INITIATION A LA PHILOSOPHIE
1- ESSAI DE DEFINITION
11- De la philosophie spontanée à la philosophie réfléchie
Tout homme sensé et raisonnable a une philosophie ; il a des idées sur le monde, sur son
existence, sur la manière de vivre sa vie. Exemple : chacun de nous a sa conception de la justice, de la
liberté, du bonheur, de la religion. Cette conception ou bien opinion est personnelle. Elle vient de notre
éducation, de notre milieu social, de notre entourage. Cette philosophie est vécue plus que pensée. En
effet, on en attendra « avoir une philosophie ». C’est une attitude dont on prend conscience ou non mais
elle a toujours existé en chacun. Ainsi tout homme raisonnable ne peut se passer de la philosophie.
C’est que Karl Jaspers entend par « ne pas philosopher est encore philosopher »
Pourtant elle devient réfléchie lorsque nous remettons en question les vérités qui nous paraissent
évidentes habituellement. Quand on pense que rien ne va de soi et que nous essayons de mettre au
clair tout ce qui est sous-entendu ie rendre explicite ce qui est implicite. C’est ce qu’on appelle « avoir
une attitude philosophique ». Il s’agit là de la définition de Karl Jaspers selon laquelle « l’essence de la
philosophie est la recherche de la vérité. »
Cependant cette démarche est insuffisante et infructueuse si nous ne côtoyons pas les pensées
des grands philosophes qui nous ont marqué notre histoire. Nous devons constamment confronter nos
idées avec les leurs pour qu’ils nous éclairent et que nous puissions s uivre leur cheminement
intellectuel. D’où la nécessité de lire et d’étudier les grands systèmes philosophiques (platonicien,
cartésien, hégélien) qui sont désormais des tentatives de réponse à nos problèmes.
12- L’origine de la philosophie : le mot et son sens antique
Nul ne se demande pourquoi un gestionnaire ou un statisticien ou encore un physicien puisque la
gestion et la statistique comme la physique sont reconnues comme sciences. Mais pourquoi des
philosophes ? Quel est l’essence de la philosophie ? De là la philosophie suscite curiosité et mépris. De
la curiosité puisque la philosophie touche à des questions essentielles sans savoir exactement
lesquelles. Des questions qui concernent tout le monde mais non seulement le philosophe. Des mépris
car le philosophe est réputé pour être une personne souvent inadaptée à la vie sociale ordinaire, se
posant des questions éloignées des préoccupations de la vie quotidienne et proposant des réponses
complexes et incompréhensibles pour le commun des mortels.
Pour comprendre la philosophie, il importe de souligner sur sa définition habituelle à la fois
étymologique et historique. Rien n’atteste d’abord la création du mot à Pythagore (Ve siècle av JC). Le
mot n’est utilisé que dans les œuvres de Platon. Il vient de la composition lexicale grecque de philo
(amour ou recherche) et Sophia (sagesse). Cependant, il y a peu à en tirer de cette formule tant que
l'acception du terme sagesse n'est pas déterminée. Comme sophia, en grec, semble avoir désigné
d'abord un savoir-faire, une habileté, une réussite. La sagesse ne s'expose pas forcément dans une
« argumentation rationnelle », mais souvent dans des paraboles ou des proverbes. De même la liste les
Sages de la Grèce comprennent des tyrans célèbres pour sa cruauté et donc non édifiante ! C'est
justement à la philosophie de définir la diversité des sagesses selon les temps, les pays ou les
circonstances ; l'idée de sagesse dépend de celle de philosophie et non l'inverse.
Il en est de même de l'histoire de la philosophie. En elle-même, elle ne pourrait que nous donner
une leçon de scepticisme (doute). Seule la philosophie permet de distinguer ce qui est philosophique et
ce qui ne l'est pas. Le cercle n'embarrassera que le non-philosophe, car il caractérise justement la
philosophie comme retour de la pensée sur soi. Comme le remarque Heidegger, la question « qu'est-ce
que la philosophie ? » est elle-même une question philosophique, alors qu'à la question « que sont les
mathématiques ? » Il ne peut être répondu que par un théorème. On arrivera donc à la maxime de la
philosophie attribuée à Socrate « Connais-toi toi-même ». La philosophie doit d’abord se définir en elle-
même.
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13- Perspectives
a- Le problème de la définition étymologique
Jaspers remarque qu’ « on n’est d’accord ni sur ce qu’est la philosophie ni sur ce qu’elle vaut ».
Le terme est ambigu. C’est pour cela qu’il y autant de définitions que de philosophes et de systèmes
philosophiques.
La sagesse antique évoque à la fois un savoir et une pratique de la morale. Aussi le sage est
celui qui réfléchît et agit selon sa raison pour réaliser un certain type moral et idéal. En ce sens on arrive
à l’idée des stoïciens selon laquelle la philosophie est un art de vivre. Le sage est celui qui sait supporter
avec fermeté les accidents de la vie, celui qui maitrise les évènements et les désirs d’où la sagesse est
synonyme de résignation ou acceptation de toute chose.
Dans le cas où la sagesse est synonyme de savoir ie fondé sur la raison, le sage dans l’antiquité
est celui qui a un savoir englobant toutes les connaissances humaines de son époque aussi bien dans le
domaine scientifique que métaphysique ou moral. Selon Cicéron « la sagesse est la connaissance des
choses divines et humaines ». Chercher à être sage revient à embrasser tous les domaines de la
connaissance.
Mais de son côté Aristote soutient que « Dieu seul est sage », la philosophie est donc une
aspiration à la perfection et à la plénitude de la connaissance que seul Dieu est le tributaire. Aussi
philosopher revient à devenir des dieux ou du moins s’en approcher. De là la philosophie est
inaccessible en sa définition étymologique sinon la philosophie n’est qu’une activité absurde pour tout
être humain.
b- La philosophie comme recherche de la sagesse
Qu’est-ce que la sagesse ? Elle désigne un savoir issu de l’éducation et de l’expérience d’où un
capital de notion et de principes. On parle alors de « sagesse des nations » déposée depuis des siècles
et devenue comme une sorte de mentalité collective. Toutes ces sagesses doivent se prévaloir et d’un
point de vu relativiste aucune n’est négligeable ni supposée comme étant une référence. En effet la
notion de sagesse perd son sens si elle s’évalue individuellement.
Les grecques entendaient par sagesse, le savoir dans ses formes les plus élevés, plus pratiques.
Aussi Démocrite parlait au début de son livre « je vais parler de tout » et l’œuvre dit philosophique
d’Aristote parlait de la logique, de ce que nous appelons science aujourd’hui et même de la poétique et
de la théologie. C’est pour cette raison que Platon suggérait « que nul n’entre ici s’il n’est d’abord
géomètre ». La géométrie est à comprendre dans son sens de connaissance de la terre ou bien de toute
chose sur la terre.
c- La philosophie dans la terminologie moderne
C’est la recherche rationnelle de la vérité. Mais qu’est-ce-que la vérité ? Ou encore existe-t-elle ?
La philosophie est l’étude rationnelle de la pensée humaine ie l’étude de nos raisonnements et du
déroulement de notre réflexion. Ici on aboutit au problème de la raison, de la logique ou de la véracité
des raisonnements.
d- Selon Lalande in Vocabulaire technique et philosophique de la philosophie
« La philosophie est l’ensemble des connaissances naturelles et réflexives méthodiquement
acquises et ordonnées qui tend à fournir l’explication fondamentale de toutes choses. ». Elle s’interroge
ainsi sur le comment (naturel), le pourquoi (réflexif) et la finalité (explication fondamentale) des choses,
des phénomènes ou de la condition humaine.
e- La philosophie est une connaissance au second degré
Dans ce cas, elle n’est pas une matière à enseigner ni de connaissance mais plutôt une attitude.
Elle ne réside pas dans l’accumulation du savoir (quantité) mais dans la qualité du savoir. Nous vivons
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dans un monde en continuel recherche de connaissances, nous nous confrontons à diverses
informations et des évènements imprévus. Ces connaissances sont de premier degré. Ainsi nous
devons réfléchir sur le sens et la signification de tout ce qui arrive autour de nous et des connaissances
qui en découle.
II – DE LA REFLEXION PHILOSOPHIQUE
1- Définition de la réflexion
Réfléchir, c’est effectuer un retour sur soi. L’esprit va vers les choses puis revient sur lui-même.
En d’autre terme, le sujet va vers l’objet et effectue un mouvement de retour ; ce mouvement s’appelle
réflexion. La réflexion est dons toujours un acte de second degré. Elle intervient dans un deuxième
temps. Elle suppose une pensée ou un jugement existant (le premier degré de la connaissance). En
physique optique, le rayon réfléchi est celui qui est le retour du rayon incandescent face à un objet
opaque ou réflecteur. En philosophie, la réflexion consiste à penser sur les savoirs acquis par
l’expérience, délivrés par la Nature, le développement de la Science, les transformations de la société.
La réflexion qui est propre à l’homme nous aide à découvrir la signification de tous cela.
La réflexion n’est pas une connaissance, c’est un cheminement vers la connaissance. L’esprit
s’interroge sur la cohérence et le contenu de la pensée. La réflexion est donc une sorte de dialogue
avec soi-même comme Alain l’affirmait : « Penser, c’est parler à soi.»
2- Les étapes de la réflexion
La réflexion philosophique commence par un arrêt du mouvement spontané ou de la pensée
spontanée. Dire que la pensée refuse la spontanéité (attitude naturelle de l’homme) signifie que
l’homme suspend son jugement premier. Cet arrêt peut être un acte délibéré du sujet, il peut être aussi
provoqué par des occasions extérieures.
Plus généralement, cet arrêt de la pensée spontanée commence avec le doute. Ainsi douter
c’est commencer à réfléchir. Mais cela ne suffit pas. Nous sommes tombés dans le scepticisme si l’on
s’arrête au doute. L’esprit humain veut toujours comprendre. Il examine c’est-à-dire analyser. Il essaie
de savoir les lois qui régissent les choses pour aboutir à une explication que la raison accepte. C’est-à-
dire savoir le comment et le pourquoi.
La réflexion est donc un retour de la pensée vers sa source. Bref, la connaissance porte
l’homme vers les objets, la réflexion philosophique le ramène à lui-même. Elle est donc une sorte
de redoublement, une connaissance au second degré, la connaissance de la connaissance ou le savoir
du savoir d’où l’appellation homo sapiens sapiens (l’homme très sage).
3- L’utilité de la réflexion
Elle est appelée à apporte à l’esprit une certitude car « les vérités qui résistent au doute et
issus de l’examen seront plus évidentes et plus rationnelles. » Descartes, Discours de la méthode.
De surcroit, le retour sur soi peut se faire non seulement dans l’espace mais encore dans le
temps. D’une part, la réflexion est une sorte de rétrospection (inspection de soi) : le retour sur soi
précédent et donc passé. C’est ce qu’on appelle l’examen de la conscience. La pensé revient donc à un
état passé pour estimer la valeur et porter un jugement sur cet état. D’autre part, si le retour sur soi
consiste à analyser une certaine manière d’agir avant l’action proprement dite, on l’appellera une
délibération qui précède le choix. C’est une attitude critique vis-à-vis non plus d’un passé mais d’un
avenir possible.
III- L’OBJET DE LA PHILOSOPHIE
1- Une définition de l’objet philosophique
Il convient maintenant de savoir de quoi est-il question dans la philosophie. L’objet d’une chose
c’est sur quoi porte cette chose. Il s’agit du sujet de la réflexion philosophique ou le contenu de la
philosophie. Si la philosophie se détache des réalités concrètes, elle perd sa valeur puisqu’elle serait
nécessairement absurde. La conscience est toujours conscience de quelque chose, une chose existante
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du moins idéelle. La philosophie s’intéresse donc en principe à tout ce qui concerne directement ou non
l’homme. C’est pourquoi l’objet de la philosophie parait illimité et indéfini.
Il est aussi vaste que tout ce qui touche l’homme. C’est pour cette raison qu’elle considérée
comme une parasite par la science. La science qui n’étudie qu’un seul élément bien défini et concret de
tout ce qui touche l’homme. La philosophie touche ainsi toute science si la science touche l’homme. Il
est à noter que jusqu’au XVIIe siècle environ, la philosophie incluait les sciences mais appelé
Philosophie de la nature.
2- Les branches principales de la philosophie
La philosophie étudie tout. Aristote remarquait « la connaissance de tout chose appartient
nécessairement à celui qui possède la science de l’universel, cette science s’appelle la philosophie ».
Mais pour un souci de méthode et de précision, la philosophie contient actuellement six branches dont :
- Epistémologie : étude des sciences et les finalités des découvertes scientifiques
- Logique : la véracité et la validité des raisonnements.
- Ethique : science de la morale, le bien et le mal
- Esthétique : étude de l’art et bu beau
- Psychologie : le comportement humain
- Politique : l’organisation de la société
La philosophie étudie et réfléchi sur tout. Il s’agit de penser la valeur et la futilité des
connaissances que nous avons acquises à travers le temps et la civilisation via les différentes sciences
et croyance.
IV- L’ESPRIT PHILOSOPHIQUE
Si la philosophie est une recherche de savoir, elle appelle à un ensemble de disposition et
d’aptitudes pour atteindre une telle fin. Ces conditions constituent à la fois un état d’esprit face à un sujet
et un objet philosophique.
1- Le doute méthodique
Il s’agit de poser une question relatant l’exactitude de l’objet, de ce que l’on a admis jusque-là.
Poser une question telle que « est-ce exactement cela ? Ou est-ce vraiment le cas ? L’esprit suspend
alors un jugement et devient incertain de la réalité d’un fait ou d’une conduite adoptée. Puis la démarche
veut qu’il prenne du recul pour pouvoir juger objectivement. Jaspers disait « L’origine de la philosophie
se trouve dans le doute. »
2- L’esprit critique
3- L’esprit de méthode
IV- LA VALEUR DE LA PHILOSOPHIE
Le mot utilité renvoie parfois à une question brutale « à quoi sert cela ? ». Si l’on demande la
valeur de la philosophie ou bien sur son utilité, il faut d’abord bien éclaircir une telle question pour ne pas
tomber dans état de pessimisme.
1- Sur la recherche du bien
La philosophie déçoit au fait qu’elle n’apporte pas de réponses toutes faites. Elle ne suscite
encore qu’interrogation ou des nouvelles manières de se poser des questions. La philosophie n’apporte
pas une vérité universelle qui s’impose à toute l’humanité comme la mathématique. En ce sens, elle est
stérile. Platon fait même dire à Callicles que « la philosophie est une calamité. » Elle n’apporte pas de
réponses certaines. En effet, Jaspers remarquait que « La question en philosophie sont plus essentielles
que les réponses et chaque réponse devint une nouvelle question ».
En outre, nous voulons être heureux comme Platon le disait « Tous, tant que nous vivons,
voulons être heureux ». Ce but ultime de la philosophie est la recherche du bonheur.
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2- Le but de la philosophie
En une phrase la philosophie permet au développement de tout l’homme et tout homme.
L’épanouissement de tout l’homme, c’est-à-dire tous ce qui fait un homme ou la nature de l’homme doit
passer par le philosopher. De même, la philosophie concerne tout le monde et non seulement le
philosophe, ni la distinction basée sur quoique ce soit selon Epicure en ces termes « il faut que les
jeunes ainsi que les vieillards cultive la philosophie. » pour la sainteté de l’âme.
3- Philosophie et science
La philosophie répond aux questions qui échappent à la science, que la science ne peut pas
répondre. En effet, la question même de la science échappe à la science ; définir la physique ou la
gestion ce n’est pas faire de la physique ni de la gestion. Et pourtant on a besoin de connaître le sens de
ce que l’on fait. La philosophie donne sens à notre vie.
Elle essai de déterminer le pourquoi et non le comment de l’univers. En effet, une question telle
que le problème de la foi, de la mort, du mal ou de la liberté sont opaques à toute science. La
philosophie nous propose des solutions à ces problèmes sans pour autant dogmatique et impérialiste.
4- Philosophie comme art
Elle a un intérêt spirituel. Sur ce plan, son utilité est comparable à celle que peuvent présenter
les arts. La musique, la peinture, la poésie etc., n’ont aucune utilité pratique. Mais ils nous permettent de
nous arracher au mode du quotidien, de nous émerveiller, de nous faire goûter les joies de l’esprit face à
ces mondes prodigieux que crée l’artiste. Il en va de même du philosophe, qui par la rigueur de ses
pensées, par leur radicalité nous fait pénétrer dans des mondes ignorés, nous dévoile des horizons
insoupçonnés qui, à vrai dire sont sans doute la matrice du réel authentique, celui qui échappe à l’action
et la réflexion ordinaires, accaparées par les soucis pratiques et les limites offertes par la perception et
le bon sens.
5- De la coordination de tous les savoirs
Le savoir est l’ensemble des connaissances acquises par les études. Le savoir-faire en est
l’application de ces connaissances techniques. Et le savoir-être est l’attitude, le comportement moral
qu’on doit avoir face à une situation donnée. En effet englober et cordonner ces trois types de savoirs
relève de la philosophie. Ces remarques rejoignent la réflexion polémique de Schopenhauer (XIX°
siècle) qui proclamait que « plus un homme est inférieur par l’intelligence, moins pour lui, l’existence a
de mystère »
CONCLUSION
La philosophie ne se définit donc pas comme un savoir constitué, mais comme la recherche du
savoir, on ne peut donc la définir de façon définitive et univoque dans la mesure où elle est la démarche
indéfinie de la conscience s'interrogeant sur elle-même. La démarche philosophique suppose donc une
prise de distance par rapport à soi-même et par rapport au monde et à la nature, elle est l'exercice
même de la pensée dans une inquiétude, un questionnement permanent dont l'origine est l'étonnement.
Étonnement : du latin attonare : ``être frappé du tonnerre''
- ébranlement moral, stupéfaction face à l'inattendu ou l'extraordinaire.
- ébranlement intellectuel face à ce qui ne peut donner lieu à une explication immédiate. "C'est
en effet l'étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques (...). Or
apercevoir une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance." Aristote, Métaphysique, A