La bonne connaissance des livres, la compréhension des mythes fondateurs de l’antiquité et exemple
de procédés d’écriture.
Littérature comparée :
Séance 1 :
Les textes fondateurs de la tradition gréco-romaine :
Homère, L’Illiade et L’Odyssée (VIIIe siècle avant J-C)
Hésiode, La Théogonie : les travaux des jours (700 avant J-C)
Virgile, L’Enéide (composé de 29-19 avant J-C)
Ovide, Les métamorphoses (2 à 8 après J-C)
Textes fondateurs : Ce sont des textes à l’origine de la majeure partie de la littérature et des arts à
travers les siècles, ils ont fourni les mythes, les héros, les personnages, les parcours narratifs, les
épisodes clés et les symboles de cette littérature et des arts. Les artistes partagent avec d’autres
artistes l’exploitation d’un thème, d’une même situation, d’un personnage mythique qui
appartiennent à la mémoire collective et ils les adaptent à des problématiques contemporaines ou à
leurs propres préoccupations ce qui crée des réécritures. On étudie les textes gréco-romains en
particulier car ils ont nourri la production artistique des temps les plus reculés jusqu’à aujourd’hui.
Est-ce que les artistes copient ces mythes, les traduisent, les reprennent ou est-ce qu’il y a des
modifications, des procédés de réécriture qui change et adaptent le texte premier ?
Le traitement d’un mythe dans des textes d’origine différentes révèle des spécificités ?
On étudiera la reprise de certains épisodes de L’Enéide par plusieurs auteurs postérieurs en essayant
de comprendre et d’expliquer les différences et similitudes éventuelles.
I. Le mythe, définitions
Des usages pluriels du mot « mythe » :
Dans la langue courante « récit imaginé » avec parfois une connotation de « mensonge »
(mythomanie) ;
Le mythe ethnoreligieux : Récit imaginatif renvoyant au temps des origines, qui fonde et
justifie une réalité existante, une manière de faire → devenu mythe littéralisé ;
Le mythe littéraire : Le mythe de Don Juan, le mythe de Carmen, le mythe de Frankenstein ;
Le mythe socio-historique : Exemple : « le mythe du progrès », « le mythe du peuple » → cf.
mythologies de R. Barthes (1957) ;
L’objet culturel devenu un mythe : Exemple : le mythe de Venise, le mythe de New York.
La question de savoir si les Grecs croyaient aux mythes est très délicates. Pour eux et par la suite pour
les Romains, le mythe est un récit d’évènement qui s’est déroulé dans un temps mythique (un temps
d’avant le temps) et cet évènement est fondateur ou explicatif dans le sens où il donne des
explications sur une réalité humaine ou naturelle. Ils font la différence entre le mythe et l’histoire car
dans le mythe les acteurs ne sont pas humains, ils sont suprahumains (au-dessus de l’homme, dieux,
des hommes avec des compétences particulières ou supérieures). Les évènements que raconte le
mythe ne sont pas les mêmes que ceux que raconte l’histoire qui se concentre sur des faits plus
proches et sur les faits d’humains. Cela ne signifie pas pour autant que les mythes sont mensongers,
ils sont authentiques, réels et vrais. La distinction est qu’ils font l’objet de croyance et non de sciences
car quand on relate les évènements historiques on cherche des sources dans les documents
historiques alors que celles-ci n’existent pas pour les mythes. Ils sont donc imaginés et vivants.
Pierre Brunel :
Le mythe a pour fonction de raconter, d’expliquer et de révéler. C’est un récit qui fournit une
explication à des phénomènes et qui a un sens profond (allégorique).
Jean-Jacques Wunenburger :
« Un récit portant sur des actions et des personnages dont la remémoration plus ou moins ritualisée,
a valeur d’exemplarité, parce que le récit est porteur de vérité pour ceux qui en sont les médiateurs.
Les médiateurs sont tous ceux qui de près ou de loin sont en rapport avec le récit (le raconte, l’écrive)
et leur importance souligne une communauté. »
Il faut bien distinguer le mythe, l’histoire et la légende. La légende est la rencontre de l’histoire et du
mythe, elle a un fondement historique mais on y a ajouté du mythe.
Caractéristiques de la légende :
Récit souvent religieux en ses débuts (rapport au rite religieux, au sacré) ;
Montrant une structure relativement stable (« actions et personnages ») ;
Doté d’une forme étiologique et symbolique (« porteur de vérité ») ;
Avec une valeur pragmatique (« les médiateurs » ; récitation, chant, transmission pour
d’autres ; cohésion de la société).
Plasticités du mythe :
Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale (1958) :
« Un mythe se compose de l’ensemble de ses variantes. Il n’existe pas de version « vrai » dont toutes
les autres seraient des copies ou des échos déformés. Toutes les versions appartiennent au mythe. »
Diderot, L’Encyclopédie, 1751-1772 :
« La mythologie est le patrimoine des Arts ; c’est une source inépuisable d’idées ingénieuses,
d’images riantes, d’allégories, d’emblèmes : tout agit, tout respire, dans ce monde enchanté. »
Du mythe ethnoreligieux au texte littéraire :
Nous connaissons les mythes grecs et latins classiques sous la forme de documents littéraires
et artistiques (mythe littéralisé) ;
Désacralisation (perte de la fonction rituelle, culturelle) ;
Esthétisation (attention portée aux formes poétiques, rhétoriques de la mise en texte).
II. Etudier le mythe : outils littéraires
« Il n’est pas d’œuvre littéraire qui, à quelque degré et selon les lectures, n’en évoque
quelque autre, et en ce sens, toutes les œuvres sont hypertextuelles (elles s’appellent ainsi
car elles sont au-dessus des autres œuvres et elles font référence à d’autres œuvres). »
Gerard Genette, Palimpsestes (c’est un parchemin où l’on a gratté un texte et on a réécrit
dessus par manque de parchemin) (hypotexte s’oppose à hypertexte).
Transtextualité : Toute relation d’un texte à un autre.
Intertextualité : « La présence effective d’un texte dans un autre. » ; citation, plagiat,
allusion ;
Paratextualité : Préface, note de bas de page et tout ce qu’on a autour du texte ;
Métatextualité : Relation du texte avec tout ce qui en parle (la critique) ;
Hypertextualité : Le rapport entre un texte et un autre et c’est plus large que
l’hypertextualité ;
Architextualité : La relation entre un texte et son genre et donc avec tous les autres
textes de ce genre.