Rappel de la dernière séance
La semaine dernière nous avons étudié les difficultés sociales que rencontrent les ouvriers
dans la première moitié du XIXe siècle.
A l’exception des sociétés de compagnonnage, le monde du travail ne dispose pas
d’institution permettant de défendre et de représenter ses intérêts.
Toutefois, à compter des années 1820, des révoltes éclatent et mènent à des épisodes
révolutionnaires qui fragilisent le pouvoir politique.
Au-delà de ces mouvements de contestation, une doctrine du droit du travail émerge. Elle
est portée par des intellectuels qui développent une approche socialiste.
Rappel de la dernière séance
A l’exception de la défense générale du monde ouvrier, ces intellectuels développent des
conceptions bien différentes.
Auguste Blanqui est un révolutionnaire radical qui prône une violence légitime de la part du
peuple.
Henri Saint-Simon prône le collectivisme dans un monde de production intensifié. Le partage
doit servir l’économie.
Fourier propose le développement de communautés fermées de 1620 membres où
l’égalitarisme permettra d’atteindre l’harmonie.
Proudhon oppose la propriété du capital et la propriété individuelle. Il défend la propriété
individuelle mais s’oppose au grands groupes capitalistiques.
Pierre-Joseph Proudhon
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) est issu d’un milieu
modeste. Il travaille aux champs lorsqu’il est enfant puis
réussit à fréquenter l’école publique où il se fait remarquer.
Proudhon construit sa doctrine autour du concept de
propriété. « La propriété c’est le vol » pour Proudhon car
elle permet au capitaliste de construit un système où le
travail de l’ouvrier est volé. Proudhon prône la propriété
individuelle mais dénonce la propriété capitalistique.
Proudhon défend le droit au travail, le crédit gratuit et la
mise en place d’institutions à caractère social. Proudhon
entretient des liens très étroits avec Bakounine et avec Karl
Marx avant que ces derniers ne se brouillent. Portrait de Pierre-Joseph Proudhon par
Nadar
Louis Blanc
Louis Blanc (1811-1882) est issu de la bourgeoisie déclassé. Il
monte à Paris en 1830 et assiste aux journées révolutionnaires
contre le roi Charles X.
Louis Blanc est le précepteur du fils d’un patron d’usine ce qui
le place au contact des ouvriers. Il organise des conférences
auprès des ouvriers et aspire à des réformes sociales
profondes.
Louis Blanc ne prône pas la violence et aspire à des réformes
sans révolution : il mène un combat républicain légal. Il
s’inspire de 1792 et 1793 pour repenser la société du XIXe
siècle. Il souhaite développer les coopératives ouvrières.
Louis Blanc est nommé membre du gouvernement provisoire Portrait de Louis Blanc par Carjat
en 1848 et pourra mettre en œuvre une partie des réformes
auxquelles il aspire.
Le banquet de Château-Rouge à Paris le 9 juillet 1847
Henri Philippoteaux, Lamartine repoussant le drapeau rouge à l’Hôtel de ville, le 25 février 1848.
Les membres du gouvernement provisoire
en 1848
Louis Blanc
Albert
Dupont de l’Eure
Arago
Lamartine
L’œuvre du gouvernement provisoire dans le domaine de
l’entreprise. Le travail de la commission consultative
présidée par Louis Blanc
- Mise en place des Ateliers nationaux. C’est la consécration du droit au travail
- Mise en place des bureaux de placement gratuit dans les mairies.
- Interdiction de travailler plus de 10 heures par jour à Paris, et 11 heures en Province pour les
adultes.
- Ouverture des conseils de Prud’homme aux ouvriers et salariés.
- Abolition de la pratique du marchandage.
- Début d’un dialogue concerté entre les entreprises et les ouvriers avec l’intervention des pouvoirs
publics.
Photographies réalisées par Charles-François Thibault au niveau
de l’actuelle rue du Faubourg-du-Temple (juin 1848)
L’élection de Louis-Napoléon Bonaparte les 10 et 11
décembre 1848
Le retour en arrière sous Louis-Napoléon-Bonaparte
Au sein des usines, la durée quotidienne de travail repasse à 12h au lieu de 10h à Paris et
11h en Province.
La presse ouvrière fait l'objet d'un contrôle étroit ou cesse de paraître.
Le pouvoir soumet les milieux ouvriers à une stricte surveillance policière.
Le gouvernement interdit les réunions publiques et les sociétés secrètes.
Le gouvernement s’oppose aux coalitions entre ouvriers de type coopératif.
Toutefois, adoption d’une loi sur les retraites le 18 juin 1850 (nous en reparlerons) et
essais de « cités ouvrières ».
La Cité Napoléon dans le 9e arrondissement
de Paris.
L’exposition universelle à Londres en 1862
Fondation de l’Association internationale des
Travailleurs en 1864 à Londres
L’avènement du droit de grève
Confronté à une contestation des ouvriers typographe et au
« Manifeste des 60 » appelant à des réformes profondes,
l’Empereur lâche du lest.
La loi du 25 mai 1864 dite loi « Emile Ollivier » supprime le
délit de coalition et donc, indirectement, reconnaît le droit
de grève.
Malgré différentes réserves qu’on peut souligner, la loi de
1864 constitue une avancée importante qui conduira à de
profondes évolutions en droit du travail.
Emile Ollivier
Les réformes de l’Empire libéral spécifiques au
monde ouvrier
Suppression de l’article 1781 du code civil qui
disposait « En cas de litige sur le salaire la parole
du patron prime celle de l'ouvrier devant les
tribunaux. Le maître était donc cru sur sa seule
affirmation pour tout ce qui touchait au salaire ».
Assouplissement du cadre relatif au livret ouvrier.
Des projets de suppression sont évoqués qui, s’ils
ne voient pas le jour, conduisent à rendre la
législation désuète. Le gouvernement ne cherche
pas à imposer la mise en œuvre de la loi.
Exemplaire d’un livret d’ouvrier