Les sources du droit international public
Article 38 du Statut de la Cour Internationale de Justice (CIJ)
L'Article 38 du statut de la CIJ, annexé à la charte des Nations Unies, énumère les sources formelles
du droit international :
1. **Conventions internationales**
2. **Coutume internationale** : Preuve d'une pratique générale acceptée comme le droit.
3. **Principes généraux du droit** : Reconnaissance par les nations civilisées.
4. **Décisions judiciaires et doctrines** : Utilisées comme moyens auxiliaires pour déterminer la
règle de droit.
En plus de ces sources, **l’équité** est reconnue si les parties sont d'accord. On doit aussi
mentionner les **actes unilatéraux des organisations internationales et des États**.
#### Section 1 : Les traités et conventions internationales
**I. La notion**
- **Traité** : Accord écrit entre sujets du droit international, produisant des effets juridiques et régi
par le droit international.
- **Catégories de traités** :
- **Bilatéraux** : Entre deux États.
- **Multilatéraux** : Entre plusieurs États.
- **Terminologie** : Le terme "traité" est général, mais des termes spécifiques sont utilisés selon les
contextes, tels que :
- **Charte** : Ex. la Charte de l’ONU.
- **Pacte** : Ex. le Pacte atlantique.
- **Convention, déclaration, protocole, échange de notes, statut, modus vivendi, concordat**, etc.
### Chapitre 2 : Les sources du droit international public (Résumé)
#### II. L'élaboration du texte conventionnel
1. **La négociation**
- Attribut essentiel de la souveraineté nationale.
- Réalisée par les représentants mandatés (plénipotentiaires) avec des lettres de pleins pouvoirs.
- Chefs d'État, ministres des Affaires étrangères, et chefs de missions diplomatiques n'ont pas
besoin de justifier leurs compétences.
- Les traités multilatéraux sont souvent négociés dans des conférences internationales sous l'égide
de l'ONU ou d'institutions spécialisées.
2. **La rédaction : contenu des traités**
- Comprend un préambule et des articles.
- Préambule : Cadre du traité, noms des parties et négociateurs.
- Corps : Clauses matérielles, articles, paragraphes et annexes.
3. **La signature**
- Équivaut à une approbation préliminaire sans obligation exécutoire.
- Indique l'intention de l'État de considérer la ratification.
4. **La ratification**
- Acte solennel engageant l'État internationalement.
- Réalisée par l'autorité constitutionnellement compétente.
- Discrétionnaire, non obligatoire.
5. **L'enregistrement**
- Article 102 de la Charte des Nations Unies exige l'enregistrement des traités auprès du Secrétariat
de l'ONU pour être invoqués devant un organe de l'Organisation.
#### III. L'adhésion
- Permet à un État non signataire d'un traité d'exprimer son engagement en une seule fois.
- Équivalent à une signature suivie de ratification, sans acte de signature préalable.
#### IV. Les réserves
- Déclaration unilatérale par un État visant à exclure ou modifier l'effet juridique de certaines
dispositions du traité.
#### V. L'entrée en vigueur
- Dépend de la volonté des parties et des modalités prévues par le traité.
- Traités bilatéraux : Généralement lors de l'échange des instruments de ratification.
- Traités multilatéraux : Souvent après ratification par un nombre représentatif d'États.
- Exemples : Convention sur le Droit de la mer (1982) et la Charte des Nations Unies.
#### VI. La validité des traités
- Conditions pour la régularité du consentement et la licéité de l'objet du traité.
1. **Vices du consentement**
- Erreur, dol, corruption du représentant, contrainte sur le représentant ou l'État.
2. **Illicéité de l'objet du traité**
- Conflit avec une norme impérative de droit international général (jus cogens).
#### VII. Extinction des traités
- Peut survenir à terme défini, par un événement extérieur (nouvelle norme de jus cogens, nouveau
traité, impossibilité d'exécution).
- La dénonciation unilatérale est illicite sauf exception.
### Section 2 : Les autres sources du droit international
#### I. La coutume internationale
1. **La notion**
- Mode le plus ancien pour former des règles générales, applicables à tous les États de manière
égale.
- Résulte d'une pratique générale des États acceptée comme obligatoire.
- Constituée d'une pratique générale et d'un sentiment d'obligation juridique.
2. **Les éléments constitutifs de la coutume**
- **Élément matériel** : Pratique ou "usage constant et uniforme" résultant de la répétition
prolongée d'actes dans le temps et l'espace.
- **Élément psychologique** : Reconnaissance du caractère obligatoire de la règle, distinguant la
coutume de l'usage ou de la courtoisie internationale.
#### II. Les principes généraux du droit
- Commun à tous les systèmes juridiques et comblant les lacunes du droit international.
- Exemples : Primauté du droit international, indépendance de l'État, respect des traités ("pacta
sunt servanda"), obligation de réparer en cas de manquement, bonne foi, autorité de la chose jugée.
#### III. La jurisprudence
- Ensemble des décisions juridictionnelles internationales (CPJI, CIJ) ou arbitrales.
- Un arrêt ou un avis constitue un précédent ou un moyen de détermination du droit, mais pas la
jurisprudence en soi.
#### IV. La doctrine
- Positions des auteurs, sociétés savantes ou organes formulant des opinions juridiques sans
engager directement les États ou organisations internationales.
#### V. L'équité
- Idée de justice inhérente à toute règle de droit, guidant le juge international dans l'application du
droit.
#### VI. Les actes unilatéraux
- Adoptés par un seul sujet de droit international (État ou organisation internationale), imputables à
leur seul auteur, créant des droits et des obligations au plan international.
1. **Les actes unilatéraux étatiques**
- Expressions unilatérales de la volonté ou de l'opinion d'un État, pouvant avoir une portée juridique
internationale.
2. **Les actes unilatéraux des organisations internationales**
- Émanant des organes collégiaux, incluant résolutions, recommandations, décisions, directives,
règlements, etc.
- La doctrine regroupe généralement ces actes sous le terme générique de "résolutions",
comprenant des décisions obligatoires et des recommandations non obligatoires.
### Chapitre 3 : Les sujets du droit international public
Un sujet est celui qui, à l'intérieur d'un système juridique, a des droits et des obligations, et qui
dispose des moyens pour agir en justice pour la protection de ces droits. Un sujet du droit
international a donc la personnalité juridique internationale.
#### Section 1 : l’État en droit international
À l'origine, l’État était le seul sujet du droit international. Il est le sujet originaire et primaire de ce
droit.
#### I. Définition de l’État
L’État répond à la définition suivante : c’est un groupement d’individus fixé sur un territoire
déterminé et placé sous l’autorité effective d’un gouvernement.
#### II. Les éléments constitutifs de l’État
Trois éléments conditionnent l’existence juridique d’un État :
- **Le territoire**, fondement géographique de l’État.
- **La population**, fondement démographique de l’État.
- **Les pouvoirs publics**, fondement politique de l’État.
Aucun de ces trois éléments ne doit manquer ; à défaut, il ne peut être question d’État au sens
juridique du terme.
1. **La population ou les nationaux**
- Les nationaux d’un État sont l’ensemble des personnes humaines unies à cet État par un lien de
sujétion appelé nationalité. Les nationaux gardent ce lien même s’ils ne résident pas effectivement
dans l’État dont ils ont la nationalité.
- L’État est libre de déterminer quels sont ses nationaux. Il utilise à cette fin le droit du sol («jus
soli») ou droit du sang («jus sanguinis») (hérédité, mariage, etc.).
- Pour qu’une population puisse former un État, il faut qu’elle soit établie sur un territoire de façon
fixe et permanente.
2. **Le territoire**
- Le territoire est l’espace géographique terrestre, maritime et aérien délimité par les frontières
d’un État. Le territoire national, valeur souvent sacralisée, ne peut pas être violé.
- Il comprend le sol et le sous-sol et relève de la compétence absolue et exclusive de l’État
souverain. Il est délimité par des frontières, soit naturelles (mer, fleuve, montagne) soit artificielles
(tracées par des accords bilatéraux ou multilatéraux).
3. **Le pouvoir politique**
- L’État doit avoir un pouvoir politique organisé, c’est-à-dire un gouvernement, quelle que soit sa
forme. Le gouvernement doit être capable d’exercer réellement son pouvoir de commandement sur
tout le territoire : il doit être « effectif ». Les missions régaliennes lui appartiennent.
#### III. La reconnaissance, condition d’exercice des compétences internationales de l’État
La reconnaissance est exercée selon deux formes : la reconnaissance d’État et la reconnaissance de
gouvernement.
1. **La reconnaissance d’État**
- Acte par lequel un sujet de droit international, notamment un État, constate officiellement
l’existence d’un nouvel État sur la scène internationale. Cet acte discrétionnaire peut être explicite ou
implicite, individuelle ou collective, de jure ou de facto.
2. **La reconnaissance de gouvernement**
- Intervient lors du changement de gouvernement d’un État ancien, en dehors des règles
constitutionnelles prévues (coup d’État, révolution, etc.).
#### IV. Les formes juridiques de l’État
On distingue deux grandes formes d’organisation de l’État : l’État unitaire et les États composés
(unions d’États, confédération, fédéralisme).
1. **L’État unitaire**
- Forme la plus simple, avec une seule autorité juridique et politique, un seul chef d’État, un seul
organe exécutif et un seul organe législatif. L’État unitaire détient l’ensemble de ses compétences sur
son territoire, régi par un seul et même droit.
2. **L’union d’États**
- Ne donne généralement pas naissance à une personnalité juridique nouvelle.
- **L’union personnelle** : États ayant le même chef d’État.
- **L’union réelle** : États gérant leur politique étrangère par des organes communs.
- **La confédération** : Union plus élaborée où plusieurs États gèrent leur politique étrangère et
d'autres matières internes via une convention internationale. Les décisions de la Diète (organe
commun) sont prises à l’unanimité.
- **La fédération ou État fédéral** : Union constitutionnelle entre plusieurs États (États fédérés)
donnant naissance à une organisation commune avec une seule personnalité juridique. La fédération
a un chef d’État unique et souvent deux assemblées parlementaires.
#### V. La succession d’États
La "succession d’États" est la substitution d’un État à un autre dans la responsabilité des relations
internationales d’un territoire (articles 2 des Conventions de Vienne de 1978 et 1983). Autrefois,
l’État successeur héritait de tous les droits et obligations de l’État précédent. Les conventions
récentes laissent l’État successeur plus libre d’accepter ou non la succession. En principe, le principe
de la "table rase" s’applique : pas de continuité des responsabilités internationales, sauf certaines
dettes comme stipulé dans la convention de 1983.
### Section 2 : Les organisations internationales intergouvernementales
#### I. Notion et caractéristiques
1. **Définition**
Une organisation internationale est une personne morale établie par un traité ou une convention
internationale par des États ou des organisations internationales afin de coordonner une action sur
un sujet déterminé ou sur plusieurs sujets. Elle est dotée d'une personnalité juridique internationale
propre et d'un appareil permanent d'organes en vue de défendre les intérêts de ses membres. Michel
Virally a défini l’organisation internationale comme « une association d’États, établie par accord entre
ses membres, et dotée d’un appareil permanent d’organes assurant leur coopération dans la
poursuite des objectifs d’intérêts communs ».
2. **Caractéristiques**
Les organisations internationales intergouvernementales (OIG) possèdent cinq caractéristiques
principales :
- **Base interétatique** : Fondées par des États.
- **Base volontaire** : Participation des États est volontaire.
- **Autonomie** : Détiennent une personnalité juridique et une autonomie financière.
- **Organes permanents** : Possèdent des organes permanents pour la gestion quotidienne.
- **Fonction de coopération** : Vise à faciliter la coopération entre États membres.
3. **Catégories d’organisations**
Les OIG se divisent en deux grandes catégories :
- **Organisations internationales à vocation universelle** : Ex. ONU.
- **Organisations internationales à vocation continentale ou régionale** :
- **Géographique** : Organisation des États Américains (OEA), Union Africaine (UA), Union du
Maghreb Arabe (UMA).
- **Linguistique et ethnique** : Ligue des États arabes.
- **Religieuse** : Organisation de la Conférence Islamique.
- **Politique et militaire** : Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN).
- **Économique** : Union Européenne (UE), Association Européenne de Libre Échange (AELE),
Accord de Libre-Échange Nord-Américain (NAFTA).
#### II. Le système onusien
L’Organisation des Nations Unies (ONU) est une organisation internationale fondée en 1945. Elle
compte aujourd'hui 193 États membres. La mission et le travail des Nations Unies sont guidés par les
objectifs et principes énoncés dans sa Charte fondatrice.
1. **Les organes principaux de l’ONU**
- **L’Assemblée Générale** : Organe délibératif, décisionnaire et représentatif. Elle se réunit
annuellement en septembre à New York pour sa session annuelle et le débat général. Les décisions
sur certaines questions importantes sont prises à la majorité des deux tiers, et les autres à la majorité
simple.
- **Le Conseil de Sécurité** : Responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales.
Composé de 15 membres (5 permanents : États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et 10
membres élus pour deux ans). Les décisions nécessitent une majorité de neuf membres, incluant les
cinq permanents.
- **Le Conseil économique et social** : Coordonne les travaux économiques, sociaux et
environnementaux. Composé de 54 membres élus pour trois ans.
- **Le Conseil de tutelle** : Créé pour superviser les territoires sous tutelle et les préparer à
l'autonomie et à l'indépendance. Ses activités ont cessé en 1994.
- **Cour internationale de Justice (CIJ)** : Règle les différends juridiques entre États. Composée de
15 juges élus pour neuf ans, elle siège à La Haye.
- **Le Secrétariat** : Dirigé par le Secrétaire général, qui est nommé pour un mandat de cinq ans
renouvelable. Il administre les tâches quotidiennes de l'ONU.
2. **Les organes subsidiaires**
Créés par les organes principaux pour répondre aux exigences de leur mission :
- **PNUD** (Programme des Nations Unies pour le Développement)
- **HCR** (Haut Commissariat pour les Réfugiés)
- **UNRWA** (Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine)
- **CNUCED** (Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement)
- **UNICEF** (Fonds des Nations Unies pour l'enfance)
- **PAM** (Programme Alimentaire Mondial)
3. **Les institutions spécialisées**
Autonomes mais reliées aux Nations Unies, ces institutions ont des domaines spécifiques :
- **UNESCO** (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture), Paris.
- **OIT** (Organisation Internationale du Travail), Genève.
- **OMC** (Organisation Mondiale du Commerce), Genève.
- **UIT** (Union Internationale des Télécommunications), Genève.
- **OMPI** (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle), Genève.
- **FAO** (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), Rome.