FONCT6
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6. Logarithmes et exponentielles
6.1. Un peu d'histoire
John Napier est né à Merchiston Castle, aux environs d'Édimbourg. Vers la fin du 16 ème
siècle, préoccupé par le fait que le progrès scientifique était en quelque sorte freiné par
des calculs numériques longs et pénibles, il concentra toutes ses forces au
développement de méthodes susceptibles de réduire ce calcul fastidieux. « Il n'y a rien
de plus pénible, dans la pratique des mathématiques, […] que ces multiplications,
divisions, extractions de racines carrées et cubiques de grands nombres, qui, à côté
d'une assommante perte de temps, engendrent pour la plupart nombre d'erreurs
insaisissables. [...] Remplaçons les nombres par d'autres, qui fonctionneront seulement
par addition et soustraction, division par deux ou trois. »
Après vingt ans de travail, il livre en 1614 son célèbre traité intitulé Mirifici
John Napier (1550-1617)
logarithmorum canonis descriptio, qui décrit son système de logarithmes et l'usage qu'il
veut en faire. Un second ouvrage, intitulé Mirifici logarithmorum canonis constructio,
publié en 1619, contient le premier traité ainsi que les procédés de construction des
tables de logarithmes.
La publication du traité de 1614 eut un impact considérable et, parmi les admirateurs
les plus enthousiastes de ce nouveau système, il faut compter Henry Briggs (1561-
1630), professeur de géométrie d'Oxford. C'est à Briggs que l'on doit la naissance des
logarithmes en base 10, aussi appelés à « base vulgaire » ou logarithmes de Briggs.
On sait aujourd'hui que Jost Bürgi (1552-1632) a développé des idées similaires à
celles de Napier, en Suisse, à la même époque. On prétend même de Bürgi a conçu
l'idée de logarithme dès 1588, mais il perdit tous ses droits de priorité en publiant ses
résultats quelques années après le Mirifici de Napier. Les travaux de Bürgi furent en
effet publiés à Prague en 1620 sous le titre Arithmetische und geometrische Progress-
Jost Bürgi (1552-1632) Tabulen.
6.2. Introduction
Imaginons un millionnaire qui place son argent dans une banque très généreuse qui
Dans la réalité, c'est plutôt propose un taux d'intérêt à 100 %, ce qui signifie que la fortune du millionnaire
1 % ou moins ! doublera chaque année.
S'il place un million à la banque l'année 0, voici donc comment augmentera sa fortune :
années (n) 0 1 2 3 4 5 6 7 8
fortune en millions (F) 1 2 4 8 16 32 64 128 256
Regardons à nouveau le tableau pour voir apparaître une relation très intéressante : on
sait que 2·16 = 32 ; si l'on regarde la relation qui lie les logarithmes de ces trois
nombres, on voit que log2(2) + log2(16) = log2(32). En effet, 1 + 4 = 5.
On retrouve l'idée fondatrice des logarithmes, à savoir que l'on a pu remplacer une
Depuis la fin des années 1970, multiplication par une division, moyennant l'usage d'une table. L'intérêt était évident
les calculatrices ont avantageu- quand on travaillait avec des grands nombres (en astronomie par exemple), puisque
sement remplacé les tables de l'addition de deux nombres (même grands) est bien plus simple et rapide que la
logarithmes. Auparavant, les multiplication.
lycéens passaient beaucoup de La formule générale est la suivante :
temps à apprendre à utiliser les
« tables de logs ». log b (u⋅v)=log b (u)+ logb ( v)
Ce livre existe vraiment (les Imaginons maintenant que nous voulions réaliser un livre d'images carrées (de même
pages sont numérotées de façon taille) dont la numérotation des pages sera un peu spéciale : à la page 0, on verra une
classique). Il s'intitule « Les image carrée dont la longueur du côté correspondra à 1 mètre dans la réalité. Chaque
puissances de dix », aux fois que l'on tournera une page en avançant dans le bouquin, la longueur réelle sera
éditions Pour la Science, multipliée par 10. Inversement, en revenant en arrière d'une page, la longueur réelle
diffusion Belin (ISBN 2-9029- sera divisée par 10. Ainsi, à la page -1, le côté de l'image correspondra à une longueur
1833-X). de 0.1 mètre.
On peut donc faire le tableau de correspondances suivant :
-n ... -3 -2 -1 0 1 2 3 ... n
-n
10 ... 0.001 0.01 0.1 1 10 100 1000 ... 10n
La base utilisée ici est 10. Par analogie avec le tableau de la fortune, on peut dire que le
logarithme en base 10 de 10 est 1, parce que 10 1 = 10 ; le logarithme en base 10 de 100
est 2 car 102 = 100, etc.
Généralisons ce que nous venons de voir et prenons une base b quelconque. Notre
tableau devient :
... -4 -3 -2 -1 0 1 2 3 4 5 ...
... b-4 b-3 b-2 b-1 1 b b2 b3 b4 b5 ...
Il faut encore trouver comment raffiner notre table, c'est-à-dire savoir comment obtenir
une table plus précise.
Dans la première ligne du tableau, entre les entiers a et a+1, il faudra insérer 9 moyens
arithmétiques : a+0,1, a+0,2, …, a+0.9.
Dans la seconde ligne, il faut insérer 9 moyens géométriques entre a et a+1, de sorte à
respecter la propriété décrite dans la table ci-dessous :
a a+0.1 a+0.2 a+0.3 a+0.4 a+0.5 a+0.6 a+0.7 a+0.8 a+0.9 a+1
1 2 3 4 5 6 7 8 9
g g·r g·r g·r g·r g·r g·r g·r g·r g·r g·r10
Essayons par exemple de raffiner la table les logarithmes en base 10 entre 0 et 1. Nous
√
10 t11
t1
.
10
avons t1 = 1, t11 = 10 et donc r10 = 10, d'où r= √ 10 1.259. On obtient la table
augmentée ci-dessous.
En suivant le même principe, on pourra encore raffiner cette table par exemple entre 0.7
et 0.8, et ainsi de suite (voir exercice 6.4 c).
Exercice 6.1 Évaluez sans calculatrice (par convention, quand on écrit « log(x) », cela signifie
« log10(x) ») :
a. log(1)
3
7
b. log(10 ) c. log ( 101 ) d. log
( √110 )
4
()
f. log 2
1
4 ( )
g. log 3
1
81
h. log 2
1
( )
128
i. log16
1
2 () j. log 9 ()
1
3
Exercice 6.4 À l'aide de votre calculatrice, évaluez log(9) de trois façons différentes (vous donnerez
le résultat avec 3 chiffres après la virgule) :
a. en utilisant la touche LOG de votre calculatrice ;
b. par encadrements en utilisant la touche yx (ou ^) de votre calculatrice ;
c. par la méthode des moyens géométriques.
6.3. Propriétés
Les relations suivantes sont vérifiées quelle que soit la base b (avec b > 0 et b 1) :
0
1.a log b (1)=0 1.b b =1
1
2.a log b (b)=1 2.b b =b
x log b (x )
3.a log b (b )= x 3.b b =x
x y x+ y
4.a log b (u⋅v)=log b (u)+ logb ( v) 4.b b ⋅b =b
b. Que constatez-vous ?
c. Par quelle propriété des logarithmes l'expliquez-vous ?
( ) ( √√ )
3
2 3 a a⋅ d
a. log( a ⋅b ) b. log c. log
b2 3
c⋅ b
(1+ 121 )
2
le mois 2, etc.
( )
12
1
Au bout d'une année, il aura, au lieu de 2 millions, 1+ = 2.613 millions.
12
( )
365
1
Capitalisé tous les jours, ce million serait devenu en un an = 2.714 1+
365
millions. Si enfin nous supposons que la fortune est capitalisée à chaque instant, le
( )
n
1
capital au bout d'un an sera la limite de 1+ quand n tend vers l'infini.
n
À la limite, on démontre que cette somme n'est pas du tout infinie, mais égale à
Sur votre machine, il faut 2.718281828459045... Il est facile de constater ce phénomène sur une calculatrice.
calculer e1 pour afficher la Depuis Euler, on désigne ce nombre par la lettre e.
valeur de e.
( )
n
1
On écrira e=lim 1 + 2.718281828459045...
e est un nombre transcendant, n →∞ n
comme p.
Exercice 6.7 Si la base du logarithme est e, on parle de logarithme naturel ou népérien (de Lord
Napier, Neper en français) ; sa notation est ln (LN sur votre calculatrice).
c. ln(x2-7) = 2·ln(x+3)
e. log(x2+3x-1) = 2
a. 3x + 9x = 90
3x –3x –x x
b. e =5 c. 4 e – 3 e −e =0
On peut cependant utiliser comme base n'importe quel nombre strictement positif et
différent de 1.
aw = u
Exercice 6.12 Calculez à l'aide de votre calculatrice logx(16), pour x = 2, 4, 8, 16, 32 et 64.
Tracez la courbe représentative de la fonction f (x) = logx(16).
g. log( x 2 )=log 2 ( x)
6.7. Graphes
Remarques
6.8. Applications
Exercice 6.15 Tout corps radioactif se désintègre au cours du temps. Le nombre d'atomes radioactifs
N(t) au temps t (en années) est donné par :
–μ t
N ( t )= N 0⋅e
où N0 est le nombre d'atomes radioactifs au temps t = 0 et un coefficient dépendant
de la matière.
En particulier, le gaz carbonique de l'air contient en faible quantité du carbone 14,
isotope radioactif du carbone. Tout être vivant participe au cycle du carbone. Tant
qu'il est vivant, la proportion d'atomes de C14 par rapport à la masse de carbone qu'il
contient est constante, soit 5·1011 atomes de C14 par 12 g de carbone. Quand il meurt,
les atomes de C14 commencent à se désintégrer suivant la loi énoncée ci-dessus, avec
= 1.2·10-4.
Pour estimer l'âge d'un objet d'origine animale ou végétale, il suffit donc d'évaluer le
nombre d'atomes de C14 contenus dans 12 g de carbone prélevé sur cet objet.
Exercice 6.16 La chronologie glossienne est une méthode permettant de dater un langage, fondée sur
une théorie selon laquelle, durant une longue période, les changements linguistiques
prennent place à un taux constant.
Supposons qu'un langage ait à l'origine N0 mots de base et qu'au temps t, mesuré en
millénaires, le nombre N(t) de mots de base qui restent dans le langage courant est
donné par :
t
N ( t)= N 0⋅0.805
Exercice 6.18 La loi de Beer-Lambert stipule que la quantité de lumière I qui pénètre à une
profondeur de x mètres dans l'océan est donnée par :
x
I = I 0⋅c
A : amplitude maximale du
séisme enregistrée sur le
M =log
( AA )
0
Exercice 6.20 La magnitude M sur l'échelle de Richter d'un tremblement de terre est liée à l'énergie
E (mesurée en Joules) dissipée lors du tremblement de terre par la formule :
Exercice 6.21 Le nombre de bactéries N (t) que renferme une culture au temps t (exprimé en jours)
est donné par :
βt
N ( t )= N 0⋅e
Les phénomènes de contagion comme les épidémies sont caractérisés par leur
Intérêt de caractère multiplicatif : l'accroissement pendant une unité de temps est proportionnel
l'échelle semi- au nombre de malades contagieux. Dans le modèle le plus simple, chaque jour le
logarithmique nombre de malades est multiplié par un certain facteur k plus grand que 1. L'effectif
des malades suit dans ce modèle une progression géométrique de raison k :
La courbe obtenue est une droite. En effet, le logarithme transformant les produits en
sommes, il simplifie les puissances f (n) = k n en : g(n) = n⋅log2(k) qui est une fonction
Propriété 6a. linéaire de n dont le graphe est une droite. Ce logarithme log2(k) est 1/t, l'inverse du
temps de doublement. On peut donc « lire » le temps de doublement en mesurant la
pente de la courbe et en prenant son inverse.
Les épidémies réelles ne suivent pas des suites géométriques, pas plus que les modèles
qui tentent de comprendre leur propagation. Leur représentation même dans une
échelle logarithmique ne sera donc pas linéaire. Mais on peut encore définir un temps
de doublement « autour d'un temps donné » en approchant ce graphe par segments de
droite.
Par exemple, le nombre de cas de coronavirus confirmés en Italie produit la courbe
suivante :
On comprend maintenant
pourquoi les échelles
exponentielles ont fait leur
apparition dans les médias : on
peut y lire le temps de
doublement de l'épidémie, un
déterminant crucial de
l'évolution de l'épidémie.
Exercice 6.22 Une courbe logistique est le graphe d'une équation de la forme :
k
y= – cx
1 +b e
Exercice 6.23 La longueur (en cm) de beaucoup de poissons de t années communément mis en vente
peut être donnée par une fonction de croissance de von Bertalanffy de la forme :
– kt
f ( t)=a (1 – b e )
Exercice 6.24 Le classement Elo est un système d'évaluation qui peut servir à comparer deux
joueurs d'une partie, et est utilisé par de nombreux jeux en ligne. La formule Elo ci-
dessous donne la différence (D) de niveau entre deux joueurs en fonction de la
probabilité de gain (p).
D ( p)=400⋅ log ( 1 –p p )
a. Calculez la fonction réciproque p(D), qui donne la probabilité de gain en fonction
de la différence Elo D = Elojoueur – Eloadversaire.
Aux échecs, la fonction p(D) est utilisée pour calculer le nouvel Elo En+1 en fonction
de l'ancien En : En+1 = En + 15·(W - p(D)). W est le résultat de la partie et vaut 1 pour
une victoire, 0.5 pour un nul et 0 pour une défaite.
b. Un joueur classé 1800 Elo joue contre un joueur classé 2005 Elo. En cas de match
nul, quel sera le nouveau classement Elo des deux joueurs ?
Exercice 6.26 a. En septembre 1983, le plus grand nombre premier connu était 2 132'049 - 1.
Combien ce nombre a-t-il de chiffres ?
x −x
Exercice 6.27 Le cosinus hyperbolique est donné par la fonction cosh ( x)=
e +e
.
2
x
La chaînette a pour équation y=a cosh ( ) .
a
La Gateway Arch à Saint-Louis dans le Missouri possède la forme d'une chaînette
renversée. Les points de cette arche satisfont approximativement l'équation :
x
y=−39 cosh ( )+231
39
pour –96 < x < 96.