Intro : Au 15ème siècle, après la prise de Constantinople par les Turcs, interrompant ainsi le
commerce terrestre avec l'Orient, les Portugais et les Espagnols se lancent à la conquête des
océans, désireux de trouver de nouvelles routes commerciales vers l'Asie : cela marque le
début d'une ère de découvertes et de conquêtes qui ont redéfini les frontières du monde
connu. La découverte des Amériques en 1492 par Christophe Colomb ouvre la voie aux
premiers empires coloniaux et à la confrontation avec les peuples indigènes qu’on
dénommera sous le terme d’Amérindiens (Indiens d’Amérique). Le document que nous
étudions est un extrait du livre « Tres breve relation » écrit par Bartolomé de Las Casas en
1552 et qui s’intitule « La cruauté des Espagnols ». Cet extrait fait référence à la controverse
de Valladolid qui s’est déroulée en 1550-51 et qui posait la question du statut des peuples
autochtones et la légitimité à les réduire en esclavage. Ce débat s’illustre en particulier par la
confrontation entre B de Las Cases, Dominicain défenseur des indigènes, et J G de Sepulveda,
théologien fervent partisan de la légitimité de l’esclavagisme Pbl : Comment B. de Las Casa
décide de décrire le sort des Amérindiens sous l’autorité espagnole ? Nous étudierons
d'abord les traitements inhumains infligés aux Amérindiens, puis les conséquences de ces
traitements sur les populations, et enfin, nous analyserons la position de l'auteur à travers
son témoignage en faveur des droits des Amérindiens.
1- Traitements inhumains des Amérindiens.
Au fil de leurs différentes missions d’exploration, les puissances européennes
colonisent l’ensemble du continent américain et infligent aux Amérindiens des
traitements inhumains. La découverte du nouveau Monde est marquée par une
conquête rapide et violente. Elle est menée par des conquistadors, chef militaire parti
à la conquête des Amériques en pensant se couvrir d’or et de gloire, qui n’hésitent
pas à massacrer les populations pour conquérir leurs terres et à détruire des
civilisations entières. Nous pouvons citer par exemple le massacre de Cholula au
Mexique en 1519 perpétré par Cortés dans le but de soumettre l'Empire aztèque à la
domination espagnole. Les conquistadors, bénéficiant d'une supériorité
technologique (arme et cavalerie) et numérique ainsi que de la peur de nombreux
Amérindiens qui décidèrent de fuir dans les montagnes à la vue des Espagnols, ont
exploité cette force pour écraser les Autochtones et instaurer leur domination. Suite à
ces conquêtes, des colonies se sont établies, les terres conquises par la force étant
attribuées aux colons et exploitées afin que les ressources enrichissent la maison
mère. Ces terres sont dirigées par des encomenderos, Espagnols qui ont reçu du roi le
droit de diriger une encomienda, territoire qui regroupe des centaines d’Amérindiens
soumis à un travail forcé. Les Amérindiens sont également soumis à la propriété et
doivent payer des taxes. Or ils ne connaissent ni l’argent ni la notion de possession. Ils
doivent donc accomplir des tâches au service des colons et s’ils refusent ils sont
emprisonnés et torturés. De plus, ils sont soumis à une évangélisation forcée, leur
conversion au christianisme étant le seul moyen pour eux d’être considéré comme
humain par les colons. Las Casas met en lumière cette brutalité et cette violence avec
lesquelles les Espagnols ont traité les Amérindiens. Il les compare avec des animaux
sauvages pour décrire leur comportement et souligner leur cruauté, leur absence
d’humanité et de compassion envers les Amérindiens « Ceux-ci (les espagnols) se
comportèrent comme des loups, et des tigres et des lions, qu’on aurait dit affamés
depuis des jours. »
2- Conséquences sur les populations.
Ces traitements inhumains ont eu de nombreuses conséquences sur les populations.
Les massacres, les maladies et le travail forcé ont entraîné une forte diminution des
populations amérindiennes. Par exemple, l'Empire aztèque, qui comptait environ 25
millions d'habitants avant l'arrivée des Espagnols, a vu sa population réduite de plus
de 90% en moins d'un siècle. Las Casas démontre également de manière frappante
l’impact dévastateur des conquêtes espagnoles sur la population, « Si bien que de
300 000 qu’ils étaient à Espanola, les naturels ne sont plus qu’aujourd’hui que 200 !
». L’anéantissement presque complet de la population en quelques années illustre
l’ampleur des pertes démographiques causées par les Espagnols. De plus, les
espagnols ont importé avec eux des maladies telles que la grippe et la variole contre
lesquelles les populations contre lesquelles les populations locales n’étaient pas
immunisées et qui se sont propagées très rapidement, décimant ainsi des
communautés entières.
Pour faire face à cette baisse de main-d’œuvre, les colons espagnols ont eu recours
au « commerce triangulaire » (système conduisant à acheter des esclaves issus des
populations noires d’Afrique et déportées en Amérique pour travailler dans les
propriétés des colons) permettant ainsi la mise en place d’une économie de
plantation, c’est-à-dire une économie coloniale fondée sur des grandes exploitations
au sein desquelles l’emploi des esclaves venus d’Afrique permet la culture à grande
échelle de produits (café, tabac, sucre…) destinés à être exportés vers le continent
européen.
3- Comment l’auteur prend positions.
Depuis le début des conquêtes, la question de la considération apportée aux
Amérindiens et du sort qu’il faut leur réserver persiste. Pour trancher cette question
Charles Quint organise un débat en 1550, débat qui oppose principalement Juan
Ginés de Sepulveda, homme d’Eglise et conseiller de Quint, qui défend l’idée d’une
conquête pure et dure avec l’évangélisation forcée et la soumission des populations, à
Bartolome de Las Casas, prêtre dominicain et ancien encomendero qui était parti à
Cuba pour évangéliser les populations, qui lui est contre ces conquêtes et
l’esclavagisme. Pour S. les Amérindiens ont toujours été soumis alors que pour Las
Casas il n’est pas nécessaire d’avoir recours à la violence pour les convertir. Dans ce
texte Las Casas, témoin direct des horreurs commises contre les Amérindiens prend
position en leur faveur. Il compare les Espagnols à des animaux sauvages alors qu’il
associe les Amérindiens à des « douces brebis », montrant ainsi leur vulnérabilité et
leur impuissance face aux colons. De plus, il met en avant les atrocités commises en
dénonçant les méthodes cruelles et inhumaines utilisées pour soumettre les
Amérindiens à la domination espagnole « Et ils n’ont rien fait depuis 40 ans et plus
qu’ils sont là, sinon les tuer, les faire souffrir, les affliger, les tourmenter par des
méthodes cruelles extraordinaires, nouvelles et variées ». Enfin, il dénonce la
tyrannie des Espagnols, mettant en avant le nombre choquant de victimes causées
par leurs actions. « Nous tiendrons pour vrai et assuré, qu’en 40 ans, dans lesdites
terres, sont morts à cause de cette tyrannie plus de 12 millions d’êtres vivants,
hommes, femmes, enfants… ». Au final, l’empire n’a donné raison à aucun des 2
opposants. Néanmoins, il a mis en place des réformes partielles dans les politiques
coloniales espagnoles en faveur d'une considération plus respectueuse des
Amérindiens, même si certaines pratiques oppressives ont perduré./persisté
I lfaudrait mettre une phrase sur la conclusion de la controverse et qui l’a emporté
Con : les traitements inhumains infligés aux Amérindiens durant les conquêtes coloniales ont
eu des conséquences désastreuses, marquées par des massacres, des maladies et un déclin
démographique massif ainsi que la mise en place du commerce triangulaire qui a eu un
impact majeur sur la démographie et la composition ethnique des territoires colonisés. La
permanence de ce commerce jusqu’au 19ème siècle et l’abolition généralisée de l’esclavage
se retrouvent encore aujourd’hui dans la composition des populations au sein du continent
mélange de Blancs originaire d’Europe, de Noirs descendants d'Africains déportés, d'Indiens
autochtones et d’une part de populations métissées, et également dans la répartition des
richesses, des vastes portions de territoires étant encore la propriété de riches familles
blanches dont la fortune trouve sa source dans la colonisation.
1/Las Casas met en lumière cette brutalité et cette violence avec lesquelles les Espagnols ont
traité les Amérindiens. La comparaison avec les animaux sauvages pour décrire leur
comportement souligne leur cruauté et leur absence de compassion envers les Amérindiens.
« Ceux-ci se comportèrent comme des loups, et des tigres et des lions, qu’on aurait dit
affamés depuis des jours. »
2/ Las Casas démontre de manière frappante l’impact dévastateur des conquêtes espagnoles
sur la population. La réduction importante de la population de 300 000 à seulement 200 en
quelques années illustre l’ampleur des pertes démographique causées par les espagnols. « Si
bien que de 300 000 qu’ils étaient à Espanola, les naturels ne sont plus qu’aujourd’hui que
200 ! »
3/ Las Casa prend position en faveur des Amérindiens.