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Risques et Limites de la Justice Prédictive

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PARTIE II : Inconvénients et Risques :

Contrairement à la justice humaine, en effet, la justice algorithmique est


présentée comme synonyme de sécurité, car les algorithmes sont entraînés sur
une base figée dans le passé, qui serait, une fois analysée et traitée, une
matérialisation de la vérité judiciaire sur une question donnée. En outre, en
réduisant, pour et par le calcul, la complexité des décisions, l’algorithmique
contribuerait, techniquement, à sécuriser le processus judiciaire.
Par ailleurs, il faut reconnaître que contrairement à un juge humain
l’algorithme n’ajoute rien aux données, il n’a pas faim, ne s’endort pas, n’est pas
influencé par des préjugés et ne peut pas faire l’objet de pressions, quelles
qu’elles soient.
Toutes ces qualités permettent de le présenter comme une garantie contre
l’arbitraire que l’on reproche parfois aux juges humains. On retrouve, en
filigrane de tous ces arguments, la prétention des algorithmes à une forme de
neutralité et de fiabilité qui seraient des caractéristiques propres de la pensée
abstraite, scientifique ou technique. Une telle conception des chiffres et des
techniques, qui conçoit les statistiques comme autant de vérités mathématiques
et la probabilité comme certitude, n’est pas inconnue de la science du droit,
comme l’a relevé Valérie Lasserre.
Certes, la justice prédictive comporte des avantages, mais beaucoup de
détracteurs dénoncent d’innombrables inconvénients, parmi lesquels, le risque
pour les justiciables de se retrouver influencer par les résultats des algorithmes,
de sorte à être détourné du recours au juge et d’opter pour une résolution
amiable par exemple pour mieux protéger ses intérêts.

Section 1 : Risque de la justice prédictive :


La justice automatisée risquerait de ne pas rendre des résultats pertinents
lorsqu’elle aura affaire à des questions de droit inédit, qui n’ont jamais été
tranchées par des juges, faute de bases de données (Dondero, 2017, p. P532).
En outre, il y a un grand risque que les outils de justice prédictive ne
fassent pas le tri entre les faits pertinents juridiquement et les faits non-
pertinents à l’inverse des juristes, ce qui ne donnera pas un raisonnement
juridique construit.
Dans ces cas-là, toutes les erreurs et omissions que pourrai produire les
outils de justice prédictive risquent de se trouver dans les décisions futures des
juges. Il faut signaler aussi qu’il y a dans le droit des notions floues telles que
l’ordre public et l’intérêt général, dont la définition n’est pas claire et nécessite
l’interprétation des juges ce qui donnera une justice prédictive erronée.
-Risques disciplinaires et éthiques
L’utilisation future de la justice prédictive ferait apparaître des limites au champ
disciplinaire et touche également aux professions du droit.
Les magistrats pourraient craindre, en des temps de restriction budgétaire, que
leur soient imposés l’utilisation d’outils prédictifs, sous la forme de formulaires
« gabarits » par exemple, pour rendre leurs décisions. Cela briderait ainsi leur
expression, faciliterait leur évaluation et favoriserait l’application plus rapide
d’une justice, qui serait donc plus économique.
Cela introduirait un biais d’application avec une uniformisation des peines sur
l’ensemble du territoire, qui ne tiendrait donc pas compte de disparités
régionales, de perceptions culturelles.
La justice prédictive pourrait pousser les juges dans la norme, « les priver alors
du sens même de leur fonction, qui est d’interroger et de décider de la fiabilité
du point de vue porté par l’avocat », selon Maître FIERS (Avocat spécialisé en
contentieux).
Les instruments statistiques développés pourraient permettre un profilage des
juges, des juridictions et produire des tendances, qui contraindraient les
magistrats. Maître FIERS doute cependant que les magistrats se laissent imposer
ce qui devrait rester « un outil parmi d’autres, pour le bien de la justice ».
Nous voyons apparaître ici les limites du champ d’application disciplinaire de la
justice prédictive dans les domaines civil et social, limites encore plus
exacerbées dans le domaine pénal.
Enfin, si la justice prédictive pouvait apporter plus de sécurité aux justiciables,
en permettant à l’avocat de cerner plus finement le risque et d’en informer son
client ainsi que son devoir lui impose, les outils disponibles seraient sans doute
bénéfiques mais nivelleraient et uniformiseraient les arguments développés par
les avocats, sans doute plus encore les non spécialistes, ceux-ci se limitant aux
réponses avancées par les machines.
- Risques d’ordre technique et technologique
« L’intelligence artificielle des logiciels d’analyse de la jurisprudence consiste à
opérer des choix dans l’analyse documentaire afin de filtrer les éléments les plus
pertinents, mais il n’existe pas une méthode universellement admise pour faire
ce travail » Bruno DONDERO, 2017.
Les travaux de recherche de Laurel ECKHOUSE , sont fondés sur l’hypothèse
que les big data appliqués aux décisions de justice renforceraient les préjugés
raciaux. Les défenseurs des outils prédictifs mettent en avant le moyen d’éviter
les préjugés humains, la justice étant appliquée de manière impartiale par des
machines (montant de caution, peines de prison en fonction de risque de
récidives ...) mais la base du machine-learning est de traiter des fichiers
préalablement enregistrés par les policiers, puis l’administration judiciaire.
Ainsi, les préjugés raciaux des policiers et des juges pourraient induire la
machine en erreur.
En effet, si les algorithmes prennent en compte les statistiques raciales dans la
décision, alors Laurel ECKHOUSE indique qu’un même délit pourrait amener à
une condamnation différente suivant la couleur de peau de la personne jugée.
Il ne serait pas exclu également que les biais soient volontairement introduits
dans les algorithmes, pour favoriser une idéologie plutôt qu’une autre, orienter
des décisions.

Section 2 : Inconvénients de la justice prédictive :


Les outils de justice prédictive s’appuient énormément sur les décisions
précédentes (jurisprudence), sans accorder de place aux autres sources
essentielles du droit que sont la doctrine et la loi.
Ce qui tend à se rapprocher de la culture juridique des pays du Common
law. Les juges en prononçant leurs jugements peuvent parfois prendre en compte
la situation du plaideur et statuer au cas par cas, ce qui ne peut pas être l’espèce
devant une justice automatisée, qui s’appuie surtout sur des précédents.
De ce fait, la jurisprudence joue un grand rôle dans les outils de la justice
prédictive, ce qui tend à obliger le juge à statuer selon l’avis majoritaire, et
d’éviter que sa décision ne soit ultérieurement cassée par une juridiction
supérieure.
Ainsi, la justice prédictive aboutit à une harmonisation de la jurisprudence
( GARAPON, 9 janv. 2017,). À cet égard, si la justice prédictive arrive à cette
harmonisation de la jurisprudence, cela aura pour effet de fossiliser et cristalliser
le droit, ce qui signifie que pour le plaideur ou le juge pas besoin de chercher à
adopter de nouveaux motifs alors qu’il y a déjà un précédant, la jurisprudence
sera figer plus de passé ou de futur, et le droit ne pourra plus évoluer.
Par ailleurs, la justice prédictive peut ouvrir le champ au phénomène dit
de Forum shopping, c’est-à-dire donner au justiciable la capacité de choisir entre
les différentes juridictions en fonction des avantages qu’elle peut leur offrir. Ce
qui fera apparaître une cartographie des différentes juridictions en fonction de
leur sensibilité face à un litige déterminé ( BUYLE & Adrien , 2017, p. p304).
Pour chacune des critiques, on le voit, adressées aux systèmes de justice
tels qu’ils existent aujourd’hui, les algorithmes apportent des réponses. La
fiabilité de ces réponses tout comme l’ampleur des ruptures que l’adoption de
solutions algorithmiques représente réellement pour nos systèmes judiciaires
comme pour notre droit mérite toutefois d’être discutée.
A ces débats, points par points, s’ajoute selon nous, pour conclure, celui
que la justice ne peut en aucun cas esquiver dans un Etat de droit. Sa qualité
dépend en effet bien plus de l’équilibre que son système opère entre toutes les
caractéristiques attendues antérieurement dans des cas similaires. Comme le
souligne Jean-Baptiste Duclercq, si l’on n’y prend garde, il se pourrait que « là
où la subjectivité du pouvoir d’interprétation des règles par les magistrats
humains présente un risque de partialité, consciente ou non, l’objectivité de la
mécanique d’exécution des instructions par les algorithmes présente un risque
d’impartialité aveugle », lequel n’est pas moins dangereux
Enfin, le recours aux outils de l’intelligence artificielle dans le domaine de
la justice peut nous faire craindre une déshumanisation de cette dernière, plus
que s’il y a problème dans un dossier, il suffira d’entrer des données dans un
moteur de recherche pour avoir le résultat du litige.
Conclusion:
Que l’homme se fasse aider par l’intelligence artificielle, c’est le but
recherché par cette avance technologique, mais recourir à l’automatisation des
tâches, ou de la prédiction, à travers l’utilisation d’algorithmes et de
l’intelligence artificielle dans le domaine de la justice pose des questions d’ordre
technique et éthique.
Ainsi, si l’introduction des outils numériques dans ce champ régalien offre
des perspectives d’amélioration : rapidité, impartialité, ils peuvent aussi dans le
futur améliorer la connaissance du droit pour tous les acteurs de la justice, de ce
fait ces derniers auront la possibilité de profiter de connaissance plus fine des
décisions rendues pour modifier leur stratégie judiciaire ou pour mieux
conseiller leurs clients en amont des contentieux, par ailleurs toutes ces
améliorations permettront au législateur de disposer d’une lecture plus fine du
droit positif ce qui l'aidera à mieux adapter les réformes.
Tous ces avantages de la connaissance du droit rendront le justiciable le plus
grand gagnant. Mais d’un autre côté, les risques de dérives éthiques sont
néanmoins nombreux : perte d’humanité et de dialogue, renforcement des
stéréotypes, la crainte de certains magistrats d’être remplacé par des robots, ou
de voir la même solution retenue par tous les juges font douter des bénéfices de
l’IA. Afin d’obtenir le plus grand bénéfice pour la société sans mettre en péril
les principes fondamentaux de justice et de démocratie, il conviendrait de mettre
en place.
1-Un cadre piloté par la puissance publique et impliquant à la fois des
professionnels du droit et des experts en intelligence artificielle, qui dessineront
certains limites afin de ne pas ressentir les inconvénients de l’IA.
2-Un encadrement législatif afin de protéger les données personnelles pour
prévenir toute manipulation allant à l’encontre des textes.
3–Étudier de façon approfondie les algorithmes prédictifs appliqués au droit par
les professionnels du droit avec l’assistance des experts en intelligence
artificielle.
4-Créé des commissions d’études afin de mieux humaniser la justice à l’ère de
l’IA, et de procéder à des mises à jour susceptible de corriger les lacunes
possibles pour une meilleure utilisation de cette nouvelle avancée technologique.

Bibliographique :

- Valérie. Lasserre, Justice prédictive et transhumanisme », Arch. phil. droit n° 60, 2018, pp. 311-320

- Jean. Pierre. BUYLE Avocat et A. VAN DEN BRANDEN, « La robotisation de la justice » Created Date:
11/22/2017

- Jean-Baptiste Duclercq, Les algorithmes en procès, RFDA 2018, p. 131 et s.

- Loick , G. (2017). Robotisation des services publics : l’intelligence artificielle peut-elle s’immiscer
sans heurt dans nos administrations ? in L'intelligence artificielle et le droit. Bruxelles: Larcier

- Dondero, B. (2017). Justice prédictive : la fin de l'aléa judiciaire ? Recueil Dalloz, Dalloz,(10), p532.
5Garapon, A. (9 janv. 2017,).
- Antoine Garapon, Les enjeux de la justice prédictive. La Semaine juridique éd. générale
LexisNexis(1-2)

- EKHOUSE, Laurel. (2016). Democratic Institutions and Equal Access to the Law: Race,
Representations and Local Control in Police Governance. Disponible sur

http://www.laureleckhouse.com/research et http://www.lebigdata.fr/justice-big-data-prejudice-
race-1302

DONDERO Bruno. Justice prédictive : la fin de l’aléa judiciaire ? Recueil Dalloz 2017, page

532.

Thèses et Mémoire:
1. Benbrahim, M. (2020). Cours intelligence artificielle (Master MI) ., (p. p1.). Université de Batna 2

2. Langlois, P. (2020, Décembre). Utilisation et impact des outils d'intelligence artificielle dans des
contextes de cuber justice (Memoire). 8. Montreal, HEC, Montreal.

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