Chimie analytique
partie de la chimie qui concerne l'analyse des produits
Pour les articles homonymes, voir Analytique.
La chimie analytique est la partie de la chimie qui concerne l'analyse des produits, c'est-à-dire l'identification et la
caractérisation de substances chimiques connues ou non. La substance chimique dont on cherche à déterminer
les propriétés est appelée « analyte ».
Chimie analytique
Laboratoire de chromatographie en phase gazeuse
Partie de Chimie
Pratiqué par Chimiste analytique (d)
Ses applications vont du suivi de production (vérifier qu'une chaîne fabrique un produit conforme aux
spécifications) à l'enquête policière (déterminer la nature d'une trace, la provenance d'une terre, d'une
peinture, etc.).
Description
Le mot « analyse » comporte le suffixe « lyse » qui signifie « décomposer » (cf. pyrolyse, hydrolyse, électrolyse). En
effet, une des premières préoccupations de la chimie depuis Antoine Lavoisier a été de déterminer les éléments,
c'est-à-dire les produits dont sont composés tous les corps. Il a donc fallu trouver des méthodes pour diviser les
corps complexes, puis caractériser les corps élémentaires issus de cette décomposition.
Jusqu'au début du xxe siècle, la chimie analytique consistait à faire réagir le produit inconnu avec des produits
connus pour déterminer sa nature (à l'instar de Martin Heinrich Klaproth considéré comme le « père de la chimie
analytique »). L'introduction de méthodes quantitatives, en utilisant les concepts de la chimie physique, a marqué
un renouvellement de la chimie analytique (par exemple, en 1943, Gaston Charlot mit au point la méthode qui
porte son nom pour remplacer les tests classiques au sulfure d'hydrogène1). De nos jours, on utilise volontiers des
méthodes faisant appel à la physique, qui permettent de déterminer et de quantifier toute une gamme d'éléments
en une seule opération.
Séparation, purification : analyse immédiate
Avant d'analyser un composé, on en prélève un échantillon, puis on sépare les différents constituants du mélange.
Si le mélange est constitué de plusieurs phases, on commence par séparer ces phases. Par exemple, on peut
séparer la phase solide de la phase liquide par filtration ou tamisage. La séparation d'un mélange homogène
utilise les différences de propriétés physiques entre les constituants. Par exemple, on extrait facilement le sel d'un
mélange sel-sable au moyen de l'eau, car le sel est soluble dans l'eau et le sable ne l'est pas. Par contre, la limaille
de fer et le sable sont tous deux insolubles dans l'eau : on ne pourra donc pas les séparer par différence de
solubilité dans ce liquide. Cependant, seule la limaille de fer est magnétique, on pourra donc la récupérer par
triage magnétique. On peut séparer des constituants liquides par distillations successives ou fractionnées. Dans
certains cas, des cristallisations successives permettent de séparer les constituants solides.
La chromatographie est la méthode de séparation la plus souvent applicable. Elle a un grand nombre de variantes
selon la nature du revêtement de la colonne utilisée pour les analyses et de l'interaction composant-échantillon.
Les deux principaux types de chromatographie sont la chromatographie par perméation de gel et la
chromatographie par échanges d'ions. La première méthode consiste à séparer les molécules selon leur taille ;
dans la seconde méthode, les particules sont séparées selon leur charge. La chromatographie en phase gazeuse
sépare les composants volatils d'un échantillon et la chromatographie liquide/liquide sépare les molécules
neutres de petite taille en solution.
La chromatographie permet de purifier un corps ou un constituant avant son dosage ou d'éliminer les composés
qui gêneraient son dosage. Il est inutile de purifier un composé avant son analyse dans le cas où la méthode
d'analyse n'agit que sur le composé étudié. Par exemple, déterminer le pH (concentration en ions oxonium) du
sang avec une électrode de verre ne nécessite pas d'étape de séparation préalable.
L'étalonnage constitue une autre étape préparatoire pour les analyses qualitative et quantitative. La réponse et la
sensibilité de l'appareillage mécanique ou électronique au composant recherché doivent être étalonnées en
utilisant un composant pur ou un échantillon contenant une quantité connue du composant.
Classement des analyses chimiques
La chimie analytique peut être classée de diverses manières. Avant d'aborder les différentes méthodes de
l'analyse chimique conventionnelle, on doit en général procéder à un certain nombre d'opérations généralement
connues sous le nom d'« analyse immédiate ». Il s'agit pour l'essentiel de méthodes physiques (surtout) voire
chimiques (quand elles sont suffisamment spécifiques) dont le but est de séparer les différentes espèces
chimiques présentes dans un échantillon. Le broyage, le tamisage, l'élutriation, la distillation, la cristallisation, la
filtration, la centrifugation, etc., sont parmi beaucoup d'autres des opérations de l'analyse immédiate. Les
méthodes chromatographiques et les méthodes analogues (telles les électrophorèses) sont des techniques de
séparation extrêmement puissantes et font partie de l'ensemble des techniques propres à l'analyse immédiate.
L'approche moderne des méthodes dites « non destructives » où l'échantillon est traité comme un tout dont la
consommation reste négligeable vis-à-vis de la masse totale de celui-ci, offre évidemment l'économie de l'analyse
immédiate, conserve cet échantillon aux fins de contre-analyse si nécessaire, mais se heurte à des difficultés
redoutables telles les effets de matrice et les problèmes de l'étalonnage. Il est commode de distinguer dans tout
échantillon quel qu'il soit les deux termes suivants :
ce que l'on cherche à déterminer : l'analyte ;
tout le reste : la matrice.
Par essence, tout échantillon est donc unique, car il suffit que l'un varie vis-à-vis de l'autre pour que le problème
analytique hier connu se transforme en un « nouveau a priori inconnu ».
Les analyses peuvent donc être classées :
selon le type : analyse qualitative ou quantitative. L'analyse qualitative peut être par méthodes classiques ou
instrumentales. L’échantillon est soumis à l’analyse soit pour connaître l’identité de ses constituants soit pour
déterminer les teneurs de ses constituants. Si l'on ne sait pas à quel type de matériau on a affaire, il peut être
nécessaire de faire une analyse qualitative avant de faire une analyse quantitative ;
selon la manière de l’exécuter : analyse classique, ou titrage, ou analyse instrumentale. Les techniques
d’analyse classiques (ou non instrumentales) utilisent, en général, des réactions quantitatives en phase
aqueuse ou des mesures de volume en phase gazeuse. Les instruments utilisés sont simples comme la verrerie
graduée (éprouvettes graduées, pipettes graduées, etc.), balances analytiques, pH-mètres. Les analyses sont,
en général destructives. Lorsqu'elles font appel à des solutions aqueuses, on parle de « voie humide ». Les
techniques d’analyse instrumentale, dont les différentes spectrométries, utilisent un appareillage qui permet les
déterminations se basant sur des propriétés physiques des analytes. Ces analyses sont exécutées soit sur
l’échantillon tel quel (elle est alors non destructive), soit sur des solides préparés, soit sur des solutions des
échantillons ;
selon le produit cible : analyse organique ou analyse minérale. L'analyse organique regroupe des méthodes
chimiques propres à l’analyse qualitative et quantitative et qui visent à identifier les composés organiques et à
élucider leur composition ainsi que leur structure (« élucidation structurale »)2. L’analyse minérale s’applique au
produit non organique mais aussi aux minéraux contenus dans des produits organiques comme le plomb dans
l’essence ;
selon la quantité d’échantillons utilisée : macro- ou microanalyse. Selon la technique utilisée, cette quantité peut
être de l’ordre de quelques grammes ou des fractions de milligramme. Des techniques de microanalyse ont
surtout été développées en analyse qualitative (réactions sur des gouttes de solution) ;
selon la conservation postérieure de l’échantillon : analyse destructive ou non destructive. En général, l’analyse
classique est destructive, et l’analyse instrumentale ne l’est pas toujours ;
selon l’automaticité : analyse manuelle ou automatique. L’analyse automatique est beaucoup utilisée dans
l’industrie pour suivre et orienter les paramètres d’un procédé, par exemple la teneur en monoxyde de carbone
d’un gaz de combustion, la qualité du produit ou la qualité des rejets environnementaux. Elle est aussi appliquée
dans les laboratoires qui reçoivent de nombreux échantillons de même type : suivi des paramètres de la qualité
des eaux par exemple.
Prospective
Les progrès matériels et informatiques ont permis de produire des analyseurs de plus en plus performants en
matière de vitesse d'analyse, de nombre de molécules analysées et de précision. On cherche aussi à développer
des matériels d'analyse en flux continu, automatiques, autonettoyants et inencrassables, et/ou mobiles et plus
légers (matériel X ray-fluorescence par exemple, analyseurs dotés de puces ou de nanosenseurs, par exemple pour
la détection de molécules d'explosifs3 ou des substances à risque NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et
chimique4).
À la suite de travaux de recherche néerlandais, un analyseur en forme de stylo, doté d'une plume microscopique
pourrait être bientôt disponible. Il s'agit en fait d'une forme de microscope à force atomique utilisant une sonde à
pointe fine pour balayer les surfaces à l'échelle atomique. Des gouttelettes de mercure produites à son extrémité
agiraient comme un capteur chimique5.
Exemples de techniques d'analyse
Les techniques les plus connues en chimie analytique sont la spectroscopie, l'analyse élémentaire, la
chromatographie, l'électroanalyse, le titrage, l'analyse gravimétrique, l'analyse radiochimique, etc.
Notes et références
1. « Gaston Charlot (1904-1994) et le développement de la chimie analytique moderne - L'Actualité Chimique (ht
tps://www.lactualitechimique.org/Gaston-Charlot-1904-1994-et-le-developpement-de-la-chimie-analytique-m
oderne) [archive] », sur www.lactualitechimique.org (consulté le 1er février 2019)
2. Andrew Hunt, La chimie de A à Z - 1200 définitions, Dunod, 2006.
3. Holthoff, E. L., Stratis-Cullum, D. N. et Hankus, M. E. (2011), A nanosensor for TNT detection based on
molecularly imprinted polymers and surface enhanced Raman scattering, Sensors, 11(3), 2700-2714.
4. Fountain III, A. W. (mai 2011), Chemical, biological, radiological, nuclear, and explosives (http://spie.org/x648.ht
ml?pf=true&product_id=747537&showAbstracts=true&origin_id=x648&event_id=795339) [archive] (cbrne),
sensing xii, SPIE.
5. Microscopic fountain pen to be used as a chemical sensor (https://phys.org/news/2014-01-microscopic-fount
ain-pen-chemical-sensor.html) [archive], 15 janvier 2014 (consulté le 25 novembre 2017).
Voir aussi
Articles connexes
Activation neutronique
Analyse chimique environnementale
Analytical Abstracts
Chimiométrie
Interaction rayonnement-matière
Résonance magnétique nucléaire (RMN)
Liste des revues scientifiques de chimie analytique
Liens externes
Ressources relatives à la santé : Medical Subject Headings (https://meshb.nlm.nih.gov/record/ui?ui=D05624
6) · WikiSkripta (https://www.wikiskripta.eu/index.php?curid=55024)
Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes : Brockhaus (https://brockhaus.de/ecs/enzy/ar
ticle/analytische-chemie) [archive] · Den Store Danske Encyklopædi (https://denstoredanske.lex.dk//analytisk_ke
mi/) [archive] · Encyclopédie de l'Ukraine moderne (http://esu.com.ua/search_articles.php?id=44041) [archive] ·
Gran Enciclopèdia Catalana (https://www.enciclopedia.cat/EC-GEC-0154084.xml) [archive] · Store norske
leksikon (https://snl.no/analytisk_kjemi) [archive] · Universalis (https://www.universalis.fr/encyclopedie/chimie-
analytique/) [archive]
Notices d'autorité : BnF (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb11931186j)
(données (https://data.bnf.fr/ark:/12148/cb11931186j) ) · LCCN (http://id.loc.gov/authorities/sh85023011) ·
GND (http://d-nb.info/gnd/4129906-1) · Japon (https://id.ndl.go.jp/auth/ndlna/00561030) ·
Israël (http://olduli.nli.org.il/F/?func=find-b&local_base=NLX10&find_code=UID&request=987007284919105171)
· Tchéquie (http://aut.nkp.cz/ph114036) ·
Lettonie (https://kopkatalogs.lv/F/?func=direct&local_base=lnc10&doc_number=000065574)
Portail de la chimie