DROIT DES BIENS
L’objet du droit des biens c’est l’étude des droits réels principaux
c’est-à-dire de la propriété et de ses démembrement.
L’étude du droit des biens consiste aussi à appréhender ces droits
réels principaux en référence à la notion de possession.
Il faut alors faire une certaine distinction entre la propriété et la
possession.
Mais auparavant, il faudrait savoir ce qu’est un bien.
Au sens large, un bien est toute chose ayant de la valeur, tout élément
de richesse, tout ce qui peut entrer dans le patrimoine. Ainsi tous les droits
patrimoniaux sont des biens au sens large. Ces droits patrimoniaux
comprennent les droits réels et les droits personnels.
Cependant, le droit des biens concerne un domaine plus étroit. Il
n’englobe que les choses et les droits portant sur ces choses. Ainsi, sont
exclues du domaine du droit des biens les droits personnels.
Ces derniers également appelés droit de créance font l’objet du cours
de droit des obligations.
En fait, le droit des biens est la discipline régissant l’ensemble des
règles de droit concernant uniquement les droits réels.
La notion de bien inclut les choses et les droits ; alors en langage
courant, on confond souvent la chose elle-même avec le droit de
production.
Par exemple, il est courant de dire « j’ai une maison » alors que
l’expression juridique correcte est de dire que l’on dispose d’un droit de
propriété sur une maison.
Avant d’étudier la classification des biens et des choses. Il convient à
titre préalable de comprendre la notion de patrimoine.
I. Le patrimoine
Le plus souvent, les droits sont envisagés isolément.
En régime juridique les droits sont considérés dans leur ensemble
pris globalement.
Concrètement, le patrimoine est l’ensemble des biens et des dettes
d’une personne envisagé comme un tout.
Le texte de référence en la matière est l’article 200 du COCC qui
dispose « le débiteur répond de sa dette sur tous ses biens présents et à
venir » ( c’est le pendant de l’article 2284 du code civil français qui
énonce : quiconque s’est obligé personnellement, est tenu de remplir son
engagement sur tous ses biens mobiliers et immobiliers présents et à
venir ?
Ce texte établit un lien entre tous les droits dont une personne est
titulaire et les charges pesant sur une personne.
Ainsi les créanciers disposent d’un droit sur tous les biens
appartenant à un débiteur.
A. La composition du patrimoine
Le patrimoine d’une personne est composé d’un actif et d’un passif.
Il reste distinct des éléments qui composent son actif à un moment
donné. Cela signifie que créancier n’a de droit que contre un patrimoine et
ne peut donc se faire payer que sur les biens restants dans le contenant au
jour où il exerce son droit de créance. Il ne disposait pas de droit sur ces
biens au jour où la créance est née.
Ce créancier simple est appelé créancier chirographaire. Il ne dispose
ni du droit de suite ni du droit de préférence. Ayant un droit de gage
général sur le patrimoine du débiteur il est protégé par le biais des actions
obliques et pauliennes.
B. Les caractères juridiques du patrimoine
Les juristes ont une conception intellectuelle du patrimoine. Il le voit
moins comme un ensemble de biens et de dettes que comme un aptitude à
être titulaire de biens et de dettes. Le patrimoine est attribue de la
personnalité juridique ce qui crée un lien entre patrimoine et personnalité
juridique.
De ce fait, il va falloir en tirer trois conséquences :
- Toute personne a nécessairement un patrimoine
- Seules les personnes disposent d’un patrimoine
- Chaque personne ne peut avoir qu’un seul patrimoine
Le principe évoqué ici est celui de l’unicité du patrimoine. Ce
principe interdit légalement un fractionnement du patrimoine en plusieurs
masses distinctes.
Le système romano-germanique rejette la théorie du patrimoine
d’affectation. C’est une théorie qui admet le fractionnement du patrimoine.
Selon cette théorie le patrimoine devrait pouvoir être indépendant de
la personne à laquelle il est attaché et ne devrait exister que dès lors qu’il
y’a affectation d’une masse de bien dévolue à un certain but.
Le droit sénégalais inspiré du droit français rejette donc cette théorie
d’origine allemande.
En pratique il existe un technique juridique permettant d’en venir au
même résultat sans pour autant que cela soit considéré comme un
patrimoine d’affectation non reconnu en droit interne.
Cette technique consiste en la création d’une société avec une seule
personne dénommée sociétés unipersonnelle. L’associé unique de la
société ainsi créée ne doit plus répondre du passif qu’à concurrence de
l’actif de la société.
Cette technique même illogique permet tout de même de conserver la
notion fondamentale de patrimoine unique attribue de la personnalité
juridique.
Ainsi une seule et même personne physique peut représenter deux
personnes ayant la personnalité juridique et les droits qui s’y rattachent à
savoir une personne physique et une personne morale.
II. La classification des biens
Il existe une classification fondamentale ou souma divisio consistant
à distinguer les biens en biens meubles et biens immeubles et des
classifications secondaires.
A. La distinction fondamentale des biens en meubles et
immeubles
Il convient de faire une présentation de la distinction avant d’étudier
les meubles d’une part et les immeubles d’autre part.
1. Présentation de la distinction meuble et immeuble
La distinction des meubles et des immeubles est prévue par la loi.
Elle est d’origine historique et présente des intérêts considérables.
Cependant, la distinction n’a pas échappé à la critique.
a. Le fondement légal
La division fondamentale des biens est posée par l’article 516 du
code civil français : « Tous les biens sont meubles ou immeubles ». Cette
division bipartite implique que quelque soit sa nature, tout bien puisse être
versé dans l’une ou l’autre catégorie. La catégorie des immeubles est le
principe, la catégorie des meubles est l’exception. Autrement dit, la
catégorie des meubles est résiduelle : tout ce qui n’est pas immeuble est
meuble.
b. L’origine historique
Dans l’histoire, la division fondamentale des biens a toujours
consisté à distinguer les choses précieuses et durables de celles qui le sont
moins.
En droit romain, cette démarche a conduit à la distinction entre les
res mancipi (chose de valeur qui n’était pas forcément immeuble :les
fonds de terre mais aussi les bêtes agricoles par exemple) et les res nec
mancipi (toutes les autres choses). Compte tenu de leur valeur, les res
mancipi faisaient l’objet d’un transfert de propriété solennelle (la
mancipation) obligeant le vendeur à prendre conscience de son acte.
Sous l’ancien droit en France, la classification élémentaire des biens
départit les héritages (biens de valeur destinées à demeurer dans la famille
par delà les générations) et les cateux (autres biens)
En Afrique noire traditionnelle, la terre avait une importance capitale
à tel point qu’elle ne pouvait faire l’objet de propriété individuelle. La terre
appartenait à la collectivité. Progressivement, le critère de la valeur
présidant la distinction fondamentale entre les biens a rejoint un critère
physique : les biens de valeur étaient des immeubles et les autres biens
(moins précieux et périssables) étaient des meubles (res mobilis-res bilis,
chose mobilière-chose de peu de valeur) d’où la consécration de la division
meuble-immeuble dans le code civil français.
c. Intérêt pratique
L’idée primitive que les immeubles sont plus précieux que les
meubles fondent la différence de régimes entre les deux sortes de biens.
Par exemple, la saisie d’un immeuble est plus difficile que celle d’un
meuble, la vente d’un immeuble est plus contraignante que celle d’un
meuble.
Il y a également des différences de régimes qui tiennent au critère
physique de mobilité ou de fixité. Les immeubles sont soumis à un système
de publicité difficile à mettre en œuvre pour les meubles qui circulent
rapidement et d’une manière informelle ; la compétence juridictionnelle en
matière de litige immobilier est déterminée par le lieu de situation de
l’immeuble tandis qu’en matière mobilière, le tribunal compétent est en
principe celui du domicile du défendeur.
d. Critère théorique
S’agissant des biens corporels, le critère de distinction meuble-
immeuble est d’ordre physique. L’article 528 du code civil français définit
les meubles par leur mobilité. On peut aisément en déduire que les
immeubles sont identifiables du fait qu’ils ne sont pas susceptibles d’être
déplacés du fait de leur fixité. Toutefois ce critère de déplacement est
bouleversé par les techniques modernes sui permettent de transporter
n’importe quel bien d’un endroit à un autre. Ainsi, le sol constitue la
définition par excellence de l’immeuble caractérisé par fixité.
Le critère physique à la base de la distinction meuble-immeuble doit
être relativisé. Il arrive sue la volonté individuelle influence la qualification
des biens. C’est ainsi que des biens objectivement meubles sont considérés
subjectivement comme des immeubles parce qu’ils sont affectés à
l’exploitation d’un fond (les immeubles par destination). Plus
généralement, la nature objective des biens étant fort délicate à interpréter
(par exemple un mobile home est-il un meuble ou un immeuble ?). On
pourrait concevoir que la qualification mobilière ou immobilière d’un bien
soit une affaire de volonté d’où la question la distinction meuble et
immeuble reposant sur un critère physique est-elle d’ordre public ou est-
elle supplétive de volonté ?
Une lointaine jurisprudence avait pu décider sue le caractère mobilier
ou immobilier des biens se détermine avant tout par le point de vue auquel
les ont considéré les parties contractantes et par la destination qu’elles leur
ont attribuées (Cassation civile 25 janvier 1886). Par contre, une
jurisprudence récente a posé solennellement que les biens sont immeubles
ou par leur nature ou par leur destination ou par l’objet auquel il
s’applique. D’où il suit en l’espèce que la nature immobilière ou mobilière
d’un bien est définie par la loi et la convention des parties ne peut avoir
d’incidences à cet égard. On reconnaîtra à cette conception objective des
bien qu’elle vise à faire concorder la réalité sensible et la réalité juridique,
ce qui est un gage de cohérence et de sécurité.
Quoiqu’il en soit, c’est à partir de la distinction faite au sein des
biens corporels sue l’on peut déduire la distinction entre les droits
mobiliers et immobiliers. Parce qu’ils sont immatériels, les droits ne sont
évidemment pas susceptibles de déplacement non plus sue d’attache
matérielle au sol. Mais les droits sont des objets au sens juridique qui
peuvent être corporels et ainsi meubles ou immeubles. C’est ainsi qu’on
pourra diviser en meuble et immeuble les droits selon l’objet auquel il
s’applique. En conséquence, on qualifiera de mobilier les droits qui portent
sur des meubles corporels (par exemple le gage, la créance de somme
d’argent) et d’immobilier, les droits qui portent sur des immeubles
corporels (par exemple l’hypothèque, la demande en unité d’une vente
d’immeuble).
Par convention, les biens incorporels sont toutes rangés dans la
catégorie des meubles.
e. Critique de la distinction
La distinction meuble-immeuble est fortement critiquée. On lui
reproche principalement son anachronisme. Initialement, cette distinction
était justifiée par la validité de l’immeuble, ce qui fondait son régime
protecteur. Aujourd’hui, il n’y a plus de raison pour que ce régime ne
s’applique qu’aux immeubles alors que les meubles ont pris de plus en plus
de valeur et mériteraient cette protection. L’écart entre les biens dignes de
protection et ceux qui ne le sont pas ne relève plus du caractère mobilier ou
immobilier.
Au fond, la distinction meuble-immeuble serait devenue inutile. En
effet, si les objectifs de protection survivent, ils visent aujourd’hui des
personnes ou des situations et non plus les biens considérés par grandes
catégories.
2. Les immeubles
Les immeubles sont distingués en immeuble par nature, immeuble par
destination et immeuble par l’objet auquel il s’applique.
a. Les immeubles par nature
Le code civil français énumère les biens considérés comme
immeubles par nature : les fonds de terre et les bâtiments (article 518),
les récoltes pendantes ou les voies et forêts (article 520 et 521) quelque
soit leur vocation économique ou les tuyaux d’adduction des eaux
abouchées (article 523).
En dehors de ces illustrations, il fait savoir identifier un immeuble
par nature. Sont immeubles le sol comme comme volume puis la matière
qui comble le sol (quoique la terre végétale, les roches ou les fluides qui le
composent soient par nature des biens déplaçable), puis tout ce qui tient à
cette matière, que ce soit à la suite d’une croissance naturelle (végétaux) ou
d’un développement artificiel (édifices). Sont aussi immeubles les meubles
accrochés aux édifices non parce qu’ils sont fixes mais parce qu’ils ne font
qu’un avec eux.
En résumé, l’immeuble par nature, c’est ce sui occupe l’espace en
incarnant une fois pour toutes une portion disponible qu’il l’occupe par un
fond de terre, par un étang, par un édifice, par une simple cabane
inamovible, cela importe peu car l’existence même de l’immeuble a pour
effet de rendre indisponible l’espace occupé, ce qui est comme soustrait à
la possibilité d’aller et venir.
b. Les immeubles par destination
Ce sont des meubles par nature qui sont affectés durablement au
service ou à l’ornement d’un immeuble en fait de quoi ils subissent en
quelques sortes le régime immobilier. Cette catégorie d’immeubles est
fondée sur la théorie de l’accessoire qui est à l’œuvre dans d’autres
branches du droit : les meubles immobilisés suivent le sort d’un immeuble
car ils lui sont accessoires.
Les immeubles par détermination de la loi
Cette catégorie regroupe des droits que la loi considère comme meubles.
Ce sont les obligations et les actions qui ont pour objet des sommes
exigibles ou des effets mobiliers ou encore les actions de société. L’on peut
aussi citer le fond de commerce.
c. Les meubles par anticipation
Ce sont des biens actuellement immeubles mais dont on anticipe la nature
mobilière future ( Ex : une récolte encore pendante va être traitée comme
meuble alors même qu’elle est toujours incorporée au sol [donc immeuble]
parce que l’on sait qu’elle va prochainement être arrachée et devenir
meuble). L’autre critère déterminant qui permet de qualifier l’immeuble de
meuble par anticipation, c’est l’existence d’une opération juridique que
l’on veut leur faire subir (par exemple la vente).
Le biens aliénables des bien inaliénables, le choses communes des choses
sans mètres , les biens individuels des universalités de biens ; on distingue
enfin les fruits des produits.
Chapitre 1er : LA PROPRIÉTÉ ET LES AUTRES DROITS RÉELS
PRINCIPAUX
Une prérogative accordant des droits sur une chose est un droit réel. Il
existe plusieurs sortes de droits réels dont la caractéristique commune autre
que la propriété consiste en une prérogatives particulières détachées du
droit de propriété lui-même. Le droit de propriété est un droit complet
réglementé par l’article 534 du code civil français. Tous les autres droits en
sont donc détachés mais il contient tous les autres droits réels. Il existe
deux catégories de droits réels : les droits réels principaux et les droits
réels accessoires. Les premiers confèrent à leurs titulaires des prérogatives
sur la chose (il s’agit du droit de propriété et des remembrements de la
propriété). Les droits réels accessoires sont nommés ainsi parce qu’ils
garantissent l’exécution d’une créance, ils en constituent ainsi l’accessoire.
Les droits réels accessoires sont les sûretés réelles réglementées par l’acte
uniforme portant organisation des sûretés ( on distingue les sûretés réelles
mobilières de la sûreté réelle immobilière constituée exclusivement de
l’hypothèque).
Le droit réel accessoire assure à son titulaire le paiement de la créance.
Section 1 : LA PROPRIÉTÉ
L’article 544 du Code civil français dispose en terme générique que la
propriété est le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus
absolue pourvue qu’on en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les
règlements. Le droit de propriété est alors un droit subjectif et égoïste
(conçu dans le seul intérêt de son titulaire). Mais si ke droit de propriété
revêt un caractère particulièrement individualiste, il n’en constitue pad
moins un droit à connotation familiale. Ce qui explique les différentes
restrictions du droit de propriété.
L’étude du droit de propriété conduit impérativement à en déterminer la
notion d’une part et le régime juridique d’autre part.
Paragraphe 1er :LA NOTION DE DROIT DE PROPRIÉTÉ
L’étude de la notion de propriété consiste à en déterminer les contours afin
d’en donner une définition. Il est alors nécessaire de préciser ses attributs et
ses caractères.
A. Les attributs du droit de propriété
Le droit de propriété est un droit fondamental, il a une valeur
constitutionnelle. En effet, le droit de propriété est protégé par la
constitution sénégalaise. Cette intégration du droit de propriété dans le
texte fondamental en atteste son caractère fondamental. Celui-ci a
d’ailleurs été expressément précisé par la première chambre civile de la
cour de cassation française dans un arrêt du 4 janvier 1995 dans lequel le
juge visait l’article 595 du code civil français.
La valeur constitutionnelle du droit de propriété suppose que le législateur
ne peut y porter atteinte conformément à la hiérarchie des normes.
Cependant, si l’on note des restrictions de plus en plud nombreuses du
droit de propriété (restriction légale et restrictions jurisprudentielles). Cela
ne saurait entamé la portée même du droit de propriété.
Le droit de propriété comporte trois attributs :
- L’usus (jus utendi) : l’usus ou le droit d’usage consiste à se servir de
la chose. Il s’agit par exemple d’habiter une maison ou de conduire
un véhicule. L’usage
- Le fructus (jus fruendi) : C’est le droit de percevoir les fruits et
revenus du bien, soit par des actes matériels de jouissance( le
propriétaire recueille les fruits lui-même, le cas de l’agriculture) soit
par des actes juridiques( le propriétaire perçoit les fruits civils en
donnant par exemple son bien en bail). Il existe trois catégories de
fruits : les fruits naturels donnés spontanément par les plantes ou les
animaux ; globalement par la chose sans l’intervention de l’homme.
Les fruits industriels résultant par contre du travail de l’homme,
quant au fruits civils ce sont les revenus. Les frais civils sont
constitués par les redevances par un tiers, dont un bien a été mis à sa
disposition.(ce sont les loyers, les intérêts, les dividendes.)
Le droit de percevoir les fruits comprend parallèlement le droit de ne
pas les percevoir. Les fruits se distinguent ainsi des produits. En
effet, les fruits découlent de la chose sans une altération de sa
substance.(une mangue donnée par un manguier.). Les produits sont
des matériaux prélevés sur un bien. Cela en diminuera la substance et
entraînera la destruction de la chose. Par exemple, les minéraux
extrait de carrière, arbre provenant des coupes systématiques de la
forêt.
Les produits d’une chose sont en vérité des parties de la chose elle-
même. Ainsi la prérogative du propriétaire d’approche des produits
de la chose découle de son d’abusus mais pas de son droit de Fructus.
L’usufruitier quant à lui détient l’usus et le fructus et non l’abusus. Il
a le droit aux fruits et non au produit.
- L’abusus(jus abutendi): il s’agit du droit de disposer de la chose sur
laquelle on exerce un droit de propriété( soit l’aliéner par exemple la
vente, soit la consommer, la détruire ou l’abandonner). L’abandon
consiste à transmettre volontairement à autrui un droit de propriété.
Elle est à distinguer alors du simple acte d’administration.
B. Les caractères du droit de propriété
L’Article 544 Code civil français énonce expressément le caractère absolu
du droit de propriété. Cela sous-entend que la propriété revêt aussi un
caractère exclusif, faisant que le propriétaire est le seul à avoir la
possibilité d’agir par les actes de manière perpétuelle.
1. Le caractère absolu de droit de propriété
Le caractère absolu met en perspective le droit de propriété conférant à son
propriétaire tous les droits sur la chose, les confondant à cette chose elle-
même. Cependant, ce caractère absolu ne signifie pas pour autant illimité.
On peut absolument tout faire avec la chose, sur la chose, en disposer
comme on l’entend sous réserve de ce qui est prohibé. Parallèlement, le
caractère absolu signifie qu’en matière de propriété, tout ce qui n’est pas
expressément interdit est autorisé. Ainsi, la liberté constitue le principe en
la matière. Les restrictions n’étant que des exceptions découlant de la loi
ou les règlements. Cependant, au-delà de ces restrictions légales, il y a des
restrictions jurisprudentielles telles que l’abus du droit de propriété et les
troubles de voisinage. L’abus de droit de propriété a été mis en évidence
dans l’affaire Clément Bailart du 3 août 1915 REQ, DP, 1917. Dans cette
affaire, le juge a caractérisé l’existence d’un abus de droit sur le fondement
de l’intention de nuire.
2. Le caractère perpétuel du droit de propriété
Le droit de propriété est perpétuel c’est-à-dire qu’il est imprescriptible de
telle sorte que l’action qui le sanctionne l’est elle-même. Il ne se perd pas
pour le non usage( cassation, REQ, 12 juillet 1903 Le cohuc / Morvan , DP
1907,1,141).
L’action sanctionnant, le droit de propriété est appelé action en
revendication.
L’imprescriptibilité signifie que la durée du droit de propriété est
subordonnée à celle de son objet. Ce droit ne s’éteint jamais
automatiquement. Le droit de propriété dure autant que la chose qui en est
l’objet.
La perpétuité de la propriété a un sens différent de la perpétuité en langage
courant. Le caractère perpétuel signifie que le droit de propriété n’est pas
un droit viager, qui ne s’éteint pas avec son propriétaire. Elle se transmet
par voie successorale.
La disparition du droit de propriété peut résulter soit de la disparition de la
chose( le droit de propriété disparaît parce qu’il est privé d’objet), soit de la
disparition du droit qui peut se réaliser, volontairement ou
involontairement( par l’expropriation pour cause d’utilité publique par
exemple).
Paragraphe 2: DROITS RÉELS PRINCIPAUX SUR LA CHOSE
D’AUTRUI
On appelle « droits réels principaux sur la chose d’autrui » des droits qui
ne donnent à leur titulaire est un pouvoir restreint qui ne leur confère que
certains éléments du droit de propriété dont ils sont les démembrements et
avec lequel il concourt sur la même chose. On appelle cela la propriété
démembrée pas opposition à la propriété complète. Il existe plusieurs
démembrement du droit de la propriété dont l’usufruit, l’emphytéose ou
bail emphytéotique (30 ans renouvelable) et les servitudes(droits du
propriétaire d’un fonds sur un fonds voisin). L’usufruit est indifféremment
mobilier ou immobilier. Il s’apparente au droit d’usage.
A. l’usufruit:
L’usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété
comme un propriétaire lui-même, mais à la charge d’en conserver la
substance. Il s’apparente.
L’usufruitier dispose de l’usus, du fructus mets pas de l’abusus. Ainsi, le
droit de propriété est éclaté en deux il y a deux personnes, l’une disposant
de l’usus et du fructus( l’usufruitier), l’autre disposant de l’abusus(le nu-
propriétaire). Cependant, il est possible de reconstituer le droit de propriété
en son intégralité car l’usufruit n’étant que temporaire. L’usufruit prend fin
au plus tard au décès de l’usufruitier, si celui-ci est une personne physique.
S’il s’agit d’une personne morale, il est limité à une période de 30 ans.
L’usufruit n’est jamais transmissible à cause de mort contrairement à
l’emphytéose.
L’exercice de l’usufruit suppose. Sa constitution et sa non extinction.
I. la constitution de l’usufruit
Il faudra voir l’objet et la source de l’usufruit.
a. l’objet de l’usufruit
L’usufruit peut être établi sur toute espèce de bien meuble ou immeuble.
Cependant, il prend un relief différent suivant qu’il porte sur des biens
corporels ou incorporels.
1. l’usufruit des biens corporels
L’usufruitier a l’obligation de conserver la substance de la chose. Par
définition, il ne peut pas consommer les choses sur lesquelles porte son
droit. La question est alors de savoir si l’usufruit de porter sur des biens
consomptibles? La réponse est évidemment négative. Dans cette
hypothèse, on parle de quasi usufruit des choses consomptibles. En effet,
l’usufruitier peut remplacer la chose équivalente pour restituer la chose
donnée en usufruit. Il se comporte aussi comme un propriétaire alors que le
propriétaire est considéré comme un créancier.
Par ailleurs, si l’usufruit comprend des choses qui sans se consommer de
suite se détériorent peu à peu par l’usage, comme les meubles meublants;
l’usufruitier a le droit de s’en servir pour l’usage auquel elles sont
destinées. Elle est obligée de les rendre à la fin de l’usufruit que dans l’état
où elles se trouvent non détériorée par son dol ou par sa faute.
2. L’usufruit des biens incorporels
L’usufruit peut porter sur des droits qui peuvent être des droits réels, des
droits personnels également des valeurs mobilières. Il peut aussi porter sur
une universalité. Il y a deux types d’universalité, l’universalité de droit et
universalité de fait. L’universalité de droit concerne le patrimoine. Par
exemple en droit français en matière successoral l’article 757 du Code civil
prévoit que « l’époux décédé laisse des enfants ou descendants, le conjoint
survivant, recueille à son choix l’usufruit de la totalité des biens existants
ou la propriété du quart des biens lorsque tous les enfants sont issus des
deux époux est la propriété du quart en présence d’un ou plusieurs enfants,
qui ne sont pas issus des deux époux ».
Pour les universalités de fait, il s’agit d’un recouvrement de biens unis par
une certaine cohérence qui est le but commun le plus souvent. C’est à mi-
chemin entre la juxtaposition de biens et la fusion de biens pour donner un
bien unique. Par exemple, l’usufruit d’un fonds de commerce qui est une
entreprise commerciale envisagée comme bien. L’intérêt est que l’usufruit
porte sur l’universalité elle-même qui constitue un bien unique et ne porte
pas sur les choses qui la composent. L’obligation de restitution de
l’usufruit porte sur le contenant et non sur le contenu. L’usufruitier dispose
librement des biens qui composent l’universalité à charge pour lui d’en
conserver la substance, sa valeur. Ce mécanisme ressemble au quasi
usufruit mais la technique est différente. En effet, la technique utilisée est
celle de la subrogation réelle, c’est-à-dire le remplacement dans un rapport
de droit d’une chose par une chose équivalente. Par exemple, l’usufruit
d’un fonds de commerce permet que l’usufruitier dispose des marchandises
car elle porte sur l’ensemble et non sur les marchandises qui n’en sont
qu’un élément.
b. Les sources de l’usufruit
Il existe plusieurs sources de l’usufruit. L’usufruit est établi par la loi ou
par la volonté de l’homme. Un exemple d’usufruit légal peut être trouvé en
matière successorale (voir article 757 du code civil français). Aussi, la
personne qui exerce la puissance paternelle à l’administration légale et la
jouissance des biens de l’enfant.
L’usufruit volontaire peut procéder d’un contrat ou d’un acte juridique
unilatéral. Par exemple, l’usufruit peut résulter d’une donation partage
(c’est un contrat). Dans la donation partage, le donateur se réserve
l’usufruit des biens, il en transmet par avance la nue-propriété. Le
propriétaire ne retrouvera l’entière propriété qu’au décès de l’usufruitier.
L’usufruit peut aussi être d’origine ()
II. L’exercice de l’usufruit
L’usufruitier peut se servir de la même manière qu’un propriétaire du bien
et de ses accessoires. Il peut recueillir tous les fruits procurés par la chose.
Cependant, à l’entrée en jouissance, l’usufruitier doit procéder à
l’inventaire des biens. L’usufruitier donne aussi caution de jouir du bien en
bon père de famille s’il n’en est pas dispensé par l’acte constitutif de
l’usufruit.
En cours de jouissance, l’usufruitier doit supporter certaines charge, il
s’agit des charges périodiques (paiement des impôts par exemple). Il doit
aussi effectuer des charges d’entretien.
Quand au nue-propriétaire, il dispose d’un droit général de surveillance de
la chose, il peut accomplir tous les actes matériels nécessaires à la
conservation de la chose, il a aussi droit au produit de la chose. Le nue-
propriétaire peut aussi accomplir tous les actes juridiques nécessaires à la
conservation de la chose par exemple souscrire à une assurance. Le droit
d’abusus du nue-propriétaire est limité à la seule nue-propriété. Ainsi, la
session de pleine propriété suppose le consentement de l’usufruitier.
Les obligations du nue-propriétaire s’analyse parallèlement à celle de
l’usufruitier. Le nue-propriétaire est tenu de délivrer la chose à
l’usufruitier, il ne doit pas le troubler dans l’exercice de son droit.
Le nue-propriétaire est tenu aux charges extraordinaires, il est tenue de
procéder aux grosses réparations. Le nue-propriétaire n’est pas tenu
d’effectuer une remise en état du bien en début d’usufruit. Cependant, ces
réparations peuvent être effectuées par l’usufruitier qui dispose dans ce cas
d’un recours sur la base de la plus valu sur le fondement d’un
enrichissement sans cause.
III. L’extinction de l’usufruit
La cause normale d’extinction de l’usufruit est l’arrivée du terme qui peut
être certain ou incertain. Cependant, l’usufruit peut être réversible c’est-à-
dire qu’on le constitue au profit de plusieurs titulaires dont chacun a
vocation à en jouir après le décès du précédent et ce jusqu’au décès du
dernier titulaire prévu. L’usufruit réversible est distinct de la cession
d’usufruit. Même cédé, l’usufruit s’éteint avec le décès du bénéficiaire.
L’usufruit s’éteint aussi à la disparition de la chose (la perte de la chose, la
consolidation, la renonciation de l’usufruit). Il y a consolidation lorsque
l’usufruitier succède au nue-propriétaire, la réciproque n’est pas valable.
L’usufruit s’éteint aussi par la sanction pour abus de jouissance. Il y a abus
de jouissance lorsque l’usufruitier compromet la substance même de la
chose nuisant ainsi aux intérêt du nue-propriétaire.
A la fin de l’usufruit, le nue-propriétaire recouvre. La totalité de la
jouissance et de la propriété du bien. Cela suppose la restitution de la chose
assortie éventuellement de dédommagement en cas de dommages causés