SEANCE 3 :
MESURER LE TRAVAIL, L’EMPLOI ET LE CHOMAGE
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► « L'inégalité salariale entre hommes et femmes en chiffres | Grand écart #1 »
[Link]
=> Idée forte = Il existe une réalité indépendamment de la mesure statistique et les
différences de construction des recensements conduisent simplement à des
imprécisions correspondant à des ordres de grandeur. Mais en s’accomodant des
imprécisions inhérentes à la reconstruction, on peut trouver des résultats intéressants
et contre-intuitifs sur l’évolution du travail.
Au début du 19è siècle, 2/3 des actifs étaient agricoles (65% en 1806). Hors agriculture, ceux
qui appartenaient à l’artisanat, à l’industrie ou au bâtiment (20% des actifs) étaient plus
nombreux que ceux qui travaillaient dans les services (environ 15%) formés par une bonne
part de domestiques non agricoles.
Jusque vers 1840, la part de l’agriculture décroît lentement, l’exode agricole n’ayant pas
encore commencé. Mais à la fin de la monarchie de Juillet et surtout sous le Second Empire,
le déclin de la population active agricole s’amorce véritablement : vers 1870, un actif sur deux
en fait partie alors que dans le même temps, la part des actifs industriels décolle et se
rapproche de 30%. Le mouvement se poursuit tendanciellement jusqu’à la WW1
Un équilibre, c'est-à-dire un partage de la main d’oeuvre en parts à peu près égales entre les
3 secteurs se réalise entre les 2 guerres. La chute de l’agriculture est alors nette et la montée
du tertiaire se précise. L’industrie occupe le premier rang du milieu des années 1920 au milieu
des années 1930. En 1936, la structure économique de la population active est quasiment
équilibrée 32% primaire, 34% secondaire et 35% tertiaire.
Les fortes évolutions de l’après WW2 sont peut-être mieux connues : l’agriculture s’effondre,
le retournement de l’industrie coïncide avec la rupture de 1974, le tertiaire s’envole.
Aujourd’hui, moins de 5% des actifs occupés travaillent dans l’agriculture, 26% dans l’industrie
(comme il y a un siècle et demi) et près de 70% dans les services.
1.Déprolétarisation des paysans
Dans l’agriculture, le phénomène majeur est la décroissance relative puis la quasi extinction
des salariés agricoles. Aujourd’hui, il y très peu d’ouvriers agricoles (260 000). La paysannerie
est essentiellement constituée de chefs d’exploitation et de leur famille.
- l’exode touche d’abord ceux dont l’attache à la terre est la plus faible, c'est-à-dire les salariés
agricoles. Après la WW1, le mouvement touche autant les exploitants
[Link] indépendants : ascension, stabilité, déclin
Aujourd’hui flux principaux ; boulangers, ouvriers du bâtiment qui s’installent.
Sur très longue période, le poids des artisans, commerçants, industriels diminue beaucoup,
leur proportion dans la population active est passée de 17.5 à 6.6% des actifs.
Cette tendance de long terme reflète la progression du salariat.
Inflexion depuis 1973 qui va de pair avec une renaissance de l’esprit d’entreprise et à la
participation des entreprises à ce mouvement : soit en aidant leurs salariés qui ont un projet,
soit par le développement de la sous-traitance. Aujourd’hui : repart à la hausse (auto-
entrepreneuriat).
[Link] : distinctions internes, liens externes
- la progression du nombre des ouvriers hommes est continue depuis 150 ans, à deux
exceptions près : les années 1930 et les années 1980.
- la montée de la classe ouvrière est le fait le plus marquant de l’évolution de la structure
sociale durant la deuxième partie du 19è siècle.
- première baisse de 1931 à 1936 du nombre d’ouvriers violente et transitoire. La seconde
débute dans les années 1980, moindre mais plus durable sachant qu’elle se poursuit.
[Link] femmes ouvrières et femmes du tertiaire
Durant tout le 19è siècle et jusqu’à la première WW, il y a plus de femme parmi les ouvriers
que parmi l’ensemble des employés et des cadres. Ce qui tranche singulièrement avec la
situation actuelle et qui montre à quel point la forte présence des femmes dans les magasins
et les bureaux et leur relative absence dans les ateliers sont récentes.
➔ Le déclin de la part des femmes ouvrières suit très largement celui des industries textiles.
[Link] des domestiques
D’abord ce qui a entièrement disparu ce sont les domestiques hommes. Parmi les
domestiques femmes, ce n’est pas tant leur chute qui doit être mise en avant que leur
transformation.
Elles sont moins nombreuses, deux fois moins que sous le second empire, mais surtout, ce
se sont plus des cuisinières, des lingères, des dames de compagnie, des bonnes à tout faire,
ce sont des femmes de ménages, payées à l’heure, souvent au noir, ne logeant pas sur place,
souvent à temps partiel + garde d’enfant.
- l’apogée de la domesticité se situe au début des années 1880, baisse ensuite (cochers,
chauffeurs, maitres d’hotel)
Explications : rapprochement des modes de vie (moyennisation de la société, apparition des
équipements ménagers, aspiration des personnes à ne pas entrer dans cette condition ou a
la quitter, socialisation de certains services (crèches, écoles maternelles, tout ceci est allé de
pair avec la disparition des hommes domestiques et la transformation de bonnes en femme
de ménage (substituts pour les hommes apparaît plus tôt : voiture).
[Link]és, cadre, l’irruption de l’après-guerre
- Jusqu’à la première guerre mondiale, et même jusqu’aux années 1930, la progression du
nombre de l’ensemble des employés ou cadres est inférieure à celle des ouvriers. La France
s’industrialise, au moins jusqu’à la WW2, le phénomène majeur de ces décennies est la
montée de la classe ouvrière.
- L’explosion du tertiaire se produit à partir du début des années 1960. Si on continue à mêler
employés et cadres, cet ensemble de tertiaires est depuis le début des années 1970 le groupe
le plus important. Diverses distinctions sont cependant nécessaires pour saisir correctement
la structure sociale.
- D’abord en termes hiérarchiques, en séparant employés et cadres. Les deux niveaux se sont
très fortement développés depuis 30 ans, les cadres, un peu plus vite. La moitié des tertiaires
aujourd’hui sont des cadres (ou professions intermédiaires). Moitié très largement dépassée
si on se limite aux hommes. Les trois quarts des hommes tertiaires sont cadres ou professions
intermédiaires.
- La part des femmes cadres parmi les cadres reste encore modeste 41% des cadres ou
professions intermédiaires sont des femmes, 34% si on se limite aux cadres. La féminisation
de l’emploi n’a pas atteint son terme, elle est d’ailleurs plus sensible dans la fonction publique
que dans les entreprises.
- L’emploi public joue un rôle décisif dans cette progression, notamment pour les femmes.
(➔ il faudrait en réalité procéder à des comparaisons sectorielles plus fines)
CCL :
- la part des salariés a beaucoup crû. Aujourd’hui : 90%.
- L’emploi salarié féminin explose à partir des années 1960. Mais il s’agit aussi d’une
marchandisation et salarisation du travail féminin. Ralentissement de l’économie française
depuis 1973 n’a pas empêché la poursuite de la féminisation de la population active
→ Son enregistrement ! c’est-à-dire la convention de nomenclature.
2. L’emploi féminin
Margaret Maruani, Monique Méron, 2012, Un siècle de travail des femmes en France, 1901-
2011
Le « décollage » de l’emploi féminin à partir des années 1960 est une évolution en trompe
l’oeil : quand on évoque le décollage de l’activité féminine à partir des années 1960, on prend
en compte surtout la salarisation de l’emploi féminin et leur meilleure reconnaissance sociale.
En fait, les femmes ont toujours travaillé. Problème lié à la production des statistiques
Les statistiques sexuées sur l’activité existent dès le début du 20ème siècle, et dès cette
période les statisticiens sont confrontés à des problèmes pour savoir s’il faut classer certaines
femmes parmi les personnes actives ou les personnes sans profession
Commentaire par les statisticiens du recensement de 1896 « le classement des femmes est
souvent affaire d’interprétation » cité par M&M : « Où passent les frontières entre l’emploi
repérable et le travail informel ? Entre la femme d’agricultrice et l’agricultrice, quelle différence
? Entre la femme de médecin et la secrétaire médicale ? »
ces problèmes statistiques ne sont pas de simples problèmes techniques : ils sont liés à des
questions fondamentales de définition de l’activité et de reconnaissance du travail des
femmes. Exemple : la hausse de l’activité féminine mesurée entre 1901 et 1906 est interprétée
par les statisticiens de l’époque comme une surdéclaration d’activité des femmes « occupées
aux travaux domestiques ».
La chute de l’activité féminine après la 2ème guerre mondiale tient aux modalités de
comptage, il s’agit d’une « illusion d’optique », ce qui amène M&M à critiquer la lecture bien
connue d’Olivier Marchand et Claude Thélot (Deux siècles de travail en France, 1991) qui les
amène à conclure à un recul de l’activité féminine de 1911 à 1962
=> Cela pose la question de reconnaissance et de visibilité statistique, mais aussi juridique et
sociale du travail des femmes.
Leur ouvrage se veut une « réponse sociologique et statistique au brouillage idéologique qui,
de façon récurrente, occulte l’importance du travail professionnel des femmes, minimise le
poids de leur contribution à l’activité économique du pays, et dévalorise par là même leur statut
dans la société. Dans le monde du travail, les femmes sont tout sauf une minorité. L’apport de
leur force de travail a toujours été massif et indispensable. Leur travail n’a jamais constitué un
accessoire tout comme leur salaire n’est pas un appoint pour leurs familles » (p.9).
En un siècle, le nombre de femmes recensées comme « actives » a en France, doublé :
6,8 millions en 1901 à 13,9 millions en 2008 (toutes tranches d’âge confondues). Celui des
hommes actifs a augmenté plus modérément, de 12,9 millions à 15,3 millions.
Les femmes ont un poids non négligeable dans la population active depuis le début du 20ème
siècle, mais leur poids a varié au cours du siècle, passant d’un tiers à quasiment la moitié à
l’aube du 21ème siècle (34,5% en 1901, 47,6% en 2008).
Elles représentent TOUJOURS au minimum 33% de la population active (PA) au cours du
siècle. Mais l’activité des femmes fluctue plus que celle des hommes dans les statistiques, pas
toujours dans le même sens, et cet aspect chaotique tient souvent, selon M&M à des
problèmes de mesure (notamment les « femmes de » longtemps comptabilisées comme
inactive).
L’effet des guerres souvent cité comme un des principaux moteurs de la mise au travail des
femmes.
À partir des années 1960, la fluctuation cesse. La seconde moitié du 20ème siècle est sans
contestation celle de la permanence de la croissance de l’activité féminine, une « lame de fond
qui traverse toutes les turbulences économiques » (Maruani et Méron, 2012).
C’est désormais le temps de la visibilité et du salariat pour l’activité des femmes. Et ce
rééquilibrage s’opère sur fond de généralisation du salariat.
➔ En 2008, 93% des femmes actives sont salariées, contre 86% des hommes.
Un mouvement crucial puisque « le statut professionnel ne dépend plus du statut d’épouse »
= ce ne sont plus des « femmes de » (artisans, etc). Synonyme d’autonomie professionnelle
et familiale.
La nouveauté, dans l’histoire de l’activité féminine, n’est cependant pas tant le travail qui, sous
des formes diverses, a toujours existé, mais plutôt l’emploi salarié, forme de travail clairement
identifiable et extérieure à l’univers domestique (M&M).
➔ La féminisation de l’emploi est donc surtout une formalisation et une salarisation de l’emploi
La montée de l’activité féminine salariée va de pair avec la tertiarisation de l’économie : 44%
d’employées
On observe donc une « féminisation et tertiarisation du salariat » : les femmes ont occupé
massivement les emplois salariés qui se sont développés avec l'essor du secteur tertiaire de
1960 à nos jours. C'est une évolution structurelle et non conjoncturelle.
On observe aussi une configuration particulière en France dans le sens où les femmes
investissent le marché du travail même lorsqu’elles ont des enfants. Taux d’activité des
femmes de 25-49 ans est passé de 40% en 1960 à 82% en 2006. Rapprochement entre les
taux d’activité des hommes et des femmes (contrairement à l'Angleterre, l'Allemagne, par
exemple, où la discontinuité prévaut)
Actuellement les mères de deux enfants, dont au moins un de moins de 3 ans sont
majoritairement actives (60%), ce n’est qu’à l’arrivée du troisième enfant que le taux d’activité
baisse de façon significative à 37,5%.
(➔ on comprend aussi le rôle déterminant de la contraception dans l’activité des femmes)
Cette féminisation de l’emploi va aussi de pair avec leur scolarisation : toujours plus
poussée, mais aussi différenciée (filières masculines et féminines), dont on va forcément
retrouver les effets sur le marché de l’emploi.
A l’arrivée, la ségrégation sexuée des métiers ne correspond pas seulement à des conditions
d’emploi différentes entre hommes et femmes, mais aussi à des possibilités de mobilité
ascendante différentes
- les secteurs d’activité les plus féminisés offrent moins de possibilité de mobilité ascendante
que les secteurs d’activité « masculines ».
Et même lorsque les femmes se font plus nombreuses dans des métiers qui offrent des
possibilités plus fortes de mobilité ascendante, elles rencontrent des obstacles spécifiques qui
contribue à limiter leurs perspectives de carrière = « plafond de verre »
➔ Tout ceci produit l’inégalité salariale entre hommes et femmes
« A partir du 3 novembre, depuis 9h22, les femmes travaillent gratuitement jusqu’à la fin de
l’année. »
/// VIDEO [Link]
Malgré l’ensemble des facteurs évoqués :
- scolarité différenciée
- structure distincte de l’emploi (avec les métiers féminins moins valorisés)
- prégnance du temps partiel
- même après avoir contrôlé toutes les autres variables, il reste une part de « non expliqué » :
autrement dit, toutes choses égales par ailleurs (poste, ancienneté, diplôme, âge, etc…
égaux), les femmes gagnent 6% de moins que les hommes
➔ Les femmes travaillent, mais dans quelles conditions ? dans quels emplois ?
En ce qui concerne les femmes dans les emplois dits peu ou non qualifiées, elles sont
touchées de manière de particulièrement nette par le « sous-emploi », à travers le travail à
temps partiel.
Comme le rappellent ces auteurs, il ne faut SURTOUT PAS lire cette situation (essor du temps
partiel) comme la seule conséquence d’une adaptation à des contraintes familiales.
Margaret Maruani met l’accent, dans ses différents textes de synthèse (notamment Travail et
emploi des femmes, Repères, la Découverte, 2011), sur un point qui caractérise l’essor du
travail à temps partiel en France = celui-ci est récent, son caractère « féminin » l’est aussi, et
il ne tient pas uniquement à la recherche par les femmes d’une « conciliation » entre vie
familiale et professionnelle.
Le TàTP Se développe dans contexte bien particulier au tournant des années 1980. En
France, la loi autorisant le temps partiel dans le secteur privé est apparue en 1981 dans un
contexte de crise économique. A cette date, les femmes étaient déjà largement inscrites sur le
marché du travail, et il ne s’agit donc pas de leur permettre d’y entrer.
➔ A partir des 80’s, on encourage ce mode d’emploi pour lutter contre le chômage en octroyant
aux entreprises des aides et incitations financières pour les employeurs qui créent des emplois
à temps partiel. Ces incitations cessent au début des années 2000, mais entre temps, on a
assisté à un développement très fort du temps partiel féminin dans certains secteurs. Maruani
parle de « soudaine prospérité de l’emploi à temps partiel » ➔ Stagnation dans la vidéo
Au début des années 1970’s, d’après enquête Emploi, 13% des femmes, 2% des hommes,
dans les années 2000, 31% des femmes, 5% des hommes. N’a pas beaucoup bougé depuis.
Nombre d’emploi à temps partiel = passé de 1,1 millions en 1971 à 4, 5 millions, dont 3,7
millions occupés par des femmes, en 2010.
Le temps partiel « subi » en France
Le « choix » du temps partiel est pour au moins un tiers de ces salariés fait sous contrainte
car l’alternative n’est pas le temps plein ou le temps partiel, mais le temps partiel ou pas
d’emploi du tout.
→ Aujourd’hui, d’après enquête Emploi de l’INSEE de 2011, 1/3 des salariés à temps partiel
le sont « faute d’avoir trouvé un emploi à temps plein » (32% des salariés, 37% des hommes,
31% des femmes) = « temps partiel subi » (au sein de l’INSEE). 34% des femmes disent quant
à elle avoir opté pour le temps partiel pour pouvoir s’occuper de leurs enfants ou d’un autre
membre de leur famille (contre 7% des hommes).
Relativise aussi les chiffres du temps partiel choisi en soulignant que certaines femmes pour
lesquels le temps partiel a été imposé à l’embauche disent malgré tout que c’est « pour les
enfants », participent selon T. Angeloff d’un phénomène d’intériorisation des normes du temps
partiel comme mode de « conciliation », alors qu’il s’agit là de temps partiel « subi ».
=> Le temps partiel est devenu un mode permanent de gestion de la main d’oeuvre dans
certains secteurs d’activité, commerce, nettoyage, services à la personne.
RECAP :
- Progression des employés mais surtout des PI & Cadres
- Les hommes encore très largement ouvriers, les femmes employés
- les PI plus féminines et les Cadres plus masculins
3. Le chômage
L’enjeu de cette partie est de donner des outils pour comprendre d’où viennent les chiffres du
chômage qui sont diffusés, et plus en amont, quelles sont les représentations de l’emploi et
du chômage et de l’activité qui déterminent la définition des catégories statistiques que l’on
utilise. → comprendre que définir une catégorie statistique n’est pas neutre
Petite parenthèse : L’histoire de la construction de la catégorie du chômage = Robert Salais,
Nicolas Baverez et Bénédicte Reynaud : L’invention du chômage, PUF, 1986.
+ Christian Topalov, Naissance du chômeur, 1994
L’invention du chômage et de la figure du chômeur date, dans les sociétés industrielles de la
fin 19ème, début 20ème, il est donc corrélé à la généralisation du salariat.
Tout d’abord ils sont mélangés avec toutes les personnes qui ont interrompu leur activité. Mais
petit à petit on distingue ceux qui sont dans cette situation parce qu’ils subissent une privation,
notamment à mesure que surviennent les crises industrielles ➔ les « valides sans-travail »
La catégorie des chômeurs naît sous l’impulsion de plusieurs types d’acteurs, mais notamment
les Sociétés d’assistance par le travail (mais aussi les sociétés de secours mutuel liées aux
organisations syndicales (protection contre chômage, maladie, grève), pour qui il était
nécessaire de déterminer qui avait droit à leurs aides ou pas, donc il fallait trier les chômeurs
et les vagabonds, ceux qui montraient une volonté de travailler et les autres.
L’histoire de la catégorie chômeur est liée à l’histoire du marché du travail, 1945 : monopole
public du placement des chômeurs. Ça c’était les premières tentatives de tri, entre les
chômeurs des travailleurs privés d’emploi et les oisifs qui doivent classés dans les inactifs et
ne méritent pas de soutien financier.
➔ Emploi, chômage et inactivité : un triptyque indissociable
Conceptuellement, les définitions du chômage, de l'emploi et de l'inactivité semblent claires.
Pourtant dès qu'il s'agit de catégoriser empiriquement les situations, on se heurte au problème
de la frontière de ces catégories (ce qui est vrai pour toute catégorie statistique)
Que mettriez-vous dans chaque catégorie ?
On définit le chômage comme la situation dans laquelle une personne se présente sur le
marché du travail pour trouver un emploi tout en étant privé.
A partir de quand peut-on dire que l'on arrête de demander un emploi quand on est au
chômage, et qu’on tombe par conséquent dans l’inactivité ? A partir de quand un salarié en
emploi à temps partiel qui souhaite travailler plus est considéré comme en recherche d'emploi
?
➔ c'est le problème du travail réduit involontaire : le temps partiel subi souvent des femmes ;
l'intérim parfois ; l'intermittence du spectacle…
1 : Ceux qui au moment du relevé peuvent être soit en emploi, soit inactif, ceux qui alternent
entre chômage et petit boulot mais ne sont pas inscrit à Pôle Emploi, des mères au foyer qui
font du travail d’appoint, les étudiants-salariés etc…
2 : temps partiel ou emploi précaire subi ; ceux qui alternent entre emploi et droits Assedic ;
etc..
On peut s'interroger de manière similaire lorsqu'on regarde la frontière entre emploi et
inactivité. On peut être à la fois en emploi réduit et ne pas désirer plus d'emploi… Là aussi la
frontière va devenir floue
➔ Le temps de travail réduit volontaire : par exemple une femme au foyer qui va travailler un
jour par semaine : on la classe où ?) ; mais aussi le bénévolat, classé inactif mais peut avoir
toutes les caractéristiques d'un emploi…
3 : ceux qui ne rentre pas dans la définition du BIT parce qu’il ne font pas de recherche « active
» d’emploi, les chômeurs de longue durée ayant décroché, etc…
C'est la frontière la plus problématique. Dans les deux cas, la situation est définie par l'absence
d'emploi. Le critère qui de fait les distingue est fondamentalement ambigu… Est-on ou non en
"recherche d'emploi" ?
➔ Or il y a beaucoup de situations où ce n'est pas clair : en formation ; retraite anticipée ;
chômeurs découragés de la recherche d'emploi…
4 : travail au noir, travail dissimulé, travail des sans-papiers… les marges
De fait, la mesure de la population active soulève des difficultés de deux ordres :
- conceptuel (sur la définition des différentes catégories)
- statistique (sur leur dénombrement)
➔ Conclusion : il faut poser de manière plus ou moins arbitraire des limites en fonction de la
logique que l'on privilégie… et selon la logique choisie, on n’aura pas les mêmes chiffres…
D’abord, de définition.
Plusieurs définitions sont à notre dispos et toutes ne concordent pas.
BIT (bureau international du travail) : sans travail, dispo pour travailler et à la recherche d’un
travail. Les délais pdt lesquels on évalue votre dispo sont très courts (quinze jours) donc ça
peut faire basculer par ex des mères d’enfants en bas âge ou des personnes malades. La
recherche d’un travail doit être active, c'est-à-dire qu’il ne suffit pas d’être inscrit dans une
agence de placement. D’où des écarts avec la deuxième mesure dont on a parlé à savoir
Pôle emploi, qui enregistre les demandeurs d’emploi en fin de mois. Parmi ces DEFM, on
rend publics en général les chiffres de la catégorie 1, c'est-à-dire uniquement les personnes
immédiatement dispos à la recherche d’un CDI à temps plein, c'est-à-dire que le noyau dur du
chômage est l’inverse du noyau dur de l’emploi à savoir l’emploi stable.
Les chômeurs spontanés, mesure issue du recensement : mesure subjective du chômage.
Et vous comprenez bien que dans une société ou le taux de chômage est un indicateur majeur
de mesure de l’action politique… un certain enjeu de choix de ce qui va rentrer dans la
catégorie… autrement dit : on peut faire baisse le chômage de plusieurs manière (en créant
des emplois, en partageant le travail… ou en sortant les individus des comptages)
→ Pôle Emploi
Il existe en fait 5 principales catégories de demandeurs d’emploi recensées par pôle emploi
Demandeurs d'Emploi en Fin de Mois
catégorie A : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi,
sans emploi ;
catégorie B : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi,
ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;
catégorie C : demandeurs d’emploi tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi,
ayant exercé une activité réduite longue (i.e. de plus de 78 heures au cours du mois)
catégorie D : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi
(en raison d’un stage, d’une formation, d’une maladie…), sans emploi ;
catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi,
en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).
Et le fameux chiffre qui sort tous les mois dans la presse et qui indique que le taux de chômage,
ne prend en compte qu’une seule de ces 5 catégories ; la A.
→ Qu’observe-t-on si on prend en compte les autres catégories ?
+ De grosses difficultés liées au "Halo" Ce large éventail de situations éloigne les catégories
de pôle emploi des définitions théoriques données au chômage. La démarche d’inscription
étant généralisée et certains anciens chômeurs préférant par prudence rester inscrits au
chômage alors qu’ils ont retrouvé un emploi, la distinction est très floue entre chômage,
inactivité et emploi. De nombreuses personnes inscrites à pôle emploi sont en effet dans ces
zones frontières du chômage, qu’elles aient eu une activité réduite au cours du mois, qu’elles
soient non immédiatement disponibles ou qu’elles n’effectuent pas de véritable recherche
active d’emploi. Les recoupements entre les catégories de de pôle emploi et les définitions
théoriques, y compris celle du BIT sont donc très difficiles.
➔ Le halo du chômage
Mais c’est le chômage de très longue durée qui s’aggrave le plus :
Pour être complet :
- La mesure des sorties. Que signifie sortir des données des DEFM ?
Autre écart avec les chiffres officiels dont tous ceux qui sortent de Pole emploi, pour différentes
raisons…
- la question de l’indemnisation
Les données du chômage ont aujourd'hui revêtu un tel enjeu politique que les chiffres
mensuels du chômage sont devenus centraux dans le débat public. Or il est possible d'influer
sur ces chiffres : La radiation. ➔ Augmentation des contrôles, les conditions sont de plus en
plus restrictives : 50% des sorties sont une radiation (+absence au contrôle) ; permet aussi de
minimiser les chiffres du chômage.
➔ DONC : attention à la construction sociale et politique autour du chômage : de nombreux
artefacts statistiques sont mis à profit politiquement.
4. L’emploi, mais quel emploi ?
QUIZZ : Le chômage des jeunes !
2/3 sont lycéens ou étudiants ; Catégorie d’âge la moins au chômage !
La question qui se pose : à quoi sert le leitmotiv du chômage des jeunes ?
→ La déstabilisation de l’emploi
Le vrai problème : pas tant le chômage que la qualité des emplois qu’ils trouvent, soit les
contrats précaires. Durée des emplois très courte. Alternent entre emploi, chômage, études.
Intérim, apprentissage et contrats à durée déterminée reviennent majoritairement aux salariés
les plus jeunes.
→ Sur les 3 millions de salariés travaillant en 2010 sous ces types de contrat, plus de la moitié
(1,6 million) ont moins de 29 ans et plus d’un tiers (1,1 million) moins de 24 ans.
Là où le chômage est lourd, c’est pour les non-diplômés ; ceux qui sortent du système scolaire
très tôt. Quartiers de relégation
Impératifs de flexibilité croissante des entreprises. Logique = une logique de la flexibilité
externe qui conduit les entreprises à privilégier des contrats associés à des missions
ponctuelles multiplication des CDD. Ou à recours à non plus à des travailleurs directement
mais à des entreprises à qui elle sous-traite ce qu’auparavant elles produisaient elle-même. =
logique d’externalisation.
Bref, c’est le modèle du CDI qui est mis en cause.
→ Multiplication des formes dites « particulières d’emploi » :
Intérim CDD, temps partiel. Qui se développent à partir des années 1970.
ATTENTION 2 échelles !!
En termes de stocks, le CDI reste archi majoritaire :
La question n’est donc pas simplement d’interroger la quantité d’emploi, le taux de chômage,
mais de s’interroger sur la réalité derrières les chiffres et sur la qualité de l’emploi.
Des mesures alternatives
➔ L’emploi inadéquat :