Pages de INRIC Rapport Final FR 04
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Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
Chapitre 4
Le paysage audiovisuel
Les dommages subis par le secteur de l’audiovisuel public sont énormes. Et malgré
l’amélioration relative qu’il a connue, depuis la révolution du 14 janvier 2011, il est encore
confronté à des défis considérables.
Le meilleur moyen de réformer ce secteur, aux yeux de l’INRIC, était donc de s’inspirer
des expériences des pays démocratiques dans ce domaine et de proposer des changements
radicaux au niveau de l’organisation et de la gestion, afin d’élever les médias audiovisuels
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qui sont sous le contrôle de l’Etat au rang de médias de service public, indépendants de
tous les pouvoirs.
Le règne de Ben Ali (1987-2011) était marqué par une absence quasi-totale d’un
cadre légal et juridique harmonieux et unifié qui régit l’information et la communication
audiovisuelle.
Les seules législations éparses qui étaient en vigueur dans ce domaine sont :
- Le code des télécommunications, qui organise l’attribution des fréquences et les
autorisations de télédiffusion96
- Le code de la presse du 28 avril 197597 qui a un caractère répressif et qui comporte
de multiples peines privatives de liberté.
- Les lois de mai 199098 et juin 200799 portant organisation des établissements de la
radio et de la télévision publiques
96 Loi n° 1 de l’année 2001 datée du 15 janvier 2001 amendant la loi n° 58 de l’année 1977 datée du 3 aout 1977
97 Loi n°75-32 du 28 avril 1975 portant promulgation du code de la presse
98 loi n° 90-49 du 7 mai 1990 portant création de l’établissement de la radio et de la télévision tunisienne
99 Loi n° 2007-33 du 4 juin 2007, relative aux établissements publics du secteur audiovisuel
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Bien au contraire, il semble bien que la mission des médias publics ait été fixée
sciemment et de manière arbitraire après la promulgation de ces textes de loi, dans le but
de permettre à l’autorité de tutelle de codifier et d’interpréter à sa guise la nature de cette
mission.
Les législations relatives à l’audiovisuel précisent, en effet, que :
- Les conseils d’administration des établissements audiovisuels publics, dont les
membres sont en majorité des représentants de différents ministères, désignés par
décret, contrôlent le fonctionnement de la radio et de la télévision.
- Les conseils d’administration délèguent toutes leurs prérogatives aux présidents
directeurs généraux de la radio et de la télévision qui sont désignés par arrêté du
ministère de tutelle et qui exercent leurs responsabilités sous le contrôle de ce
ministère.
- Le ministre de tutelle bénéficie d’une liberté absolue dans la gestion des
établissements de la radio et de la télévision, à travers la nomination des membres
du conseil d’administration et des dirigeants des deux entreprises, le contrôle de la
gestion administrative et financière de ces établissements, voire même du contenu
des programmes. A ce titre, l’autorité de tutelle contrôle les contenus des émissions
d’information diffusées par les établissements de la radio et de la télévision et fixe
donc les limites du concept de service public.
La décision, à partir de 2003, d’ouvrir l’espace audiovisuel au secteur privé revêt une
dimension purement politique. En effet, l’intention du pouvoir n’était nullement de briser
le monopole de l’Etat sur le secteur de l’audiovisuel mais d’accorder, arbitrairement sous
forme de privilèges, et dans l’opacité la plus totale, des licences et des autorisations de
télédiffusion à des membres de la famille régnante, à des proches et à des amis fidèles du
régime. Le pouvoir n’était même pas tenu de justifier l’attribution ou le refus d’une licence,
et le citoyen n’était pas informé des conditions et des critères d’octroi des autorisations de
diffusion.
Même le conseil supérieur de la communication, créé en vertu d’un décret du 30
janvier 1989, et qui devait être un organe de régulation, n’avait aucun pouvoir dans ce
domaine et n’était qu’une institution purement consultative.
Les radios et les télévisions, publiques et privées, se sont contentées, sous l’ancien
régime, de servir de caisses de résonance, d’outils de propagande et de manipulation,
à travers un discours politique aseptisé et une politique d’exclusion à l’égard de toutes
les voix discordantes, dans la confusion la plus totale entre l’Etat, le parti au pouvoir et le
gouvernement.
Des organisations non-gouvernementales, nationales et internationales, ont critiqué
cette politique qui privait les citoyens d’un service public et de leur droit à une information
libre et pluraliste, reflétant leurs attentes et préoccupations.
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Paragraphe 1 : La télévision
La télévision publique compte deux chaînes, « Canal 7 » et « Canal 21 », qui ont été
baptisées, après la révolution, « Wataniya 1 » et « Wataniya 2 » (Nationale 1 et Nationale 2).
Après le 14 janvier 2011, la direction de la télévision publique a adressé à l’INRIC
une demande pour l’agrément de 5 nouvelles chaînes : Une chaîne sportive, une chaîne
d’information en continu, une chaîne religieuse, une chaîne régionale et une chaîne
éducative.
L’INRIC a recommandé au gouvernement provisoire d’accorder une seule licence
pour la création d’une chaîne sportive, soulignant la nécessité d’axer plutôt les efforts sur
l’amélioration des deux chaînes déjà existantes100, au lieu de se lancer dans la création de
nouvelles chaînes, sans préparation suffisante.
A la mi-décembre 2011, la direction de la télévision tunisienne a annoncé sa décision
de transformer la deuxième chaîne de la télévision publique « Wataniya 2 » en chaîne
régionale, à partir du 2 janvier 2012.
Paragraphe 2 : La radio
100 Rapport de l’’INRIC sur le lancement de chaînes de télévision privées daté du 7 septembre 2011
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Il convient de noter que la nomination des deux représentants de l’Etat au sein des
conseils d’administration de ces deux établissements s’est faite sur recommandation de
l’INRIC, après concertation avec le syndicat national des journalistes tunisiens.
Le limogeage de ces deux responsables d’une manière précipitée et cavalière a nourri
la crainte chez bon nombre d’observateurs quant à l’intention des nouveaux gouvernants de
garantir l’indépendance de ces deux médias.
En effet, Mme Iqbal Gharbi a appris par courrier la nomination de Rachid Tabbakh à
la tête de Radio Zitouna, le jour même où elle a obtenu un jugement judiciaire en sa faveur
pour occuper ses fonctions à la tête de cette station.
De son côté, Lyès Gharbi a appris la décision de son remplacement en lisant l’ordre
du jour d’une réunion du conseil d’administration à laquelle il devait participer.
Lors des débats qui ont eu lieu au sein de l’INRIC 103, au sujet du maintien ou de
l’annulation de la séparation entre les établissements de la radio et de la télévision, la plupart
des participants étaient pour le maintien de cette séparation, surtout parmi les journalistes et
agents de la radio qui considèrent que l’établissement de la télévision était beaucoup plus
avantagé sous le règne de Ben Ali, ce qui a entrainé un sentiment d’injustice et de frustration
parmi les personnels de la radio
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A . Le cadre juridique
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Cette dépendance est encore plus renforcée en matière de gestion financière qui est
sous le contrôle direct du premier ministère et du ministère des finances, ce qui enlève aux
directions de ces entreprises tout esprit d’initiative et les prive de tout moyen de tracer une
politique et de prendre des mesures que nécessite la gestion quotidienne.
Recommandations
D’après les statuts juridiques actuels des deux établissements, le PDG dispose
d’un pouvoir absolu dans la définition de la politique éditoriale. Il résulte de cette situation
que toutes les décisions sont prises de manière individuelle, sans planification et sans
concertation. Le meilleur exemple illustrant cet état de fait est, incontestablement, la décision
de transformer la deuxième chaîne de la télévision nationale en une chaîne régionale, dans
un laps de temps très court et sans programme préétabli.
106 Décret-loi n° 116 relatif à la liberté de la communication audiovisuelle et à la création d’une haute autorité indépen-
dante pour la communication audio visuelle datée du 2novembre 2011 et publié au journal officiel du 4 novembre 2011
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aussi important109 et que la direction générale continue pourtant à recourir aux services
de collaborateurs externes pour certaines activités.
Les journalistes ont également évoqué la question du favoritisme dans le recrutement,
la promotion et la répartition du travail.
Alors que la tendance dans le monde est plutôt vers le regroupement, la convergence
technique et l’économie des moyens, on se dirige en Tunisie vers la consécration de
la séparation entre la radio et la télévision, ce qui conduit à une mauvaise gestion des
ressources humaines et matérielles, et prive les journalistes de s’épanouir et de travailler
dans des conditions matérielles et techniques plus propices et plus favorables.
Même si les journalistes de la radio refusent, pour le moment, le rétablissement de
la jonction entre les deux établissements, il est nécessaire de réfléchir à un type de relation
entre les deux médias au niveau des politiques générales, compte tenu du fait que la Radio
et la télévision sont des médias publics qui ont des objectifs communs.
Recommandations
• Créer un conseil exécutif qui aura pour mission de réaliser les programmes fixés par
le conseil d’administration. Ce conseil exécutif sera présidé par le PDG et composé
des directeurs des stations de radio et de télévision et des différentes directions des
deux établissements
109 L’ancien PDG de la télévision, Mokhtar Rassaa a déclaré au cours d’un atelier de travail organisé par l’INRIC que le
nombre des agents qui n’exercent pas effectivement au sein de la télévision représente les 2/3 de l’effectif total alors que
son successeur Adnane Kheder qui a pris ses fonctions le 7 janvier 2012 a indiqué que ce chiffre ne dépasse pas quelques
dizaines
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• Etablir une identification précise des fonctions au sein de chaque entreprise afin
d’éviter toute confusion au niveau des responsabilités.
C. La rédaction
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Recommandations :
• Mettre en place un code de conduite qui fixe les principes régissant un média de
service public, sur la base des critères de qualité, de professionnalisme, de pluralisme,
d’indépendance et de respect des droits de l’homme.
• Faire en sorte que les différentes stations de radio et les deux chaînes de télévision
mettent en place des lignes éditoriales qui reflètent leur identité et le système de
valeur qui préside leur action et leurs méthodes de travail.
110 Cette commission était composée du directeur de l’IPSI, Taoufik Yaakoub, d’un professeur universitaire à l’IPSI,
Fatma Azzouz et du directeur du centre africain de perfectionnement des journalistes et des communicateurs ,Abdekrim
Hizaoui
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D. La formation :
La télévision tunisienne dispose d’un service interne de formation qui est chargé de
compléter la formation servie à l’IPSI et au CAPJC. Toutefois, ce service n’est pas du tout
fonctionnel. Il ne participe pas au renforcement des compétences des nouvelles recrues
et n’assure pas, non plus, leur intégration au sein de l’entreprise, ni encore moins leur
sensibilisation aux principes de médias de service public.
Recommandations :
• Procéder à une évaluation des sessions de formation et adopter les résultats de cette
évaluation comme critères de promotion .
E. Le financement :
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La relation avec le citoyen est une composante essentielle de la fonction des médias
de service public. Il est donc impératif pour la radio et la télévision de refléter les attentes et
les préoccupations du citoyen tunisien et de lui offrir un espace pour exprimer ses opinions
et ses avis et pour demander des comptes aux décideurs, l’objectif ultime étant que les
citoyens deviennent les défenseurs de la liberté et de l’indépendance des médias publics.
111 Correspondance parvenue à l’INRIC de la direction générale de la radio tunisienne, le 14 mars 2011
112 Correspondance parvenue à l’INRIC de la direction générale de la télévision tunisienne, le 23 septembre 2011
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Recommandations
• Les stations de radio et les chaînes de télévision se doivent de recourir à des bureaux
spécialisés dans la mesure d’audience, et de ne pas se contenter des sondages,
pour élaborer des grilles de programmes dans le cadre du respect des spécificités
d’un média au service du citoyen. Il est également nécessaire de recourir à des
techniques adaptées pour explorer les attentes du public afin de corriger les mesures
quantitatives. Il est aussi important de constituer des « focus groups ». Il s’agit d’une
méthode utilisée par les grands médias internationaux pour identifier les besoins de
leur public.
• Instituer des mécanismes pour recueillir les plaintes et les réclamations du public,
garantir le droit des plaignants d’obtenir une réponse et obliger l’entreprise à corriger
les erreurs et à présenter des excuses, éventuellement.
• Rendre publiques les réclamations et les doléances qui parviennent à la radio et à
la télévision, dans le cadre de la transparence.
113 En vertu de la loi n° 66 de l’année 1979 datée du 31 décembre 1979
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114 Des conseils d’auditeurs et de téléspectateurs existent dans de grands médias internationaux à l’instar de la BBC et de
la télévision allemande ZDF.
115 Correspondance de la direction générale de la télévision le 23 décembre 2011
116 Depuis la création de la télévision tunisienne, le 23 juillet 2007, après sa séparation de la radio, un concours externe
a été organisé en 2008. Il a porté sur le recrutement de 15 agents. Un autre concours a été organisé en 2009 pour régula-
riser la situation de 197 agents contractuels. En 2010 un concours externe a été organisé pour recruter 2 administrateurs
conseillers. En 2011, un autre concours a été organisé pour régulariser la situation de 85 collaborateurs externes. La
même année, un concours externe a été organisé pour recruter 26 agents.
117 Le nombre de réalisateurs a été réduit de 42 en 1988 à 15 en 2010. Le nombre d’ingénieurs de décor a reculé de 15 à 4
durant la même période. La télévision tunisienne ne dispose d’aucun directeur de la photographie alors qu’elle comptait 7
directeurs en 1998
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118 Note de la direction générale de la radio tunisienne n° 2 datée du 1er décembre 2011
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Conclusion
119 Communiqué de l’INRIC en date du 28 décembre 2011 comportant 14 recommandations urgentes adressées au
président de la république, au président du gouvernement et au président de l’assemblée nationale constituante.
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RECOMMANDATIONS
• Mettre en place un plan d’action pour parfaire la gestion des ressources humaines
en valorisant les compétences existantes, en encourageant les départs volontaires,
la mise à la retraite anticipée ou obligatoire, surtout parmi les agents qui étaient très
impliqués avec l’ancien régime ou qui auront montré leur incapacité de s’adapter
au nouveau contexte, et de répondre aux exigences d’une information publique
indépendante.
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• Désigner par voie d’appel à candidature et sur la base des critères de compétence,
d’expérience et d’indépendance, le ou les directeurs de rédaction dans chaque
entreprise publique de presse. Les candidatures peuvent être internes ou externes.
Une commission indépendante, composée de spécialistes et d’experts connus pour
leur compétence et leur intégrité, se chargera d’instruire les dossiers.
• Réviser les statuts juridiques des entreprises publiques de presse, dans le cadre
de commissions spéciales qui auront parmi leurs membres des experts et des
représentants du personnel. La révision des statuts doit porter essentiellement sur la
définition exacte des attributions, des prérogatives et de la composition des conseils
d’administration, la délimitation de la relation entre l’Administration et la Rédaction,
de manière à garantir l’indépendance des services rédactionnels.
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Le monopole d’e l’Etat sur l’information audiovisuelle a duré 65 ans, depuis le début
de la diffusion radiophonique en Tunisie, en 1938.
120 Voir l’article du professeur universitaire Larbi Chouikha sur l’information audiovisuelle privée en Tunisie
[Link]
121 C’est la cas, notamment, de la convention qui a lié l’Etat tunisien à la deuxième chaîne française dont les émissions
ont été interrompues à la suite de la diffusion d’un programme dans lequel la chaîne a parlé de l’ouvrage de Nicolas Beau
et Jean Pierre Tuquoi, « notre ami Ben Ali »
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L’état a permis ainsi à la chaine italienne « RAI UNO » de diffuser sur le territoire
national, à partir de 1960, soit six années avant le lancement de la télévision nationale.
De même, la deuxième chaine de télévision française « Antenne2 » a obtenu une
autorisation de diffusion en 1989 avant d’être suspendue le 23 octobre 1999122.
A partir de 1990, l’Etat tunisien a autorisé la diffusion sur le territoire national de deux
chaînes privées qui sont « Canal Horizons », relevant du groupe « Canal Plus » et ART qui
est un bouquet de 7 chaines cryptées123.
Ces chaines privées ont obtenu l’autorisation conformément à une série de conditions
dont, notamment, l’interdiction de diffuser des programmes d’information et l’obligation de
se limiter aux programmes de variétés.
Durant les dernières années, des voix se sont élevées pour demander la suppression
du monopole sur l’information audiovisuelle. Beaucoup de demandes ont été déposées
pour la création de médias privés. Mais la volonté politique d’ouvrir l’espace audiovisuel aux
privés a manqué. Plusieurs demandes sont restées sans réponse. Elles étaient estimées à
20 demandes en 2006, selon le syndicat tunisien des radios libres (STRL).
La première de ces demandes a été présentée par Salah Fourti, le 10 décembre
1987, pour le lancement d’une radio privée124.
D’autres demandes n’ont pas été satisfaites dont celle de Zied El Heni qui a déposé
une demande pour « Radio Carthage », en 1996, et Rachid Khechana qui a déposé une
demande, en 2004, pour la création de « radio Chiraa ».
Le monopole de l’Etat sur l’espace audiovisuel s’est poursuivi jusqu’en 2003, date de
l’annonce par Ben Ali en personne du démarrage de radio Mosaïque FM dans son discours
à l’occasion du 16ème anniversaire de son accession au pouvoir.
Sous le règne de Ben Ali, toutes les autorisations de diffusion ont été accordées à des
personnes proches du régime. Il s’agit de 5 stations de radio et de deux chaines de télévision.
1 - Radio Mosaïque FM :
122 A la veille des élections présidentielles du 24 octobre 1999, à cause de la diffusion de programmes à caractère poli-
tique ou d’émissions jugées comme portant atteinte à la morale publique.
123 Le propriétaire du bouquet ART est l’homme d’affaires saoudien Salah Abdallah Kamel.
124 La demande portait le nom de « radio 7 », avant de devenir, par la suite, « radio 6 »
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2 - Jawhara FM
De la même manière et sans aucune annonce préalable, il a été accordé une licence
à une deuxième radio, « Jawhara FM » dont les émissions ont commencé à partir de Sousse,
en juillet 2005.
L’autorisation a été accordée à Noureddine Belhaj Youssef, directeur actuel de la
station et qui avait occupé le poste de directeur de « Radio Jeunes » et de la radio régionale
du Kef.
Belhaj Youssef a déclaré que le capital de la station est détenu par un groupe
d’hommes d’affaires sans préciser leur identité127.
Des sources concordantes soulignent que le propriétaire de cette station est, en
réalité, Néji Mhiri,128 homme d’affaires proche du président déchu.
Toutefois, Neji Mhiri a nié, dans des déclarations à la presse, toute relation avec la
radio « Jawhara FM ».
125 Noureddine Boutar, journaliste au quotidien Achourouk, de 1995 à 2003. Il est connu pour sa loyauté envers le
régime de Ben Ali (voir le rapport de la LTDH sur la situation de la presse tunisienne, publié en mai 2004, page 17.
[Link]
126 « La presse magazine », dimanche 18 janvier 2004
127 Communication téléphonique entre l’INRIC et Noureddine Belhaj youssef en février 2012.
128 Article de Rachid Khechana dans le journal électronique libanais Al Akhbar[Link]
129 Kamel Omrane a occupé le poste de directeur général des radios tunisiennes et de directeur de Radio Zitouna, avant
de devenir ministre des affaires religieuses le 29 décembre 2010
130 Mohamed Machfar a pris la direction de la station le 30 décembre 2012
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Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
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surprise par la nomination d’un autre responsable à la tête de la station, Rachid Tabbakh,
directeur de l’institut supérieur de théologie. Cette nomination n’a pas été annoncée de
manière officielle, les médias l’ayant repris sur radio Zitouna.
L’INRIC avait adressé une lettre au premier ministre, Beji Caïd Essebsi, lui demandant
d’intervenir pour imposer le respect de l’intégrité des médias publics et permettre à Mme
Iqbal Gharbi d’accéder à ses fonctions137
L’INRIC avait également adressé au président de la république, au président de
l’assemblée nationale constituante (ANC) et au président du gouvernement ainsi qu’aux
membres de l’ANC, 14 recommandations parmi lesquelles la nécessité d’intervenir de
manière urgente pour protéger Radio Zitouna contre l’ingérence extérieure dans ses
affaires, et pour permettre à Mme Iqbal Gharbi d’exercer ses prérogatives à la tète de cet
établissement médiatique.138
L’INRIC a également publié, le 15 février 2012, un communiqué dans lequel elle a
souligné que la nomination d’un responsable à tête de Radio Zitouna est une soumission
totale au diktat de parties étrangères à l’établissement, qui interviennent de manière illégale
dans la gestion d’un média public, considérant cette nomination comme un précédent
inacceptable. Elle a appelé les autorités publiques à assumer leurs responsabilités surtout
que la justice avait prononcé son jugement139.
Après la nomination du nouveau responsable de cette station, la ligne éditoriale de
« Radio Zitouna » a changé radicalement. Elle est devenue une station à vocation politique140
qui diffuse des discours appelant à la haine et à la violence et des attaques contre certaines
personnalités de la société civile, dans un mutisme total des autorités publiques. Certains
animateurs de la station ont lancé des appels à l’application de la charia141
Beaucoup d’observateurs n’ont pas manqué d’établir la relation entre le nouveau
discours de cette station et le refus d’accepter la nomination de Mme Iqbal Gharbi142 .
4 - Radio Shems FM
Le 10 aout 2010, il a été annoncé la conclusion d’une convention portant sur la création
et l’exploitation d’une nouvelle radio privée baptisée « Shems FM », au cours d’une cérémonie
présidée par le ministre de la communication de l’époque, Oussama Romdhani. Le nom du
propriétaire de la station, qui n’est autre que Cyrine Ben Ali, fille du président déchu, n’a pas été
annoncé143.
137 Lettre adressée par l’INRIC au premier ministre Beji Caïd Essebsi le 9 février 2011
138 Texte du message adressé par l’INRIC le 23 décembre 2011.[Link]
139 Communique de l’INRIC du 15 février 2012.
140 « Radio zitouna : un média public ou un média partisan ? » , « achourouk », vendredi 23 mars 2012
141 Emission diffusée le 14 mars 2012
[Link]
142 « La zitouna qui cache la foret » journal la presse du 20 février 2012-05-25 [Link]
[Link]
143 Dépêche de l’agence TAP du 10 aout 2010
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Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
Le jour du démarrage des émissions, le 27 septembre 2010, Mme Cyrine Ben Ali présidente
du conseil d’administration de la station et fondatrice de cet établissement, a assisté à la séance.
Cyrine Ben Ali est la présidente de la société « Tunisia Broadcasting » dont le capital est estimé
à 1,5 million de dinars.
Le conseil d’administration de l’établissement compte, outre Cyrine Ben Ali, Chekib Nouira,
Tahar Bayahi et Fethi Bhouri, nommé directeur général de la station144.
Après la révolution, cette station a été placée sous administration judiciaire, à la suite de la
confiscation des biens de Ben Ali. L’Etat a repris 70 % des actions de cet établissement.
En septembre 2011 Elyès Gharbi a été nommé administrateur judiciaire représentant de
l’Etat au sein du conseil d’administration de « Shems FM ». Mais il n’est resté en fonction que
quelques mois avant d’être limogé le 22 février 2012, suite à une décision qui a surpris tout le
monde.
Fethi Bhouri a repris ses fonctions à la tête de cette station. Il a indiqué qu’il était victime
d’un déni de justice, puisqu’il est le propriétaire légal de la station et le responsable à part entière
de toutes ses activités145
A noter, dans ce contexte, que le limogeage de Elyès Gharbi n’est pas justifié par une erreur
professionnelle ou par des dissensions internes au sein de l’entreprise, et que la nomination de
Fethi Bhouri s’est faite pendant une réunion du conseil d’administration au cours de laquelle Khelil
Labidi a été désigné président de ce conseil, en remplacement de Chekib Nouira.
A rappeler que « Shems FM » est redevable à l’office national de télédiffusion d’une dette
de 567 mille dinars146.
5 - Radio Express FM
Le 21 octobre 2010, l’espace audiovisuel privé s’est enrichi par une nouvelle station
de radio spécialisée dans l’économie, appelée « Express FM ». Ses propriétaires sont
Mourad Gueddiche, fils du médecin personnel de Ben Ali et Naoufel Ben Rayana qui a été
désigné directeur de la station.
Jusqu’à la date de novembre 2011, les dettes de « Express FM » étaient estimées à
235 mille dinars147.
144 Fethi Bhouri était directeur général à « Planet Tunisie » dont le propriétaire était Cyrine Ben Ali et qui a été reprise,
après la révolution, par la société de téléphonie mobile Orange dont le conjoint de Cyrine Ben Ali, Marouane Mabrouk,
détient une partie du capital
145 Fethi Bhouri : ma nomination à la tête de Shems FM vient remédier à une erreur administrative.
[Link] (23 février 2012)
146 Etat de la situation des médias adressé à l’INRIC par l’ONT le 29 novembre 2011
147 Etat de la situation des médias adressé à l’INRIC par l’ONT le 29 novembre 2011
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1 - La chaîne Hannibal
148 « Pourquoi Hannibal ne décolle pas ? », jeune Afrique du 10 mai 2005 [Link]
149 Rapport de la commission nationale d’investigation sur la corruption et la malversation (octobre 2011) annexe A 137
et A 138
150 Arrêté du ministre des finances du 22 décembre 2004 paru au journal officiel le 4 janvier 2005
151 Dépêche de l’agence TAP du 23 janvier 2011
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Les émissions de la 2ème chaîne de télévision privée ont démarré le 23 mars 2009.
Cette chaîne a été inaugurée, officiellement, par le ministre de la communication de
l’époque, Rafaa Dekhil. Le président déchu avait annoncé le lancement de cette chaîne le
20 mars 2009 dans son discours à l’occasion du 53ème anniversaire de l’indépendance.
Les propriétaires de cette chaîne sont les frères Nabil et Ghazi Karoui qui détiennent
50% des actions.
Participent au capital de cette chaîne, la société « Quinta communications »
du producteur de cinéma et homme d’affaires tunisien, Tarak Ben Ammar, et la société
« Mediaset » de Silvio Berlusconi, ancien chef du gouvernement italien à hauteur de 25%
pour chaque société.152
Le conseil d’administration de la chaîne est présidé par Fethi Houidi qui a occupé
le poste de secrétaire d’Etat à l’information pendant 7 ans (1991-1997) puis de ministre
délégué auprès du premier ministre chargé des droits de l’homme, de la communication et
des relations avec la chambre des députés (mai à septembre 2002).
A l’instar de chaîne Hannibal, « Nessma TV » a bénéficié, pendant les 3 premières
années de ses activités, d’une exonération sur la redevance à l’Etat qui est d’un montant de
2 millions de dinars par an.
Après la révolution, les directions des chaînes « Hannibal » et « Nessma » ont
demandé au premier ministère la révision des cahiers des charges et de la convention
conclue avec l’Etat, et en particulier les dispositions les obligeant à verser une redevance
de 2 millions de dinars par an.
Elles ont également demandé d’abroger les articles qui leur interdisaient de produire,
de coproduire ou de diffuser des émissions d’information et de débat ou des programmes à
caractère politique153.
Le 7 octobre 2011, deux semaines avant les élections de l’Assemblée Nationale
Constituante154, la chaîne « Nessma » a diffusé un film franco-iranien « Persépolis » dont
une scène jugée blasphématoire, a soulevé une vague de protestations et de violence. Un
groupe d’avocats a intenté un procès contre la chaîne pour atteinte aux valeurs sacrées, à
l’ordre public et aux bonnes mœurs.
Le directeur de la chaîne, Nabil Karoui, a été obligé de présenter ses excuses au
peuple tunisien le 11 octobre 2011.
Le 3 mai 2012, Nabil Karoui a été condamné à une amende de 1200 dinars.
120
Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
L’INRIC avait condamné, dans une déclaration publiée le 10 octobre 2011, toutes les
formes de violence et d’intimidation contre les médias et les journalistes. Elle a demandé
à tous les médias de respecter les règles déontologiques et à faire preuve de neutralité et
d’objectivité dans la présentation des différents points de vue.
Bon nombre d’observateurs, tunisiens et étrangers, ont estimé que le procès contre
« Nessma » est une atteinte à la liberté d’expression qui peut avoir de graves conséquences155.
A noter que toutes les stations de radio et de télévision privées créées avant la
révolution, ne respectent pas les conventions conclues avec l’Etat qui interdisent à ces
médias de diffuser des programmes politiques.
Ces conventions contiennent aussi d’autres dispositions qui obligent ces médias à
encourager l’utilisation de la langue arabe, à promouvoir la culture tunisienne et à respecter
les principes de neutralité, d’honnêteté et de professionnalisme.
Ces conventions imposent également à ces médias de présenter un rapport annuel
détaillé aux représentants de l’Etat sur l’application de leurs engagements.
L’INRIC a demandé aux responsables de ces entreprises de lui remettre ces rapports
ainsi que des informations se rapportant à la composition de leur conseil d’administration,
à la répartition des actions et à la situation financière et administrative de ces entreprises,
mais elle n’a reçu aucune réponse156.
L’INRIC a, par ailleurs, été la cible d’attaques orchestrées par les chaînes Hannibal
et Nessma qui ont ouvert leurs espaces médiatiques et leurs plateaux, à sens unique, pour
dénigrer l’INRIC. Ces deux entreprises ont également refusé de participer aux activités de
l’Instance et ont observé un black-out total sur ses activités.
La campagne contre l’INRIC a connu son apogée à la veille du démarrage de la
campagne électorale, en octobre 2011, lorsque l’INRIC a appelé à l’interdiction de la publicité
politique.
Bien que les conventions liant ces médias à l’Etat, leur interdisent de diffuser des
programmes politiques et des spots publicitaires en faveur des partis politiques157, et bien
que l’instance supérieure indépendante des élections (ISIE) ait interdit la publicité politique,
les chaînes Hannibal et Nessma ont continué à diffuser des sports publicitaires à caractère
politique en faveur de l’union patriotique libre (UPL) et du parti démocratique progressiste
(PDP) ainsi que des spots appelant les électeurs à voter, enregistrés par certains candidats
aux élections.
D’autre part, la chaîne Hannibal a invité durant le mois de Ramadan, l’avocat
Abdelfattah Mourou, l’un des fondateurs du mouvement de la tendance islamique (MTI),
121
Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
« Ennahdha » actuellement, pour animer une émission religieuse à une heure de pointe,
alors qu’il conduisait une liste indépendante candidate aux élections.
A la suite de plaintes qui lui sont parvenues, l’INRIC a publié un communiqué pour
mettre en garde contre cette pratique, ce qui l’a exposée à des attaques violentes de
plusieurs parties et en particulier de la chaîne Hannibal158.
La position de l’INRIC à l’égard de la publicité politique n’est pas la seule raison
qui explique la campagne menée contre elle par les chaînes Hannibal et Nessma. Ces
deux chaînes sont, en réalité, opposées à l’application des deux décrets-lois organisant le
secteur de l’information et de la communication (décret-loi n°115 relatif à la liberté de presse,
d’impression et d’édition et décret-loi n°116 sur la liberté de la communication audiovisuelle
et la création d’une haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle).
Les chaînes Hannibal et Nessma ont, en effet, ouvert leurs espaces de débat au
syndicat tunisien des dirigeants des médias (STDM) dont les chaînes sont fondatrices pour
attaquer ces deux textes de loi159.
La campagne de diffamation et de dénigrement contre l’INRIC s’est encore accentuée
à la suite de son intervention, sur demande de l’Office national de télédiffusion (ONT) pour
demander à ces deux chaînes de régler leurs dettes envers cet établissement160.
Le propriétaire de la chaîne Hannibal est allé jusqu’à porter plainte contre l’INRIC et
ses membres pour diffamation et diffusion de fausses informations161.
A noter que l’office national de télédiffusion a procédé à un rééchelonnement de
la dette d’Hannibal TV, dette qui est estimée à plus de 586 mille dinars162, à la date de
novembre 2011.
Les dettes de Nessma ont atteint 167 mille dinars à la date de début aout 2011163
De tout ce qui précède, nous pouvons conclure que les licences et autorisations
accordées par l’ancien régime à des stations de radio et de télévision n’ont bénéficié qu’à
des membres de la famille du président déchu ou à ses proches. L’objectif recherché était
d’exercer la mainmise sur les médias audiovisuels.
L’intention de l’ancien régime n’était pas d’ouvrir le secteur de l’audiovisuel sur le
privé et d’encourager la libre entreprise, mais d’accorder des privilèges et des avantages
158 Communiqué de l’INRIC, le 2 aout 2011, à la suite de plaintes adressées par les membres de la haute instance pour la
réalisation des objectifs de la révolution, des partis politiques, des représentants de la société civile et de journalistes
159 Voir le chapitre relatif aux organismes publics et organisations professionnelles ainsi que le chapitre relatif au moni-
toring des médias
160 Correspondance de l’INRIC aux responsables des chaînes Hannibal et Nessma, le 1er aout 2011 et le 3 septembre
2011
161 Plainte déposée par Larbi Nasra auprès du procureur de la république au tribunal de première instance de Tunis, le
20 aout 2011, contre l’INRIC, son président et ses membres
162 Correspondance de l’ONT à l’INRIC, le 29 novembre 2011
163 Correspondance de l’ONT aux services du conseiller juridique et de législation au premier ministère, le 8 aout 2011
122
Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
aux familles parentes et alliées, tout en continuant à manipuler l’opinion publique nationale
et internationale, pour faire face aux multiples critiques adressées au régime à cause de ses
violations incessantes de la liberté de la presse.
Cette ouverture sélective était donc destinée à contrecarrer les pressions
internationales164 exercées sur la Tunisie dans ce domaine, et à redorer l’image du régime
à l’heure où la Tunisie s’apprêtait à organiser la deuxième phase du sommet mondial sur
la société de l’information (SMSI) dont la première phase s’était tenue à Genève en 2003.
Le syndicat tunisien des radios libres165 (STRL) a critiqué l’octroi des licences de
diffusion aux seuls membres de la famille du président et à ses proches.
Dans une déclaration publiée en octobre 2010, après le démarrage des émissions de
« Shems FM », le STRL a souligné que l’attribution d’une fréquence à cette radio, chargée
de faire la propagande du régime, ne représente pas une ouverture réelle, mais une atteinte
à la liberté d’expression.
Le STRL a également appelé à la création d’une instance indépendante qui aura
la charge d’attribuer les fréquences, sur la base d’un cahier des charges garantissant la
transparence et l’égalité entre tous les tunisiens.
Le STRL a souligné aussi la nécessité d’accorder la priorité, lors de l’attribution des
licences, aux professionnels du métier en vue de consacrer la démocratie dans le pays.
Le manque de volonté d’ouvrir le paysage audiovisuel sur le privé se reflète, d’autre
part, à travers les nombreuses restrictions que comptent les cahiers des charges et les
conventions conclues entre l’Etat et les stations de radio et de télévision privées ayant
obtenu des autorisations d’émettre.
Parmi ces conditions, figure, notamment, l’obligation pour les médias privés de diffuser
des bulletins d’information ne dépassant pas 5 minutes par heure quatre fois par jour. Les
télévisions privées étaient également obligées de diffuser des bulletins d’informations de 7
minutes 6 fois par jour, ne comportant ni éditoriaux ni commentaires.
Ces conventions obligent également chaque chaîne de télévision à diffuser les discours
du chef de l’Etat, sans coupures, et dans le même format que les médias publics166.
Ces restrictions portent aussi sur l’interdiction de produire, de coproduire ou de diffuser
des programmes d’information à caractère politique, des dossiers, des enquêtes ou des débats.
Les conventions comportent également des clauses se rapportant au droit de l’Etat
tunisien de résilier la convention, sans préavis, en cas de changement, sans information
préalable, du directeur de la chaîne.
L’INRIC a constaté que les stations de radio et de télévision créées avant le 14 janvier
2011 n’ont pas respecté les clauses contenues dans les conventions et les cahiers des
164 Rapport du groupe d’observation de la liberté de la presse en Tunisie de l’IFEX, septembre 2005
165 Le STRL, groupe six radios tunisiennes privées non autorisées. Le syndicat s’est constitué à la veille de la réunion du
SMSI pour exercer des pressions sur le régime en vue de contribuer à une ouverture effective du paysage audiovisuel.
166 Textes de conventions signés entre l’Etat et les télévisions Hannibal et Nessma et les Radio Mosaïque , Shems FM et
Express FM .
123
Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
124
Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
Elle a ensuite mis en place des critères d’évaluation des dossiers relatifs à la création
de stations de radio et de télévision privées. Ces critères ont été rendus publics dans tous les
médias, en vue d’atteindre le maximum de transparence. Les critères concernent :
- L’engagement à servir l’intérêt général
- La diversité du paysage audiovisuel,
- L’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif et des groupes d’intérêt politiques et
religieux
- L’absence de participation de capitaux étrangers ou de représentants étrangers au
conseil d’administration
- L’obligation d’employer une équipe rédactionnelle professionnelle pour garantir le
respect des règles professionnelles et éthiques
- Un plan détaillé sur les sources de financement, la gestion administrative et les
moyens de garantir la pérennité du projet
- La contribution à la promotion de la culture tunisienne et au renforcement du pluralisme
et de la diversité dans l’espace public
- La contribution à la protection de la société contre la concentration dans le domaine
médiatique
- L’interdiction du cumul entre une entreprise de publicité et de communication et une
entreprise médiatique.
L’INRIC a ensuite entamé l’évaluation de la qualité des projets proposés concernant
notamment leur contribution à l’enrichissement du pluralisme médiatique et la diversité des
programmes proposés.
L’INRIC a, également, examiné la disponibilité du promoteur à réaliser son projet dans
un délai raisonnable et d’en garantir la pérennité.
L’INRIC a aussi pris en considération l’ancienneté dans le dépôt des demandes, compte
tenu des difficultés rencontrées par ceux qui ont présenté leurs dossiers sous l’ancien régime.
L’INRIC s’est fait assister par les partenaires directement concernés, dont essentiellement
l’office national de télédiffusion, qui a souligné que les demandes relatives à l’obtention d’une
fréquence FM dépasse de loin la capacité du spectre des fréquences existant.
En ce qui concerne les chaînes de télévision, il s’est avéré que l’infrastructure
disponible comporte 17 canaux de diffusion capables de créer un bouquet de 12 chaînes
couvrant l’ensemble du territoire national. Sachant que la télévision tunisienne utilise déjà
deux de ces canaux, le nombre de canaux encore disponibles est de dix.
Pour les stations radiophoniques, l’INRIC a réparti les dossiers selon la zone de
couverture, (nationale, Grand Tunis, autres gouvernorats).
Les dossiers ont ensuite été numérotés et des fiches d’évaluation ont été élaborées.
Chaque fiche comportait 7 unités d’évaluation et chaque unité était notée de 1 à 10, le
maximum de points pouvant être obtenu étant 70 points.
La même démarche a été adoptée pour l’examen des demandes de création de
chaînes de télévision, en plus d’autres critères techniques spécifiques tels que le mode de
125
Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
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Malgré ces recommandations, les promoteurs des nouvelles stations privées se sont
plaints, au cours des ateliers de travail et des réunions organisées par l’INRIC, des coûts
élevés pratiqués par l’ONT et du monopole exercé par cet établissement dans ce domaine.
Plusieurs d’entres elles, dont notamment Radio 6, ont appelé à briser ce monopole,
soulignant que les conditions de l’ONT sont dissuasives172
Dans sa réponse à ces critiques, l’ONT a précisé que les fréquences sont un bien public
et des ressources rares, soulignant que la responsabilité de l’attribution des fréquences est
du ressort de l’ANF. L’ONT a ajouté qu’il est une structure purement technique qui n’intervient
pas dans la catégorisation des médias audiovisuels.
L’ONT a souligné également que l’accord de principe obtenu par Radio 6 n’énonce
pas son caractère associatif, ajoutant que l’ONT n’est pas tenu d’aider les radios173.
L’INRIC a adopté la même démarche dans l’examen des dossiers relatifs à la création
des chaînes de télévision, sachant que la deuxième commission a décidé d’ajouter un critère
supplémentaire qui est la nécessité pour le promoteur du projet de ne pas être impliqué avec
l’ancien régime dans des affaires de corruption.
A la lumière des recommandations des deux commissions, l’INRIC a annoncé, le 7
septembre 2011, ses recommandations portant sur l’attribution de licences à 5 nouvelles
télévisions qui sont : El Hiwar Ettounsi, Golden TV, Khamsa TV, Ulysse TV et TWT.
L’INRIC a décide d’accorder aux promoteurs de ces projets un délai de grâce de deux
ans, avant le début de la diffusion. La durée des licences a été fixée à 5 ans, compte tenu du
coût élevé d’investissement pour les télévisions.
Si la diffusion ne commence pas dans les délais prévus ou si la licence est cédée
à des tiers, l’autorisation peut être résiliée. L’INRIC a également donné son accord pour
lancement d’une chaîne publique sportive, soulignant la nécessité de redoubler d’effort en
vue d’améliorer le rendement des deux chaînes publiques existantes174.
Un décret portant création de cette chaîne est paru au journal officiel en date du 24
novembre 2011175. Mais elle n’a pas encore vu le jour.
Pendant la période d’examen des dossiers et après la publication de ses
recommandations, l’INRIC a été la cible d’une campagne de dénigrement de la part des
promoteurs de projets n’ayant pas bénéficié d’une recommandation positive. Des plaintes
ont même été déposées contre l’INRIC pour invalider ces recommandations176.
L’INRIC a été attaquée, notamment, par Sihem Ben Sedrine, fondatrice de radio
Kalima et rédactrice en chef de cette radio ainsi que par son conjoint, Omar Mestiri, promoteur
du projet sur la bande FM.
172 Atelier de travail sur le cadre juridique relatif à la création des nouvelles stations de radio et de télévision, 10 sep-
tembre 2011.
173 Communiqué de l’ONT, 19 octobre 2011
174 Correspondance adressée par l’INRIC au premier ministère, le 26 aout 2011
175 Décret n° 4249 de l’année 2011 daté du 24 novembre 2011
176 Ezzeddine Karoui et Heykel Karoui, (radio Amouaj FM) et Rafik Amara (Radio Founoun) ont déposé des plaintes
auprès du tribunal administratif pour invalider les recommandations de l’INRIC
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Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
Rappelons que radio Kalima a commencé à émettre sur internet depuis 2008 et sur
le satellite Hotbird depuis 2009.
Le couple Mestiri-Ben Sedrine a organisé une campagne contre l’INRIC et ses
membres dans tous les médias177 ainsi qu’auprès des organisations non gouvernementales
internationales.
Omar Mestiri avait présenté une demande pour la création d’une radio avec un
dossier ne comportant qu’un seul document : un projet de convention entre Radio Kalima et
le gouvernement tunisien. Il a refusé, au début, d’actualiser son dossier et de présenter les
documents demandés par l’INRIC comme condition nécessaire à l’examen de sa demande.
Il a alors déclaré avoir reçu une promesse du premier ministre, Beji Caid Essebsi, de lui
accorder une licence dans quelques jours178.
Malgré l’entrée d’Omar Mestiri dans une grève de la faim, l’INRIC est restée attachée
au respect de l’égalité entre les citoyens et à la nécessité du respect des procédures et des
critères fixés pour l’examen des dossiers et leur évaluation. Elle a refusé de se soumettre à
la « légitimité militante » présentée, par le promoteur du projet, comme critère179.
Le président de l’INRIC a souligné que la légitimité militante ne justifie en aucun
cas l’absence d’informations complètes dans les dossiers présentés et la nécessité de
se conformer aux critères objectifs fixés par l’INRIC, indiquant que les demandes ont été
examinées en tant que dossiers et non à titre nominatif180.
Pour sa part, le syndicat tunisien des radios libres a publié un communiqué dans lequel il
a indiqué que l’INRIC a fait preuve de favoritisme dans l’attribution des licences. Il a adressé une
lettre au premier ministre lui demandant de ne pas adopter les recommandations de l’INRIC.
Cependant, le 28 septembre 2011, ce même syndicat a publié un autre communiqué
dans lequel il souligne que malgré ses divergences avec l’INRIC il soutient totalement cette
instance et dénonce toutes les campagnes de dénigrement ciblant l’INRIC en vue de la
déstabiliser.
Il a même exprimé, dans ce communiqué, son étonnement du manque d’empressement
du gouvernement intérimaire à activer et à adopter les recommandations de l’INRIC.
Par ailleurs, et à l’approche de l’annonce de la publication des recommandations
relatives aux licences des chaînes de télévision, l’INRIC a été confrontée à un grand nombre
de pressions de la part de plusieurs personnalités dont un conseiller de l’ancien premier
ministre181 qui a demandé, au nom de ce dernier, de reporter l’annonce des recommandations
après les élections de l’assemblée nationale constituante (23 octobre 2011).
177 Une conférence de presse a été organisée par les responsables de cette radio le 25 avril 2011 à Tunis
178 Communiqué de l’INRIC du 28 juin 2011
179 Conférence de presse d’Omar Mestiri, le 20 avril 2011 [Link]
180 Conférence de presse de l’INRIC : Achourouk 30 juillet 2011 [Link]
181 Rencontres entre le président de l’INRIC et le conseiller politique de l’ancien premier ministre, Beji Caid Essebsi
129
Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
N’ayant pas accepté cette demande, l’INRIC a reçu une correspondance du premier
ministre lui reprochant d’avoir annoncé sa décision au public182.
Un certain nombre de promoteurs qui n’ont pas obtenu de licences ont protesté contre
les décisions de l’INRC. D’autres se sont tournés vers la diffusion à partir de l’étranger,
profitant du vide juridique et de la non-application du décret-loi n°116 relatif à la liberté de
la communication audiovisuelle, et à la création d’une haute autorité indépendante de la
communication audiovisuelle.
Parmi les chaînes n’ayant pas obtenu de licence et qui ont commencé une diffusion
expérimentale à partir de l’étranger (France, Bahreïn et Jordanie) figurent la chaîne « Al
Janoubia », de Farhat Jouini et Rabii Baaboura, « Al Ekhbaria » de Mme Abla Lassoued,
« Tounesna » de Abdelhamid Ben Abdallah et « Tunis Carthage », de Bechir Yousfi.
Pour sa part, la chaîne « Tounsia », de Sami Fehri, a commencé à émettre à titre
expérimental, avant même de déposer une demande à l’INRIC, sur la fréquence d’une chaîne
du Golfe, en mars 2011. Elle s’est, ensuite, déplacée vers la Jordanie, tout en continuant à
exploiter les studios de la société de production « Cactus Prod. » située à Utique et placée
sous administration judiciaire après la confiscation des biens de Ben Ali et de ses proches,
sachant que 51 % des actions de cette entreprise sont détenus par Belhassen Trabelsi,
beau-frère du président déchu.
Sami Fehri a indiqué que le gel de ses comptes personnels et des comptes de la
société « Cactus Prod. » l’a obligé à chercher des investisseurs dans les pays du Golfe183.
Le gel des avoirs de Sami Fehri a été levé en juillet 2011, mais les comptes de Cactus
Prod et de son gérant sont encore sous administration judiciaire en raison d’une affaire en
justice en rapport avec l’établissement de la télévision tunisienne et l’agence nationale
de production audiovisuelle (ANPA).
Les programmes produits par « Cactus prod. » étaient diffusés sur la première chaîne
nationale de télévision pendant les heures de pointe durant plus de 7 ans (2003 janvier
2011) selon la formule du batering.
Les émissions de la chaîne « Tounsia » ont été interrompues le 8 octobre 2011. Sami
Fehri a accusé le chef du contentieux d’être le responsable de cette action. Ce dernier a nié
toute implication, imputant la décision à la société jordanienne qui a accordé la fréquence.
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Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
184 Il n’existe pas de jugement judiciaire portant sur la fermeture de « cactus Prod ». L’Etat se comporte en tant que prin-
cipal actionnaire dans cette société (dépêche de l’agence TAP du 10 octobre 2011).
185 Un homme d’affaires tunisien qui s’est présenté aux élections à la tête d’une liste indépendante
186 Correspondance des présidents directeurs généraux de la télévision tunisienne et des chaînes Hannibal et Nessma,
10 mai 2011.
187 Rapport de la commission nationale d’investigation sur la corruption et la malversation, octobre 2011
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Rapport Général de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information & de la Communication 2012
Recommandations
• Réduire le coût de diffusion pour les radios et les télévisions associatives non
commerciales
• Adopter les conventions et les cahiers des charges relatives à l’exploitation des
radios et des télévisions privées, préparées par l’INRIC.
• Diffuser de manière périodique les états financiers des médias audiovisuels privés.
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