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Introduction: la polémique médiatisée

Article in Semen · April 2011


DOI: 10.4000/semen.9072

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2 authors:

Ruth Amossy Marcel Burger


Tel Aviv University University of Lausanne
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Introduction : la polémique médiatisée 18.12.15 16:50

Semen
Revue de sémio-linguistique des textes et discours

31 | 2011 :
Polémiques médiatiques et journalistiques

Introduction : la polémique
médiatisée
RUTH AMOSSY ET MARCEL BURGER
p. 7-24

Texte intégral

1. Un objectif commun
1 Sans qu’elle s’affiche explicitement comme telle, une même préoccupation traverse
chacune des contributions de ce volume : mieux comprendre la logique de
fonctionnement et les enjeux de la communication verbale conflictuelle dans les
espaces publics contemporains. S’agissant d’un ancrage dans la problématique de
l’espace public, on peut qualifier de citoyenne une telle préoccupation qui met l’accent
sur des aspects du rôle et de la responsabilité des « médiateurs » professionnels que
sont en premier lieu les journalistes et les politiques. S’agissant d’un ancrage dans la
problématique de la communication agonistique (au sens philosophique du terme),
cette préoccupation favorise aussi un questionnement d’ordre éthique : quelle est la
sorte de rationalité à l’œuvre dans la communication conflictuelle ? Quel peut en être le
bien fondé ou la légitimité sociale ? Quel type de partage relationnel le conflit verbal –
qui est encore communication – promeut-il ? Quels en sont les contours symboliques et
formels ; et donc les limites qui, à être franchies, marquent le passage au renoncement
à communiquer et mènent au conflit purement physique ?
2 Des différentes modalités du conflit verbal, la polémique est celle qui articule
naturellement la double préoccupation qui vient d’être évoquée. En effet, d’une part,

elle semble indissociable d’une inscription dans un espace public en ce qu’elle est
tributaire d’une dynamique et d’un jugement collectif à large échelle (contrairement à
la dispute ou à la querelle privées). D’autre part, la polémique semble représenter un
cas limite de communication conflictuelle en ce que domine un désaccord fondamental,
radical, et qui semble durable (en cela la polémique s’apparenterait à la controverse ou
au dialogue de sourds). À ce titre, l’objet « polémique » et le double questionnement
« citoyen » et « éthique » qui vient d’être évoqué fondent aussi pour l’occasion le
rapprochement entre deux groupes de recherches qui travaillent en parallèle depuis un
certain temps : l’équipe israélienne du groupe ADARR (Analyse du discours,
argumentation, rhétorique1) rassemblée autour de Ruth Amossy et de Roselyne Koren
des universités de Tel-Aviv et de Bar Ilan, et l’équipe helvétique du CLSL (Centre de
linguistique et des sciences du langage2) dirigé par Marcel Burger à l’université de
Lausanne.

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Introduction : la polémique médiatisée 18.12.15 16:50

3 D’une manière générale, les deux équipes mènent de front une réflexion
interdisciplinaire « focalisée » articulant sciences du langage (SL) et sciences de la
communication (SC). Empruntant aux SL, leur démarche place au centre de la réflexion
l’analyse de la matérialité langagière des discours et le raisonnement que celle-ci sous-
tend. Ancrée dans les SC, l’étude des formes du discours tient compte des pratiques par
lesquelles le discours est communiqué, et de leurs enjeux spécifiques. Dans le cas qui
nous occupe – les médias professionnels – il ne saurait y avoir de discours polémique
pris en soi : il est toujours ancré, déterminé et motivant à son tour les pratiques
journalistiques et médiatiques (voir Amossy 2010a ; Burger 2008).
4 Plus précisément, la démarche des deux groupes de recherche est complémentaire
dans la mesure où les objets de prédilection des équipes s’accordent. Ainsi, les
lausannois ont pour centre d’intérêt le fonctionnement des discours de communication
publique, c’est-à-dire qui ciblent un destinataire collectif et anonyme dont la
catégorisation est dès lors hétérogène et complexe (Burger 2011). Ils pratiquent une
méthodologie ascendante qui va de la prise en compte des unités linguistiques de bas
niveau : l’acte de langage et la période, jusqu’à l’inscription de la matérialité langagière
dans des formations socio-discursives de la sphère publique : ici, les médias et le
politique (Adam 2008 ; Burger 2009a ; Micheli 2010)3. Quant aux israéliens, ils
mènent une réflexion de longue haleine sur l’argumentativité des discours dans la
perspective de la nouvelle rhétorique. Celle-ci fait de la matérialité langagière le vecteur
de l’influence, mais aussi de la manipulation des acteurs sociaux entre eux, notamment
par le biais de la production langagière d’images identitaires complexes (Amossy 2010a
et b). La méthodologie est soit descendante du fait de poser l’importance des types de
situation ou d’acteurs sociaux ; ou transversale du fait de recourir à des types
d’arguments ou des genres de discours (Amossy 2008).
5 On conçoit dès lors un lieu de rencontre méthodologique entre les deux équipes de
recherche : l’interaction verbale polémique réalisée dans un contexte médiatique et le
texte qui en constitue le produit langagier (et la trace privilégiée). De fait, toutes les
contributions à ce volume analysent le phénomène polémique en centrant l’attention
autant sur les propriétés de l’une que sur celles de l’autre mais avec pour point de
départ un ancrage diversifié : sociologique (Orkibi), praxéologique (Burger ; Jacquin),
idéologique (Admor ; Edelstein) ; ou proprement langagier : au plan macro linguistique
de l’argumentation (Amossy ; Koren) et des contenus à valeur polémique (Masa ;
Brilliant) ; ou du jeu d’ordre micro linguistique sur et avec les mots (Micheli)4. Afin de
mieux présenter l’enjeu de ces contributions, il convient de les situer dans le cadre
général de ce volume en précisant les logiques de fonctionnement du discours
polémique médiatisé, ses propriétés formelles et ses enjeux dans un contexte de
communication publique relayé (et parfois créé) par les médias.

2. Position du problème
6 La tendance actuelle des médias francophones à multiplier les références aux
« polémiques » de tous genres pour en faire leurs gros titres ne manque pas de relancer
la question de leur définition et de leurs limites. En 1980 déjà, Nicole Gelas constatait
« un emploi quasi délirant du mot ‘polémique’ », sous forme de nom, d’adjectif ou de
verbe (« polémiquer ») dans la presse écrite ou parlée (Gelas 1980 : 41). Mais tout
désaccord qui surgit sur la place publique mérite-t-il cette appellation ? Qu’entendent
les journalistes lorsqu’ils parlent de polémique ? On peut se demander dans quelle
mesure ces usages correspondent effectivement à un phénomène sociodiscursif théorisé
par ailleurs dans diverses disciplines des sciences du langage.

2.1. Polémique et violence verbale


7 L’article de Gelas tente de donner quelques réponses à ces questions à partir de
l’examen d’un corpus de presse, étude qui est prolongée par celles de Christian Plantin
(2003) sur les titres du Monde en 1996-1998 et de Roselyne Koren (2003) sur un
corpus journalistique allant de 1990 à 2003. Ces coups de sonde mériteraient sans
doute d’être développés dans un examen plus ample et plus systématique du
métadiscours médiatique. On peut néanmoins en tirer quelques premières conclusions.
Gelas note que dans la presse, le terme est réservé au traitement de dissensions
politiques d’importance, d’affaires sérieuses (et donc, ipso facto, publiques) ; et qu’il
apparaît en général en relation avec un contexte passionnel (Gelas 1980 :45) usant de
formes hyperboliques. Plantin, de son côté, note la banalisation contemporaine de la
polémique : ce que l’observateur journaliste désigne de ce nom, ce n’est plus la parole
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polémique : ce que l’observateur journaliste désigne de ce nom, ce n’est plus la parole


d’un expert qui pratique et aime la polémique (le « polémiste »), mais celle des
« locuteurs ordinaires mis en cause par une question pour eux vitale, qui les dépasse, et
pris, bon gré mal gré, dans un rapport langagier pétri de violence et d’émotion » (des
« polémiqueurs ») (Plantin 2003 : 390). Cette dernière semble un facteur décisif :
« pour le journaliste, un débat peut être légitimement considéré comme une polémique
et explicitement désigné comme tel, dès qu’il y perçoit des émotions violentes de l’ordre
de la colère et de l’indignation » (ibid. : 406).
8 Autre trait récurrent dans la presse : la polémique est souvent considérée comme un
discours pseudo-argumentatif, un discours d’accusation qui veut passer sous couvert
d’argumentation, ou encore qui se donne en spectacle (Gelas 1980 : 47). Elle est traitée,
de « vaine », de « stérile » et est « plutôt un discours discrédité » (ibid. : 48). Lui sont
reprochés « deux formes de violence argumentative » : celle des attaques ad hominem,
et « le caractère incontrôlable d’un affrontement qui implique tous les dangers de
l’engrenage » (Koren 2003 : 7). Il y aurait dans la parole polémique une brutalisation
dangereuse, et un refus patent des règles de l’éthique du discours. Il apparaît donc que
les médias dénoncent les polémiques mêmes qu’ils montent en épingle, en les
présentant comme excessives, passionnelles et violentes. Ils suivent en cela les
dictionnaires, dans lesquels Kerbrat-Orecchioni souligne que l’activité polémique est
« unanimement condamnée […] non pas dans les définitions qu’ils proposent […], mais
dans les exemples sélectionnés [1980 : 21]. Ils s’alignent aussi sur l’opinion commune,
et le sens qu’on attribue communément au terme de polémique (par opposition à celui
de controverse, qu’on évoquera plus loin).
9 Cette doxa,certes bien enracinée, a été problématisée par la réflexion des dernières
décennies sur la polémique en général, et la polémique journalistique en particulier. On
peut en effet se demander si la violence verbale et l’insistance sur l’émotion sont des
traits définitoires de la polémique. Diverses études montrent que si elles
l’accompagnent souvent, elles n’en sont pas pour autant des marques obligées. Il faut
noter que ce qui est ici en cause, ce n’est pas le pathos (la tentative de toucher le cœur
de l’auditoire peut s’effectuer par un verbe mesuré et sans débordements) ; ce sont les
fortes traces d’affectivité qui s’inscrivent dans une parole subjective et manifestent
l’état d’âme de l’orateur. Il est vrai que l’engagement passionnel des polémiqueurs est
fréquent, et s’exprime tout naturellement à travers des émotions telles que
l’indignation, la colère, etc. Pour autant, il n’est pas, comme le voudraient les
définitions journalistiques relevées par Plantin, ou même les tentatives de définition de
Kerbrat-Orecchioni (« c’est […] un discours dicté par les affects et les pulsions
émotionnelles [1980 : 20]), inhérent au phénomène. Il ne suffit pas de parler de façon
passionnelle pour polémiquer, de même qu’on peut polémiquer sans recours aux
passions. La polémique peut en effet s’exprimer avec retenue lorsque le statut des
participants, les cadres communicationnels et les normes de politesse en vigueur dans
la communauté ou le genre choisi l’exigent. On en trouvera des exemples dans les
travaux qui portent ici même sur une polémique entre hommes d’Église (Edelstein),
hommes d’État (Brilliant), experts (Admor), professionnels de la télévision (Burger).
Dans ces cadres, les débordements émotionnels ne sont pas de mise, ce qui n’empêche
pas les échanges en question de participer à la polémique tout autant que les forums de
discussion adonnés aux « flammes » (Amossy) ou les discours virulents des
mouvements sociaux (Orkibi). Déjà Gelas, dans « L’hyper-polémique » (Gelas 1980b :
78-82), décrivait un cas de discours, celui de François Mitterrand au congrès socialiste
de 1978, où la polémique se situait entièrement, et avec beaucoup d’efficacité, dans
l’implicite.
10 On peut en dire de même de l’agressivité ou de la violence verbale, qui apparaissent
comme des marques de polémique dans les débats. S’il est vrai qu’elles manifestent une
attaque contre l’adversaire qui évoque spontanément la guerre des mots du polemos,
certains analystes arguent que leur présence n’est pas une condition sine qua non du
débat polémique. « Le dénominateur commun des énoncés polémiques en tous genres
n’est pas », souligne Garand, « la violence mais le conflictuel » (Garand 1998 : 222).
Dans la même perspective, Amossy (2008) considère que la violence verbale constitue
un « registre » qui s’ajoute éventuellement, mais pas nécessairement, à la structure de
la polémique définie comme une modalité argumentative, c’est-à-dire comme le
traitement agonique d’un dissensus. Subordonnée à la structure de l’échange, la
violence verbale apparaît lorsque sont transgressées les règles de la politesse par une
atteinte à la face de l’autre, et les normes de la discussion critique par une atteinte à la
déontologie de la discussion rationnelle. Dans le même volume, Dominique
Maingueneau soutient que la disqualification d’un adversaire ne passe pas
nécessairement par des traits de polémicité assimilé à la violence verbale
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nécessairement par des traits de polémicité assimilé à la violence verbale


(Maingueneau 2008 : 113), mais par un « dispositif d’interaction qui se traduit par des
stratégies d’intégration/ disqualification de l’adversaire qui laissent de multiples traces
dans l’énoncé » (ibid. : 119). La violence verbale qui accompagne souvent la polémique
n’en reste pas moins un phénomène d’une ampleur considérable, mais aussi d’une
grande complexité, à investiguer dans ses manifestations très diverses en fonction des
cadres dans lesquels elle se donne libre cours (comme le fait ici Orkibi dans un cas de
figure particulier relevant de l’action d’un mouvement social). C’est un champ d’étude
en pleine expansion (Moise et al 2008) qui laisse encore bien des questions ouvertes.

2.2. Polémique et communication

11 Quels seraient alors les traits constitutifs de la polémique ? Ce qui caractérise avant
tout le phénomène, c’est qu’il s’inscrit dans un espace dialogique au sein duquel il
constitue « un discours a contrario » (Marcellesi 1971 : 44), un anti-discours : la
polémique est « un contre-discours » (Kerbrat-Orecchioni 1980 : 9), elle suppose « un
contre-discours antagoniste » (Angenot 1982 : 34) qui se focalise sur le discours de
l’autre pour le rejeter. Cela suppose deux traits marquants : un dialogisme marqué –
même quand il n’y a pas de dialogue effectif, pas de réponse de la part de l’adversaire, le
texte polémique est une réaction au mot de l’autre (Garand 1998 : 235) qui assure la
visibilité d’une confrontation ; et un rapport conflictuel à l’autre, un affrontement de
positions antagonistes : « Toute parole polémique est issue du conflictuel » (ibid. :
222). Dans cette perspective, la spécificité du polémique serait d’ordre structurel : il ne
s’agit pas d’un échange vif entre interlocuteurs animés par des sentiments violents,
mais d’une confrontation de positions radicalement opposées. L’antagonisme et la
polarisation sont ici de règle. Les points de vue divergents sont représentés et défendus
par des actants, le Proposant et l’Opposant, assimilables à des rôles que peuvent jouer
plusieurs acteurs face à un troisième actant – le Tiers (Plantin 2003 : 383).
12 Le caractère hyperbolique de la confrontation tient au fait que les oppositions sont
généralement exacerbées. C’est ce que Dascal (2008 : 35) nomme la
« dichotomisation », à savoir la radicalisation d’une polarité qui souligne le caractère
incompatible des deux pôles et l’inexistence de toute solution intermédiaire, afin de
faire ressortir le bien-fondé de la réponse prônée. Le face-à-face de deux positions
opposées et en apparence inconciliables incarnées par des acteurs réels entraîne la
nécessité, pour chacun d’entre eux, de faire adopter son point de vue en discréditant
celui de l’autre. « Le discours polémique est un discours disqualifiant, c’est-à-dire qu’il
attaque une cible » (Kerbrat-Orecchioni 1980 :12), laquelle peut être aussi bien la
personne qui défend l’idée mise en cause, que la thèse elle-même.
13 Dans cette perspective, c’est la structure même de l’échange polémique (comme
confrontation verbale et dichotomisation) et ses modalités concrètes de réalisation
(l’incarnation des Actants par des acteurs en chair et en os), qui favorise l’attaque
personnelle, ou argument ad hominem. Lorsqu’il y a identification du locuteur à la
position qu’il défend, il est inévitable que des arguments « ethotiques » (Brinton 1985)
visant à saper sa crédibilité fassent partie des procédés qui s’ingénient à faire rejeter sa
thèse. Encore faut-il rappeler, à la suite des réflexions de Plantin sur l’interaction
argumentative, que le Proposant et l’Opposant n’ont pas besoin d’être des personnes
physiques, des individus concrets, mais peuvent être définis comme discours et contre-
discours, ou être attribués à des instances comme le gouvernement, la presse,… Dans ce
cas de figure, l’argument ad hominem n’est pas de saison et il semble que la polémique
puisse parfaitement s’en passer. En d’autres termes, l’attaque personnelle n’est pas
inhérente au modèle de base de la polémique, elle est liée aux modalités de figuration
des actants (thèses, institutions, personnes physiques, etc.).

2.3. Polémique et argumentation


14 Si la polémique est le traitement verbal du conflictuel effectué par une confrontation
exacerbée des thèses antagonistes au sein d’une entreprise de polarisation et de
dichotomisation visant à discréditer l’adversaire, dans quelle mesure relève-t-elle de
l’argumentation ? On a vu que l’opinion courante charriée par le métadiscours
journalistique l’excluait de ce que Perelman (2009 [1977]) dénommait « l’empire
rhétorique ». La doxa qui circule dans les médias est loin d’être la seule à prononcer ce
verdict. Amossy (2010c) a rappelé l’ostracisme dont le discours polémique a été l’objet

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tant dans les approches philosophiques favorisant l’ouverture du dialogue en quête de


vérité (Foucault 1994), que dans les théories de l’argumentation soucieuses de
rationalité et d’éthique de la discussion. Pourtant, une partie des travaux réunis ici,
souligne l’appartenance de la polémique à l’argumentation. Celle-ci ne se construit-elle
pas sur l’apparition de réponses antagonistes à une même question (Plantin 2003) ?
Pour Amossy (2010a [2000]), qui voit dans l’argumentation un continuum allant de la
co-construction des réponses à la confrontation violente des thèses antagonistes, la
polémique constitue un des pôles de l’activité argumentative. C’est alors la façon dont
les argumentaires sont construits et opposés, la manière dont les arguments sont
intégrés dans des discours mutuellement hostiles, qui doivent être explorées plus avant
pour fonder en preuves l’appartenance de la polémique au domaine de l’argumentation.
15 On peut cependant se demander quelles sont les conséquences d’une pleine
intégration de la polémique dans l’argumentation. Si le discours argumentatif se veut
tentative d’amener l’autre, sinon à une vérité commune, du moins à une position
considérée comme plausible (raisonnable, selon Perelman et Olbrechts-Tyteca 1970),
comment peut-il se faire opposition ancrée dans des dichotomies rigides ? A-t-on alors
affaire aux « deep disagreements », aux dissensions profondes dont parlait Fogelin
dans un article célèbre, en soulignant que l’hétérogénéité des prémisses creuse entre les
adversaires un fossé infranchissable ? On sait les difficultés que cette notion a posées
aux théories de l’argumentation fondées sur le principe qu’une persuasion entièrement
ou partiellement rationnelle pouvait emporter l’adhésion de l’auditoire. Elles recoupent
le problème que soulève Angenot (2008) dans son Dialogue de sourds en affirmant que
les polémiques, sur le terrain, n’aboutissent jamais à un accord. Elles relèveraient d’une
« interincompréhension » qui en ferait des monologues menés parallèlement par des
adversaires pris dans des logiques incompatibles, au point que celle de l’opposant
apparaîtrait comme dénuée de toute raison, littéralement folle. C’est la question de la
persuasion, objectif déclaré de toute rhétorique argumentative, qui est ici en jeu.
16 Sur ce problème, les positions sont diverses. On fait souvent remarquer que le but du
polémiqueur n’est pas de convaincre l’autre, mais d’emporter l’adhésion du Tiers par
une dichotomisation délibérée des positions. Dans ce cadre, Albert et Nicolas voient
dans la surdité manifestée par les polémiqueurs un simulacre, une posture qui assure
l’efficacité de leur parole dans un jeu réglé (Albert et Nicolas 2010 : 33-34). D’autres
acceptent que la persuasion ne soit pas l’horizon unique de la polémique. Délibérément
ou non, celle-ci remplirait aussi dans l’espace social d’autres missions, dont
l’importance ne le cèderait en rien à l’adhésion des esprits. Dans sa contribution au
présent numéro, Amossy insiste avec force sur les conséquences de cette approche pour
la conception que l’on se fait traditionnellement de la rhétorique argumentative et de
son rapport au social. Qu’elle puisse avoir d’autres buts et d’autres effets que la
persuasion marque un décentrement radical de la discipline, qu’on n’a pas encore
pensé jusqu’au bout, et que diverses contributions de ce collectif contribuent à éclairer.
Ainsi, Masasa, en étudiant l’interincompréhension des polémiqueurs sur la question de
la pauvreté, montre comment l’aporie dont ils prennent conscience les mène à dépasser
la critique polémique au profit de l’action. Burger insiste sur la façon dont le désaccord
polémique entre deux professionnels des nouvelles à la télévision, qui ne se solde par
aucun accord mais est résolu par un coup de force sur le terrain, contribue à la bonne
marche d’une pratique. Brilliant montre que la polémique politique autour de
« l’immigration choisie » telle qu’elle est présentée à ses débuts dans les médias est une
pure question de positionnement dans le champ. Orkibi traite des manifestations de la
« rhétorique coercitive », « désignant tout acte physique ou verbal visant à faire
pression sur un destinataire en lui proposant une seule option, dont la réfutation est
impossible ou comporte des conséquences néfastes » : la notion de coercition remplace

dès lors celle d’adhésion des esprits. Admor parle, à propos de la polémique déclenchée
par Faitlovitch contre une présentation savante de la communauté juive d’Éthiopie,
d’un « acte de résistance ». Enfin, Amossy présente la polémique, jusque dans son
exacerbation de thèses incompatibles, comme une possibilité de coexistence dans le
désaccord. Qu’elle se présente comme un dialogue direct ou comme un échange
indirect dans les médias, la polémique permet aux polémiqueurs de continuer à
partager un même espace, nourri de questions communes.

2.4. Polémique et circulation des discours


17 Nous avons parlé jusque-là de « polémique », sans nous interroger sur les diverses
formes qui en ont été invoquées : la polémique, le discours polémique, l’échange

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polémique, le désaccord polémique. Ces appellations sont en prises sur les questions
traitées plus haut, et appellent quelques précisions. La polémique se réfère à un
ensemble de discours qui circulent dans un espace social donné sur une question
controversée, à laquelle sont données des réponses divergentes et mutuellement
exclusives par des locuteurs qui tentent de disqualifier la thèse adverse ou l’adversaire
qui la soutient. Elle comporte ses lieux, ses argumentaires et sa chronologie, tout en
traversant les genres et les supports. Le discours polémique (qui se situe généralement,
mais pas nécessairement dans cet ensemble – on peut imaginer une attaque isolée,
comme dans le cas du pamphlet) est un contre-discours visant à discréditer une cible
au sein d’une présentation polarisée, voire dichotomisée, des oppositions. À ce titre,
l’échange polémique existe même si le discours qui vise une cible ne reçoit pas de
réponse : dialogique, il n’est pas nécessairement dialogal. Mais l’échange polémique
implique aussi souvent un dialogue effectif entre au moins deux argumentateurs, qui
présentent des points de vue antagonistes. On peut ainsi parler d’interaction polémique
au sens restreint lorsqu’ils sont en face à face.
18 La formule « désaccord polémique » appelle sans doute un plus ample commentaire.
Évoquée dans ce numéro par Burger, elle vient « qualifier tout événement
communicationnel, oral ou écrit, manifestant une opposition irréductible de points de
vue, avec ou sans affrontement verbal ». Les argumentateurs se mettent d’accord de ne
pas être d’accord. Cette conception originale se situe dans le cadre d’une analyse
interactionnelle qui met en avant la notion de négociation – mettant ainsi au défi les
approches qui voient dans les échanges polémiques un refus de la négociation au sein
de positions antagonistes exacerbées et rigides. On peut se demander dans quelle
mesure il y a négociation (entendue comme une séquence de propositions, non-
ratifications et contre-propositions) plutôt que mise en opposition de deux massifs
discursifs. La notion de désaccord polémique oblige aussi à repenser la distinction du
public et du privé – la polémique relevant de la première – en montrant comment un
échange professionnel d’ordre privé peut relever de l’opposition de deux conceptions
globales de l’information médiatique qui s’opposent sur la place publique. Il convient
dès lors de revoir la question de la querelle privée et de l’échange ou de l’interaction
polémique en se demandant où se situent leurs frontières.
19 Dans l’ensemble, les réflexions sur la polémique achoppent toujours sur la question
de son évaluation : de la condamnation évoquée au départ, à la constatation des
multiples fonctions qu’elle remplit dans l’espace social, les écarts sont grands. Dans ce
cadre, Jacquin propose dans ce numéro de prendre en compte les évaluations des
participants eux-mêmes sur la polémique telles qu’elles se traduisent dans des
interactions authentiques, qu’elles contribuent à modeler. Les participants
sanctionnent les comportements qu’ils relèvent comme polémiques, et qui de ce fait

disqualifient à leurs yeux le propos. On y retrouve une condamnation de la polémicité


telle qu’elle se manifeste dans la gestion conflictuelle des faces. L’évaluation négative de
la polémique serait donc à prendre en compte dans la mesure où elle est opératoire
dans les échanges quotidiens. D’autres approches vont à rebours de la doxa sur la
polémique pour s’interroger sur ses bénéfices en tentant de dégager les fonctions
qu’elle remplit. Dans cette optique, il conviendrait de différencier entre les polémiques
médiatiques, par exemple, celles qui se manifestent sur la place publique, et les
controverses scientifiques, qui ont bonne presse et font l’objet d’études de plus en plus
nombreuses (Eemeren & Garssen 2008). L’emploi du terme de « controverse » dans
son rapport à « polémique » n’est d’ailleurs pas sans poser problème – et cela d’autant
plus que l’anglais a tendance à utiliser « controversy » pour les confrontations
politiques et citoyennes exacerbées que le français désigne par « polémiques ». Dans le
domaine des débats savants, il s’agit de confrontations qui sont au cœur du progrès
(Dascal 1998 : 15-17) et peuvent être considérées comme le moteur même du
développement des sciences, le lieu où les thèses sont mises en question et confrontées.
Dans l’espace global de la polémique, les controverses mettraient aux prises des
attitudes et des préférences dans une confrontation réglée où les deux parties essayent
de se persuader mutuellement par le poids d’arguments. Le bénéfice de savoir est ici
primordial, et il conviendrait de s’interroger sur la part que la dimension cognitive
occupe dans les polémiques médiatiques et plus généralement, dans les confrontations
verbales qui se déchaînent sur la place publique. La question est d’importance, et elle
est loin d’être éclaircie. On notera toutefois la façon dont la controverse théologique,
chez Edelstein, tourne à la polémique dès lors qu’il s’agit d’enjeux sociaux et éthiques
d’une actualité brûlante ; ou comment un échange de vue polémique entre experts
glisse et appelle une réaction polémique d’une grande violence lorsque des enjeux liés
au sort d’une communauté et au destin national y surgissent (Admor).

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au sort d’une communauté et au destin national y surgissent (Admor).

2.5. Polémique et médiatisation


20 Compte tenu de ce qui précède, on conçoit que la médiatisation joue un rôle non
négligeable pour la compréhension du phénomène polémique. Outre les instances
médiatrices et l’ancrage dans un espace public sur lesquels nous revenons plus bas,
c’est en effet le processus lui-même – c’est-à-dire la technologie de médiation (ou le
médium) – qui façonne également la polémique. De l’avis même des professionnels des
médias, sous l’impulsion du journalisme participatif5, les nouvelles technologies liées à
l’Internet motivent de manière déterminante les pratiques des médias. On parle même
de tendance générale qui consacre la primauté de l’Internet sur les autres modes de
médiatisation. S’agissant de la pratique de l’actualité, on observe en effet que tant les
médias électroniques que la presse écrite optent de plus en plus pour une première
diffusion des nouvelles sur leur site internet et non pas sur un autre support6. De fait,
seul l’Internet permet la diffusion d’une énorme somme de documents en temps réel
« naturellement destinés à circuler, à se propager, à être lus, commentés, enrichis et
approfondis par le monde des internautes, qui correspond désormais au monde réel 7 ».
21 Dans ce sens, concernant le thème de ce numéro, on peut poser que l’Internet – en
tant que mode de communication – crée les conditions d’une circulation des discours
qui possède en soi un très fort potentiel polémique : une fois suscitée sur l’Internet, le
déploiement et l’extension de la polémique sont en effet immédiats et a priori illimités.
Autrement dit, l’ancrage dans le cyberspace semble conditionner la possibilité d’une
hyper-polémique.
22 Pour ce qui nous concerne ici, l’usage de plus en plus généralisé de l’Internet par les

médias est d’importance. Au plan méthodologique de l’analyse des discours


polémiques, de nouveaux lieux d’observation sont en effet plus (et mieux) manifestes :
on pense par exemple aux forums de discussion, aux blogs interactifs, aux débats
publics. Et ces lieux d’observation permettent, voire impliquent une manière
particulière de concevoir le phénomène polémique : on peut en effet en saisir la
dynamique même, c’est-à-dire la polémique en quelque sorte « en train de se faire » par
les polémiqueurs eux-mêmes, par étapes bien démarquées dont la fonctionnalité est
remarquable8.
23 Les contributions de ce volume ne thématisent pas directement les caractéristiques
de l’hyper-polémique propre à l’Internet. Cependant, la dynamique et l’importance de
la temporalité du phénomène polémique9 dans les médias en général fait dans ce
volume l’objet de descriptions de deux types : soit en tant que dimension
contextualisante, contribuant à saisir l’évolution de la valeur polémique des discours
dans une temporalité « longue » ; soit en tant que dimension constitutive, contribuant
à saisir la manière dont un discours est configuré comme polémique au plan interactif
dans une temporalité « courte ». Sur le premier point, on lira avec profit les
contributions de Orkibi qui analyse les conditions sociales d’émergence et les formes
langagière de la violence verbale dans un mouvement social de protestation contre le
désengagement de la bande de Gaza, en Israël ; celle de Micheli et celle de Brilliant qui
caractérisent tous deux la polémique comme une dynamique communicative
particulière dans le champ politique français en portant l’attention sur l’exploitation
faite d’un mot ou d’une « formule » polémique. Quant à la contribution de Amossy,
même si son propos vise davantage une reconception théorique, son corpus de
« flammes » et « posts » de forums de discussion électroniques de deux journaux
français de presse écrite montre bien les potentialités communicatives propres de la
polémique sur l’Internet. Sur le second point, on lira la contribution de Burger et celle
de Jacquin qui analysent tous deux la polémique en « interaction » à l’œuvre dans la
séquentialité de courts épisodes discursifs, à la rédaction d’une chaîne de télévision,
portant sur les enjeux de l’information télévisée de service public, respectivement dans
un débat public portant sur les enjeux du coût des études universitaires, deux contextes
qui défraient régulièrement la chronique dans l’espace public suisse.

2.6. Polémique et médiagénie


24 On a vu que la polémique dans toutes ses variétés discursives constitue une forme de
communication « spectaculaire ». Dès lors qu’elle est médiatisée, il semble que la
polémique révèle bien la tension paradoxale qui nourrit les cultures médiatiques
contemporaines depuis des décennies : rendre compte selon une logique citoyenne des
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contemporaines depuis des décennies : rendre compte selon une logique citoyenne des
informations d’intérêt public en les rapportant, vérifiant et expliquant ; et dans le
même temps, fidéliser le public en configurant l’information selon une logique
commerciale (voir Turbide 2011, Burger, Jacquin & Micheli 2011, Burger 2009,
Charaudeau 2005, Tolson 2001). Avec le distinguo « intérêt public » et « intérêt du
public », on touche au caractère médiagénique de l’information dont on sait qu’il
conditionne l’agenda journalistique (voir Burger, Perrin et al. 2009).
25 Or, précisément, la polémique – parce qu’elle est spectaculaire – réconcilie les deux
logiques qui viennent d’être évoquées, et semble ainsi particulièrement prisée des
médias. D’une part, elle permet aux médias de jouer un rôle démocratique et de mener
à bien une mission citoyenne par laquelle ils légitiment leur pratique quotidienne.
Selon les professionnels des médias, on observe actuellement un retour à des médias
« médiateurs », c’est-à-dire des relais dans le circuit de la communication publique

d’intérêt général. Dans ce rôle, les journalistes rapportent les polémiques faites par
d’autres et se concentrent quant à eux sur un travail de sélection, de vérification et
d’explication des nouvelles. Autrement dit, dans ce cadre citoyen, on peut poser que la
polémique favorise un journalisme d’investigation, c’est-à-dire une posture impliquant
d’enquêter pour découvrir la vérité et la diffuser vers le public, ce qui demande du
temps, des réseaux de contact, et l’accès à des documents confidentiels ou d’accès
limité. Ce faisant les médias témoignent de la pluralité des positions idéologiques qui
sous-tendent les espaces publics contemporains et des formes d’alliances et de
mésalliances qui structurent ceux-ci.
26 Cela dit, le caractère spectaculaire des discours polémiques permet aussi d’embrayer
de manière optimale la logique commerciale à l’œuvre dans les médias. À ce titre,
l’entrée « polémique » dans le récent Dictionnaire du journalisme de Jacques LeBohec
est significative : « dispute publique que nombre de journalistes adorent relayer et
attiser. Voire créer, parce que c’est spectaculaire et que cela « fait vendre », au risque de
simplifier outrageusement les enjeux et les problèmes (LeBohec 2010 : 462) ». Ainsi, la
polémique semble dotée d’une fonction commerciale que les cultures médiatiques
contemporaines favorisent. Engagés dans des marchés globalisés à très forte
concurrence, les médias sont des entreprises luttant incessamment pour atteindre un
seuil de rentabilité. Dans ce cadre commercial (et non plus citoyen), la polémique est
un bon moyen au service d’un journalisme de marché qui se pratique l’œil rivé sur les
chiffres de vente et les courbes d’audience car la dimension commerciale est le principal
critère d’excellence. La polémique souligne dès lors un autre rôle endossé par les
médias : celui d’être des « créateurs » de mises en scène (et même de nouvelles) « qui
font vendre ». Un tel rôle apparaît dans ce d’aucuns appellent la tendance au « people »
(ou la « peopolisation » de l’information : voir Dakhlia 2010, Charaudeau 2008). Il se
manifeste par des stratégies de déplacement continuel des repères entres les sphères
publique et privée. L’état de confusion qui en résulte entre l’espace social et individuel
est par ailleurs régulièrement dénoncé par les professionnels eux-mêmes10. Dans tous
les cas, entre l’intérêt public et celui du public, on trouve donc apparaître notablement
l’intérêt des médias eux-mêmes.
27 Même si elle n’en constitue pas un thème central, ce qu’on peut appeler la
« médiagénie » de la polémique11 se retrouve en filigrane dans plusieurs contributions
de ce volume. S’intéressant à la prise de position des autorités protestantes suisses
concernant la « question juive » et l’antisémitisme durant la seconde guerre mondiale,
Edelstein conçoit la polémique compte tenu d’une visée argumentative où la finalité de
convaincre un public cible domine. C’est aussi la redéfinition de la polémique comme
une modalité argumentative particulière que Amossy détaille dans un corpus de
« posts » à fort degré de polémicité extraits de forums de discussion supportés et
publiés en 2010 par deux journaux français au profil « médiatique » a priori bien
distinct : Libération et Le Figaro. Les deux auteures mettent ainsi en évidence l’option
citoyenne de médias « rapporteurs » d’intérêt public. L’option inverse, celle des médias
« créateurs » de réalités polémiques est détaillée par la contribution de Masasa qui
s’intéresse au travail médiatique de dramatisation et de spectacularisation des deux
axes en conflits : les mondialistes et les anti-mondialistes dans les sommets du G8
entre 2001 et 2005.

2.7. Polémique et espace public


28 Après avoir évoqué le rapport entre la polémique et deux pratiques essentielles des
médias : le journalisme d’investigation et le journalisme de marché, il reste à aborder

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brièvement le rôle de la polémique médiatique dans la constitution et l’évolution des


espaces publics contemporains12.
29 Par « espace public », il faut entendre, dans la lignée de la réflexion originelle de
Jürgen Habermas, un espace social de construction des identités citoyennes. Plus
précisément les identités à la fois fondent et résultent d’un espace public – un réseau –
où se communiquent des informations, s’échangent et se négocient des points de vue
d’intérêt général, c’est-à-dire qui sont pertinents pour tous les membres d’une
communauté13. Les espaces publics pourvoyeurs d’identités citoyennes sont ainsi en
nombre indéfinis et leur caractéristiques matérielles très diverses : tout lieu d’échange
d’opinion à l’accès non restreint, du forum de discussion en ligne au débat public.
D’une manière générale, on peut poser que les médias constituent des instances
déterminantes dans la constitution et l’aménagement des espaces publics, car les
journalistes sont des experts en matière d’affaires publiques. Toujours d’une manière
générale, pour les raisons évoquées plus haut, la polémique en tant qu’orchestrée par
les médias contribue à la construction identitaire du corps social par la définition, la
contestation et la négociation des critères qui fondent une identité citoyenne. En tant
que cette dimension identitaire représente une ressource toujours disponible, et très
souvent invoquée et exploitée dans le cas d’une communication conflictuelle, elle s’en
trouve en quelque sorte « montrée » à l’excès par la polémique médiatique.
30 La polémique comme dimension de la constitution des espaces publics
contemporains – et par là des identités citoyennes – traverse les contributions de ce
volume. Trois d’entre elles abordent la thématique de manière originale. Admor,
centrant l’attention sur un corpus de textes polémiques de 1936 relevant de la sphère
scientifique hébraïque, analyse les représentations en jeu dans la définition de l’identité
juive et de son ancrage dans un espace social légitime. À ce titre, la polémique semble
représenter une condition de la coexistence et de la cohésion sociales dans un contexte
tendu. La contribution déjà citée de Amossy va dans le même sens. L’auteure analyse de
manière fine comment les internautes polémiqueurs dans les forums de discussion en
ligne fondent une catégorie d’argumentateurs à part : pour reprendre la formule
utilisée plus haut, ils se mettent d’accord de ne pas être d’accord et par là co-existent
dans un espace de dissension. Quant à Koren, elle montre en quoi l’idée de rationalité
constitue à la fois une norme sociale d’évaluation omniprésente dans les échanges
polémiques et dans le même temps controversée car non consensuelle. Elle analyse de
manière détaillée des articles de presse polémiques d’un quotidien français publiés en
2006 concernant la couverture d’un conflit armé (la seconde guerre entre Israël et le
Hezbollah).

Bibliographie
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Note : on trouvera une bibliographie annotee sur le discours polemique et sur la violence
verbale sur :

http ://www.tau.ac.il/~adarr/index.files/bibliographies/polemique.html
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Notes
1 . http://www.tau.ac.il/~adarr. Le travail nécessité par ce volume a été effectué dans le cadre du projet
734/08 de la Israeli Science Foundation (ISF)intitulé « Discours polémique et argumentation dans la
sphère démocratique contemporaine. Le cas de la France », sous la direction de Ruth Amossy.
2 . http://www.unil.ch/clsl
3 . Voir aussi les actes du colloque interdisciplinaire « Les médias et le politique » tenu récemment à
l’université de Lausanne, dans Burger, Jacquin et Micheli (éds)(2010)(à
consulter surhttp://www.unil.ch/clsl/page81503.html).
4 . Ainsi, le présent volume prolonge le dialogue productif instauré à l’instigation de l’équipe
israélienne qui a organisé à l’université de Tel-Aviv, en décembre 2009, deux journées d’étude
engageant les deux groupes sur le thème « Polémiques journalistiques et médiatiques ». On peut
consulter le programme détaillé de ces journées d’étude sur :
http://www.tau.ac.il/~adarr/index.files/colloques.html
5 . On pense en premier lieu à des sites d’information citoyenne (comme Agoravox) ou des sites
lanceurs d’alerte (comme Wikileaks) qui exploitent les potentialités de l’Internet.
6 . À propos des récentes révélations en masse des « câbles diplomatiques » par Wikileaks, les
professionnels des médias emboîtent le pas à Massimo Razzi (La Repubblica) qui n’hésite pas à déclarer
que « le 28 novembre 2010 restera comme le jour où tout ou presque tout s’est déplacé, déversé sur
internet, ou au moins à partir d’internet » (Massimo Razzi, journaliste à La Repubblica , cité dans le
dossier du Courrier international n° 1048, du 2 au 8 /12/ 2010, p. 8).
7 . Massimo Razzi dans le Courrier international n°1048 (op.cit.).
8 . On pourrait rétorquer que la dynamique de la polémique s’observe de même dans les autres médias
électroniques, voire dans la presse écrite. Cependant, dans ces cas, la polémique « en train de se faire »
reste contrôlée, canalisée, provoquée etc. par les instances médiatiques – et non les polémiqueurs eux-
mêmes – et dépend des mises en scène médiatiques.
9 . L’importance de la temporalité du phénomène polémique a été soulignée notamment par Dascal,
Plantin, Doury.
10 . Par exemple, il est intéressant d’observer les réactions suscitées au sein de la profession
journalistique par le « cable gate » déclenché par Wikileaks (novembre 2010). Certains saluent la
portée civiques des révélations alors que d’autres dénoncent dans le même temps la quête du
spectaculaire : « quand les petites phrases sur les « people » de la politique rivalisent avec les

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Introduction : la polémique médiatisée 18.12.15 16:50

spectaculaire : « quand les petites phrases sur les « people » de la politique rivalisent avec les
phantasmes de quelques diplomates occidentaux – publiés comme s’ils étaient paroles d’évangiles, on
peut s’interroger sur l’intérêt public de l’opération. Et s’inquiéter de son énorme potentiel de
manipulation » (selon l’éditorialiste Benito Perez, à la Une du Courrier, de Genève, le mardi 7 décembre
2010).
11 . C’est-à-dire l’intérêt des médias pour la polémique à la fois pour des raisons citoyennes et
commerciales.
12 . On pourrait s’étonner du peu de cas qui est fait du journalisme participatif. De fait, le journalisme
participatif ne constitue pas une pratique des médias professionnels : il est fait par de simples citoyens
jouant eux-mêmes un rôle actif dans le processus de récolte, d’enquête, d’analyse et de diffusion des
informations. Si par là même les citoyens contraignent les pratiques des médias, nous centrons
l’attention sur le travail journalistique du traitement de la polémique, c’est-à-dire la polémique
proprement « médiatique ».
13 . On consultera avec profit diverses contributions du récent Handbook of Communication in the Public
Sphere, notamment l’introduction de Suzanne Koller & Ruth Wodak qui définissent par bribes la notion
d’espace public : « a network for communicating information and points of view », « social sites or
arenas where meanings are articulated, distributed and negociated », « a contested participatory site in
which actors with overlapping identities (…) form a public body and emerge in negotiations and
contestations over political and social life » (Koller & Wodak 2010 : 5)

Pour citer cet article


Référence électronique
Ruth Amossy et Marcel Burger, « Introduction : la polémique médiatisée », Semen [En ligne],
31 | 2011, mis en ligne le 01 avril 2011, consulté le 18 décembre 2015. URL :
http://semen.revues.org/9072

Auteurs
Ruth Amossy
Université de Tel-Aviv

Articles du même auteur


La coexistence dans le dissensus [Texte intégral]
La polémique dans les forums de discussion
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Marcel Burger
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Title:
Semen
Revue de sémio-linguistique des textes et discours
Briefly:

Revue de sémio-linguistique des discours et des textes

Publisher:
Presses universitaires de Franche-Comté
Medium:
Papier et électronique
E-ISSN:
1957-780X
ISSN print:
0761-2990

Access:
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