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Migrations : Nouvelles Perspectives Globales

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Les migrations dans

un monde interconnecté:
nouvelles perspectives
d’action
RAPPORT DE
LA COMMISSION MONDIALE
SUR LES MIGRATIONS
INTERNATIONALES

COMMISSION MONDIALE SUR LES MIGRATIONS INTERNATIONALES (CMMI)


COMISIÓN MUNDIAL SOBRE LAS MIGRACIONES INTERNACIONALES (CMMI)
Les migrations dans
un monde interconnecté :
nouvelles perspectives
d’action
RAPPORT DE
LA COMMISSION MONDIALE
SUR LES MIGRATIONS
INTERNATIONALES

OCTOBRE 2005
© 2005 La Commission sur les migrations internationales
La Commission sur les migrations internationales encourage la diffusion de ce rapport. Aucune permission n’est
requise pour photocopier, réimprimer ou transmettre tout ou partie de ce rapport, à condition que sa source soit
mentionnée. Ce rapport est aussi accessible sur le site web de la Commission, [Link].
Imprimé en Suisse par SRO-Kundig
Table des matières

Préface : La Commission mondiale sur les migrations internationales vii

Synopsis : Les migrations dans un monde interconnecté 1


Optimiser les effets positifs 1
Capacité, cohérence et coopération 2
Principes d’action 3

Introduction : Dimensions et dynamique des migrations internationales 5


Disparités et différences 5
Complexités de la mobilité des personnes 7
Intérêts et attitudes conflictuels 9

I. Un monde de travail : les migrants sur un marché du travail globalisé 12


Écarts, disparités et migrations 13
Vers une libéralisation du marché mondial du travail ? 16
Programmes de migration permanente ou temporaire 18
Mouvement des prestataires de services 20
Mobilité du personnel hautement qualifié 21
Créer des emplois et des moyens de subsistance dans les pays d’origine 22

II. Migrations et développement : réaliser le potentiel de la mobilité des personnes 25


Migration de professionnels 26
Faciliter les transferts de fonds des migrants 28
Maximiser l’impact des transferts de fonds sur le développement 30
Diasporas et développement 32
Retour et développement 34

III. Le défi de la migration irrégulière : souveraineté des Etats et sécurité des personnes 35
Les conséquences négatives de la migration irrégulière 37
Nécessité d’une approche globale et durable 38
Faire face à la demande de travail migrant irrégulier 39
Résoudre la situation des migrants au statut irrégulier 40
Trafic de migrants et traite des êtres humains 42
Migration irrégulière et asile 44

iii
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

IV. Diversité et cohésion : les migrants dans la société 46


Politiques et pratiques des Etats 47
Intégration et marginalisation 49
Une approche cohérente de l’intégration 49
Femmes et enfants migrants 53
Migrants temporaires et migrants en situation irrégulière 55
Le discours public sur l’intégration 56

V. Une approche fondée sur des principes : lois, normes et droits humains 58
Le cadre des droits de l’homme 59
Souveraineté et responsabilité des Etats 63
Les droits et les conditions de travail des travailleurs migrants 67
Le rôle des Nations Unies 68

VI. Créer la cohérence : la gouvernance des migrations internationales 71


Gouvernance au niveau national 73
Renforcement des capacités 75
Coopération interétatique au niveau bilatéral 76
Coopération interétatique au niveau régional 76
Coopération interétatique au niveau mondial 79
Arrangements institutionnels 80

Annexes
I. Principes d’action et recommandations 87
II. Les migrations internationales en bref 92
III. Etats parties aux instruments juridiques universels s’appliquant aux migrants
internationaux 95
IV. Remerciements 97

iv
La commission mondiale sur les migrations
internationales (CMMI)

M. Jan O. KARLSSON co-président Dr. Mamphela RAMPHELE co-présidente


Ex-Ministre des migrations et du développement Ex-Directrice exécutive, Banque mondiale
Suède Afrique du Sud

Prof. Francisco ALBA Dr. Aïcha BELARBI


Professeur et chercheur, El Colegio de Mexico; Ex-Secrétaire d’Etat pour la coopération;
Membre du Comité sur les travailleurs migrants ex ambassadrice auprès de l’Union européenne
Mexique Maroc

Mme Sharan BURROW M. Joris DEMMINK


Présidente, Confédération internationale des syndicats Secrétaire général du ministère de la Justice
libres et Congrès Australien des Syndicats Pays-Bas
Australie
Dr. Mary GARCIA CASTRO
Révérend Nicholas DIMARZIO Membre de la Commission brésilienne sur la Population
Evêque de Brooklyn ; Président du Réseau catholique de et le développement
l’immigration légale Brésil
Etats-Unis
M. Manuel MARIN
M. Sergio MARCHI Président du Parlement espagnol
Ex-Ministre de la citoyenneté et l’immigration ; ex-Vice-Président de la Commission européenne
de l’environnement; du commerce international ; Espagne
ex-ambassadeur auprès de l’Organisation mondiale du
commerce et des Nations Unies Mme Mary ROBINSON
Canada Ex-Présidente de l’Irlande ; ex-Haut Commissaire des
Nations Unies pour les droits de l’homme
M. Mike MOORE Irlande
Ex-Premier ministre de la Nouvelle-Zélande ;
ex-Directeur général de l’Organisation mondiale du commerce M. Reda Ahmed SHEHATA
Nouvelle-Zélande Ex-Ministre adjoint des affaires étrangères;
ex-Secrétaire du Président de l’Egypte
Dr. Nafis SADIK Egypte
Ex-Secrétaire général adjoint des Nations Unies ;
ex-Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour Prof. Dr. Rita SÜSSMUTH
la population Ex-Présidente du Parlement allemand ; ex-Ministre de
Pakistan la famille, des femmes, des jeunes et de la santé
Allemagne
M. Nand Kishore SINGH
Ex-Ministre d’Etat et membre de la Commission nationale de Prof. Dr. Valery TISHKOV
planification; Président, Management Development Institute Ex-Ministre des nationalités ; Directeur, Institut d’ethnologie
Inde et d’anthropologie, Académie des sciences de Russie –
Fédération de Russie
Mme Patricia Sto TOMAS ARAGON
Ministre du travail et de l’emploi
Philippines

M. David WHEEN
Ex- haut fonctionnaire du Département de l’immigration
et des affaires multiculturelles et indigènes
Australie

Dr. Rolf K. JENNY


Directeur exécutif de la Commission
Suisse

v
PRÉFACE

La commission mondiale sur


les migrations internationales
1. Les migrations internationales sont devenues 3. Afin d’atteindre ces objectifs, la Commission
une priorité de l’agenda politique mondial. À et son secrétariat établi à Genève se sont réunis
mesure que leur échelle, leur envergure et leur régulièrement en 2004 et 2005 et ont organisé
complexité grandissaient, les Etats et les autres des consultations étendues avec une grande
acteurs concernés ont pris conscience des défis diversité d’acteurs. Cinq grandes consultations
et des opportunités que recèlent ces migrations régionales ont eu lieu dans les régions Asie-
internationales. Il est aujourd’hui reconnu, dans Pacifique, Moyen-Orient et Méditerranée, Eu-
le monde entier, qu’il faut concrétiser de manière rope, Afrique et Amérique, avec la participation
plus effective leurs bénéfices économiques, so- de responsables gouvernementaux aux niveaux
ciaux et culturels et qu’il serait possible de mieux local, national, régional et international, de re-
s’atteler aux conséquences négatives des flux présentants d’organisations internationales et
transfrontaliers. non gouvernementales, des syndicats, d‘associa-
2. Face à cette situation et sur les encourage- tions de migrants et d’autres institutions de la
ments du Secrétaire général des Nations Unies, société civile, ainsi que d‘employeurs, de chefs
M. Kofi Annan, un groupe d’États intéressés a d’entreprise, d’agents de recrutement, d’univer-
établi, en décembre 2003, la Commission mon- sitaires et de journalistes. Les co-présidents et les
diale sur les migrations internationales, avec le membres de la Commission, le directeur exécu-
mandat de fournir un cadre pour la formulation tif et le secrétariat ont aussi tenu de nombreuses
d’une réponse cohérente, globale et complète à réunions bilatérales avec des gouvernements et
la question des migrations internationales. Créée des institutions dans plusieurs capitales, ainsi qu’à
comme un organe indépendant et constituée de Genève et à New York.
19 personnalités de différentes parties du monde, 4. En plus de ces activités, la Commission a
possédant une expérience internationale de haut organisé une série d’ateliers thématiques avec des
niveau dans divers domaines, la Commission groupes d’intéressés, comprenant des parlemen-
était plus précisément invitée à promouvoir un taires, des représentants du secteur privé, des
débat approfondi entre les Etats et les autres ac- organismes des droits de l’homme, les médias,
teurs concernés sur la question des migrations des spécialistes des politiques migratoires et des
internationales, à analyser les lacunes des appro- chercheurs africains. Le secrétariat de la Com-
ches politiques actuelles et à examiner les liens mission a établi un vaste programme d’analyse
entre les migrations et d’autres problématiques des politiques et de recherche auquel ont parti-
mondiales, et à présenter des recommandations cipé aussi bien des experts reconnus que de jeu-
au Secrétaire général des Nations Unies, aux gou- nes chercheurs dans le domaine des migrations
vernements et aux autres acteurs. internationales. Tout au cours de ce processus,
le Groupe d’États intéressés, qui était constitué
en août 2005 de 32 Etats de toutes les régions, a

vii
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

agi comme organe consultatif informel auprès en développement, ni celle des migrations et
de la Commission.1 déplacements à l’intérieur d’un pays.
5. Vu l’ampleur de la question des migrations 7. Ce document présente la vision de la Com-
internationales, la Commission a décidé de se mission dans son ensemble, laquelle s’est enga-
concentrer sur les mouvements migratoires les gée à produire un rapport bref, que les décideurs
plus vastes et sur les questions migratoires d’ac- au niveau des gouvernements, des organisations
tualité dont la communauté internationale se internationales et des institutions de la société
préoccupe le plus. Selon ces critères, le présent civile puissent utiliser comme document de po-
rapport s’intéresse principalement aux migrations litique. Ce rapport ne prétend pas reproduire les
au sein des régions en développement et de ces nombreuses statistiques ou autres informations
régions vers les pays industrialisés, en se concen- sur les migrations internationales qui sont dis-
trant essentiellement sur les dimensions écono- ponibles ailleurs, mais il comprend une sélection
miques et sociales des migrations internationales de données pertinentes, tant dans le texte que
et à celles qui concernent les droits humains et dans l’Annexe II. Beaucoup de renseignements
la gouvernance. Ce rapport n’aborde pas en dé- recueillis par la Commission au cours de ses tra-
tail les dimensions psychologiques et sanitaires vaux se trouvent sur son site web, [Link].
de la question. 8. Le travail de la Commission a été soutenu
6. Ce rapport ne se base pas sur une définition par les gouvernements de la Suisse, de la Suède,
formelle des migrants internationaux, mais se des Pays-Bas, du Royaume-Uni, de la Norvège
focalise en général sur les personnes qui vivent de l’Australie et de l’Allemagne ainsi que par la
plus d’un an hors de leur pays d’origine ainsi Fondation MacArthur, la Fondation Ford et la
que sur les migrants temporaires. Tout en pre- Banque mondiale. Les consultations régionales
nant en considération la situation des requérants ont été généreusement accueillies par les gou-
d’asile ainsi que la relation entre asile et migra- vernements des Philippines, de l’Egypte, de la
tion, il n’examine pas les questions relatives aux Hongrie, de l’Afrique du Sud et du Mexique.
situations d’exode massif de réfugiés dans les pays

1
Afrique du Sud, Algérie, Allemagne Australie, Bangladesh,
Belgique, Brésil, Canada, Egypte, Espagne, Fédération de Rus-
sie, Finlande, France, Grande-Bretagne, Hongrie, Inde, In-
donésie, Japon, Maroc, Mexique, Nigeria, Norvège, Pakistan,
Pays-Bas, Pérou, Philippines, République islamique d’Iran,
Sri Lanka, Saint-Siège, Suède, Suisse, Turquie et CE/UE.

viii
SYNOPSIS

Les migrations dans un monde interconnecté


Principes d’action
1. Le processus de mondialisation a transformé tions internationales. La Commission s’est dé-
le monde. Les pays, les sociétés et les cultures placée dans de nombreux pays et a rencontré des
des différentes régions du monde deviennent de centaines de personnes concernées par la ques-
plus en plus intégrés et interdépendants. Les tion. Elle a été informée de la vie, des succès et
nouvelles technologies permettent de transférer des difficultés des 200 millions de migrants du
rapidement capitaux, biens, services, informa- monde, ainsi que des problèmes complexes aux-
tions et idées d’un pays ou d’un continent à un quels les Etats et les sociétés sont confrontés lors-
autre. L’économie mondiale en expansion pro- que se produisent de grands mouvements de
cure de meilleures opportunités à des millions personnes d’un pays à un autre.
de femmes et d’hommes et à leurs enfants. Ce-
4. Dans le cadre de ses activités, la Commis-
pendant, la mondialisation a des incidences iné-
sion a beaucoup écouté, beaucoup appris et lon-
gales, et l’on observe des disparités grandissantes
guement délibéré sur les témoignages recueillis.
dans le niveau de vie et le niveau de sécurité des
Elle a observé de nombreux exemples de bonnes
personnes selon les régions du monde.
pratiques dans le domaine des migrations inter-
2. L’ampleur grandissante des migrations inter- nationales, autant de la part des Etats que d’autres
nationales est une importante conséquence de acteurs, y compris les organisations internatio-
cette montée des disparités. Selon la Division de nales, le secteur privé et la société civile. Elle a
la population de l’ONU, on dénombre actuelle- aussi entendu beaucoup de récits de migration
ment près de 200 millions de migrants interna- heureuse : des migrants ont acquis de nouvelles
tionaux, ce qui équivaut à la population du 5e compétences en travaillant à l’étranger puis sont
pays le plus peuplé du monde, le Brésil. Cela retournés au pays et y ont créé des entreprises
représente plus du double du chiffre enregistré prospères; des requérants d’asile ont échappé à
en 1980, il y a de cela 25 ans. Il existe aujourd’hui la persécution et ont pu trouver la sécurité dans
des migrants dans toutes les parties du monde, un autre pays; des communautés de migrants ont
certains se déplaçant au sein même de leur ré- réussi à s’intégrer dans leur pays d’accueil tout
gion et d’autres voyageant d’une partie du monde en préservant leur propre culture et des liens avec
à une autre. Près de la moitié des migrants sont leur pays d’origine; des gouvernements et des
des femmes, dont une proportion grandissante organisations internationales ont travaillé en
migre de façon autonome. étroite collaboration pour protéger les victimes
du trafic d’êtres humains.
Optimiser les effets positifs 5. La Commission s’est aussi heurtée aux con-
3. Ces deux dernières années, la Commission tradictions, aux contraintes et aux défis des poli-
mondiale sur les migrations internationales a réa- tiques migratoires actuelles. Dans certaines
lisé une vaste étude sur la façon dont les Etats et parties du monde, une attitude négative vis-à-
autres acteurs abordent la question des migra- vis des migrants persiste, malgré le fait que des

1
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

secteurs entiers de l’économie dépendent de la migrations, au marché du travail, à l’éducation


main-d’œuvre étrangère. Certains pays qui ont et à la santé ont besoin d’accéder à des informa-
ratifié les traités fondamentaux des Nations Unies tions plus récentes, précises et détaillées sur les
relatifs aux droits de l’homme n’appliquent pas migrations. Ils ont besoin d’une formation pro-
les dispositions de ces instruments juridiques, ce fessionnelle plus approfondie, d’une meilleure
qui a pour conséquence l’exploitation, la discrimi- connaissance des questions migratoires, des ins-
nation et des abus que continuent de connaître de titutions et des lois s’y rapportant, de même que
nombreux migrants. Certains gouvernements d’une compréhension accrue des interactions
reçoivent des nombres considérables de migrants entre politiques migratoires et autres. Ils ont
dans leur pays mais n’investissent pas suffisam- besoin de ressources pour suivre et évaluer les
ment dans le processus d’intégration qui permet- incidences de leurs politiques et de leurs pro-
trait à ces personnes de réaliser leur potentiel et grammes. De plus, ils devraient pouvoir plus
d’apporter une contribution positive à leur nou- systématiquement tirer profit de l’expérience et
velle société. Dans le même temps, certains mi- des compétences développées par d’autres pays.
grants ne respectent pas les lois en vigueur dans 8. Une deuxième question dont il faut s’occu-
leur pays d’accueil, et, comme l’ont montré des per est celle de la cohérence. Lors de leurs réu-
événements récents, peuvent représenter une nions avec la Commission, des représentants
menace sérieuse pour la sécurité publique. Les gouvernementaux de toutes les parties du monde
pays qui soutiennent activement les objectifs ont ouvertement reconnu les difficultés qu’ils
d’éducation et de santé figurant dans les Objec- rencontrent dans la formulation de politiques
tifs du Millénaire pour le Développement des migratoires cohérentes. Il arrive souvent qu’ils
Nations Unies continuent néanmoins de recru- se trouvent confrontés à des priorités contradic-
ter du personnel provenant d’hôpitaux ou d’éco- toires et à des demandes urgentes émanant de
les de pays à faible revenu qui ne sont pas en différents ministères au sein du gouvernement
mesure d’offrir des prestations élémentaires de ou de différentes instances non gouvernementa-
santé et d’éducation à leurs propres citoyens. les. Les décisions importantes prises dans des
domaines tels que le développement, le com-
Capacité, cohérence et coopération merce, l’aide et le marché du travail sont rare-
6. La Commission en conclut que la commu- ment considérées en fonction de leurs incidences
nauté internationale n’a réussi ni à valoriser les sur les migrations internationales.
opportunités ni à relever les défis liés aux migra- 9. Une consultation plus large est également
tions internationales. De nouvelles approches nécessaire au niveau national. Bien que les gou-
sont nécessaires pour rectifier cette situation. vernements demeurent les principaux acteurs
7. En premier lieu, la Commission a été frap- dans le domaine des migrations internationales,
pée de constater à quel point les capacités néces- de nombreux acteurs, notamment les autorités
saires à la formulation et à l’application de locales, le secteur privé, les ONG, les institutions
politiques migratoires efficaces font défaut aux de la société civile et les associations de migrants,
Etats et aux autres acteurs concernés, en parti- sont bien placés pour contribuer à la formula-
culier, mais pas exclusivement, dans les régions tion et à l’application des politiques migratoires.
les moins prospères du monde. Les responsables L’engagement de ces acteurs est particulièrement
politiques qui traitent des questions relatives aux nécessaire pour assurer la prise en compte des

2
Principes d’action

sensibilités culturelles, des spécificités locales et sont membres de ces organisations et qui les sub-
de l’importance des questions de genre dans les ventionnent. Bien que des mesures aient été pri-
politiques et programmes migratoires. ses pour améliorer la coopération et la
10. La mise en place d’une approche cohérente coordination entre les agences concernées, il faut
des migrations nécessite, de la part des États, un faire plus pour formuler et réaliser des objectifs
plus grand respect des dispositions du cadre ju- communs.
ridique et normatif relatif aux migrants interna-
tionaux, en particulier celles des sept traités Principes d’action
fondamentaux des Nations Unies sur les droits 13. La Commission conclut que si l’on veut
de l’homme. Durant ses consultations, la Com- maximiser les bénéfices des migrations interna-
mission a remarqué qu’il existe en de trop nom- tionales et réduire au minimum leurs effets né-
breuses occasions un fossé entre les engagements gatifs, il faut que les politiques migratoires soient
auxquels les pays souscrivent librement lorsqu’ils fondées sur des objectifs partagés et sur une vi-
ratifient ces traités et l’application qu’ils leur sion commune. En même temps, la Commis-
donnent en pratique. Bien que ce problème soit sion reconnaît qu’il ne peut y avoir de modèle
lié à la question des capacités, il s’agit aussi sou- unique pour l’action des Etats et des autres in-
vent d’une question de volonté politique. tervenants ; elle reconnaît aussi qu’il n’y a pas de
11. En troisième lieu, la Commission tient à sou- consensus actuellement sur l’introduction d’un
ligner l’importance primordiale de la consulta- système formel de gouvernance mondiale des
tion et de la coopération entre Etats comme migrations internationales qui nécessiterait la
fondement de la formulation et de l’application mise en place de nouveaux instruments juridi-
de politiques migratoires. Ces politiques sont ques ou de nouveaux organismes internationaux.
traditionnellement considérées comme étant du 14. La Commission conclut que les politiques
ressort des Etats souverains, mais la Commis- migratoires aux niveaux national, régional et
sion est encouragée par la reconnaissance crois- mondial devraient s’inspirer de l’ensemble de
sante du fait que les migrations sont une principes d’action présentés ci-dessous, qui se-
problématique transnationale qui requiert une ront développés dans les conclusions et recom-
coopération entre Etats aux niveaux sous-régio- mandations exposées dans les six chapitres
nal, régional et mondial. suivants.
12. Finalement, il faut une coopération et une 15. Ces principes ont diverses applications. Ils
coordination renforcées entre les différentes or- peuvent guider les Etats et la communauté in-
ganisations internationales multilatérales qui sont ternationale dans la formulation de politiques
actives dans le domaine des migrations. Lors des migratoires étendues, cohérentes et efficaces. Ils
réunions organisées par la Commission, ces or- peuvent aussi aider à surveiller et évaluer les in-
ganisations ont reconnu leur manque de coordi- cidences de ces politiques. Enfin, ils fournissent
nation. Cette situation est due en partie à l’esprit un cadre d’action qui pourra aider les Etats et les
compétitif qui caractérise les relations entre agen- autres acteurs dans leurs efforts pour valoriser
ces, mais elle résulte aussi d’un manque de cohé- les opportunités offertes par les migrations in-
rence au niveau national au sein des Etats qui ternationales.

3
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Principes d’action
I. Migrer par choix : les migrations et l’économie mondiale
Femmes, hommes et enfants devraient pouvoir réaliser leur potentiel, subvenir à leurs besoins,
exercer leurs droits et satisfaire leurs aspirations dans leur pays d’origine, et donc migrer par
choix et non par nécessité. Les femmes et les hommes qui migrent et rejoignent le marché
mondial du travail doivent pouvoir le faire légalement, en toute sécurité, et parce que les pays et
les sociétés d’accueil les valorisent et ont besoin de leurs compétences.

II. Renforcer l’impact sur l’économie et le développement


Le rôle que jouent les migrants dans la promotion du développement et la lutte contre la pau-
vreté dans leur pays d’origine, ainsi que la contribution qu’ils apportent à la prospérité du pays de
destination, doivent être reconnus et soutenus. Les migrations internationales doivent devenir
partie intégrante des stratégies de croissance économiques nationales, régionales et mondiales,
tant dans le monde développé que dans le monde en développement.

III. Aborder la question de la migration irrégulière


Les Etats, dans l’exercice de leur droit souverain à déterminer qui peut entrer et demeurer sur
leur territoire, doivent s’acquitter de leur responsabilité et de leur obligation de protéger les
droits des migrants et de réadmettre leurs ressortissants qui souhaitent ou qui sont obligés de
retourner dans leur pays d’origine. En cherchant à endiguer la migration irrégulière, les Etats
doivent coopérer activement entre eux afin que leurs efforts ne mettent pas en danger les droits
humains, notamment le droit des réfugiés à demander l’asile. Les gouvernements doivent se
concerter avec les employeurs, les syndicats et la société civile sur la question des migrations
irrégulières.

IV. Renforcer la cohésion sociale par l’intégration


Les migrants et les citoyens des pays de destination doivent respecter leurs obligations légales et
bénéficier d’un processus mutuel d’adaptation et d’intégration qui tienne compte de la diversité
culturelle et favorise la cohésion sociale. Le processus d’intégration doit être activement encou-
ragé par les autorités locales et nationales, les employeurs et les membres de la société civile. Il
doit aussi se fonder sur un engagement de non-discrimination et d’équité hommes-femmes. Il
doit s’accompagner d’un discours public objectif sur les migrations internationales de la part des
politiques et des médias.

V. Protéger les droits des migrants


Le cadre légal et normatif applicable aux migrants internationaux doit être renforcé et mis en
œuvre d’une façon plus efficace et sans discrimination afin de respecter les droits humains et les
conditions de travail dont chaque migrant doit pouvoir bénéficier. Conformément aux disposi-
tions de ce cadre législatif et normatif, les Etats et les autres acteurs doivent aborder les ques-
tions migratoires de façon plus conséquente et cohérente.

VI. Renforcer la gouvernance : cohérence, capacité et coopération


La gouvernance des migrations internationales doit être renforcée au niveau national grâce à
une plus grande cohérence et des capacités accrues, au niveau régional par plus d’échanges et
une meilleure coopération entre Etats, et au niveau mondial par un dialogue et une coopération
plus efficaces entre gouvernements et entre organisations internationales. De tels efforts doi-
vent se fonder sur une meilleure appréciation des liens qui existent entre les questions de migra-
tion internationale et le développement, et d’autres problématiques essentielles, concernant
notamment le commerce, l’aide, la sécurité d’état, la sûreté des États, la sécurité des personnes
et les droits humains.

4
INTRODUCTION

Dimensions et dynamique
des migrations internationales
1. Les migrations ont été un élément constant coïncidence si certaines des plus importantes
et influent de l’histoire humaine. Elles ont sou- concentrations de migrants se trouvent dans les
tenu le processus de croissance économique « villes-mondes », ces centres urbains dynami-
mondiale, contribué à l’évolution des Etats et des ques, innovants et hautement cosmopolites qui
sociétés et enrichi de nombreuses cultures et ci- permettent aux personnes, lieux et cultures de
vilisations. Les migrants, personnes disposées à différentes parties du monde d’être toujours plus
s’aventurer hors des confins de leur communauté interconnectés.
et de leur pays pour se créer de nouvelles oppor- 4. Comme le montrent ces exemples, les mi-
tunités et offrir des opportunités à leurs enfants, grations internationales peuvent jouer un rôle
ont souvent été parmi les membres les plus dy- très positif dans le processus du développement
namiques et entreprenants de la société. humain, en apportant des bénéfices aux habi-
2. Dans le monde d’aujourd’hui, les migrations tants aux pays riches aussi bien qu’aux pays pau-
internationales continuent de jouer un rôle im- vres. La Commission mondiale sur les migrations
portant (bien que souvent non reconnu) dans internationales souligne qu’il est nécessaire que
les affaires nationales, régionales et mondiales. la communauté internationale maximise ces
Dans de nombreux pays en développement, les avantages et mette à profit l’esprit d’initiative des
fonds reçus des migrants constituent une source personnes qui cherchent à améliorer leur vie en
de revenu plus importante que l’aide publique se déplaçant d’un pays à un autre. Les sections
au développement ou que l’investissement étran- qui suivent identifient un certain nombre de
ger direct. Dans une grande partie du monde, questions importantes à prendre en compte si
les migrants n’occupent pas uniquement les em- l’on veut atteindre ces objectifs.
plois qui n’attirent pas les nationaux, mais se
livrent aussi à des activités de haut niveau néces- Disparités et différences
sitant des compétences que les travailleurs locaux
5. Les migrations internationales sont un phé-
ne possèdent pas. Dans certains pays, des sec-
nomène dynamique et en pleine expansion.
teurs entiers de l’économie et de nombreux ser-
Comme il a déjà été indiqué, le nombre de mi-
vices publics sont devenus fortement dépendants
grants internationaux a doublé au cours des 25
du travail migrant et s’effondreraient très rapi-
dernières années, même s’il reste assez modeste
dement si ces travailleurs n’étaient plus disponi-
en proportion de la population mondiale, à en-
bles.
viron 3 %. Les migrations internationales tou-
3. La mobilité des personnes fait maintenant chent des pays à tous niveaux de développement
partie intégrante de l’économie mondiale. En économique et de toutes cultures ou convictions
effet, les pays et les entreprises vont chercher tou- idéologiques. Aujourd’hui, dans presque chaque
jours plus loin le personnel nécessaire à l’amé- pays, il y a des migrants qui partent et qui
lioration de leur compétitivité. Ce n’est pas une arrivent, ce qui rend de plus en plus difficile de

5
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

maintenir la distinction traditionnelle entre pays 8. Dans de telles conditions, il n’est pas surpre-
d’origine, de transit et de destination. De nom- nant que beaucoup de gens aillent chercher des
breux pays entrent maintenant dans ces trois ca- perspectives d’avenir au-delà des frontières de leur
tégories. pays, que ce soit dans leur région ou, s’ils ont les
6. Ces trente dernières années, la proportion de moyens d’y parvenir, dans des parties du monde
résidents nés à l’étranger et vivant dans les pays plus éloignées. De plus, pour des raisons éviden-
développés a généralement augmenté, tandis tes, peu de gens (si ce n’est les travailleurs sous
qu’elle est restée stable ou a diminué quelque peu contrat de courte durée) cherchent à quitter des
dans la plupart des pays en développement. On Etats stables à l’économie prospère et des démo-
trouve maintenant quelque 60 % de tous les craties florissantes pour aller s’établir dans des
migrants recensés dans les pays les plus prospè- Etats fragiles ou despotiques qui ne respectent
res et les 40 % restants dans les régions en déve- pas les droits de l’homme et sont incapables de
loppement. Malgré cette tendance, les migrations satisfaire aux besoins essentiels de leurs citoyens.
« sud–sud » continuent de concerner de grands
nombres de personnes, qui se déplacent d’un pays Facteurs démographiques et économiques
en développement à un autre. Selon les plus ré- 9. Bien que beaucoup de pays industrialisés
centes statistiques de l’ONU, l’Asie compte quel- soient peu enclins à le reconnaître, leur prospé-
que 49 millions de migrants, l’Afrique 16 rité future dépendra en partie des migrations
millions et la région Amérique latine et Caraïbes internationales. Beaucoup des sociétés les plus
six millions. prospères du monde ont des taux de natalité fai-
bles et en déclin, entraînant une diminution et
Développement, démocratie et un vieillissement progressifs de leur population.
sécurité des personnes Elles pourraient donc avoir des difficultés à main-
7. Si le processus de mondialisation a créé tenir leurs niveaux actuels de productivité éco-
d’énormes richesses et permis à des millions de nomique et leurs systèmes de retraite et de
gens de sortir de la pauvreté, il n’a pas encore sécurité sociale, ainsi qu’à trouver le personnel
réduit l’écart entre riches et pauvres ;l dans cer- soignant nécessaire pour répondre aux besoins
tains cas, les disparités économiques s’élargissent. d’une population vieillissante.
De nombreux pays en développement sont aux 10. La compétitivité croissante de l’économie
prises avec de hauts niveaux de croissance dé- mondiale a engendré un processus de restructu-
mographique et n’arrivent pas à créer suffisam- ration économique qui a limité le nombre d’em-
ment d’emplois pour les millions de jeunes qui plois disponibles, du secteur public ou du secteur
arrivent sur le marché du travail. Et bien que privé, dans les pays en développement. Elle a si-
plus de gens que jamais auparavant soient ci- multanément créé dans les pays industrialisés une
toyens d’Etats dont le système politique est plu- demande de main d’œuvre flexible, prête à tra-
raliste, trop de personnes continuent de vivre vailler pour de bas salaires et dans des conditions
dans des pays caractérisés par la mauvaise difficiles. Les migrants des pays en développe-
gouvernance, l’insécurité, la corruption, l’auto- ment aident actuellement à combler ce déficit à
ritarisme, la violation des droits humains et les l’extrémité inférieure du marché du travail, et ils
conflits armés. continueront sans doute de le faire dans l’avenir
prévisible. A l’extrémité supérieure du marché

6
Dimensions et dynamiques des migrations internationales

du travail, les migrants sont aussi de plus en plus que le nombre de migrants augmente, de même,
demandés pour occuper des postes dans des sec- les catégories juridiques et administratives dans
teurs de l’économie de haut niveau et fondés sur lesquelles les rangent les gouvernements et les
les connaissances, actuellement confrontés à une organisations internationales se multiplient.
pénurie mondiale de compétences appropriées. 14. Les personnes qui franchissent les frontières
internationales sont diversement décrites comme
Culture, communications et curiosité ayant un statut régulier ou irrégulier, ou encore
11. L’envergure grandissante des migrations in- comme travailleurs qualifiés ou non qualifiés,
ternationales peut être attribuée aussi à des fac- résidents permanents ou migrants temporaires,
teurs culturels. L’humanité a toujours été sans parler des catégories supplémentaires telles
curieuse, désireuse de visiter d’autres lieux, de que migrants étudiants, migrants en vue d’un
faire de nouvelles expériences et de découvrir regroupement familial, migrants en transit, re-
d’autres cultures. Grâce à la mondialisation, de quérants d’asile ou réfugiés. En principe, une
plus en plus de gens peuvent réaliser ces ambi- politique migratoire cohérente et ambitieuse
tions. Les réseaux de communication interna- devrait prendre en compte les circonstances spé-
tionaux leur apportent les informations cifiques de chacun de ces différents groupes.
nécessaires pour se déplacer d’un endroit à l’autre. 15. En réalité, cependant, un migrant peut ap-
Les réseaux de transport internationaux rendent partenir à une ou plusieurs de ces catégories en
les déplacements à travers le monde plus rapides même temps. Il pourrait se trouver successive-
et moins onéreux. De plus, la croissance de ré- ment dans une catégorie ou une autre au cours
seaux sociaux mondiaux et des diasporas (qui d’un déplacement migratoire ou chercher à être
sont le fruit de flux migratoires antérieurs), faci- reclassé dans une autre catégorie, comme c’est le
lite l’établissement dans un autre pays et l’adap- cas lorsqu’un migrant économique soumet une
tation à une nouvelle société. demande d’asile dans l’espoir d’obtenir les privi-
12. Un citoyen afghan, par exemple, qui décide lèges associés au statut de réfugié.
d’émigrer, sera certain, qu’il aille à Dubaï, 16. La distinction traditionnelle entre travailleurs
Karachi, Londres, New Delhi, Sydney ou qualifiés et non qualifiés est à certains égards sans
Washington, de trouver une communauté de utilité parce qu’elle ne reflète pas la complexité
compatriotes qui le soutiendra. Bon nombre de des migrations internationales. Par exemple, de
pays, et l’Afghanistan est l’un d’eux, sont nombreux pays sont actuellement très intéressés
aujourd’hui caractérisés par une culture de mi- à recruter des migrants spécialistes en technolo-
gration, dans laquelle c’est devenu la norme, plu- gies et ingénierie de l’information, mais égale-
tôt que l’exception, de partir à l’étranger à titre ment à attirer des migrants capables de prodiguer
temporaire ou pour une longue durée.. des soins de qualité aux personnes âgées et aux
enfants. Même s’ils ont des niveaux d’instruc-
tion différents, tous ces migrants pourraient être
Complexités de la mobilité des personnes
décrits comme des travailleurs essentiels à la so-
13. La mobilité des personnes ne prend pas seu- ciété.
lement de l’ampleur, mais devient aussi plus com-
plexe. Les migrants internationaux constituent
un groupe de personnes très hétérogène. Alors

7
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Différences régionales tés qui avaient été déplacées de force sous le ré-
17. Au cours de ses consultations, la Commis- gime stalinien), « migrants pour raisons écologi-
sion a pris une conscience aiguë des nombreuses ques » (personnes contraintes à migrer par une
différences régionales ou sous-régionales qui exis- catastrophe écologique) et « personnes
tent en matière de migrations internationales, relocalisées en dehors de leur volonté propre »
ainsi que des contraintes qu’elles imposent lors- (personnes contraintes de retourner dans leur
qu’il s’agit de formuler des politiques migratoi- pays de citoyenneté du fait de circonstances qui
res internationales. mettaient leur vie en danger).
18. Le type de migration prédominant varie con- 20. Il existe aussi des différences importantes dans
sidérablement d’une partie du monde à une la capacité des Etats à formuler et appliquer des
autre. En Asie, par exemple, de nombreux mi- politiques migratoires. Ces différences sont gé-
grants partent dans le cadre de contrats de tra- néralement le reflet de la relative prospérité et de
vail temporaire, tandis que dans certaines parties l’expérience historique des pays concernés. Il est
des Amériques et de l’Afrique, la migration irré- évident que l’on ne peut guère s’attendre à ce
gulière est bien plus répandue. Les pays d’immi- que des pays ayant peu d’expérience dans le do-
gration traditionnels, tels que l’Australie, le maine des migrations internationales aient les
Canada, la Nouvelle Zélande et les Etats-Unis, mêmes capacités que ceux qui ont depuis long-
continuent d’accueillir des migrants qui pour- temps des programmes d’immigration de grande
ront obtenir la résidence permanente et la ci- envergure.
toyenneté, tandis que les pays du Moyen-Orient 21. Le mandat de la Commission est d’établir le
n’admettent généralement les migrants interna- cadre pour la formulation d’une « réponse cohé-
tionaux que pour des durées déterminées et sans rente, globale et complète à la question des mi-
perspective d’intégration. En Europe, la princi- grations internationales ». Conformément à son
pale préoccupation des ces dernières années a été mandat, les conclusions et les recommandations
l’arrivée de requérants d’asile venus d’autres par- présentées dans ce rapport s’adressent aux Etats
ties du monde, dont la plupart ne pouvaient pré- et aux autres parties prenantes dans toutes les
tendre au statut de réfugié. parties du monde, sans examiner en détail les
19. Les Etats de l’ex-Union soviétique ont connu questions et les situations régionales ou sous-ré-
ces 15 dernières années une configuration parti- gionales.
culièrement complexe de mobilité humaine,
comprenant des migrations à l’intérieur, à desti- Liens entre politiques de développement, des
nation et en provenance de la région, des mou- droits humains et de la sécurité
vements volontaires ou forcés et des situations [Link] dernière dimension de la complexité des
où les personnes elles-mêmes ne se déplaçaient migrations internationales réside dans leurs liens
pas mais où leur nationalité changeait. Incarnant inextricables avec une série d’autres préoccupa-
cette complexité, une initiative intergouverne- tions mondiales, et dans la conscience grandis-
mentale visant à traiter la question des migra- sante de ces connexions qui existe au sein de la
tions dans l’ex-Union soviétique a nécessité la communauté internationale. Ainsi, ces derniè-
création d’un vocabulaire particulier établissant res années ont vu une reconnaissance croissante
de nouvelles catégories de migrants telles que « de la nécessité de maximiser la contribution des
peuples anciennement déportés » (communau- migrants à la réduction de la pauvreté et au dé-

8
Dimensions et dynamiques des migrations internationales

veloppement durable dans leurs pays d’origine. craties émergentes après des années de joug auto-
De plus, la Commission a constaté une prise de ritaire.
conscience accrue du fait que les questions de 25. La complexité des liens entre les migrations
développement, de droits humains et de bonne internationales et d’autres problématiques mon-
gouvernance sont indissociables et qu’une appro- diales présente d’autres défis pour les dirigeants.
che intégrée de ces questions sera nécessaire si la Elle a aussi soulevé des questions importantes
communauté internationale veut intervenir sur lors de la préparation du présent rapport. En tant
les pressions qui incitent des gens à quitter leur qu’entité créée expressément pour examiner la
pays d’origine. question des migrations internationales, la
23. Le lien entre migrations et sécurité est de- Commission a axé ses conclusions et ses recom-
venu davantage encore un sujet de préoccupa- mandations sur les politiques qui ont une por-
tion international. De récents incidents ayant tée relativement directe sur les mouvements
comporté des violences de la part de migrants et transfrontaliers de personnes. Cela dit, la Com-
de membres de minorités ont donné l’impres- mission est fermement convaincue que les poli-
sion qu’il existe une étroite relation entre migra- tiques migratoires ont peu de chances de produire
tion internationale et terrorisme international. des résultats positifs si elles ne sont pas complé-
La migration irrégulière, à une échelle qui sem- tées par des politiques appropriées dans les
ble s’accroître dans de nombreuses régions du nombreux autres domaines qui influent sur les
monde, est considérée autant par des politiciens migrations internationales ou sont influencés par
que par l’opinion publique comme une menace elles. Bref, la question de la mobilité humaine
pour la souveraineté et la sûreté des Etats. Dans ne peut pas être traitée isolément.
nombre de pays de destination, les sociétés d’ac-
cueil s’inquiètent de plus en plus de la présence Intérêts et attitudes conflictuels
de communautés de migrants, en particulier cel-
26. Un autre défi important auquel sont confron-
les dont la culture leur est peu familière et qui
tés les dirigeants dans le domaine des migrations
viennent de parties du monde associées à l’ex-
internationales réside dans la nature controver-
trémisme et à la violence.
sée et contradictoire de cette question. Depuis
24. Ce sont là des inquiétudes réelles et légiti- le début de ses travaux, en janvier 2004, la Com-
mes. Cependant, les liens entre migrations et mission a été impressionnée par l’immense inté-
sécurité devraient aussi être regardés de manière rêt et l’ampleur de la controverse que suscitent
plus positive. Dans de nombreuses régions du les migrations internationales. Les Etats du
monde, les migrations ont contribué à la sécu- monde entier accordent une attention croissante
rité et à la stabilité politique en réduisant les ni- au mouvement des personnes à travers leurs fron-
veaux de pauvreté et le chômage, ainsi qu’en tières et déploient de plus en plus de ressources
élargissant les expériences et les opportunités of- dans ce domaine. Les questions liées aux migra-
fertes à la population. Elles peuvent constituer tions internationales sont discutées dans de
une expérience qui offre des opportunités en nombreux forums nationaux, régionaux et in-
permettant aux personnes de jouir d’un plus ternationaux et sont constamment à la une de
grand degré de sécurité. Des migrants et des exi- nombreux médias. Et si les gouvernements de-
lés de retour au pays ont assumé un important meurent les principaux intervenants en la ma-
rôle de leadership dans de nombreuses démo- tière, beaucoup d’autres parties prenantes

9
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

influentes cherchent à se faire entendre, en par- travail, de réduire les possibilités d’emploi pour
ticulier le secteur des entreprises. leurs citoyens, de contrarier l’opinion publique
et de perdre le soutien de leurs électeurs. Même
Marchés et Etats : le niveau mondial s’ils reconnaissent les avantages, pour l’économie,
et le niveau local d’une approche plus libérale de la migration in-
27. Ces dernières années, une tension visible s’est ternationale, beaucoup de gouvernements crai-
développée, en matière de migrations interna- gnent aussi que l’admission de ressortissants
tionales, entre les intérêts des Etats et ceux des étrangers en plus grands nombres, même à titre
marchés et du secteur des entreprises. Comme il temporaire, n’ait des conséquences négatives pour
a été indiqué précédemment, une des principa- la stabilité de la société et, finalement, pour la
les manifestations du processus de mondialisa- sûreté de l’Etat.
tion est la facilité croissante avec laquelle les biens,
les capitaux, les services, les informations et les Le discours public
idées traversent les frontières. Mais on ne peut 30. La Commission considère que ces tensions
en dire autant pour les personnes, dont les dé- entre les marchés et l’Etat, le secteur des entre-
placements d’un pays à un autre sont toujours prises et le gouvernement, les niveaux mondial
soumis à de nombreux contrôles officiels. Bien et local, ainsi qu’entre l’intérêt national et le pro-
que ces contrôles concernent surtout les tra- cessus de mondialisation, sera, dans les années à
vailleurs migrants non qualifiés, même les pro- venir un élément de plus en plus important du
fessionnels hautement qualifiés et les employés débat sur les migrations internationales. Ce sont
de multinationales voient souvent leur change- là des tensions qu’il n’est pas forcément possible
ment de résidence entravé ou retardé par des de résoudre, mais qu’il faut appréhender dans le
politiques restrictives et par la lourdeur des for- cadre d’un débat posé, ouvert et objectif. Dans
malités le contexte international actuel, cela représente
28. Le secteur des entreprises est de plus en plus un sérieux défi.
soucieux de résoudre ces problèmes. Les entre- 31. Dans toutes les parties du monde où la Com-
prises privées qui souhaitent accroître leur mission s’est rendue, les migrations internatio-
compétitivité et étendre leurs marchés ressentent nales sont en position élevée dans l’agenda public,
la nécessité de recruter plus librement leurs em- politique et médiatique. Si les enjeux précis va-
ployés, et cela dans le monde entier. S’il ne leur rient d’un endroit à un autre, l’importance de ce
est pas possible de le faire, elles peuvent alors discours ne fait pas de doute.
décider de délocaliser une partie ou la totalité de
32. Dans de nombreuses sociétés, les citoyens
leur entreprise dans des pays où elles trouveront
expriment des inquiétudes, à la fois légitimes et
le personnel dont elles ont besoin.
infondées, au sujet de l’arrivée de personnes ori-
29. Contrairement à l’approche toujours plus ginaires d’autres pays et d’autres cultures. Les
globale du secteur des entreprises, les préoccu- médias du monde entier présentent constam-
pations des Etats s’ancrent toujours principale- ment des histoires de migrants et de migrations,
ment dans les politiques locales. Les en s’attachant souvent aux aspects les plus sensa-
gouvernements craignent souvent, s’ils facilitent tionnels et les plus négatifs de la question. Les
l’entrée d’étrangers sur le marché national du migrations sont une question politiquement ex-

10
Dimensions et dynamiques des migrations internationales

plosive dans de nombreux pays, ayant semble-t- sont une question controversée car elles mettent
il joué un rôle important dans l’issue de plusieurs en lumière des questions importantes touchant
élections. Le discours sur les migrations est donc à l’identité nationale, à l’équité au niveau mon-
devenu fortement polarisé, que ce soit au niveau dial, à la justice sociale et à l’universalité des droits
national, régional ou mondial et il n’y a guère de humains. Les politiques migratoires internatio-
terrain d’entente entre les différentes parties con- nales sont difficiles à formuler et à mettre en
cernées. œuvre car elles touchent au mouvement d’êtres
33. Cette situation ne doit pas surprendre ni humains qui sont des acteurs résolus, prêts à faire
consterner. Les migrations internationales cons- des sacrifices et à prendre des risques pour réali-
tituent une problématique sensible, car elle ser leurs aspirations. Leurs défis sont radicale-
soulève des questions complexes sur l’identité et ment différents de ceux que présente la gestion
les valeurs des individus, des foyers et des du mouvement d’objets inanimés, comme les
communautés,aussi bien que des sociétés dans capitaux, les biens ou les informations. Ces défis
leur ensemble. Les migrations internationales seront examinés dans les chapitres qui suivent.

11
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

CHAPITRE UN

Un monde de travail :
les migrants sur un marché du travail globalisé
Femmes, hommes et enfants devraient pouvoir réaliser leur potentiel,
subvenir à leurs besoins, exercer leurs droits et satisfaire leurs aspirations dans
leur pays d’origine, et donc migrer par choix et non par nécessité. Les femmes et
les hommes qui migrent et rejoignent le marché mondial du travail doivent
pouvoir le faire légalement, en toute sécurité, et parce que les pays et les sociétés
d’accueil les valorisent et ont besoin de leurs compétences.

1. Des changements capitaux se produisent dans 3. Le chômage n’est pas le seul aspect de la crise
l’économie mondiale. Les pays des différentes actuelle de l’emploi. Selon le BIT, quelque 550
régions du monde deviennent de plus en plus millions de travailleurs vivent avec moins d’un
intégrés et interdépendants, reliés par des flux dollar US par jour, tandis que près de la moitié
rapides de capitaux, de biens, de services, d’infor- des 2,8 milliards de travailleurs du monde
mations et d’idées. L’accès au savoir est devenu gagnent moins de deux dollars par jour. Dans
un élément décisif de la compétitivité et de la certains pays en développement, la majorité des
réussite. Les entreprises du secteur privé devien- actifs travaillent dans le secteur informel de l’éco-
nent de plus en plus mobiles et mondialisées. nomie, où les salaires et les conditions de travail
Selon le Fonds monétaire international (FMI), ne sont pas réglementés. Selon le Département
cette évolution permettra à l’économie mondiale d’Etat des Etats-Unis, entre 600 000 et 800 000
d’enregistrer en 2005 une croissance supérieure personnes par an sont victimes de la traite, rejoi-
à 4 %, générant des milliers de milliards de dol- gnant les 12 millions de personnes piégées dans
lars de nouveaux revenus. des conditions de travail forcé. Selon le direc-
2. Cependant, ce bilan de performance écono- teur général du BIT, « la crise mondiale de l’em-
mique ne se reflète pas encore dans la création ploi met en péril la sécurité, le développement,
de nouvelles possibilités d’emploi, surtout dans les économies libérales et les sociétés ouvertes.
les pays en développement, où des jeunes en Cela n’est pas une voie qui puisse être durable-
grands nombres arrivent sur le marché du tra- ment suivie. »
vail. D’après les statistiques du Bureau interna- 4. La crise mondiale de l’emploi a aussi d’im-
tional du travail (BIT) il y avait dans le monde portantes incidences sur la durabilité des appro-
en 2004 quelque 185 millions de chômeurs. Ces ches actuelles des migrations internationales.
dix dernières années, seuls les pays industrialisés Parce qu’ils ne trouvent pas chez eux des moyens
ont connu des taux de chômage en baisse. Dans de subsistance suffisants, de plus en plus de
toutes les autres régions du monde, ces taux sont femmes et d’hommes des pays en développement
demeurés stables ou ont augmenté. vont rechercher ailleurs des possibilités de tra-
vail. Si beaucoup continuent de se déplacer dans

12
Un monde de travail : Les migrants dans un marché du travail globalisé

les régions en développement, ils sont de plus en tions internationales relèvent des « 3D » : diffé-
plus nombreux à migrer vers les pays plus pros- rences en matière de développement, de démo-
pères pour y trouver du travail. Selon les statisti- graphie et de démocratie. Selon la Commission,
ques de l’ONU, entre 1980 et 2000, le nombre le nombre de personnes cherchant à migrer va
de migrants dans les pays développés a plus que continuer d’augmenter à l’avenir parce que ces
doublé, passant de 48 à 110 millions, tandis qu’il écarts s’élargissent. Les politiques migratoires
est passé de 52 à 65 millions dans les pays en devront donc tenir dûment compte de cette
développement. tendance, en veillant à ce que les migrations
5. Une question cruciale dans les années à venir d’ampleur accrue apportent de réels bénéfices aux
sera de savoir si un juste équilibre peut être trouvé pays d’origine, aux pays de destination et aux
entre l’offre et la demande de travailleurs migrants eux-mêmes.
migrants. En termes de demande, dans quelle
mesure et à quelles conditions les pays les plus Disparités du développement
prospères seront-ils disposés à accueillir des tra- 7. Selon le Programme des Nations Unies pour
vailleurs migrants en provenance d’autres par- le développement (PNUD), la proportion de la
ties du monde ? Pour ce qui est de l’offre, qu’est-il population mondiale qui vit dans la pauvreté a
possible de faire pour procurer aux citoyens des baissé plus rapidement au cours des 50 dernières
pays en développement de meilleurs emplois et années qu’il ne l’avait fait au cours des 500
plus de sécurité chez eux, pour qu’ils ne se sen- années antérieures. Pourtant, l’écart entre les ni-
tent pas contraints de migrer ? Le présent chapi- veaux de vie des pays prospères et des pays pau-
tre cherche à répondre à ces questions. vres continue de se creuser. En 1975, le produit
intérieur brut par habitant (PIB/h) des pays à
revenu élevé était 41 fois plus grand que celui
Écarts, disparités et migrations
des pays à faible revenu et huit fois plus grand
Le nombre de personnes cherchant à mi- que celui des pays à moyen revenu. Aujourd’hui,
grer d’un pays ou d’un continent à un autre le PIB/h des pays à revenu élevé représente 66
va augmenter dans les années à venir du fois celui des pays à bas revenu et 14 fois celui
fait des disparités du développement et de
des pays à revenu moyen.
la démographie et des différences de qua-
lité de la gouvernance. Les Etats et les 8. Ces statistiques aident à comprendre pour-
autres acteurs doivent tenir compte de quoi tant de gens, dans les pays à faible ou moyen
compte cette tendance dans la formulation revenu, souhaitent migrer vers des pays plus pros-
des politiques migratoires. pères et pourquoi les pays à revenu élevé, qui
possèdent moins de 20 % de la main d’œuvre
6. La migration internationale est généralement mondiale, accueillent maintenant plus de 60 %
une réponse à des écarts et à des disparités. Lors- des migrants du monde. Les migrants qui pas-
que des gens décident de migrer, c’est normale- sent d’une économie à faible revenu à une éco-
ment parce qu’ils veulent fuir les contraintes et nomie à revenu élevé parviennent souvent à
l’insécurité rencontrées dans leurs pays d’origine gagner 20 à 30 fois plus que chez eux. Bien que
et considèrent qu’il existe ailleurs des conditions le coût de la vie soit en général plus élevé dans
et des perspectives meilleures. Dans le monde les pays de destination, la plupart des migrants
actuel, les principales forces motrices des migra- gagnent néanmoins suffisamment pour sub-

13
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

venir à leurs besoins et envoyer des fonds à leur compétitivité toujours accrue de l’économie
famille et à leur communauté. mondiale soumet les employeurs du secteur
9. Les incitations à migrer semblent se renfor- public comme du secteur privé à des pressions
cer. Dans de nombreux pays en développement, pour comprimer les coûts et recourir plus massi-
des réformes axées sur le marché ont renforcé la vement à l’emploi d’une main d’œuvre flexible
compétitivité de l’économie nationale, mais sans et peu coûteuse – précisément celle que peuvent
permettre de créer suffisamment d’emplois pour fournir les migrants, qu’ils soient arrivés de
absorber le nombre croissant de personnes qui manière régulière ou irrégulière.
sont sur le marché du travail, en particulier cel- 13. L’intensification de la migration des pays
les qui n’ont pas fait d’études et n’ont pas de pauvres vers les pays plus riches ne se limite pas
qualifications. De ce fait, de nombreux jeunes et ne se limitera pas aux travailleurs peu rému-
ont pour perspective le chômage de longue du- nérés. Les pays industrialisés sont actuellement
rée ou le sous-emploi. confrontés à des pénuries de personnel dans des
10. Quelque 1,3 milliard de personnes, environ secteurs économiques de haute importance et
la moitié de la main d’œuvre des pays en déve- basés sur le savoir, tels que la santé, l’éducation
loppement, travaillent dans l’agriculture, géné- et les technologies de l’information. De plus en
ralement comme petits exploitants, confrontés à plus de gouvernements et d’employeurs, n’arri-
de multiples désavantages. Ils doivent faire face vant pas à recruter, former ou retenir dans leur
à la concurrence des agriculteurs subventionnés pays le personnel qui leur est nécessaire, se tour-
de parties du monde plus prospères. Les efforts nent vers le marché du travail mondial pour ré-
pour commercialiser leurs produits et améliorer pondre à leurs besoins de ressources humaines.
leur productivité sont souvent entravés par l’in- Les multinationales veulent pouvoir déplacer leur
suffisance des infrastructures matérielles et finan- personnel d’un pays à un autre pour tirer le
cières qui existent dans beaucoup de pays en meilleur profit de leurs cadres, attendant des
développement. De plus en plus de petits pay- gouvernements qu’ils facilitent ce processus.
sans sont aussi confrontés aux problèmes de dé-
gradation de l’environnement et d’appropriation
Écarts démographiques
de terres agricoles par des entreprises publiques
ou privées. 14. Le potentiel de croissance de l’échelle des
migrations des pays pauvres vers les pays riches
11. On peut s’attendre à voir migrer de plus en est renforce par les écarts démographiques. Beau-
plus de ces personnes, d’abord des zones rurales coup des pays les plus prospères du monde ont
vers les zones urbaines, puis vers d’autres pays. maintenant des niveaux de fertilité inférieurs au
Dans certains pays, en particulier en Asie, il sem- taux de remplacement de 2,12 par femme. Leur
ble probable que des politiques gouvernementa- population diminue et vieillit, situation qui met
les conçues pour faciliter la migration de leurs en péril leur capacité de maintenir les niveaux
citoyens, afin de réduire les taux de chômage et de croissance économique actuels ainsi que les
d’augmenter le volume des transferts de fonds régimes de retraite et de sécurité sociale. Par con-
vers le pays, renforcent cette tendance. tre, pratiquement tout l’accroissement de la
12. La demande de main-d’œuvre migrante est population mondiale se produit dans les pays en
forte. Dans de nombreux pays industrialisés, la développement. Selon la Division de la popula-

14
Un monde de travail : Les migrants dans un marché du travail globalisé

tion des Nations Unies, les taux de fertilité de la gouvernance, des droits de l’homme et de
estimés pour la période 2000–2005 vont de 1,4 la sécurité des personnes doivent aussi être pri-
seulement en Europe et 2,5 en Amérique Latine ses en considération. Bon nombre d’Etats qui
et Caraïbes,à 3,8 dans les pays arabes et 5,4 en ont un chômage important, des revenus faibles
Afrique subsaharienne. et des taux de croissance démographique élevés
15. Selon les statistiques de la Banque mondiale, sont aussi des pays où le processus démocratique
la main d’œuvre mondiale devrait passer de 3,0 est fragile, où l’Etat de droit est défaillant et où
à 3,4 milliards entre 2001 et 2010, soit une aug- l’administration publique est inefficace.
mentation moyenne de 40 millions par an. Sur 17. En migrant, des personnes en situation de
cet accroissement annuel, 38 millions viendront précarité économique et politique peuvent se
des pays en développement et seulement deux prémunir et protéger leur famille contre les fluc-
millions des pays à revenu élevé. Sur la base des tuations du marché, les crises politiques, les con-
tendances actuelles, d’ici à la fin de cette décen- flits armés et d’autres dangers. Dans les cas les
nie, quelque 86 % de la population active mon- plus graves, des personnes confrontées de tels
diale viendra des pays en développement. Si les désastres peuvent se sentir contraintes de cher-
pays industrialisés ont besoin de travailleurs pour cher asile dans un autre pays, une forme de
compenser leur baisse démographique, s’occu- migration dictée essentiellement par la nécessité
per de leurs personnes âgées toujours plus nom- et n’impliquant guère ou pas de choix.
breuses et soutenir leurs régimes de retraite, il ne 18. La Commission a été impressionnée par l’im-
leur sera pas difficile de combler ces pénuries par pact que les révolutions de ces dernières années
le recrutement de travailleurs migrants. dans les domaines des droits de l’homme et des
communications de masse exercent sur les po-
Démographie africaine pulations, et en particulier la jeune génération.
La population de l’Afrique sub-saharienne Les citoyens d’aujourd’hui veulent bénéficier
s’est accrue plus rapidement que celle de toute d’une bonne formation et trouver un emploi
autre région au cours des 40 dernières années. En
décent, mais ils souhaitent aussi avoir la possibi-
raison de ses niveaux de fertilité relativement
élevés, cette région semble devoir être la lité d’exprimer leur opinion, de participer au
principale source de croissance de la population débat politique, de remettre en question des
mondiale dans les 20 prochaines années, même si cultures conservatrices et de se libérer des con-
la pandémie du VIH/SIDA a réduit l’espérance de
traintes sociales. S’ils ne peuvent satisfaire ces
vie gagnée durant les précédentes décennies.
Selon les statistiques de l’ONU, la population aspirations dans leur pays, ils chercheront à en-
totale de l’Afrique devrait passer de 794 millions trer sur le marché du travail dans des sociétés où
en 2000 à 1,1 milliard en 2025. de telles perspectives sont possibles.

Démocratie et gouvernance Femmes migrantes


16. Même si les variables de développement et 19. Les femmes constituaient en 2000 un peu
démographiques devraient jouer un rôle impor- moins de la moitié des migrants internationaux
tant dans la détermination de l’offre et de la de- et un peu plus de la moitié de ceux vivant dans
mande futures de travailleurs migrants, les les régions développées. De plus en plus de fem-
disparités dans les domaines de la démocratie, mes entrent sur le marché mondial du travail et

15
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

il y en a de plus en plus qui migrent seules. En 21. Une convergence d’intérêts entre pays riches
effet, elles sont souvent les principaux soutiens et pays pauvres semble se dégager. Plus schéma-
des familles qu’elles laissent derrière elles. tiquement, les premiers voient se réduire leur
20. Ces tendances vont persister dans les prochai- population en âge de travailler tandis que les se-
nes années, notamment à cause de la demande conds en ont plus qu’il ne leur en faut. La logi-
accrue des pays industrialisés dans les secteurs que voudrait que cette situation ait pour résultat
traditionnellement féminins, tels que le travail l’autorisation à plus grande échelle de la migra-
domestique, les soins de santé et soins aux per- tion de travailleurs des pays en développement
sonnes, le nettoyage, les divertissements et l’in- vers les pays à revenu élevé. Or, tel n’est pas le
dustrie du sexe, ainsi que dans le commerce de cas actuellement. Les migrations actuelles des
détail et la production à forte intensité de tra- régions pauvres vers les régions plus riches sont
vail. Les attitudes négatives dans les pays d’ori- en grande partie de nature irrégulière.
gine envers les femmes divorcées, célibataires, 22. La notion de « marché mondial du travail »
sans enfants ou veuves, ainsi qu’un meilleur ac- est en quelque sorte un terme inapproprié. Le
cès à l’éducation et une plus grande conscience processus de mondialisation est caractérisé par
de leurs droits, inciteront aussi des femmes, quel une liberté grandissante des mouvements trans-
que soit leur niveau d’éducation, à rechercher à nationaux de capitaux, de biens, de services et
l’étranger du travail et de nouvelles expériences. d’informations. On ne peut en dire autant pour
les personnes. Certains groupes de travailleurs,
tels que les spécialistes des technologies de l’in-
Femmes migrantes
formation, les professeurs, les professionnels de
Malgré l’idée reçue selon laquelle la majorité des
migrants sont des hommes, les derniers chiffres la santé et les enseignants, sans parler des foot-
de l’ONU indiquent que près de la moitié des balleurs et autres vedettes sportives, ont sans
migrants et réfugiés du monde sont maintenant doute des possibilités de rechercher de l’emploi
des femmes. En 2000, le nombre de femmes
sur un marché mondial, mais pour la majorité
migrantes a dépassé le nombre d’hommes
migrants en Amérique latine et Caraïbes, en des gens et dans la plupart des régions du monde,
Amérique du nord, en Océanie, en Europe et en ce sont les marchés du travail nationaux qui
ex-Union soviétique. En Afrique et en Asie, par dominent et les possibilités de chercher du tra-
contre, les hommes migrants étaient la majorité.
vail dans d’autres pays demeurent faibles.

Vers une libéralisation du marché Le point de vue des employeurs


mondial du travail ?
23. Les restrictions imposées par les Etats au re-
Les Etats et autres acteurs concernés crutement et à la relocalisation d’une main-
devraient rechercher des approches plus
d’œuvre étrangère engendrent une frustration
réalistes et flexibles des migrations inter-
nationales, fondées sur la reconnaissance de grandissante chez les employeurs. Dans une
la capacité des travailleurs migrants à com- grande partie du secteur privé, ces contrôles sont
bler certaines pénuries sur le marché mon- considérés comme une contrainte limitant la
dial du travail. productivité et l’expansion des marchés. Quant
aux représentants du secteur public ils se plai-
gnent de ne pouvoir offrir les services attendus
d’eux parce qu’ils n’ont pas la possibilité de

16
Un monde de travail : Les migrants dans un marché du travail globalisé

répondre aux pénuries du marché du travail en en développement, sous la forme de transferts


accueillant des travailleurs migrants autorisés. de fonds plus élevés, d’investissements des dias-
Confrontés aux rigidités du marché mondial du poras et de transfert de connaissances. Simulta-
travail, certains employeurs optent pour des stra- nément, elle aiderait les pays industrialisés à
tégies alternatives, telles que le transfert de leur relever les défis économiques et sociaux que re-
entreprise, en totalité ou en partie, dans des pays présentent le vieillissement et la diminution de
où existe une offre de main d’œuvre appropriés leur population, créant ainsi une situation
à des prix attractifs ou la sous-traitance à de « gagnant-gagnant ».
petites entreprises disposées à engager des tra- 26. Il y a diverses raisons pour lesquelles cette
vailleurs migrants non autorisés. approche ne se révèle pas acceptable pour tous
24. Les stratégies d’externalisation et délocalisa- les Etats. En premier lieu, l’importation de main
tion promettent d’apporter des bénéfices subs- d’œuvre à un moment donné ou pour une courte
tantiels à l’économie mondiale et aux pays en durée ne constituerait pas une solution efficace
mesure d’offrir de telles facilités, mais elles ne au défi démographique auquel sont confrontés
résoudront pas les pénuries de travailleurs et de de nombreux Etats, car les migrants eux-mêmes
qualifications dans les pays industrialisés. vieillissent et deviennent finalement économi-
Compte tenu des coûts du déplacement, elles quement inactifs. Le recrutement continu de tra-
risquent peu de devenir des options viables pour vailleurs migrants serait nécessaire pour éviter un
les entreprises familiales ou de petite envergure. tel scénario.
Elles ne représentent pas non plus une solution 27. En second lieu, de nombreux pays dont la
pratique pour les nombreux employeurs, du sec- population vieillit et diminue comptent aussi des
teur privé ou du secteur public, qui ont besoin nombres considérables de personnes (notamment
d’une proximité physique avec leurs clients. Par parmi les migrants et les minorités) exposées à
exemple, relativement peu de personnes âgées un chômage de longue durée, ainsi que de nom-
vivant en Europe ou au Japon et nécessitant des breuses femmes qui se sont retirées du marché
soins souhaiteraient s’installer dans une maison du travail ou qui, pour diverses raisons, n’y ont
de retraite en Afrique du Nord ou en Indochine. jamais participé. L’accroissement de l’intégration
En fait, il semble probable que de plus en plus de ces personnes à la population active repré-
de professionnels des soins originaires de pays sente une politique alternative ou complémen-
en développement migrent vers les pays indus- taire à une immigration accrue, de même que
trialisés pour aider à domicile les personnes âgées. l’introduction d’autres mesures telles que le relè-
vement de l’âge de la retraite, la réduction des
Alternatives à la migration prestations de retraite ou l’adoption de techno-
25. En réponse aux situations décrites ci-dessus, logies demandant moins de main-d’œuvre. Le
certains acteurs concernés, y compris le secteur recours aux migrants ne constitue qu’une option
privé, réclament une attitude plus libérale face parmi d’autres.
au travail migrant international, une approche 28. En troisième lieu, les politiques migratoires
qui permettrait aux travailleurs de se déplacer ne sont pas régies seulement par les lois de l’éco-
plus librement des pays pauvres vers les régions nomie ou de la démographie. Nombreux sont
plus prospères. Une telle approche, fait-on va- encore les Etats et les sociétés qui s’inquiètent de
loir, générerait d’énormes bénéfices pour les pays l’idée d’une immigration à grande échelle et

17
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

continue, en particulier si les nouveaux arrivants réaliser un meilleur équilibre entre l’offre et la
ont des origines ethniques, culturelles ou reli- demande de travail migrant. Elle assurerait aux
gieuses différentes de la majorité des citoyens. citoyens des pays du Sud un meilleur accès aux
Le recours à grande échelle aux travailleurs mi- marchés du travail du Nord et leur permettrait
grants ne sera pas promu par les gouvernements de contribuer au développement de leur propre
s’il est perçu comme un menace pour la cohé- pays. Elle aiderait les pays industrialisés à relever
sion sociale ou le succès électoral. leur défi démographique émergent et permet-
29. Finalement, certains des Etats industrialisés trait aux employeurs d’engager les travailleurs
ont comblé une partie de leurs besoins de main- dont ils ont besoin. Une libéralisation bien ré-
d’œuvre supplémentaire (surtout la main gulée du marché du travail mondial serait égale-
d’œuvre peu rémunérée et flexible pouvant être ment préférable à la situation actuelle où les
déployée pour occuper les emplois que rejette la pénuries sur le marché du travail sont en partie
population locale) en fermant les yeux sur l’em- comblées par l’immigration irrégulière et le tra-
bauche de migrants ayant un statut irrégulier. vail au noir.
En effet, la récente augmentation des migrations
irrégulières et leur tolérance partielle par les Etats, Pays traditionnels d’immigration
ainsi que l’introduction de programmes pério- 31. Il est cependant nécessaire d’examiner quelle
diques de régularisation des travailleurs non auto- forme pourraient prendre de telles migrations
risés, peuvent être considérés, à certains égards, régulées. Il semble certain que les pays tradition-
comme une libéralisation de facto du marché nels d’immigration tels que l’Australie, le Canada,
mondial du travail. La Commission souligne sa les Etats-Unis et la Nouvelle Zélande, maintien-
préoccupation à propos de cette situation et rap- dront leur tradition d’accorder des droits
pelle aux États qu’il est dans leur intérêt de veiller permanents de résidence et une prompte natu-
à ce que leur demande de main-d’œuvre étran- ralisation aux personnes qui sollicitent l’admis-
gère soit satisfaite d’une manière autorisée et sion, que ce soit pour des raisons humanitaires,
organisée. de compétences ou de regroupement familial. La
Commission approuve de tels programmes, re-
Programmes de migration permanente
connaissant la contribution qu’ils apportent à la
ou temporaire croissance économique des pays de destination
et le rôle qu’ils jouent en répondant aux besoins
Les Etats et le secteur privé devraient économiques, sociaux et de protection des mi-
envisager l’option d’une mise en place de
grants concernés. Elle estime aussi que ces pro-
programmes de migration temporaire
judicieusement conçus pour répondre aux grammes assurent un contexte favorable à
besoins économiques des pays d’origine et l’intégration des migrants dans la société.
de destination. 32. Les programmes de migration permanente
ont cependant leurs limites. En premier lieu,
30. Le monde tirerait des profits substantiels l’opinion publique et politique de nombreux pays
d’une libéralisation bien régulée du marché mon- industrialisés est actuellement hésitante devant
dial du travail. Une telle approche contribuerait la perspective d’une immigration accrue, et cette
à la croissance de l’économie mondiale et per- frilosité risque de se révéler particulièrement forte
mettrait à la communauté internationale de en ce qui concerne les programmes de migra-

18
Un monde de travail : Les migrants dans un marché du travail globalisé

tion permanente. En second lieu, comme on le cace de telles initiatives. Des efforts particuliers
verra plus en détail au chapitre suivant, les pays doivent être faits pour tirer profit des connais-
en développement s’attendent à retirer plus de sances de pays tels que les Philippines, qui ont
profit de la migration temporaire ou circulaire une grande expérience de l’apport massif de
de leurs citoyens que de leur départ permanent. migrants temporaires sur le marché mondial du
travail. Les questions suivantes, en particulier,
doivent être examinées avec soin :
Migration depuis les Philippines
Le travail à l’étranger représente aujourd’hui une • informer les migrants temporaires de leurs
part essentielle de l’économie des Philippines. Fin droits et de leurs conditions d’emploi avant
2003, plus de 7,7 millions de Philippins vivaient à
l’étranger, de façon temporaire ou permanente.
leur départ du pays d’origine, et notamment
En 2004, ces migrants ont envoyé au moins 8,5 de leur obligation de retourner dans ce pays
milliards de dollars sous forme de transferts de une fois leur contrat arrivé à expiration ;
fonds à leur pays.
• veiller à ce que les migrants reçoivent le même
traitement que les nationaux en matière de ré-
Conception de programmes efficaces de munération, d’horaires de travail, de soins de
migration temporaire
santé et d’autres droits à prestations;
33. Il serait utile que pays d’origine et pays de
• autoriser les migrants temporaires à changer
destination amorcent un dialogue sur la mise en
d’emploi pendant la durée de leur permis de
place de nouveaux programmes de migration
travail, ceci devant leur permettre de s’adapter
temporaire de travailleurs qui permettraient aux
aux fluctuations du marché du travail et de ne
citoyens des premiers de travailler dans les se-
pas dépendre d’employeurs peu scrupuleux ;
conds durant une période déterminée et selon
des conditions convenues. La Commission est • offrir aux femmes l’égalité d’accès aux pro-
pleinement consciente, en faisant cette recom- grammes de migration temporaire de main
mandation, des réserves qui ont été exprimées à d’œuvre ;
propos de tels programmes, à savoir : le risque • suivre la mise en œuvre des permis de travail
de créer une catégorie de travailleurs de seconde et contrats accordés aux migrants temporai-
classe, les conséquences négatives que comporte res, en vue de mettre sur liste rouge les pays et
la séparation des travailleurs migrants et de leur les employeurs qui ne respectent pas les dis-
famille, ; le risque de voir des migrants tempo- positions de ces documents ;
raires chercher à rester dans le pays où ils tra-
• poursuivre en justice les employeurs qui en-
vaillent alors que le moment de retourner chez
gagent des travailleurs migrants sans permis
eux est arrivé et la possibilité que des employeurs
de travail en cours de validité et permettre le
continuent d’employer des migrants non auto-
rapatriement des migrants qui continuent de
risés qui sont prêts à accepter des salaires et con-
travailler après l’expiration de leur permis ;
ditions inférieurs.
34. Plutôt que de rejeter les programmes de • soumettre à licence et réglementer les activi-
migration temporaire en raison des difficultés tés des recruteurs de travailleurs migrants
liées à leur mise en place, les Etats, employeurs, temporaires ;
syndicats et autres acteurs concernés devraient • accorder aux migrants temporaires des visas
concentrer leur attention sur la conception effi- qui leur permettront de voyager aisément en-

19
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

tre le pays où ils travaillent et leur pays d’ori- 37. Gouvernements, employeurs et syndicats
gine, pour les aider à rester en contact avec devraient examiner cette question de façon plus
leur famille et leur communauté ; approfondie. Afin de progresser plus rapidement,
• soutenir la réintégration des migrants tempo- pays d’origine et pays de destination devraient
raires dans leur pays lorsque leur période d’em- entamer des concertations bilatérales à ce sujet,
ploi est arrivée à expiration et qu’ils doivent en veillant à aborder les dispositions relatives aux
rentrer dans leur pays d’origine. droits à prestations de santé et de retraite. Dans
le même temps, il est nécessaire de renforcer l’in-
formation sur cette question, afin de parvenir à
Transfert des droits à des prestations de une meilleure compréhension des options pos-
retraite et à la sécurité sociale sibles et de mesurer leur impact sur les décisions
35. Un autre point à considérer en rapport avec individuelles en matière de migration et de
les programmes de migration temporaire de main retour au pays.
d’œuvre concerne le transfert des droits à des
prestations de retraite et à la sécurité sociale. Mouvement des prestataires de services
D’après les recherches effectuées pour la Com-
mission, la majorité des migrants rencontrent des Les négociations du mode 4 de l’AGCS sur
obstacles majeurs en ce qui concerne la le mouvement des prestataires de services
devraient être amenées à une conclusion
transférabilité de leurs droits à des prestations heureuse. En raison des liens qui existent
de retraite et pour soins de santé. Moins de 25 entre le commerce international et les mi-
% des migrants internationaux travaillent dans grations internationales, des efforts plus
des pays liés par des accords bilatéraux ou multi- conséquents devraient être faits pour en-
latéraux sur la sécurité sociale. De plus, ces ac- courager un dialogue entre responsables et
cords n’offrent pas forcément la transférabilité experts traitant de ces deux questions.
des droits à prestations pour soins de santé
36. Cette situation entraîne un certain nombre 38. Le discours récent sur l’avenir de la migra-
de conséquences négatives. Les travailleurs mi- tion de travailleurs révèle un intérêt considéra-
grants temporaires qui cotisent pour les régimes ble pour les négociations du mode 4 de l’AGCS.
de retraite et de sécurité sociale sans pouvoir en L’Accord général sur le commerce et les services
bénéficier à leur retour au pays seront fortement (AGCS) est un accord-cadre multilatéral s’appli-
tentés de travailler dans le secteur informel de quant à tous les membres de l’Organisation
l’économie, où leurs salaires ne sont pas soumis mondiale du commerce (OMC). Cet accord
à ces déductions. C’est aussi une contre- comprend des règles voulant que les Etats s’en-
incitation à rentrer dans leur pays une fois leur gagent à ouvrir certains secteurs de services à des
période de travail arrivée à expiration. Inverse- prestataires étrangers. Le mode 4 de l’AGCS con-
ment, les migrants temporaires qui pourront cerne la fourniture de services par un citoyen d’un
accéder à ces prestations dans leur pays d’origine État membre de l’OMC sur le territoire d’un
seront bien placés, en rentrant chez eux, pour y autre État membre.
avoir un niveau de vie décent et investir dans 39. Les négociations du mode 4 de l’AGCS ont
leur propre société. engendré diverses attentes, l’une d’elles étant que
cet accord représente une première étape vers la

20
Un monde de travail : Les migrants dans un marché du travail globalisé

libéralisation du marché du travail. Selon les te- Commission apprécie les efforts récents pour pro-
nants de ce point de vue, l’accord pourrait, en mouvoir un dialogue sur le mode 4 de l’AGCS,
définitive, ouvrir aux travailleurs professionnels réunissant ceux qui travaillent dans le domaine
et semi-qualifiés des pays en développement, des migrations internationales et ceux qui se spé-
l’accès à des possibilités d’emploi dans les pays cialisent dans le commerce international. Les
industrialisés. Les pays en développement ont attentes que peut susciter ce processus doivent
cherché à parvenir à ce résultat durant le cycle cependant demeurer modestes, sachant que de
de négociations commerciales de Doha, tandis nombreux Etats restent circonspects en ce qui
que les pays industrialisés ont concentré leurs concerne la libéralisation du marché mondial du
efforts sur la libéralisation d’un autre élément de travail.
l’accord (le mode 3 du commerce des services)
afin que leurs banques, compagnies d’assuran- Mobilité du personnel hautement qualifié
ces et autres prestataires de services puissent plus
facilement implanter des filiales et vendre des Gouvernements et employeurs devraient
examiner conjointement les obstacles
services aux consommateurs dans les pays en
actuels à la mobilité du personnel haute-
développement. ment qualifié, en vue de supprimer ceux qui
40. Ces négociations n’ont sans doute pas eu un entravent inutilement la compétitivité éco-
impact immédiat sur les politiques migratoires nomique.
internationales. Le mode 4 de l’AGCS concerne
expressément les « prestataires de services », les- 42. Les entreprises privées ont depuis longtemps
quels ne représentent qu’un faible pourcentage reconnu l’importance du développement et du
des personnes qui franchissent les frontières na- déploiement de talents du monde entier. Cepen-
tionales pour des motifs de travail. Les Etats les dant, les décideurs politiques au sein des gou-
plus prospères ne désirent manifestement pas que vernements ont dû tenir compte d’autres priorités
la question de la fourniture de services soit asso- et ont eu tendance à adopter une attitude ambi-
ciée aux questions plus larges de la migration de guë envers les mouvements du personnel haute-
travailleurs. ment qualifié. Délibérément ou non, des
41. La Commission encourage la poursuite des obstacles importants au recrutement et à la
négociations du mode 4 de l’AGCS. Les services relocalisation du personnel étranger ont été
représentent aujourd’hui 70 % du PIB des pays érigés.
industrialisés et la croissance du commerce in- 43. Cette question prend une importance gran-
ternational des services promet l’apport de bé- dissante. Les dix plus grandes entreprises du
néfices substantiels à l’économie mondiale. Les monde emploient aujourd’hui plus de trois mil-
arrangements qui sont pris pour le mouvement lions de personnes et adoptent de plus en plus
des prestataires de services pourront aider à éta- un mode de pensée global en ce qui concerne le
blir des principes ou des ententes pertinents pour recrutement, la recherche, la production et les
le débat sur la question plus large de la migra- ventes. Dans ce contexte, la nationalité d’un
tion de travailleurs. Soucieuse de faire en sorte employé n’est pertinente que dans la mesure où
que la communauté internationale reconnaisse elle permet à cette personne d’être envoyée dans
les liens étroits qui existent entre les migrations un pays où ses compétences sont recherchées ou
et d’autres problématiques mondiales, la l’en empêche.

21
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

44. Le personnel hautement qualifié apporte une lations des pays pauvres. Par ailleurs, elle ne con-
contribution importante à la compétitivité des sidère pas que ce défi relève directement de son
entreprises et à l’expansion de l’économie mon- mandat. Néanmoins, elle manquerait à ses
diale, de sorte qu’il est nécessaire de faciliter sa devoirs si elle n’évoquait pas ce problème vu ses
mobilité. C’est un souci légitime des Etats de énormes implications pour l’avenir des migra-
protéger leurs citoyens contre la concurrence tions internationales. Il est nécessaire et urgent
déloyale d’étrangers et il est évident qu’ils conti- que des politiques efficaces soient mises en place
nueront à agir sur cette base. Cela étant, les gou- pour fournir des emplois et des possibilités
vernements et le secteur privé devraient examiner d’études, de formation et d’investissement aux
conjointement les entraves existantes à la mobi- femmes et aux hommes des pays en développe-
lité professionnelle, en vue d’éliminer celles qui ment. Les politiques de migration ne pourront
empêchent les entreprises de déployer les bon- pas à elles seules remédier aux pressions qui amè-
nes personnes au bon endroit et au bon moment. nent les gens à chercher du travail au-delà des
frontières de leur propre pays.

Créer des emplois et des moyens de


subsistance dans les pays d’origine Étapes vers le développement
De plus grands efforts devraient être faits 47. La création d’emplois et de moyens de sub-
pour créer des emplois et des moyens de sistance dans les pays à faible revenu doit être
subsistance durables dans les pays en déve-
considérée comme une responsabilité partagée,
loppement, afin que les citoyens de ces pays
ne se sentent pas contraints de migrer. Pays les pays d’origine et de destination agissant
en développement et pays industrialisés comme partenaires égaux partageant droits et
devraient poursuivre des politiques écono- responsabilités dans un effort commun pour re-
miques et mettre en œuvre les engage- lever le défi du développement. Une étape de ce
ments qui permettront d’atteindre cet processus doit amener les pays d’origine à assu-
objectif. mer leur responsabilité concernant le bien-être
de leurs citoyens, en créant les conditions dans
45. Il a été avancé dans ce chapitre que des pro- lesquelles ceux-ci pourront subvenir à leurs
grammes de migration permanente ou tempo- besoins, exercer leurs droits humains, réaliser leur
raire contribueraient à créer un meilleur équilibre potentiel et satisfaire leurs aspirations dans leur
entre l’offre et la demande de travailleurs propre pays. Tel n’est pas le cas actuellement.
migrants. Il est cependant évident que de tels D’après la Banque mondiale, des pays en déve-
programmes ne constituent pas une réponse loppement ayant collectivement une population
efficace à la crise mondiale de l’emploi. Dans les de quelque deux milliards d’habitants sont de
conditions existantes le nombre de personnes plus en plus à la traîne dans leur quête de déve-
cherchant à émigrer des pays pauvres continuera loppement et risquent d’être marginalisés dans
d’excéder la demande de leurs services dans des l’économie mondiale, hormis comme source de
pays plus prospères. migrants.
46. La Commission ne sous-estime pas le défi 48. Il serait fallacieux de soutenir que tous les
que constitue la création d’emplois décents et de pays ont le même potentiel de développement.
moyens de subsistance durables pour les popu- Du fait de leur situation géographique, de leurs

22
Un monde de travail : Les migrants dans un marché du travail globalisé

ressources naturelles, de leur histoire et de leurs l’aide qu’ils envoient à l’étranger. En abaissant
traditions culturelles, certains pays sont mieux les prix mondiaux des produits agricoles, ces
placés que d’autres pour développer une écono- subventions font qu’il est plus difficile pour les
mie dynamique et compétitive. Cependant, un petits paysans de rester sur leurs terres, ce qui
autre facteur décisif de réussite est la nature des contribue aux migrations à l’intérieur ou en pro-
politiques menées par les Etats. A cet égard, l’his- venance des pays en développement. Le com-
toire de ces dernières années nous apprend que merce a un rôle important à jouer dans la
les pays qui investissent dans les qualifications et promotion du développement, la réduction de
les capacités de leurs citoyens, qui pratiquent une la pauvreté et la création de moyens de subsis-
économie ouverte, qui ont un système financier tance durables, et les participants aux négocia-
sain, un climat favorable à l’investissement et une tions du cycle de Doha doivent chercher à
administration honnête sont mieux en mesure maximiser les améliorations du bien-être qu’en-
de saisir les opportunités engendrées par la mon- gendre le système de commerce multilatéral.
dialisation que les pays ne possédant pas ces 51. En troisième lieu, il est essentiel que tous les
caractéristiques. membres de la communauté internationale
s’acquittent des engagements qu’ils ont déjà pris
Le développement au Maroc en matière de développement et de création
Le Maroc est un exemple de pays qui a accompli d’emplois dans les pays à faible revenu. La
récemment des progrès significatifs dans son Déclaration du Millénaire de l’an 2000, par
développement économique et social. D’après la
Banque mondiale, le produit national brut par
exemple, affirme que les Etats formuleront et
habitant du Maroc a plus que doublé depuis les appliqueront « des stratégies qui donnent aux
années 1970, passant de 550 $ à $ 1190 $ par an. jeunes partout dans le monde une chance réelle
L’espérance de vie moyenne est passée de 55 ans de trouver un travail décent et utile » et s’effor-
en 1970 à 68 ans en 2001, tandis que le nombre
moyen de naissances par femme tombait de 6,3 à
ceront d’atteindre les Objectifs du Millénaire
2,8 au cours de la même période. pour le Développement, lesquels comprennent,
notamment, la réduction de moitié de la pro-
portion de la population dont le revenu est infé-
49. Une deuxième étape doit être que les pays rieur à un dollar par jour, la suppression des
prospères – en particulier ceux qui s’inquiètent inégalités entre filles et garçons dans les études
du nombre de personnes qui arrivent sur leur primaires et secondaires et l’accès des pays en
territoire de façon irrégulière – reconnaissent les développement aux nouvelles technologies de
incidences de leurs politiques sur les dynamiques l’information et des communications.
migratoires internationales. Il y a, par exemple,
52. En adoptant le Consensus de Monterrey, en
un consensus grandissant pour considérer qu’une
2002, les Etats étaient résolus à « éliminer la pau-
réforme du commerce aurait un plus grand im-
vreté, améliorer la situation sociale et élever le
pact sur le bien-être des personnes vivant dans
niveau de vie » ainsi qu’à poursuivre des « politi-
les pays à faible revenu que tout accroissement
ques d’intervention directe sur le marché du
de l’aide que ceux-ci reçoivent.
travail […] pouvant contribuer à la création
50. Les pays riches du monde dépensent plus de d’emplois et à l’amélioration des conditions de
300 milliards $ par an en subventions agricoles, travail. » Plus récemment, le Nouveau partena-
ce qui représente plus de six fois le montant de riat pour le développement de l’Afrique

23
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

(NEPAD), une initiative des Etats africains sou-


tenue par l’Union européenne (UE) et les pays
du G8, s’est engagé à « renforcer et retenir [sur le
continent] les capacités humaines nécessaires au
développement de l’Afrique » ainsi qu’à promou-
voir la « croissance économique, le développe-
ment et l’augmentation des emplois ». Pour la
formulation de politiques migratoires cohéren-
tes, il est indispensable de réduire l’écart entre
ces engagements et leur mise en œuvre.

24
CHAPITRE DEUX

Migrations et développement:
réaliser le potentiel de la mobilité des personnes
Le rôle que jouent les migrants dans la promotion du développement et
la lutte contre la pauvreté dans leur pays d’origine, ainsi que la contribution qu’ils
apportent à la prospérité du pays de destination, doivent être reconnus et
soutenus. Les migrations internationales doivent devenir partie intégrante des
stratégies de croissance économiques nationales, régionales et mondiales, tant
dans le monde développé que dans le monde en développement.

1. Les questions de migrations internationales, pays assurent un environnement favorable à la


de croissance économique et de développement croissance économique. Les migrations aident à
sont reliées de diverses manières. En premier lieu, limiter le niveau de chômage et de sous-emploi
comme il a été expliqué au précédent chapitre, dans les pays où l’offre de main d’œuvre est
les déficits de développement, en particulier le excédentaire. Les migrants et les associations des
manque d’emplois et de moyens de subsistance diasporas effectuent des investissements finan-
durables, sont parmi les raisons les plus impor- ciers et autres dans leurs pays d’origine, renfor-
tantes pour lesquelles des gens émigrent de leur çant l’économie, apportant de nouvelles idées et
pays. En deuxième lieu, les migrations interna- améliorant la compréhension entre pays d’ori-
tionales contribuent au développement des pays gine et de destination. Lorsque les migrants
de destination en comblant les pénuries de per- retournent chez eux, temporairement ou dura-
sonnel, en fournissant des qualifications essen- blement, ils amènent de nouvelles compétences,
tielles et en apportant un dynamisme social, de nouvelles expériences et de nouveaux contacts,
culturel et intellectuel aux sociétés dans lesquel- qui sont des atouts vitaux dans une économie
les les migrants s’établissent. Un troisième lien, mondiale, toujours plus fondée sur le savoir.
sur lequel sera centré ce chapitre, est l’impact 3. Cependant, les migrations signifient aussi le
qu’ont les migrations sur la croissance, le déve- départ des citoyens les plus brillants d’un pays,
loppement et la réduction de la pauvreté dans les plus entreprenants et ayant le plus haut
les pays d’origine. niveau d’études. Ceci prive l’Etat de revenus et
2. Les migrants apportent une contribution empêche les pays d’origine de profiter d’un re-
économique, politique, sociale et culturelle pré- tour rapide sur l’investissement consacré à l’édu-
cieuse aux sociétés qu’ils laissent derrière eux. Les cation et à la formation de ces personnes. Ce qui
fonds qu’ils chez eux jouent un rôle important est le plus grave, lorsqu’il s’agit du départ de pro-
dans la réduction de la pauvreté dans les pays fessionnels des secteurs de la santé et de l’éduca-
d’origine et peuvent aussi soutenir le processus tion, la migration peut compromettre la
de développement si les gouvernements de ces fourniture et la qualité de services essentiels.

25
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

4. Le défi, aujourd’hui, consiste à formuler des nées, la migration internationale représente une
politiques qui maximisent les effets positifs des possibilité d’ascension sociale, un effort pour
migrations sur les pays d’origine tout en limi- réaliser leur potentiel, accroître leur revenu,
tant leurs conséquences négatives. Pour attein- améliorer leur niveau de vie et parfaire leurs
dre cet objectif, les migrations doivent s’inscrire connaissances.
dans des stratégies de développement nationa- 6. Tous les Etats devraient consacrer des inves-
les, régionales et mondiales. La Commission tissements substantiels à l’éducation et à la
s’inquiète de ce que les migrations ne soient formation de leurs citoyens afin d’accroître la
généralement pas considérées comme partie in- compétitivité de leur économie. Si celle-ci n’est
tégrante de l’agenda du développement et que pas en mesure d’absorber toutes les personnes
les récentes initiatives de développement ne tien- qui ont acquis des compétences professionnel-
nent pas toujours compte des migrations inter- les, ces personnes pourront contribuer au déve-
nationales. Elle constate aussi que de nombreux loppement de leur pays en migrant, en envoyant
pays en développement n’ont pas la capacité de des fonds chez eux, en retournant temporaire-
forger ce lien entre migrations et développement. ment ou durablement dans leur pays d’origine
Il est dans l’intérêt de tous les Etats qu’une et en rapportant les connaissances acquises à
approche différente soit adoptée. Les pays en l’étranger. Comme il a été préconisé au premier
développement doivent s’adapter aux réalités chapitre, les programmes de migration tempo-
d’une économie mondiale concurrentielle et des raire de main d’œuvre ont un rôle important à
politiques migratoires cohérentes font partie jouer dans la concrétisation de ces effets positifs
intégrante de ce processus. de la mobilité internationale.
7. Pour de nombreux pays, cependant, le
Migration de professionnels départ de travailleurs essentiels possédant des
Des relations de coopération entre les pays compétences professionnelles peut avoir des con-
riches en main-d’œuvre et pauvres en main- séquences négatives sur la société et l’économie
d’œuvre sont nécessaires pour promouvoir et il représente une perte sérieuse pour les Etats
la formation de capital humain et le déve- qui ont consacré des investissements considéra-
loppement d’un vivier mondial de profes- bles à leur instruction et à leur formation. Dans
sionnels qualifiés. Une rémunération, des de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, par
conditions de travail et des perspectives de
carrière convenables pour retenir le person-
exemple, le départ de travailleurs essentiels a
nel clé doivent faire partie intégrante de ces sérieusement compromis la fourniture des soins
stratégies. de santé aux populations locales, en particulier
aux habitants de zones rurales isolées. Si cette
tendance devait se poursuivre, elle risquerait de
5. En réponse aux débouchés offerts par un
saper les progrès à accomplir pour atteindre les
marché du travail qui se mondialise, de plus en
Objectifs du Millénaire pour le Développement
plus de personnes possédant des compétences
en matière de santé. Cette tendance est égale-
professionnelles se déplacent pour aller travailler
ment préoccupante, même si c’est dans une
à l’étranger, aussi bien entre pays en développe-
mesure moins aiguë, dans le secteur de l’éduca-
ment que des pays pauvres vers des parties du
tion.
monde plus riches. Pour les personnes concer-

26
Migrations et developpement: Realiser le potentiel de la mobilite des personnes

pays, de sorte qu’il n’est pas évident de détermi-


Émigration de professionnels de la santé ner lequel de ces pays aurait à payer cette in-
L’émigration de professionnels de la santé a un demnisation ; secundo, il y a débat sur le point
impact majeur sur le secteur de la santé en
Afrique subsaharienne. Depuis 2000, par exemple, de savoir où cette indemnisation serait versée ;
près de 16 000 infirmières africaines ont présenté tertio, il n’y a aucune garantie que ces compen-
une candidature pour travailler en Grande- sations seraient nécessairement réinvesties dans
Bretagne. Seulement 50 médecins, sur les 600 qui la stratégie « former et retenir ». De même, il est
ont été formés depuis l’indépendance, exercent
toujours en Zambie. On estime aussi que les douteux que les codes de conduite que certains
médecins malawiens exerçant dans la ville de pays de destination ont formulés pour tenter d’in-
Manchester, dans le nord de l’Angleterre, sont troduire un certain degré d’autorégulation dans
plus nombreux que dans tout le Malawi. le recrutement de professionnels étrangers soient
efficaces. Leur impact réel reste à démontrer et
8. Former et retenir en nombres suffisants le les témoignages réunis par la Commission mon-
personnel qualifié est devenu un défi capital pour trent que les employeurs peuvent aisément
de nombreux pays en développement, défi qu’il exploiter leurs failles.
faut relever immédiatement si l’on veut éviter 11. D’autres approches sont nécessaires si l’on
une spirale de diminution des ressources humai- veut aborder cette problématique de manière
nes. En effet, lorsque certaines personnes possé- cohérente. Premièrement, il est essentiel que
dant des compétences professionnelles décident l’aide et les investissements étrangers soient diri-
de migrer, d’autres peuvent se sentir poussés à gés plus soigneusement vers les pays et les
en faire autant. secteurs tout particulièrement affectés par la perte
Former et retenir de leurs professionnels. Les programmes de co-
investissement sont un moyen d’atteindre ce but.
9. La mise en pratique de la stratégie « former
Les pays en développement ont un vaste vivier
et retenir » est une entreprise complexe, et la
de jeunes qui possèdent le potentiel voulu pour
Commission se méfie de solutions expéditives
acquérir les qualifications dont leur pays et
qui chercheraient à empêcher les professionnels
d’autres ont besoin, mais qui ne seront cepen-
hautement qualifiés de quitter leur pays pour
dant capables d’acquérir ces compétences que si
chercher de l’emploi ailleurs. Une telle approche
des ressources suffisantes sont disponibles pour
ne respecterait pas les principes des droits de
leur offrir l’instruction et la formation nécessai-
l’homme, irait à l’encontre de la mondialisation
res. Des relations de coopération entre pays
du marché du travail et serait de toute façon fort
pauvres en main-d’œuvre et riches en main-
difficile à mettre en pratique De plus, si des mi-
d’œuvre sont nécessaires pour promouvoir le
grants ont quitté leur pays sans autorisation et
co-investissement dans le processus de formation
craignent d’être pénalisés à leur retour, ils seront
de capital humain et le développement d’un
peu enclins à y retourner.
vivier mondial et mobile de professionnels. Dans
10. Les propositions appelant les pays qui recru- ce sens, la Commission salue des efforts tels que
tent des professionnels étrangers à offrir des com- ceux du Département of International Develop–
pensations financières directes aux pays d’origine ment (Royaume-Uni) qui investit dans les struc-
ne sont pas réalistes. Primo, les professionnels tures de santé en Inde et dans d’autres pays en
en question travaillent souvent dans plusieurs développement.

27
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

12. Deuxièmement, les employeurs du secteur 14. Le volume des envois de fonds des migrants
privé autant que ceux du secteur public doivent internationaux dans leur pays a connu une ex-
comprendre que les professionnels recherchent pansion remarquable. Bien qu’il soit difficile
souvent un travail à l’étranger ou se déplacent d’obtenir des chiffres précis, la Banque mondiale
pour changer d’emploi dans leur pays parce que estime à 150 milliards $ le montant total des
leur salaire, leurs conditions de travail et leurs fonds transférés par des moyens réguliers en
perspectives professionnelles actuelles sont mi- 2004, ce qui représente une augmentation de 50
sérables. C‘est spécialement le cas des femmes, % en cinq ans seulement. Près de la moitié de
cantonnées dans des professions telles que les ces remises sont transférées entre pays en déve-
soins infirmiers et l’enseignement, qui ont ten- loppement. Il est à noter aussi que les migrantes
dance à être sous-estimées, et souvent soumises et migrants qui ont de petits salaires transfèrent
à des discriminations de genre et au harcèlement parfois une plus grande proportion de leur
sur leur lieu de travail. Les entreprises et institu- revenu que les autres migrants.
tions des pays en développement ont l’obliga- 15. Selon les estimations de l’ONU, les princi-
tion d’être de bons employeurs, de réévaluer les paux pays receveurs de transferts de fonds étaient
approches traditionnelles des professions de ser- en 2004 le Mexique (16 milliards $ par an), l’Inde
vices sociaux et d’offrir pour l’épanouissement (9,9 milliards $) et les Philippines (8,5 milliards
des talents du cru un meilleur contexte que beau- $), quoique les remises représentaient une beau-
coup ne l’on fait jusqu’ici. coup plus grande part du PIB dans des petits
13. Troisièmement, il faut que les pays qui re- pays tels que la Jordanie (23 %), le Lesotho
crutent actuellement du personnel qualifié de (27 %) ou Tonga (37 %). Par rapport aux autres
l’étranger entreprennent de mieux planifier les régions en développement, c’est l’Afrique
effectifs et investissent davantage dans la forma- subsaharienne qui reçoit le moins de remises,
tion de leurs propres citoyens pour combler les représentant seulement 1,5 % du total mondial
pénuries, imminentes ou prévisibles, de leur de ces transferts de revenus.
marché du travail national. Il est irresponsable 16. Les transferts de fonds des migrants repré-
que les pays les plus prospères du monde ignorent sentent aujourd’hui près du triple de l’aide pu-
ces responsabilités et recherchent une solution blique au développement (APD) accordée aux
rapide à leurs problèmes de ressources humaines pays à faible revenu et elles constituent la
par le biais du recrutement actif de profession- deuxième source de financement extérieur pour
nels provenant des régions en développement. les pays en développement après l’investissement
direct à l’étranger (IDE). De manière significa-
Faciliter les transferts de fonds tive, les ces remises de fonds ont tendance à être
des migrants plus prévisibles et stables que l’IDE ou l’APD.
Les remises de fonds représentent de l’ar- Elles ont continué d’augmenter durant la crise
gent privé et les Etats ne devraient pas se financière asiatique, par exemple, même lorsque
les approprier. Les gouvernements et les les flux de l’IDE diminuaient. Cela n’est pas un
institutions financières devraient faciliter les cas isolé. Il ressort d’éléments recueillis par la
transferts de revenus en allégeant les coûts, Banque mondiale que lorsqu’un pays rencontre
ce qui encouragera les migrants à utiliser
des difficultés politiques ou économiques, ses
les circuits de transfert officiels.
citoyens vivant et travaillant à l’étranger soutien-

28
Migrations et developpement: Realiser le potentiel de la mobilite des personnes

nent leurs compatriotes en augmentant les Les systèmes de transfert et leur coût
sommes qu’ils envoient chez eux. 19. Un certain nombre de principes doivent être
17. Dans de nombreux pays récepteurs de trans- respectés pour que l’impact des remises sur le
ferts de fonds, ces remises représentent développement et la réduction de la pauvreté soit
aujourd’hui un pivot de leur économie natio- maximisé. Premièrement, il est impératif que le
nale et locale. Les fonds transférés par des moyens caractère privé de ces fonds, qui appartiennent
réguliers peuvent être une importante source de aux migrants et à leurs familles, soit reconnu. L’État
devises pour les pays qui les reçoivent, augmen- ne devrait donc ni se les approprier, ni les soumet-
ter la capacité du secteur financier, aider à attirer tre à des réglementations officielles indues.
des investissements ultérieurs et faciliter l’obten- 20. Deuxièmement, la Commission souligne for-
tion de prêts garantis par l’État. tement la nécessité de réduire les coûts des trans-
18. Les remises de fonds procurent manifeste- ferts de fonds, qui sont parfois scandaleusement
ment les bénéfices les plus directs et immédiats élevés— jusqu’à 25 % de la somme transférée.
aux personnes qui les reçoivent, dont beaucoup, L’introduction d’une meilleure technologie est
selon la Banque mondiale, sonjt parmi les mem- un des moyens de réduire les coûts de transfert
bres les plus pauvres de la société. Elles aident et les systèmes de transfert électroniques peuvent
leurs bénéficiaires à sortir de la pauvreté, aug- aider à les sécuriser.
mentent et diversifient les revenus familiaux, 21. Un autre moyen de réduire les coûts serait
constituent une assurance contre les risques, per- de favoriser une concurrence accrue au sein du
mettent aux membres d’une famille de bénéfi- système de transfert officiel, vu la propension
cier des opportunités d’éducation et de formation qu’ont les fournisseurs de services monopolisti-
et fournissent une source de capital pour la créa- ques à pratiquer des tarifs excessifs. Dans cer-
tion de petites entreprises. Lorsqu’elles sont tains pays de destination, le choix des fournisseurs
utilisées pour l’achat de biens et de services ou de services est restreint par la faible présence de
investies dans des projets communautaires ou succursales, en particulier hors des grandes
dans des entreprises exigeantes en main-d’œuvre, villes. Les banques et les services postaux déjà
elles profitent aussi à une plus large partie de la présents dans ces régions pourraient aider à com-
population que les personnes qui les reçoivent bler ce vide, en offrant aux migrants une alter-
directement de parents travaillant à l’étranger native aux services commerciaux onéreux et aux
systèmes informels d’envoi de fonds.
Transferts de fonds et revenus 22. Troisièmement, ces initiatives doivent être
des ménages combinées avec une plus grande transparence
Même si, de toutes les régions en développement,
dans le secteur des services financiers pour que
l’Afrique subsaharienne est celle qui reçoit la plus
faible proportion des transferts de fonds de les migrants puissent aisément établir une com-
migrants, ces remises y ont un très fort impact. En paraison entre les coûts pratiqués par les diffé-
Somalie, par exemple, elles doublent les revenus rents fournisseurs de services pour les transferts
des ménages, tandis qu’au Lesotho les transferts
de fonds. Une réforme du secteur financier per-
financiers représentent 80 % des revenus des
ménages ruraux. mettrait de libérer ce potentiel. Les associations
de migrants et les institutions de la société civile
ont aussi un rôle important à jouer en la

29
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

matière, en recueillant, analysant et diffusant les considère pas qu’une distinction nette puisse être
informations pertinentes sur les différents servi- établie entre les incidences des remises sur le dé-
ces de transfert que peuvent utiliser les person- veloppement et sur la réduction de la pauvreté.
nes qui souhaitent envoyer des fonds. Que les fonds soient utilisés pour des investisse-
23. Quatrièmement, des programmes de forma- ments ou pour la consommation, ils apportent
tion de base en matière financière devraient être des bénéfices importants aux ménages, aux com-
mis en place pour aider les migrants à mieux munautés et aux pays qui les reçoivent. Ceci dit,
comprendre les systèmes bancaires officiels de le volume des remises reçues par de nombreux
leur pays d’accueil et à y accéder. Dans le même pays d’origine est aujourd’hui si élevé, tant en
temps, le développement de coopératives de cré- termes absolus qu’en comparaison d’autres sour-
dit et d’institutions de microfinance ayant une ces financières, qu’il est primordial de canaliser
assise communautaire constitue un autre moyen leur potentiel pour la promotion d’une croissance
d’étendre les services financiers aux régions économique durable.
rurales éloignées dans les pays d’origine. 26. Pour atteindre cet objectif, migrants et bé-
24. En plus de générer des flux accrus de trans- néficiaires des transferts doivent être en mesure
ferts à moindres coûts, de telles initiatives seront de prendre des décisions bien fondées concer-
aussi une incitation à utiliser les systèmes offi- nant l’utilisation de ces ressources. Foyers et com-
ciels d’envoi de fonds. Dans certains pays, seule- munautés dans les pays d’origine devraient être
ment la moitié des fonds transférés passe par les aidés, par une formation adéquate et l’accès à
voies bancaires officielles parce que les migrants des facilités de microcrédit, à faire bon usage des
sont découragés de les utiliser par la complexité fonds transférés. Certaines études indiquent que
des procédures, les tarifs élevés et les taux de ce sont les femmes qui font l’usage le plus effi-
change peu favorables. Les transferts de fonds cace des remises de fonds, raison pour laquelle il
officiels et enregistrés sont préférables aux mou- faudrait faire des efforts particuliers pour que de
vements informels, parce qu’ils réduisent le telles initiatives ciblent les femmes. Une option
risque d’exploitation des migrants et des bénéfi- supplémentaire est de permettre aux migrants
ciaires par des réseaux clandestins de blanchiment d’exercer un plus grand contrôle sur l’utilisation
d’argent. des fonds qu’ils transfèrent, en leur offrant des
possibilités d’acheter directement des biens ou
des services, plutôt que de laisser ce type de tran-
Maximiser l’impact des transferts de sactions entre les mains de membres de leur famille.
fonds sur le développement
27. Les associations de citoyens d’une même ville
Les mesures visant à encourager les remi- natale et les organismes des diasporas peuvent
ses de fonds et leur investissement doivent jouer un rôle important en rassemblant des fonds
être combinées à des politiques macro-éco- et en les transférant collectivement vers leur lieu
nomiques favorisant la croissance et la com-
d’origine, pour qu’ils soient utilisés dans des
pétitivité dans les pays d’origine.
projets d’infrastructures ou d’autres projets qui
profiteront à des communautés plutôt qu’aux
25. La Commission tient à souligner l’impor- ménages individuellement. Il est également pos-
tance d’une optimisation de l’impact des trans- sible de combiner ces transferts de fonds collec-
ferts de fonds dans les pays d’origine. Elle ne tifs à des fonds de contrepartie provenant de

30
Migrations et developpement: Realiser le potentiel de la mobilite des personnes

sources publiques ou d’organismes de dévelop- 31. Troisièmement, les remises de fonds ont leurs
pement. Pourtant, le bilan de ces initiatives est propres contraintes et limites. Il ressort des ob-
mitigé. La Commission recommande qu’elles servations que plus les migrants ont vécu long-
soient bien évaluées, pour pouvoir tirer des temps à l’étranger, moins ils envoient de fonds
enseignements de l’expérience. dans leur pays d’origine. Les émigrants de
28. La Commission reconnaît les efforts que font deuxième génération sont moins enclins que leurs
des organisations telles que la Banque mondiale, parents à faire des transferts. Dans certains pays
la Banque interaméricaine de développement et dont de nombreux citoyens travaillent à l’étran-
d’autres banques de développement régionales ger, la réception de flux considérables de trans-
pour étudier, analyser et proposer un cadre stra- ferts risque en fait d’être une désincitation à
tégique pour la réforme du secteur financier et l’introduction de réformes qui constitueraient
l’investissement productif des transferts de fonds une base plus efficace pour une croissance éco-
des migrants. Ces organismes devront poursui- nomique durable. De plus, les bénéfices des trans-
vre ce travail en appuyant les Etats dans la for- ferts de fonds ne sont pas également partagés et
mulation et l’application de politiques visant à peuvent accentuer les disparités socio-économi-
promouvoir l’utilisation efficace de ces transferts. ques entre les différentes familles, communautés
et régions dans les pays d’origine. Leur réception
peut aussi créer une « culture de migration » dans
Un environnement porteur
les pays d’émigration, du fait de laquelle les jeunes
29. Si tous les efforts doivent être faits pour maxi- pourraient concevoir des espoirs disproportionnés
miser l’impact que les transferts de fonds des quant aux perspectives de départ à l’étranger.
migrants ont sur le développement, il faut exa- Compter sur des envois de fonds peut aussi être
miner la question dans son contexte. Première- pour certains une désincitation au travail.
ment, il est essentiel de reconnaître que l’impact
32. Finalement, quand on calcule les avantages
des remises sur le développement dépendra lar-
économiques des transferts de fonds, il faut pren-
gement de la qualité de la gouvernance dans les
dre en compte divers aspects négatifs. En pre-
pays d’origine et des politiques macro-économi-
mier lieu les coûts d’opportunité liés au fait que
ques menées par les États. Sans des systèmes
les revenus des migrants sont largement dépen-
financiers sains, des monnaies stables, un climat
sés dans les pays de destination privent les pays
favorable à l’investissement et une administra-
d’origine du stimulus d’une demande qui encou-
tion honnête, même la réception de transferts à
ragerait la croissance de leur économie. En
grande échelle et sur longue durée aurait peu de
deuxième lieu, lorsque des migrants (maris et
chances de contribuer à une croissance durable.
femmes, pères et mères, fils et filles) décident de
30. Deuxièmement, le volume croissant des quitter leur foyer et leur communauté pour aller
transferts de fonds des migrants et la forte visi- travailler à l’étranger, cela peut avoir des coûts
bilité qu’ils ont eue ces dernières années pour- sociaux élevés. Il y a aussi des raisons de penser
raient donner l’impression qu’ils peuvent être un que les pressions pour l’envoi de fonds peuvent
substitut efficace à l’IDE. C’est une vision que faire peser un poids financier et psychologique
ne partage pas la Commission, qui réitère sa con- considérable sur les migrants, en particulier ceux
clusion concernant la nature privée des fonds qui n’ont’ pas d’autre choix que de travailler dans
reçus. l’insécurité en occupant des emplois mal payés.

31
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Diasporas et développement
Associations de citoyens d’une même
Les diasporas devraient être encouragées ville natale
à promouvoir le développement en écono- Les associations de citoyens d’une même ville
misant et en investissant dans les pays d’ori- natale du Mexique ont une longue histoire – les
gine et en participant à des réseaux de plus connues ont été créées dans les années
connaissances transnationaux. cinquante. Il en existe actuellement plus de 600
dans 30 villes des Etats-Unis. Elles apportent leur
appui pour les travaux publics dans leur ville ou
33. Les pays d’origine peuvent retirer des avan- leur région d’origine, notamment en finançant la
tages considérables de la mise à profit des talents construction d’infrastructures (p. ex. construction
et réaménagement de routes), en donnant du
et des ressources des populations des diasporas,
matériel (p. ex. ambulances et équipement
dont la taille et l’importance se sont sensible- médical) et en promouvant l’éducation (p. ex. par
ment accrues du fait de l’expansion récente des des programmes de bourses d’études, la
migrations internationales. De nombreux pays construction d’écoles ou l’apport de fournitures
scolaires).
ont aujourd’hui une proportion considérable de
leurs citoyens qui vivent et travaillent à l’étran-
ger, et ces migrants se réunissent souvent en 35. La Commission se réjouit de l’impact positif
associations.. des organismes des diasporas et autres associa-
34. Ces associations prennent diverses formes. Ce tions de migrants qui s’engagent de manière cons-
sont par exemple, comme on l’a déjà vu, des as- tructive dans des initiatives de développement
sociations de citoyens d’une même ville natale dans leur pays d’origine, en particulier par des
qui permettent aux personnes originaires d’une transferts de fonds collectifs ciblés. Un moyen
même région du pays d’origine de rester en con- de renforcer ce processus est l’apport de fonds
tact entre eux, des associations professionnelles de contrepartie par des organisations gouverne-
des organisations féminines ou des organisations mentales et non gouvernementales, à condition
basées sur des intérêts communs, tels que le sport, que ces fonds soient effectivement utilisés pour
la religion, les œuvres charitables ou le dévelop- le développement.
pement. Ces organismes collectent généralement 36. Il importe également que les organismes qui
des dons auprès de leurs membres pour les en- apportent des fonds de contrepartie s’assurent
voyer dans le pays d’origine à des fins spécifi- que les associations des diasporas ne représen-
ques, telles que la rénovation d’une école, l’achat tent pas des intérêts régionaux, politiques ou
d’un générateur ou la création d’un centre de personnels étroits. Malgré leur valeur potentielle,
jour pour les enfants dont la mère travaille. En les associations des diasporas peuvent être exclu-
plus de ces apports financiers, les organismes des sives, poursuivre dans leur pays d’origine un
diasporas participent aussi, généralement, à la vie agenda qui nourrit des divisions et même con-
politique, sociale et culturelle de leur pays et de tribuer à l’instabilité et à la prolongation de
leur communauté d’origine. conflits armés. Pour que leur impact sur le déve-
loppement soit optimisé, il est essentiel que ces
organismes respectent les droits de l’homme, la
bonne gouvernance et l’équité hommes-femmes.

32
Migrations et developpement: Realiser le potentiel de la mobilite des personnes

Réseaux de commerce, d’investissement et 39. La Commission approuve les efforts qui sont
de connaissances faits pour mobiliser les réseaux de connaissances
37. Les migrants et les associations des diasporas des diasporas, y compris les initiatives prises dans
peuvent aussi jouer un rôle important dans la le cadre du NEPAD. Une première étape de ce
promotion du commerce et de l’investissement processus est de dresser un inventaire des com-
dans leurs pays d’origine. Lorsque c’est possible pétences au sein des diasporas, objectif réalisa-
et opportun, la meilleure façon de promouvoir ble le plus efficacement en encourageant la
les investissements financiers est de permettre aux création d’organisations de professionnels issus
migrants d’ouvrir des comptes en devises étran- de l’immigration et d’autres entités de la société
gères ou de détenir des obligations libellées en civile comprenant des migrants. Une deuxième
devises étrangères dans leurs pays d’origine pour étape est de développer des programmes qui fa-
ne pas être exposés à des risques de dévaluation cilitent le transfert de compétences et de con-
s’ils y conservent leurs économies.. naissances des diasporas vers les pays d’origine.
Ceci pourrait impliquer un retour physique, sous
la forme de détachements de courte durée ou de
Les investissements des diasporas
Entre 30 et 40 millions de Chinois vivent à
séjours sabbatiques, mais il pourrait aussi s’agir
l’étranger, dans quelque 130 pays. L’OCDE estime d’un « retour virtuel » par vidéoconférence et en
qu’en 2004, les investissements de ces Chinois de employant l’Internet, ces outils devenant de plus
l’étranger en République populaire de Chine ont en plus accessibles même dans les pays les plus
représenté environ 45 % de l’IDE total du pays.
pauvres.
40. Finalement, s’il est heureux que certains pays
38. Des programmes de formation et de conseil d’origine aient reconnu et utilisé le potentiel qu’a
peuvent aussi aider les migrants à développer les leur diaspora de contribuer au développement,
compétences nécessaires dans les domaines de cette stratégie présente aussi certains risques. Le
l’entreprise et des affaires pour se lancer avec suc- développement doit commencer au sein du pays
cès dans des activités commerciales et d’investis- même. Les remises de fonds des migrants ainsi
sement. A cet égard, la Commission souligne que le commerce et les investissements des dias-
qu’elle considère que, pour que l’impact des mi- poras peuvent apporter d’importantes contribu-
grations internationales sur le développement soit tions à la croissance, mais ne doivent pas se
optimisé, les pays d’origine doivent s’efforcer de substituer à une politique économique qui dé-
créer un environnement sain pour les affaires, veloppe et met à profit les talents des citoyens
caractérisé par un cadre juridique solide, des sys- restés au pays.
tèmes bancaires efficaces, une administration
41. De plus, les migrants et les membres des dias-
publique honnête et une infrastructure matérielle
poras doivent pouvoir faire leurs propres choix
et financière opérationnelle. La Commission
en ce qui concerne la nature et la mesure de leur
salue la proposition de la Commission pour
engagement dans le développement de leur pays
l’Afrique de créer une « Facilité pour l’améliora-
d’origine. A ce propos, la Commission exprime
tion du climat de l’investissement » en Afrique
son inquiétude à propos d’actions de gouverne-
avec le soutien du G8. L’APD apportée aux pays
ments qui cherchent à imposer des exigences
d’origine par les pays plus prospères doit manifes-
indues touchant aux ressources financières ou
tement soutenir la réalisation de tels objectifs.
autres des diasporas.

33
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Retour et développement 44. Eu égard à la configuration changeante des


Les Etats et les organisations internationa- migrations internationales, la notion d’ « exode
les devraient formuler des politiques et des des cerveaux » est quelque peu dépassée car elle
programmes visant à maximiser l’impact implique qu’un migrant quittant son pays n’y
qu’ont sur le développement le retour au retournera pas. De nos jours, il faut valoriser la
pays et la migration circulaire. croissance de la mobilité des personnes en pro-
mouvant l’idée de « circulation des cerveaux »,
42. La Commission conclut que l’ancien para- selon laquelle les migrants retournent régulière-
digme de l’établissement permanent des migrants ment ou occasionnellement dans leur pays et
fait place progressivement à des migrations tem- partagent les bénéfices des compétences et des
poraires et circulaires. Chaque année, par exem- ressources qu’ils ont acquises en vivant et tra-
ple, quelque deux millions de travailleurs vaillant à l’étranger. Comme il a été recommandé
asiatiques quittent leur propre pays pour travailler aussi au chapitre précédent, les pays de destina-
au titre de contrats de courte durée dans la tion peuvent encourager la migration circulaire
région ou à l’extérieur. La Commission tient à en établissant des dispositifs qui facilitent les
souligner la nécessité de saisir les opportunités déplacements des migrants entre leurs pays
en matière de développement que cet important d’origine et de destination.
changement dans le modèle de migration offre 45. Les pays d’origine ont aussi des responsabili-
aux pays d’origine. tés importantes face à cette problématique. Leurs
43. Comme il a été expliqué au premier chapi- citoyens seront moins enclins à quitter le pays et
tre, des efforts soutenus sont nécessaires pour plus motivés pour y retourner si ce pays peut
assurer la transférabilité des prestations de re- offrir à ses citoyens une croissance économique
traite, afin que les migrants puissent retourner stable, un climat d’affaires favorable et des con-
dans leur pays et avoir accès aux ressources qui ditions de travail décentes. En créant de telles
leur sont nécessaires pour consommer et inves- conditions et en devenant plus compétitifs, les
tir. La transférabilité exige l’établissement pays d’origine n’assureront pas seulement que la
d’arrangement de mise en œuvre efficace entre migration devienne un choix plutôt qu’une né-
pays d’origine et de destination. cessité, mais ils encourageront aussi le retour et
la migration circulaire, maximiseront l’impact des
transferts de fonds et encourageront les diaspo-
ras à investir au pays.

34
CHAPITRE TROIS

Le défi de la migration irrégulière :


souveraineté des Etats et sécurité des personnes
Les Etats, dans l’exercice de leur droit souverain à déterminer
qui peut entrer et demeurer sur leur territoire, doivent s’acquitter de leur
responsabilité et de leur obligation de protéger les droits des migrants et de
réadmettre leurs ressortissants qui souhaitent ou qui sont obligés de retourner
dans leur pays d’origine. En cherchant à endiguer la migration irrégulière,
les Etats doivent coopérer activement entre eux afin que leurs efforts ne
mettent pas en danger les droits humains, notamment le droit des
réfugiés à demander l’asile. Les gouvernements doivent se concerter avec les
employeurs, les syndicats et la société civile sur la question
des migrations irrégulières.

1. Le terme « migration irrégulière » est com- 2. Le concept de migration irrégulière est traité
munément employé pour décrire une gamme de de manières très différentes selon les régions. En
phénomènes différents mettant en jeu des per- Europe, par exemple, où l’entrée de personnes
sonnes qui entrent ou demeurent dans un pays n’appartenant pas à l’Union européenne (UE)
dont ils ne sont pas citoyens en violation des lois est fortement contrôlée, il est relativement aisé
nationales. Ceci inclut les migrants qui entrent de définir et d’identifier les migrants au statut
ou restent dans un pays sans autorisation, ceux irrégulier. La situation est différente dans de nom-
qui sont victimes du trafic de migrants ou de la breux pays africains où les frontières sont poreu-
traite des personnes à travers une frontière inter- ses, où les groupes ethniques et linguistiques
nationale, les requérants d’asile déboutés qui ne chevauchent les frontières nationales, où certai-
respectent pas un ordre d’expulsion et les per- nes personnes appartiennent à des communau-
sonnes qui contournent les contrôles de l’immi- tés nomades et où de nombreuses personnes n’ont
gration par un mariage arrangé. Ces différentes pas de document attestant leur lieu d’origine ou
formes de migration irrégulière sont souvent re- leur citoyenneté.
groupées sous les dénominations alternatives de 3. L’analyse des migrations irrégulières est aussi
migration non autorisée, migration clandestine, entravée par l’insuffisance de données exactes,
migration illégale ou migration sans papiers. La ce qui rend difficile l’observation de tendances
Commission est consciente de la controverse ou la comparaison de l’étendue du phénomène
autour de l’adéquation de ces concepts et rejoint dans différentes parties du monde. Cependant,
l’affirmation selon laquelle un individu ne peut être il existe un large consensus sur le fait que, si le
appelé « irrégulier » ou « illégal ». C’est pourquoi nombre de migrants internationaux a augmenté,
ce chapitre se réfère aux personnes concernées en l’échelle globale de la migration irrégulière a éga-
termes de « migrants en situation irrégulière ». lement augmenté. L’Organisation de coopération
35
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

et de développement économiques (OCDE) es- gration légale et est facilitée par les réseaux
time qu’entre 10 et 15 % des 56 millions de criminels qui tirent profit du trafic des migrants
migrants en Europe ont un statut irrégulier et et de la traite des personnes. L’expansion des com-
que chaque année quelque 500 000 migrants sans munautés de diasporas et des réseaux sociaux
papiers entrent dans l’UE. Les migrations irré- transnationaux permet aussi que des personnes
gulières ne se font pas uniquement en direction se déplacent de façon irrégulière d’un pays à un
des pays développés. L’Asie est connue pour avoir autre.
de nombreux migrants au statut irrégulier. 6. Dans de nombreuses régions du monde, les
Selon certaines estimations, il y en a près de 20 Etats n’ont pas la capacité de contrôler le mou-
millions en Inde seulement. Il en va de même vement des personnes à travers de longues fron-
pour la majorité des migrants en Afrique et en tières terrestres et maritimes. Dans certains pays,
Amérique latine. des considérations de relations entre communau-
4. De plus en plus de migrants internationaux tés rendent les autorités peu enclines à entrepren-
entreprennent de longs voyages qui les amènent dre des formes d’action rigoureuses et intrusives
à traverser la planète et à transiter à travers de contre les migrants au statut irrégulier et les per-
nombreux pays pour arriver à leur destination sonnes qui les emploient. Plus généralement, les
finale. Durant un seul voyage, il est fort possible Etats sont réticents à introduire des mesures qui
qu’un migrant se trouve tour à tour dans l’irré- limiteraient davantage le mouvement de leurs
gularité et dans la régularité, en fonction des propres citoyens et de non-résidents au statut
exigences de visas des pays concernés. régulier tels que les voyageurs d’affaires et les
touristes.

Migration irrégulière aux Etats-Unis 7. La problématique de la migration irrégulière


On estime à plus de 10 millions le nombre de est inextricablement liée à la sécurité des person-
migrants au statut irrégulier aux Etats-Unis, ce qui nes. Beaucoup des personnes qui migrent de
représente presque le tiers de la population née à
manière irrégulière le font parce que leur pays
l’étranger. Plus de la moitié des migrants au statut
irrégulier sont mexicains. Malgré des efforts est en proie à un conflit armé, à l’instabilité
accrus de contrôle aux frontières, chaque année politique ou au déclin économique. Lorsqu’ils
environ 500 000 migrants supplémentaires sont en transit, les migrants qui se déplacent de
entrent sans autorisation aux Etats-Unis.
manière irrégulière sont souvent exposés à des
dangers ou restent bloqués pendant de longues
5. En cherchant à défendre leur souveraineté et périodes en cours de route vers leur destination
leur sécurité, les Etats ont consacré énormément finale. S’ils ne sont pas mis en œuvre avec dis-
d’attention et de ressources à endiguer la migra- cernement, les efforts pour empêcher la migra-
tion irrégulière, avec peu de succès. Les migra- tion irrégulière peuvent compromettre davantage
tions irrégulières sont mues par des forces le bien-être de ces migrants. Dans ce contexte,
puissantes et complexes, y compris le manque l’approche de la problématique de la migration
de travail et d’autres moyens de subsistance dans irrégulière présente un défi majeur. Ce défi sera
les pays d’origine et la demande de main-d’œuvre étudié dans ce chapitre, tandis que la situation
peu rémunérée et flexible dans les pays de desti- sociale et les droits des migrants au statut irrégu-
nation. La croissance de la migration irrégulière lier seront abordés dans les deux chapitres qui
est liée aussi à un manque de possibilités de mi- suivent.

36
Le défi de la migration irrégulière : Souveraineté des Etats et sécurité des personnes

Les conséquences négatives de la


migration irrégulière Les dangers inhérents à
la migration irrégulière
Les Etats et les autres acteurs concernés Le Centre international pour le développement
devraient s’engager dans un débat objectif des politiques migratoires estime que quelque
sur les conséquences négatives de la migra- 2000 migrants meurent chaque année en essayant
tion irrégulière et sa prévention. de traverser la Méditerranée depuis l’Afrique vers
l’Europe. Selon les consulats mexicains, près de
400 Mexicains meurent chaque année en tentant
8. La migration irrégulière a nombre de consé- de passer les frontières américaines.
quences négatives. Lorsqu’elle se produit à grande
échelle et est très médiatisée, elle peut ébranler
la confiance de l’opinion publique en l’intégrité 10. Les trafiquants d’êtres humains exploitent
et l’efficacité des politiques migratoires et d’asile sans pitié les migrants. Par définition, les victi-
d’un Etat. La migration irrégulière défie l’exer- mes du trafic d’êtres humains ne sont pas libres
cice de la souveraineté des Etats et peut même de choisir les activités dans lesquelles ils s’enga-
mettre en péril la sécurité publique, en particu- gent. Ils sont souvent contraints d’accepter des
lier lorsque la corruption et le crime organisé y emplois mal payés, dangereux et dégradants,
sont associés. Lorsqu’elle aboutit à une concur- desquels il leur sera peut-être impossible de
rence pour de rares emplois, la migration irrégu- s’échapper et pour lesquels ils ne recevront qu’une
lière peut aussi engendrer des sentiments rémunération misérable, voire aucune rémuné-
xénophobes qui ne viseront pas seulement les mi- ration. Le Département d’Etat des Etats-Unis
grants en situation, irrégulière, mais aussi les estime que chaque année, dans le monde, entre
migrants établis, les réfugiés et les minorités eth- 600 000 et 800 000 hommes, femmes et enfants
niques. font l’objet d’un trafic.
9. La migration irrégulière peut aussi mettre en 11. De manière plus générale, les personnes qui
danger la vie des migrants concernés. Beaucoup entrent ou restent dans un pays sans autorisa-
de personnes meurent chaque année en essayant tion risquent d’être exploitées par des employeurs
de traverser les frontières terrestres ou maritimes et des propriétaires terriens. En raison de leur
sans être repérées par les autorités. Leur nombre statut irrégulier, les migrants sont souvent dans
exact est inconnu. Les trafiquants extorquent aux l’incapacité de mettre pleinement à profit leurs
migrants des sommes élevées, parfois des mil- compétences et leur expérience une fois arrivés
liers de dollars, pour les transporter. Ils ne les dans leur pays de destination.
informent pas toujours à l’avance d’où ils seront
12. Les femmes constituent une proportion subs-
emmenés. Leurs moyens de transport sont sou-
tantielle des migrants au statut irrégulier. Parce
vent dangereux et les migrants qui voyagent de
qu’elles sont confrontées à une discrimination
cette façon risquent d’être abandonnés par leurs
de genre, notamment à un accès restreint aux
passeurs sans avoir accompli le trajet pour lequel
voies de migration régulière, les migrantes en
ils ont payé. En recourant aux services de trafi-
situation irrégulière se trouvent souvent dans
quants, de nombreux migrants sont morts noyés
l’obligation d’accepter les emplois les plus servi-
en mer, étouffés dans des conteneurs étanches
les du secteur informel. La majorité des tra-
ou ont été violés et maltraités lors de leur tran-
vailleurs domestiques et des migrants employés
sit.
dans l’industrie du sexe sont des femmes, qui

37
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

sont particulièrement exposées au risque de Nécessité d’une approche globale


maltraitance. Elles sont aussi exposées à certains et durable
risques de santé, y compris l’exposition au VIH/ Les politiques de contrôle frontalier de-
SIDA. vraient faire partie d’une approche durable
de la question de la migration irrégulière,
13. Alors que l’on a accordé beaucoup d’atten-
abordant les déficits en matière socio-éco-
tion, récemment, à la traite des femmes, il est nomique, de gouvernance et de droits de
important de noter que le phénomène touche l’homme qui incitent des gens à quitter leur
aussi les hommes et les enfants. Les enfants mi- propre pays. Cette approche doit être fon-
grants en situation irrégulière qui sont séparés dée sur une coopération et un dialogue en-
de leurs parents constituent un groupe particu- tre Etats.
lièrement vulnérable et peuvent faire l’objet d’un
trafic lié à l’industrie du sexe. Ces enfants ris- 16. Ces dernières années, de nombreux pays, en
quent aussi de devenir apatrides. particulier les plus prospères, ont consacré des
14. Les migrants en situation irrégulière hésitent milliards de dollars à la mise en place de diverses
souvent à demander justice aux autorités par techniques de contrôle frontalier. Celles-ci com-
crainte d’être arrêtés et expulsés. De ce fait, ils prennent le renforcement des effectifs de gardes
ne font pas toujours usage de services publics frontaliers et d’agents d’immigration la construc-
auxquels ils ont droit, par exemple les soins mé- tion de grillages et de barrières aux frontières,
dicaux d’urgence. Dans la plupart des pays, ils l’interdiction et la détention des migrants qui
sont aussi dans l’impossibilité de recourir à toute voyagent de manière irrégulière, l’imposition de
la gamme des services auxquels ont accès les ci- nouvelles conditions d’obtention de visas, l’in-
toyens et les migrants au statut régulier. Dans de troduction de passeports lisibles par machine et,
pareilles situations, les ONG, les organismes re- plus récemment, l’emploi de données bio-
ligieux et d’autres institutions de la société civile métriques. Les Etats ont aussi dépensé beaucoup
doivent leur prêter assistance. pour appréhender les responsables du trafic de
migrants et de la traite d’êtres humains et ont
15. La migration irrégulière est une question introduit diverses mesures légales et administra-
particulièrement brûlante qui tend à polariser tives pour assurer le rejet rapide des demandes
l’opinion. Dans les débats sur cette question, les d’asile formulées par des personnes dont la
parties responsables du contrôle des frontières et revendication du statut de réfugié est jugée
de la sûreté nationale s’opposent souvent à celles manifestement infondée.
qui se préoccupent essentiellement des droits
humains des migrants concernés. Les Etats et les 17. Bien que de telles initiatives aient un rôle à
autres acteurs concernés devraient s’écarter de ces jouer pour endiguer la migration irrégulière, ces
points de vue contradictoires pour s’engager dans politiques de contrôle frontalier doivent être
un débat objectif sur les causes et les conséquen- appliquées judicieusement. L’utilisation de don-
ces de la migration irrégulière et les moyens d’y nées biométriques, par exemple, peut faciliter la
répondre de la manière la plus efficace. circulation des personnes d’un pays à un autre,
mais elle comporte aussi le risque d’un usage
discriminatoire,sans égard pour la protection des
données, la protection de la vie privée et les li-
bertés civiles. Les contrôles frontaliers renforcés

38
Le défi de la migration irrégulière : Souveraineté des Etats et sécurité des personnes

et les restrictions de visa ne sont pas toujours 20. Le dialogue et la coopération entre Etats sont
efficaces pour empêcher la migration irrégulière essentiels, au niveau bilatéral comme au niveau
et peuvent exposer les migrants en situation ir- régional. C’est pourquoi la Commission encou-
régulière à des dangers supplémentaires. En cher- rage l’intégration de la problématique de la mi-
chant à atteindre leur objectif légitime, qui est le gration irrégulière dans l’agenda des processus
contrôle efficace des frontières, les Etats doivent consultatifs régionaux sur les migrations. Les
respecter leurs obligations en matière de droits Etats ont des intérêts communs dans cette pro-
de l’homme. blématique et doivent tourner leurs efforts vers
18. Les politiques de contrôle frontalier doivent une responsabilité partagée et une action coor-
être combinées avec d’autres approches à plus donnée.
ou moins court terme visant à endiguer la mi- 21. Comme il a été souligné dans les chapitres
gration irrégulière. Bien que les résultats de ces précédents, il est dans l’intérêt des Etats comme
politiques soient quelque peu mitigés, il est pos- des migrants de créer un contexte qui permette
sible de créer des programmes d’information aux personnes de migrer par choix, légalement
additionnels, notamment pour permettre aux et en toute sécurité, plutôt que de manière irré-
candidats migrants de mieux comprendre les ris- gulière et parce qu’ils ne voient pas d’autre op-
ques inhérents à la migration irrégulière et pour tion. Tous les Etats doivent s’efforcer de faire en
les conseiller sur les possibilités de migrer légale- sorte que leurs citoyens puissent vivre en paix,
ment. Des programmes de renforcement des ca- en profitant de leurs droits humains et de la pos-
pacités, incluant la formation, le développement sibilité de participer à un processus politique
des institutions et l’introduction de nouvelles lois, démocratique, ainsi qu’à une économie prospère,
politiques et pratiques, sont également nécessai- leur offrant un travail décent. Les pays riches
res dans de nombreux pays, en particulier ceux doivent soutenir ces efforts en mettant en prati-
qui ont été confrontés récemment à la question que leurs engagements envers le processus de
de la migration irrégulière. développement des pays d’origine.

Approches proactives Faire face à la demande de travail


19. Comme on l’a vu au chapitre 1, il semble migrant irrégulier
que le nombre de personnes cherchant à migrer Les Etats devraient s’attaquer aux condi-
va augmenter dans l’avenir, ceci à cause des « tions qui favorisent la migration irrégulière
3D » – disparités dans le développement et la en procurant plus d’opportunités de migrer
démographie et déficits dans la qualité de la légalement et en prenant des mesures con-
gouvernance et la protection des droits de tre les employeurs qui engagent des mi-
grants au statut irrégulier.
l’homme. Il est donc essentiel d’assurer que les
réponses par des politiques à court terme à la
question de la migration irrégulière soient com- 22. Dans une plus ou moins grande mesure, on
plétées par des approches à plus long terme et a assisté dans la majorité des Etats à une évolu-
proactives. Pour formuler ces approches, les Etats tion vers un marché du travail à deux vitesses :
doivent parvenir à une meilleure compréhension un marché structuré, où les salaires, les horaires
de la migration irrégulière et des contraintes ren- et les conditions de travail sont réglementés, et
contrées lorsqu’ils cherchent à l’empêcher. un marché du travail informel, où dominent les

39
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

travailleurs occasionnels, ne bénéficiant d’aucune 24. La Commission incite aussi les Etats à envi-
protection. Dans certaines parties du monde, des sager d’offrir plus d’ opportunités de migration
secteurs de l’économie tels que l’agriculture, la autorisée lorsqu’il s’agit de combler des pénuries
construction, l’hôtellerie et la restauration, ainsi sur le marché du travail, et à établir des critères
que le travail domestique et l’industrie du sexe, clairs et transparents pour le recrutement de tra-
sont aujourd’hui des migrants au statut irrégu- vailleurs étrangers. A cet égard, la Commission
lier, qui acceptent des emplois difficiles, dange- renouvelle la proposition faite au chapitre 1 con-
reux ou sales, peu rémunérés et sans sécurité. cernant l’introduction de programmes de migra-
L’emploi de migrants au statut irrégulier peut être tions temporaires judicieusement conçus.
considéré comme « insourcing », stratégie d’im- 25. La Commission est pleinement consciente de
portation de travailleurs à laquelle recourent cer- l’argument selon lequel la création de program-
tains employeurs lorsqu’ils doivent réduire les mes migratoires légaux ne réduira pas forcément
coûts et combler des pénuries de main d’œuvre l’ampleur de la migration irrégulière, puisque
locale, comme alternative à l’externalisation et l’offre de migrants est actuellement plus grande
la délocalisation. que la demande pour leurs services, et aussi parce
que la migration régulière crée des réseaux so-
Travail migrant irrégulier en ciaux transnationaux qui peuvent servir à facili-
Fédération de Russie ter la migration irrégulière. Quoi qu’il en soit,
Selon l’OIT, de 3,5 à 5 millions de migrants sont les programmes de migration autorisée pour-
actuellement employés sur le marché du travail
raient renforcer la confiance de l’opinion publi-
informel en Fédération de Russie, en particulier
dans l’industrie, la construction et l’agriculture. que en la capacité des Etats à admettre des
Ces migrants sont principalement originaires des migrants sur leur territoire en fonction des be-
pays de la Communauté d’Etats Indépendants et soins du marché du travail. Des programmes de
d’Asie du Sud-Est.
ce type aideraient aussi à créer une image plus
positive des migrants et favoriseraient une plus
23. L’augmentation de ce genre d’opportunités grande acceptation des migrants internationaux
est une importante incitation à la migration ir- par l’opinion publique.
régulière. Alors que l’économie mondiale devient
de plus en plus compétitive et que les entreprises Résoudre la situation des migrants au
cherchent à comprimer toujours plus leurs coûts, statut irrégulier
il est probable que le marché du travail migrant
Les Etats devraient résoudre la situation des
irrégulier va poursuivre sa croissance, surtout
migrants au statut irrégulier, soit en orga-
dans les pays ou le marché du travail structuré nisant leur retour, soit en les régularisant.
est extrêmement réglementé. La Commission
appelle les Etats à prendre en compte cette pro-
blématique et à y répondre. Dans le même temps, 26. En plus de l’adoption de politiques visant à
iil faut des sanctions administratives, civiles, voire limiter l’ampleur des migrations internationales,
pénales, plus sévères contre les employeurs et il faut prendre des mesures pour régler la situa-
entrepreneurs qui engagent sciemment des mi- tion des personnes qui sont déjà entrées dans un
grants en situation irrégulière, les exploitent et pays et qui sont en situation irrégulière. Un pre-
les exposent à des dangers. mier défi est de les identifier. Tant qu’elles de-

40
Le défi de la migration irrégulière : Souveraineté des Etats et sécurité des personnes

meurent invisibles pour les autorités, elles ne 29. Tous les retours devraient être organisés dans
peuvent pas être informées des droits et des ser- un contexte sûr, décent et humain, dans le res-
vices qui leur sont offerts, notamment la protec- pect total des droits de l’homme. Les migrants
tion contre l’exploitation, et ne peuvent pas y concernés ont aussi une responsabilité de retour
avoir accès. et une obligation de coopération avec les autori-
27. Les ONG, les associations de migrants et tés lorsqu’ils ont été légitimement invités à quit-
organismes des diasporas et autres parties pre- ter un pays.
nantes devraient coopérer avec les autorités pour 30. L’obligation des Etats de réadmettre leurs ci-
établir le contact avec les migrants en situation toyens est un principe reconnu. La Commission
irrégulière et leur trouver des solutions. La Com- appelle tous les Etats à respecter ce principe dans
mission reconnaît que la situation irrégulière peut son intégralité et à l’appliquer dans le cas où les
résulter de diverses circonstances et que certai- migrants concernés n’ont pas coopéré avec les
nes solutions sont plus appropriées pour certains autorités du pays qu’il leur a été demandé de
groupes que pour d’autres. Les Etats devraient quitter. L’assistance au développement devrait
envisager l’application judicieuse de deux solu- être utilisée pour favoriser la réintégration des
tions spécifiques, le retour et la régularisation, migrants qui retournent dans leur pays, en par-
comme moyens de résoudre la situation des mi- ticulier par l’octroi d’aides en faveur des com-
grants qui ne sont pas légalement autorisés à sé- munautés dans les régions les plus affectées. Bien
journer dans leur pays de résidence. qu’il soit possible aussi d’utiliser des aides indi-
viduelles à la réintégration pour encourager et
faciliter les retours, ces aides ne devraient pas
Le retour
atteindre un niveau qui donne à penser qu’il y a
28. Il est nécessaire d’établir des politiques de des profits à tirer de la migration irrégulière et
retour efficaces si l’on veut que les politiques de l’expulsion.
migratoires nationales et internationales aient
31. Dans certaines situations, il n’est pas possi-
une quelconque crédibilité et obtiennent le sou-
ble ni adéquat d’insister sur le retour des migrants
tien de l’opinion publique. La Commission re-
au statut irrégulier. Les requérants d’asile entrés
connaît qu’il y a des circonstances où le
ou demeurés dans un pays de manière irrégu-
rapatriement obligatoire des migrants en situa-
lière et dont la demande n’a pas encore été trai-
tion irrégulière est approprié, mais tient à souli-
tée font clairement partie de ce groupe. Ils ne
gner qu’il importe de veiller à ce que ces retours
seront sujets à l’expulsion que si leur demande
aient lieu à l’issue d’une procédure judiciaire en
du statut de réfugié ou de quelque autre forme
bonne et due forme et seulement vers les desti-
de protection a été rejetée à l’issue d’un examen
nations où la vie ou la liberté des migrants ne
complet et équitable de leur situation. Les re-
sera pas en danger. Les pays d’origine devraient
quérants d’asile dont la demande a été définiti-
offrir des services consulaires pour répondre aux
vement rejetée, mais qui sont dans l’impossibilité
besoins des migrants en situation irrégulière qui
d’obtenir les papiers nécessaires à leur retour dans
font l’objet d’une mesure d’expulsion. Tous les
leur pays d’origine devraient aussi être aidés dans
efforts devraient être faits pour faciliter le retour
la recherche d’une solution provisoire, en atten-
volontaire.
dant que leur retour devienne possible.

41
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

32. Des efforts particuliers doivent être entrepris essentiel, avec des critères de régularisation clai-
pour identifier les victimes de la traite des per- rement définis pour que les migrants se quali-
sonnes. Beaucoup de pays leur offrent une « pé- fient pour bénéficier d’un statut régulier. Ces
riode de réflexion » qui diffère leur rapatriement critères peuvent inclure, par exemple, les antécé-
et leur garantit l’accès à des services juridiques et dents d’emploi du demandeur, ses compétences
de réhabilitation. La Commission invite instam- linguistiques, l’absence de casier judiciaire et la
ment tous les pays à introduire ces périodes de présence d’enfants ayant grandi dans le pays ;
réflexion pour les victimes de la traite des per- autrement dit, les personnes qui ont déjà atteint
sonnes. un certain degré d’intégration dans la société.

L’option de la régularisation Trafic de migrants et traite des


êtres humains
33. De nombreux Etats, dans différentes parties
du monde, ont créé des programmes de régula- Les Etats doivent renforcer leurs efforts
pour combattre les phénomènes criminels
risation. Ces programmes offrent un statut légal et distincts du trafic de migrants et de la
à des migrants en situation irrégulière qui rési- traite des êtres humains. Dans les deux cas,
dent dans un pays depuis un certain temps, qui il faut poursuivre les criminels, éradiquer la
ont trouvé du travail et dont l’État et le secteur demande de services liés à l’exploitation et
privé trouvent utile la poursuite de a participa- fournir aux victimes la protection et l’aide
tion au marché du travail .De l’avis de la Com- appropriées.
mission, la nécessité même de ce type de
programmes de régularisation révèle un manque 36. La Commission tient à souligner la distinc-
de cohérence entre les politiques migratoires na- tion juridique qui existe entre le trafic des mi-
tionales et les politiques relatives au marché du grants et la traite des êtres humains dans le
travail. La Commission tient aussi à faire la dis- contexte de la migration irrégulière. En droit
tinction entre de tels programmes de régularisa- international, la traite est définie comme le re-
tion sélective et les amnisties, qui offrent de crutement, le transport, le transfert et le l’héber-
manière généralisée un statut légal aux migrants gement ou l’accueil de personnes par la menace
en situation irrégulière. ou l’usage de la force ou d’autres formes de coer-
34. La Commission reconnaît que les program- cition ou de tromperie à des fins d’exploitation.
mes de régularisation peuvent être des entrepri- Selon cette définition, la traite des êtres humains
ses complexes et admet qu’ils peuvent encourager est indépendante du consentement de la victime
une recrudescence de la migration irrégulière, et représente une violation des droits de l’homme.
surtout si les Etats établissent des programmes A l’opposé, la notion de trafic se réfère à des tran-
continus ou par roulement. Elle appelle néan- sactions consensuelles où passeurs et migrants
moins les Etats à reconnaître que de nombreux décident d’un commun accord de contourner les
migrants en situation irrégulière ont trouvé une contrôles d’immigration pour des motifs profi-
place dans leur économie et leur société. tables aux deux parties. Le trafic de migrants
constitue une infraction aux lois nationales de
35. La Commission recommande que la régula- l’immigration et est considéré comme un délit
risation ait lieu au cas par cas. Un processus dé- grave dans un nombre croissant de pays.
cisionnel transparent pour les régularisations est

42
Le défi de la migration irrégulière : Souveraineté des Etats et sécurité des personnes

migrants et de traite des personnes. Primo, ils


Géographie de la traite des personnes doivent poursuivre les malfaiteurs, notamment
Bien que la traite d’êtres humains entre
ceux qui recrutent et hébergent les victimes de
différentes régions soit en augmentation, elle a
lieu surtout au sein des régions. Selon le trafic, et confisquer leurs biens. Secundo, ils doi-
Département d’Etat des Etats-Unis, environ les vent réduire la demande pour les services de per-
deux tiers des victimes dans le monde font l’objet sonnes victimes de traite et de trafic, par des
d’une traite intrarégionale en Asie de
campagnes d’information et des ’initiatives édu-
l’Est–Pacifique (260 000 à 280 000) et en
Europe–Eurasie (170 000 à 210 000). catives et par le renforcement des législations na-
tionales. A cette fin, le renforcement de la
réglementation des agences matrimoniales, de
37. La Commission reconnaît qu’il peut exister tourisme et d’adoption est particulièrement im-
des convergences entre trafic des migrants et portant. Tertio, les mesures à l’encontre des per-
traite des personnes et qu’il n’est pas possible dans sonnes qui se livrent au trafic et à la traite des
tous les cas d’établir une distinction claire entre personnes doivent aller de pair avec une protec-
ces deux phénomènes. Le statut légal d’un seul tion efficace des victimes.
migrant et le degré d’exploitation à laquelle il
40. Les besoins des victimes de la traite peuvent
est soumis peuvent changer au cours d’un voyage.
différer de ceux des migrants faisant l’objet de
La question de la définition est encore compli-
trafic, mais quelques approches communes sont
quée par le fait que certaines victimes de la traite
nécessaires. Une sensibilisation est particulière-
ou du trafic peuvent demander l’asile et se quali-
ment importante pour fournir aux victimes l’in-
fier pour l’obtention du statut de réfugié.
formation sur la protection, l’assistance et les
38. La Commission appelle les Etats à poursuivre autres services auxquels elles peuvent recourir.
les criminels qui se livrent au trafic de migrants De même, il est nécessaire de donner une for-
et à la traite des personnes, et à mettre leur légis- mation aux avocats, juges, policiers, garde-fron-
lation en conformité avec deux protocoles des tières, inspecteurs du travail et travailleurs sociaux
Nations Unies qui ont été introduits pour ré- pour renforcer la capacité des Etats à offrir la
pondre à ces questions. Certains Etats, dont des protection appropriée aux victimes. Vu le nom-
signataires des protocoles sur le trafic et la traite, bre de femmes et d’enfants (y compris les mi-
n’ont pas les ressources, les capacités et la neurs non accompagnés) qui font l’objet de traite
volonté politique nécessaires de mettre ces pro- et de trafic d’un pays à un autre, il est évident
tocoles effectivement en application. C’est pour- qu’il faut fournir ces services en tenant compte
quoi, la Commission souligne l’importance d’une du sexe et de l’âge des victimes. Il faut qu’ils soient
coopération multilatérale comprenant le finan- adaptés aux différents niveaux d’exploitation et
cement ciblé et le renforcement des capacités, d’abus qui interviennent dans les délits, discrets
afin d’apporter une réponse mondiale à ces mais souvent liés, de trafic de migrants et de traite
phénomènes. des êtres humains.

Protection des victimes


39. Il faut que les États entreprennent trois for-
mes d’actions complémentaires s’ils veulent trai-
ter efficacement les problèmes de trafic des

43
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Migration irrégulière et asile économiques peuvent se trouver démunis et ex-


Dans leurs efforts pour endiguer la migra- posés aux abus et à la violation de leurs droits
tion irrégulière, les Etats doivent respecter alors qu’ils se trouvent en transit et, de ce fait,
les obligations que leur imposent le droit demander protection et assistance, même s’ils ne
international en matière de droits humains peuvent valablement prétendre au statut de
des migrants, l’institution du droit d’asile et réfugié.
les principes de protection des réfugiés.
43. La Commission est attachée au principe
énoncé dans l’« Agenda pour la protection » éta-
41. Durant ses consultations, la décision de la bli par le Bureau du Haut Commissariat des
Commission d’examiner la question de l’asile Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et stipu-
dans le cadre de la migration irrégulière a été mise lant que l’institution de l’asile ne devrait pas être
en question par des acteurs concernés. Elles ont sapée par les efforts des Etats pour endiguer la
évoqué le risque de confondre les deux problé- migration irrégulière. Comme il est spécifié à
matiques et de mettre en danger les droits des l’article 31 de la Convention sur les réfugiés de
personnes qui revendiquent le statut de réfugié. 1951, les réfugiés ne doivent pas être pénalisés
La Commission partage ce souci, mais considère pour leur entrée ou présence illégale dans un pays,
qu’il existe des liens importants entre migration « sous la réserve qu’ils se présentent sans délai
irrégulière et asile. aux autorités et leur exposent des raisons recon-
42. Premièrement, les mouvements en prove- nues valables de leur entrée ou présence irrégu-
nance d’un certain pays peuvent inclure des lière ». Pour que ce principe soit respecté, il faut
personnes qui se qualifient pour obtenir le du que les policiers, garde-frontières et fonctionnai-
statut de réfugié et d’autres qui ne se qualifient res de l’immigration et de l’asile aient une bonne
pas, en particulier lorsqu’un pays est en proie à connaissance des éléments fondamentaux du
la fois à des violations des droits de l’homme, à droit international des réfugiés.
un conflit armé, à l’instabilité politique et à l’ef- 44. La Commission invite instamment tous les
fondrement de son économie. Deuxièmement, Etats à mettre en place des procédures rapides,
de nombreux requérants d’asile se déplacent de équitables et efficaces de détermination du sta-
manière irrégulière, en recourant souvent à des tut de réfugié afin que les requérants d’asile soient
réseaux de trafic de migrants puisqu’ils sont dans promptement informés du résultat de leur de-
l’impossibilité d’obtenir les documents nécessai- mande. Dans certains pays, des retards accumu-
res pour voyager de manière légale. En effet, une lés persistent, laissant les demandeurs d’asile dans
personne persécutée par son gouvernement peut l’incertitude pendant des mois ou des années.
se trouver dans l’impossibilité d’obtenir un pas- La Commission recommande que des mesures
seport et encore moins un visa pour se rendre à immédiates soient prises pour traiter ce pro-
l’étranger. Troisièmement, certains migrants qui blème. Dans les situations d’afflux massif, les
n’ont manifestement pas besoin de protection Etats devraient envisager l’octroi aux nouveaux
internationale présentent néanmoins une de- arrivants du statut de réfugié prima facie,
mande d’asile une fois qu’ils arrivent dans un pratique employée depuis des années avec de
autre pays afin de prolonger au maximum la bons résultats, en Afrique et dans des pays en
période précédant leur expulsion. Enfin, certains développement d’autres régions
migrants qui se déplacent pour des raisons

44
Le défi de la migration irrégulière : Souveraineté des Etats et sécurité des personnes

Mouvements continus d’assistance dans les régions d’origine, mais ap-


45. La Commission appelle particulièrement pelle les Etats et autres acteurs à reconnaître que
l’attention sur la question des mouvements con- ces efforts n’empêcheront sans doute pas tous les
tinus, où les demandeurs d’asile et les réfugiés se mouvements continus de réfugiés et de requé-
déplacent de manière irrégulière d’un pays où ils rants d’asile. Ceci en partie parce que les diffé-
ont déjà demandé (ou pourraient avoir demandé) rences entre régions en matière de niveau de vie
l’asile ou qui leur a déjà accordé le statut de réfu- et de niveau de sécurité des personnes continue-
gié. La Commission souligne la nécessité de ront de motiver ces mouvements continus, et en
répondre à cette question en veillant à ce que les partie aussi parce que des trafiquants de migrants
requérants d’asile voient leur demande exami- et des réseaux sociaux transnationaux ont inté-
née rapidement et équitablement dans le pays rêt à les faciliter.
d’arrivée initiale, que leur soit accordée une re- 48. Presque 75 % des 9,2 millions de réfugiés
connaissance prima facie. dans le monde se trouvent dans des pays en dé-
46. Les personnes auxquelles est accordé le sta- veloppement et la Commission est consciente du
tut de réfugié, soit à titre individuel, soit prima fait que l’amélioration de la protection et de l’aide
facie, doivent par la suite être en mesure de jouir dans les régions d’origine pourrait exiger que les
d’un degré adéquat de protection et de sécurité, Etats les plus pauvres assument la responsabilité
d’un niveau de vie correct et de la perspective de d’une proportion des réfugiés du monde plus
trouver une solution à leur situation, que ce soit grande encore que la proportion actuelle. Il est
par rapatriement volontaire, intégration locale essentiel de mettre immédiatement en pratique
ou réinstallation. En l’absence de telles condi- les principes de partage de la responsabilité et
tions, certains réfugiés chercheront inévitable- des charges, par exemple par l’apport de certai-
ment à se déplacer plus loin, souvent de manière nes aides au développement supplémentaires
irrégulière. pour les régions à forte population de réfugiés et
47. La Commission approuve le principe d’amé- par le développement de programmes de
liorer les standards de protection des réfugiés et réinstallation des réfugiés.

45
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

CHAPITRE QUATRE

Diversité et cohésion:
les migrants dans la société
Les migrants et les citoyens des pays de destination doivent respecter
leurs obligations légales et bénéficier d’un processus mutuel d’adaptation et
d’intégration qui tienne compte de la diversité culturelle et favorise la cohésion
sociale. Le processus d’intégration doit être activement encouragé par les
autorités locales et nationales, les employeurs et les membres de la société civile.
Il doit aussi se fonder sur un engagement de non-discrimination et d’équité
hommes-femmes. Il doit s’accompagner d’un discours public objectif sur les
migrations internationales de la part des politiques et des médias.

1. Les migrations internationales voient s’accroî- mondialisation dans les domaines du commerce,
tre leur échelle et leur rapidité, mais aussi le nom- de l’investissement et des affaires.
bre de pays et l’éventail de personnes concernées. 3. Beaucoup de gens, en particulier les jeunes
Partout dans le monde, des gens de différentes générations, considèrent ces villes comme les
origines nationalités, qui parlent différentes lan- lieux de vie les plus intéressants et stimulants.
gues et qui ont des coutumes, des appartenances Tandis que la migration internationale a souvent
religieuses et des modes de comportement diffé- pour mobile des considérations économiques,
rents, entrent en contact à une échelle sans pré- nombreux sont ceux qui choisissent de partir à
cédent. Il en résulte que la notion d’Etat-nation l’étranger pour connaître d’autres endroits et
socialement ou ethniquement homogène avec d’autres cultures, adopter un mode de vie diffé-
une seule culture, est de plus en plus dépassée. rent ou renouer avec des membres de leur
La plupart des sociétés contemporaines sont caracté- famille ou de leur communauté qui ont migré
risées par un degré de diversité souvent élevé. avant eux.
2. Les contacts entre personnes issues de cultu-
res et de pays différents présentent à la fois des
opportunités et des défis. En termes d’opportu- Migrations et diversité sociale
En 1970, les migrants internationaux constituaient
nités, on constate que des sociétés et des collec-
plus de 10 % de la population dans 48 pays. En
tivités offrant de la diversité peuvent être 2000, ce nombre était passé à 70 pays.
socialement dynamiques et, culturellement no-
vatrices et avoir une économie prospère. Cela est
particulièrement visible dans l’émergence de « vil- 4. La diversité qu’amènent les migrations inter-
les-mondes », régions urbaines hautement cos- nationales crée aussi d’importants défis, en
mopolites qui accueillent de nombreux migrants, particulier pour la cohésion sociale des pays d’ac-
leur offrent la possibilité de tirer parti des nou- cueil. Toutes les sociétés sont caractérisées par
velles opportunités qu’ouvre le processus de des systèmes de valeurs contradictoires et par la

46
Diversité et cohésion: les migrants au sein de la société

compétition pour les ressources, et il serait faux Politiques et pratiques des Etats
d’insinuer que l’immigration amène des tensions Tout en reconnaissant le droit des Etats à
dans des communautés qui, autrement, vivraient définir leurs propres politiques en rapport
en parfaite harmonie. Quoi qu’il en soit, il est avec la situation des migrants dans la so-
évident que les migrations peuvent avoir un puis- ciété, tous les migrants doivent pouvoir
sant impact émotionnel par leurs conséquences exercer leurs droits humains fondamentaux
humaines, tant pour les migrants que pour les et bénéficier de conditions de travail mini-
males.
membres de la société d’accueil.
5. Comme on l’a vu au chapitre 3, les migrants 7. Les migrations internationales impliquent
sont souvent considérés avec suspicion par souvent des déplacements de personnes dont
d’autres membres d’une société, en particulier l’origine et les caractéristiques sociales, culturel-
s’ils arrivent en grand nombre, si leur présence les et ethniques sont différentes de celles de la
n’est pas autorisée et s’ils semblent entrer en com- plupart des gens dans la société qu’elles rejoi-
pétition avec les citoyens pour l’accès aux biens gnent. Les pays de destination traitent cette si-
et aux services publics. Ces problèmes ont été tuation de différentes façons. L’une d’elles
accentués par des évolutions dans le contexte consiste à exclure les migrants de la société, en
politique international. Dans différentes parties particulier les travailleurs temporaires et requé-
du monde, certains politiciens et médias ont rants d’asile, en veillant à ce qu’aucune perspec-
facilement réussi à mobiliser un soutien par des tive d’intégration ne leur soit offerte. Une autre
campagnes populistes et xénophobes projetant stratégie est de contraindre les migrants à aban-
systématiquement une image négative des mi- donner leur propre culture et à s’assimiler au
grants. mode de vie majoritaire. Une troisième stratégie
6. À la suite d’événements impliquant des étran- consiste à poursuivre des politiques permettant
gers et des membres de minorités ethniques à tous les membres de la société, migrants et na-
survenus dans des villes telles que New York, tionaux, d’exprimer leur culture et leurs convic-
Madrid, Amsterdam ou Londres, les inquiétu- tions propres, pourvu que celles-ci respectent
des de l’opinion publique au sujet du terrorisme l’Etat de droit et souscrivent à un ensemble de
international ont fait naître plus de suspicion à valeurs sociales communes.
l’égard des migrants et alimenté des préjugés 8. Les Etats ont le droit de définir leurs propres
contre les musulmans. Dans certains cas, des politiques relatives à la situation des migrants
migrants eux-mêmes ont envenimé ces problè- dans la société, mais ils doivent s’assurer que ces
mes en ne respectant pas les lois en vigueur ou politiques respectent les principes internationaux
en n’essayant pas de comprendre les valeurs de des droits humains qui ont été acceptés par la
leur pays d’accueil. Il relève de la responsabilité plupart des Etats. La Commission souligne qu’il
particulière des gouvernements de contrer de est impératif que les Etats garantissent à tous les
telles tendances et de prendre des mesures pour migrants (y compris ceux qui n’ont aucune pers-
que tous les membres de la société, migrants et pective d’intégration ou de résidence à long terme
citoyens pareillement, participent de façon dans leur pays de destination) la possibilité
active et égale à la vie du pays. d’exercer tous leurs droits humains fondamen-
taux. Ceux-ci incluent, par exemple, la liberté
de se réunir pacifiquement, la liberté d’opinion

47
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

et la liberté de religion. La Commission consi- migrants de la société qu’ils se respectent et


dère aussi qu’il est essentiel que les migrants puis- s’adaptent les uns aux autres, ce qui leur permet-
sent bénéficier des normes du travail minimales tra d’avoir des interactions positives et pacifiques.
garanties en vertu des Conventions du BIT, tout L’intégration reconnaît et admet les différences,
en reconnaissant que ces objectifs peuvent être mais elle exige un sentiment commun d’appar-
difficilement réalisables dans des pays où de nom- tenance, chez les migrants comme chez les
breux nationaux ne bénéficient actuellement pas nationaux.
de ces droits. 11. Dans de nombreux pays, l’intégration a été
9. Veiller à ce que les migrants puissent avoir particulièrement réussie, ce qui a permis aux
des conditions de vie correctes au sein de la so- migrants d’apporter d’importantes contributions
ciété qu’ils ont rejointe n’est pas seulement une au développement économique, social et cultu-
question de droits humains, mais aussi d’intérêt rel des sociétés dans lesquelles ils se sont établis.
et de bénéfice mutuels. Les migrants qui sont En effet, l’histoire nous montre que les migra-
acceptés et respectés par les autres membres de la tions internationales ont été une des forces les
société, sont plus à même de réaliser leur poten- plus dynamiques dans le développement des
tiel et d’apporter une contribution à leur pays Etats et sociétés contemporains, y compris beau-
d’adoption. La cohésion sociale donne aux mi- coup de ceux qui ont un bilan de réussite écono-
grants et aux citoyens pareillement un sentiment mique.
de sécurité et d’objectifs partagés et constitue un 12. En même temps, la Commission remarque
élément important du succès économique. que l’intégration s’est révélée comme étant un
processus plus problématique dans les pays qui
Intégration et marginalisation ont d’importantes populations migrantes ou
minoritaires. Bien qu’il soit difficile de générali-
Les migrants autorisés et établis devraient ser sur cette question, il ressort des éléments ana-
être pleinement intégrés à la société. Le
lysés par la Commission que, dans beaucoup de
processus d’intégration devrait valoriser la
diversité, favoriser la cohésion sociale et pays, les migrants de première génération souf-
éviter la marginalisation des communautés frent de façon disproportionnée de problèmes
d’immigrants. physiques, mentaux et de procréation, atteignent
de moindres niveaux de formation que les
10. Certains pays, ont tendance à formuler et nationaux et vivent généralement dans des habi-
appliquer les politiques de migration et d’inté- tats de piètre qualité. Ils occupent aussi généra-
gration en isolant les unes des autres, alors qu’el- lement des emplois peu rémunérés et de niveau
les font partie d’un même processus. La cohésion inférieur et sont plus susceptibles de connaître
sociale est maintenue efficacement à travers la un chômage de longue durée que les autres
promotion du processus d’intégration, en parti- membres de la société.
culier dans les cas où les nouveaux immigrants 13. Ces résultats négatifs de la migration résul-
sont susceptibles de devenir des résidents, per- tent de divers facteurs, dont la discrimination
manents ou de longue durée, du pays d’accueil. dans les domaines du travail et du logement,
La Commission considère que l’intégration est l’incapacité d’obtenir un accès égal à l’éducation
un processus multidimensionnel et sur longue et aux soins médicaux, la xénophobie et le ra-
durée, exigeant des membres migrants et non- cisme, ainsi que des plus bas niveaux d’instruc-

48
Diversité et cohésion: les migrants au sein de la société

tion, des compétences linguistiques limitées et nés – communautés de migrants, institutions de


du statut irrégulier de nombreux migrants. En la société civile, gouvernements nationaux et
général, les enfants et petits-enfants des migrants locaux ainsi que le secteur privé – gagneraient à
ont un bien meilleur statut socio-économique travailler ensemble pour s’efforcer d’éviter de
que leurs aînés. De fait, l’ascension sociale que telles conséquences négatives.
connaissent de nombreux enfants de migrants
est l’un des aspects les plus positifs des migra-
Facteurs d’intégration
tions internationales. Par contre, il est
Une étude de la Division de la population des
aujourd’hui évident que des citoyens issus de fa- Nations Unies est arrivée à la conclusion que
milles immigrantes peuvent devenir profondé- l’intégration des migrants dans les sociétés
ment et violemment aliénés de la société dans d’accueil dépend principalement de leur maîtrise
de la langue nationale, de leur aptitude à trouver
laquelle ils vivent, même s’ils ont atteint un bon
un emploi convenablement rémunéré, de leur
niveau de formation et de revenu. statut juridique, de leur participation à la vie
civique et politique et, finalement, de leur accès
aux services sociaux.
Marginalisation des migrants
14. En l’absence d’intégration efficace, les pays
de destination ne seront pas en mesure de valo- Une approche cohérente de l’intégration
riser la contribution que les migrants peuvent Les autorités locales et nationales, les em-
apporter à la société. La Commission tient à ployeurs et les membres de la société civile
souligner la nécessité de veiller à ce que les mi- devraient travailler en partenariat actif avec
grants puissent réaliser leur potentiel et leurs as- les migrants et leurs associations pour
promouvoir le processus d’intégration. Les
pirations, et à mettre en évidence les dangers liés
migrants devraient être bien informés de
à l’exclusion et à la marginalisation des migrants leurs droits et de leurs obligations, et être
et de leurs enfants. La croissance de communau- encouragés à devenir des citoyens actifs du
tés migrantes défavorisées et exclues risque fort pays où ils se sont établis.
d’entraîner des coûts sociaux et financiers éle-
vés. Cette situation peut en outre avoir des con- 16. Il n’existe pas de modèle simple ou de mo-
séquences sur la sécurité publique et pourrait dèle unique pour l’intégration effective des mi-
amener d’autres membres de la société à se sen- grants au sein de la société, même si les meilleurs
tir menacés par leur présence. exemples d’intégration semblent venir des pays
15. Le risque, dans de telles situations, est que où existe un large consensus entre partis politi-
des membres de populations migrantes et mino- ques sur la question de l’immigration. Le pro-
ritaires se retirent de la société et recherchent des cessus d’intégration se produit principalement
façons militantes d’exprimer leurs frustrations et au niveau local, et les politiques adoptées pour
d’affirmer leur identité. De tels scénarios ne le promouvoir doivent donc être spécifiques à
représentent pas seulement une menace pour la chaque situation et prendre en compte les cir-
sécurité publique et l’Etat de droit, mais, en pro- constances et caractéristiques précises tant des
voquant des attitudes négatives vis-à-vis des migrants que des autres groupes sociaux. De plus,
communautés de migrants, dressent aussi de nou- de nombreux Etats n’ont pas les moyens de ré-
veaux obstacles sur le chemin de l’intégration et pondre aux besoins et aux exigences de leurs ci-
de la cohésion sociale. Tous les acteurs concer- toyens et il ne leur est donc pas facile d’accorder

49
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

un niveau de priorité élevé à la situation des mi- ture des migrants soit au-dessus de toute criti-
grants. En effet, les ressortissants d’un pays ris- que. En effet, les pratiques culturelles contreve-
quent de mal réagir s’ils ont l’impression que les nant aux instruments internationaux sur les
maigres ressources publiques sont utilisées à cette droits de l’homme ou aux droits d’autres per-
fin. sonnes peuvent être légitimement prohibées.
17. Bien qu’une approche uniforme puisse se 20. Les Etats ont la responsabilité d’assurer un
révéler inadéquate, l’expérience de sociétés où le statut légal sûr et des documents appropriés aux
processus d’intégration a été relativement réussi migrants admis sur leur territoire, et de faire en
amène la Commission à conclure qu’il faut une sorte qu’ils soient en mesure d’exercer tous leurs
approche cohérente de l’intégration, qui fasse droits humains. Ils doivent veiller au maintien
intervenir les éléments exposés ci-dessous. de l’Etat de droit. et les migrants qui le mettent
en péril doivent s’attendre à ce que les Etats pren-
nent des mesures énergiques à leur encontre. Les
Transparence et Etat de droit
Etats doivent également agir avec fermeté con-
18. Des politiques concernant les migrations et tre tous éléments de la société qui cherchent à
les réfugiés qui ne sont pas équitables, transpa- abuser, intimider ou exploiter les migrants. À
rentes, ouvertement débattues et fondées sur un moins que ces objectifs fondamentaux ne soient
consensus sont de nature à susciter la suspicion atteints, l’intégration demeurera problématique.
et le ressentiment chez les citoyens des pays de
destination, empêchant ainsi le processus d’in- Activités anti-discrimination
tégration. Les gouvernements doivent expliquer
au public les motifs pour lesquels ils admettent 21. Les autorités des États, tant nationales que
des migrants et des réfugiés, combien ils en ad- locales, devraient apporter leur soutien à l’ob-
mettent et quel appui leur sera accordé par l’Etat. jectif d’intégration en confirmant publiquement
Plus généralement, les Etats qui admettent que leur engagement envers l’intégration et en recon-
des personnes s’établissent sur leur territoire de naissant la contribution apportée par les migrants
façon permanente ou pour une longue durée à la société. Les Etats devraient respecter la Con-
doivent reconnaître qu’il est de l’intérêt des ci- vention internationale sur l’élimination de tou-
toyens comme des migrants de s’investir dans le tes les formes de discrimination raciale, ratifiée
processus d’intégration. par plus de 175 gouvernements, en promouvant
et mettant en pratique le principe de non-discri-
19. Une politique d’intégration cohérente doit mination, et en donnant à la société un exemple
se fonder sur le respect des différences culturel- positif dans leur manière de conduire leurs affai-
les qu’apportent les migrants. Ce respect est es- res. Dans de nombreux pays, par exemple, les
sentiel pour plusieurs raisons : primo, le dialogue gouvernements sont les plus grands employeurs,
entre différentes cultures est un phénomène sain ; prestataires de services et acheteurs de biens et
secundo, de nouvelles cultures apportent de nou- services. Il est donc essentiel qu’ils donnent une
velles compétences, de nouvelles sources d’éner- forte impulsion en pratiquant et en encourageant
gie et de nouvelles formes d’expression à la des politiques progressistes en matière de recru-
société ; et tertio, les migrants doivent pouvoir tement et de diversité, ainsi qu’en recourant dans
préserver leur dignité pour ne pas se sentir assié- le cadre de leurs politiques d’achat à des entre-
gés et menacés. Cela ne signifie pas que la cul- prises établies par des immigrants.

50
Diversité et cohésion: les migrants au sein de la société

22. Les entreprises du secteur privé, en particu- Une citoyenneté active


lier celles qui sont grandes, prestigieuses et in- 24. L’intégration effective des immigrants et des
fluentes, devraient agir de même. Les employeurs populations minoritaires exige qu’ils s’engagent
qui se sont engagés explicitement à poursuivre de façon appropriée dans le processus politique.
des objectifs progressistes tels que la non-discri- Il est particulièrement utile de donner le droit
mination, l’intégration des immigrés et l’équité de vote, au niveau local, aux immigrants autori-
hommes-femmes, doivent être félicités. Les autres sés et immigrés de longue date. La Commission
entreprises devraient s’inspirer de ces pratiques souligne l’importance de veiller à ce que les mi-
et adhérer au Pacte mondial de l’ONU qui en- grants admis pour résidence permanente aient
gage les signataires à respecter 10 principes accès rapidement et de façon abordable à la ci-
fondamentaux, conviant notamment les entre- toyenneté.
prises à « éliminer la discrimination en matière
25. En conséquence du processus de mondiali-
d’emploi et de profession ». Les entreprises qui
sation et de la croissance de communautés trans-
sont en mesure de faire appel aux talents d’un
nationales, des notions établies telles que la
personnel divers sont les mieux placées pour
citoyenneté et l’Etat-nation sont en voie d’être
mettre à profit les opportunités que crée une éco-
redéfinies. A l’avenir, il semble probable que des
nomie de plus en plus compétitive et mondialisée.
personnes en nombre grandissant posséderont
plus d’une nationalité, s’identifieront à plusieurs
Célébration de la diversité canadienne cultures et partageront leur temps entre plusieurs
Selon le dernier recensement canadien, la
population de Vancouver appartient dans une pays. Cette évolution présente certains défis, mais
proportion de 37 % à des communautés offre aussi d’importantes opportunités pour les
originaires de pays situés dans des régions autres Etats et les sociétés qui accueillent les migrants.
que l’Europe. En juillet 2005, la ville a organisé son
premier Festival de la diversité, offrant à tous les 26. Pour promouvoir une citoyenneté participa-
groupes ethniques et culturels la possibilité de tive, il faudrait idéalement que les migrants re-
raconter leur histoire à travers la musique, la çoivent un énoncé écrit de leurs droits et de leurs
nourriture, la danse, la poésie, l’art et la sculpture.
obligations lorsqu’ils sont admis dans un pays,
ce qui les encouragera à devenir le plus tôt possi-
23. Il faut combattre la discrimination en éta- ble des citoyens actifs. Des immigrants qui ne
blissant et en mettant en application des lois parlent pas la ou les langues officielles de leur
appropriées, en particulier dans les domaines, tels société d’adoption trouveront particulièrement
que l’emploi, le logement et l’éducation, qui ont difficile de devenir des citoyens actifs. L’acquisi-
des incidences directes sur les perspectives de tion de compétences linguistiques appropriées
réussite des migrants au sein de la société où ils doit donc être considérée comme une obligation
se sont établis. Il est particulièrement nécessaire fondamentale des immigrants de longue durée
de veiller à ce que les représentants de l’Etat tels et des résidents permanents Il convient également
que les policiers, les juges, les officiers de l’im- que les Etats qui accueillent des migrants sur leur
migration, les fonctionnaires et le personnel territoire investissent dans le processus d’intégra-
médical reçoivent la formation nécessaire pour tion en aidant les personnes qui ne parlent pas la
leur procurer une compréhension des cultures langue locale à acquérir ces compétences.
dont sont issus les immigrants et leur permettre
d’agir de manière non discriminatoire

51
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Soutien et dialogue catifs et de dialogues interculturels et


27. Il est également possible de promouvoir l’in- interreligieux au sein des diverses communautés
tégration et la cohésion sociale en apportant un pour dissiper les mythes et les malentendus qui
appui et des services ciblés aux migrants, en par- peuvent exister entre différents groupes sociaux.
ticulier dans les domaines-clés de l’emploi, de la Les institutions de la société civile, notamment
formation pour l’acquisition de compétences et les églises, les mosquées, les temples et autres
de l’apprentissage linguistique. La Commission entités religieuses, ont un rôle important à jouer
reconnaît que de nombreux Etats manquent de dans ces activités. Le processus d’intégration de-
capacités pour fournir ces services. Elle suggère vrait aussi être encouragé au moyen d’un dialo-
donc que des programmes et des projets de ren- gue international et interreligieux ; un bon
forcement des capacités soutenus par un finan- exemple est le Partenariat euro-méditerranéen ou
cement international soient mis en place pour Processus de Barcelone qui encourage le « rap-
appuyer le processus d’intégration. Les Etats de- prochement entre les peuples au moyen d’un
vraient aussi conclure des accords sur la recon- partenariat social, culturel et humain qui vise à
naissance mutuelle des qualifications, afin de favoriser la compréhension entre les cultures et
garantir que les immigrants puissent mettre en les échanges entre les sociétés civiles ».
pratique les compétences acquises dans leur pro-
pre pays.
Participation et représentation
28. En raison de la nature multidimensionnelle 31. La plupart des migrants se caractérisent par
de l’intégration, la cohérence et la coordination leur esprit d’entreprise et sont déterminés à réus-
entre les organismes gouvernementaux respon- sir dans la vie. Il est primordial de favoriser cette
sables de questions telles que la santé, l’éduca- vitalité et de veiller à ce que les migrants eux-
tion, l’aide sociale, l’emploi et l’application de la mêmes soient des participants à part entière au
loi, sont indispensables. Dans chacun de ces do- processus d’intégration. La Commission appelle
maines, des mesures peuvent être prises pour as- donc les autorités nationales et locales à veiller à
surer aux immigrants un accès équitable aux ce que les associations d’immigrants et les grou-
services publics, au moyen de programmes d’in- pes de femmes immigrantes, ainsi que les orga-
formation et de services de traduction. nismes religieux et les institutions de la société
29. L’intégration s’effectue le plus efficacement civile qui travaillent en étroite collaboration avec
sur le lieu de travail et à l’école. C’est dans ce les migrants, soient effectivement impliqués dans
contexte communautaire que les immigrants et la formulation et l’évaluation de politiques et de
les autres membres de la société peuvent le plus programmes visant à promouvoir l’intégration.
aisément développer un sentiment de respect 32. Dans le même temps, la Commission recon-
mutuel, établir des liens d’amitié et poursuivre naît les difficultés de cette approche. Les popu-
des objectifs communs. Si l’intégration n’est pas lations migrantes sont elles-mêmes toujours plus
encouragée à ce niveau, on ne peut espérer que diverses et sont souvent divisées selon des cliva-
des initiatives plus ambitieuses et centralisées ges nationaux, ethniques, idéologiques, religieux
aient l l’effet souhaité. et générationnels. Les migrants originaires d’un
30. La Commission tient aussi à souligner l’im- même pays et d’une même culture peuvent aussi
portance de la promotion de programmes édu- être divisés en un relativement petit nombre de

52
Diversité et cohésion: les migrants au sein de la société

professionnels hautement qualifiés et bien rému- moyens pacifiques et démocratiques. Le proces-


nérés et un nombre beaucoup plus important de sus d’intégration sera entravé si certains immi-
personnes regroupées à l’extrémité inférieure du grants sont fondamentalement opposés aux
marché du travail. valeurs de la société où ils vivent et si certains
33. Dans ce contexte, il peut être problématique citoyens refusent de reconnaître la légitimité de
de déterminer quels individus et quelles organi- la présence des immigrants.
sations sont suffisamment représentatifs pour
s’exprimer au nom des autres migrants. De plus, Femmes et enfants migrants
dans beaucoup de situations, les représentants Une attention particulière devrait être por-
les plus puissants et qui se font entendre le plus tée à assurer la protection des femmes et à
fort sont des hommes, pouvant avoir intérêt à leur permettre de devenir plus autonomes,
maintenir des pratiques culturelles qui préser- ainsi qu’à veiller à ce qu’elles soient active-
vent leur propre pouvoir et négligent les intérêts ment impliquées dans la formulation et
et préférences des femmes et des enfants. l’application des politiques et programmes
d’intégration. Les droits, le bien-être et les
besoins éducatifs des enfants migrants
Obligations des immigrants devraient, eux aussi, être totalement
respectés.
34. Dans certains cas, les individus et les organi-
sations qui se prétendent les représentants d’une
communauté d’immigrants ou de populations 36. Les problèmes que rencontrent et ceux que
minoritaires sont opposés à la notion même d’in- présentent les différents groupes de migrants in-
tégration car ils rejettent les valeurs et la culture ternationaux diffèrent considérablement, et la
de la société dans laquelle ils résident. La Com- Commission souhaite donc faire quelques remar-
mission reconnaît le danger inhérent à ce cas de ques relatives aux circonstances sociales de cer-
figure et appelle tous les migrants à respecter les tains groupes particulièrement sensibles, à
obligations qu’ils assument lorsqu’ils sont admis commencer par les femmes et les enfants mi-
dans d’autres pays, en particulier l’obligation de grants.
renoncer à toute activité qui présente une me-
nace pour l’ordre public, constitue une violation Femmes migrantes
des lois et empiète sur les droits des autres indi-
37. La migration peut être une expérience qui
vidus.
permet aux femmes de devenir plus autonomes.
35. Les Etats ont la responsabilité de veiller à ce Elle peut impliquer qu’elles quittent des sociétés
que les immigrants se familiarisent avec les lois, où s’exercent des formes d’autorité traditionnel-
les coutumes et les valeurs de la société où ils les et patriarcales. Elle peur leur permettre de
s’établissent, tandis que les immigrants, ont l’obli- travailler, de gagner de l’argent et d’exercer un
gation de les respecter. Si des immigrants se plus grand pouvoir décisionnel dans leur vie
sente,t incapables de vivre dans le cadre du droit quotidienne. Les femmes qui migrent peuvent
et de la constitution de leur pays d’accueil, ils aussi parvenir à’acquérir de nouvelles compéten-
devraient envisager de quitter ce pays ou, une ces et à bénéficier, quand elles rentreront dans
fois qu’ils ont acquis la citoyenneté, mener cam- leur pays, d’un statut socio-économique plus
pagne pour un changement politique par des élevé.

53
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

38. Malheureusement, la migration peut aussi 41. La Commission reconnaît que toutes les so-
avoir l’effet inverse. Les femmes qui migrent pour ciétés sont caractérisées par des inégalités entre
se marier, pour employer un emploi domestique hommes et femmes et que ces inégalités affec-
ou pour travailler dans l’industrie du divertisse- tent autant les migrants que les non-migrants.
ment ou celle du sexe, sont particulièrement ex- Elle souligne qu’il faut que les politiques et
posées à l’exploitation et à l’isolement social, de programmes migratoires soient sensibles à la di-
même que les femmes qui sont victimes de la mension du genre, accordent une attention par-
traite. Ces problèmes sont accentués lorsqu’elles ticulière à la situation et à l’insertion sociales des
ne connaissent pas la langue du pays ou n’ont femmes migrantes et veillent à ce que l’expérience
pas accès à des réseaux sociaux d’appui. migratoire aide les femmes à devenir plus auto-
39. Dans certains pays, les femmes migrantes nomes. Tous les efforts doivent être entrepris pour
sont victimes de discrimination sur le marché faire en sorte que les femmes migrantes inter-
du travail et se trouvent dans une situation de viennent activement dans la formulation, l’ap-
« gaspillage intellectuel », lorsqu’elles doivent plication et l’évaluation de ces politiques et
accepter des emplois pour lesquels elles sont programmes. L’organisation des femmes immi-
surqualifiées. Dans d’autres pays, les femmes grantes dans les pays de destination est aussi
risquent d’être licenciées et expulsées si elles tom- essentielle, car les populations des diasporas
bent enceintes ou d’être socialement stigmati- influencent l’opinion des gens dans les pays d’ori-
sées si elles sont infectées par le VIH/SIDA. Si gine sur des questions telles que l’équité
elles ont migré de manière irrégulière, leurs en- hommes–femmes. A cet égard, les migrants
fants risquent d’être apatrides et, de ce fait, peuvent agir comme une force de changement
privés des droits fondamentaux tant dans leur progressiste dans les pays où les droits des fem-
pays de résidence que dans leur pays d’origine. mes ne sont généralement pas respectés.

40. Les données recueillies par la Commission 42. Finalement, et conformément à la conviction
indiquent qu’un nombre significatif de femmes de la Commission que les personnes devraient
migrantes sont exposées à la violence de leur mari pourvoir migrer par choix plutôt que par néces-
ou de leur partenaire, en particulier dans des sité, des efforts soutenus doivent être faits pour
communautés caractérisées par la pauvreté, la assurer que les femmes puissent exercer tous leurs
marginalisation et un changement rapide dans droits humains et réaliser tout leur potentiel dans
les rôles des hommes et des femmes. De plus, leur pays d’origine. Dans de trop nombreux cas
alors que le travail, le niveau de formation et les portés à l’attention de la Commission, des fem-
compétences linguistiques sont généralement mes se sentent obligées de quitter leur propre
considérés comme les clés de l’intégration, les pays pour aller chercher du travail ailleurs parce
femmes migrantes sont plus susceptibles que les qu’elles sont privées chez elles de ces droits et
hommes de demeurer hors du marché du travail opportunités.
et de passer la plus grande partie de leur temps à
la maison, ce qui rend plus difficile pour elles Enfants migrants
l’acquisition de compétences linguistiques et 43. Il est souvent supposé que les enfants mi-
l’établissement des réseaux sociaux nécessaires grants s’adaptent plus rapidement à leur nouvel
pour s’intégrer dans leur nouvelle société. environnement que leurs parents ou leurs grands-
parents. Bien qu’il existe certains éléments des

54
Diversité et cohésion: les migrants au sein de la société

preuves à l’appui de cette assertion, il serait dan- 45. La Commission souligne la nécessité de
gereux de conclure que l’intégration des enfants veiller à ce que les droits, le bien-être et les
migrants est un problème qui se règle de lui- besoins éducatifs des enfants migrants soient plei-
même. nement respectés par tous les membres de la
société. Tout en s’intégrant dans une nouvelle
société, ils devraient avoir la possibilité de
Accès à l’éducation
garder des liens avec leur pays et leur culture d’ori-
Une étude menée en 2003 à Johannesburg, en
Afrique du Sud, pays qui a enchâssé les droits gine. Comme dit plus haut, à l’époque actuelle
économiques et sociaux dans sa Constitution, a de mondialisation et de mobilité humaine, de
établi que 70 % des enfants réfugiés somaliens plus en plus d’enfants migrants auront plus d’un
n’étaient pas inscrits à l’école, alors qu’ils avaient
« chez eux » et possèderont une double nationa-
le droit à l’éducation. Bien que certains parents
aient choisi de ne pas inscrire leurs enfants, la lité, voire une citoyenneté multiple, si les Etats
plupart ne l’avaient pas fait et cela à cause de leur concernés l’autorisent.
isolement dans la société sud-africaine. Selon le
HCR, quelque 7 000 réfugiés somaliens vivaient
en Afrique du Sud au début de 2005. Migrants temporaires et migrants en
situation irrégulière

44. Les enfants qui sont emmenés d’un pays ou Même si le droit de s’intégrer dans la so-
d’un continent à un autre peuvent être trauma- ciété où ils vivent n’est généralement pas
accordé aux migrants temporaires et mi-
tisés par le fait qu’ils ont laissé derrière eux un
grants en situation irrégulière, leurs droits
mode de vie familier et se retrouvent dans une devraient être pleinement respectés et ils
société où la langue, la culture, les valeurs et le devraient être protégés contre l’exploita-
mode de vie sont fort différents. La migration tion et les abus.
peut entraîner des tensions entre hommes et fem-
mes ainsi qu’entre générations, et ces conflits
46. Les migrants temporaires et les migrants au
peuvent affecter très directement la santé et le
statut irrégulier sont deux autres groupes qui
bien-être des plus jeunes membres d’une famille.
présentent des défis particuliers en rapport avec
Dans les pires des cas, cela peut entraîner des
leur situation sociale et leur intégration. La réti-
violences et d’autres formes de maltraitance, par-
cence de certains Etats à envisager l’introduction
ticulièrement à l’encontre des filles et des jeunes
de programmes de migration temporaire, et cela
femmes. En grandissant, les enfants de migrants
malgré leur besoin de travailleurs supplémentai-
ou ceux qui appartiennent à une minorité peu-
res, vient de leur crainte que les participants à de
vent éprouver un sentiment d’aliénation et des
tels programmes, en particulier ceux qui sont à
incertitudes quant à leur identité et à leurs loyau-
l’extrémité inférieure du marché du travail, ne
tés, surtout s’ils sont confrontés à des discrimi-
retourneront pas dans leur pays au terme de leur
nations et à de la xénophobie de la part d’autres
engagement.
membres de la société. Les enfants de migrants
en situation irrégulière sont particulièrement 47. La Commission reconnaît que ce souci est
vulnérables puisqu’ils risquent de se retrouver bien réel et admet que les Etats ont un intérêt
apatrides et de ne pas pouvoir faire valoir leur légitime à traiter les travailleurs migrants tem-
droit à l’éducation. poraires ou contractuels différemment de ceux
qui ont été admis à résider de façon permanente.

55
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Dans le même temps, et dans l’intérêt de la co- leur demande de statut de réfugié mais n’ont pas
hésion et de l’harmonie sociales, il est essentiel le droit de travailler pendant ce temps, même
de veiller à ce que les migrants qui ont été admis s’ils ont des compétences recherchées par l’éco-
dans un autre pays à titre temporaire bénéficient nomie nationale.
du processus d’inclusion, en ce sens que leurs 50. Il faut que les États respectent leur obliga-
droits humains soient respectés, qu’ils soient tion d’assurer aux migrants en situation irrégu-
protégés contre l’exploitation et les abus et qu’ils lière et à leur famille les services essentiels, tels
puissent établir des relations conviviales avec les que les soins médicaux indispensables et l’édu-
autres membres de la société. Les recommanda- cation des enfants. Comme il est proposé au
tions présentées au chapitre 1 apportent quel- chapitre 3 du présent rapport, les Etats qui tolè-
ques propositions spécifiques relatives à cette rent la présence de ces migrants sur leur terri-
question. toire et en bénéficient devraient aussi envisager
sérieusement des mesures de régularisation de
Migrants en situation irrégulière leur statut, ce qui empêcherait qu’ils ne soient
marginalisés.
48. La Commission est consciente du fait que
les Etats ne sont généralement pas prêts à envi-
sager les questions de l’intégration ou de l’inclu- Le discours public sur l’intégration
sion sociale dans le cas des migrants qui sont
Les personnes et les organisations qui ont
entrés ou sont restés sur leur territoire de ma- de l’influence sur l’opinion publique de-
nière irrégulière. Ce problème peut sembler, de vraient aborder la question des migrations
prime abord, relativement clair. En effet, à moins internationales de manière objective et
que ces migrants réussissent à régulariser leur si- responsable.
tuation d’une manière ou d’une autre cas, dans
lequel ils ne peuvent plus être décrits comme 51. Dans de nombreux pays, la situation des
étant en situation irrégulière, ils sont, normale- migrants au sein de la société a été compromise
ment, sujets au renvoi du territoire. par des récits dans les médias qui dépeignent les
49. Dans la pratique, cependant, la situation so- membres de populations migrantes ou minori-
ciale des migrants qui sont arrivés de manière taires sous le jour le plus noir : comme des
irrégulière ne peut être ignorée aussi aisément, criminels, des terroristes et, plus généralement,
car ces migrants et leurs enfants ont à la fois des des gens qui représentent une menace pour le
besoins à satisfaire et des droits qui doivent être mode de vie établi. Dans certaines situations,
respectés. Il peut être affirmé que des personnes l’ignorance et les reportages menés à la légère ont
qui ont vécu dans un pays pendant une longue obscurci la réalité objective. Dans les pires des
période, spécialement s’ils y ont travaillé et ap- cas, des journalistes ont propagé des mythes et
porté leur contribution à l’économie nationale, soutenu l’agenda de politiciens populistes et de
peuvent faire valoir certains droits d’accès aux groupes de pression qui cherchent à mobiliser la
services de l’Etat, indépendamment de leur sta- xénophobie comme moyen de s’attirer le sou-
tut juridique. La Commission s’inquiète aussi des tien populaire. Les réfugiés, les requérants d’asile
cas où des requérants d’asile attendent pendant et les migrants arrivés dans un pays de manière
des années de recevoir une décision définitive sur irrégulière sont souvent la cible d’attaques.

56
Diversité et cohésion: les migrants au sein de la société

52. La Commission est fortement favorable à grammes que par la composition de leur person-
l’existence d’une presse libre et reconnaît qu’il nel. Les écoles, associations d’immigrants, orga-
peut être dangereux de chercher à contrôler le nismes religieux, syndicats et autres institutions
discours public sur les migrations internationa- de la société civile ont aussi un rôle important à
les. Les migrants, comme les autres membres de jouer en influençant le discours public sur les
la société, peuvent être impliqués dans des délits migrations et en veillant à ce que ce débat soit
et des comportements antisociaux, dont il faut mené de manière objective.
rendre compte. La Commission recommande 54. L’intégration n’est pas un processus rapide,
fortement un débat responsable sur les migra- simple ou linéaire. Elle prend généralement du
tions, qui garantirait que la réputation de per- temps, peut subir des revers et se dérouler plus
sonnes originaires d’autres pays ne soit pas harmonieusement dans certains domaines de la
entachée en raison de leur origine ou de leur vie que dans d’autres. C’est un processus qui
statut juridique. La Commission reconnaît aussi demande beaucoup des nationaux autant que des
la valeur des codes de conduite volontaires et migrants, exigeant qu’ils adaptent leurs attitu-
autres mécanismes autorégulateurs pour les des et apportent des changements dans leur
médias, ainsi que des procédures qui assurent un façon de vivre. C’est aussi un processus qui mé-
droit de réponse aux personnes ou groupes de rite un investissement important, pas seulement
personnes qui ont été diffamés. à cause de ses difficultés, mais aussi à cause des
53. Ces approches doivent être complétées par récompenses économiques, sociales et culturel-
des mesures visant à promouvoir l’intégration, les qu’il apporte. Alors que l’échelle et la portée
favoriser la cohésion sociale et encourager le des migrations internationales prennent de l’am-
respect des droits des migrants. A cet égard, la pleur, les pays et les communautés doivent saisir
Commission félicite les médias qui ont fait cette opportunité pour tirer le meilleur parti de
preuve d’un engagement en faveur de la diver- leur diversité.
sité sociale, autant par la nature de leurs pro-

57
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

CHAPITRE CINQ

Une approche fondée sur des principes :


lois, normes et droits de l’homme
Le cadre légal et normatif applicable aux migrants internationaux
doit être renforcé et mis en œuvre d’une façon plus efficace et sans
discrimination afin de respecter les droits humains et les conditions de travail
dont chaque migrant doit pouvoir bénéficier. Conformément aux dispositions de
ce cadre législatif et normatif, les Etats et les autres acteurs doivent aborder
les questions migratoires de façon plus conséquente et cohérente.

1. Les politiques migratoires internationales coutumier et de divers instruments juridiques


sont traditionnellement considérées du ressort mondiaux et régionaux contraignants, de con-
des Etats, qui exercent leur droit souverain de ventions non contraignantes et d’ententes sur les
réglementer l’entrée de non-nationaux sur leur politiques conclues entre Etats, aux niveaux
territoire. Cependant, dans l’exercice de ce droit mondial et régional. De nombreux éléments de
souverain, les Etats ont reconnu depuis long- ce cadre ne sont pas spécifiques aux migrations,
temps la nécessité d’une approche plus large, mais traitent des questions plus larges de droits
basée sur un ensemble convenu de lois et de nor- individuels, de responsabilité des Etats et de re-
mes et destinée à assurer que les questions mi- lations entre Etats.
gratoires soient traitées d’une manière fondée sur
des principes et prévisible. Plus spécifiquement, 3. Les signataires de la Charte de l’ONU, par
ces lois et ces normes ont trois fonctions liées exemple, acceptent « d’employer l’appareil inter-
entre elles : établir les pouvoirs et les obligations national pour la promotion du progrès écono-
des Etats quant au contrôle de l’arrivée, de la mique et social de tous les peuples, de réaliser la
résidence et du départ des migrants, identifier coopération internationale en résolvant les
les domaines des politiques migratoires dans les- problèmes internationaux d’ordre économique,
quels les Etats sont convenus de coopérer entre social, intellectuel ou humanitaire, et en déve-
eux ; et spécifier les droits et les responsabilités loppant et encourageant le respect des droits de
des migrants eux-mêmes. Cet avant-dernier cha- l’homme et des libertés fondamentales pour tous,
pitre est axé essentiellement sur la question des sans distinctions de race, de sexe, de langue ou
droits des migrants, tandis que les questions de de religion. » Bien que ces principes aient un
coopération entre Etats et de gouvernance des caractère général, ils ont une évidente pertinence
migrations internationales seront abordées au en ce qui concerne la manière dont les Etats abor-
dernier chapitre. dent la question des migrations internationales.

2. Le cadre juridique et normatif qui concerne 4. Si le cadre juridique et normatif a une


les migrants internationaux ne peut être réuni longue histoire, on a pu constater ces dernières
dans un seul document, mais provient du droit années un regain d’intérêt pour son évolution.

58
Une approche fondée sur des principes : lois, normes et droits de l’homme

Cet intérêt provient de divers facteurs liés entre citoyens entraîne une surveillance plus étroite des
eux : l’interdépendance grandissante des Etats, migrants, situation qui a d’importantes implica-
l’ampleur et la complexité accrues de la mobilité tions en matière de droits humains.
des personnes et le soutien des défenseurs des
droits de l’homme. Eléments du cadre légal et normatif
5. La Commission mondiale sur les migrations 7. Comme indiqué plus haut, le cadre des droits
internationales accueille avec satisfaction cette de l’homme a diverses sources. Outre la Charte
focalisation nouvelle sur la protection des droits de l’ONU, des dispositions importantes relati-
humains des migrants. Si la communauté inter- ves aux droits des migrants figurent dans la Dé-
nationale veut formuler une réponse cohérente claration universelle des droits de l’homme, dans
à la question des migrations internationales, cette de nombreux traités de l’ONU sur les droits
réponse doit nécessairement être issue de lois, humains et Conventions du travail de l’OIT, ainsi
de normes et d’ententes sur des politiques ayant que dans la Convention de l’ONU de 1951 re-
l’entier soutien des Etats et autres acteurs con- lative au statut des réfugiés et son protocole de
cernés. L’obstacle principal à la protection des 1967, la Convention de Vienne de 1963 sur les
droits des migrants n’est pas l’absence de lois, relations consulaires et les deux protocoles sur la
mais la défaillance des Etats à respecter les con- lutte contre la traite des personnes et contre le
ventions, les accords et les déclarations qu’ils ont trafic de migrants de la Convention des Nations
librement acceptés. Unies contre la criminalité transnationale orga-
nisée, entrés en vigueur respectivement en 2003
Le cadre des droits de l’homme et 2004.
Les Etats doivent protéger les droits des mi- 8. De même, plusieurs conventions régionales
grants en renforçant le cadre normatif des sur les droits humains, appliquées par des tribu-
droits humains s’appliquant aux migrants naux et des commissions qui peuvent examiner
internationaux et en veillant à ce que ses des affaires entre individus aussi bien qu’entre
dispositions soient appliquées de manière
Etats et statuer à leur sujet, ont vu le jour ces
non-discriminatoire.
dernières années. Des efforts importants sont
aussi entrepris pour élaborer des ententes inter-
6. Dans le contexte international actuel, il est nationales sur la question des migrations, autant
particulièrement nécessaire de veiller à ce que les entre les Etats qu’au sein de la société civile et du
personnes qui se déplacent d’un pays à un autre secteur privé. Ces initiatives seront examinées
aient la possibilité d’exercer les droits qui leur plus en détail au chapitre suivant.
sont reconnus par le droit international. De nom-
breux travailleurs migrants sont exposés à l’ex-
ploitation et aux abus parce qu’ils ont peu de Traités et organes de suivi des traités
pouvoir de négociation de leurs conditions d’em- 9. L’ONU a établi sept instruments en matière
ploi et parce que trop d’employeurs et de gou- de droits de l’homme, que le Haut commissariat
vernements ne respectent pas les normes du des Nations Unies pour les droits de l’homme
travail convenues au niveau international. De définit comme les « traités fondamentaux en
plus, le souci légitime des Etats de lutter contre matière de droits de l’homme ». Ils comprennent
le terrorisme international et de protéger leurs deux pactes généraux pour la protection des

59
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

droits civils, politiques, économiques, sociaux et comme fondement des droits des migrants. Elle
culturels, et cinq conventions qui apportent une invite instamment les Etats à renforcer ce cadre
protection plus spécifique contre la discrimina- et à veiller à ce que ses dispositions soient appli-
tion raciale et la torture et qui protègent les droits quées de manière non discriminatoire. La Com-
des enfants, des femmes et des travailleurs mi- mission a recueilli une quantité considérable
grants. Leur application est contrôlée par des d’éléments indiquant que des Etats qui ont rati-
comités d’experts indépendants, collectivement fié des traités internationaux et régionaux sur les
appelés organes de suivi des traités. Six de ces droits humains ne les respectent pas toujours dans
traités ont été ratifiés par 135 à 192 Etats, tandis la pratique et ne les appliquent pas de manière
que la Convention sur les travailleurs migrants équitable à l’endroit des migrants internationaux.
de 1990 n’a pour l’instant que 30 parties. C’est Par exemple, comme il sera expliqué plus loin
pourquoi tous les Etats sont liés, du fait de leur dans ce chapitre, les femmes migrantes qui tra-
ratification, par au moins un des sept traités vaillent comme employées de maison ne sont pas
fondamentaux sur les droits de l’homme. Plus toujours protégées correctement contre les abus
de détails sur ces ratifications se trouvent dans et l’exploitation sexuelle, et sont parfois obligées
l’Annexe III. de remettre leur passeport à leur employeur, ce
qui les met dans l’impossibilité de quitter le pays
où elles travaillent.
Traités sur les droits de l’homme
Le socle du cadre juridique et normatif qui 11. La Commission soutient le principe voulant
s’applique aux migrants se trouve dans la que le fait d’entrer dans un pays en contraven-
Déclaration universelle des droits de l´homme
tion à ses lois sur l’immigration ne prive pas les
ainsi que dans les sept traités sur les droits de
l’homme de l’ONU, qui confèrent un caractère migrants des droits humains fondamentaux que
juridique aux droits contenus dans la Déclaration : prévoient les instruments relatifs aux droits de
la Convention internationale sur l’élimination de l’homme cités ci-dessus et n’affecte pas non plus
toutes les formes de discrimination raciale de
l’obligation des Etats de protéger les migrants
1965, le Pacte international relatif aux droits civils
et politiques de 1966, le Pacte international relatif en situation irrégulière. Selon les traités existants
aux droits économiques, sociaux et culturels de et le droit coutumier, les Etats ont l’obligation
1966, la Convention sur l’élimination de toutes les minimale de respecter et défendre les droits fon-
formes de discrimination à l’égard des femmes de
damentaux de tous les êtres humains, ce qui com-
1979, la Convention contre la torture et autres
peines ou traitements cruels, inhumains ou prend le droit à la vie et à l’égalité devant la loi,
dégradants de 1984, la Convention des droits de ainsi que la protection contre les violations des
l’enfant de 1989 et la Convention internationale droits humains telles que l’esclavage, la déten-
sur la protection des droits de tous les
tion arbitraire prolongée, la discrimination ra-
travailleurs migrants et des membres de leur
famille de 1990. ciale et la torture, de même que les traitements
cruels, inhumains ou dégradants. En règle géné-
rale, ces dispositions s’appliquent aux citoyens
10. Ces instruments relatifs aux droits de comme aux non-nationaux, aux migrants au
l’homme ont une application universelle et s’ap- statut régulier et aux autres migrants, constituant
pliquent généralement aux migrants comme aux donc un élément important du cadre normatif.
citoyens. La Commission tient à souligner l’im-
portance de ce cadre de traités internationaux

60
Une approche fondée sur des principes : lois, normes et droits de l’homme

Articuler le cadre juridique et normatif les réalités changeantes des migrations que l’on
12. Comme on l’a vu, le cadre juridique et nor- rencontre sur le terrain. Trois exemples sont le
matif qui s’applique aux migrants internationaux mouvement des personnes qui migrent à des fins
est dispersé dans de nombreux traités, des dis- de regroupement familial, la question de la dou-
positions de droit coutumier, des conventions ble nationalité et la réglementation des agences
non contraignantes et des ententes sur les politi- privées de recrutement et de placement de tra-
ques. De ce fait, les dispositions relatives à la vailleurs migrants. La Commission recommande
protection des droits des migrants ne sont pas que les Etats, les organismes régionaux et les
articulées d’une manière claire et accessible, ce organisations internationales concernées exami-
qui complique l’application effective des dispo- nent les possibilités d’établir des conventions ou
sitions, et donc le respect des droits des migrants. des accords sur les questions qui ne sont pas suf-
La Commission voit l’intérêt d’articuler ce fisamment couvertes par le cadre juridique et
cadre en une compilation de toutes les disposi- normatif actuel.
tions des traités et des autres normes relatives
aux migrations internationales et aux droits La Convention de 1990
humains des migrants. L’Organisation interna- 15. La Convention internationale sur la protec-
tionale pour les migrations, qui a initié un tion des droits de tous les travailleurs migrants
projet d’examen de l’état actuel du droit inter- et des membres de leur famille de 1990 établit
national des migrations, est bien placée pour en un seul instrument les droits des migrants ; la
contribuer à un tel processus, en coopération avec plupart de ces droits ont déjà été acceptés par les
d’autres organismes concernés. Etats à travers la ratification des six autres traités
13. Ce travail d’articulation pourra contribuer à fondamentaux en matière de droits de l’homme
une formation plus systématique des gouverne- ainsi que des normes du travail de l’OIT. La
ments en matière de droit international et deve- Convention de 1990, entrée en vigueur en 2003
nir partie intégrante des activités de renforcement et actuellement ratifiée par 30 pays, comprend
des capacités, permettant ainsi de renforcer le aussi des dispositions importantes sur la préven-
respect des droits humains des migrants. Il aidera tion de la migration irrégulière, les obligations
aussi à identifier les lacunes du cadre juridique des migrants et le rôle de la coopération entre
et normatif. Une analyse initiale entreprise par Etats pour réglementer le mouvement des per-
la Commission indique que le cadre est relative- sonnes de manière rationnelle et équitable.
ment bien élaboré en ce qui concerne les ques- 16. Même si la Convention distingue entre
tions de protection des réfugiés et la répression travailleurs migrants au statut régulier et en si-
de la traite des êtres humains et du trafic des tuation irrégulière, elle protège les droits fonda-
migrants. Le droit international est aussi solide- mentaux de tous les travailleurs migrants. La
ment établi pour ce qui est de l’obligation im- plupart des droits accordés à tous les travailleurs
posée aux Etats de permettre le départ de leurs migrants, y compris ceux qui n’ont pas de statut
nationaux et de les réadmettre lorsqu’ils cher- légal, sont des droits civils et politiques fonda-
chent à retourner dans leur pays de citoyenneté mentaux, comprenant le droit de n’être pas sou-
ou sont obligés de le faire. mis à la torture ni au travail forcé, le droit à la
14. Dans d’autres domaines, par contre, ce vie, à un traitement juste, à la sécurité de la per-
cadre est moins consistant et a pris du retard sur sonne et à la liberté d’opinion et de religion. Les

61
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

dispositions de la Convention à ce sujet repren- notamment son étendue et sa complexité, les


nent les termes du Pacte international relatif aux obligations techniques et financières qu’elle
droits civils et politiques de 1966. impose aux Etats qui l’ont ratifiée, ainsi que l’opi-
nion de certains Etats, selon laquelle elle contre-
17. Certains droits économiques, sociaux et cul-
dit leur propre législation nationale sur les
turels sont aussi accordés à tous les travailleurs
migrations ou n’y ajoute rien d’utile.
migrants, notamment les soins médicaux d’ur-
gence et l’accès à l’éducation pour les enfants de 20. De plus, un certain nombre de pays ont
travailleurs migrants. Certains droits – tel le re- déclaré qu’ils ne souhaitaient pas ratifier la Con-
groupement familial – sont cependant accordés vention de 1990 parce qu’elle accorde aux
uniquement aux migrants au statut régulier, et migrants (en particulier ceux qui ont migré de
l’application des droits syndicaux dépend du sta- manière irrégulière) des droits qui ne figurent
tut juridique du travailleur migrant. Dans quel- pas dans les autres traités fondamentaux et parce
ques cas, la Convention étend certains droits que, de manière générale, elle rejette la distinc-
existants contenus dans d’autres traités fonda- tion entre les migrants qui se sont déplacés de
mentaux ; par exemple, elle confère aux manière régulière ou irrégulière. Certains pays
travailleurs migrants le droit de recours direct ont aussi émis l’avis que les dispositions de la
contre leurs employeurs ainsi que contre l’Etat, Convention de 1990 relatives à la non-discrimi-
et considère la confiscation abusive de passeports nation leur rendraient plus difficile l’introduc-
et pièces d’identité comme une infraction tion de programmes de migration temporaire qui
pénale. ne conféreraient pas aux participants les mêmes
droits qu’aux autres travailleurs.
18. La Convention exige des Etats qu’ils coopè-
rent dans les mesures prises pour le retour des 21. Les Etats et les groupes de la société civile
migrants en situation irrégulière et autres mi- qui appuient la ratification soutiennent que les
grants d’une façon bien ordonnée, ainsi que dans arguments contre celle-ci se fondent sur une er-
la détection, la prévention et l’élimination de la reur d’interprétation de la Convention. Ils affir-
migration irrégulière et de l’embauche de mi- ment que la Convention réunit en un seul texte
grants en situation irrégulière. Il est clairement l’essentiel des droits qui sont énoncés dans
affirmé que la Convention n’accorde pas aux tra- d’autres traités fondamentaux, que la majorité
vailleurs en situation irrégulière le droit à la des États ont ratifiés. Ils considèrent que l’im-
régularisation de leur statut. portance de la Convention de 1990 provient de
ce qu’elle fait la synthèse des droits existants, et
19. Le Secrétaire général de l’ONU a appelé les permet d’accorder une protection pour un
Etats à ratifier la Convention de 1990. Cepen- groupe de personnes qui se trouvent souvent dans
dant, comme indiqué plus haut, seulement 30 des situations où ils sont vulnérables, ainsi que
pays, qui sont tous principalement des pays d’ori- du rôle qu’elle peut jouer dans le renforcement
gine ou de transit, ont actuellement ratifié le de l’élaboration d’une approche des migrations
traité, dont 10 l’ont fait après l’avoir initialement fondée sur des droits. Tout en reconnaissant que
signé. Quinze autres Etats ont signé le traité mais le processus de ratification est assez lent, les par-
ne l’ont pas encore ratifié. Plusieurs raisons ont tisans de cette position font aussi remarquer que
été avancées pour la décision de nombreux États peu de ressources ont été consacrées à la promo-
de ne pas ratifier la Convention de 1990, tion de la Convention de 1990 et que l’entrée

62
Une approche fondée sur des principes : lois, normes et droits de l’homme

en vigueur du Pacte international relatif aux Souveraineté et responsabilité des Etats


droits civils et politiques, aujourd’hui largement Tous les Etats doivent veiller à ce que le
ratifié, a demandé dix ans. Ils ajoutent que la principe de responsabilité de l’Etat pour la
Convention de 1990 pourrait encore attirer un protection des personnes se trouvant sur
plus large appui dans les années à venir. son territoire soit mis en pratique, de ma-
nière à réduire les pressions qui incitent des
personnes à migrer, à, protéger les migrants
Approches complémentaires qui sont en transit et à garantir les droits
humains de ceux qui se trouvent dans les
22. Vu la décision de nombreux Etats de ne pas pays de destination.
ratifier la Convention de 1990, la Commission
considère que des approches complémentaires sur
la question des droits des migrants sont particu- 25. Bien que le cadre juridique et normatif des
lièrement nécessaires. Premièrement, et comme migrations internationales ait évolué ces derniè-
il a été recommandé dans la section précédente, res années, de nombreux problèmes persistent
les Etats doivent appliquer intégralement toutes dans la mise en œuvre des principes que les Etats
les dispositions des instruments relatifs aux droits ont formellement acceptés. Pour s’atteler à cette
humains qu’ils ont déjà ratifiés, en veillant à ce question, la Commission appelle les Etats à prê-
que ces droits soient accordés sans discrimina- ter attention aux conclusions du Groupe de haut
tion aux citoyens et aux migrants. Ils doivent niveau sur les menaces, les défis et le change-
aussi remplir leur obligation de rendre compte ment, qui a déclaré dans son rapport de l’année
aux organes de suivi des traités. 2004 au Secrétaire général de l’ONU, Kofi
Annan, que « en signant la Charte des Nations
23. Deuxièmement, les Etats devraient mettre en Unies, les Etats ne bénéficient pas seulement des
application les protocoles sur la traite et sur le privilèges de la souveraineté, mais en acceptent
trafic, entrés en vigueur respectivement en 2003 aussi les responsabilités ». La Commission attire
et 2004, de la Convention contre la criminalité l’attention sur certains aspects spécifiques des
transnationale organisée, protocoles qui protè- migrations internationales qui exigent des Etats
gent les droits des migrants victimes de la traite des efforts renouvelés pour s’acquitter de leurs
et du trafic. Les Etats peuvent être plus disposés obligations, et qui nécessitent des initiatives de
à reconnaître et respecter les droits des migrants renforcement des capacités pour soutenir les
s’ils se sentent en mesure de contrôler l’arrivée Etats.
de non-citoyens sur leur territoire.
24. Troisièmement, il est urgent de combler
Les pays d’origine
l’écart qui existe actuellement entre les principes
contenus dans le cadre juridique et normatif qui 26. En premier lieu, comme on l’a vu au chapi-
s’appliquent aux migrants internationaux et l’in- tre 1, les Etats doivent s’efforcer de veiller à ce
terprétation et la mise en œuvre au niveau que leurs citoyens migrent par choix, et non par
national des législations, des politiques et des pra- manque de sécurité ou de moyens de subsistance
tiques. Cette tâche est examinée dans la section dans leur propre pays. Dans trop de régions du
qui suit. monde, la migration est devenue une stratégie
de survie, employée par des personnes qui cher-
chent à fuir un conflit armé, des violations des

63
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

droits humains, un gouvernement autoritaire ou des accords bilatéraux avec les pays de destina-
corrompu, ainsi que le chômage et la pauvreté. tion pour établir des ententes claires sur les con-
Les groupes défavorisés de la société, tels que les ditions de travail et de vie qui seront accordées à
femmes, les minorités ethniques, les peuples in- leurs citoyens.
digènes ou les apatrides, sont souvent ceux qui 30. La Commission tient à féliciter les pays qui
cherchent le plus désespérément à partir et les ont nommé du personnel consulaire et des atta-
plus exposés à la traite et au trafic. chés du travail pour s’assurer des bonnes condi-
27. La Commission considère qu’il est essentiel tions de vie de leurs citoyens qui travaillent à
d’éradiquer de tels abus, et appelle donc les Etats l’étranger, veiller à ce qu’ils aient accès à une re-
à respecter les droits humains et les principes de présentation juridique et, au besoin, intercéder
bonne gouvernance, à instaurer des processus en leur nom auprès des autorités et des em-
démocratiques et à promouvoir le renforcement ployeurs. La Commission recommande que
du pouvoir d’action des femmes. La Commis- l’OIT se charge de préparer et diffuser une com-
sion invite aussi instamment les Etats à respecter pilation des pratiques efficaces dans ce domaine,
les dispositions des protocoles sur la traite et sur afin d’encourager d’autres pays à faire de même.
le trafic, qui soulignent la nécessité de s’attaquer
aux racines de ces phénomènes en réduisant la Contrôle des frontières et protection
pauvreté, le sous-développement et le manque internationale
d’égalité des chances, ainsi qu’en accordant une 31. Deuxièmement, tout en reconnaissant plei-
attention particulière aux régions économique- nement le droit des Etats de contrôler leurs fron-
ment et socialement déprimées. tières et d’assurer la sécurité de leurs citoyens, la
28. La Commission invite instamment les pays Commission appelle les gouvernements à veiller
d’origine à assumer une responsabilité active pour à ce que leurs efforts pour atteindre ces objectifs
les citoyens qui se proposent d’émigrer ou qui soient alignés sur leur responsabilité de protéger
vivent déjà à l’étranger, y compris ceux qui ont les droits humains des personnes qui franchis-
migré de manière irrégulière. Cet objectif peut sent leurs frontières. Comme on l’a vu au chapi-
être assumé de diverses façons. Les gouverne- tre trois, il est particulièrement nécessaire de
ments peuvent offrir aux candidats à l’émigra- veiller à ce que les victimes de persécution aient
tion, en particulier aux travailleurs temporaires accès au territoire d’autres Etats et puissent jouir
une orientation et une formation avant leur d’une protection internationale dans ces Etats.
départ afin qu’ils aient une meilleure compré- 32. Selon le principe contraignant de non-refou-
hension de leurs droits et de leurs obligations et lement (qui interdit aux Etats de refouler des
soient mieux préparés à affronter l’expérience du personnes vers des pays où leur vie et leur liberté
travail dans un pays étranger. seraient en danger), il est indispensable aussi de
29. Les pays d’origine devraient aussi certifier, veiller à ce que ces personnes ne soient pas ren-
réglementer et, lorsque c’est nécessaire, poursui- voyées dans des pays où leur vie ou leur liberté
vre les agences de recrutement peu scrupuleuses, pourraient être en danger. A cet égard, la Com-
pour faire en sorte que les migrants ne reçoivent mission appelle les Etats à mettre en œuvre
pas de fausses informations ou ne soient pas ex- « l’Agenda pour la protection » du HCR, en
posés à l’exploitation. Ils peuvent aussi conclure particulier les dispositions du chapitre intitulé

64
Une approche fondée sur des principes : lois, normes et droits de l’homme

« Renforcer la protection des réfugiés dans le efforts de renforcement des capacités dans les pays
cadre de mouvements de migration plus larges ». concernés. Ces efforts devraient être dirigés vers
l’amélioration des contrôles frontaliers, la lutte
contre le trafic et la traite et, dans certains cas, la
Pays de transit
facilitation du retour dans les pays d’origine, en
33. Troisièmement, la Commission constate le sécurité et dans la dignité.
peu d’attention accordée à la responsabilité des
37. Dans le même temps, chaque Etat doit pro-
Etats de protéger les droits des personnes qui tra-
téger les droits et le bien-être des migrants. Les
versent leur territoire, en route vers un autre pays
États devraient, par exemple, prêter assistance aux
ou un autre continent. Vu la longueur et la com-
migrants qui sont bloqués dans un pays de tran-
plexité grandissante des itinéraires qu’emprun-
sit, veiller à ce que les migrants qui souhaitent
tent les migrants internationaux et leur
demander le statut de réfugié aient accès à des
dépendance accrue vis-à-vis des trafiquants, il est
procédures d’asile efficaces et trouver des solu-
nécessaire d’accorder une plus grande attention
tions provisoires pour les migrants en transit qui
à ce problème.
ne se qualifient pas pour le statut de réfugié, mais
34. En principe, la Commission affirme que ne peuvent retourner dans leur pays d’origine.
l’obligation d’un Etat envers les migrants (au sta-
tut régulier ou irrégulier) sur son territoire n’est
aucunement réduite par le fait que ces migrants Pays de destination
se proposent de poursuivre leur déplacement vers 38. Quatrièmement, la Commission invite ins-
un autre pays. En pareil cas, les Etats ont le de- tamment tous les Etats, développés et en déve-
voir de protéger les droits fondamentaux de tous loppement, à s’acquitter de leur responsabilité
les migrants en transit, ce qui inclut le principe de protéger les droits des migrants au moyen de
de non-refoulement. législations, de politiques et de pratiques natio-
35. La protection des migrants dans les pays de nales et en veillant à ce que ces lois et ces politi-
transit engendre deux problèmes spécifiques. ques soient conformes aux traités internationaux
D’un côté, ces pays ont souvent intérêt au dé- qu’ils ont ratifiés.
part des migrants qui traversent leur territoire, 39. Il serait fallacieux de donner l’impression que
et peuvent par conséquent n’avoir guère d’inté- les migrants internationaux sont invariablement
rêt à offrir aux migrants en transit des facilités ou inévitablement maltraités une fois qu’ils arri-
ou des services qui seraient pour eux une incita- vent dans leur pays de destination. La Commis-
tion à rester. D’un autre côté, beaucoup des plus sion a rencontré nombre d’exemples de bonnes
importants pays de transit dans le monde sont pratiques dans ce domaine, et elle invite instam-
relativement pauvres et manquent à la fois d’ex- ment les Etats et les organisations internationa-
périence et de capacités pour traiter de cette les à faire en sorte que ces exemples soient
forme de migration. documentés, diffusés et imités dans d’autres pays.
36. La protection des migrants en transit doit être 40. Cela étant, la Commission s’est inquiétée
reconnue comme une responsabilité internatio- d’entendre durant ses consultations à quel point
nale, et il est nécessaire de mobiliser des ressour- les migrants sont exposés au risque de discrimi-
ces au niveau multilatéral afin de soutenir les nation et d’exploitation par des garde-frontiè-

65
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

res, policiers, autorités locales, propriétaires ter- bilité aux questions de genre, tandis que les em-
riens, recruteurs, employeurs, membres de la ployeurs devraient avoir à répondre des condi-
société d’accueil et personnes puissantes dans leur tions qu’ils offrent aux travailleurs migrants et
propre communauté, ainsi que par les trafiquants aux autres employés, à travers des systèmes d’ins-
de migrants et ceux qui se livrent à la traite. Les pection du travail efficaces et des procédures
migrants sans qualifications, illettrés ou qui se judiciaires. Une législation appropriée est néces-
sont déplacés de manière irrégulière sont parti- saire aussi afin de supprimer les incitations pour
culièrement vulnérables aux violations des droits les employeurs à engager des travailleurs migrants
humains, en partie parce qu’ils sont plus suscep- en situation irrégulière et pour ces migrants à
tibles de ne pas connaître leurs droits et en par- accepter un travail non autorisé. Les organisa-
tie parce qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas tions internationales et les donateurs bilatéraux
porter ces abus à l’attention des autorités. ont un rôle important à jouer dans le renforce-
ment des capacités nécessaire pour atteindre ces
41. Comme il a été dit au chapitre 4, lorsque des
objectifs.
migrants arrivent dans un pays, un énoncé com-
plet et écrit de leurs droits et de leurs obligations 44. La Commission félicite les pays de destina-
devrait leur être remis, afin qu’ils en soient tion qui proposent aux migrants des canaux con-
pleinement informés. Tandis que certains pays fidentiels (comme les lignes d’assistance
de destination peuvent souhaiter élaborer un tel téléphonique) pour soumettre des plaintes con-
énoncé au niveau national, la Commission es- cernant leurs employeurs, qui offrent un abri et
time que les principales organisations interna- des services sociaux aux migrants victimes d’abus
tionales qui traitent des droits des migrants et qui apportent une assistance aux migrants qui
devraient coopérer dans la formulation d’un texte souhaitent retourner chez eux parce que leurs
standard à l’usage des Etats qui ne possèdent pas droits n’ont pas été respectés. Tous les Etats
les capacités d’élaboration d’un tel document. devraient envisager l’introduction de telles
mesures.
42. Pour empêcher que se produisent des viola-
tions des droits de l’homme, la Commission 45. La Commission estime qu’il est essentiel de
estime essentiel que les Etats veillent à ce que les veiller à ce que les questions de migrations soient
lois et les normes du travail nationales s’appli- abordées par un large éventail de parties prenan-
quent aussi bien aux migrants qu’aux citoyens. tes gouvernementales et non gouvernementales.
Malheureusement, tel n’est pas le cas actuelle- Il est particulièrement nécessaire de veiller à ce
ment dans nombre de pays. La Commission in- que les ministères du travail, des affaires sociales
vite aussi instamment les Etats à adopter et et de la justice, ainsi que les organismes natio-
appliquer une législation qui protège spécifique- naux des droits de l’homme soient pleinement
ment les migrants contre les comportements dis- engagés dans le suivi et la promotion des droits
criminatoires et leur donne accès à des remèdes humains des migrants.
efficaces lorsque des violations se produisent.
43. Les agents gouvernementaux concernés La traite des personnes
devraient recevoir une formation sur les droits 46. Finalement, et comme il a été expliqué dé
des migrants qui tienne compte des aspects cul- façon plus détaillée au chapitre 3, la Commis-
turels, de la lutte contre le racisme et de la sensi- sion s’inquiète particulièrement du sort des

66
Une approche fondée sur des principes : lois, normes et droits de l’homme

personnes qui sont victimes de traite à l’intérieur mentés par les pays dans lesquels ils opèrent, c’est
des frontières nationales et à travers ces frontiè- loin d’être toujours le cas.
res, et souligne la nécessité d’éradiquer ces acti- 49. Une fois que les migrants arrivent dans leur
vités criminelles. En raison de la nature souvent pays de destination, beaucoup, en particulier ceux
transnationale du phénomène, une coopération qui sont arrivés de manière irrégulière, occupent
entre pays d’origine, de transit et de destination des emplois manquant de sécurité et de bas sta-
est particulièrement nécessaire pour poursuivre tut que les nationaux refusent d’occuper pour
les malfaiteurs, protéger leurs victimes et élimi- les salaires proposés. Dans certaines situations,
ner la demande de leurs services. les migrants peuvent avoir à s’opposer à un em-
ployeur qui les exploite ou à un Etat qui n’est
Les droits et les conditions de travail des pas en mesure ou pas désireux de les protéger.
travailleurs migrants Ce genre de situation est particulièrement sus-
ceptible de se produire dans des pays en déve-
Gouvernements et employeurs doivent
veiller à ce que tous les migrants soient en loppement où beaucoup de nationaux ont de la
mesure de bénéficier d’un travail décent tel peine à trouver un travail décent et correctement
que défini par l’OIT et d’une protection rémunéré et où le travail des enfants est courant.
contre l’exploitation et les abus. Des efforts
50. Dans de telles situations, les enfants migrants
particuliers doivent être faits pour assurer
des sauvegardes aux femmes migrantes qui qui sont obligés d’entrer sur le marché du travail
travaillent comme employées de maison et risquent fort de devoir travailler dans des condi-
aux enfants migrants. tions particulièrement difficiles et dangereuses
et pour un salaire très bas. La Commission in-
vite instamment les Etats, qui ont presque tous
47. Comme il a été expliqué au chapitre 1, l’éco-
ratifié la Convention des droits de l’enfant, à
nomie mondiale a connu ces dernières années
éradiquer de telles pratiques.
nombre de changements significatifs : compéti-
tion accrue entre différents pays et entreprises, 51. Un autre groupe de migrants qui requiert une
dérèglement des marchés du travail et introduc- attention particulière est celui des femmes qui
tion de pratiques de travail plus flexibles, déve- travaillent comme employées de maison. Beau-
loppement de la sous-traitance et expansion du coup de ces femmes migrent seules en laissant
secteur informel. Ces évolutions ont d’impor- leurs enfants dans leur pays d’origine, ce qui peut
tantes répercussions pour le nombre grandissant être une expérience traumatisante, pour les fem-
de migrants qui vont chercher du travail en mes comme pour leur famille. Selon le Rappor-
dehors de leur pays. teur spécial de l’ONU sur la violence contre les
femmes, une fois qu’elles arrivent au domicile
48. Bien que les Etats continuent de jouer un
de leur employeur, ces migrantes sont souvent
rôle important dans la mise en place de program-
engagées dans « un travail peu rémunéré qui les
mes migratoires, de plus en plus de travailleurs
isole et les place en position subordonnée dans
migrants sont engagés par des agents de recrute-
un cadre privé, les exposant à la dépossession de
ment privés, des intermédiaires et des fournis-
leur gain économique ».
seurs de travailleurs temporaires. Même si
certains agents maintiennent des standards 52. D’après les éléments recueillis par la
professionnels élevés et sont étroitement régle- Commission, les femmes migrantes qui sont

67
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

employées comme domestiques sont parfois em- tion, un élément important, mais quelque peu
bauchées sans contrat écrit ou avec un contrat négligé, du cadre normatif.
écrit dans une langue qu’elles ne comprennent
56. La Commission approuve pleinement la
pas. Il arrive que leur passeport soit confisqué
Déclaration de 1998 et souligne qu’il est néces-
par leur employeur ou recruteur. Dans certaines
saire que la communauté internationale veille à
situations, elles n’ont pas de temps libre et il leur
ce que tous les employés, migrants comme non-
est interdit de quitter leur lieu de travail sans la
migrants, puissent jouir de ce que l’OIT définit
permission du ménage qui les emploie. Elles
comme un « travail décent » qui se déroule « dans
peuvent aussi subir des violences physiques,
des conditions de liberté, d’équité, de sécurité et
psychologiques ou sexuelles.
de dignité allant de pair avec la protection des
53. La Commission invite instamment les gou- droits et permettant d’obtenir un revenu et de
vernements à veiller à ce que les employeurs four- bénéficier d’une protection sociale adéquates ».
nissent aux travailleurs migrants un contrat
57. Pour que cet objectif puisse être atteint, la
conforme aux normes internationales du travail
Commission appelle tous les gouvernements,
et des droits humains et qui soit rédigé dans leur
employeurs et syndicats à soutenir la mise en
propre langue. Les employeurs qui n’établissent
œuvre du Plan d’action de 2004 de l’OIT pour
pas de tels contrats ou qui enfreignent leurs clau-
les travailleurs migrants, y compris la formula-
ses doivent être tenus de rendre compte de leurs
tion d’un « cadre multilatéral non contraignant
actes.
pour une approche des migrations de main-
54. Les associations de migrants, syndicats et d’œuvre fondée sur les droits, prenant en consi-
autres institutions de la société civile, de même dération les besoins des marchés du travail
que les organisations des droits de l’homme nationaux ».
locales et internationales ont toutes un rôle im-
portant à jouer en mettant en lumière les situa-
tions impliquant des abus contre les travailleurs Le rôle des Nations Unies
migrants et en portant ces situations à l’atten- Le dispositif des droits de l’homme du sys-
tion des autorités nationales et de la communauté tème des Nations Unies devrait être utilisé
internationale. Ces organisations ont aussi un plus efficacement comme moyen de renfor-
rôle important à jouer pour aider les femmes à cer le cadre légal et normatif des migrations
faire entendre leur voix, au moyen de programmes internationales et d’assurer la protection
des droits des migrants.
d’information, d’éducation et d’alphabétisation,
ainsi que par la mise en place d’associations de
femmes migrantes. 58. Les responsabilités relatives aux dimensions
juridiques et normatives des migrations interna-
tionales et à celles qui touchent aux droits de
Un travail décent l’homme sont plutôt diffuses au sein du système
55. Il est significatif que la plupart des pays où des Nations Unies. En la matière, l’OIT se
les droits des migrants sont fréquemment violés concentre exclusivement sur la situation des
sont des pays membres de l’OIT et sont liés par travailleurs migrants et n’a pas les capacités opé-
la Déclaration sur les principes et les droits fon- rationnelles pour contrôler les conditions des
damentaux au travail de 1998 de cette organisa- migrants au niveau local. L’engagement du HCR

68
Une approche fondée sur des principes : lois, normes et droits de l’homme

dans ce domaine se limite essentiellement à la sous-financés, et la Commission invite instam-


protection des réfugiés et requérants d’asile, tan- ment les Etats à fournir les ressources nécessaires
dis que le Haut-commissariat des Nations Unies à leur fonctionnement efficace
pour les droits de l’homme soutient les organis-
60. Deuxièmement, la Commission appelle les
mes de suivi des traités et le travail du Rappor-
Etats et autres parties prenantes à apporter un
teur spécial sur les droits des migrants,
fort soutien au travail du Rapporteur spécial des
notamment dans le cadre de la protection des
Nations Unies sur les droits des migrants, poste
migrants victimes de la traite et du trafic, et pro-
créé en 1999. La Commission félicite le Rap-
meut la ratification de la Convention de 1990.
porteur spécial pour l’attention portée aux droits
L’UNESCO, le Fonds des Nations Unies pour
des migrants les plus vulnérables : les femmes,
la population et le Bureau des Nations Unies sur
les enfants et les victimes du trafic et de la traite,
les drogues et le crime ont aussi des intérêts et
ainsi que pour ses communications et ses inter-
des activités spécifiques dans le domaine des
ventions auprès des Etats au sujet des droits des
migrations internationales. L’Organisation inter-
travailleurs migrants. La Commission encourage
nationale pour les migrations (OIM) n’est pas
les autres Rapporteurs spéciaux des Nations
un organe de l’ONU, et si l’un de ses objectifs
Unies dont les mandats sont pertinents à intro-
est d’assurer la poursuite de politiques de migra-
duire dans leur travail une certaine attention aux
tions « effectuées en bon ordre et dans le respect
droits des migrants afin de compléter et renfor-
de la dignité humaine », elle n’a pas de mandat
cer les activités du Rapporteur spécial sur les
de protection formel.
droits humains des migrants.
61. Troisièmement, la Commission estime que
Le dispositif des droits de l’homme du le moment est venu d’examiner la façon dont les
système des Nations Unies
Etats rendent compte de la mise en œuvre des
59. La Commission recommande qu’un certain instruments relatifs aux droits de l’homme qu’ils
nombre de mesures soient prises pour renforcer ont ratifiés. Bien que les organes de suivi des trai-
les capacités de l’ONU et de ses Etats Membres tés et le Rapporteur spécial offrent déjà un ser-
en ce qui concerne la protection des droits des vice de ce type, un mécanisme plus conséquent
migrants. Premièrement, la Commission ac- est nécessaire, n’exigeant pas seulement des Etats
cueille avec satisfaction les propositions du qu’ils rendent compte de leur performance, mais
Secrétaire général, énoncées dans son rapport in- leur permettant aussi de demander une assistance
titulé, « Dans une liberté plus grande », visant à de l’ONU et de ses agences opérationnelles pour
réformer la Commission des droits de l’homme des initiatives de renforcement des capacités.
et les procédures de suivi des traités sur les droits
de l’homme, ainsi qu’à coordonner les rapports
des différents organes de suivi des traités. Il se- Renforcement des capacités dans les Etats
rait utile que ces organes aient des connaissances Membres de l’ONU
plus approfondies dans le domaine des migra- 62. Durant ses consultations, il est devenu
tions internationales et partagent plus régulière- évident pour la Commission que dans certaines
ment les informations qu’ils recueillent sur les situations les Etats contreviennent intentionnel-
droits humains des migrants. Par ailleurs, ces lement aux droits des migrants internationaux,
organes de suivi sont eux-mêmes chroniquement en violation flagrante des engagements qu’ils ont

69
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

librement contractés. Comme on l’a déjà vu, il y 63. Une approche coordonnée et intégrée du ren-
a bien d’autres situations où les droits des forcement des capacités dans les Etats membres
migrants peuvent être compromis parce que le de l’ONU est aujourd’hui nécessaire pour faire
cadre juridique et normatif qui s’applique aux en sorte que ces pays soient à même de mettre
migrants internationaux n’est pas bien articulé, en œuvre pleinement les dispositions du cadre
parce que les représentants des Etats le connais- juridique et normatif touchant les migrants in-
sent mal, ne saisissent pas ses implications et ne ternationaux. Cette approche doit combiner l’ex-
savent pas comment le mettre en pratique ou pertise des organismes des Nations Unies et
contrôler son application. Dans ce contexte, les d’autres agences, notamment l’OIM en matière
Etats qui ont ratifié la Convention de 1990 peu- juridique, opérationnelle et de protection, et
vent aussi trouver que ce traité est un instrument devrait être soutenue par les organismes régio-
utile pour stimuler la sensibilisation aux droits naux et les processus régionaux de consultation
des migrants et renforcer les capacités nationales sur les migrations. Le chapitre qui suit, axé sur
de formulation et d’application de politiques la gouvernance des migrations internationales,
migratoires. fait certaines propositions spécifiques sur la ques-
tion de la coordination.

70
CHAPITRE SIX

Créer la cohérence: la gouvernance des


migrations internationales
La gouvernance des migrations internationales doit être renforcée
au niveau national grâce à une plus grande cohérence et des capacités accrues,
au niveau régional par plus d’échanges et une meilleure coopération entre Etats,
et au niveau mondial par un dialogue et une coopération plus efficaces entre
gouvernements et entre organisations internationales. De tels efforts doivent se
fonder sur une meilleure appréciation des liens qui existent entre les questions
de migration internationale et le développement, et d’autres problématiques
essentielles, concernant notamment le commerce, l’aide, la sécurité d’état, la
sûreté des États, la sécurité des personnes et les droits humains.

1. Ainsi qu’il a été expliqué dans les précédents les forums et les processus consultatifs multila-
chapitres, les migrations internationales sont un téraux, les activités des organisations internatio-
phénomène complexe. Leur échelle s’amplifie et nales, ainsi que les lois et les normes qui ont été
elles touchent pratiquement tous les pays du examinées au chapitre précédent.
monde et se produisent tant au sein des régions 3. La gouvernance nationale des migrations in-
qu’entre régions. Les migrations internationales ternationales doit relever quatre défis spécifiques.
font intervenir un éventail d’acteurs divers qui Le premier concerne le manque de cohérence.
ont des intérêts différents et parfois opposés, et Ce rapport a déjà recommandé que les migra-
elles sont de plus en plus liées à d’autres ques- tions soient intégrées dans le plan national éco-
tions mondiales pressantes telles que le dévelop- nomique et de développement, de chaque pays,
pement, le commerce, les droits de l’homme et recommandation découlant de ce que de nom-
la sécurité. breux Etats n’ont pas réussi à définir des objec-
2. Cette complexité signifie d’importants défis tifs clairs pour leurs politiques migratoires.
en matière de gouvernance, laquelle a été définie 4. Un deuxième défi est celui de la coordina-
par la Commission sur la gouvernance mondiale tion lors de l’élaboration des politiques et dans
(1995) comme « la somme des différentes façons leur application. Dans de nombreux Etats, es
dont les individus et les institutions, publiques responsabilités en matière de migrations sont
et privées, gèrent leurs affaires communes. C’est réparties entre plusieurs ministères, de sorte qu’il
un processus continu de coopération et d’ajus- y a souvent un manque de coordination. Ce pro-
tement entre des intérêts divers et conflictuels. » blème se retrouve aussi entre les ministères trai-
Dans le domaine des migrations internationa- tant des migrations et ceux qui gèrent les
les, la gouvernance prend différentes formes, tel- problématiques mondiales connexes mention-
les que les politiques et programmes migratoires nées au début de ce chapitre. Par ailleurs, il y a
nationaux, les pourparlers et accords entre Etats, trop peu de concertation entre les gouvernements

71
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

et d’autres acteurs tels que le secteur des entre- et, à la suite des récentes attaques terroristes, on
prises et la société civile. l’associe de plus en plus aux menaces à la sûreté
5. Un troisième défi est celui des capacités. La publique. Le défi, en particulier pour les pays de
plupart des Etats reconnaissent l’importance des destination, est de coopérer avec d’autres Etats
migrations internationales et cherchent à abor- sans, en même temps, céder le contrôle sur une
der la question d’une façon qui leur permette de question qui est centrale dans tant de domaines
respecter leurs obligations internationales et de d’intérêt national.
maximiser les avantages qu’eux-mêmes et leurs 8. Il est possible de relever ce défi. Primo, la
citoyens retirent de la mobilité humaine. Cepen- souveraineté des États est le fondement même
dant, de nombreux pays, en particulier les plus de la coopération internationale. Les Etats
pauvres, manquent des connaissances, des infor- réglementent à la fois le contenu des mécanis-
mations, des institutions et des ressources néces- mes de coopération interétatiques et leur degré
saires pour atteindre ces objectifs. de formalité, et ils exercent donc leur souverai-
6. Un quatrième défi est la coopération avec les neté – plutôt que d’abandonner – en coopérant
autres Etats. La nature même des migrations entre eux.
transnationales exige une coopération interna- 9. Secundo, avec la souveraineté vient la res-
tionale et une responsabilité partagée. Pourtant, ponsabilité. Comme l’a fait remarquer la Com-
la réalité est que la plupart des Etats n’ont pas eu mission internationale sur l’intervention et la
la volonté de s’engager pleinement envers le prin- souveraineté des États (2001), on a pu constater
cipe de la coopération internationale dans le ces dernières années une réorientation d’une
domaine des migrations internationales, et cela « souveraineté de contrôle vers une souveraineté
parce que les politiques migratoires sont toujours qui s’entend comme une responsabilité, qu’il
essentiellement formulées au niveau national. Il s’agisse de fonctions internes ou de devoirs exté-
y a eu croissance des contacts, des réseaux et des rieurs ». La souveraineté comme responsabilité
initiatives aux niveaux bilatéral, régional et par- est devenue le contenu minimal d’une bonne
fois mondial, mais il faut faire plus. Ce chapitre citoyenneté internationale. Tout comme les
explique comment une bonne gouvernance au individus ont des droits et des responsabilités en
niveau national est une base pour une coopéra- tant que citoyens d’un Etat, les Etats ont des
tion interétatique plus efficace aux niveaux bila- droits et des responsabilités en tant que mem-
téral, régional et mondial.. bres de la communauté internationale.
10. Tertio, dans une économie mondiale en
Souveraineté des Etats changement rapide, la compétitivité nationale
7. La réticence des Etats à coopérer sur la ques- n’est pas menacée par la coopération internatio-
tion des migrations internationales provient d’un nale, mais elle en dépend. Les économies les plus
dilemme très réel. Contrôler qui entre sur leur prospères sont celles qui s’ouvrent aux opportu-
territoire et qui y reste fait partie intégrante de la nités de l’économie mondiale et qui coopèrent
souveraineté des Etats. L’immigration joue un dans certaines niches afin de maximiser les
rôle important dans le renforcement et le main- bénéfices mutuels. L’Union européenne peut être
tien de la compétitivité nationale. C’est aussi une considérée comme un bon exemple d’un groupe
question très sensible dans l’opinion publique d’Etats qui préservent leur souveraineté tout en

72
Créer la coherence: la gouvernance des migrations internationales

coopérant sur des questions économiques et La gouvernance au niveau national


politiques spécifiques. Ce faisant, ils ont amé- Tous les Etats devraient établir des politi-
lioré la compétitivité de la région dans son ques nationales cohérentes en matière de
ensemble. migrations ; qui soient basées sur des ob-
jectifs convenus, qui tiennent compte des
questions de politique connexes et qui res-
Etats et institutions pectent le droit international des traités, y
compris la législation des droits de l’homme.
11. Les incidences pour la souveraineté des Etats
La gouvernance au niveau national devrait
sont également complexes en ce qui concerne le être efficacement coordonnée entre tous
rôle et le mandat des institutions intergouverne- les ministères concernés et devrait com-
mentales et autres institutions. Les Etats établis- prendre aussi la concertation avec les
sent des organismes internationaux lorsque acteurs non gouvernementaux.
certaines questions (ou certains « biens com-
muns ») justifient une forme de gouvernance plus 13. Les structures organisationnelles à travers les-
formelle et collective. Celle-ci peut être réalisée quelles sont régies les migrations internationales
par le biais d’accords institutionnels intergou- au niveau national sont très diverses et ont géné-
vernementaux ou par la création d’institutions ralement été créées en réponse à des circonstan-
ayant un mandat supranational. Les Etats con- ces politiques, historiques, économiques et
servent cependant en dernier ressort l’autorité sociales particulières. Dans certains pays, il
sur toutes ces institutions. n’existe pas de responsabilité claire en matière
12. Parce que les Etats sont les propriétaires de migrations au niveau ministériel, car plusieurs
effectifs des organisations internationales, l’in- ministères s’occupent de la question. Dans
cohérence au niveau national a tendance à d’autres, la responsabilité est confiée à un minis-
remonter jusqu’à affecter le travail de ces insti- tère qui a un mandat plus large que la seule ques-
tutions multilatérales. La cohérence commence tion des migrations. Dans un troisième groupe
chez soi, et si les Etats n’arrivent pas à définir des de pays, un ministère a été expressément créé
objectifs clairs pour les politiques migratoires pour assumer la responsabilité entière et exclu-
nationales, il ne faudrait pas s’étonner que des sive de cette question.
chevauchements et des contradictions se produi- 14. Indépendamment de leurs structures admi-
sent parfois au niveau multilatéral et institution- nistratives, il y a de la marge dans la plupart des
nel. Une proposition visant à une meilleure Etats pour renforcer la capacité nationale d’éta-
coordination dans ce domaine sera présentée plus blir et d’appliquer des politiques cohérentes en
loin dans ce chapitre. rapport avec les questions migratoires. Durant
ses consultations, la Commission a pris connais-
sance de nombreuses situations où différents ser-
vices ministériels poursuivaient des objectifs
conflictuels, où les informations n’étaient pas
partagées entre eux et où le grand public rece-
vait des messages contradictoires sur les politi-
ques migratoires. De même, la Commission a
entendu de nombreuses plaintes selon lesquelles

73
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

les gouvernements ne consulteraient pas suffi- ments, la crainte de l’opposition de certains élé-
samment les autres acteurs concernés, en parti- ments de la population. Mais le fait de ne pas
culier le secteur des entreprises et la société civile, spécifier ces objectifs et critères permet aussi que
lorsqu’ils formulent et mettent en œuvre leurs des Etats ferment les yeux sur certains aspects
politiques migratoires. La cohérence au niveau des migrations, comme la dépendance certains
national est essentielle pour une plus grande coo- secteurs de l’économie vis-à-vis de la migration
pération régionale, laquelle à son tour peut ouvrir irrégulière. Une des raisons pour lesquelles la
la voie à des approches globales plus efficaces. migration irrégulière et le travail irrégulier sont
un problème relativement mineur dans certains
pays est que le gouvernement est tenu par la loi
Vers une approche nationale cohérente
de maintenir une migration bien ordonnée et
15. Si les Etats veulent s’atteler à la question des régulée.
migrations internationales de manière cohérente,
17. Tous les Etats devraient adopter une appro-
ils doivent avoir convenu d’objectifs nationaux
che cohérente des migrations internationales,
pour leurs politiques migratoires, ainsi que de
conforme au droit international et aux autres
critères conformes au droit international, sur l’en-
normes pertinentes. Cela exigera généralement
trée et la résidence des non- citoyens. Bien que
un leadership politique fort, une communica-
la nature exacte de ces objectifs et critères varie
tion transparente avec le public et des efforts
selon les traditions, les besoins et les circonstan-
concertés pour générer un large soutien de la
ces de chaque pays, ils devraient porter au mini-
communauté pour la politique migratoire de
mum sur les points suivants :
l’État.
• le rôle des migrations internationales en rap-
port avec la croissance économique et le déve-
loppement ; Formulation et application coordonnées
des politiques
• le regroupement familial, l’asile, la protection 18. Établir une approche cohérente des migra-
des réfugiés et la réinstallation ; tions internationales est une première étape vers
• la prévention de la migration irrégulière et la une meilleure gouvernance à l’échelon national..
promotion de la migration régulière ; L’étape suivante est d’en coordonner l’applica-
tion. Il y a au moins trois aspects de la coordina-
• l’intégration, ceci comprenant les droits et les
tion dont de nombreux Etats devraient s’occuper.
obligations des migrants, des citoyens et de
Le premier est la coordination au sein du gou-
l’Etat ;
vernement, dite parfois approche « gouverne-
• la protection des droits des migrants. mentale globale ». Lorsque la gouvernance en
16. Certains pays, comme l’Australie et le matière de migrations est répartie entre plusieurs
Canada, ont établi des critères explicites pour ministères, il faut établir et maintenir des méca-
guider leur approche des migrations internatio- nismes de coordination
nales. Dans de nombreux autres pays, les 19. En deuxième lieu, une coordination est né-
critères demeurent implicites ou n’ont pas été cessaire non seulement entre les différents mi-
formulés. Une des raisons données pour ce man- nistères ayant des compétences en matière de
que de transparence est, de la part des gouverne- migration, mais aussi entre ces ministères et les

74
Créer la coherence: la gouvernance des migrations internationales

autres. Comme il a été souligné tout au long de Renforcement des capacités


ce rapport, les migrations internationales ont des La communauté internationale devrait
liens avec un large éventail de questions de poli- soutenir les efforts des Etats pour formuler
tique, dont les relations extérieures, le dévelop- et mettre en œuvre des politiques migra-
pement, le commerce, le travail, les droits de toires nationales, et cela par l’apport de
l’homme, l’équité hommes-femmes, la santé, la ressources, d’expertise appropriée et de
sûreté et le contrôle des frontières. La formula- formation.
tion de politiques dans le domaine des migra-
tions internationales a des incidences dans ces 22. Il y a diverses raisons pour lesquelles beau-
domaines et dans d’autres, et les politiques sui- coup d’États n’ont pas actuellement des politi-
vies en relation avec ces questions ont toutes des ques migratoires cohérentes ni la capacité
incidences sur les migrations. d’appliquer de telles politiques de manière con-
20. Des consultations sont nécessaires également séquente. Dans certains pays (mais leur nombre
entre les gouvernements et d’autres acteurs au diminue), les migrations internationales ne sont
niveau national. L’élaboration de politiques fait pas perçues comme une question prioritaire.
manifestement partie des attributions du gou- Dans d’autres, des priorités plus importantes et
vernement, mais la Commission a conclu que ce urgentes ont empêché que la problématique des
processus est plus susceptible d’être efficace s’il migrations trouve sa place dans l’agenda politi-
se fonde sur une concertation de grande ampleur, que national. Plus généralement, cependant, les
spécialement avec le secteur privé et les diverses responsables gouvernementaux ont informé la
composantes de la société civile. Cette approche Commission qu’ils manquent de ressources, d’in-
fait écho à la définition de la gouvernance for- frastructures, d’expertise et d’expérience pour
mulée par la Commission sur la gouvernance traiter plus efficacement les questions migratoires.
mondiale, faisant intervenir individus et institu- 23. Il est dans l’intérêt commun de la commu-
tions, secteur public et secteur privé, et conci- nauté internationale de soutenir les pays qui ont
liant des intérêts divers pour atteindre des besoin de renforcer leurs capacités dans le do-
objectifs communs. maine des politiques migratoires, que ce soit par
21. Vu le caractère dynamique des migrations l’apport de ressources techniques et financières,
internationales, il est essentiel que l’élaboration le partage d’expertise appropriée ou la mise en
de politiques dans ce domaine soit réactive et place d’initiatives de formation. Plus spécifique-
proactive. Cela exige de l’efficacité dans la ment, ces efforts devraient aider les pays à :
collecte de données, l’analyse des politiques, la • définir les objectifs de leurs politiques migra-
recherche, le suivi et l’évaluation. Il est difficile toires nationales ;
de formuler et d’appliquer des politiques effica-
• instaurer un système juridique opérationnel,
ces lorsqu’on ne voit pas clairement qui en sont
efficace et équitable en matière de migrations ;
les cibles, combien le sont, où ils sont et quels
sont leurs problèmes. Ne pas évaluer l’efficience, • créer un cadre d’agents de migration bien for-
l’efficacité et l’impact des politiques est tout més, bien informés et honnêtes, comprenant
simplement une mauvaise pratique. des fonctionnaires, des policiers, des garde-
frontières et des agents appelés à statuer sur
l’octroi du statut de réfugié ;

75
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

• développer une infrastructure qui apporte aux pération entre pays d’origine et de destination,
migrants une assistance en matière sociale, telles que l’entrée, la résidence, les droits des
scolaire et juridique, et qui aide la société d’ac- migrants, la protection consulaire et le retour des
cueil à s’adapter à la présence de migrants ; migrants en situation irrégulière. Comme ils
• veiller à ce que les résidents d’origine étran- peuvent être signés aussi bien entre pays d’une
gère soient véritablement représentés par les même région qu’entre pays de différentes par-
associations et organisations de migrants ; ties du monde, les accords bilatéraux constituent
un dispositif précieux pour répondre à la com-
• renforcer les capacités de collecte, d’analyse, plexité croissante des migrations internationales.
de recherche, de contrôle et d’évaluation des Cependant, il est essentiel que les accords bilaté-
données. raux maintiennent tous les droits que garantit le
24. La Commission tient à féliciter de leurs ef- cadre normatif s’appliquant aux migrants inter-
forts certains groupements régionaux d’Etats qui nationaux. Malheureusement, tel n’est pas tou-
partagent leur expérience et leur expertise en jours le cas.
matière de migrations avec des régions partenai- 26. Les accords bilatéraux entre Etats cèdent la
res. La Commission souligne aussi le rôle place dans une certaine mesure à des processus
important à jouer par les organisations interna- de recrutement administrés par des entreprises
tionales, et les appelle à coordonner plus active- et des agents privés, et plus ou moins contrôlés
ment leurs activités dans ce domaine. Dans le et régulés par les Etats concernés. La Commis-
même temps, elle souligne sa conclusion selon sion a pu constater que certaines personnes et
laquelle les initiatives de renforcement des capa- certaines entreprises intervenant dans le proces-
cités ne pourront avoir l’impact souhaité que si sus de recrutement trompent et escroquent les
elles se situent dans un contexte où les droits de migrants qu’ils embauchent, généralement en
l’homme sont respectés et où l’Etat de droit est leur donnant des informations erronées, de faus-
préservé, et si l’administration publique n’est pas ses promesses et de faux espoirs. Il est essentiel
touchée par la corruption et le détournement de que les pays d’origine, les pays de destination et
ressources les organisations internationales coopèrent dans
l’éradication de ces pratiques.
Coopération interétatique au
niveau bilatéral
Coopération interétatique au
Les accords bilatéraux sont un moyen utile niveau régional
pour aborder les questions migratoires qui
Des efforts supplémentaires sont nécessai-
concernent deux Etats. Ils devront toujours
res pour que les processus consultatifs
respecter le cadre normatif s’appliquant aux
régionaux sur les migrations aient une am-
migrants et sauvegarder ainsi les droits des
pleur mondiale, intègrent la société civile
migrants.
et le secteur privé et ne se concentrent pas
uniquement sur le contrôle des migrations.
25. Lorsque des Etats ont coopéré en matière de Vu le caractère mondial des migrations, une
plus grande interaction entre les différents
migrations internationales, cela a habituellement
processus est nécessaire.
été à un niveau bilatéral, avec une focalisation
sur les questions spécifiques exigeant une coo-

76
Créer la coherence: la gouvernance des migrations internationales

27. Ces dernières années, il y a eu une proliféra- Tertio, relativement peu de processus consulta-
tion d’initiatives dites « processus consultatifs tifs régionaux mis en place jusqu’à présent ont
régionaux ». Bien qu’ils se distinguent à plusieurs permis des échanges significatifs avec des forums
égards, tous ces processus font intervenir des ré- économiques et politiques régionaux plus larges.
seaux d’États, qui ont des réunions régulières à Quarto, les processus régionaux existants n’ont
des fins d’établissement de relations de confiance pas encore fait l’objet de formes d’évaluation
et de recherche d’un consensus, ainsi que rigoureuses.
d’échange d’informations, d‘idées, d‘expériences 30. Finalement, la Commission observe que cer-
et de bonnes pratiques dans le domaine des mi- taines parties du monde ne sont pas couvertes
grations internationales. La caractéristique prin- par les processus consultatifs régionaux, notam-
cipale de ces processus est leur nature informelle ment le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Afri-
et non contraignante. que orientale, la région des Grands Lacs, les
28. Les processus consultatifs régionaux ont à Caraïbes et certaines parties de l’Asie et de l’Asie
leur actif de nombreuses réalisations très impor- du Sud. La Commission encourage les Etats, les
tantes. En assurant que les Etats participants se organismes régionaux et les organisations inter-
réunissent sur un pied d’égalité, ils ont facilité le nationales concernés à considérer ces limitations
dialogue, aidé les gouvernements à identifier les et à déterminer comment il serait possible de s’en
intérêts et les soucis communs, souligné l’impor- occuper le plus efficacement.
tance de la mise en place de politiques migratoi-
res nationales et renforcé la conscience de la
Consultations interrégionales
nécessité que ces politiques soient à la base d’une
coopération régionale. De plus, ils ont permis 31. Un autre problème en rapport avec les pro-
de recourir à l’expertise des organisations inter- cessus consultatifs régionaux réside dans le fait
nationales, aidé à légiférer en matière de migra- même qu’ils ont une focalisation régionale et ne
tions et permis le partage de renseignements, se sont généralement pas engagés dans des con-
fonction qui semble avoir conduit à la réduction sultations interrégionales. Comme on l’a vu tout
de la migration irrégulière dans certaines régions. au long de ce rapport, les mouvements migra-
toires ont un caractère toujours plus interconti-
29. La Commission appuie pleinement les pro-
nental et mondial, et les processus consultatifs
cessus régionaux consultatifs et souhaite, à cet
régionaux ne sont pas bien placés pour répondre
égard, identifier certains domaines dans lesquels
à cette réalité. Dans le même temps, les contacts
ils pourraient être renforcés. Primo, les respon-
limités qui ont lieu actuellement entre différents
sables qui participent à ces processus représen-
processus régionaux constituent une contrainte,
tent généralement des ministères responsables de
limitant le partage d’expérience et de bonnes
l’immigration, et il a donc été difficile que des
pratiques entre Etats et autres acteurs situés dans
processus de ce type s’engagent sur d’autres ques-
différentes parties du monde.
tions importantes, telles que la contribution des
migrations au développement et les droits 32. La Commission en conclut qu’il convient de
humains des migrants. Secundo, très peu de favoriser un plus grand dialogue entre les diffé-
processus consultatifs régionaux incluent des re- rents processus consultatifs régionaux pour s’at-
présentants de la société civile, et moins encore teler aux préoccupations communes en matière
se sont engagés activement avec le secteur privé. de migrations. Ce dialogue pourrait être engagé

77
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

sur une base informelle et ad hoc pour répon- frontières intérieures de l’UE a été assorti cepen-
dre à des questions spécifiques, telles que la lutte dant de restrictions rigoureuses pour les person-
contre le trafic et la traite des personnes, la pro- nes qui cherchent à entrer dans l’UE en
motion de la coopération entre pays ayant un provenance d’autres régions du monde, en
excédent de main-d’œuvre et pays où s’annonce particulier les requérants d’asile et les migrants
une pénurie de main-d’œuvre, ainsi que l’exa- se déplaçant de manière irrégulière.
men des liens entre questions migratoires et ques- 35. Des efforts ont été faits aussi pour établir
tions connexes. Une rencontre informelle divers types d’accords favorisant l’intégration
annuelle de tous les processus régionaux concer- économique et d’accords connexes sur la liberté
nés serait aussi un bon moyen de faciliter le dia- de mouvement dans d’autres régions du monde,
logue entre les Etats et les organisations concernés notamment l’Accord de libre échange nord-
et d’aider à élaborer des principes et des ententes américain (ALENA), et des initiatives sembla-
sur des politiques qui soient communes à toutes bles en Amérique centrale et du Sud et en Asie
les régions. du Sud-Est. La Commission félicite tout parti-
33. La Commission approuve aussi des initiati- culièrement le Nouveau partenariat pour le
ves plus larges visant à promouvoir les consulta- développement de l’Afrique (NEPAD), dont
tions, la coopération et le partenariat l’objectif est de créer un cadre de développement
interrégionaux et qui inscrivent de plus en plus socio-économique intégré pour l’Afrique, et ses
les migrations à leur agenda. Des exemples si- composantes sous-régionales, la Communauté
gnificatifs de ces initiatives sont, notamment, le économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest
Partenariat euro-méditerranéen ou Processus de (CEDEAO) et la Communauté de développe-
Barcelone, l’Organisation pour la sécurité et la ment de l’Afrique australe (CDAA).
coopération en Europe (OSCE) et le dialogue 36. La Commission salue ces initiatives visant à
en cours entre l’Union européenne et l’Union faciliter le mouvement interrégional des person-
africaine. nes, mais observe qu’il n’a pas toujours été facile
de parvenir à un accord à leur sujet au niveau
Intégration régionale politique ou de les mettre en œuvre de façon ef-
ficace et conséquente au niveau opérationnel. La
34. La question des migrations est une question
Commission encourage les Etats à faire en sorte
clé pour certains organismes régionaux. Au sein
que les questions migratoires soient à l’ordre du
de l’Union européenne, par exemple, les citoyens
jour de tous les organismes régionaux et recom-
des Etats membres peuvent se déplacer relative-
mande que des efforts de renforcement des
ment facilement d’un pays à l’autre, en jouissant
capacités soient entrepris au niveau régional aussi
des avantages d’un marché du travail commun.
bien que national.
En dehors de la question des contrôles aux fron-
tières intérieures et extérieures, l’UE a harmo-
nisé les politiques sur les réfugiés et élabore des
approches à l’échelle de la région sur des ques-
tions telles que l’intégration des migrants, la
migration économique, ou encore les migrations
et le développement. Le démantèlement des

78
Créer la coherence: la gouvernance des migrations internationales

Coopération interétatique au ple, un Rapporteur spécial des Nations Unies sur


niveau mondial les droits humains des migrants a été nommé ;
La nouvelle volonté d’un certain nombre la Convention sur les travailleurs migrants est
d’Etats, d’institutions et d’acteurs non gou- entrée en vigueur en juillet 2003, ce qui a en-
vernementaux de lancer des initiatives traîné la création d’un organisme de suivi du
mondiales sur les migrations internationa- traité ; l’OIT a fait des migrations le thème de sa
les est bienvenue. Le Dialogue de haut ni- Conférence internationale du travail de 2004 ;
veau de l’Assemblée générale des Nations
Unies offre l’opportunité d’une interaction
l’OIM a initié un « Dialogue international sur
et d’une cohérence plus grandes entre ces les migrations » comme forum pour les Etats et
initiatives et permet d’en maintenir la les institutions internationales ; le HCR a lancé
dynamique. Le processus de réforme de son initiative « Convention Plus » et la Division
l’ONU qui est en cours offre l’occasion de de la promotion de la femme de l’ONU a fait
concrétiser cette dynamique à travers une des migrations le thème de son rapport « Bei-
révision des arrangements institutionnels
jing, dix ans après » ;le Cycle de négociations de
existants.
Doha a amené l’Organisation mondiale du com-
merce dans la sphère des migrations internatio-
37. Ces dernières années, un certain nombre nales et l’Assemblée générale des Nations Unies
d’initiatives mondiales ont été prises en relation a décidé de tenir en 2006 un Dialogue de haut
avec les migrations internationales, sous les aus- niveau sur les migrations et le développement .
pices des Etats, des institutions internationales, 39. Le fait qu’un si large éventail d’Etats, d’orga-
de la société civile et du secteur privé. L’une d’el- nisations et d’acteurs non gouvernementaux ait
les est L’Agenda international pour la gestion des lancé autant d’initiatives mondiales indique à la
migrations de l’Initiative de Berne, dont le but Commission que les migrations internationales,
principal est d’aider les fonctionnaires en charge comme d’autres questions mondiales telles que
des questions de migration à élaborer en la ma- la paix, le commerce, le développement et la pro-
tière des politiques et une législation efficaces et tection de l’environnement, ne peuvent plus être
des structures administratives appropriées. La traitées efficacement sur une base unilatérale.
Commission a pris pleinement en considération Cela révèle aussi une conscience accrue de la
l’Initiative de Berne et l’approuve, en particulier nécessité d’une coopération multilatérale sur la
la priorité attribuée au renforcement des capaci- question de la sécurité mondiale. On trouve une
tés. Une autre initiative mondiale est la Déclara- manifestation supplémentaire du multi-
tion de La Haye sur l’avenir de la politique des latéralisme dans la croissance de réseaux infor-
réfugiés et des migrations. Un processus de suivi, mels sur les politiques migratoires, avec des
le Processus de La Haye sur les réfugiés et les interactions toujours plus grandes entre agents
migrations, a souligné la nécessité d’un dialogue de l’Etat (fonctionnaires, parlementaires, légis-
et d’une coopération avec la société civile, le sec- lateurs, juges) qui travaillent dans des pays diffé-
teur privé et le milieu universitaire. Ses activités rents, mais ont des missions similaires.
sont donc largement complémentaires de l’Ini-
40. Le défi est maintenant de réaliser plus plei-
tiative de Berne.
nement le potentiel de ces initiatives en bâtis-
38. Il y a eu prolifération d’autres initiatives sant sur leur dynamique, en réunissant leurs
mondiales au niveau institutionnel. Par exem- idées, en mettant en œuvre leurs recommanda-

79
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

tions et en évitant le risque de chevauchements consultatifs mondiaux. Dans le même temps, la


inutiles. La Commission a consulté le Secrétaire Commission a identifié des chevauchements dans
général de l’ONU, le secrétariat de l’ONU et un l’architecture institutionnelle existante qui nui-
certain nombre d’Etats pour améliorer la com- sent parfois à l’apport d’une réponse intégrée,
préhension des liens entre les migrations, le dé- cohérente et efficace aux opportunités et aux défis
veloppement et les questions connexes de que présentent les migrations internationales.
politiques. Le Dialogue de haut niveau offre Plutôt que d’être complémentaires, certaines
l’opportunité de relever ce défi en renforçant la approches institutionnelles existantes de la même
concertation et la coopération entre Etats aux question peuvent être divergentes, voire conflictuel-
niveaux mondial et régional. De plus, le proces- les, et souvent aussi il y a concurrence pour des
sus de réforme de l’ONU qui est en cours offre fonds limités afin d’atteindre les mêmes objectifs.
une opportunité unique d’être à la hauteur de ce
défi par une révision des arrangements institu-
Architecture institutionnelle
tionnels existants en matière de migrations.
42. Ce manque de coopération et de coordina-
tion entre agences découle d’un certain nombre
Arrangements institutionnels de raisons différentes. Premièrement, et comme
La Commission propose au Secrétaire gé- il a été expliqué au chapitre précédent, l’ONU
néral des Nations Unies la création immé- n’a pas d’agence spécialisée en matière de migra-
diate d’un groupe interinstitutionnel de tions, et les responsabilités dans ce domaine sont
haut niveau pour définir les fonctions et les réparties entre différentes institutions telles que
modalités d’un Groupe mondial inter-agen-
l’OIT, le Haut Commissariat des Nations Unies
ces sur les migrations et ouvrir la voie pour
sa création. Ce Groupe mondial inter-agen- aux droits de l’homme (hcdh), le Département
ces devrait assurer une réponse institution- des affaires économiques et sociales de l’ONU
nelle plus cohérente et efficace aux (UNDESA), le Fonds des Nations Unies pour la
opportunités et aux défis que présentent les population (fnuap) et le HCR, dont les man-
migrations internationales. dats et les activités ont progressé dans des con-
textes historiques, géographiques et thématiques
41. La Commission a eu de larges consultations spécifiques. L’OIM, qui est la plus grande insti-
avec les gouvernements, les agences de l’ONU tution intergouvernementale se consacrant aux
et d’autres agences sur la question des arrange- migrations et dont le mandat et les activités ont
ments institutionnels. Au cours de ces consulta- considérablement évolué ces dernières années,
tions, elle a été impressionnée par l’étendue de opère hors du système des Nations Unies.
la contribution des organisations concernées à 43. Deuxièmement, des organisations qui
des fonctions telles que l’élaboration de politi- n’étaient pas traditionnellement engagées dans
ques, l’établissement de normes et leur protec- cette problématique, en particulier des organis-
tion, la mise en œuvre de programmes, la mes axés sur le développement et le commerce,
consultation multilatérale, la collecte de données, tels que la Banque mondiale, la CNUCED, le
l’évaluation et la recherche, ainsi que par la va- PNUD et l’OMC, ont assumé ces dernières an-
leur que ces activités ajoutent aux efforts des nées un plus grand rôle dans ce domaine des
Etats, des organismes régionaux et des processus politiques, en raison de la conscience grandis-

80
Créer la coherence: la gouvernance des migrations internationales

sante des liens entre leurs mandats spécifiques et Les avantages d’une meilleure coordination
les migrations. 46. Plusieurs avantages distincts peuvent être
44. Troisièmement, en termes institutionnels et obtenus par la promotion d’une coopération et
opérationnels, les migrations sont aujourd’hui d’une coordination meilleures entre les divers
très étroitement liées à la question des mouve- organismes qui interviennent dans le domaine
ments de réfugiés et des déplacements internes des migrations internationales.
de populations, phénomènes souvent regroupés 47. Le premier est l’efficacité. Dans le contexte
sous la rubrique des « migrations forcées ». Les actuel, différentes agences travaillent sur la même
migrations forcées constituent un sous-ensem- question, entreprenant des activités similaires et
ble du domaine des affaires humanitaires, dans établissant des contacts parallèles avec les
lequel interviennent d’autres organisations mêmes organes gouvernementaux et processus
(comme le Bureau des Nations Unies pour la régionaux. L’OIM, l’OIT, le HCDH, et le
coordination des affaires humanitaires (OCAH) Bureau des Nations Unies sur la drogue et la cri-
et le Programme alimentaire mondial (PAM), minalité (UNODC), par exemple, sont tous con-
caractérisé par certaines questions déjà ancien- cernés par les questions de traite des personnes
nes concernant la coopération et la coordination et de trafic des migrants. De même, la Banque
inter-agences. Certaines organisations, en parti- mondiale, ainsi que l’OIM, l’OIT et le PNUD,
culier l’OIM et le HCR, sont à cheval sur la sont tous concernés par la question des trans-
ligne quelque peu indistincte entre « migrations » ferts de fonds des migrants et de leurs inciden-
et « action humanitaire », de sorte qu’il n’est pas ces sur le développement. Si ces chevauchements
surprenant que les relations entre ces deux orga- ne sont pas forcément négatifs et peut-être pas
nisations en soient arrivées en quelque sorte à totalement évitables, la Commission a conclu
symboliser le défi que représente la gestion des qu’ils suscitent souvent une concurrence entre
relations inter-agences. les agences concernées et ne représentent pas non
45 Quatrièmement, et comme indiqué plus haut plus l’usage le plus efficace des ressources limi-
dans ce chapitre, il existe un lien entre le pro- tées qui sont disponibles.
blème de manque de cohérence au niveau natio-
48. Un deuxième avantage de la coordination est
nal et la question de la coordination aux niveaux
la cohérence des politiques. En partie pour ré-
multilatéral et institutionnel. Les Etats sont les
pondre à leurs mandats particuliers et en partie
propriétaires effectifs des organisations interna-
pour répondre à leur culture institutionnelle, les
tionales, établissant leurs statuts et leurs règle-
différentes institutions, y compris celles du
ments, constituant leurs organes directeurs et
système des Nations Unies, sont enclines à déve-
apportant la majeure partie de leurs ressources.
lopper leurs approches politiques propres et par-
Pourtant, les Etats n’ont pas toujours une
fois très distinctes, d’une même problématique.
approche cohérente de ces organisations. Un res-
Cela ne pose pas seulement un problème au ni-
ponsable gouvernemental qui participe à une
veau de la formulation des politiques, mais peut
réunion de l’OIT, par exemple, viendra fort
aussi entraver la mise en œuvre des programmes.
probablement d’un autre ministère que celui qui
sera représenté à une réunion de l’OIM ou du 49. Un troisième avantage à retirer d’une
HCR et les intérêts de ces différents ministères meilleure coordination est la mise en commun
pourraient n’être pas les mêmes. et l’échange d’expertise. Alors que les migrations

81
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

sont un phénomène complexe et multidimen- parmi les agences existantes, telles que le HCR
sionnel, l’expertise qui existe au sein des diffé- et l’OIT ; ou l’intégration de l’OIM dans le sys-
rents organismes demeure assez limitée. Un tème des Nations Unies pour prendre en charge
membre de l’équipe du HCR peut avoir de gran- les questions de migrations volontaires.
des compétences dans le domaine de la protec- 53. Il y a une certaine logique à proposer qu’une
tion des réfugiés, tout en étant peu familier avec organisation unique s’occupe à la fois des migra-
la question du travail des migrants. De même, tions volontaires et des migrations forcées, par
un responsable de la Banque mondiale peut être la fusion de l’OIM et du HCR. Les réalités géo-
un expert en matière de transferts de fonds des politiques de l’après-guerre avaient structuré
migrants, mais être peu au fait des migrations l’architecture institutionnelle existante en sépa-
pour regroupement familial. rant les responsabilités pour les réfugiés et les
50. Il est dans l’intérêt de ces organisations de autres migrants.
partager leur expertise, leurs idées et leurs infor- 54. Ces mandats historiques ne reflètent cepen-
mations de manière plus systématique, pas seu- dant par les réalités contemporaines. Primo, la
lement dans le domaine spécifique de la mobilité distinction entre migration volontaire et migra-
des personnes, mais aussi dans les domaines con- tion forcée est de plus en plus floue. Il est sou-
nexes du développement, du commerce, de vent difficile de discerner avec précision les
l’aide, des droits de l’homme et de la sécurité. Il raisons pour lesquelles une personne émigre ;
y a aussi de la marge,pour une coopération et pour bien des gens, les motivations sont multi-
une coordination accrues dans des domaines tels ples. Les voies empruntées par les réfugiés et par
que la recherche, la collecte, l’analyse et l’échange les migrants économiques se recoupent de plus
de données, l’évaluation, l’information du en plus, et les uns et les autres peuvent utiliser
public, la promotion et la formulation de politi- les mêmes réseaux de passage clandestin. Se-
ques. cundo, un migrant peut changer de catégorie en
se déplaçant d’un pays à un autre, et peut même
se retrouver dans plusieurs catégories à la fois.
Une approche sur le long terme
Tertio, certains migrants, tels que les migrants
51. La Commission estime qu’à long terme une en transit, les requérants d’asile et les réfugiés
réforme plus fondamentale de l’architecture ins- qui partent d’un pays où ils ont obtenu l’asile,
titutionnelle actuelle en rapport avec les migra- peuvent concerner autant les institutions respon-
tions internationales sera nécessaire, tant pour sables des migrations volontaires que celles qui
regrouper au sein d’un seul organisme les fonc- s’occupent des migrations forcées. Une fusion
tions disparates en matière de migrations des pourrait être une réponse efficace à ces « zones
agences de l’ONU et autres agences existante que grises » des migrations internationales.
pour répondre aux réalités nouvelles et comple- 55. Quoi qu’il en soit, au moins trois questions
xes des migrations internationales. devraient être prises en considération en rapport
52. Un certain nombre d’options pour un chan- avec ces propositions. Le souci principal serait
gement ont été étudiées par le passé. Ce sont l’éventuelle dilution du mandat supranational de
notamment : la création d’une nouvelle agence, protection des réfugiés qui est celui du HCR et
éventuellement par une fusion de l’OIM et du le risque de mettre en danger le régime universel
HCR ; la désignation d’une « agence chef de file » de protection des réfugiés développé conjointe-

82
Créer la coherence: la gouvernance des migrations internationales

ment entre les Etats et le HCR depuis 55 ans. nies : opérations et logistique, coopération tech-
Une deuxième inquiétude a trait à l’idée de fu- nique et renforcement des capacités, élaboration
sion de deux agences dont la culture et l’appro- de politiques et recherche, ainsi que la collecte
che sont très différentes : l’OIM est un organisme de certaines données. Comme mentionné plus
intergouvernemental prestataire de services, alors haut, elle a lancé un dialogue de politique avec
que le HCR est une agence au mandat de pro- les gouvernements et les autres acteurs sur les
tection supranational. Il faudrait sans doute pré- questions migratoires essentielles. La structure
voir deux voies définies et distinctes même au de l’OIM s’est aussi considérablement élargie ces
sein d’une agence unique, pour traiter respecti- dernières années. L’OIM n’a pas actuellement de
vement de la migration économique et de la mandat formel de protection des droits des mi-
migration forcée. En troisième lieu, une redéfi- grants, ce que certains peuvent considérer comme
nition de la structure de direction d’une agence une attribution essentielle. La croissance de
qui résulterait d’une fusion exigerait des négo- l’OIM se reflète aussi dans l’augmentation du
ciations considérables entre les gouvernements nombre de ses membres :elle compte actuelle-
et l’ONU. ment 109 Etats membres et 24 Etats ayant un
56. Un autre modèle serait une agence mondiale statut d’observateur.
des migrations économiques, opérant au sein du 58. En vertu de sa constitution actuelle, l’OIM
système des Nations Unies. Cette agence pour- opère essentiellement comme organisation de
rait remplir toutes les fonctions multilatérales services au nom de ses Etats membres, ce qui ne
relatives à la migration économique, dont : une constitue qu’une partie des attributions qui se-
fonction de coopération opérationnelle et tech- raient celles d’une agence chef de file mondiale
nique incluant le renforcement des capacités ; la pour les migrations économiques de premier
recherche, l’analyse des politiques et l’élabora- plan. Pour maintenir la cohésion et la cohérence
tion de politiques ; le collationnement et l’ana- au sein du système multilatéral, il semblerait aussi
lyse des données et des informations sur les logique que l’OIM fasse partie du système des
migrations ; un mandat de protection des droits Nations Unies. A cet égard, la Commission prend
des migrants ; et un forum de dialogue acte du débat actuel au sein des organes direc-
interétatique et éventuellement, de négociation. teurs de l’OIM sur l’évolution de cette institu-
Cette agence devrait aussi assumer un rôle de tion, son statut officiel et ses relations avec le
chef de file en développant des liens entre les système des Nations Unies. Finalement, dans un
questions de migrations et les questions conne- tel scénario, les incidences sur les responsabilités
xes telles que le développement, le commerce, la d’autres agences-clés devrait être sérieusement
sûreté et les droits de l’homme, et en coopérant prises en considération, en particulier le mandat
avec les institutions concernées. Une entente for- de l’OIT en matière de migrations de travailleurs.
melle devrait être conclue entre la nouvelle agence 59. Ces modèles sont tous deux des options à
et le HCR afin d’assurer une réponse efficace aux long terme. La Commission recommande que
lacunes et aux chevauchements décrits ci-dessus. celles-ci soient prises en considération et présen-
57. L’OIM semble être l’organisme le plus ap- tées au moment approprié dans le cadre du pro-
proprié pour devenir cette agence mondiale pour cessus en cours d’une réforme de l’ONU, visant
les migrations économiques. Elle assume déjà à en faire une organisation plus efficace et effi-
plusieurs des fonctions requises, largement défi- ciente.

83
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Une réponse plus immédiate : le Groupe ses travaux au Dialogue de haut niveau sur les
mondial inter-agences sur les migrations Migrations internationales et le développement
60. Une réponse plus immédiate est nécessaire de l’Assemblée Générale en 2006. Il devrait être
pour coordonner l’architecture institutionnelle constitué des membres actuels du GMG ainsi
existante et assurer en son sein la cohésion et la que des autres institutions concernées, y com-
cohérence. A cet égard, la Commission a eu aussi pris, mais pas uniquement, la Banque mondiale,
des consultations avec le Groupe de Genève sur l’UNDESA, le PNUD et le FNUAP. Il pourrait
la question migratoire (GMG), créé en 2002, qui aussi inclure plusieurs experts indépendants non-
réunit les chefs de secrétariat de l’OIM, de l’OIT, institutionnels.
du HCR, de la CNUCED et de l’UNODC. La 62. L’objectif général du Groupe mondial inter-
Commission approuve cette initiative, mais re- agences pour les migrations internationales se-
marque que le GMG n’est pas conçu comme un rait d’établir une approche globale et cohérente
dispositif formel de coordination. De plus, il n’in- de la réponse institutionnelle globale aux migra-
clut pas la totalité des principaux acteurs insti- tions internationales. Plus spécifiquement, il
tutionnels, appartenant ou non au système des pourrait faciliter l’échange d’expérience et d’ex-
Nations Unies, les réunions de chefs de secréta- pertise et aider à parvenir à plus d’efficience et
riat dans le cadre du GMG sont sans contrepar- de cohérence des politiques. Sa forme et ses fonc-
tie au niveau des activités et le groupe n’a pas de tions seraient décidées par le Secrétaire général.
secrétariat permanent. Le Groupe mondial inter-agences sur les migra-
61. La Commission propose donc au Secrétaire tions internationales pourrait améliorer la ré-
général de l’ONU la mise en place immédiate ponse institutionnelle actuelle dans huit
d’un groupe interinstitutionnel de haut niveau, domaines :
pour ouvrir la voie à la création en 2006 d’un
Groupe mondial inter-agences sur les migrations. Planification des politiques
Ce groupe interinstitutionnel pourrait être con-
63. Le Groupe inter-agences pourrait faciliter une
voqué rapidement, à l’initiative directe du Se-
planification coordonnée et intégrées des politi-
crétaire général de l’ONU, et devrait avoir deux
ques dans les domaines relevant des attributions
fonctions principales. La première serait de réu-
de plusieurs institutions, comme la traite des
nir les chefs (ou leurs représentants de haut rang)
personnes, les liens entre migrations et asile et
de toutes les agences qui interviennent actuelle-
les incidences des migrations internationales sur
ment en matière de migrations internationales
le développement, notamment celle des trans-
et dans les domaines connexes, pour identifier
ferts de fonds.
les chevauchements et les lacunes, explorer le
potentiel de mise en commun d’expertise et dé-
velopper les complémentarités. La seconde se- Renforcement des capacités
rait d’élaborer une proposition détaillée sur les 64. Le Groupe inter-agences pourrait assumer la
fonctions et les termes de référence pour un nou- responsabilité de la coordination d’une appro-
veau Groupe mondial inter-agences pour les che intégrée du renforcement des capacités,
migrations. Le groupe interinstitutionnel de haut comme on l’a vu plus haut dans ce chapitre. Cette
niveau devrait faire rapport en temps voulu pour fonction nécessiterait d’inclure le PNUD, qui
que le Secrétaire général présente le résultat de possède une forte expertise en matière de ren-

84
Créer la coherence: la gouvernance des migrations internationales

forcement des capacités, même s’il ne s’occupe recherche ; il pourrait aussi jouer un rôle dans
pas directement des questions migratoires. Il fau- l’établissement de normes d’évaluation commu-
drait inclure aussi la Banque mondiale, tant pour nes. Il ferait aussi en sorte que les recherches per-
son expertise dans le conseil sur les politiques de tinentes sur les questions relatives aux migrations
développement nationales que pour sa fonction soient portées à l’attention de toutes les agences
de financement. Le Groupe inter-agences pour- concernées.
rait mettre en commun utilement l’expérience
et l’expertise nécessaires pour l’assistance tech- Rapport annuel
nique et la formation, et pour la prestation
68. Le Groupe inter-agences pourrait produire
d’autres services de conseil.
un rapport annuel inter-agences sur les questions
clés, les tendances, les défis et les évolutions des
Migrations et développement politiques dans le domaine des migrations inter-
65. Le Groupe inter-agences pourrait intégrer les nationales, et questions connexes. Ce rapport
efforts qui sont faits actuellement pour renfor- permettrait à ceux qui élaborent les politiques
cer l’impact des migrations sur le développement. d’être informés des tendances migratoires mon-
Il ne s’agit pas seulement de faciliter les trans- diales et régionales, et serait aussi un outil pré-
ferts de fonds et de traiter l’ensemble des autres cieux pour le renforcement des capacités.
questions examinées au chapitre 2, mais encore
de promouvoir l’investissement et une réforme Faciliter les consultations
du secteur financier, créant ainsi un environne- 69. Le Groupe inter-agences pourrait faciliter les
ment propice à la concrétisation des opportuni- consultations, non seulement entre les institu-
tés de développement qu’offrent les migrations tions intervenantes, mais aussi avec les organis-
internationales. mes régionaux, le secteur privé, les ONG, les
organismes des droits de l’homme et les mem-
Collecte et échange de données bres de la société civile, y compris les organisa-
66. Le Groupe inter-agences pourrait coordon- tions de migrants.
ner la collecte, la diffusion, l’analyse et l’échange
des données sur les migrations internationales Cadre de financement
et, sur la base de ces données, observer les ten- 70. La dernière fonction du Groupe inter-agen-
dances migratoires. Pour remplir cette fonction, ces pourrait être d’offrir un cadre de financement
il devrait inclure l’UNDESA, qui possède une de certaines activités interinstitutionnelles, dont
réputation bien établie en matière de collecte et le renforcement des capacités, et de gérer des res-
d’analyse des données sur les migrations et les sources partagées pour les fonctions coordonnées.
questions connexes.
71. Les membres du Groupe inter-agences sur
les migrations seraient les institutions existantes
Analyse et évaluation des politiques du système des Nations Unies et des institutions
67. Le Groupe inter-agences pourrait promou- extérieures à ce système, qui s’intéressent aux
voir une coordination et une coopération plus migrations et interviennent dans ce domaine.
grandes entre agences dans les domaines de l’ana- Celles-ci comprendraient, entre autres, dans l’or-
lyse des politiques, de l’évaluation et de la dre alphabétique, la Banque mondiale, la

85
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

CNUCED, le FNUAP, le HCDH, le HCR,


l’OIM, l’OIT, l’OMC, le PNUD, l’UNDESA,
l’UNESCO, l’UNIFEM et l’UNODC. Le
Groupe mondial inter-agences sur les migrations
internationales serait appuyé par un secrétariat
permanent, avec un personnel détaché par les
institutions. Les institutions assumeraient la pré-
sidence par rotation.
72. Les opportunités et les défis des migrations
internationales exigent une réponse immédiate.
La Commission recommande au Secrétaire gé-
néral de l’ONU, aux institutions concernées et à
la communauté internationale sa proposition
visant à établir un Groupe mondial inter-agen-
ces sur les migrations internationales.

86
ANNEXE I

Principes d’action et recommandations

I. Un monde de travail : les migrants sur de migration temporaire, conçus avec soin
un marché du travail globalisé comme un moyen de répondre aux besoins éco-
Principe – Migrer par choix : nomiques des pays d’origine et de destination.
les migrations et l’économie mondiale
4. Les négociations du mode 4 de l’AGCS sur
Femmes, hommes et enfants devraient pou-
le mouvement des prestataires de services de-
voir réaliser leur potentiel, subvenir à leurs
vraient être menées à bonne fin. En raison des
besoins, exercer leurs droits humains et satis-
liens qui existent entre le commerce internatio-
faire leurs aspirations dans leur pays d’ori-
nal et les migrations internationales, de plus
gine, et donc migrer par choix et non par
grands efforts devraient être faits pour promou-
nécessité. Les femmes et les hommes qui mi-
voir un dialogue entre responsables et experts
grent et rejoignent le marché mondial du
traitant de ces deux questions.
travail doivent pouvoir le faire légalement, en
toute sécurité, et parce que les pays et les 5. Gouvernements et employeurs devraient exa-
sociétés d’accueil les valorisent et ont besoin miner conjointement les obstacles actuels à la
de leurs compétences. mobilité des professionnels hautement qualifiés
en vue d’éliminer ceux qui entravent inutilement
la compétitivité économique.
Recommandations
6. De plus grands efforts doivent être faits pour
1. Le nombre de personnes désirant migrer d’un créer des emplois et des moyens de subsistance
pays ou d’un continent à un autre va augmenter durables dans les pays en développement, afin
durant les années à venir, en raison de disparités que les citoyens de ces pays ne se sentent pas
dans les domaines du développement et de la contraints d’émigrer. Pays en développement et
démographie, ainsi que de différences dans la pays industrialisés devraient suivre des politiques
qualité de la gouvernance. Les Etats et les autres économiques qui permettent d’atteindre ces ob-
acteurs concernés doivent prendre en compte jectifs et mettre en œuvre les engagements aux-
cette tendance lorsqu’ils formulent des politiques quels ils ont souscrit dans ce sens
migratoires.
2. Les Etats et autres acteurs concernés devraient
II. Migrations et développement :
avoir des approches plus réalistes et plus flexi-
réaliser le potentiel de la mobilité des
bles des migrations internationales, fondées sur personnes
la reconnaissance du potentiel que représentent Principe – Renforcer l’impact sur l’économie
les travailleurs migrants pour combler certaines et le développement
pénuries sur le marché mondial du travail
Le rôle que jouent les migrants dans la pro-
3. Les Etats et le secteur privé devraient envisa- motion du développement et la lutte contre
ger l’option de mettre en place des programmes la pauvreté dans leur pays d’origine, ainsi que

87
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

la contribution qu’ils apportent à la prospé- III. Le défi de la migration irrégulière :


rité du pays de destination, doivent être souveraineté des Etats et sécurité des
reconnus et soutenus. Les migrations inter- personnes
nationales doivent devenir partie intégrante Principe – Aborder la question de la
migration irrégulière
des stratégies de croissance économiques
nationales, régionales et mondiales, tant dans Les Etats, dans l’exercice de leur droit souve-
le monde développé que dans le monde en rain à déterminer qui peut entrer et demeurer
développement. sur leur territoire, doivent s’acquitter de leur
responsabilité et de leur obligation de proté-
ger les droits des migrants et de réadmettre
Recommandations leurs ressortissants qui souhaitent ou qui sont
7. Des relations de coopération entre les pays obligés de retourner dans leur pays d’origine.
riches en main-d’œuvre et les pays pauvres en En cherchant à endiguer la migration irrégu-
main-d’œuvre sont nécessaires pour favoriser la lière, les Etats doivent coopérer activement
formation de capital humain et le développement entre eux afin que leurs efforts ne mettent pas
d’un vivier mondial de personnel qualifié. L’of- en danger les droits humains, notamment le
fre de rémunérations, de conditions de travail et droit des réfugiés à demander l’asile. Les gou-
de perspectives de carrière appropriées pour re- vernements doivent se concerter avec les em-
tenir le personnel clé doit faire partie intégrante ployeurs, les syndicats et la société civile sur
de cette stratégie. la question des migrations irrégulières.
8. Les transferts de fonds sont de l’argent privé,
que les Etats ne devraient pas s’approprier. Les Recommandations
gouvernements et les institutions financières de- 12. Les Etats et les autres acteurs concernés de-
vraient faciliter le transfert de fonds et en alléger vraient amorcer un débat objectif sur les consé-
le coût, et encourager ainsi les migrants à utiliser quences négatives de la migration irrégulière et
les systèmes de transfert réguliers. sa prévention.
9. Les mesures visant à encourager le transfert 13. Les politiques de contrôle frontalier devraient
et l’investissement des remises de fonds doivent faire partie d’une approche sur le long terme de
être combinées, dans les pays d’origine, à des la question de la migration irrégulière, abordant
politiques macro-économiques favorisant la les déficits en matière socio-économique, de
croissance économique et la compétitivité. gouvernance et de droits humains qui incitent
10. Les diasporas devraient être encouragées à les gens à quitter leur propre pays. Cette appro-
promouvoir le développement en économisant che doit être fondée sur la coopération et le
et en investissant dans leurs pays d’origine et en dialogue entre Etats.
participant à des réseaux de savoir transnatio- 14. Les Etats devraient s’attaquer aux conditions
naux. qui favorisent la migration irrégulière en don-
11. Les Etats et les organisations internationales nant plus d’opportunités de migrer légalement
devraient formuler des politiques visant à maxi- et en prenant des mesures contre les employeurs
miser l’impact qu’ont sur le développement le qui engagent des migrants en situation irrégulière.
retour au pays et la migration circulaire.

88
Principes d’action et recommandations

15. Les Etats devraient résoudre la situation des Recommandations


migrants en situation irrégulière, en organisant 18. Tout en reconnaissant que les Etats sont en
leur retour ou en les régularisant. droit de définir leurs propres politiques sur la
16. Les Etats doivent renforcer leurs efforts pour situation des migrants dans la société, tous les
combattre les phénomènes criminels distincts migrants doivent pouvoir exercer leurs droits
que sont le trafic des migrants et la traite des humains fondamentaux et bénéficier des normes
êtres humains. Dans les deux cas, les auteurs du travail minimales.
doivent être poursuivis, la demande de services 19. Les migrants au statut régulier établis depuis
liés à l’exploitation doit être éradiquée, et la un certain temps devraient être pleinement in-
protection et l’aide appropriée doivent être tégrés à la société. Le processus d’intégration
apportées aux victimes. devrait valoriser la diversité sociale, favoriser la
17. Dans leurs efforts pour endiguer la migra- cohésion sociale et éviter la marginalisation des
tion irrégulière, les Etats doivent respecter les communautés de migrants.
obligations qui leur incombent en vertu du droit 20. Les autorités locales et nationales, les em-
international en matière de droits des migrants, ployeurs et les membres de la société civile de-
l’institution de l’asile et les principes de protec- vraient travailler activement avec les migrants et
tion des réfugiés. leurs associations pour promouvoir le processus
d’intégration. Les migrants devraient être infor-
més de leurs droits et de leurs obligations et être
IV. Diversité et cohésion : les migrants
dans la société encouragés à devenir des citoyens actifs dans le
Principe – Renforcer la cohésion sociale pays où ils se sont établis.
par l’intégration 21. Une attention particulière devrait être accor-
Les migrants et les citoyens des pays de desti- dée au renforcement de la capacité d’agir des fem-
nation doivent respecter leurs obligations lé- mes migrantes et à leur protection, en s’assurant
gales et bénéficier d’un processus mutuel qu’elles soient activement impliquées dans la
d’adaptation et d’intégration qui tienne formulation et l’application des politiques et pro-
compte de la diversité culturelle et favorise la grammes d’intégration. Les droits, le bien-être
cohésion sociale. Le processus d’intégration et les besoins éducatifs des enfants migrants
doit être activement encouragé par les autori- devraient, eux aussi, être totalement respectés.
tés locales et nationales, les employeurs et les 22. Même si le droit de s’intégrer la société dans
membres de la société civile. Il doit aussi se laquelle ils vivent n’est généralement pas accordé
fonder sur un engagement de non-discrimi- aux migrants temporaires et migrants en situa-
nation et d’équité hommes-femmes. Il doit tion irrégulière, leurs droits devraient être
s’accompagner d’un discours public objectif pleinement respectés et ils devraient être proté-
sur les migrations internationales de la part gés contre l’exploitation et les abus.
des politiques et des médias.
23. Les individus et les organisations qui ont de
l’influence sur l’opinion publique devraient abor-
der la question des migrations internationales de
manière objective et responsable.

89
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

V. Une approche fondée sur des cadre juridique et normatif des migrations in-
principes : lois, normes et droits de ternationales et de garantir la protection des
l’homme droits des migrants.
Principe – Protéger les droits des migrants
Le cadre légal et normatif applicable aux mi-
grants internationaux doit être renforcé et mis VI. Créer la cohérence : la gouvernance
des migrations internationales
en œuvre d’une façon plus efficace et sans dis-
Principe – Renforcer la gouvernance :
crimination afin de respecter les droits hu- cohérence, capacités et coopération
mains et les conditions de travail dont chaque
migrant doit pouvoir bénéficier. Conformé- La gouvernance des migrations internationa-
ment aux dispositions de ce cadre législatif et les doit être renforcée au niveau national grâce
normatif, les Etats et les autres acteurs doi- à une plus grande cohérence et des capacités
vent aborder les questions migratoires de fa- accrues, au niveau régional par plus d’échan-
çon plus conséquente et cohérente. ges et une meilleure coopération entre Etats,
et au niveau mondial par un dialogue et une
coopération plus efficaces entre gouverne-
Recommandations ments et entre organisations internationales.
24. Les Etats doivent protéger les droits des mi- De tels efforts doivent se fonder sur une
grants en renforçant le cadre normatif des droits meilleure appréciation des liens qui existent
humains qui s’applique aux migrants internatio- entre les questions de migration internatio-
naux et en veillant à ce que ses dispositions soient nale et le développement, et d’autres problé-
appliquées de manière non discriminatoire. matiques essentielles, concernant notamment
le commerce, l’aide, la sécurité d’état, la sû-
25. Tous les Etats doivent veiller à ce que le prin- reté des États, la sécurité des personnes et les
cipe de responsabilité de l’Etat pour la protec- droits humains.
tion des personnes qui se trouvent sur son
territoire soit mis en pratique, de manière à ré-
duire les pressions qui incitent à la migration, à Recommandations
protéger les migrants en transit et à garantir les 28. Tous les Etats devraient établir des politiques
droits humains dans les pays de destination. migratoires nationales cohérentes, basées sur des
26. Les gouvernements et les employeurs doivent objectifs convenus, qui tiennent compte des
veiller à ce que tous les migrants soient en me- questions de politique connexes et qui respec-
sure de bénéficier d’un travail décent tel que le tent le droit international des traités, y compris
définit l’OIT et soient protégés contre l’exploi- la législation des droits de l’homme. La gouver-
tation et les abus. Des efforts particuliers doi- nance au niveau national devrait être efficace-
vent être faits pour la protection des migrantes ment coordonnée entre tous les ministères
qui travaillent comme employées de maison et concernés et devrait inclure la consultation des
des enfants migrants. acteurs non gouvernementaux.
27. Le dispositif des droits de l’homme du sys- 29. La communauté internationale devrait sou-
tème des Nations Unies devrait être utilisé plus tenir les efforts des Etats pour la formulation et
efficacement comme moyen de renforcer le la mise en œuvre de politiques migratoires na-

90
Principes d’action et recommandations

tionales par l’apport de ressources, d’expertise et 32. La volonté récente d’un certain nombre
de formation. d’Etats, d’institutions et d’acteurs non gouver-
30. Les accords bilatéraux sont un moyen effi- nementaux de lancer des initiatives mondiales
cace pour aborder les questions migratoires qui sur les migrations internationales est bienvenue.
concernent deux Etats. Ils doivent toujours Le Dialogue de haut niveau sur les migrations et
respecter le cadre normatif s’appliquant aux le développement de l’Assemblée générale de
migrants internationaux, et sauvegarder ainsi les l’ONU offre une opportunité de plus grande
droits des migrants. interaction entre ces initiatives et de plus grande
cohérence, et permet de maintenir leur dynami-
31. Des efforts supplémentaires sont nécessaires que. Le processus de réforme de l’ONU qui est
pour faire en sorte que les processus de consulta- en cours offre une fenêtre d’opportunité pour
tions régionales sur les migrations aient une cou- concrétiser cette dynamique à travers une révi-
verture mondiale, fassent intervenir la société sion des arrangements institutionnels existants.
civile et le secteur privé et ne soient pas focalisés
seulement sur le contrôle des migrations. Vu le 33. La Commission propose au Secrétaire géné-
caractère mondial des migrations, une interac- ral de l’ONU la création immédiate d’un groupe
tion plus grande entre ces différents processus interinstitutionnel de haut niveau pour ouvrir la
est essentielle.. voie à un Groupe mondial interagences sur les
migrations et pour en définir les fonctions et les
modalités. Ce Groupe interagences devrait assu-
rer une réponse institutionnelle plus cohérente
et plus efficace aux opportunités et aux défis que
présentent les migrations internationales.

91
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

ANNEXE II

Les migrations en bref

Ce document met en évidence quelques faits et Où sont les migrants ? (année 2000)
chiffres significatifs sur le nombre, le type, les • 56,1 millions en Europe (y compris la partie
causes et les conséquences des migrations inter- européenne de l’ex-URSS), ce qui représente
nationales d’aujourd’hui. Il est basé sur les plus 7,7% de la population de l’Europe
récentes données disponibles de l’UNDESA, de
• 49,9 millions en Asie, ce qui représente 1,4%
la Banque mondiale, de l’OIM, de l’OIT et du
de la population de l’Asie
HCR.
• 40,8 millions en Amérique du Nord, ce qui
représente 12,9% de sa population
Combien y a-t-il de migrants
internationaux ? • 16,3 millions en Afrique, ce qui représente 2%
de sa population
• En 2005, on dénombre près de 200 millions
de migrants internationaux en 2005, en te- • 5,9 millions en Amérique latine, ce qui repré-
nant uniquement compte de ceux qui ont vécu sente 1,1% de sa population
hors de leur pays pendant plus d’un an et en • 5,8 millions en Australie, ce qui représente
incluant 9,2 millions de réfugiés 18,7% de sa population
• Ce nombre équivaut à la population du 5e pays
Quels sont les plus importants pays d’accueil
le plus peuplé du monde, le Brésil ? (année 2000)
• 1 personne sur 35 est un migrant international ; • Les Etats-Unis comptent environ 35 millions
cela représente 3% de la population mondiale, de migrants : 20% des migrants du monde
• Les chiffres augmentent rapidement : de 82 • La Fédération de Russie compte environ 13,3
millions de migrants internationaux en 1970, millions de migrants : 7,6% des migrants du
on est passé à 175 millions en 2000 et près de monde
200 millions aujourd’hui
• L’Allemagne compte environ 7,3 millions de
Les femmes migrantes migrants : 4,2% des migrants du monde
• Près de la moitié des migrants internationaux • L’Ukraine compte environ 6,9 millions de
sont des femmes (48,6%) migrants : 4,0% des migrants du monde
• Quelque 51% des migrantes vivent dans les • L’Inde compte environ 6,3 millions de mi-
régions développées; 49% vivent dans le grants : 3,6% des migrants du monde
monde en développement
• Les migrants constituent plus de 60% de la
• Il y a plus de femmes que d’hommes migrants population totale en Andorre, dans la Région
en Amérique latine et Caraïbes, en Amérique administrative spéciale de Macao, à Guam, au
du Nord, en Océanie, en Europe et dans l’ex- Saint-Siège, à Monaco, au Qatar et dans les
URSS Emirats Arabes Unis
92
Les migrations en bref

Quels sont les pays d’origine les plus subsaharienne ; et 6,6% dans les économies
importants ? de pays industrialisés
• La diaspora chinoise compte environ 35 mil- • Écarts d’espérance de vie : 58 ans dans les pays
lions de personnes à bas revenu, 78 ans dans les pays à fort re-
• La diaspora indienne compte environ 20 mil- venu
lions de personnes • Ecarts de niveau d’éducation : 58% des fem-
• La diaspora philippine compte environ 7 mil- mes et 68% des hommes alphabétisés dans les
lions de personnes pays à bas revenu, alphabétisation quasi totale
dans les pays à fort revenu ; 76% d’inscrits à
Comment la répartition des migrants a-t-elle
évolué ?
l’école primaire dans les pays à bas revenu, sco-
larisation presque totale dans les pays à fort
• De 1980 à 2000, le nombre de migrants vi- revenu
vant dans les régions développées est monté
de 48 millions à 110 millions, tandis que dans • Courbe démographique : en moyenne 5,4 en-
les pays en développement ce nombre passait fants par femme en Afrique subsaharienne ;
de 52 millions à 65 millions 3,8 dans le monde arabe ; 2,5 en Amérique
latine et Caraïbes et 1,4 en Europe
• Aujourd’hui, environ 60% des migrants du
monde vivent dans les pays développés Quelle est la contribution économique des
migrants aux pays d’accueil ?
• En 1970, les migrants constituaient 10% de
la population dans 48 pays ; «en 2000, ils cons- • En 2000, quelque 86 millions des migrants
tituaient cette proportion dans 70 pays dans le monde étaient économiquement ac-
tifs – plus de 50% de l’ensemble des migrants
• De 1970 à 2000, la proportion des migrants
vivant en Amérique du Nord est montée de • Les travailleurs étrangers représentent plus de
15,9% à 22,3% et dans l’ex-URSS de 3,8% à 5% de la main-d’œuvre dans 8 pays européens
16,8% • De 1975 à 2001, le nombre des travailleurs
• De 1970 à 2000, la proportion des migrants étrangers au Japon est passé de 750 000 à 1,8
du monde vivant dans d’autres parties du million
monde a diminué : de 34,5% à 25% en Asie ; • Les immigrés qualifiés et les membres de leurs
de 12% à 9% en Afrique ; de 7,1% à 3,4% en familles constituent plus de 50% des migrants
Amérique latine et Caraïbes ; de 22,9% à qui entrent en Australie, au Canada et en Nou-
18,7% en Europe, et de 3,7% à 3,1% en Océa- velle-Zélande
nie
Quelle est l’incidence démographique des
Quelles raisons d’émigrer ? migrations dans les pays d’accueil?

• Différences salariales : 45,7% des personnes • De 1990 à 2000, les migrations internationa-
gagnent moins de $1 par jour en Afrique les ont compté pour 56% de la croissance dé-
subsaharienne ; 14,4% en Asie du Sud et mographique dans les pays développés, contre
10,4% en Amérique latine et Caraïbes 3% dans les pays en développement
• Taux de chômage : 12,2% au Moyen-Orient et • De 1990 à 2000, l’immigration a représenté 89%
Afrique du Nord ; 10,9% en Afrique de la croissance démographique en Europe

93
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

• De 1995 à 2000, la population européenne • On estime à 10 millions le nombre de migrants


aurait diminué de 4,4 millions sans l’immi- en situation irrégulière qui vivent aux Etats-
gration Unis
• De 1995 à 2000 l’immigration a compté pour • On estime qu’en 2000 quelque 50% de la
75% de la croissance démographique aux population d’origine mexicaine aux Etats-Unis
Etats-Unis était en situation irrégulière (4,8 millions)

Combien d’argent les migrants envoient-ils • Quelque 20 millions de migrants en situation


chez eux ? irrégulière vivent en Inde
• En 2004, les transferts par les voies officielles • On estime que 600 000 à 800 000 personnes
ont représenté environ 150 milliards S en 2004 sont victimes de la traite chaque année
• Il s’y ajoute peut-être 300 milliards $ transfé- • On estime les profits des trafiquants de mi-
rés de manière informelle grants et des individus qui se livrent à la traite
• Les transferts de fonds officiels représentent des êtres humains à 10 milliards $ par an
près du triple de la valeur de l’aide publique Quels sont les nombres des réfugiés et des
au développement requérants d’asile ?
• Les transferts de fonds sont la deuxième source • 6,5 millions des 9,2 millions de réfugiés dans
de financement pour les pays en développe- le monde vivent dans les pays en développe-
ment, après l’investissement financier direct ment
• Les 3 pays qui ont reçu le plus de remises de • De 2000 à 2004, la population mondiale de
fonds en 2004 étaient : le Mexique (16 mil- réfugiés a diminué de 24%
liards $ par an), l’Inde (9,9 milliards $) et les • Les réfugiés représentent 23% des migrants
Philippines (8,5 milliards $) internationaux en Asie ; 22% en Afrique, et
• Les 3 pays d’où sont partis le plus de trans- 5% en Europe
ferts de revenus en 2001 étaient : les Etats- • C’est le Pakistan qui accueille le plus grand
Unis (28 milliards$ par an), l’Arabie saoudite nombre de réfugiés : plus de 1 million (11%
(15 milliards $), la Belgique, l’Allemagne et du total mondial)
la Suisse (8 milliards $) • De 1994 à 2003 quelque 5 millions de per-
Quelle est l’ampleur de la migration sonnes ont demandé l’asile dans les pays in-
irrégulière ? dustrialisés ; le statut de réfugié ou un statut
• On estime que chaque année, 2,5 à 4 millions équivalent a été accordé à 1,4 million d’entre
de migrants franchissent les frontières inter- eux (28%)
nationales sans autorisation • En 2004, 676 000 demandes d’asile ont été
soumises dans 143 pays, ce qui représente une
• En 2000, au moins 5 millions des 56,1 mil-
diminution de 19% par rapport aux 830 300
lions de migrants en Europe étaient en situa-
demandes de 2003
tion irrégulière (10%)
• En 2004, 83 000 réfugiés ont été réinstallés,
• On estime qu’environ 500 000 migrants sans
principalement aux Etats-Unis (53 000), en
papiers arrivent en Europe chaque année
Australie (16 000) et au Canada (10 000)

94
ANNEXE III

Etats parties aux instruments juridiques universels


s’appliquant aux migrants internationaux
Instrument Entrée en Etats parties par ratification, À la
vigueur accession ou succession date du

Déclaration universelle Adoptée par résolution


des droits de l’homme de l’Assemblée générale
de 1948 217 A (III), 10 décembre
1948
Convention internationale 4 janvier 1969 170 29 juin 2005
sur l’élimination de toutes
les formes de discrimination
raciale de 1965
Pacte international relatif 23 mars 1976 154 29 juin 2005
aux droits civils et politiques
de 1966
Pacte international relatif 3 janvier 1976 151 29 juin 2005
aux droits économiques,
sociaux et culturels de 1966
Convention sur l’élimination 3 septembre 1981 180 29 juin 2005
de toutes les formes de
discrimination à l’égard des
femmes de 1979
Convention contre la torture 26 juin 1987 139 29 juin 2005
et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou
dégradants de 1984
Convention des droits de 2 septembre 1990 192 29 juin 2005
l’enfant de 1989
Convention internationale sur 1 juillet 2003 30 29 juin 2005
la protection des droits de tous
les travailleurs migrants et des
membres de leur famille de 1990
Convention n° 97 de l’OIT sur 22 janvier 1952 43 juillet 2005
les travailleurs migrants
Convention n° 143 de l’OIT 9 décembre 1978 18 juillet 2005
sur la protection des travailleurs
migrants

95
Rapport de la Commission mondiale sur les migrations internationales

Instrument Entrée en Etats parties par ratification, À la


vigueur accession ou succession date du

Convention relative au 22 avril 1954 142 (Convention) 1er mai 2005


statut des réfugiés et son (Convention), 142 (Protocole)
protocole de 1967 relatif au 4 octobre 1967 Etats parties de la
statut des réfugiés et de 1951 (Protocole) Convention et au Protocole :
139 Etats parties à l’un
de ces instruments ou
aux deux: 145
Convention sur le statut 6 juin 1960 57 1er mai 2005
des apatrides de 1954
Convention sur la réduction 13 décembre 1975 29 1er mai 2005
des cas d’apatridie de 1961
Convention sur la nationalité 11 août 1958 70 5 février 2002
de la femme mariée de 1957
Convention de Vienne sur les 19 mars 1967 163
relations consulaires de 1963
Convention de l’ONU contre 29 septembre 2003 107 29 juillet 2005
la criminalité transnationale
organisée de 2000
Protocole sur la lutte contre 25 décembre 2003 61 14 juin 2004
la traite des personnes, en
particulier des femmes et
des enfants, complétant la
Convention des Nations Unies
contre la criminalité trans-
nationale organisée de 2000
Protocole contre le trafic 28 janvier 2004 55 14 juin 2004
illicite de migrants par terre,
air et mer, complétant la
Convention des Nations Unies
contre la criminalité trans-
nationale organisée de 2000
Convention pour la répression 25 juillet 1951 75 24 mars 2003
et l’abolition de la traite des
êtres humains et de l’exploitation
de la prostitution d’autrui de
1950

96
ANNEXE IV

Remerciements

La Commission mondiale sur les migrations Holzmann, Graeme Hugo, Binod Khadria,
internationales tient remercier les nombreuses Johannes Koettl, Cathy Lloyd, Phillip Martin,
personnes et organisations qui ont contribué à Susan Martin, Rainer Munz, Kathleen Newland,
ses travaux. Kevin O’Neill, John Parker, Nicola Piper, Martin
Ruus, Danny Sriskandrajah, Galina Vitkovskaya,
Secrétariat
Zhanna Zayinchkovskaya.
Le rapport final de la Commission a été rédigé
De plus, la Commission tient à remercier les
par Jeff Crisp, chef du service Analyse des politi-
auteurs des quelque 50 articles de recherche pu-
ques et recherche, et Khalid Koser, analyste po-
bliés dans la série « Perspectives sur les migra-
litique spécialisé, sous la direction du Directeur
tions » (‘Global Migration Perspectives’), qui sont
exécutif Dr. Rolf K. Jenny.
accessibles sur son site web, [Link].
Durant l’existence de la Commission, un certain
nombre de personnes ont travaillé pour le secré- Conseillers
tariat, certains à temps partiel ou à titre tempo- Les personnes suivantes ont apporté des précieux
raire : conseils au secrétariat :
Administration et Logistique : Barry Ardiff, Jos Manolo Abella, Alex Aleinikoff, Gervais Appave,
Ohms, Alessandra Roversi, Renata Lapierre, Sue Robert Bach, Alice Bloch, Roger Bohning, Peter
Rampersad Bosch, Frans Bouwen, Meyer Burstein, Jorgen
Relations publiques : Jörgen Sandström, Laura Carling, Stephen Castles, Jo Chamie, Lincoln
Fähndrich Chen, Ryszard Cholewinski, Robin Cohen,
Catherine Dauvergne, Paul de Guchteneire,
Analyse des politiques et recherche : Asa Carlander, Michael Doyle, Delanyo Dovlo, Jean-Francois
Colleen Thouez, Christina Lee, Aspasia Papado- Durieux, Solvig Ekblad, Bimal Ghosh, Sandy
poulou, Daniel Jacquerioz, Rebekah Thomas Gifford, Mariette Grange, Danielle Grondin,
Experts
Friedrich Heckmann, Ulf Hedetoft, James
Hollifield, Mireille Kingman, Will Kymlicka,
Les experts suivants ont été mandatés pour pré- Frank Lazcko, Richard Lewis, Ninna Nyberg-
parer les documents du Programme d’analyse des Sorensen, John Oucho, Robert Paiva, Rinus
politiques du secrétariat : Penninx, Douglas Pearce, Richard Perruchoud,
Aderanti Adepoju, Martin Baldwin-Edwards, David Petrasek, Dilip Rhata, Patrick Taran, Gary
Robert Barnidge, Leah Bassel, Christina Boswell, Troeller, Nicholas Van Hear, Gerry Van Kessel,
Manuel Carballo, Taras Chernetsky, Johnathan Ellie Vasta, Steven Vertovec, Jonas Widgren,
Crush, Stefanie Grant, Colin Harvey, Robert Monette Zard.

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