Séance 4 - LERREUR
Séance 4 - LERREUR
2024-2025
Séance 4
L’ERREUR
Document 3 : Dispositions du Code civil (Articles 1132, 1133, 1135 et 1136 du Code civil)
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VI. Exercice : à l’aide du cours de Madame Johanne LOTZ et de Monsieur Matthieu
MOREAU- CUCCHI, de vos recherches personnelles et des documents de la plaquette, réaliser
le cas pratique ci-dessous
• Les copies rendues volontairement pour notation doivent être rédigées intégralement.
Elles ne doivent pas excéder huit pages manuscrites. (Une copie est rendue par
semestre).
• Les exercices non-rendus pour notation doivent malgré tout être préparés. Ces
préparations peuvent être rendus volontairement à chaque TD pour être prises en compte
dans le cadre de la note de participation. Elles ne seront toutefois pas notées en tant que
telles.
Cas pratique
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I. Les dispositions générales
• Article 1129
Conformément à l'article 414-1, il faut être sain d'esprit pour consentir valablement à un contrat.
• Article 1130
L'erreur, le dol et la violence vicient le consentement lorsqu'ils sont de telle nature que, sans
eux, l'une des parties n'aurait pas contracté ou aurait contracté à des conditions
substantiellement différentes.
Leur caractère déterminant s'apprécie eu égard aux personnes et aux circonstances dans
lesquelles le consentement a été donné.
• Article 1131
• Article 1144
Le délai de l'action en nullité ne court, en cas d'erreur ou de dol, que du jour où ils ont été
découverts et, en cas de violence, que du jour où elle a cessé.
Document 3 : Dispositions du Code civil (Articles 1132, 1133, 1135 et 1136 du Code civil)
• Article 1132
L'erreur de droit ou de fait, à moins qu'elle ne soit inexcusable, est une cause de nullité du
contrat lorsqu'elle porte sur les qualités essentielles de la prestation due ou sur celles du
cocontractant.
• Article 1133
Les qualités essentielles de la prestation sont celles qui ont été expressément ou tacitement
convenues et en considération desquelles les parties ont contracté.
L'erreur est une cause de nullité qu'elle porte sur la prestation de l'une ou de l'autre partie.
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L'acceptation d'un aléa sur une qualité de la prestation exclut l'erreur relative à cette qualité.
• Article 1135
Les qualités essentielles de la prestation sont celles qui ont été expressément ou tacitement
convenues et en considération desquelles les parties ont contracté.
L'erreur est une cause de nullité qu'elle porte sur la prestation de l'une ou de l'autre partie.
L'acceptation d'un aléa sur une qualité de la prestation exclut l'erreur relative à cette qualité.
• Article 1136
L'erreur sur la valeur par laquelle, sans se tromper sur les qualités essentielles de la prestation,
un contractant fait seulement de celle-ci une appréciation économique inexacte, n'est pas une
cause de nullité.
QUE LES EPOUX Z... AYANT DEMANDE LA NULLITE DE LA VENTE POUR ERREUR
SUR LA QUALITE SUBSTANTIELLE DE LA CHOSE VENDUE, LA COUR D'APPEL,
ESTIMANT QU'IL N'ETAIT PAS PROUVE QUE LE TABLEAU LITIGIEUX FUT UNE
OEUVRE AUTHENTIQUE DE Y..., ET QU'AINSI L'ERREUR ALLEGUEE N'ETAIT PAS
ETABLIE, A DEBOUTE LES EPOUX Z... DE LEUR DEMANDE ;
PAR CES MOTIFS, ET SANS QU'IL Y AIT LIEU DE STATUER SUR LE SECOND
MOYEN : CASSE ET ANNULE EN SON ENTIER L'ARRET RENDU ENTRE LES
PARTIES LE 2 FEVRIER 1976 PAR LA COUR D'APPEL DE PARIS ;
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REMET, EN CONSEQUENCE, LA CAUSE ET LES PARTIES AU MEME ET
SEMBLABLE ETAT OU ELLES ETAIENT AVANT LEDIT ARRET ET, POUR ETRE FAIT
DROIT, LES RENVOIE DEVANT LA COUR D'APPEL D'AMIENS.
Attendu que le 10 septembre 1984, Daniel X..., agissant pour le compte de la société du même
nom, a acquis auprès de Mme Y..., au prix de 300 000 dollars US, un portait de Claude Monet
réalisé par John Singer Sargent ; que le 13 mai 1985, la société X... a assigné la venderesse en
nullité de la vente pour erreur sur la substance, trois experts, spécialistes des oeuvres du peintre
américain, ayant émis des doutes sur l'authenticité de l'oeuvre ; que par acte du 11 mars 1986,
les parties ont signé une transaction confirmant la vente à moitié prix du tableau attribué à
Sargent par sa propriétaire, celle-ci prenant acte de l'intention de la société d'en faire donation
à l'Académie des beaux-arts pour être exposé au musée Marmottan ; qu'en 1996, Mme Y...
constatait que le tableau avait été inséré dans la nouvelle édition du catalogue raisonné des
oeuvres de Monet, publié par l'Institut X... et rédigé par Daniel X..., comme étant un autoportrait
du peintre ; qu'elle a alors assigné les susnommés en annulation de la vente et de la transaction
pour erreur sur la substance et pour dol ; que l'arrêt attaqué l'a déboutée de ses demandes ;
Attendu que pour rejeter la demande en nullité pour erreur sur la substance l'arrêt énonce que
le doute apparu sur la paternité de l'oeuvre en raison du refus de trois experts d'attribuer celle-
ci à Sargent justifiait l'acceptation de Mme Y... de rembourser la moitié du prix à l'acquéreur,
lequel avait accepté de s'en dessaisir au profit de l'Académie des beaux-arts ; qu'en confirmant
la vente intervenue alors que l'attribution à Sargent était incertaine, les parties étaient convenues
de ne pas faire de cette attribution une qualité substantielle du bien et qu'ayant accepté l'aléa sur
l'auteur du tableau objet de la vente Mme Y... ne pouvait prétendre avoir contracté dans la
conviction erronée que le tableau ne pouvait pas être de la main de Claude Monet, l'attribution
à ce peintre, intervenue postérieurement n'étant en rien exclue ; qu'au surplus, la preuve qu'il
s'agirait d'une oeuvre de Claude Monet n'est pas rapportée, le seul fait que le tableau ait été
attribué à ce peintre pour la première fois dans la réédition de 1996 du catalogue raisonné qui
lui a été consacré étant insuffisant en l'absence de toute étude critique et certains jugeant cette
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attribution peu convaincante tant au point de vue formel qu'au point de vue historique
puisqu'elle ne figurait pas dans l'inventaire de la succession du peintre ;
Qu'en se déterminant ainsi, sans expliquer en quoi la réduction du prix n'était pas exclusive de
l'attribution possible du tableau à un peintre d'une notoriété plus grande que celle de Sargent, la
cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres griefs :
CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 6 septembre 2005, entre les
parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état
où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel
de Paris, autrement composée ;
Faits et procédure
1. Selon l'arrêt attaqué (Colmar, 14 mars 2018), la société Groupe Rivalis (la société Rivalis) a
développé un progiciel ainsi que des méthodes d'aide à la gestion et à la prise de décision à
destination des petites entreprises, qu'elle commercialise par un réseau d'affiliés sous l'enseigne
Rivalis. Celui-ci est animé par la société BM Est France. Le 21 juin 2010, Mme D... a conclu
avec la société BM Est France un contrat de partenariat afin de pouvoir commercialiser
l'utilisation de ce progiciel aux entreprises et de bénéficier de prestations de formation. Dans
cet objectif, elle a créé la société Accel TPE, dont elle est la gérante et qui a été placée en
liquidation judiciaire par jugement du 2 septembre 2013.
2. Soutenant, notamment, que le contrat ainsi conclu était un contrat de franchise et que la
société BM Est France, franchiseur, avait manqué à son obligation d'information, en violation
de l'article L. 330-3 du code de commerce, en fournissant à la société Accel TPE un document
d'information précontractuelle faisant apparaître des prévisions de chiffre d'affaires
exagérément optimistes, M. M..., agissant en qualité de liquidateur de la société Accel TPE, a
assigné la société BM Est France et la société Rivalis en annulation du contrat et de ses avenants
ainsi qu'en paiement de diverses sommes à titre de réparation.
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Sur le premier moyen, pris en sa troisième branche
Enoncé du moyen
3. La société BM Est France et la société Rivalis font grief à l'arrêt de les condamner à payer à
M. M..., ès-qualités, la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article 123 du code de
procédure civile alors « qu'une fin de non-recevoir peut être soulevée pour la première fois en
cause d'appel et qu'en condamnant les sociétés BM Est France et Rivalis à des dommages-
intérêts parce que la fin de non-recevoir avait été proposée en cause d'appel, cinq ans après les
faits, sans établir leur intention dilatoire, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au
regard de l'article 123 du code de procédure civile. »
Réponse de la Cour
4. Après avoir relevé que la fin de non-recevoir fondée sur l'inobservation de la clause imposant
une procédure préalable de règlement amiable des différends avait été soulevée seulement à
hauteur d'appel, après près de cinq ans de procédure, c'est dans l'exercice de son pouvoir
souverain d'appréciation que la cour d'appel a retenu que l'invocation de cette fin de non-
recevoir n'avait d'autre objet que dilatoire.
Sur le premier moyen, pris en ses deux premières branches, et le second moyen, pris en ses
quatre premières branches, ci-après annexés
6. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas lieu de
statuer par une décision spécialement motivée sur ces moyens qui ne sont manifestement pas
de nature à entraîner la cassation.
Enoncé du moyen
7. La société BM Est France et la société Rivalis font grief à l'arrêt de prononcer la nullité du
contrat de franchise et de tous ses avenants subséquents, ainsi que de les condamner
solidairement à payer à M. M..., ès-qualités, la somme de 63 598,19 euros au titre des sommes
versées par la société Accel TPE au titre des contrats annulés, la somme de 6 970,10 euros au
titre des sommes versées par la société Accel TPE au titre des coûts d'emprunt, la somme de 87
212,50 euros correspondant à la restitution des revenus sur 18 mois alors « que l'erreur sur la
rentabilité du concept ne peut conduire à la nullité du contrat de franchise que si les comptes
prévisionnels d'exploitation ont été établis par le franchiseur et qu'ils étaient manifestement
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erronés ; que la société BM Est France faisait valoir que les comptes prévisionnels n'avaient
pas été établis par ses soins mais par Mme D... elle-même, assistée de son expert-comptable, le
franchiseur s'étant borné à fournir à Mme D... une matrice en transmettant une clef USB
contenant un guide et un tableau Excel de comptes d'exploitation prévisionnels qu'il incombait
à la candidate de remplir en fonction de ses propres prévisions et objectifs ; que la société BM
Est France invoquait à cet égard le courriel de Mme D... du 19 mars 2010 démontrant la
réception de ce tableau Excel à remplir, la capture d'écran de ce guide devant permettre au
candidat d'établir ses premiers objectifs et qui rappelait que « cet outil est un guide et n'engage
en rien la responsabilité du Groupe Rivalis quant aux chiffres que vous allez y inscrire et la
réalisation de ces mêmes objectifs », le courriel de Mme D... du 23 mars 2010 démontrant que
Mme D... avait elle-même fourni les chiffres et qu'elle avait été assistée pour ce faire de son
expert-comptable ; qu'en se bornant à retenir que les comptes prévisionnels avaient été établis
et adressés à Mme D... par la société BM Est France, sans rechercher, ainsi qu'elle y était invitée,
s'il ne résultait pas de l'ensemble de ces éléments que la société BM Est France n'était pas
l'auteur des comptes prévisionnels et qu'à supposer que Mme D... ait pu commettre une erreur,
cette dernière n'était pas imputable à la société BM Est France, la cour d'appel a privé sa
décision de base légale au regard de l'article 1110 du code civil, dans sa rédaction antérieure à
l'ordonnance du 10 février 2016 (devenu 1132 du même code). »
Réponse de la Cour
Vu l'article 1110 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l'ordonnance du 10
février 2016 :
8. L'erreur sur la rentabilité du concept d'une franchise ne peut conduire à la nullité du contrat
pour vice du consentement du franchisé si elle ne procède pas de données établies et
communiquées par le franchiseur.
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particulièrement optimistes, et les chiffres réalisés étaient de nature à induire en erreur quant
aux perspectives de rentabilité envisagées par Mme D.... L'arrêt conclut que l'espérance de gain
en rapport avec le chiffre d'affaires annoncé ayant été déterminante dans le consentement de
Mme D..., qui espérait gagner autant, voire plus, que dans son emploi précédent, le vice du
consentement consistant en une erreur substantielle sur la rentabilité doit être retenu, entraînant
la nullité du contrat.
10. En se déterminant ainsi, sans rechercher, ainsi qu'elle y était invitée, si les comptes
prévisionnels n'avaient pas été établis par la société franchiseur, mais par Mme D... elle-même,
assistée de son expert-comptable, la cour d'appel a privé sa décision de base légale.
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le dernier grief, la Cour :
CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il écarte la fin de non-recevoir et condamne les sociétés
Rivalis et BM Est France à payer à M. M... en qualité de liquidateur de la société Accel TPE,
la somme de 10 000 euros à titre de dommages-intérêts en application de l'article 123 du code
de procédure civile, l'arrêt rendu le 14 mars 2018, entre les parties, par la cour d'appel de Colmar
;
• Article 1134
L'erreur sur les qualités essentielles du cocontractant n'est une cause de nullité que dans les
contrats conclus en considération de la personne.
(…)
Faits et procédure
2. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 11 octobre 2017), la Société française du radiotéléphone (la
société SFR) a conclu les 31 mai 1996, 11 janvier 2002 et 30 décembre 2005 des contrats de
distribution de ses produits et services avec la société Electronique occitane, dont le gérant est
M. L.... Il a été mis fin à ces contrats le 31 décembre 2008. Un arrêt du 25 septembre 2012,
devenu irrévocable sur ce point, a reconnu à M. L... le statut de gérant de succursale et a
condamné la société SFR à lui payer diverses sommes, notamment des rappels de salaire de
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janvier 2004 à décembre 2005 et les congés payés afférents ainsi que des indemnités de rupture.
La société SFR a assigné la société Electronique occitane et M. L... en annulation des contrats
de distribution, à titre subsidiaire, en résolution de ces contrats pour inexécution, par la société
Electronique occitane, de ses obligations contractuelles et, plus subsidiairement, en réparation
du préjudice causé par les manquements contractuels de la société Electronique occitane,
facilités par M. L..., correspondant au montant des sommes versées à ce dernier en exécution
des décisions de justice.
Enoncé du moyen
3. La société SFR fait grief à l'arrêt de rejeter sa demande d'annulation des contrats pour erreur
sur la personne alors « que l'erreur qui tombe sur la personne avec laquelle on a l'intention de
contracter est une cause de nullité de la convention dès lors que la considération de cette
personne est la cause principale de la convention; que l'erreur sur la personne peut porter sur
les qualités essentielles de celle-ci ; que la qualité de personne morale est essentielle lorsqu'une
partie a eu intention de contracter avec une société en raison de sa réputation et de son
expérience ; qu'en l'espèce, après avoir observé qu'il ressortait des dispositions contractuelles
liant la société SFR et la société Electronique occitane « que la société SFR [avait] entendu
souscrire les contrats de distribution avec la société Electronique occitane, représentée par M.
O... L..., son gérant », la cour d'appel a néanmoins cru pouvoir en déduire qu'aucune erreur sur
la personne de son cocontractant n'avait vicié le consentement de la société SFR lorsqu'elle
avait contracté avec Electronique occitane ; qu'en statuant ainsi, lorsqu'il s'inférait de ses
propres constatations que la société SFR n'avait pas entendu contracter avec M. L..., pris en sa
qualité de personne physique, mais uniquement avec la société Electronique occitane
représentée par son gérant M. L..., la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de
ses propres constatations, a violé l'article 1110 du code civil dans sa rédaction applicable à la
cause. »
Réponse de la Cour
4. Après avoir énoncé que les conditions de l'exécution ultérieure du contrat ne peuvent
constituer un élément caractérisant l'erreur sur le consentement au moment de la conclusion du
contrat et relevé que le contrat de distribution conclu entre la société SFR et la société
Electronique occitane stipulait qu'il était « conclu intuitu personae en considération de la
personne morale de la société [Electronique occitane] ainsi qu'en considération de son dirigeant
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» et qu'en conséquence, il « ne pourra[it] être cédé en tout ou partie, sans l'accord préalable,
exprès et écrit de SFR », l'arrêt retient que la société SFR a entendu souscrire les contrats de
distribution avec la société Electronique occitane, représentée par M. L..., son gérant.
(…)
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :
Met hors de cause M. C... et la société civile professionnelle C..., D... et E... (la SCP) ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Fort-de-France, 24 janvier 2014), que, suivant document
d'arpentage du 10 janvier 2000, une parcelle cadastrée K 2, dont Mme Maryse X... et M. Roy
X... (les consorts X...) étaient propriétaires indivis, a été divisée en deux parcelles, la première
supportant une maison d'habitation et la seconde un garage ; qu'aux termes d'un acte dressé le
3 avril 2001 par M. C..., notaire, membre de la SCP, les consorts X... ont vendu la parcelle
cadastrée K 2 à Mme Y... ; que, faisant valoir que la vente ne portait en réalité que sur la parcelle
supportant la maison, Mme X... a assigné Mme Y..., M. C... et la SCP en nullité de la vente et
en indemnisation de son préjudice ; que M. X..., assisté de son curateur, est intervenu à l'instance
;
Attendu que c'est par une interprétation souveraine, exclusive de dénaturation, que l'imprécision
des termes de l'attestation rendait nécessaire, que la cour d'appel a retenu qu'il ne pouvait être
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déduit de cette attestation la date précise à laquelle le document dont faisait état le témoin avait
été remis à l'étude notariale ;
Attendu que pour rejeter la demande des consorts X... en nullité de la vente, l'arrêt retient que
les vendeurs qui avaient fait procéder à la division du terrain étaient les mieux à même de relever
l'erreur de désignation du bien vendu et ne pouvaient opposer leur propre carence à l'acquéreur
;
Qu'en statuant ainsi, alors qu'elle avait constaté que l'erreur portait sur l'objet même de la vente
et faisait obstacle à la rencontre des consentements de sorte que, fût-elle inexcusable, elle
entraînait l'annulation de la vente, la cour d'appel a violé les textes susvisés ;
CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il déboute les consorts X... de leur demande contre M. C...
et la société civile professionnelle C..., D... et E..., l'arrêt rendu le 24 janvier 2014, entre les
parties, par la cour d'appel de Fort-de-France ; remet, en conséquence, sur le surplus, la cause
et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie
devant la cour d'appel de Basse-Terre ;
Faits et procédure
1. Selon l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 10 juin 2021), par une ordonnance du 19 mars 2014,
Mme [N] et M. [M] [K] ont été autorisés à se retirer de la société civile immobilière La Baume
(la SCI), ayant comme autres associés MM. [G] [K] et Mme [T] [K].
2. Par une ordonnance du 24 septembre 2014, un président de tribunal de grande instance a, sur
le fondement de l'article 1843-4 du code civil, ordonné une expertise afin d'évaluer la valeur
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des droits sociaux de Mme [N] et de M. [M] [K]. L'experte a déposé son rapport le 2 novembre
2015.
3. Face au refus de la SCI de procéder au rachat de ses parts sociales, Mme [N] et M. [K] l'ont
assignée en « homologation » du rapport d'expertise, en fixation de la valeur de ces parts et en
paiement.
Examen du moyen
Enoncé du moyen
5. Mme [N] fait grief à l'arrêt de rejeter ses demandes et, confirmant le jugement, de dire que le
rapport d'expertise présente une erreur grossière, de rejeter ses demandes tendant à ce que le
tribunal adopte les conclusions de ce rapport, à voir fixer la valeur de ses parts à une certaine
somme et à voir condamner la SCI à lui verser cette somme, alors « que dès lors qu'en cas de
contestation entre associés, seul l'expert judiciaire désigné selon les prévisions de l'article 1843-
4 du code civil peut déterminer la valeur des droits sociaux, le juge, qui retient que le rapport
expertal est incomplet, ce qui ne caractérise nullement une erreur grossière de nature à l'écarter,
doit inviter le technicien à le compléter, le préciser ou l'expliquer, soit par écrit, soit à l'audience
; qu'en l'espèce, la cour d'appel a induit l'existence d'une erreur grossière entachant le rapport
établi par l'experte judiciaire désignée en vertu de l'article 1843-4 du code civil afin de
déterminer la valeur des droits sociaux de Mme [N] dans la SCI, de ce que l'experte n'avait
estimé la valeur du bien appartenant à la SCI (et donc la valeur des parts sociales des associés)
que dans l'hypothèse où un lotissement serait construit sur le terrain lui appartenant et "qu'elle
aurait dû, pour l'éclairer complètement, lui fournir une estimation des actifs de la SCI dans
l'hypothèse où le lotissement n'était pas construit" ; qu'en déboutant en l'état Mme [N] de ses
demandes, quand il lui appartenait, dès lors qu'elle estimait que le rapport de l'experte, désignée
légalement, était insuffisamment précis pour lui permettre de statuer, de l'inviter à le compléter,
la cour d'appel, qui n'a nullement caractérisé une erreur grossière, a violé les articles 1843-4 du
code civil et 245 du code de procédure civile. »
Réponse de la Cour
6. L'arrêt énonce, par motifs propres et adoptés, qu'à défaut d'erreur grossière, il n'appartient
pas au juge de remettre en cause le caractère définitif de l'estimation de l'expert désigné
conformément à l'article 1843-4 du code civil. Il retient, par motifs adoptés, que la SCI est bien
fondée à soutenir que le rapport d'expertise comporte une erreur grossière, résultant du choix
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fait par l'experte de restreindre son évaluation à l'hypothèse de la construction d'un lotissement
sur le terrain appartenant à celle-ci, après avoir pourtant constaté que plusieurs réserves
sérieuses pesaient sur la mise en valeur du bien lui appartenant. Il ajoute, par motifs propres,
que toutes les réserves émises par l'experte dans son rapport montrent que l'élaboration même
d'un projet de construction d'un lotissement est conditionnée à une recherche préalable de
faisabilité, quand bien même le terrain serait situé en zone constructible, de sorte que l'experte
aurait dû, pour éclairer complètement le tribunal, fournir une estimation des actifs de la société
dans l'hypothèse où le lotissement ne serait pas construit, et qu'ainsi, l'erreur grossière
caractérisée par le tribunal affecte non pas le fond des conclusions de l'experte, mais le point de
vue unilatéral qu'elle a adopté malgré l'existence d'éléments concrets commandant de chiffrer
la situation alternative de non-construction du lotissement.
7. La cour d'appel, qui n'a pas considéré que le rapport d'expertise était incomplet mais qu'il
était entaché d'une erreur grossière, a exactement déduit de ces énonciations et appréciations
que les demandes de Mme [N] tendant à l'adoption des conclusions de ce rapport, à la fixation
du montant de ses parts sociales à la valeur retenue par l'experte et à la condamnation de la SCI
à lui payer ce montant devaient être rejetées.
REJETTE le pourvoi ;
Attendu, selon l'arrêt attaqué (Reims, 2 juin 2015), qu'au cours du mois de juin 2006, la Société
coopérative agricole d'Eure-et-Loir (la SCAEL) et la société coopérative agricole Cohésis,
devenue Acolyance, ont, avec d'autres coopératives agricoles, adhéré à la société Blétanol,
union de coopératives agricoles céréalières, afin que celle-ci mène à bien, avec la société Cristal
union, union de coopératives agricoles betteravières, un projet industriel consistant à construire
en commun une usine de production de bioéthanol composée de deux lignes, l'une pour les
betteraves, l'autre pour le blé ; que ces deux dernières sociétés ont, à cette fin, elles-mêmes
adhéré à la société Cristanol, union de coopératives agricoles ayant pour objet de transformer
en éthanol le blé et les betteraves livrés par ses membres ; qu'au cours de l'année 2009, la
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SCAEL et la société Acolyance, qui s'étaient engagées à livrer à la société Blétanol une certaine
quantité annuelle de blé, ont cessé leurs livraisons ; que, le 1er mars 2010, la société Acolyance
a assigné la société Champagne céréales, devenue Vivescia, qui s'était portée fort des
engagements de la société Blétanol avant sa constitution, ainsi que cette dernière, outre les
sociétés Cristal union et Cristanol, en annulation de son engagement coopératif, à titre
subsidiaire, en résolution de cet engagement, à titre plus subsidiaire, en dissolution judiciaire
de la société Blétanol, et, à titre infiniment subsidiaire, en annulation de plusieurs résolutions
du conseil d'administration et délibérations de l'assemblée générale de cette société ; que la
SCAEL est intervenue volontairement à l'instance à fin de voir prononcer l'annulation de son
propre engagement coopératif ; que, le 27 mai 2010, la société Blétanol a, parallèlement, assigné
la SCAEL et la société Acolyance en paiement de certaines sommes ;
Attendu que la SCAEL fait grief à l'arrêt de rejeter sa demande d'annulation du contrat de
coopération pour erreur sur la substance, alors, selon le moyen :
1°/ que la mutualisation des moyens des coopérateurs et donc, corrélativement, des risques de
leur activité est de l'essence d'un groupement coopératif ; qu'en conséquence, l'adhérent à une
union de coopératives est légitimement fondé à croire qu'à défaut d'avertissement contraire, le
fonctionnement de cette union repose sur ce principe ; qu'en l'espèce, la SCAEL soutenait que
son consentement avait été vicié par une erreur « sur l'ampleur des risques que présentait le
projet Cristanol », puisqu'elle croyait légitimement que la société Blétanol, union de
coopératives agricoles, devait procéder à une mutualisation des risques entre les filières
betteraves et blé, ce qui en réalité n'était pas ; que pour la débouter de sa demande, la cour
d'appel a retenu qu' « aucune mutualisation entre les lignes blés et betteraves n'a été prévue ou
suggérée lors de la présentation du projet faite le 12 mai 2006 et seul le prix de l'éthanol (blé
ou betterave), et partant le résultat net de Cristanol devait faire l'objet d'une mutualisation », et
énoncé qu'une « telle mutualisation ne pouvait pas résulter du seul choix de la forme coopérative
de droit rural » ; qu'en statuant ainsi, quand la SCAEL avait légitimement cru que les sociétés
Cristanol et Blétanol, en raison de leur forme coopérative, devaient fonctionner sur la base d'une
mutualisation totale des risques entre les filières, la cour d'appel a violé l'article 1110 du code
civil, ensemble l'article L. 521-1 du code rural et de la pêche maritime ;
2°/ que la seule qualité de professionnel de la partie dont le consentement a été vicié ne suffit
pas à rendre inexcusable son erreur ; qu'en l'espèce, la SCAEL soutenait dans ses conclusions
que sa seule qualité de professionnelle de la production de blé ne lui permettait pas de mesurer
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la portée du risque encouru dans la mesure où elle était dépourvue de savoir-faire industriel ;
qu'en retenant qu' « il n'est pas démontré que les sociétés SCAEL et Acolyance, qui sont des
professionnelles à même de mesurer les risques de leurs engagements, n'avaient pas, au moment
de leur adhésion à l'Union Blétanol, connaissance de la teneur du projet », sans rechercher si la
qualité de professionnelle de la SCAEL, qui se rapportait à la seule production de blé, lui
donnait effectivement les moyens de mesurer la portée de son engagement industriel, la cour
d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 1110 du code civil ;
Mais attendu, d'une part, qu'aucune disposition applicable aux sociétés coopératives agricoles
n'impose la mutualisation des risques nés de leur activité, de sorte que la mutualisation des
risques entre les deux lignes de production de la société Cristanol ne pouvait résulter de la seule
forme de celle-ci ;
Attendu, d'autre part, qu'après avoir procédé à une appréciation souveraine des éléments de
preuve qui lui étaient soumis, la cour d'appel, qui n'était pas tenue de mener une recherche qui
ne lui était pas demandée, a retenu qu'aucun élément de la présentation faite le 12 mai 2006 à
l'ensemble des coopératives intéressées ne prévoyait ou suggérait une répartition des risques
entre les filières blé et betterave, ni non plus une solidarité entre la gestion de l'activité céréalière
et betteravière ; qu'elle a ainsi fait ressortir que la SCAEL ne pouvait ignorer l'absence de
mutualisation des risques entre les deux lignes de production, ce dont il résultait qu'elle ne
pouvait soutenir avoir commis une erreur sur la substance de son engagement ;
D'où il suit que le moyen ne peut être accueilli en aucune de ses branches ;
(…)
Il existe de nombreuses façons de présenter le droit des obligations. Si les manuels vous
semblent davantage compliquer vos questions qu’y répondre, essayez peut-être de consulter des
présentations schématiques ou résumées de ce droit. Chaque étudiant diffère et un ouvrage
pourrait vous sembler très clair là où un autre était seulement décourageant.
V. par exemple :
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• L. TRANCHANT, Mementos : Droit des Obligations, 2022.
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