourront lutter
indéfiniment contre son impact et une attitude défensive à son égard en dressant des digues
déontologiques n’auront aucun effet positif. Ainsi, les avocats seront amenés à repenser leur business
model et à envisager de nouvelles formes d’exercice de leurs professions (B). Une mutation d’une telle
envergure ne peut être mené à bien par des initiatives éparpillées d’avocats et nécessite l’intervention
des Barreaux en tant qu’accompagnateurs et guides de ce changement (A).
A- Démarches envisageables au niveau du barreau : examen de
l’expérience française :
L’examen de l’expérience française en la matière ne remet, sous aucun prétexte, en question les efforts
fournis par l’ordre des avocats Casablanca qui vont dans le sens de l’introduction et la promotion de
l’avocat adepte du numérique. De nombreuses démarches ont, en effet, été adoptées, notamment la
signature de la convention relative à la création d'une plateforme numérique entre le barreau de
Casablanca et la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), dans le cadre du chantier de numérisation du
système judiciaire. Ainsi que l’organisation de conférences dans le but d’accompagner les avocats dans
l’évolution tracée par la révolution digitale, plus spécialement, dans le cadre de l’utilisation des sites
internet dédiés aux tribunaux ou encore aux déclarations fiscales.15
Il demeure, néanmoins, que l’expérience française en la matière présente des initiatives dont l’étude
pourrait s’avérer judicieuse, et dont les plus ambitieuses sont celles de la loi Hamon de 2014,
autorisant les avocats « dans les conditions fixées par décret en Conseil d’État, (…) à recourir à la
publicité ainsi qu’à la sollicitation personnalisée » ainsi que la loi Macron du 6 aout 2015, levant
l’incompatibilité d’exercice de la profession d’avocat avec une profession commerciale, à condition
que celle-ci soit une activité à titre accessoire.
Avant toute chose, il est important de rappeler que depuis 2005, tout avocat inscrit à un barreau français
est tenu à une obligation de formation continue de 20 heures par année civile ou de 40 heures au
cours de deux années consécutives. L’avocat est responsable du suivi de sa formation continue. Il
doit déclarer avant le 31 janvier de chaque année, auprès de son conseil de l’Ordre, les conditions dans
lesquelles il a satisfait à son obligation pour l’année écoulée, en joignant l’intégralité des attestations
de présence remises par les organismes de formation.16
L’adoption d’une telle condition au sein de notre ordre aura des bienfaits innombrables non seulement
pour l’ensemble des avocats mais également pour le système judiciaire marocain, une modification
mineure mais très intéressante serai d’inclure dans le nombre d’heures requises une partie orientée vers
le numérique.
On peut également mentionner l’initiative du barreau de Paris qui a créé en 2014 un
Incubateur17.Portant en son sein deux actions principales, la remise annuelle d’un Prix de
15 Disponible sur le site de l’ordre : http://www.barreaucasa.net/activites
16 Disponible sur le site https://www.cnb.avocat.fr/fr/les-obligations-de-formation-continue
17 Les incubateurs sont des structures d’accompagnement de projets de création d’entreprises. Un incubateur peut
apporter un appui en termes d’hébergement, de conseil et de financement, lors des premières étapes de la vie de
l’entreprise.
l’innovation juridique et un pôle de réflexion et de prospectives sur les améliorations de la
profession.18
Si ces deux rôles sont pertinents, ils restent cependant insuffisants. Ainsi, le barreau de Paris propose
également un campus d’été se déroulant sur 5 jours avec des formations en droit, mais également un
module sur les nouvelles technologies et la transformation numérique. Ce dernier est très intéressant
et se rapproche de ce qui pourrait être créé dans les incubateurs. Les thèmes abordés sont nombreux
tel que « Méthodes et outils pour optimiser sa relation client » « Lean, agile, growth hacking test &
Learning… : s’approprier les méthodologies des startups » « Maitriser les bases de la communication
: e-mailing, newsletter, conception et optimisation de site web, et blog », seulement les avocats ont
besoin d’un accompagnement, au-delà d’une conférence de deux heures, des ateliers de mises en
pratique pourraient être bien plus efficaces. 19
La digitalisation de l’économie amène les acteurs vers une organisation plus nomade et plus flexible.
L’avocat qui exerce à titre individuel pourrait demain ne pas avoir de locaux physiques, il pourrait
recevoir ses clients dans un espace loué quelques heures dans le mois et enfin venir travailler quelques
jours par semaine dans un espace de coworking (sous réserve, bien entendu, des règles déontologiques
en vigueur). Cet espace lui permettrait de rencontrer des confrères, de travailler dans un cadre agréable
tout en économisant sur ses loyers pour favoriser une pratique digitale du droit.
B- Vers de nouvelles stratégies de gestion des cabinets et d’exercice
de la profession :
Au-delà du fait d’équiper son cabinet des dernières technologies et d’adopter les logiciels de gestion
les plus performants et les plus chers, les avocats sont tenus de repenser leur mode de travail en
adoptant une vision plus personnalisée et plus adaptée à leurs besoins et leurs objectifs tracés,
notamment en mettant l’expérience client aux cœurs de la stratégie. Pour ce faire, il est compulsif
d’envisager l’intégration de nouvelles techniques de management qui ne nécessitent pas forcement
de grand investissement et peuvent être envisagés par tout cabinet d’avocat en dépit de la taille et de
la spécialisation.
L’expérience client désigne l’ensemble des émotions et sentiments ressentis par un client avant,
pendant et après l’achat d’un produit ou service. 20Les avocats ont longtemps porté peu d’importance
à l’expérience client, cela peut être expliqué par le fait que ces derniers n’ont pas le droit de démarcher
les clients et doivent « attendre passivement que le client vienne à sa porte »21.22
Le consommateur peut être dérouté par l’expérience client d’une consultation, l’avocat est souvent
injoignable, il est difficile de connaitre l’avancée du dossier ou encore le paiement doit être effectué
par chèque ou par virement. Ces pratiques ne sont plus en corrélation avec les attentes de la clientèle,
les avocats doivent arrêter le self-focus et passer à un fonctionnement customer centric.23
18 http://incubateur-barreaudeparis.com/prix-de-linnovation/description-prix/
19 Ibid.
20 L'expérience client est donc la résultante complexe d'éléments et facteurs hétérogènes intervenant lors du parcours
client (ton publicitaire, ambiance point de vente, relation vendeur, expérience d'usage, relation support client, etc.).
21 Article disponible sur : https://www.village-justice.com/articles/Des-cabinets-qui-innovent,22928.html
22 Cela ne revient pas à inciter les avocats à user de techniques publicitaires mais plutôt d’exploiter les possibilités
basiques offertes par les règles déontologiques en prenant pour exemple les sites internet réservé aux cabinets.
23 Ibid.
L’une des premières choses à faire pour moderniser et digitaliser le parcours client de son cabinet est
d’interroger ses propres clients. L’échange permettra d’identifier les points de douleur, dans cette
phase l’avocat doit faire preuve d’empathie. Cet exercice doit également permettre de déterminer les
étapes du parcours client, ce qu’il fait, ce qu’il pense, ce qu’il ressent afin d’extraire les opportunités
d’amélioration.
Une fois ces difficultés pour le client identifiées, le parcours peut être redéfini en utilisant les outils
offerts par la transformation digitale. L’expérience sera plus fluide, plus transparente, plus rapide dans
la délivrance des services, mais aussi plus longue dans le temps en la faisant commencer avant la prise
de rendez-vous et après avoir fourni la prestation. Les parcours présentés sont généraux, mais chaque
cabinet doit pouvoir proposer son propre parcours en fonction de la stratégie mise en place et de la
plus-value proposée.
Le Lean management est également une possibilité à inclure, elle consiste en l’amélioration des
performances par le développement de tous les employés. Le double objectif du Lean management est
la satisfaction complète des clients (ce qui se traduit en chiffre d’affaires) et le succès de chacun des
employés (ce qui se traduit en motivation et engagement). 24Impliquer les collaborateurs dans
l’amélioration du cabinet revient à leur donner plus de responsabilité, de transparence, les motives
quant à leur self-empowerment et permet de tendre vers une organisation plus horizontale. 25
Le changement d’organisation peut également se traduire par la création de postes dédiés non pas à
l’activité de conseil juridique, mais par exemple au rayonnement du cabinet. Dans certains cabinets,
un avocat est dédié au service scientifique, en d’autres termes, son rôle sera d’éplucher les actualités
juridiques afin de les commenter dans la presse ou sur un blog, d’intervenir dans des conférences sur
les thèmes d’actualités, de rédiger une newsletter et de partager sur les réseaux sociaux ces
interventions et articles. Cette stratégie permet d’améliorer le référencement naturel du site grâce aux
articles rédigés, de faire connaitre le cabinet et ainsi faire l’acquisition de nouveau client.
De la même manière, nous pouvons imaginer que les cabinets d’avocats intégreront des personnes
dédiées au marketing, à la communication ou au développement de projet informatique.
24 Michael B. « La définition du Lean management » Disponible sur : http://www.operaepartners.fr/la-definition-du-lean-
management/
25 Sarah Vallet de Payraud, « L’impact de la révolution digitale sur le métier d’avocat »,2018
Conclusion :
La gratuité d’une majorité de service et plate-forme sur internet a vraisemblablement changé les
habitudes de consommation. L’internaute est plus exigeant et s’offre le loisir de la comparaison
lorsqu’il s’accorde à ouvrir sa bourse. Le consommateur demande un service plus personnalisé, plus
rapide et souhaite vivre une expérience client fluide. Le digital a également habitué les individus à
consommer en plus grande quantité malgré une qualité souvent diminuée
C’est dans ce changement sociétal que l’avocat doit faire évoluer son business model qui pourrai très
rapidement ne plus satisfaire la demande du client. Les honoraires sont jugés trop chers, peu
transparents, l’expérience client n’est pas la priorité de l’avocat, l’organisation interne des cabinets n’a
que très peu évolué, manquante de souplesse et d’horizontalité.
Le marché du droit étant devenu concurrentiel avec l’avènement de nombreux phénomènes
technologiques, les avocats doivent aujourd’hui passer le cap de la transformation digitale et ce le plus
rapidement possible. Il est envisageable de trouver certaines visions condamnant cette métamorphose
forcée de la profession qui semble l’éloigner de ses valeurs nobles, la transformant peu à peu en un
business orienté vers la satisfaction des attentes d’une société consommatrice. C’est bien dans ce
croisement que nous autres, bourgeons de cette profession, devrons trouver l’équilibre adéquat qui
accompagnera ce changement tout en préservant les valeurs transmises par nos prédécesseurs.
Bibliographie :
Ouvrages :
- Sarah Vallet de Payraud, « L’impact de la révolution digitale sur le métier d’avocat »,2018
- Kevers Y et Yves K, « Éthique de l’avocat : outil de marketing ou d’engagement ? », Colloques de la
Conférence libre du Jeune Barreau de Liège, Anthemis,2014.
- Delphine J, « Nouvelles stratégies médias des métiers du conseil : avocats, auditeurs, consultants,
experts-comptables, investisseurs », Editea,2007.
- American Bar Association, «The SciTech lawyer», Disponible sur:
“http://heinonline.org/HOL/Index?index=aba/scitla&collection=aba” ,2004.
- Daniel B , Patricia H , Christophe R, « Droit et intelligence artificielle : une révolution de la connaissance
juridique », collection droit et technologies, Romillat, 2000.
Articles :
- Anyim W, « E-Lawyering and Virtual Law Practice: A Paradigm Shift for Law Library System»,
ResearchGate, 2019.
- Monica F, « Le numérique gagne aussi les avocats », Le Temps, 2018.
- Laurence D, Christian L, « Technologies, droit et justice : Quelques éléments de mise en perspective »
Revue internationale interdisciplinaire, 2011.
Webographie :
- Entretien avec Frederic-Michel Chevalier, CEO de Legal e-services ALM : Pourquoi avoir choisi
d’organiser cet événement au Maroc, Aujourd'hui le Maroc, Disponible sur :
http://aujourdhui.ma/economie/frederic-michel-chevalier-il-y-a-une-forte-opportunite-dans-la-
legaltech-au-maroc-et-en-afrique .
- Le détail de la stratégie Maroc Digital, L'Economiste, 2019, Disponible sur :
https://www.leconomiste.com/article/1054658-le-detail-de-la-strategie-maroc-digital.
- American Bar, “Virtual Is the New Law Firm Reality”, Disponible sur:
https://www.americanbar.org/groups/law_practice/publications/law_practice_magazine/2019/MJ2
019/MJ19Wasserman/
- Michael B. « La définition du Lean management » Disponible sur : http://www.operaepartners.fr/la-
definition-du-lean-management/
- Claire B et Clément J, « Blockchain : 5 applications concrètes (et révolutionnaires) », LesEchos, 2017,
Disponible sur : https://start.lesechos.fr/innovations-startups/tech-futur/blockchain-5-applications-
concretes-et-revolutionnaires-1177281.