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Allergologie
La rhinite allergique
D. Chateau-Waquet
a rhinite allergique est la plus Attention : aucune typologie n’a de à un ou plusieurs allergènes dont la
L fréquente des rhinites et gâche
la vie de 25 % des Français.
Les médecins généralistes ne le
valeur scientifique reconnue.
Type suspect d’allergie
pertinence est établie, il apportera la
preuve pour guider la prise en charge.
savent pas et les malades qui en Type non atopique
souffrent perdent confiance. Ils n’en C’est un patient qui consulte pour une
parlent même plus et consultent, rhinite ou une rhinoconjonctivite en C’est un patient qui consulte pour une
souvent trop tard, lorsque la gêne relation avec un allergène et qui n’a rhinite aiguë, intermittente ou persis-
respiratoire, les troubles du sommeil pas d’autre affection. L’exemple le tante, isolée ou associée à des symp-
et la fatigue perturbent leur vie quo- plus fréquent est une rhinite saison- tômes respiratoires, cutanés ou
tidienne et leurs performances. nière aux pollens avec prurit, éternue- digestifs évocateurs d’une allergie. Il
ments, rhinorrhée, obstruction nasale. n’a aucun antécédent personnel ou
Le rôle préventif du médecin généra- Les critères sémiologiques et chrono- familial de maladie atopique : ni der-
liste est possible. Il peut intervenir pour logiques permettent d’argumenter le matite atopique de l’enfance, ni
repérer la rhinite allergique et prendre diagnostic. Le bilan allergologique asthme infantile, ni rhinite saisonnière.
en charge le diagnostic et le traitement apportera la preuve pour guider la Les critères sémiologiques et évolutifs
afin de contrer l’évolution de la prise en charge. permettent d’argumenter le diagnos-
maladie et ses effets délétères sur la tic. Le bilan allergologique aux allergè-
qualité de vie des patients. La marche Type allergique latent nes de l’environnement habituel est
de l’allergie en justifie le diagnostic négatif.
précoce à tous les âges de la vie. Il est C’est un patient qui consulte pour un
démontré que la prise en charge des autre motif et qui n’a pas d’allergie [ ARGUMENTER LE DIAGNOSTIC
patients atteints de rhinite allergique respiratoire connue ni de dermatite POUR UNE PRISE EN CHARGE
permet de prévenir le développement atopique. Il a éventuellement un anté- INDIVIDUELLE
de nouvelles allergies et l’apparition cédent de bronchiolite dans la petite
secondaire d’un asthme. enfance (les infections à VRS favori- Actuellement, les manifestations
C’est pourquoi, quel que soit le motif sent le développement de l’asthme et aiguës de la rhinite allergique sont
de consultation, le rôle préventif du de l’allergie). L’intervention du souvent traitées comme un rhume
médecin est d’intervenir pour repérer médecin consulté révèle une rhinite banal alors qu’elles constituent un
un type de patient allergique et faire le légère ou modérée, aiguë ou persis- premier signal d’alarme de l’allergie
diagnostic pour décider un traitement tante dont l’évolution est saisonnière respiratoire. Un traitement symptoma-
adapté. Les critères sémiologiques et ou non. Les critères sémiologiques et tique est utile, mais il ne suffit pas, car
chronologiques permettent d’argu- chronologiques permettent d’argu- le risque est l’entrée insidieuse dans
menter le diagnostic de la rhinite aller- menter le diagnostic. Si le bilan aller- une pathologie respiratoire chronique
gique. Le bilan allergologique apporte gologique est positif à un ou plusieurs complexe.
la preuve de l’allergie qui permet de allergènes dont la pertinence est Au long cours, la rhinite allergique per-
guider une prise en charge centrée sur établie, il apportera la preuve pour sistante échappe au diagnostic. Il faut
le patient. guider la prise en charge. savoir que la rhinite allergique profes-
sionnelle est également sous-diagnos-
[ REPÉRER UN TYPE DE PATIENT Type atopique connu tiquée. Pour une prise en charge
ALLERGIQUE efficace, tous les acteurs concernés
C’est un patient qui consulte pour un doivent être vigilants et convaincus
TYPOLOGIE (gr. tupos, caractère, tableau actuel de rhinite allergique, que la rhinite allergique n’est pas tou-
et logos, science) : étude des traits intermittente ou persistante, isolée ou jours saisonnière et que c’est une
caractéristiques dans un ensem- associée à un asthme allergique, une maladie sérieuse.
ble de données, en vue d’y déter- dermatite atopique ou à d’autres
miner des types, des systèmes. signes occasionnels d’allergie. Les cri- Quel que soit le motif de consulta-
Une classification suivant des cri- tères sémiologiques et chronologiques tion : écouter le malade, l’exami-
tères médicaux permet donc d’i- permettent d’argumenter le diagnos- ner, penser à l’allergie. 30 % des
dentifier une typologie de patients. tic. Si le bilan allergologique est positif rhinites persistantes sont aller-
8 [ Décision thérapeutique en médecine générale • n°31 • mai 2006
giques = risque d’apparition d’un • Troubles de l’odorat, du goût même fébriles, sont repérées grâce à
asthme x 8. • Troubles du sommeil des petits signes : une discrète
• Ronflement conjonctivite bilatérale avec les pau-
Le diagnostic clinique pières collées au réveil, le prurit nasal.
2. Parmi eux, certains symptômes Le signe du salut de l’allergique est un
IL est nécessaire de repérer la typolo- sont aussi des signes de l’allergie élément sémiologique curieux : le
gie de l’allergique grâce aux données alimentaire : éternuements, rhinite, frottement répété provoque un pli
de l’interrogatoire et d’un examen cli- larmoiement, rhinoconjonctivite, horizontal de la peau au-dessus de la
nique complet asthme, isolés ou associés à des pointe du nez.
signes cutanés (dermatite ato-
• Inventaire des signes cliniques évo- pique, urticaire), un syndrome oral, Les rhinites allergiques
cateurs d’une rhinite allergique des signes digestifs (nausées, persistantes
• Chronologie des symptômes vomissements, diarrhée, douleurs Ce sont des rhinites inflammatoires
• Exposition allergénique intérieure et abdominales). prouvées à des pneumallergènes ou,
extérieure, professionnelle plus rarement démontré, à des aéro-
• Pollution chimique et tabagisme 3. Les signes occasionnels de l’al- allergènes chimiques et à des trophal-
• Résultats d’un bilan allergologique lergie méritent également d’être lergènes. Ces rhinites allergiques, chez
précédent reconnus : une otite séro- l’enfant comme chez l’adulte, sont IgE
• Antécédents personnels et familiaux muqueuse, une perte d’appétit, un dépendantes ou non. Elles évoluent
d’atopie : indicateurs intéressants syndrome néphrotique. souvent en fond continu entre deux
mais facultatifs (les antécédents d’al- épisodes aigus de rhinites ou rhino-
lergie médicamenteuse ne sont pas 4. De même que des signes occa- conjonctivites, ou rhinopharyngites, ou
contributifs) : sionnels qui ont été rapportés rhinobronchites parfois infectées. Le
- rhume des foins mais non démontrés : une bilan allergologique s’impose. Ces rhi-
- asthme migraine, des troubles psycholo- nites sont la pérennisation des réac-
- dermatite atopique (eczéma) giques, des neuropathies, un syn- tions inflammatoires tant que persiste
- allergie alimentaire drome d’hyperréactivité (ou le contact avec l’allergène.
• Examen clinique qui apporte les d’hyperkinésie), un syndrome de
arguments du diagnostic de la rhinite, fatigue chronique, une dysurie, Les rhinites intriquées
d’une conjonctivite, d’une dermatite une arthrite, des maladies vascu- Elles constituent un groupe hétéro-
atopique, d’un asthme et d’une laires auto-immunes. gène mal défini d’évolution peran-
maladie nasosinusienne ou dentaire nuelle. L’endoscopie nasale permet
associés. de repérer une infection, une dévia-
• Examen de la muqueuse nasale à Les diagnostics différentiels tion de cloison ou une polypose
l’aide d’un spéculum nasal qui permet nasosinusienne. Les diagnostics et
de préciser les caractéristiques de la Les rhinites intermittentes la prise en charge sont difficiles. Ces
rhinite. (dites “saisonnières”) rhinites peuvent être liées à des fac-
Ce sont les allergies les plus fréquen- teurs intrinsèques comme dans les
Repérer une rhinite allergique quel tes dans le monde. Elles sont dues à rhinites positionnelles, vasomotrices
que soit le motif de consultation des allergènes extérieurs (80 % en primitives, hormonales (grossesse,
France), principalement les pollens de par exemple), ainsi que dans les rhi-
1. Repérer les signes évocateurs graminées, d’herbacées et d’arbres. nites liées au vieillissement, à un
de l’allergie respiratoire chez l’en- Les allergènes intérieurs de la pous- reflux laryngo-pharyngé ou gastro-
fant et chez l’adulte : sière de maison, les acariens, les pha- œsophagien, à l’obésité, au stress.
• Rhinorrhée claire, bilatérale nères des animaux domestiques et De nombreux facteurs extrinsèques
ou à bascule, abondante, inter- les moisissures sont responsables sont également reconnus dans les
mittente ou persistante d’allergies qui se déclenchent toute rhinites médicamenteuses (aspirine,
• Prurit nasal, oculaire, vélopalatin l’année, de même que les rhinites AINS, alphabloquants, déconges-
et des conduits auditifs allergiques professionnelles, ryth- tionnants nasaux), les rhinites liées à
• Éternuements souvent en salves mées par les temps et lieux d’exposi- certains aliments riches en amines
• Conjonctivite, paupières collées tion aux allergènes. L’allergie fait le lit vaso-actives (tyramine, histamine)
le matin de multiples infections ORL, et inver- ou contenant des sulfites et autres
• Toux spasmodique, asthme sement. En particulier, chez un petit additifs, les rhinites professionnelles
• Obstruction nasale enfant, le savoir et y penser, c’est dont plus de 450 sont recensées, et
• Raclements de gorge parfois remettre en question une déci- le tout venant des rhinites liées à la
• Respiration par la bouche avec sion d’antibiothérapie dans les rhini- qualité de l’air et à la pollution de
sécheresse des lèvres tes récurrentes. Les rhinites aiguës, l’environnement.
Décision thérapeutique en médecine générale • n°31 • mai 2006 ] 9
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Conséquences médicales et La classification des rhinites aller- permettant rapidement la reconnais-
sociales des rhinites allergiques giques, ARIA (Allergic Rhinitis and its sance et le traitement d’une réaction
persistantes Impact on Asthma), proposée par des anaphylactique.
organismes comme l’OMS, repose sur Le bilan allergologique est programmé
• Handicap pour le patient : des facteurs de durée (intermittente ou selon le type de patient, l’histoire cli-
- Troubles sensoriels (goût, persistante) et de sévérité (légère, nique, le rythme et l’évolution des
odorat, audition) modérée, sévère) (1). symptômes, l’âge, les antécédents
- Troubles du sommeil personnels et familiaux et les facteurs
- Baisse des performances intel- • Les facteurs de durée : environnementaux (conditions de vie,
lectuelles et physiques - une rhinite est classée intermittente cadre professionnel, exposition aux
• Handicap pour la société : lorsqu’elle se répète moins de quatre animaux, tabagisme actif ou passif).
- Absentéisme jours par semaine ou moins de quatre
- Perte de productivité semaines consécutives par an ; Il n’y a pas de limites d’âge pour
- Dépenses de santé : maladie, - une rhinite est classée comme per- souffrir d’une rhinite allergique ni
arrêts de travail sistante lorsqu’elle survient plus de pour effectuer les tests cutanés
quatre jours par semaine et plus de dont l’indication est pertinente
quatre semaines consécutives par an. chez le nourrisson comme chez
[ ALLERGIE, UN DIAGNOSTIC les patients âgés.
À NE PAS MANQUER… • Les facteurs de sévérité :
- une rhinite est dite légère si elle n’est Habituellement, les tests cutanés ne
Le rhume des foins — coryza spasmo- pas accompagnée des symptômes sont pas douloureux. Ils sont effectués
dique périodique — est le modèle de suivants : troubles du sommeil, gêne par l’allergologue à l’aide d’extraits
la rhinite allergique. C’est une rhinite entraînant une diminution des activités standardisés. L’utilisation d’aliments
saisonnière due aux pollens de grami- sociales, sportives, professionnelles frais (“extraits natifs”) est utile en cas
nées. ou scolaires, symptômes invalidants ; d’allergie alimentaire (à retenir : une
La crise de rhinite allergique associe : - une rhinite est dite modérée à sévère rhinoconjonctivite peut être le signe
- une rhinorrhée claire, bilatérale, lorsque le patient souffre d’au moins d’une allergie alimentaire). Certains
abondante, intermittente ou persis- un des troubles cités. traitements en cours sont susceptibles
tante ; de modifier la réactivité aux allergènes
- un prurit nasal, oculaire, vélopalatin Après la période de crises, une et seront interrompus quelques jours
et des conduits auditifs ; rhinite doit être explorée par un auparavant selon les recommanda-
- une obstruction bilatérale ou à bilan allergologique et une EFR tions de l’allergologue. Les résultats
bascule ; (exploration fonctionnelle respira- des tests sont évalués par comparai-
- des éternuements souvent en salves. toire) qui permettra de rechercher son avec la réactivité cutanée non
une éventuelle obstruction bron- spécifique du patient (tests témoins
L’évolution saisonnière de mi-mai à chique liée à un asthme. En effet, un contrôles positif et négatif).
mi-juillet caractérise la rhinite aux asthme allergique infraclinique La relation de cause à effet est établie
pollens de graminées. Mais, en associé peut évoluer à bas bruit lors lorsque l’éviction de l’allergène incri-
juillet/août, rien ne ressemble plus à d’une rhinite allergique persistante. miné permet la guérison. Elle n’est
une pollinose qu’une allergie à certai- pas toujours réalisable. En cas de
nes moisissures atmosphériques et, doute, il est habituel de faire un test de
en septembre/octobre, une rhinite [ PROUVER L’ALLERGIE provocation nasale (TPN) couplé à
allergique aux acariens de la pous- une rhinomanométrie. Les critères
sière de maison… et, tout au long de Le bilan allergologique d’évaluation mesurés sont les signes
l’année, l’évolution d’une crise de mené par l’allergologue cliniques et l’exploration de la fonction
rhinite allergique est stéréotypée. Elle nasale avant et après la pulvérisation
survient chez des patients sensibili- L’enquête allergologique confronte locale de l’allergène.
sés, lors de l’exposition à l’allergène. l’histoire, les signes de l’allergie et la
Chez l’enfant, comme chez l’adulte, chronologie évolutive en rapport avec Les recommandations
lorsque l’évolution devient pérenne, la l’exposition allergénique. L’examen cli- pour la prescription des tests
rhinite précède l’asthme qui est en nique et la recherche de causes non sériques
moyenne quatre fois plus fréquent. À allergiques complètent le bilan. La
retenir ! Les rhinites vasomotrices et réalisation de tests cutanés est recom- Les tests sériques recherchent une
les rhinites allergiques ont en mandée pour prouver l’allergie et hypersensibilité IgE dépendante et ne
commun la triade : éternuements, rhi- guider la prise en charge. Ils sont réali- permettent pas de faire le diagnostic
norrhée claire, obstruction bilatérale à sés par un allergologue dans “les d’une rhinite allergique.
bascule. règles de l’art”, et dans des conditions Compte tenu du nombre élevé de
10 [ Décision thérapeutique en médecine générale • n°31 • mai 2006
prescriptions de dosages d’IgE spéci- Les tests unitaires ne sont pas [ LA DÉCISION THÉRAPEUTIQUE
fiques et de la variabilité des pratiques, utiles en première intention pour le
et afin de rationaliser ces dernières, diagnostic, les tests cutanés étant La prescription de corticoïdes
l’HAS a édité des recommandations plus fiables quel que soit l’âge du injectables dans le traitement des
en octobre 2005 (2). patient pollinoses n’est pas dénuée d’ef-
fets secondaires indésirables
Le dosage des IgE totales n’est • Les tests unitaires sont néanmoins graves et ne repose sur aucune
pas un marqueur fiable du terrain utiles : étude expérimentale contrôlée.
atopique chez l’enfant au-delà de - en cas de discordance entre les
3 ans comme chez l’adulte où il est manifestations cliniques et les résul- Les traitements symptomatiques sont
réservé à d’autres situations tats des tests cutanés ; les traitements de première intention.
immunopathologiques. En revan- - en complément des tests cutanés : Ils permettent de soulager le malade et
che, chez l’enfant de moins de pour confirmer un mécanisme IgE de calmer la crise. Le plus souvent
3 ans seulement, ce dosage des dépendant si une immunothérapie bien tolérés, les antihistaminiques sont
IgE totales est utile dans la recher- spécifique ITS est envisagée ; efficaces aussi bien per os que par
che d’un terrain atopique. - en première intention, en cas d’im- voie nasale ou en collyre. Les cromo-
possibilité à réaliser les tests cutanés nes par voie nasale et en collyre sont
Les tests sériques d’orientation dia- (dermatose évolutive, traitement anti- efficaces lorsque l’inflammation n’est
gnostique peuvent être utilisés si l’his- histaminique impossible à arrêter) ou pas encore importante. Lorsque la
toire clinique fait suspecter une en cas de tests ininterprétables (der- rhinite est résistante à ces traitements,
réaction ORL ou bronchique aller- mographisme, peau aréactive) si la les corticoïdes locaux ou per os sont
gique. sémiologie et la chronologie des mani- utiles. Les critères d’efficacité doivent
festations permettent d’argumenter le être évalués par le médecin avec le
• Règles générales pour la prescription choix des tests unitaires prescrits. patient à la fin du traitement, car l’a-
des tests sériques d’orientation : mélioration des signes cliniques ne
- préciser le format du test : test global • Recommandations pour la prescrip- suffit pas. La marche de l’allergie, à
ou test multiple ; tion d’un dosage d’IgE spécifique (test tous les âges de la vie, dépend d’un
- préciser la nature des allergènes unitaire) : dysfonctionnement immunitaire et la
testés : respiratoires, alimentaires, - la désignation de l’allergène doit être prise en charge ponctuelle ne suffit
mixtes respiratoires et alimentaires ; précise ; pas.
- ne pas faire référence à la dénomina- - des termes imprécis comme pollens,
tion commerciale (Phadiatop®, Mast- pollens d’arbres, poussière de maison, L’immunothérapie spécifique des
cla®, Alatop®, etc.). acariens, moisissures, etc. ne doivent allergènes (ITS) est indiquée dans
plus être employés ; la prise en charge globale de l’al-
• Pour orienter le diagnostic de rhinite - seul le nom commun (dactyle, lergique (3). Dans le cadre de la
allergique, prescrire : bouleau, chat…) ou latin (dermatopha- rhinite allergique, l’OMS recom-
- un test d’orientation global respira- goïdes pteronyssinus, aspergillus…) mande une immunothérapie spéci-
toire en cas de manifestations respi- doit figurer sur l’ordonnance ; fique des allergènes (ITS) assez
ratoires ORL ou bronchiques quel que - la référence commerciale ne doit pas précoce pour éviter la polysensibi-
soit l’âge du patient ; être utilisée. lisation. Le traitement par l’évic-
- un test d’orientation global alimen- tion est efficace mais souvent
taire (lait, œuf, blé, arachide, poisson, difficile à réaliser. L’ITS ou désensi-
noisette) pour dépister les trophaller- La présence d’IgE spécifiques bilisation spécifique est le seul
gènes les plus courants de l’enfant révélée par un test cutané ou par traitement étiologique de la rhinite
qui présente des signes d’allergie un dosage sérique indique la sen- allergique.
respiratoire. Ce test est intéressant sibilisation au produit testé. Cette
dans cette indication chez l’enfant de sensibilisation n’implique pas pour La désensibilisation spécifique tradi-
moins de 3 ans. Au-delà de cet âge autant une allergie à ce produit. La tionnelle est une immunothérapie spé-
chez l’enfant et chez l’adulte, le prescription des tests sériques cifique ITS aux allergènes. Elle a
dépistage des allergènes alimentaires pour le diagnostic des allergies prouvé son efficacité dans des études
a peu d’intérêt, car les manifestations respiratoires est indiquée lorsque contrôlées contre placebo dans au
respiratoires allergiques ne dépen- les tests cutanés ne sont pas réali- moins 2/3 des cas, à condition que
dent pas prioritairement des trophal- sables (dermatoses étendues), l’on respecte les indications et les
lergènes. De plus, les sensibilisations c’est-à-dire qu’ils ne doivent pas protocoles. Dans l’allergie respiratoire
polliniques peuvent conduire à des être prescrits lorsque les tests (rhinite et asthme), l’ITS est indiquée
tests positifs par co-réactivité sans sont réalisables (2). lorsque la preuve de l’allergie IgE
signification clinique. dépendante est faite. Elle n’est pas
Décision thérapeutique en médecine générale • n°31 • mai 2006 ] 11
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limitée aux allergènes inévitables ni Avant l’injection allergique est une maladie sérieuse.
aux allergies mal contrôlées par les Les injections sont peu douloureuses
traitements symptomatiques. Le Il faut contrôler l’état général du et, le plus souvent, l’appréhension du
recours à l’immunothérapie ne doit patient selon des critères déjà repérés début de traitement ne dure pas.
pas diminuer sous prétexte que ces et qui lui sont spécifiques. Par Comme de nombreux traitements effi-
derniers sont de plus en plus effica- exemple, chez un asthmatique, l’aus- caces, il est contraignant pour le
ces, ni parce qu’il existe un risque cultation pulmonaire sera systéma- médecin et pour le patient qui donne
d’effets secondaires de l’ITS. tique, éventuellement associée à une son consentement.
L’ITS aux allergènes est l’administra- mesure du débit expiratoire de pointe L’ITS par voie sublinguale permet la
tion de doses progressivement crois- (DEP). La PA habituelle du patient doit prise des doses à domicile par le
santes d’extraits allergéniques être notée sur le carnet de suivi ainsi patient ou sous la surveillance des
spécifiques déterminés par le bilan que la meilleure valeur du DEP. Si le parents d’enfants allergiques. Chez
allergologique préalable. Le choix de DEP est < 80 % de la meilleure valeur l’enfant, d’autres études sont nécessai-
la prescription par voie injectable ou du patient, ou en cas d’altération de res avant utilisation en routine. Par ITS
par voie sublinguale est possible pour l’état de santé, l’injection sera décalée sublinguale, les résultats sont moins
certains allergènes. Les types de de quelques jours. Dans tous les cas, constants et il faut savoir que derrière
protocole et les modalités du suivi de les réactions survenues dans les jours une apparente simplicité, ce traitement
l’ITS aux allergènes sont individuels et suivant les injections sont notées sur le ne doit pas être banalisé. Les meilleu-
prescrits par l’allergologue. carnet de suivi, ainsi que les événe- res conditions pour son application
La décision pour l’ITS doit être parta- ments intercurrents et les nouvelles doivent être réunies : c’est-à-dire
gée entre le médecin traitant, le prescriptions médicamenteuses. La respecter strictement les consignes et
patient et l’allergologue : c’est un prise de bêtabloquant, même en comprendre que ce n’est pas un traite-
critère de qualité. Les données actuel- collyre, est une contre-indication à l’in- ment anodin bien que le mode de trai-
les de la science, les contraintes pour jection. Il faut disposer d’une trousse tement ressemble à l’homéopathie.
le patient et pour le médecin traitant d’urgence en cas de choc anaphylac- Ces deux modalités de traitement des
doivent être clarifiées. tique et de crise d’asthme. Avec les allergies par ITS injectable et sublin-
mêmes exigences pour la sécurité du guale comportent des risques et des
patient, l’injection pourra être réalisée effets secondaires lorsqu’ils échap-
Les données actuelles de la par une infirmière sous la surveillance pent au contrôle médical régulier.
science reconnaissent l’ITS aux directe du médecin. Le flacon d’aller-
allergènes comme le seul traite- gènes est strictement réservé à un Le parcours de soins
ment étiologique efficace. Il est individu identifié sur l’étiquette et il
capable de modifier l’évolution convient de le contrôler à chaque fois. Les allergologues sont des praticiens
naturelle de l’allergie en réduisant expérimentés pour réaliser le bilan
le développement de nouvelles Après l’injection allergologique, poser l’indication et
sensibilisations et le risque d’évo- guider le suivi de l’ITS. Dans le par-
lution vers un asthme. Le résultat Le patient doit être gardé en observa- cours de soins, le malade est adressé
n’est pas une suppression de la tion durant 30 minutes au terme des- à l’allergologue par son médecin trai-
sensibilisation déjà acquise, mais quelles le médecin vérifie son état et la tant. La prise en charge globale des
un détournement de la réponse réaction locale. Une réaction au site allergies est la règle d’or pour la qualité
immunitaire vers des voies qui ne d’injection > 5 cm nécessite la prise des soins dont l’objectif principal est la
se manifesteront plus par des d’un traitement antihistaminique. La qualité de vie durable du patient.
symptômes d’allergie. pratique sportive est déconseillée pour
le reste de la journée. Outils pour l’EPP : auto-évaluation
rétrospective sur dossiers
[ CONDUIRE L’ITS INJECTABLE Le consentement éclairé
DANS LES RÈGLES DE L’ART du patient L’actualisation des pratiques est
concentrée sur trois points clés
L’environnement spécifique est celui L’ITS par injection sous-cutanée reste issus de références récentes. Le
de la consultation au cabinet du la base du traitement. Certains méde- document ARIA (Allergic Rhinitis
médecin dans des conditions permet- cins l’ignorent, y sont hostiles… et refu- and its Impact on Asthma) (1) est le
tant rapidement la reconnaissance et sent même la prescription et la prise en travail d’un groupe d’experts qui
le traitement d’une réaction anaphy- charge d’une ITS injectable pour leur s’est réuni à Genève, fin 1999, et
lactique grave. La consultation per- patient. C’est une erreur ! Le rôle pré- qui a établi des recommandations
mettra de décider la réalisation du ventif du médecin est de penser à l’al- pour la prise en charge de cette
protocole selon la prescription de l’al- lergie et de reconnaître, comme les pathologie. L’HAS a également
lergologue. patients qui en souffrent, que la rhinite édité des recommandations en
12 [ Décision thérapeutique en médecine générale • n°31 • mai 2006
novembre 2005 : “Les indications cutanés : le compte-rendu de l’al- Durham S.R., Fokkens W., Lockey R.,
du dosage des IgE spécifiques lergologue est dans le dossier. Meltzer E.O., Mullol J., Naclerio R.M.,
dans le diagnostic et le suivi des 3. Après la période de crise, l’exa- Price D., Simons F.E., Vignola A.M.,
maladies allergiques” (2). Enfin, men clinique recherchera une Warner J.O. European Academy of
des conclusions sur l’ITS ont été rhinite persistante : les arguments Allergy and Clinical Immunology (EAACI).
publiées en 1999 (3). du diagnostic post-crise ou l’avis “Allergic Rhinitis and its Impact on
d’un ORL sont dans le dossier. Asthma (ARIA)”. Allergy, 2003 Mar ; 58
Les critères et les indicateurs de la 4. Pendant et après la période de (3) : 192-7.
qualité : crise, une EFR (exploration fonc- 2. Anaes,” Indications du dosage des IgE
1. Pour le diagnostic des allergies tionnelle respiratoire) recherchera spécifiques dans le diagnostic et le suivi
respiratoires, les dosages d’IgE un asthme infraclinique : les résul- des maladies allergiques”, octobre 2005
spécifiques unitaires ne doivent tats d’EFR et la meilleure valeur ([Link], section “Publications,
pas être prescrits lorsque les tests actuelle du débit expiratoire de allergologie-immunologie”).
cutanés sont réalisables : les tests pointe (DEP) sont dans le dossier. 3. Bousquet J., Lockey R., Mailing H.J.
unitaires ne doivent pas être pres- “Immunothérapie des allergènes : traite-
crits en première intention. ment vaccinal des maladies allergiques”.
2. Une rhinite allergique doit être Références Rev Fr Allergol, 1999 ; 39 : 385-444.
explorée par un bilan allergolo- 1. Bousquet J., Van Cauwenberge P.,
gique comportant des tests Bachert C., Canonica G.W., Demoly P.,
Décision thérapeutique en médecine générale • n°31 • mai 2006 ] 13