Identification des tortues dans le commerce
Identification des tortues dans le commerce
TORTUES TERRESTRES
ET TORTUES D’EAU DOUCE:
Parties et produits
dans le commerce
i
Auteur : Jonathan E. Kolby
© 2021 Secrétariat CITES. Tous droits réservés. Aucune partie de cet ouvrage ne peut être reproduite
sans autorisation du Secrétariat CITES.
ILLUSTRATIONS DE COUVERTURE
Boîte de médicaments © Rickey Tome/ USFWS
Masque fait avec une carapace de tortue © Fotokon / [Link]
Os de tortue à carapace molle © Tse Chung Yi / (CC-BY-NC)
[Link]/observations/18691496
CLAUSE DE NON-RESPONSABILITÉ
Les appellations géographiques employées dans cette publication n’impliquent de la part du
Secrétariat CITES (ou du Programme des Nations Unies pour l’environnement) aucune prise de
position quant au statut juridique des pays, territoires ou zones, ou du tracé de leurs frontières
ou limites. La responsabilité du contenu de ce document incombe uniquement à son auteur, ses
conseillers et ses réviseurs.
FINANCEMENT
Ce guide a pu être publié grâce au soutien financier accordé par le Royaume-Uni de Grande-Bretagne
et d’Irlande du Nord au Programme stratégique 2016-2020 de l’ICCWC pour la mise en œuvre de la
décision 18.288 sur les Tortues terrestres et tortues d’eau douce (Testudines spp.).
La traduction en français de ce guide a été rendue possible grâce au soutien du “U.S Fish & Wildlife
Service”.
PROFIL DE L’AUTEUR
L’auteur de ce guide, Jonathan E. Kolby, est un ancien inspecteur de la faune de l’Office of Law
Enforcement du Fish & Wildlife Service (USFWS) des États-Unis et ancien spécialiste des politiques
relatives à la CITES au sein de la division de l’organe de gestion de l’USFWS. Il travaille actuellement
comme spécialiste scientifique et consultant indépendant en matière de commerce des espèces
sauvages.
i
REMERCIEMENTS
Peter Paul van Dijk, en sa qualité de conseiller technique et Bruce Weissgold dans le rôle de réviseur
de ce guide ont supervisé et peaufiné le contenu de l’ouvrage. Nous sommes reconnaissants au
personnel du Secrétariat CITES qui n’a ménagé ni son soutien ni ses contributions et en particulier,
à Barend Janse Van Rensburg et Johannes Stahl. Nous remercions aussi l’Office of Law Enforcement
(OLE) de l’USFWS pour son appui. Barry W. Baker et Mary K. Curtis du National Fish and Wildlife
Forensic Laboratory de l’USFWS OLE nous ont communiqué des informations utiles pour
l’identification et les analyses, tandis que Rickey Tome et Raymond Hernandez du Wildlife Inspection
Program de l’USFWS OLE nous ont fourni des contributions et des photographies supplémentaires.
Sneha Dharwadkar et Katie G. Garrett ont révisé et corrigé très utilement certaines parties de ce
guide. Nous avons aussi eu le soutien de Kadoorie Farm & Botanic Garden. Nous exprimons notre
gratitude à tous ceux qui ont contribué à la diversité des illustrations et grâce auxquels ce guide est
riche en informations visuelles et agréable à consulter. Nous remercions aussi tout particulièrement
les nombreux utilisateurs de iNaturalist qui nous ont confié certaines des photographies illustrant de
ce guide.
CITATION SUGGÉRÉE
Kolby, J. E. (2021). Guide d’identification des tortues : Parties et produits dans le commerce. Commandé
par le Secrétariat CITES, Genève, Suisse.
ii
TABLE DES MATIÈRES :
INTRODUCTION............................................................................................... 1
CRÉDITS ET RÉFÉRENCES............................................................................91
iii
INTRODUCTION
Le présent guide est le fruit des efforts de mise en œuvre de la décision 18.288 de la
Conférence des Parties à la Convention sur le commerce international des espèces de
faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) sur les tortues terrestres et les
tortues d’eau douce, qui charge le Secrétariat CITES d’élaborer « un guide des catégories
de parties et produits de tortues dans le commerce à l’intention des organismes nationaux
chargés de l’application des lois sur les espèces sauvages, afin de les sensibiliser au
commerce de ces types de spécimens, pour permettre une reconnaissance initiale de ces
spécimens et fournir des orientations sur d’autres ressources et experts pouvant être
consultés aux fins d’identification. »
Le but premier de ce guide est d’aider les organismes nationaux chargés de l’application
des lois sur les espèces sauvages à reconnaître et identifier les parties de corps et les
produits de tortues terrestres et de tortues d’eau douce qui font l’objet de commerce, en
particulier lorsqu’ils n’ont pas affaire à un animal entier. Le guide comprend aussi des
informations sur les tortues marines parce qu’elles continuent d’être affectées par le
commerce illégal et met, en outre, en évidence les différences entre certains groupes de
tortues que l’on peut trouver dans le commerce.
Chaque année, ce sont des millions de tortues qui sont concernées par le commerce
mondial, légal et illégal. Faute d’être rigoureusement suivi, réglementé et réprimé pour
faire en sorte qu’il reste légal et durable, un tel volume de commerce est une menace
considérable pour la conservation des espèces. La plupart des espèces de tortues
sont protégées au niveau national ou international, ou dans les deux cas. Ce guide a
pour mission de permettre une identification et un enregistrement plus fréquents des
envois de parties et produits de tortues ainsi que la poursuite des enquêtes lorsqu’il y a
suspicion de viol des lois ou des règlements.
1
INTRODUCTION
Tout au long de ce guide, nous utilisons le terme « tortues » pour faire référence, de
manière générale, à toutes les espèces de l’ordre des Testudines qui comprend les tortues
d’eau douce, les tortues terrestres et les tortues marines. Par souci de cohérence avec
le langage des décisions 18.286 - 18.291 de la CITES, sur les Tortues terrestres et tortues
d’eau douce (Testudines spp.) qui sont à l’origine du présent ouvrage, les termes « tortues
terrestres et tortues d’eau douce » sont parfois utilisés lorsqu’ils font référence aux
espèces terrestres et d’eau douce de l’ordre des Testudines et excluent spécifiquement
toutes les tortues marines (familles Cheloniidae et Dermochelidae).
Pour l’inspection d’une tortue vivante ou d’une bonne partie d’un spécimen complet, il
est recommandé d’utiliser le guide détaillé, mentionné ci-dessous, pour identifier l’animal
aux niveaux du genre et de l’espèce, dans toute la mesure du possible :
2
INTRODUCTION
Veuillez noter que le guide mentionné ci dessus décrit uniquement les espèces
qui étaient inscrites à la CITES au moment de sa publication, en 1999, et que de
nombreuses autres espèces ont été, depuis, ajoutées aux Annexes de la CITES. Toutes
les espèces inscrites actuellement aux Annexes de la CITES se trouvent dans la Liste des
espèces CITES mise à jour et des informations détaillées sur chacune d’elles peuvent
être consultées sur le site web Species+. Pour d’autres ressources d’identification des
espèces, veuillez consulter le Chapitre 3 du présent guide.
3
INTRODUCTION
Les tortues sont des reptiles dont une des caractéristiques est de posséder une
carapace osseuse, avec parfois des zones importantes de cartilage flexible (par exemple,
les tortues à carapace molle), enfermant le corps, qui distingue ces animaux de tous les
autres. Les tortues sont classées dans l’ordre des Testudines, classe Reptilia.
4
INTRODUCTION
Tortues
Tortues terrestres
Dans beaucoup de langues on s’abstient de faire une distinction entre les tortues
terrestres et les tortues aquatiques, préférant parler surtout d’espèces « à carapace
molle » et d’espèces « à carapace dure ». Pour éviter toute confusion, nous avons choisi,
dans ce guide, d’utiliser le terme « tortues » en référence à l’ordre des Testudines.
6
INTRODUCTION
Certains dictionnaires traduisent parfois les mêmes noms locaux par « tortoise » au
lieu de « turtle », en anglais, même si l’espèce n’est pas techniquement dans la famille
des Testudinidae, les tortues terrestres (« tortoises »). Il faut donc être très prudent au
moment d’assigner le nom scientifique. Il peut aussi y avoir un risque de confusion car
le nom latin de l’ordre (Testudines) est semblable à celui de la famille (Testudinidae)
des tortues terrestres (« tortoises »). Nous en parlerons en détail dans le Chapitre 2.7.
Il convient aussi de noter qu’en anglais le mot « terrapin » est un nom commun
largement utilisé pour décrire de nombreuses tortues d’eau douce mais qu’il
ne s’applique pas à un groupe taxonomique particulier. De nombreuses espèces
dénommées « terrapin » appartiennent soit à la famille des Geoemydidae soit à celle des
Emydidae.
7
INTRODUCTION
Glossaire
Pont : os et/ou tissus ligamenteux qui relient la carapace au plastron sur les côtés
Sutures : jointures où sont fusionnées les plaques osseuses d’une carapace de tortue
Calipée : terme parfois utilisé pour désigner le cartilage qui se trouve à l’intérieur du
plastron des tortues marines et des tortues à carapace molle, ainsi que le cartilage qui
forme la marge postérieure de la carapace des tortues à carapace molle
Scutelles : plaques cornées de kératine qui couvrent souvent la surface externe des
carapaces de tortues
Sulcus (pluriel : sulci) : sillon limitant une scutelle et restant souvent visible à la
surface de l’os lorsque celui-ci est retiré de la carapace
8
CHAPITRE 1 :
LE COMMERCE DES PARTIES
ET PRODUITS DE TORTUES
9
LE COMMERCE
Figure 3
10
LE COMMERCE
régissent le commerce. Si l’on peut dire que les espèces inscrites à l’Annexe II de la CITES
font l’objet d’un commerce illégal lorsque les dispositions requises ne sont pas remplies,
on peut aussi dire que les espèces non inscrites à la CITES font l’objet d’un commerce
illégal si les lois nationales sont violées. En conséquence, dans les registres du commerce
légal et illégal de ces reptiles, il y a aussi bien des espèces inscrites que non inscrites à la
CITES.
Les tortues sont l’un des groupes d’animaux les plus menacés du monde. La figure 4
présente un résumé de l’état de conservation de 250 espèces de tortues qui ont été
évaluées pour la Liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la
conservation de la nature (UICN).
11
LE COMMERCE
Figure 4
En 2016, le Groupe de spécialistes des tortues terrestres et des tortues d’eau douce
(TFTSG) de la Commission de la sauvegarde des espèces (CSE) de l’UICN a publié un
rapport en annexe 2 du document CITES CoP17 Doc. 73, qui résume le commerce
illégal des tortues terrestres et des tortues d’eau douce en s’appuyant sur les rapports
de saisies de 2000 à 2015. Cette activité prend deux formes principales : les animaux
vivants commercialisés essentiellement en tant qu’animaux exotiques de compagnie ou
pour l’alimentation, et les parties et produits de tortues terrestres et de tortues d’eau
douce pour l’alimentation, la médecine, la décoration et bien d’autres usages. En 15 ans,
au moins 3562 saisies pour commerce illégal ont été enregistrées (Figure 5).
12
LE COMMERCE
Animaux vivants
2561 = 303774
saisies animaux
Parties et
produits 78818
articles
1001 = =
1,001 +
seizures
saisies
2113 kg
13
LE COMMERCE
Année
Figure 6 * Les rapports soumis étaient incomplets pour 2014 et 2015 au moment où
l’ensemble de données a été mis à disposition pour analyse. En conséquence, les
chiffres correspondant à ces années pourraient être plus élevés que ne l’indique le
graphique. Source : CITES CoP17 Doc. 73 Annexe 2, Figure 5.
14
CHAPITRE 2 :
LES CATÉGORIES DE PARTIES
ET PRODUITS DE TORTUES
DANS LE COMMERCE
15
Guide des catégories
16
CHAPITRE 2.1 :
LES CARAPACES DE TORTUES
La carapace d’une tortue se compose de la dossière, partie supérieure (dorsale) de la
carapace et du plastron, partie inférieure (ventrale) de la carapace. Ces deux parties
sont reliées de chaque côté du corps par des zones osseuses ou des tissus ligamenteux
formant ce que l’on appelle le pont (Figure 7).
17
Chapitre 2.1 CARAPACES
Dossière Plastron
(partie supérieure de la carapace) (partie inférieure de la carapace)
Chez la plupart des espèces de tortues, la partie superficielle de la carapace est couverte
de plaques cornées appelées scutelles. Les scutelles sont composées de kératine, le
constituant principal des cheveux et des ongles humains et d’autres parties de corps
d’animaux sauvages commercialisées telles que les écailles de pangolins et la corne de
rhinocéros.
18
Chapitre 2.1 CARAPACES
Il importe de noter que le motif des scutelles, visible à la surface de la carapace d’un
animal vivant, est différent de celui des plaques osseuses qu’elles recouvrent. Chaque
scutelle est souvent beaucoup plus grande que la plaque sous-jacente et couvre
plusieurs os (Figure 9). Lorsque les scutelles sont retirées, leur motif reste souvent
visible à la surface des os et les dentelures portent le nom de sulci (singulier : sulcus).
Sur les plaques osseuses qu’elles recouvrent, les scutelles apparaissent en impressions
distinctes mais ne pénètrent pas l’os comme le font les sutures.
Les scutelles sont fermement attachées à la carapace et, chez certaines espèces, les
couches superficielles peuvent occasionnellement s’écailler ou tomber. Les scutelles
qui sont commercialisées sont presque toujours prélevées sur des animaux qui ont été
tués et, principalement, sur des tortues marines. Avec ces scutelles, on fabrique des
bijoux et autres accessoires de mode portant souvent l’appellation « écaille de tortue »
ou « bekko » dans le commerce. « Bekko » est un terme japonais qui décrit soit la
matière brute, soit les articles finis (van Dijk & Shepherd, 2004). Ces articles sont le plus
19
Chapitre 2.1 CARAPACES
souvent réalisés avec les scutelles de la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) et,
dans une moindre mesure, de la tortue verte (Chelonia mydas), deux espèces marines.
Certaines tortues d’eau douce n’ont pas de scutelles mais une peau à l’aspect de cuir
couvrant les os de la carapace. Il s’agit de tortues à carapace molle et à clapets de la
famille Trionychidae (Figures 10 et 11) et de la tortue à nez de cochon de la famille
Carettochelyidae (Figure 12). Ce sont toutes des tortues extrêmement aquatiques dont
la carapace a moins la forme d’un dôme. Elles sont plus aérodynamiques et peuvent
ainsi nager avec plus d’aisance. La tortue luth (Dermochelys coriacea) a également
une carapace solide, à l’aspect de cuir, en forme de tonneau, avec des crêtes latérales
distinctes le long de la dossière et du plastron (Figure 13).
20
Chapitre 2.1 CARAPACES
Lorsque les scutelles sont visibles, leur disposition et leurs couleurs peuvent varier et
servir d’indices permettant d’identifier différents groupes et espèces.
Dossière Plastron
21
Chapitre 2.1 CARAPACES
Vue de dessus, la dossière de la plupart des tortues est généralement de forme ovale
ou ronde mais il y a quelques variations : certaines ont plutôt une forme de goutte (par
exemple, les tortues marines) et d’autres sont rondes mais avec des dentelures le long de la
bordure arrière (par exemple, chélydres et tortues alligators ; et tortues géographiques).
Tortue-molle à épines
Tortue luth Tortue verte
Apalone spinifera
Dermochelys coriacea Chelonia mydas
Figure 14
22
Chapitre 2.1 CARAPACES
Le plastron de la plupart des tortues terrestres et tortues d’eau douce est également
arrondi ou ovale et couvre la majeure partie du ventre de l’animal, avec quelques
exceptions notables comme dans le cas des espèces des familles Chelydridae,
Trionychidae et de quelques membres de Kinosternidae, où le plastron est extrêmement
réduit, formant une sorte de croix (Figure 15).
Figure 15
La dossière a souvent une forme de dôme alors que le plastron est généralement plat.
La hauteur du dôme peut varier de manière significative selon les familles : le dôme
de la carapace des tortues terrestres et des tortues-boîtes est le plus haut tandis
que les tortues à carapace molle (Trionychidae), par exemple, ont un corps aplati
horizontalement et une dossière très légèrement convexe (Figure 16).
23
Chapitre 2.1 CARAPACES
Figure 16
Certaines espèces ont une crête osseuse, parfois plusieurs, le long de leur carapace,
du cou à la queue, sur toute la longueur de la dossière. Ces crêtes, également appelées
carènes, sont présentes en une, deux ou trois rangées, selon l’espèce (Figure 17).
Trois carènes
Une carène
Figure 17
24
Chapitre 2.1 CARAPACES
Certaines espèces ont un ou deux joints horizontaux dans le plastron qui font office de
charnières et permettent à la tortue de rétracter son corps dans la carapace puis de
rapprocher étroitement la dossière et le plastron. Ces tortues sont souvent appelées
tortues boîtes ou à dos articulé (Figure 18).
Charnière
Figure 18
25
Chapitre 2.1 CARAPACES
Les Os de la carapace
Dans le présent guide, les termes « carapace » et « os » sont souvent utilisés de manière
interchangeable parce que la carapace d’une tortue est principalement faite d’os, à part
les scutelles qui peuvent être ou non présentes dans un spécimen commercialisé. La
majeure partie des « os de tortue » commercialisés provient généralement soit de la
dossière, soit du plastron de la carapace.
À la différence des espèces de tortues ayant une dossière osseuse, dure et en forme de
dôme (Figure 20), les tortues à carapace molle et à clapets de la famille des Trionychidae
ont une dossière aplatie, coriace et pliable, en particulier autour des bordures
cartilagineuses. Lorsque ce cartilage est commercialisé pour la consommation humaine,
il porte souvent le nom de calipée (voir Chapitre 2.3). La partie centrale de la dossière
contient encore un disque osseux comprenant les côtes mais les plaques dermiques
s’arrêtent généralement avant la bordure externe et une portion étroite de côte se
prolonge à l’extérieur (Figure 21). La quantité de côtes dépassant des plaques osseuses
évolue avec l’âge : les côtes dépassent beaucoup chez les juvéniles mais lorsque l’animal
est adulte, les plaques dermiques se sont étendues de manière à inclure la majeure
partie des côtes. Chez la plupart des tortues marines, les os de la dossière ont une forme
semblable mais avec, en plus, une série de petits os (appelés os marginaux) délimitant
le périmètre de la carapace (Figure 22).
26
Chapitre 2.1 CARAPACES
27
Chapitre 2.1 CARAPACES
Les lignes où se rencontrent deux plaques osseuses sont appelées sutures. Les os
de la carapace des tortues sont plus faciles à identifier si l’on cherche ces lignes de
fusion entre des os lisses, en particulier si les os sont concassés et que l’on ne peut pas
distinguer la forme générale de la carapace. Cette remarque vaut généralement pour
toutes les tortues. Les crânes d’animaux sont les seuls autres articles fréquemment
commercialisés qui présentent des sutures semblables.
Sur ce crâne humain (à gauche) et cette carapace de tortue boîte (à droite), on peut
voir les sutures entre les os. Sur la carapace de la tortue boîte, les sulci qui marquent
l’endroit où les scutelles adhéraient à l’os sont très visibles.
Le plastron des tortues à carapace molle, à clapets et marines se caractérise par des os
dermiques pointus et irréguliers plutôt que carrés ou rectangulaires. Le plastron est
attaché à la dossière par un pont en tissus ligamenteux et non en os.
28
Chapitre 2.1 CARAPACES
Dans la figure 23, veuillez noter que les os de tortues à carapace molle (famille
Trionychidae) ne forment pas de plastron solide, de forme ovale, comme c’est le cas
pour la plupart des tortues à carapace dure. L’espace qui se trouve au centre du plastron
de la tortue, est couvert de cartilage et de peau chez l’animal vivant et forme une plaque
solide.
29
Chapitre 2.1 CARAPACES
Autre exception notable aux tortues à carapace dure, la tortue luth (Dermochelys coriacea)
est la seule espèce de tortue marine qui n’a ni carapace osseuse ni scutelles. Une peau
épaisse, à l’aspect de cuir, couvre la surface dorsale de cette tortue (Figure 24), renforcée
par des milliers de petites plaques osseuses incrustées dans la peau, qui sont surtout
visibles chez les juvéniles (Figure 25).
30
Chapitre 2.1 CARAPACES
Figure 26
31
Chapitre 2.1 CARAPACES
32
Chapitre 2.1 CARAPACES
Figure 28 Guitare fabriquée à partir d’une carapace de tortue verte (Chelonia mydas).
Les carapaces sont aussi peintes et décorées pour être vendues sous forme d’objets
d’art ou de souvenirs (Figures 29 - 32). Dans ce cas, il peut être particulièrement
complexe d’identifier l’espèce car certaines caractéristiques diagnostiques sont
dissimulées, par exemple les couleurs et les motifs d’origine et c’est la forme de la
carapace qui devient la caractéristique importante à examiner de près.
Figure 31 Masques fabriqués à partir de carapaces de tortues d’eau douce (peut être
Elseya novaeguineae), peintes et ornées de porcelaines, en Papouasie Nouvelle-
Guinée.
34
Chapitre 2.1 CARAPACES
35
Chapitre 2.1 CARAPACES
Une ressource utile permettant d’identifier les bijoux en véritable écaille de tortue
marine et d’autres souvenirs est à consulter sur le site web [Link].
36
Chapitre 2.1 CARAPACES
Beaucoup de maisons de vente aux enchères proposent des articles anciens fabriqués
avec des scutelles de tortues marines, mais décrits sous l’appellation « écaille de
tortue ». Les exemples comprennent de petites boîtes décoratives et des cadres de
miroir datant, pour la plupart, des années 1700 jusqu’au milieu des années 1900.
Fréquemment, ces articles comprennent aussi des parties d’autres espèces sauvages
protégées, comme l’ivoire d’éléphant.
37
Chapitre 2.1 CARAPACES
38
Chapitre 2.1 CARAPACES
39
Chapitre 2.1 CARAPACES
Il importe de noter qu’en médecine traditionnelle asiatique, les termes anglais « tortoise »
(tortue terrestre) et « turtle » (tortue d’eau douce et tortue marine) sont souvent utilisés
de manière interchangeable. Pour cette raison, il est plausible que dans le commerce,
certaines déclarations mentionnant du matériel de la famille de tortues terrestres
Testudinidae puissent concerner des espèces d’une famille différente, si le terme «
tortoise » (tortue terrestre) enregistré est uniquement repris de l’étiquette d’emballage
ou des documents commerciaux d’accompagnement. C’est un point essentiel à retenir
parce que toutes les espèces de la famille Testudinidae sont inscrites aux Annexes de la
CITES (soit à l’Annexe I, soit à l’Annexe II) tandis que différentes espèces d’autres familles
ne le sont pas, et ce détail peut avoir une incidence sur les réglementations commerciales
qu’un agent chargé de l’application des lois sur les espèces sauvages est censé appliquer.
40
Chapitre 2.1 CARAPACES
ingrédients médicinaux asiatiques, aussi bien légalement qu’illégalement, par rapport aux
noms imprimés sur les étiquettes d’emballage et les factures d’accompagnement. La liste
qui suit contient plusieurs espèces et groupes de tortues les plus fréquemment utilisés
sous forme d’ingrédients dans la médecine traditionnelle asiatique, selon les déclarations
de commerce d’espèces sauvages, les documents commerciaux et les inspections réalisées
par les fonctionnaires chargés de l’application des lois.
41
Chapitre 2.1 CARAPACES
42
Chapitre 2.1 CARAPACES
Repérez les sulci sur les fragments d’os. Ce sont les indentations qui marquent l’endroit où
les scutelles adhéraient à l’os. En cas d’inspection de fragments d’os en vrac, ressemblant
à des plaques, cherchez aussi les bordures dentelées là où deux plaques osseuses étaient
précédemment suturées. Si ces caractéristiques sont présentes, il y a de fortes chances
pour qu’il s’agisse de la carapace d’une tortue. Cette remarque s’applique généralement à
toutes les tortues. Les seuls autres articles provenant de la faune sauvage, fréquemment
commercialisés et qui présentent des sutures semblables, sont les crânes d’animaux.
La tortue-boîte à trois bandes (Cuora trifasciata) (Figure 42), et peut être d’autres
espèces semblables (Figures 43 et 44), porte souvent, en Chine, le nom commercial de
« Golden Coin Turtle » (tortue pièce d’or). Elle est généralement vendue comme produit
transformé, bouilli, en poudre ou sous forme de gelée médicinale appelée « guilinggao »
(龟苓膏), mais pourrait aussi être présente dans le commerce médicinal sous forme de
plastron entier ou concassé (voir Chapitre 2.7 pour d’autres informations).
43
Chapitre 2.1 CARAPACES
44
Chapitre 2.1 CARAPACES
45
Chapitre 2.1 CARAPACES
C. mccordi est une espèce de Cuora dont le plastron est très semblable à celui de
C. trifasciata, tant par la couleur que par le motif. La principale différence est que
C. mccordi ne présente pas cette encoche prononcée entre les scutelles anales. Notez
que s’il n’y a plus de scutelles sur la carapace commercialisée, il se peut qu’il n’y ait plus
trace de couleur et de motif.
Toutes les espèces du genre Cuora ont une articulation, une charnière horizontale
distinctive, précédant le milieu du plastron. Cette charnière n’est pas mobile dans un
plastron séché mais on peut la reconnaître en tant que joint non suturé. Cette charnière
est absente des plastrons d’autres tortues asiatiques faisant l’objet d’un commerce
important, comme Mauremys spp.
46
Chapitre 2.1 CARAPACES
47
Chapitre 2.1 CARAPACES
Figure 47 Trionyx de Chine (Pelodiscus sinensis) : dossière intacte d’un juvénile avec
de la peau encore attachée. Surface dorsale (à gauche) et surface ventrale (à droite).
48
Chapitre 2.1 CARAPACES
49
Chapitre 2.1 CARAPACES
La surface dorsale des os de la dossière des tortues à carapace molle a une texture
particulière rappelant des alvéoles, des dépressions ou des sillons, ce qui les rend
faciles à distinguer d’autres familles de tortues. Aucun autre groupe de tortues n’a la
même texture à la surface dorsale des os de la dossière.
Elles peuvent aussi être distinguées car les espèces à carapace molle Trionychinae
(comprenant Apalone, Pelochelys et Pelodiscus) ont des crêtes fines reliées entre
elles qui isolent les dépressions ou les sillons ; ou à carapace molle Cyclanorbinae
(comprenant Cyclanorbis, Cycloderma et Lissemys) qui ont, à la place, des bosses
arrondies appelées convexités.
50
Chapitre 2.1 CARAPACES
Pour d’autres informations sur l’utilisation des carapaces et des os de tortues comme
qu’ingrédients médicinaux dans des pilules, des poudres, des pansements ou sous
forme de gelée, et pour une clé des caractères chinois et des exemples d’illustrations
d’étiquettes d’emballage, veuillez consulter le Chapitre 2.7.
51
CHAPITRE 2.2 :
LES OS DE TORTUES
52
Chapitre 2.2 OS
Les crânes
Selon les registres de la base de données sur le commerce CITES, on trouve des
crânes de plusieurs espèces de tortues, aussi bien sur le marché légal que sur le
marché illégal d’espèces de faune sauvage. Les crânes qui font l’objet d’un commerce
illégal sont essentiellement ceux de tortues marines (Figures 53 et 54), mais aussi
du Trionyx cartilagineux (Amyda cartilaginea), de la tortue alligator (Macrochelys
53
Chapitre 2.2 OS
54
CHAPITRE 2.3 :
LE CARTILAGE DE TORTUE
(ou CALIPÉE)
La calipée est une portion de cartilage (un tissu conjonctif flexible) que l’on trouve
à l’intérieur de la partie ventrale de la carapace (c’est à dire le plastron) des tortues
de mer et des tortues à carapace molle. Elle forme aussi la marge postérieure de la
dossière des tortues à carapace molle. Souvent séchée avant d’être vendue, elle devient
coriace, prenant l’aspect du cuir. Autrefois, le mot calipée désignait principalement les
parties de cartilage des tortues vertes ou des tortues imbriquées mais ce commerce
englobe aujourd’hui la carapace cartilagineuse flexible des tortues à carapace molle de
la famille Trionychidae, par exemple, Apalone spp., Nilssonia spp. et Lissemys spp.
55
Chapitre 2.3 CARTILAGE (CALIPÉE)
La couleur de la calipée varie du beige clair au brun foncé et la texture est rigide et
fibreuse, semblable à la peau séchée d’un animal, mais plus dure. C’est la raison pour
laquelle la calipée de tortue est parfois vendue comme de la corne de buffle pour
échapper aux services de détection (Horne et al. 2011).
Pour récupérer le cartilage, il faut enlever le plastron d’une tortue marine ou d’une
tortue à carapace molle puis désosser le plastron (Figure 58). De même, le cartilage de
la marge postérieure est coupé et extrait de la dossière des tortues à carapace molle
(Figure 59). Ces deux zones de cartilage portent souvent le nom de « calipée » dans le
commerce, quelle que soit la partie du corps d’où elles proviennent.
56
Chapitre 2.3 CARTILAGE (CALIPÉE)
57
CHAPITRE 2.4 :
LA VIANDE DE TORTUE
Il est plus facile d’identifier la viande de tortues terrestres et de tortues d’eau douce
quand on dispose des membres entiers ou de la peau avec les écailles. Si ce n’est pas
le cas, il vaut mieux recourir à un laboratoire pour l’analyse génétique d’échantillons.
Les étiquettes illustrant ou décrivant les ingrédients sont parfois les seules sources
d’information disponibles pour une première identification de la viande provenant d’une
tortue terrestre ou d’une tortue d’eau douce.
Parmi les exemples de tortues terrestres et de tortues d’eau douce dont la viande est
fréquemment commercialisée, il y a les tortues terrestres sud américaines Chelonoidis
carbonarius et C. denticulatus, les tortues alligators (Chelydridae), les tortues à carapace
molle et les tortues à clapets (Trionychidae). La viande est vendue fraîche ou surgelée
et il s’agit soit d’animaux entiers, soit de membres découpés ou de morceaux de viande
entièrement transformée, dépecée et désossée. La soupe de tortue commerciale,
contenant des morceaux de viande, est aussi mise en boîte et commercialisée au plan
international.
58
Chapitre 2.4 VIANDE
La viande et les œufs dont le développement n’est pas terminé sont parfois vendus
ensemble, comme on peut le voir dans la figure 61, où les carapaces de tortues sont
découpées de manière à révéler la présence d’œufs sans coquille, dans la cavité
corporelle.
Sur la figure 62, notez la différence entre la disposition des écailles sur les membres du
caïman, à gauche, et sur les membres de la tortue charbonnière (Chelonoidis carbonarius),
à droite. Chez les tortues terrestres, les écailles se touchent mais sont arrondies, dans
un arrangement en nid d’abeille qui se distingue du motif quadrillé des crocodiliens. La
raison pour laquelle les écailles de tortues semblent séparées dans la figure 62 est qu’il y
a une tache jaune centrale sur chacune des grandes écailles qui, par ailleurs, sont noires.
59
Chapitre 2.4 VIANDE
Les Trionyx à clapets, tels que Lissemys punctata, sont souvent vendus en Inde et au
Bangladesh sous forme de tortues entières ou découpées pour la viande, fraîche et
surgelée, comme on le voit dans la Figure 63.
60
Chapitre 2.4 VIANDE
61
Chapitre 2.4 VIANDE
La viande emballée pour le commerce est souvent vendue avec des étiquettes
descriptives, comme on le voit dans la figure 65. Il est important d’examiner ces
étiquettes qui, s’il n’y a pas d’écailles ou de griffes, peuvent être la seule indication
qu’une portion de viande provient d’une tortue.
62
Chapitre 2.4 VIANDE
Aux États Unis, la chélydre serpentine (Chelydra serpentina) est la principale espèce
utilisée actuellement pour la soupe de tortue. Autrefois, on utilisait la tortue alligator
(Macrochelys temminckii) ainsi que les tortues marines (Figure 66). La soupe y est
également appelée « snapper turtle soup » ou simplement « snapper soup » (Figures 67
et 68), à ne pas confondre avec la « red snapper soup » préparée avec un poisson marin,
le vivaneau rouge (red snapper).
63
Chapitre 2.4 VIANDE
Il importe de noter que le guilinggao est une gelée médicinale qui contient
traditionnellement de la carapace de tortue comme ingrédient même si les versions
contemporaines, produites en masse, ne contiennent pas nécessairement de la carapace
de tortue.
64
CHAPITRE 2.5 :
LES ŒUFS DE TORTUE
Les œufs de tortues sont ronds ou ovales, avec une coquille coriace, flexible ou dure.
Souvent, il est impossible de distinguer les différentes espèces uniquement d’après
l’apparence des œufs. En fait, des individus de certaines espèces de tortues comme la
podocnémide de Cayenne (Podocnemis unifilis) pondent des œufs de formes différentes
selon la taille et la maturité de l’animal. Les femelles plus jeunes et plus petites tendent
à pondre des œufs ovales tandis que les plus grandes femelles sont plus susceptibles de
pondre des œufs ronds.
65
Chapitre 2.5 ŒUFS
Beaucoup d’autres reptiles pondent aussi des œufs coriaces ou durs, ronds ou ovales.
Il peut donc être difficile de distinguer les œufs de tortues de ceux d’autres reptiles,
comme on le voit sur la figure 71.
Figure 71
Le commerce des œufs de tortues marines pour l’alimentation et la médecine (Figure 72)
est une activité relativement bien connue par comparaison avec celui d’autres tortues, non
seulement parce qu’il y a une forte demande mondiale d’œufs de tortues marines mais
aussi parce que les familles Cheloniidae et Dermochelyidae sont inscrites à l’Annexe I de la
CITES depuis 1981 et 1977, respectivement, ce qui interdit les transactions commerciales
internationales des œufs. Malgré les interdictions, le commerce international illégal
d’œufs de tortues marines se poursuit tandis qu’au niveau national le prélèvement,
la vente et la consommation restent, dans une certaine mesure, légaux et strictement
réglementés dans certains pays tels que la Malaisie et le Costa Rica (Jani et al. 2020).
66
Chapitre 2.5 ŒUFS
Les chiffres qui suivent portent sur certaines caractéristiques générales des œufs de
tortues, notamment la forme, la texture et la taille, y compris de certains œufs que l’on
trouve dans le commerce.
67
Chapitre 2.5 ŒUFS
Figure 73
Tortue olivâtre
(Leptochelys olivacea)
Ronds, coriaces
32,1 - 44,7 mm
(Ernst & Lovich 2009)
Figure 74
Tortue luth
(Dermochelys coriacea)
Ronds, coriaces
45.4 - 65 mm
(Hirth 1993)
Figure 75
Dermatémyde de Mawe
(Dermatemys mawii)
Ovales, friables
61,6 mm de large
x 35,8 mm de long
(Jennings et al. 2020)
Figure 76
Podocnémide élargie
(Podocnemis expansa)
Ronds, coriaces
env. 50 mm / 40 g
(Rivas 2015)
68
Chapitre 2.5 ŒUFS
Figure 77
Podocnémide de Cayenne
(Podocnemis unifilis)
47 mm de long x 32 mm de
large
(Escalona et al. 2018)
Figure 78
Chélydre serpentine
(Chelydra serpentina)
Ronds
22.8 - 33.0 mm
(Ernst & Lovich 2009)
Figure 79
Tortue charbonnière
(Chelonoidis carbonarius)
Légèrement ovales, friables
48 mm x 43 mm / 40-50 g
(Highfield 2020)
Figure 80
Ovales, coriaces
env. 25 mm de long
(Park 2000)
69
CHAPITRE 2.6 :
LE CUIR DE TORTUE
70
Chapitre 2.6 CUIR
généralement interdites, mais compte tenu de leur grande taille et du motif unique de
leurs écailles, elles sont extrêmement recherchées pour la fabrication de produits en cuir
tels que les bottes et les sacs. Une production locale et nationale légale se poursuit dans
quelques pays, mais l’acquisition de ces articles en cuir en tant que souvenirs de voyage
et le transport international nécessaire pour les ramener chez soi sont souvent illégaux.
En outre, on peut constater dans les registres du commerce qu’il existe un commerce
international légal de cuir de tortue provenant d’espèces inscrites à l’Annexe III de la
CITES, notamment les tortues géographiques (Graptemys spp.) d’Amérique du Nord. Le
cuir de la chélydre serpentine (Chelydra serpentina), également inscrite à l’Annexe III de la
CITES, est proposé à la vente en ligne aux États Unis. Il n’a pas encore été observé dans le
commerce international mais on peut s’attendre à ce qu’il le soit à l’avenir.
Figure 83 Diversité des motifs des écailles de différentes sortes de cuir de reptile.
71
Chapitre 2.6 CUIR
Il est possible de confondre le cuir des tortues avec celui d’autres reptiles, en particulier
lorsqu’il s’agit du cuir ventral des caïmans, des alligators et des crocodiles. Les deux
groupes de reptiles ont des écailles, généralement circulaires ou carrées en apparence
mais qui peuvent être extrêmement variables et irrégulières selon la partie du corps
d’où vient la peau (Figures 84 et 85). En général, le cuir de crocodile a des écailles
plutôt carrées, au motif linéaire et en forme de grille, tandis que les écailles du cuir de
tortue évoquent un pavage en « opus incertum » (de taille et de forme irrégulières).
Les peaux de crocodiliens comportent des zones d’écailles irrégulières mais qui sont
généralement jointes à des motifs typiques en forme de grille (Figure 85). Le cuir de
lézard et de serpent présente généralement le motif linéaire très régulier des écailles
elles-mêmes (si ce n’est la pigmentation, qui peut dessiner des motifs très différents,
comme on le voit sur la photo du cuir de python, à la figure 83).
72
Chapitre 2.6 CUIR
Il convient de noter que les cuirs sont souvent teints de sorte que la couleur de la peau
et des écailles n’est pas toujours une caractéristique distinctive fiable pouvant aider à
identifier l’espèce.
L’embossage permet de donner au cuir des mammifères, tels que les bovidés,
l’apparence et la texture du véritable cuir de reptile, le faisant apparaître pratiquement
identique en surface. Dans le cas du cuir d’un mammifère, il arrive que des follicules
pileux restent visibles sous forme de petites alvéoles à la surface et que l’on puisse
les observer à la loupe pour confirmer qu’il ne s’agit pas de cuir de tortue ou d’autres
reptiles. Cependant, l’absence de follicules pileux peut être trompeuse car il est possible
que la teinture, le tannage et l’embossage couvrent et cachent ces petites alvéoles. Un
des moyens les plus sûrs de distinguer le cuir de reptile du cuir de bovin consiste à
examiner de près, à la loupe ou au microscope, la section transversale d’un échantillon.
Si nécessaire, l’analyse de l’ADN permettra d’identifier plus sûrement l’espèce utilisée
pour fabriquer le cuir.
73
Chapitre 2.6 CUIR
74
Chapitre 2.6 CUIR
Produits en cuir
Le cuir des tortues marines, des chélydres et peut être d’autres espèces, est transformé en
produits tels que des bottes, des sacs, des ceintures, des bracelets-montres et des portefeuilles,
entre autres.
75
CHAPITRE 2.7 :
LES MÉDICAMENTS
La carapace, les os et le cartilage des tortues terrestres et des tortues d’eau douce
sont communément commercialisés comme ingrédients des médicaments utilisés en
médecine traditionnelle dans le monde entier et en particulier, en médecine traditionnelle
asiatique. Ces spécimens sont vendus aussi bien comme ingrédients bruts que comme
produits finis prêts pour la consommation. Lorsqu’il s’agit de produits bruts, on reconnaît
parfois des morceaux entiers ou partiellement intacts de la dossière ou du plastron
(voir Chapitre 2.1), mais l’identification des médicaments transformés, contenant des
spécimens concassés ou en poudre, est plus difficile. Beaucoup de produits médicinaux
contenant des parties ou produits de tortues contiennent aussi d’autres ingrédients
provenant d’espèces sauvages, dont le commerce international et national peut exiger
un permis, ou dont les transactions commerciales peuvent être totalement interdites
: par exemple, les os de tigres, la bile de certaines espèces d’ours et les écailles de
pangolins, ainsi que des plantes réglementées comme Saussurea, Hoodia et le ginseng.
En conséquence, une inspection rigoureuse de ces produits peut être nécessaire pour
détecter la présence d’autres espèces réglementées, en plus des tortues terrestres ou des
tortues d’eau douce.
76
Chapitre 2.7 MÉDICAMENTS
77
Chapitre 2.7 MÉDICAMENTS
Il importe de noter qu’en médecine traditionnelle asiatique, les mots anglais « tortoise »
et « turtle » sont souvent interchangeables. Pour cette raison, il est possible que
certaines déclarations de commerce enregistrées comme contenant du matériel issu
de la famille Testudinidae (tortues terrestres) concernent en réalité des espèces d’une
famille différente, si le mot « tortoise » est repris d’une étiquette d’emballage ou des
documents commerciaux associés. C’est un point important à retenir parce que toutes
les espèces de la famille Testudinidae sont inscrites aux Annexes de la CITES tandis
qu’une diversité de tortues d’autres familles ne le sont pas, et ce détail peut avoir une
incidence sur les réglementations commerciales qu’un agent chargé de l’application des
lois sur les espèces sauvages est censé appliquer.
Figure 90 Pilules contenant la « tortue pièce d’or » (Cuora spp.). À noter que les
mots anglais « tortoise » et « turtle » sont utilisés de manière interchangeable sur les
étiquettes.
78
Chapitre 2.7 MÉDICAMENTS
Les espèces communément utilisées dans les produits médicinaux asiatiques sont
décrites dans les tableaux qui suivent :
Partie la plus
commercialisée : Plastron
Partie
commercialisée :
79
Chapitre 2.7 MÉDICAMENTS
Nom chinois : 鱉甲
Nom pinyin : Bie Jia
Otros nombres Bie Jia Chao (morceaux de carapace grillés ou frits), Carapax
comerciales Amidae; Carapax trionychis, turtle shell, tortoise shell.
comunes:
Animal vivant :
Partie
commercialisée :
80
Chapitre 2.7 MÉDICAMENTS
Otros nombres Plastron Testudines, testudinis shell, tortoise plastron, Bie Jia
comerciales Jiao (Colle de dossière de tortue), Gui Jia (dossière et plastron
comunes: mélangés).
Animal vivant :
Partie
commercialisée :
81
Chapitre 2.7 MÉDICAMENTS
82
Chapitre 2.7 MÉDICAMENTS
83
Chapitre 2.7 MÉDICAMENTS
84
CHAPITRE 2.8 :
LES SPÉCIMENS
SCIENTIFIQUES ET DE MUSÉE
85
CHAPITRE 3 :
AUTRES RESSOURCES
D’IDENTIFICATION
Si l’on veut surveiller et réglementer efficacement le commerce des tortues terrestres
et des tortues d’eau douce, l’identification exacte des espèces est fondamentale. Cette
information est indispensable pour les autorités chargées de l’application des lois
afin qu’elles puissent déterminer si le commerce est légal ou non et appliquer les
règlements qui s’imposent. Souvent, les parties et les produits de tortues terrestres
et de tortues d’eau douce n’ont pas les caractéristiques qui servent habituellement à
identifier les espèces d’après leur aspect physique. Mais, selon la taille, la quantité et
l’état des spécimens, il existe des guides d’identification, des spécialistes des tortues
et des laboratoires de criminalistique que l’on peut consulter pour confirmer ou
déterminer la présence de spécimens de tortues terrestres ou de tortues d’eau douce
et identifier les espèces. Les sections qui suivent offrent un appui complémentaire,
permettant de réagir à la présence suspectée d’ingrédients commercialisés provenant
de tortues terrestres ou de tortues d’eau douce.
86
CHAPITRE 3.1 :
CONSULTATION DE
SPÉCIALISTES
Sur photographie ou d’après la description des envois en question, des spécialistes
peuvent apporter une assistance en matière d’identification d’ingrédients provenant de
tortues terrestres et de tortues d’eau douce. Pour prendre des photographies, veuillez
vous référer au document Guidance To Photographing Live Tortoises and Freshwater
Turtles for Identification. Les spécialistes des tortues sont généralement basés dans
des universités, des parcs zoologiques, des centres de sauvetage ou autres institutions.
Beaucoup d’entre eux sont membres du Groupe de spécialistes des tortues terrestres
et des tortues d’eau douce de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’Union
internationale pour la conservation de la nature (UICN CSE), et l’on peut solliciter leur
aide via le formulaire de contact (contact form) qui se trouve sur leur site web.
Il existe aussi un réseau d’identification et de réponse rapide sur les tortues terrestres
et tortues d’eau douce, placé sous les auspices du Groupe de spécialistes des tortues
terrestres et des tortues d’eau douce de l’UICN CSE. Ce réseau a pour but d’aider, à très
bref délai, les autorités chargées de l’application des lois relatives aux espèces sauvages
à identifier les spécimens saisis ou confisqués de tortues terrestres ou de tortues
d’eau douce, sur photographies des spécimens saisis ou confisqués. Les services des
spécialistes du réseau d’identification et de réponse rapide sont fournis gratuitement,
à titre confidentiel, et réservés aux seules autorités chargées de l’application des lois
relatives aux espèces sauvages. Des informations détaillées sur le réseau et les moyens
d’accéder à ses services sont mises à disposition dans la bibliothèque numérique du
groupe fermé d’utilisateurs de l’équipe spéciale CITES sur les tortues terrestres et les
tortues d’eau douce, établi sur la plateforme CENComm de l’Organisation mondiale des
douanes (OMD). Pour d’autres informations, consultez la notification aux Parties no
2018/085 de la CITES du 2 novembre 2018.
87
CHAPITRE 3.2 :
ANALYSE DE LABORATOIRE
Dans certains cas, une assistance criminalistique – une analyse de l’ADN, par exemple
– peut être requise pour déterminer la présence d’ingrédients provenant de tortues
terrestres ou de tortues d’eau douce et les espèces concernées.
Ce chapitre contient une liste de laboratoires ayant des capacités d’analyse scientifique
des espèces sauvages et pouvant accepter des échantillons de tortues, au cas par cas.
Tous ces laboratoires sont également présents dans le « Répertoire des laboratoires
réalisant des analyses criminalistiques d’espèces sauvages » disponible sur la page web
de la CITES sur la criminalistique des espèces sauvages, où d’autres outils et ressources
utiles se trouvent également. Ce répertoire est mis à jour occasionnellement, avec
l’ajout de laboratoires, et doit être consulté de temps à autre pour vérifier la présence
de nouvelles informations.
La liste des laboratoires qui suit n’est pas exhaustive et il peut en exister d’autres dans vos
régions respectives. Cette liste a été actualisée en février 2021.
Australie, Océanie
Greta Frankham
[Link]@[Link]
[Link]
Suisse, Europe
Nadja Morf
[Link]@[Link]
[Link]
88
LABORATOIRE
Pays-Bas, Europe
Irene Kuiper
[Link]@[Link]
General contact
NHBS@[Link]
[Link]
Royaume-Uni, Europe
Lucy Webster
wildlifeforensics@[Link]
[Link]
Ed Espinoza
ed_espinoza@[Link]
[Link]
89
CHAPITRE 3.3 :
AUTRES RESSOURCES
PUBLIÉES
Il existe de nombreux guides d’identification des tortues terrestres et des tortues d’eau
douce au niveau des espèces, lorsque l’on examine des spécimens vivants ou, avant tout,
entiers. Une liste de ces ressources se trouve dans le document CITES CoP17 Doc. 73
Annexe 4 et beaucoup de ces publications ont également servi à préparer le présent
guide. Ci dessous se trouve une liste d’autres publications pouvant aider à identifier des
parties et des produits de tortues terrestres et de tortues d’eau douce.
Yudha, D., Aritona, F. and R. Eprilurahman. 2020. Characteristics of Shell Bone as an Identification Tool
for Turtle Species (Reptiles: Testudines) in Java, Borneo, and Sumatra. Journal of Tropical Biodiversity
and Biotechnology, 5(1), 35-43. doi: [Link]
UNEP-WCMC (Comps.) 2020. Checklist of CITES species – CITES Identification Manual. CITES
Secretariat, Geneva, Switzerland, and UNEP WCMC, Cambridge, United Kingdom.
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Information and identification guide. A collaboration of the Federal Food Safety and Veterinary
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Pendry, S., C. Allen, J. Wu and G. Cameron. 2004. Traditional Asian medicine identification guide for
law enforcers: version II). Her Majesty’s Customs and Excise, London and TRAFFIC International,
Cambridge, UK. A guide to assist enforcers to determine which medicines and ingredients are legal or
illegal. 322pp. [Link]
[Link]
90
CRÉDITS ET RÉFÉRENCES
Crédits photo
Tous les crédits photo, par page, ordonnés de gauche à droite et de haut en bas.
91
CRÉDITS ET RÉFÉRENCES
92
CRÉDITS ET RÉFÉRENCES
37 Eyeglasses © TRAFFIC
Tortoiseshell box © TRAFFIC
93
CRÉDITS ET RÉFÉRENCES
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CRÉDITS ET RÉFÉRENCES
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CRÉDITS ET RÉFÉRENCES
74 Cross-section sea turtle leather © USFWS / National Fish and Wildlife Forensic Laboratory
Cross-section cow leather © USFWS / National Fish and Wildlife Forensic Laboratory
75 Sea Turtle leather boot © USFWS / National Fish and Wildlife Forensic Laboratory
Snapping turtle leather boot © Scott Schoeniger /[Link]/
Snapping turtle leather wallet © Scott Schoeniger /[Link]/
96
CRÉDITS ET RÉFÉRENCES
Littérature référencée
Ernst, C.H. and J.E. Lovich. 2009. Turtles of the United States and Canada. 2nd edition. Johns Hopkins
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Designed at United Nations, Geneva – 2309909 (F) – July 2023 – 1 – UNEP/MISC/2023/3