7PH06TEWB0423 Partie3
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Introduction
La science désigne un ensemble de connaissances qui s’appuient sur des faits et sur des lois
objectives. Ceci suppose tout d’abord de la distinguer de conceptions qui ne s’appuieraient sur aucune
réalité empirique (terme qui vient du terme grec empereia, qui désigne « la sagesse acquise grâce à
l’expérience »), comme les mythes ou les contes (si ceux-ci peuvent avoir une prétention explicative, ils
ne se fondent cependant pas sur des faits). En outre, l’objectivité des lois sur lesquelles elle s’appuie
implique de mettre en évidence des procédures qui attestent que ces lois valent bien pour tout le monde,
en dehors des avis subjectifs ou différents que l’on peut avoir dessus. La science, en ce sens, se construit
au sein d’une communauté de scientifiques qui tentent de se mettre d’accord sur des principes et des
théories (par exemple, la définition d’une droite dans la géométrie euclidienne, ou les principes de la
thermodynamique). Les conceptions scientifiques doivent reposer également sur un travail de la raison
(du latin ratio, qui signifie « calcul »), soit la faculté qui permet d’organiser les pensées, en tirant des
conséquences logiques à partir de principes qu’elle choisit d’adopter (par exemple, le théorème de
Pythagore repose sur les principes de la géométrie euclidienne, qui s’est attachée à définir ce qu’est un
point, une droite, etc.). La science s’appuie sur l’expérience, mais toute connaissance scientifique n’en
dérive pas directement.
— La science s’oppose au relativisme, soit à l’idée que les opinions sont pourvues de la même valeur. En
ce sens, elle cherche à établir des vérités qui visent une certaine universalité, c’est-à-dire une validité
telle qu’elle ne dépend pas des époques ou des lieux. Ainsi, l’affirmation qui déclare que 2 + 2 = 4 n’est
pas soumise à des conditions géographiques et temporelles.
— La science s’appuie sur des procédures permettant de vérifier ses conclusions. On peut réaliser
cela des deux manières, soit en répétant une expérimentation en vue d’obtenir les mêmes résultats (le
sulfate de cuivre anhydre qui se colore en bleu en présence de la molécule H2O à chaque fois), soir en
vérifiant des conclusions de manière logique, par le biais d’un raisonnement démonstratif (comme le
syllogisme).
On distingue deux types de sciences : d’une part, les sciences exactes qui cherchent à expliquer des
phénomènes naturels (astronomie, physique, biologie, etc.), et les sciences humaines qui cherchent à
expliquer des phénomènes humains (histoire, psychanalyse, sociologie, philosophie, etc.). La première va
plutôt s’appuyer sur des mesures mathématiques ou des expérimentations en laboratoire (par exemple :
dater une roche à partir de Carbone 14), et la seconde va chercher à comprendre le sens des actions
humaines en les replaçant dans un contexte (Pourquoi les romains étaient-ils polythéistes ?).
Question
Faites une rapide recherche sur la science qui se nomme la paléoanthropologie : appartient-elle
plutôt aux sciences exactes, ou aux sciences humaines ?
—Éléments de réponse
La paléoanthropologie semble être au croisement de ces deux formes de science. Elle consiste dans
l’étude de l’évolution morphologique ou anatomique des humains du passé à partir de leurs restes
fossilisés (par exemple, les os). C’est une science récente (XIXe siècle) qui s’appuie sur de nombreuses
disciplines, comme l’anatomie comparée, la génétique, ou encore l’archéologie. Elle permet ainsi
de s’interroger sur les différences à établir entre l’homme et les primates, notamment sur le plan
biologique, tout en se demandant par exemple à partir de quel moment on peut dire que les « hommes »
approuve. Ensuite, on lui demande comment soigner un malade qui souffre de violents maux de tête, de
fièvres et de douleurs abdominales. Ce à quoi Argon répond : « Clysterium donare, postea saignare, ensuita
purgare », et le jury d’approuver à nouveau. La critique porte sur le fait que l’usage du latin ne donne
qu’une apparence de savoir, alors que cette langue passe pour savante. De plus, Argon ne fait aucune
différence entre la théorie générale et l’individualité d’un cas particulier. Enfin, quelle que soit la maladie,
le procédé reste le même.
[Link]
Le positivisme est un mouvement qui affirme que l’histoire va vers un progrès, et que la science triomphera
dans les sociétés. Auguste Comte (1798-1857) pensait ainsi que toutes les conceptions humaines avaient
tendance à progresser dans le temps, jusqu’à atteindre un stade de développement permettant de les consi-
dérer comme des sciences. Selon lui, il existe une loi à laquelle obéit la pensée, et qui la conduit nécessai-
rement vers un état supérieur, qu’il appelle le « positivisme », état dans lequel nous avons abandonné nos
croyances pour les remplacer par des connaissances scientifiques. Il écrivait ainsi : « Cette loi consiste en ce
que chacune de nos conceptions principales, chaque branche de nos connaissances, passe successivement
par trois états : l’état théologique ou fictif, l’état métaphysique ou abstrait, l’état scientifique ou positif »
(Cours de philosophie positive, Première leçon, 1830). L’état théologique va recourir à des explications mysté-
rieuses, comme des puissances divines (la maladie est le signe d’une punition de Dieu), et l’état métaphysique
va remplacer ces puissances par ce que l’on appelle la « nature » (la maladie est causée par la « nature »,
sans qu’on détaille davantage les explications). C’est seulement dans l’état « positif » que l’on s’appuie sur
des lois expliquant vraiment les phénomènes.
1 Ce terme désigne, d’une manière générale, les écoulements ou les accumulations de liquide.
2 Le clystère désigne une pratique de lavement pour lequel on utilise souvent une seringue.
3 Honoré Daumier (1808-1879) est un dessinateur, peintre et graveur connu pour ses caricatures.
Wikisource
Peut-on considérer que cet espace est totalement « vide » ? Et comment expliquer cela ? C’est parce que
la pression de l’air maintient en suspension la colonne de mercure. Et c’est aussi ce qui explique que
l’on ne pouvait pas faire monter des colonnes d’eau à plus de 10 mètres, même s’il n’est pas évidemment
intuitif que l’air puisse exercer une force sur l’eau ou le mercure, dans la mesure où la pression est
invisible. Torricelli vient ainsi de démontrer la pesanteur de l’air, et d’inventer le baromètre qui permet de
la mesurer !
b. Science et opinion
Une opinion est une idée approximative que nous nous faisons sur une chose, sans preuves ni
démonstrations pour la justifier. Par exemple, nous pensons facilement que nous pouvons évaluer les
distances avec l’œil. Mais une simple expérience que l’on peut faire dans le cadre de l’apprentissage de la
« Dans l’éducation, la notion d’obstacle pédagogique est également méconnue. J’ai souvent été frappé du
fait que les professeurs de sciences, plus encore que les autres si c’est possible, ne comprennent pas qu’on
ne comprenne pas. Peu nombreux sont ceux qui ont creusé la psychologie de l’erreur, de l’ignorance, de
l’irréflexion. […] Ils [=Les professeurs de sciences] n’ont pas réfléchi au fait que l’adolescent arrive dans la
classe de physique avec des connaissances empiriques déjà constituées : il s’agit alors, non pas d’acquérir
une culture expérimentale, mais bien de changer de culture expérimentale, de renverser les obstacles déjà
amoncelés par la vie quotidienne. Un seul exemple : l’équilibre des corps flottants fait l’objet d’une intuition
familière qui est un tissu d’erreurs. D’une manière plus ou moins nette, on attribue une activité au corps
qui flotte, mieux au corps qui nage. Si l’on essaie avec la main d’enfoncer un morceau de bois dans l’eau, il
résiste. On n’attribue pas facilement la résistance à l’eau. Il est dès lors assez difficile de faire comprendre le
principe d’Archimède dans son étonnante simplicité mathématique si l’on n’a pas d’abord critiqué et désorga-
nisé le complexe impur des intuitions premières. En particulier sans cette psychanalyse des erreurs initiales,
on ne fera jamais comprendre que le corps qui émerge et le corps complètement immergé obéissent à la
même loi. Ainsi, toute culture scientifique doit commencer, comme nous l’expliquerons longuement, par une
catharsis (= purification) intellectuelle et affective. »
Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, 1938
Questions
1. Pourquoi, selon Bachelard, les professeurs de science ne comprennent-ils pas qu’on ne comprenne
pas ?
2. Que montre l’exemple du morceau de bois et du principe d’Archimède ?
—Éléments de réponse
1. La question de la science est abordée, dans ce texte, d’un point de vue pédagogique. Bachelard abord
la notion d’ « obstacle pédagogique », qui désigne ce qui peut nous empêcher d’avoir une pensée
scientifique. Ces obstacles ne sont pas extérieurs, ils sont d’abord en nous. Si les élèves arrivent en
classe de science avec des idées fausses, il faut remarquer que les professeurs en ont également
concernant les élèves. En effet, ils pensent que les élèves vont comprendre directement une question
de science, sans s’intéresser aux croyances qu’ils pourraient avoir sur un sujet. Bachelard écrit
ainsi qu’il ne suffit pas « d’acquérir une culture expérimentale, mais bien de changer de culture
expérimentale ». Si l’élève ne comprend pas, ce n’est pas forcément parce qu’il n’en a pas la capacité
intellectuelle, mais parce qu’il oppose des résistances plus ou moins conscientes aux idées de la
science. La pensée n’est pas naturellement scientifique, et l’élève n’est pas vierge de toute idée
sur le sujet abordé : son ignorance n’est pas seulement liée à une absence de savoir, mais à une
accumulation d’idées fausses. Il a donc besoin de transformer son rapport au monde afin de l’aborder
avec un « point de vue » scientifique.
2. C’est ce que montre l’exemple du morceau de bois que l’on cherche à immerger, et qui témoigne des
raisons pour lesquelles nous n’arrivons pas à comprendre le principe d’Archimède. Où est l’obstacle
ici ? Bachelard écrit : « D’une manière plus ou moins nette, on attribue une activité au corps qui flotte,
mieux au corps qui nage ». L’enfant a tendance à attribuer une volonté aux choses : il dira que le corps
Wikipedia
Transition
En tirant les leçons de ce que dit Bachelard à propos de l’erreur, il faut supposer que nous ne cesserons
jamais d’en faire. Elles font partie de la démarche scientifique, au sens où nous n’avons pas de
connaissance totale et intuitive des phénomènes que l’on cherche à expliquer. De ce point de vue, la
science se caractérise par un processus permanent de correction. Que dire alors du type de connaissance
qu’elle donne ? La science cherche plutôt à construire des explications qui se rapprochent de la manière
dont se produisent les phénomènes, sans pour autant prétendre saisir leur « réalité ». Elle cherche
davantage à être exacte qu’à être absolue dans ses conclusions, car elle a conscience de ses limites et
du caractère provisoire de certains de ses résultats.
a. L’induction
Ce qu’on appelle « expérience » peut avoir plusieurs significations. Tout d’abord, cela désigne ce qui a été
vécu, au sens où l’on dit que l’on « vit » des expériences (une rencontre, un voyage, un nouveau travail…).
Ensuite, en un sens plus philosophique, on parle d’ « expérience sensible » pour désigner l’ensemble
des informations recueillies par la perception, soit par les cinq sens (« percevoir » vient du latin percipere,
qui signifie « saisir par les sens »). Enfin, cela désigne un savoir-faire qu’on acquiert dans le temps,
grâce à la répétition d’une tâche, d’un geste, etc. À quelles conditions l’expérience peut-elle nous
apprendre quelque chose ? Par le biais de l’induction, soit de la généralisation de données particulières
permettant d’établir une loi générale.
5 Sherlock Holmes est un personnage de fiction créé par l’écrivain Arthur Conan Doyle (1859-1930).
b. L’expérimentation scientifique
Il s’agit d’une forme d’expérience qui n’est plus spontanée, mais construite. Le savant qui cherche à
expliquer les phénomènes de la nature ne peut pas s’en tenir à l’induction, car il aura beau répéter les
mêmes observations, il ne connaîtra pas la cause de ces phénomènes (je peux regarder des dizaines de
fois un arc-en-ciel, je n’en comprendrai pas mieux la cause : au mieux, j’arriverai à remarquer le lien
entre-temps pluvieux, soleil, et apparition de l’arc-en-ciel). De plus, on ne peut pas tester tous les cas
possibles dans le cadre d’une induction (Sherlock Holmes ne peut pas observer tous les médecins
militaires qui existent). L’expérimentation scientifique repose sur la construction d’un protocole qui va
servir à tester des hypothèses. C’est ce qu’on peut voir à l’œuvre dans un texte de Carl Hempel qui
retrace la manière dont un médecin hongrois, Ignace Semmelweis (1818-1865), a découvert la cause
d’une maladie nommée « fièvre puerpérale ». Celle maladie pose un vrai souci à l’époque, car elle est
responsable du décès de nombreuses femmes dans un service d’obstétrique6 :
I — Présentation du problème
Pour illustrer de façon simple certains aspects importants de la recherche dans les sciences, prenons
les travaux de Semmelweis sur la fièvre puerpérale. Ignace Semmelweis, médecin d’origine hongroise,
réalisa ses travaux à l’hôpital général de Vienne de 1844 à 1848. Comme médecin attaché à l’un des deux
services d’obstétrique, […] il se tourmentait de voir qu’un pourcentage élevé de femmes qui y accou-
chaient contractait une affection grave et souvent fatale connue sous le nom de fièvre puerpérale. En
1844, sur les 3 157 femmes qui avaient accouché dans ce service n°1, 260, soit 8.2 % moururent de cette
maladie ; en 1845 le taux de mortalité fut de 6,4 % et en 1846 il atteignit 11,4 %. Ces chiffres d’autant
plus alarmants que, dans l’autre service d’obstétrique du même hôpital, qui accueillait presque autant
de femmes que le premier, la mortalité due à la fièvre puerpérale était bien plus faible : 2,3, 2 et 2,7 %
pour les mêmes années. Dans un livre qu’il écrivit ensuite sur les causes et sur la prévention de la fièvre
puerpérale, Semmelweis a décrit ses efforts pour résoudre cette effrayante énigme.
6 Branche de la gynécologie qui s’occupe de la surveillance des grossesses, de l’accouchement, et du suivi des naissances.
Il commença par examiner différentes explications qui avaient cours à l’époque : il en rejeta certaines
d’emblée parce qu’elles étaient incompatibles avec des faits bien établis ; les autres, il les soumit à des
vérifications spécifiques.
Une opinion très répandue imputait les ravages de la fièvre puerpérale à des « influences épidémiques «,
que l’on décrivait vaguement comme des « changements atmosphériques, cosmiques et telluriques « qui
atteignaient toute une zone déterminée et causaient la fièvre puerpérale chez les femmes en couches.
Mais, se disait Semmelweis, comment de telles influences peuvent-elles atteindre depuis des années
l’un des services et épargner l’autre ? Et comment concilier cette opinion avec le fait que, tandis que cette
maladie sévissait dans l’hôpital, on en constatait à peine quelques cas dans Vienne et ses environs ? Une
véritable épidémie comme le choléra ne serait pas aussi sélective. Enfin, Semmelweis remarque que
certaines des femmes admises dans le premier service, habitant loin de l’hôpital, avaient accouché en
chemin : pourtant, malgré ces conditions défavorables, le pourcentage de cas mortels de fièvre puerpé-
rale était moins élevé dans le cas de ces « naissances en cours de route « que ne l’était la moyenne dans
le premier service.
Selon une autre thèse, I’entassement était une cause de décès dans le premier service. Semmelweis
remarque cependant que l’entassement était plus grand dans le second service, en partie parce que
les patientes s’efforçaient désespérément d’éviter d’être envoyées dans le premier. Il écarte aussi deux
hypothèses du même genre, qui avaient cours alors, en remarquant qu’entre les deux services il n’y avait
aucune différence de régime alimentaire, ni de soins.
En 1846, une commission d’enquête attribua la cause du plus grand nombre des cas de cette maladie
survenus dans le premier service aux blessures que les étudiants en médecine, qui tous y faisaient leur
stage pratique d’obstétrique, auraient infligées aux jeunes femmes en les examinant maladroitement
Semmelweis réfute cette thèse en remarquant ceci : a) les lésions occasionnées par l’accouchement
lui-même sont bien plus fortes que celles qu’un examen maladroit peut causer ; b) les sages-femmes,
qui recevaient leur formation pratique dans le second service, examinaient de la même façon leurs
patientes sans qu’il en résultât les mêmes effets néfastes ; c) quand, à la suite du rapport de la Commis-
sion, on diminua de moitié le nombre des étudiants en médecine et qu’on réduisit au minimum les
examens qu’ils faisaient sur les femmes, la mortalité, après une brève chute, atteignit des proportions
jusqu’alors inconnues.
On échafauda diverses explications psychologiques. Ainsi, on remarqua que le premier service était
disposé de telle façon qu’un prêtre apportant les derniers sacrements à une mourante devait traverser
cinq salles avant d’atteindre la pièce réservée aux malades : la vue du prêtre, précédé d’un servant
agitant une clochette, devait avoir un effet terrifiant et décourageant sur les patientes des cinq salles et
les rendre ainsi plus vulnérables à la fièvre puerpérale. Dans le second service, ce facteur défavorable
ne jouait pas, car le prêtre pouvait aller directement dans la pièce réservée aux malades. Semmelweis
décida de tester la valeur de cette conjecture. Il convainquit le prêtre de faire un détour, de supprimer la
clochette, pour se rendre discrètement et sans être vu dans la salle des malades. Mais la mortalité dans
le premier service ne diminua pas.
En observant que dans le premier service les femmes accouchaient sur le dos, et dans le second sur le
côté, Semmelweis eut une nouvelle idée : il décida, « comme un homme à la dérive qui se raccroche à un
brin de paille «, de vérifier, bien que cette supposition lui parût peu vraisemblable, si cette différence de
méthode avait un effet. Il introduisit dans le premier service l’utilisation de la position latérale, mais, là
encore, la mortalité n’en fut pas modifiée.
Question
Réalisez un tableau qui, dans la colonne de gauche, met en évidence l’hypothèse que cherche à tester
Semmelweis, et à droite, la manière dont il s’y prend pour la réfuter.
—Éléments de réponse
Les hypothèses sont des tentatives d’explication des phénomènes qu’on met ensuite à l’épreuve,
partant de ce qu’on ne connait pas la cause de ceux-ci. Il y a deux manières qui sont employées pour les
réfuter : soit c’est par un raisonnement, soit c’est par une expérimentation.
• Réfutation par raisonnement (déduction). Par exemple, la première hypothèse qui dit qu’il
existe des « changements atmosphériques, cosmiques et telluriques » produisant l’infection. S’il
existe des changements dans l’air et dans la terre, pourquoi est-ce le service d’obstétrique de
Semmelweis qui est particulièrement touché ? On ne peut donc pas admettre un principe aussi
général pour expliquer un phénomène aussi limité.
• Réfutation par expérience (expérimentation). Par exemple, l’hypothèse absurde selon laquelle
c’est la vue du prêtre qui cause l’infection. Dans ce dernier cas, on transforme les conditions
habituelles d’apparition du phénomène afin de voir si cela change quelque chose. Ici, on modifie le
trajet du prêtre. Évidemment, cela ne change rien ! On en déduit donc que l’hypothèse est fausse.
À l’époque, on ne connait pas encore l’existence des microbes : il fallait donc supposer (et ce sera la
bonne hypothèse) leur existence. Ce sont les travaux de Louis Pasteur (1822-1895) qui vont permettre
de s’en assurer, puisqu’il montrera qu’aucun phénomène ne peut naître de rien : la vie est aussi faite de
microorganismes, invisibles à l’œil nu. Avec l’expérimentation scientifique, c’est la raison qui précède
l’expérience, puisqu’on part d’une hypothèse, et non pas le contraire. C’est la condition pour que
l’expérience devienne une connaissance. La bonne hypothèse est validée par la voie expérimentale,
puisqu’elle permet d’affirmer qu’il y a une connexion certaine entre chlorure de chaux et destruction des
éléments microscopiques causant l’infection.
—Éléments de réponse
Schéma présentant l’expérience Milgram
Question
Peut-on trouver des limites quant au procédé qui permet d’obtenir le chiffre de 60 % ?
—Éléments de réponse
• Une difficulté attachée à cette expérience est ce qu’on appelle l’effet Pygmalion : les sujets humains
qui participent à une expérimentation scientifique peuvent modifier leur comportement. Par exemple,
ils peuvent chercher à « bien faire » ce qu’on leur demande, en se sachant observés. C’est ce qui fait
qu’on peut être très stressé au moment de passer son permis de conduire, par exemple, alors que l’on
est plus détendu avec le moniteur !
• De plus, les volontaires pour les expériences sont souvent plus complaisants que la moyenne. Ils
peuvent donc accepter de se prêter à des situations inhabituelles ou absurdes, qu’ils n’exécuteraient
par eux-mêmes dans la vie quotidienne. En ce sens, l’échantillon de départ est biaisé, car il n’est pas
représentatif : on pourrait dire que ce sont des individus déjà prêts à se soumettre à un certain nombre
de directives qui participent à ce genre d’expérience.
• Enfin, cela nous renseigne-t-il vraiment sur la psychologie des bourreaux du IIIe Reich ? Les sujets de
l’expérience de Milgram voyaient d’abord les apprenants comme des pairs, pas comme des ennemis :
en était-il ainsi des soldats, dans les camps de concentration, qui traitaient les prisonniers comme des
choses ? Bref, il est difficile d’extrapoler en direction de la vie réelle des résultats obtenus dans des
conditions par ailleurs très artificielles.
Transition
L’expérience fournit donc des données dont certaines sciences ne peuvent pas se passer. La difficulté
vient cependant de l’interprétation de ces données, et des résultats des expérimentations, qui
risquent de confirmer une théorie qu’on a en réalité déjà admise. La raison doit donc toujours avoir le
dernier mot : il faut toujours contrôler les résultats et les discuter. Il faut également s’assurer qu’ils sont
réplicables (une seule expérimentation ne suffit pas : à la rigueur, Semmelweis aurait du faire passer
plusieurs fois le prêtre par le trajet modifié pour être certain de ses résultats), et que les conclusions
qu’on en tire sont certaines.
—Éléments de réponse
La nutrition est un sujet d’une très grande actualité, puisqu’elle s’inscrit dans une réflexion plus globale
sur nos modes de consommation alimentaire. Elle implique des enjeux économiques, sociaux, mais
aussi dans le domaine de la santé. Ainsi, des discours qui peuvent avoir une apparence « scientifique »,
en jouant sur la méfiance des individus à l’égard d’un système qui pourrait être nuisible pour leur santé
(scandales sanitaires, problèmes de qualité, etc.), peuvent aussi servir à les déstabiliser et abuser de
leurs faiblesses ou de leurs craintes. Une secte est un groupe fermé emmené par un gourou, dont
l’objectif est de profiter des individus qui le rejoignent, dans un but financier, sexuel, etc., tout en les
empêchant de penser par eux-mêmes.
Question
Regardez la vidéo suivante : Quelles sont les limites des « théories » du complot sur un plan explicatif ?
—Éléments de réponse
Plusieurs arguments sont mis en évidence afin de montrer quelles sont leurs limites, dans leur
apparente portée explicative. Pour commencer, celles-ci peuvent reposer sur une erreur d’interprétation,
ou sur une croyance qui conditionne la perception de la réalité. Parfois, elles reposent sur l’ignorance (par
exemple, l’absence de flammes dans le cadre du module lunaire). Ensuite, il y a l’effet du « mille-feuille
argumentatif » : plus il y a d’arguments, plus on est tenté de croire une chose, alors qu’en réalité, une
seule preuve suffit à en établir la réalité. Enfin, il y a l’argument psycho-sociologique de l’impossibilité
de garder un secret : la nature humaine fait que les secrets ont tendance à être partagés. Enfin, il y a
l’argument épistémologique de la réfutabilité, dont nous allons parler ci-dessous.
• Dans son ouvrage de 1914, La théorie physique, son objet, sa structure, Pierre Duhem définissait une
théorie physique comme « un système de propositions mathématiques, déduites d’un petit nombre de
principes, qui ont pour but de représenter aussi simplement et aussi complètement que possible, un
ensemble de lois expérimentales ». Selon Duhem, une théorie est fausse quand aucune expérience ne
peut y correspondre. La définition de Pierre Duhem peut s’appliquer aux pseudo-vérités des théories
du complot : pour qu’une théorie ne soit pas qu’une construction imaginaire ou délirante (par exemple :
« La terre a été créée par une licorne magique »), elle doit pouvoir s’accorder avec des expériences,
des faits existants.
« On pourrait citer dans le même sens : « il existe un remède pour toute maladie infectieuse », et « Il
existe une formule latine qui, si on la prononce selon le rite approprié, guérit toutes les maladies ».
C’est là un énoncé empiriquement irréfutable dont peu d’entre nous soutiendraient qu’il est
vrai. Il est irréfutable parce qu’il est de toute évidence impossible d’essayer les formules latines
imaginables et de les combiner avec toutes les façons possibles de le proférer. Par conséquent, la
possibilité logique qu’il y ait toujours une formule latine magique susceptible de guérir toutes les
maladies subsiste toujours.
Karl Popper, Conjectures et réfutations, 1963
Question
Pourquoi les énoncés évoqués par Karl Popper ne peuvent-ils pas être admis par la science ?
—Éléments de réponse
Les exemples que donne Popper pour illustrer des propositions irréfutables sont les suivants : « « il
existe un remède pour toute maladie infectieuse », et « Il existe une formule latine qui, si on la prononce
selon le rite approprié, guérit toutes les maladies ». A priori, on pourrait penser qu’elles sont vraies, ou
qu’elles pourraient l’être : peut-être existe-t-il un remède ou une formule latine pour guérir toutes les
maladies infectieuses, bien que nous ne les ayons pas encore trouvés. Selon Popper, il s’agit d’énoncés
« empiriquement irréfutable » : rien dans l’expérience ne peut les contredire. Il faut donc distinguer le
vrai de l’irréfutable : ce n’est pas parce qu’une théorie explique tout (ou a l’air de tout expliquer) qu’elle
est vraie, il faut au contraire se méfier. Mais attention, cela ne veut pas non plus dire qu’une théorie
acceptable par la science est fausse : une théorie que l’on peut admettre comme étant sérieuse doit
pouvoir en droit être réfutée en renvoyant à la possibilité d’une expérience, sinon elle est douteuse.
Par exemple, la proposition « Il y a une licorne magique qui a créé la terre » devrait renvoyer à un objet
d’expérience possible (« la licorne magique »), sinon elle est tellement indéterminée que l’on ne trouvera
jamais de chose qui y corresponde.
C’est aussi le principe de l’horoscope : on utilise des théories tellement générales qu’on ne peut pas les
réfuter. Par exemple : « Lions, aujourd’hui vous pouvez avoir de la chance » est totalement irréfutable.
Puisque tout repose sur la possibilité d’avoir de la chance, qu’on en ait ou qu’on n’en ait pas, la
proposition fonctionnera toujours. Elle est irréfutable, donc irrecevable par la communauté scientifique.
Autre exemple : « le 11 septembre est une mise en scène du pouvoir politique » est irréfutable : on
pourra toujours soupçonner une volonté cachée, dire que c’est l’objet d’un « complot », malgré toutes
les preuves apportées. Or, Popper montre qu’une théorie scientifique, et donc une « véritable » théorie,
doit toujours être en droit réfutable. Paradoxalement, c’est parce qu’on peut la remettre en question
qu’on peut la recevoir comme légitime pour la science. Les théories du complot génèrent au contraire
un scepticisme généralisé en s’appuyant soit sur des fausses preuves, soit sur une absence de preuves.
Elles entretiennent aussi une forme de paresse intellectuelle : l’explication du réel est toujours plus
exigeante que son résumé dans une théorie simpliste.
Mais il est parfois difficile de réfuter les théories du complot ou de montrer qu’elles sont fausses/
délirantes, car elles peuvent être tout à fait cohérentes d’un point de vue logique. En outre, ceux et
celles qui y croient n’admettent pas de preuves « rationnelles » ou « scientifiques », puisqu’il s’agit d’un
sentiment, ou d’un préjugé solidement ancré.
7 Thomas Kuhn appelle « paradigmes » des « découvertes scientifiques universellement reconnues qui, pour un
temps, fournissent à une communauté de chercheurs des problèmes types et des solutions » (La structure des révolu-
tions scientifiques, Paris, Champs Flammarion, 1983, p. 11). La citation ci-dessus se trouve dans le même ouvrage,
pp. 133-134.