0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
47 vues8 pages

La Psychanalyse Et La Neuropsychologie Sont-Elles Compatibles ? Are Psychoanalysis and Neuropsychology Compatible?

Transféré par

biophysique.fmpf
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
47 vues8 pages

La Psychanalyse Et La Neuropsychologie Sont-Elles Compatibles ? Are Psychoanalysis and Neuropsychology Compatible?

Transféré par

biophysique.fmpf
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Document généré le 15 nov.

2024 17:38

Revue de psychoéducation

La psychanalyse et la neuropsychologie sont-elles


compatibles ?
Are Psychoanalysis and Neuropsychology Compatible?
Barbara A. Wilson

Volume 41, numéro 2, 2012

URI : https://id.erudit.org/iderudit/1061802ar
DOI : https://doi.org/10.7202/1061802ar

Aller au sommaire du numéro

Éditeur(s)
Revue de Psychoéducation

ISSN
1713-1782 (imprimé)
2371-6053 (numérique)

Découvrir la revue

Citer cet article


Wilson, B. A. (2012). La psychanalyse et la neuropsychologie sont-elles
compatibles ? Revue de psychoéducation, 41(2), 251–257.
https://doi.org/10.7202/1061802ar

Tous droits réservés © La Corporation de la Revue Canadienne de Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
Psycho-Éducation, 2012 services d’Érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique
d’utilisation que vous pouvez consulter en ligne.
https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/

Cet article est diffusé et préservé par Érudit.


Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de
l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université du Québec à
Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche.
https://www.erudit.org/fr/
Revue de psychoéducation
Volume 41, numéro 2, 2012, 251-257

Controverse

La psychanalyse et la neuropsychologie sont-elles


compatibles1?

Are Psychoanalysis and Neuropsychology Compatible?

B. A. Wilson2

J’ai commencé à avoir des doutes à propos de la psychanalyse durant ma


formation clinique lors du stage que j’étais sur le point de terminer dans une unité
psychiatrique pour adultes. Une femme angoissée et en colère y avait été amenée
et pendant la visite quotidienne, son cas étant à l’étude, le psychiatre (analytique)
déclara : « En réalité, ce qu’elle tente de faire, c’est d’émasculer son mari ». J’ai
été choqué par cette déclaration qui semblait venir de nulle part et n’être basée
sur aucune preuve. Je me demandais aussi comment il pouvait ou non prouver
une hypothèse aussi fantaisiste. À mon avis, cette femme était simplement très
malheureuse et nous devions trouver un traitement qui puisse alléger une partie
de sa douleur.

Plus récemment, j’ai lu un ouvrage de Jules Evans intitulé « Philosophy for


Life and Other Dangerous Situations », publié en 2012. Une critique en a été faite
dans le Sunday Observer (Linklater 17-06-2012), dans laquelle on pouvait lire ce
qui suit : « Le cognitivisme est devenu le système psychologique dominant à notre
époque. Ses théories ont balayé la mythologie freudienne. Malgré le fait que les
avant-gardistes du mouvement de la psychologie positive aient infiltré l’appareil
militaire américain, la psychologie cognitive n’a curieusement eu que peu d’impact
culturel ». Voilà qui va à l’encontre de la psychanalyse, laquelle est fermement
ancrée dans notre compréhension culturelle. Je suggère toutefois qu’en matière de
traitement, la thérapie cognitive (neuropsychologique) peut être efficace et que la
simple réputation culturelle ne l’est pas.

La psychanalyse est la méthode de thérapie psychologique inventée par


Sigmund Freud grâce à laquelle l’association libre, l’interprétation des rêves et
l’analyse de la résistance et du transfert sont utilisées pour explorer les pulsions
réprimées ou inconscientes, les anxiétés et les conflits internes afin de libérer
l’énergie psychique en vue de relations affectives et professionnelles matures. En
d’autres mots, la psychanalyse est la théorie de la personnalité développée par
Freud, qui met l’accent sur la répression et les forces inconscientes, et comprend

1. Traduction de la communication présentée par Barbara A. Wilson au 30e Congrès International


de psychologie du 22 au 27 juillet 2012 à Cape town, Afrique du Sud.
2 The Oliver Zangwill Centre, The Princess of Wales Hospital. MRC Cognition and Brain Sciences
Unit. Courriel : [email protected]
252
les concepts de sexualité infantile, de résistance, de transfert et de la division de la
conscience entre le ça, le moi et le surmoi (American Heritage Dictionary, repéré
le 17-08-12). À l’inverse, la neuropsychologie est l’étude de la relation entre le
cerveau et le comportement : elle se penche sur la façon dont le cerveau affecte
le comportement, les émotions et la cognition. Ceux d’entre nous qui tentent de
remédier à des problèmes causés par des dommages au cerveau, c’est-à-dire ceux
qui œuvrent en réhabilitation neuropsychologique, s’engagent dans un processus
où les personnes souffrant de lésions cérébrales travaillent avec du personnel
professionnel et d’autres intervenants pour soulager ou pallier des déficits
cognitifs, émotifs, psychosociaux ou comportementaux découlant d’une atteinte
neurologique. Les survivants de telles atteintes au cerveau, qu’elles découlent de
blessures, d’infections, d’atrophies ou de maladies, peuvent présenter certains
des symptômes suivants : problèmes de motricité et de comportement, difficultés
sensorielles, cognitives, sociales et émotives, douleur et fatigue. Je suis d’avis
que toutes ces situations sont mieux traitées par un programme de réhabilitation
neuropsychologique.

De nos jours, de nombreux programmes de réhabilitation préconisent


l’approche holistique identifiée par Yehuda Ben-Yishay (1996) et George Prigatano
(1999). Cette approche considère que séparer les conséquences cognitives des
lésions cervicales et leurs conséquences émotionnelles, sociales et fonctionnelles
est très limitatif, car ce que nous ressentons affecte notre façon de penser, de former
nos souvenirs, de communiquer, de résoudre des problèmes et de nous comporter.
Ces fonctions sont donc interreliées et difficiles à séparer; elles doivent aussi toutes
être traitées en réhabilitation neuropsychologique qui, selon la définition donnée plus
haut, n’est pas opposée aux conséquences émotionnelles des lésions cervicales,
mais les intègre pleinement. Une large partie de notre travail en réhabilitation est de
réduire les conséquences émotionnelles des lésions cervicales. Nous travaillons
donc avec nos patients sur une base individuelle de même qu’en groupe (Wilson,
Evans, Gracey, & Bateman, 2009). C’est la psychanalyse qui, pour moi, est difficile à
justifier en réhabilitation avec son utilisation de l’association libre, de l’interprétation
des rêves et de l’analyse qu’elle fait de la résistance et du transfert pour explorer
les pulsions réprimées ou inconscientes, les anxiétés et les conflits internes afin,
semble-t-il, de libérer l’énergie psychique et d’en arriver à des relations affectives et
professionnelles matures.

Retournons un instant à l’ouvrage d’Evans (2012) dans lequel il déclare :


« Notre culture fait largement confiance à la psychanalyse et nombre de
psychologues (sic – voulait-il dire ‘nombre de psychiatres’ ?) vouent une admiration
sans borne à Sigmund Freud, son fondateur. Mais le dogme freudien voulant que
toutes les névroses résident dans un traumatisme sexuel survenu dans l’enfance
(qu’il soit réel ou imaginé) n’était pas seulement faux – il a aussi causé beaucoup
de dommages, notamment dans plusieurs instances où des analystes ont réussi
à implanter de faux souvenirs d’agressions sexuelles chez leurs patients » (Evans
2012, p. 151). Loftus (1996) a prouvé à quel point il était facile d’établir de faux
souvenirs chez bon nombre de participants.

Si l’on pense à certains exemples de patients ayant subi un AVC et traités


en psychanalyse, on voit à quel point certaines interprétations psychanalytiques
253
sont étranges. Dans un article publié en 1995, Solms fait état d’une patiente ayant
subi un AVC à l’hémisphère droit avec héminégligence (incapacité d’identifier,
de répondre ou de s’orienter en présence de stimuli sur un côté de l’espace) et
hémiplégie du côté gauche. Ces patients ne sont pas conscients de leurs difficultés
ou y sont indifférents. Toutefois, la patiente était dépressive et disait détester son
bras gauche. Bref, selon Solms, puisque son attachement à son propre corps avait
nécessairement été narcissique, son attitude face à ces objets perdus introjectés
était nécessairement ambivalente. Cette partie de son moi qu’elle aimait tant et
qu’elle avait toujours crue sous son contrôle omnipotent s’était soudainement et
en fin de compte, révélée être une réalité externe. Mais plus encore, c’était un
objet de réalité non fiable, un objet qu’elle aimait et dont elle avait besoin, mais
qui l’avait quand même abandonnée. Son leitmotiv récurrent sous le thème « tout
le monde me hait » était en fait la projection d’une situation interne où une partie
précédemment saine et indépendante de sa personne devenait haïe par une partie
d’elle même devenue dépendante et infirme. Sa haine de cette image introjectée de
son identité perdue pouvait être traitée par analyse jusqu’à ses origines, dans son
enfance, à son identification à sa mère, c’est-à-dire qu’elle pouvait être identifiée
jusqu’à son identification avec la femme de qui elle avait été dépendante pendant si
longtemps durant son enfance (Solms, 1995).

Comment Solms sait-il que cette explication est véridique ? S’il avait tort,
comment pourrait il s’en apercevoir ? Quelles autres explications pourrait-il y avoir
pour sa haine envers son bras gauche ? Pourquoi cette haine doit-elle être retracée
jusque dans son enfance ? Beck (1997) était d’avis que ce sont les pensées
conscientes plutôt que celles qui sont inconscientes qui causent la dépression. La
patiente de Solm était peut-être déprimée parce qu’elle avait perdu l’usage de son
bras ou qu’elle éprouvait des difficultés cognitives qui faisaient qu’elle ne pouvait
pas fonctionner aussi bien qu’auparavant.

Evans (2012) avait aussi souffert de dépression. Selon lui, « Mon anxiété
sociale et ma dépression n’avaient pas été causées par des instincts libidineux
réprimés, comme les psychanalystes voudraient bien avancer; ce n’était pas non
plus un trouble neurologique qui ne pouvait être corrigé que par des médicaments,
comme des psychiatres voudraient le faire croire. Elles avaient plutôt été causées
par mes croyances » (Evans, 2012, p. 4).

Kaplan-Solms et Solms (2000) décrivent un autre patient ayant souffert d’un


ACV à l’hémisphère droit. Il était furieux contre le personnel médical qui le traitait et
voulait faire amputer son bras. Les auteurs suggèrent que l’attitude inconsciente du
patient semblait être « si vous ne me donnez pas le sein maintenant, immédiatement
– exactement quand, où et de la façon dont je le souhaite – je me mordrai la langue
et la bouche et je mordrai le sein et j’en recracherai tous les morceaux, et cela
vous donnera une leçon ». Mais POURQUOI une telle interprétation ? Le patient
souffrait peut-être d’un délire ou d’une forme étrange de déni ou de confabulation ?
Comment prouver ou non une telle interprétation ?

Les mêmes auteurs décrivent un autre patient, identifié comme Patient G,


un courtier en finance ayant subi des dommages au lobe frontal à la suite d’une
rupture d’anévrisme à l’artère communicante antérieure. La confabulation est assez
254
fréquente chez de tels patients. La confusion mentale observée chez le Patient
G était interprétée comme un symbolisme inconscient où les matières fécales
représentaient l’argent et les pertes en transactions financières représentaient
l’incontinence. Donc « J’ai souillé ma réputation par mes transactions financières
ratées » équivalait à « J’ai souillé mon pantalon »! N’est-il pas possible qu’une
explication plus pragmatique ait été suffisante pour expliquer la confusion mentale
que présentait cet homme ? Et je me demande quel type de réhabilitation lui a été
offert pour traiter ses lésions cervicales. Quelles étapes furent entreprises pour
réhabiliter certains des problèmes auxquels il faisait face quotidiennement ? N’avait-
il pas besoin d’un programme neuropsychologique de type étape par étape pour
surmonter, atténuer ou contourner certains de ses problèmes afin qu’il puisse mieux
gérer sa vie ? De telles interprétations des problèmes vécus par cet homme, qu’il
est impossible de prouver ou non, n’offrent en elles-mêmes aucune réhabilitation
pour les conséquences cognitives de ses lésions cervicales. Que prévoit faire la
psychanalyse pour ces patients ? Et qu’en est-il de leur état de santé à long terme ?

À l’inverse, voyons deux patientes présentant des troubles émotifs, en


consultation pour réhabilitation neuropsychologique où la psychanalyse ne fut
ni utilisée, ni requise. À 26 ans, Kate, la première, souffrait d’encéphalomyélite
aiguë disséminée. Elle avait été dans un état végétatif/de conscience minimale
pendant environ 5 mois; elle présentait une invalidité physique sévère, était en
fauteuil roulant et nourrie à la sonde. Parce qu’elle souffrait de dysarthrie sévère,
elle communiquait en pointant des lettres sur un tableau pour épeler des mots.
Après avoir repris connaissance, Kate était repliée sur elle-même et déprimée. Elle
avait tendance à crier, particulièrement durant les sessions de physiothérapie, et
avait déjà mordu des gens. Deux ans plus tard, elle fut référée pour une évaluation
neuropsychologique où l’on a découvert que sa fonction cognitive était intacte
(Wilson, Shiel, McLellan, Horn, & Watson, 2001). Elle fut ensuite vue régulièrement
pour l’aider à surmonter les conséquences émotionnelles de sa maladie (MacNiven,
Poz, Bainbridge, Gracey, & Wilson, 2003) qui étaient considérables. Kate avait été
une femme intelligente et aimable; elle détenait un bon diplôme de premier cycle, un
brevet d’enseignement et un emploi; elle avait un petit ami qu’elle espérait épouser.
Tout ceci changea après sa maladie : ses relations, son emploi, son existence
sociale et son identité avaient tous été affectés. Il n’était pas surprenant qu’elle soit
déprimée, furieuse et anxieuse. Ce pouvait être une tentative de communiquer sa
peur et sa douleur. Ses problèmes de communication et le fait qu’elle doive utiliser
un tableau lettré pour communiquer étaient une source de frustration tant pour elle
que pour ses soignants puisque les malentendus étaient fréquents. Quand nous
l’avons rencontrée, le thème qui dominait ses conversations était sa colère face
à la manière dont elle avait été traitée. Cette colère était parfois dirigée vers ses
parents, ses soignants ou elle-même.

Selon notre évaluation, c’était un peu comme si Kate était restée


emprisonnée dans le traumatisme qu’elle avait subi, accablée par sa perte de
normalité. Des facteurs environnementaux (sa dépendance aux traitements
prodigués de ses soignants) et internes (ses cycles de pensées négatives) gardaient
son attention fixée sur le passé et sur ce qu’elle avait perdu. Son estime de soi était
faible et elle épelait souvent des commentaires du genre : « Je suis stupide et
inutile. » Différentes méthodes thérapeutiques furent utilisées, y compris la thérapie
255
cognitivo-comportementale, la thérapie de la construction personnelle et la gestion
du comportement. Voici les effets notés de son état de santé : tout d’abord, une
réduction dans la fréquence des rappels de mauvaises expériences passées à
l’hôpital; puis, une meilleure compréhension entre Kate et son entourage; enfin,
davantage de références personnelles à une meilleure estime de soi. De plus, Kate
a confirmé ses nouvelles croyances en mentionnant être d’avis que sa qualité de vie
s’était améliorée. Finalement, elle est devenue plus indépendante, car elle pouvait
utiliser son fauteuil électrique pour aller seule au bureau de poste, à la bibliothèque
et au guichet automatique. Dans un de ses messages informatisés, elle a déclaré :
« Je voulais mourir et maintenant j’ai l’impression que j’ai retrouvé le goût de vivre ».

La deuxième patiente se prénommait Caroline (Evans & Williams, 2009). À


19 ans, elle avait été attaquée dans un train par un homme qui l’avait poignardée.
Le couteau avait pénétré le lobe pariétal droit de son cerveau, endommageant son
hémisphère droit. Elle n’avait pas perdu connaissance et décrivait ainsi l’agression
dont elle avait été victime : « ... il y avait beaucoup de monde dans le train. Puis ils
sont descendus et je me suis retrouvée seule. J’étais plongée dans mon livre... j’ai vu
un homme passer... il m’a souri et est entré dans le wagon suivant. Puis il est revenu
deux minutes plus tard... (et il m’a dépassée). Après 30 secondes, j’ai ressenti une
douleur à la tête et un énorme poids, comme si le wagon m’avait écrasée. Je me
suis levée et j’ai réalisé qu’il s’était passé quelque chose de terrible... je suis allée
dans le wagon suivant... un autre homme m’a dit de m’asseoir et qu’il irait chercher
de l’aide. Il m’a dit de ne pas bouger. J’ai levé ma main et j’ai senti le couteau. Je lui
ai demandé si j’avais été poignardée, si j’allais mourir. Il a dit non, et a ajouté qu’il
allait chercher de l’aide. À l’arrêt suivant, les ambulanciers étaient sur place et ils
m’ont amenée à l’hôpital ».

Caroline fut dirigée vers notre service de réhabilitation environ neuf


mois après son agression. Elle souffrait de problèmes cognitifs et émotionnels.
Ses difficultés cognitives se présentaient du point de vue de la mémoire et de la
perception visuelle et spatiale. Côté émotionnel, elle présentait de l’évitement, de
la dépression et de l’anxiété. Elle évitait tout contact visuel, souffrait du symptôme
de stress post-traumatique avec cauchemars et de flashbacks. Elle craignait pour
sa famille et refusait d’utiliser le transport collectif. Comme tous les patients du
centre, elle suivait à la fois une thérapie de groupe et une thérapie individuelle. Elle
bénéficiait aussi d’un soutien psychologique individuel, et on lui a enseigné à utiliser
un système de mémoire et un système d’engagement graduel dans ses activités,
ce qui lui a permis d’atteindre ses objectifs et de participer à la vie de tous les jours.
Caroline a obtenu de bons résultats au centre; elle a appris à regarder les gens
dans les yeux, à sourire, et à utiliser le transport collectif; elle est retournée aux
études et mène aujourd’hui une vie digne de ce nom.

Kate et Caroline se sont améliorées parce que nous avons utilisé


des modèles et des théories puisées à même la psychologie cognitive et la
neuropsychologie. Nous n’avons pas eu recours à des seins ou à une sexualité
infantile ou à l’inconscient. La science exige qu’on présente une hypothèse et qu’on
tente ensuite de la prouver ou non. Comme le signalait Baddeley (communication
personnelle), « Une bonne théorie nous apprend à douter ». Nous devons aussi
reconnaître quand nous avons tort et nous devons bousculer les théories afin de
256
faire avancer la science. Prenons, par exemple, le modèle de la mémoire de travail
(Baddeley & Hitch, 1974). Ce modèle a résisté à l’épreuve du temps même s’il a été
adapté et modifié (voir Baddeley & Wilson, 2002). Nous pouvons mettre à l’essai
ses diverses composantes, trouver des doubles dissociations, et prouver si nos
hypothèses sont vraies ou non. En réhabilitation neuropsychologique, nous devons
nous appuyer sur une série de théories, de modèles et de cadres de référence,
sinon nous risquons de tomber dans de mauvaises pratiques cliniques. Nous
devons nous référer à des modèles et à des théories cognitives en matière de
fonctionnement, d’apprentissage, d’émotions, d’évaluation, de récupération et de
plasticité, de même qu’à des modèles holistiques et autres. J’ai tenté de rassembler
tous les modèles pertinents dans un article intitulé « Towards a Comprehensive
Model of Cognitive Rehabilitation » (Wilson, 2002). Un des objectifs de ce modèle
était de démontrer la complexité de la réhabilitation et le fait qu’aucune théorie ou
aucun modèle, pris séparément, ne seraient suffisants pour traiter les complexités
auxquelles doivent faire face les personnes qui survivent à des lésions cervicales.

En psychanalyse, les modèles sont très limités; ils sont difficiles à tester et
à modifier. Il existe aussi un déséquilibre des pouvoirs. Ainsi, si un patient n’est pas
d’accord avec son thérapeute, on lui dira probablement qu’il est en situation de déni.
À l’inverse, en réhabilitation neuropsychologique, on mettra l’accent sur la possibilité,
pour le patient, de se prendre en main. En psychanalyse, le langage employé peut
être punitif (par exemple, la femme accusée d’avoir tenté « d’émasculer » son mari);
il se base sur la psychopathologie plutôt que sur la psychologie positive ou le bien-
être. En réhabilitation neuropsychologique, nous tentons plutôt de démontrer au
patient ou à la patiente qu’ils ont des ressources où puiser des forces malgré ce qui
leur est arrivé.

En conclusion, je crois que la psychanalyse et la neuropsychologie ne sont


pas compatibles pour les raisons suivantes :

1. La méthode scientifique est absente en psychanalyse – comment peut-


on en prouver ou non les interprétations ?

2. Il n’est nullement nécessaire de recourir aux pensées inconscientes


pour expliquer la détresse ou les perturbations psychologiques des
personnes présentant des déficiences neurologiques.

3. La psychanalyse risque d’établir de faux souvenirs.

4. En psychanalyse, il existe un déséquilibre des pouvoirs plutôt qu’un


partenariat entre les patients, leurs familles et le personnel, comme
celui qu’on retrouve en réhabilitation neuropsychologique.

5. La psychanalyse se base sur la psychopathologie alors que les patients


vus en neuropsychologie ont des difficultés émotionnelles causées par
leurs lésions cervicales et non par une quelconque relation dans leur
enfance, ou par suite de processus inconscients ou réprimés.
257
Références

American Heritage dictionary. Repéré le Revised edition. Cambridge, MA:


17/08/12. Harvard University Press.
Baddeley A.D., & Hitch G. (1974). Working MacNiven, J.A., Poz, R., Bainbridge, K.,
Memory. In G.H.Bower (Ed.), The Gracey, F., & Wilson, B.A. (2003). Case
Psychology of learning and motivation study: Emotional adjustment following
(Volume 8, p. 47-89). New York, NY: cognitive recovery from ‘persistent
Academic Press. vegetative state’: Psychological and
personal perspectives. Brain Injury, 17
Baddeley, A.D., & Wilson, B.A. (2002).
(6), 525-533.
Prose recall and amnesia: Implications
for the structure of working memory. Prigatano, G.P. (1999). Principles of
Neuropsychologia, 40, 1737-1743. Neuropsychological Rehabilitation. New
York, NY: Oxford University Press.
Beck, A. (1997). The past and the future
of cognitive therapy. Journal of Solms M. (1995). Is the brain more real
Psychotherapy Practice and Research, than the mind? Psychoanalytic
6 (4), 276-284. Psychotherapy 9, 107 120.
Ben−Yishay, Y. (1996). Reflections on Wilson, B.A. (2002). Towards a comprehensive
the evolution of the therapeutic model of cognitive rehabilitation.
milieu concept. Historical aspects of Neuropsychological Rehabilitation, 12,
neuropsychological rehabilitation. 97-110.
Neuropsychological Rehabilitation, 6,
Wilson B.A., Evans J.J., Gracey F., &
327-343.
Bateman A. (2009). Neuropsychological
Evans J. J., & Williams, W.H. (2009). rehabilitation: Theory, models, therapy
Caroline: Treating post traumatic stress and outcomes Cambridge: Cambridge
disorder after traumatic brain injury. University Press.
Dans B.A. Wilson, J.J. Evans, F. Gracey,
Wilson, B.A., Shiel, A., McLellan, L., Horn,
& A. Bateman (dir.), Neuropsychological
S., & Watson, M.A. (2001). Monitoring
rehabilitation: Theory, models, therapy
recovery of cognitive function following
and outcomes (p. 227-236) Cambridge,
severe traumatic brain injury. Brain
UK: Cambridge University Press.
Impairment, 2, 22-28
Evans, J. (2012). Philosophy for life and
other dangerous situations. London,UK:
Random House Group.
Kaplan-Solms, K., & Solms M. (2000).
Clinical studies in neuropsychoanalysis.
London, UK Karnac Books.
Loftus, E. F. (1996). Eyewitness testimony.

Vous aimerez peut-être aussi