UN SI ECLE DE VI E
MUSICALE A T U N I S (لا
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62 b u l le t in E C O N O M IQ U E ET S O C I A L ءه L A TUNISIE
ont la flûte et les deux petites harpes, enrubannées aux couleurs
de circonstances, nationales ou religieuses, faisait entendre « em-
ellis, en dehors de 1 orchestration officielle, les hymnes nationaux ».
°,ur ؛rouv®f ,„> ؟t5ace ٩٧٠ ؟véritable organisation musicale, il faut
؟ ل ةأء هcréation de la * Philarmonique de
، » groupement international dont tous les sociétaires, presque
!؛Uf_ amateurs avec ؟ue؟؛ues chefs de pupitres professionnels, sont
instrumentistes ou chanteurs. On y retrouve les noms de M M . Hulin,
'مو دLhoinme, Giacomo Cardoso, Samuele Nunez, Moïse Cattan pè-
أ6 ' ، ; '■ ؛Guctrino, Moïse Samama, Hue, Modigliani, Garcin, les frères
اet M. Darmon. L orchestre, compose de soixante exécutants- non
les f uPPléants- était dirigé par le prof. Sebastiani avec
0ث ?!ت ؟. f°Jus^ ir®cteur et violon solo Repetto. M. Jules Forti, le futur
® ه أ?دanctue de Tunisie, avait été chargé d'acquérir ةMar-
_ ؟ ؛e _tOUS les instruments• les pupitres pliants et même les méthodes
^ e s s a ؛re^ ؟جes amateurs pour être en mesure de jouer leurs parties
ns ٧٨ delcri assez bref. La photo de couverture reproduit entre
،-؛utres instruments de l'époque, une flûte, un basson, un comet ة
piston, un alto, un violonceiïe et un pupitre de ^؛che.
Le groupement se réunissait 29 rue Al-Djazira, dans line salle
assez vaste avec galeries, transform e aujourd'hui en garage de voi-
tures, après avoir servi tour ةtour ةla ٠Maison universelIe-Bazar
tunisien », ةune salle de fêtes pour réceptions et mariages, puis à la
Bourse du Travail. L'installation n'était guère luxueuse. Pour les galas
et les bals, chaque associé faisait apporter de chez lui de ؛ten tées
et des sièges, ce qui constituait, de bric et de broc, une décoration
passablement disparate, n régnait, entre les membres du groupe, une
simplicité et une cordialité aui n'excluaient ni la plus délicate urbani-
té, ni, aux grands jours, des assauts d'élégance. L'esprit n'était jamais
banni. Mme F...< (aue le romancier Albert Erlande appelait » Madame
Preciosa » dans la première édition de son * Paradis des ^ierges sa-
ges », parue dans * la Renaissance latine »), avait réussi la ^ g e u r e
de fair^ danser la valse sur la musique du * Miserere » du ٠ Trouvé-
re », ةun p ers^ n a g e officiel, chamaré de décorations, et en réponse
aux compliments qu'elle lui adressait sur « son sens parfait du ryth-
me » elle s'était entendu répondre : ٠Mais Madame, j'ai pris des le-
çons de danse ةParis ».
Les répétitions d'orchestre étaient fréquentes pour la mise au point
des exécutions. Pour s'y rendre après diner, il ،allait sortir de Bab
El Bhar (aujourd'hui Porte de France) et pour cela organiser toute une
expédition, avec manteaux, sabots dits ٠ trampoli », lanternes, accom-
pagnement de gardiens marocains munis de gourdins et de chiens
capables de résister ةune attaque nocturne. Ces chiens, parqués
dans un réduit et mieux doués du sens de l'heure que ne l'auraient
été des policiers, faisaient comprendre qu'il était minuit par leurs
aboiements assourdissants qui obligeaient à reporter ةun autre soir
la suite de la séance d'étude.
Vu les difficultés de faire venir d'Europe, en location, les parties
d'orchestre, beaucoup d'en؛re elles étaient copiées ةla main. Le
pertoire, encore assez varié, comprenait des ouvertures, des sympho-
VN ء ه ءءءءعء VIE M USIC ALE A T UNIS
63
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sl ؟n, ؟ul doit toujours caractériser un vrai chef, le aénéral alerta ses
COJle ؟.ues et tous se repèrent brusquement. Le concert en resta là
■Les musicologues se complaisent à rappeler aue certains airs d'opé
fas ont deciencne aes mouvements de foule, tels r . amour sacré de
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64 BULLETIN E CONOM IQUE ET S O C I A L DE L A TUNISIE
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selm e de P uisaye).
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Verso 4 U m êm e p ro s ra n im ؟
66 BULLETIN E CONOM IQUE آء S O C IA L ءه L A TUNISIE
Dans هلbourgeoisie européenne, la musique est considérée comme
partie intégrante de l'éducation familiale. On tait apprendre ولviolon
ةbeaucoup de jeunes gens, le piano ةpresque toutes les jeunes
tilles, et, aux moins doués d'oreille, des deux sexes, la mandoline
accessoire obligé de toutes les « bonnes maisons ». Les études n'é-
taient pas, le plus souvent, poussées au delà du stade زهl'élève se
montrait capable de jouer des ٠ airs ةdanser ». Plus rares étaient
ceux qui dépassaient les méthodes de Danclan, Le Carpentier, Pie-
tra, Pertosa ou Cristofari et qui, continuant ةtravailler, étaient ré-
compensés par la joie de participer ةdes séances de musique de
chambre. 11 existait, en effet, de tout petits cénacles, chez l'occuliste
allemand Kunitz, rue Chaker, le violoniste Repetto, A. Modigliani,
Mme N. Bodoy, Mme Richard-Proust et, plus tard, chez le lieutenant
Bernard, au chalet * de l'avenue de Paris », enfin chez Mme Louise
Millet, épouse de l'ancien Résident Général.
Comme elles l'avaient fait pendant des siècles en Europe, les ma؛-
trises ont fait, pour l'éducation musicale, —- celle du peuple — ce
que jamais conservatoire ne pourra faire. Il y eut de ؟ensembles au.
Presbytère de Sainte-Croix, chez les Frère ؟de la rue de la Kasbah tet
ةl'école annexe de la pro-cathédrale, où l'on préparait non seule-
nient des messes orchestrées et chantées, mais aussi des séances ré-
créatives de musique gaie. Dans les écoles primaires, le^nseigne^en،
du solfège et du chant était obliga؛oire. 11 y avait سorphéon coinpo-
وودélèves des Pères Blancs, ،؛es chœurs d'ensembles parmi les
¿lèves وودinstituts St-Joseph ou N.-D. de Sion, chez les Maristes, où
tous les professeurs, le Père Sibus en tète, qui fut notre premier mai-
jre< e n s e i g n a i e n t le violon et dirigeaient le chant. Au Lycée de Tunis,
le * b rav، Monsieur Chabert » avait formé une chorale de belle tenue.
C'est seulement en 1897 que ce même Monsieur Chabert, avec Fré-
meaux et Laffage. ont créé, dans un réduit de la rue Bab-el-Khadra.
' le dépôt du matériel de voirie, la modeste école de mu-
sique qui prendra, trente-cinq ans plus tard, le titre pompeux de * Con-
servatoire de Tunis ».
Les q u e l q u e s marchands de pianos de Tunis : Dubroca, de Gasperi,
Viguier, Merle et Durazzano faisaient de la propagande, pour vendre
des partitions de musique. La vieille Mme Dubroca, — nous étions
alors tout enfant —, nous répétait : < mon petit, économise chaque
jour un sou sur ton goûter Cela te servira ةacheter de la belle musi-
que et te procurera plus tard la joie d'avoir constitué une bibliothe-
que des chefs-d'œuvres de la musique française ! »
٠٠٠
ئpopulation tunisienne faisait fête aux concerts que la musique
du 4• Zouaves donnait sur l'avenue, ’ e، chaque dimcm
che, l'après-midi en hiver, le soir en été. M. Pipelart, son chef, qui
avait un égal souci de 1 exécution corcecte et de la bonne initiatior
du public, composait habilement des programmes où, à l'inévitable
< pas-redoublé » et au réjouissant € morceau de genre », tels Omni-
bus, avec ses évocations comiques, et le célèbre Minuit, où des ins-
trumentistes dissimulés sur les terrasses avoisinantes alternaient ٠٢^٢
le gros de l'ensemble, s alliaient la « grande sélection » sur les opé
U N SIECLE ءه VIE M U S IC A L E A TU NIS 67
ras, ه1 محهإde Mignon ةTannhaüser, et la transcription d'un frag-
ment classique de Rameau ou Beethaven, notamment * La sonate au
clair ؟le lune » pour cor solo. Notons en passant que M. Georges Du-
hamel, rappelle, dans sa * Musique consolatrice », tout ce que son
éducation artistique première dut aux concerts publics de l'infante
rie de ligne.
Combien ont médit des harmonies et orphéons, tels que Berlioz,
Labiche et tant d'autres peintres de la vie provinciale ١ Que de plai-
santeries n'ont été acc^mu^es sur la polka pour petite flûte ou les
variations du piston solo ! Shakespeare, au contraire, trouvant étran-
ge que des boyaux de mouton et de chat pussent exalter notre âme,
préferait ةl'ensemble ةcordes, celui des bois. Il faut, quoi qu'il en
soit, reconnaitre que ces groupements ont rendu, dans les petits cen-
très surtout, et bien avant la radio, les meilleurs services pour la vul-
garisation de la musique. Tunis a vu naître et mourir nombre d® SO-
¿iétés de ce genre, qui se produisaient sur les places publiques et
paradaient aux enterrements. L'une des premières fut * l'Harmonie
française », qui eut certain succès au festival du ءJardin de la Gare »
en 1889, et ةl'inauguration du port de Tunis en 1892. Une dissidence
provoqua la formation de * la Concorde française », c o n c u r r e n t e ,
^aute ؛l'avoir pu arriver ةune entente pour سpartage équitable des
' ' disponibles et des exécutants, les deux groupements som-
brèrent, sans avoir pu se reconstituer par la suite.
Les Italiens connurent également l'émulation entre les deux socié-
tés € la Stella d'Italia » et « la Lira Garibaldina » qui ne disparurent
qu'après s'être réciproquement attraites en justice. ٤٠ première, long-
temps dirigée par le Toscan Raffaele Benvenuti, (dont le fils, pas®؟
par le Conservatoire de Paris, est aujourd'hui un pianiste répu؛e^
avait une équipe qui assurait la partie musicale du programme des
cirques et qui, avec un répertoire limité, joua؛، la même marche fu-
nèbre dans la journée pour accompagner un défunt ةsa dernière de-
meure et le soir pour souligner le numéro du € cheval mort ».
Les Anglo-Maltais eurent aussi deux sociétés, dont la ٠ Duke o؛
Connaught's Own Band » a survécu. Les paroissiens du Sacré-Cœur
ont formé aussi « l'Harmonie Pie X » destinée ةagrémenter les pro
cessions et les séances récréatives des patronages.
Tunis connut aussi une * Estudiantins », ou société de plectre, qui
réunit un grand nombre d'exécutants et donna des concerts assez
€ mondains ». Parmi les solistes amateurs on vit briller u n e jeune ءالل؛
qui devait devenir plus tard l'épouse d'un futur ambassadeur d'Italie■
Il convient de décerner une mention particulière ةla Chorale de
Tunis dirigée successivement par Chabert, Bourget, Laffage, Duchés-
ne, dont faisaient partie Ladislas et Grasset père ؛, Bonici, Régis Petit,
Nurri, et qui, voyageant en groupe sous l'uniforme du léger burnous
de laine ¿lanch¿, recueillit de nombreux lauriers dans la Métropole
et dans d'autres pays d'Europe. Ce groupement a réalisé une verita-
ble gageure en démontrant qu'avec quelque discipline et une applica•
tion suivie, une société d'amateurs p^ut se porter parfaitement ءوةل ة
dé soixante ans.
68 BULLETIN E CONOM IQUE ET S O C IA L DE L A TUNISIE
Pendant toute cette période, les « joueurs de cordes », de moins en
moins nombreux, devaient, en raison de l'insuffisance des cachets
de leur enseignement, se rabattre sur les cafés et les brasseries, où
ils attiraient une clientèle nombreuse et fidèle d'habitués, pour en
tendre leur répertoire très éclectique. Comme ٠ matériel », ils utili
saient les « arrangements » Tavan avec le * piano conducteur » et
les mentions « à défaut de », permettant de suppléer à tous les man
quants et de rendre l'orchestre extensible à volonté. Très jeune, nous
pûmes entendre à * l'Alcazar », emplacement actuel de la « Maison
Modèle », l'orchestre dit des « Dames Russes » qui comprenait deux
Belges, une Niçoise, deux Napolitaines, trois Génoises, une Roumaine
et un violoncelliste hongrois, — à l'ancien Café de Paris, sous les ar
cades, le quatuor à plectre de la famille Pennazzi, — au * Café Gla
cier » de l'avenue de France, le ٠ septuor florentin », et bien d'autres
encore, toujours avec un égal succès; le programme, copieux, com
prenait six morceaux pour la fin de l'après-midi, et une douzaine pour
la soirée : une marche, une ouverture (Rossini, Weber, Boieldieu, mê
me Mozart ou Beethoven), une sérénade (Silvestri, Braga, G. Piemé),
une mélodie célèbre ou un « morceau de genre » (Francis Thomé,
Emest Gilet), des ballets M es Indes galantes» de Rameau, «Sylvia» et
«Coppélia» de Léo Delibes, l'«Excelsior» de Marenco qui faisait fureur
à l'Exposition de 1889). Comme pièces de résistance, il y avait toujours
deux importantes fantaisies (sélection, pot-pourri) sur les opéras, ope-
ras-comiques ou opérettes, du « Grand Mogol » au « Vaisseau Fan
tôme » en passant par * Carmen », * Rigoletto », « L'Africaine », « Hé-
rodiade »< « Sigurd »...
Les auditeurs ne « subissaient » pas cette musique : ils la désiraient
et !'écoutaient avec ravissement.
٠٠٠
La fin du siècle voit réapparaître le véritable concert.
Tout d'abord commence à s'évader des salons fermés cette ٠ musi
que de chambre » où l'homogénéité du timbre remplace la complexité
du tissu orchestral, où le charme de l'intimité s'allie si bien au natu
rel et à la simplicité, et dont M. Duhamel ecrii qu'on devrait ٠ l'écou-
ter à genoux ».
Sans doute des efforts furent encore nécessaires pour faire com
prendre aux amateurs bénévoles que l'on n'adjoint pas à un quatuor
d'archets une guitare ou une mandoline, de même que le maître de
musique de M. Jourdain expliquait 1 impossibilité de réunir aux vio
les la * trompette manne », sorte de violoncelle allongé à une seule
corde, que l'on retrouve dans nos musées et oui n'est nullement une
conque de triton capable d effaroucher les ânes, comme le ferait
supposer le rire du parterre ignorant.
Ici, avec 1 aide morale et matérielle de Mme Louise-René Millet,
personne aussi cultivee ٠ ès arts » que le Résident Général d'alors
l'était « es l©،tres », furent créées et prospérèrent, de longues années
durant, les « Auditions Frémaux » (du nom de leur animateur, violon
celle transfuge de 1 Opéra, bohème dans sa vie privée, mais artiste
véritable dans toute 1 acception du terme). Paul Frémaux s'associa
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72 BULLETIN E C O N O M IQ U E ET S O C I A L DE L A TUNISIE
sur l'avenue, à 1 emplacement même où jouait la musique des Zoua
ves d'antan.
Nous voici parvenus à la période actuelle, dont il n'est pas néces
saire de parler longuement.
Des trois périodes diverses, ainsi parcourues, de la vie musicale a /
Tunis, la plus éloignée de nous est assez paradoxalement celle qui
offre les plus utiles enseignements. En pleines échelles de Barbarie,
terres peu propices aux délassements de l'esprit, à une époque où le
goût musical renaissait à peine en Europe, nous avons vu eclore
l'amour du beau, l'ardeur et l'enthousiasme du pionnier, n'ayant d au
tre soutien que l'esprit d'équipe, et se réaliser le quasi-miracle d'exé
cutions correctes, permettant de révéler à Tunis et d'y faire aimer les
chefs-d'œuvres les plus purs de la musique.
Des événements fortuits, qui font choir l'édifice patiemment cons
truit, provoquent le retour d’une période de léthargie. Mais c est un
sommeil apparent : le goût ni la passion de l'art ne sont éteints. Cha
cun va continuer pour son compte, presqu'en secret, de servir le culte
de la musique.
Enfin, dans une troisième période, sous une impulsion presque offi
cielle, reprennent les manifestations publiques. En peu d'annees, des
progrès s'accomplissent à une allure telle que peu avant la guerre
de 14-18, Tunis s'offre des exécutions musicales dignes des grands
concerts d'Europe.
Des gens que l'on qualifie de moralistes ressassent depuis des siè
cles que l'excès du bien-être et du luxe avilit les âmes. Faut-il leur
donner raison pour expliquer quelque désaffection du public local
pour certains sommets de l'art musical ? Parmi les auditeurs, com
bien plutôt que d'imiter ce personnage de la Bible, qui devant les
splendeurs de la nature ٠ ؛ote ses sandales en signe de respect », pré
fèrent se joindre a * ceux qui vont ramasser les mûres ».
Le mot d'ordre du snobisme est de jouer au blasé : il faut à tout prix
du nouveau, et ce nouveau, on s'imagine l'avoir trouvé en allant se
pâmer à l'audition d un virtuose, et en y faisant fonction de * cla-
queur » avec d autant moins de discrétion que l'on aura plus cher
payé sa place.
Il ne nous faut pas remonter bien loin pour rappeler que Joachim
et son quatuor, Eug. Ysaye, Francis Plantié, l'inoubliable Rose Caron
a n n o n ç a i e n t les œuvres dont ils se disaient les modestes interprètes.
Depuis, ce que I on imprime en caractères enormes dans la publicité
des concerts, c est le nom de 1 executant, toujours qualifié de « célè
bre », lequel * daignera » se faire entendre dans des œuvres de Bach
Beethoven et tutti quanti. Et cependant, quelle heureuse influence peut
avoir l'audition des chefs-d'œuvre musicaux sur la vie des sociétés !
Tout comme la religion, 1art établit la communauté des sentiments.
C'est dans ce sens que 1 on a pu dire que le son est * l'agent social
par excellence » : Molière et Richard Wagner l'ont répété sur des tons
différents. La musique qui suit 1 homme au bureau, au mariage, au
UN SIECLE ءه VIE MUSICALE A T U N IS ?و
travail, ةla prière, ةla guerre, au tombeau, es، l'art populaire entre
tous : elle est1mêlée ةla vie des humbles, du savetier, du laboureur.
Cette joie de la musique que le peuple recherche toujours davantage,
il faut la lui rendre de plus en plus familière et facile, et pour cela
il faut ة' ال وcôté des œuvras d'assistance par le travail, il y en ait
aussi * par la bequté ». fam ille Bellaigu¿ rappelle très heureuse-
ment qu¿ le jour où Pasdeloup, excellent musicien autant qu'homme
^e cœur, a dirigé le premier c concert populaire », il a fait plus que
maint économiste ou que tel politicien pour le bonheur paisible des
humbles et des petits.
Sans doute une préparation est-elle nécessaire ةla compréhension
des c h e f s - d 'œ u v r e . Mais cette initiation ne se fera point par des
moyens théoriques» par la lecture imposée de dissertations d'esthéti-
ciens tels Hanslick ou Hugo Riemann sur la * sensibilité subcons-
ciente », ou encore de Louis Laloy sur * la consistance de la beauté
dans l'exclusion de la laideur », — ni par les commentaires dont cer-
tains Saumaises de la musique alourdissent les programmes, mais
bien plutôt par l'audition directe des œuvres, accompagnée de courts
exposés situant ces œuvres, et, ensuite, de comptes rendus critiques,
autant que possible sérieux. L'élaboration même des programmes doit
préoccuper davantage les organisateurs que la perfection :nême de
l'exécution.
Il y a quelques années, dans une polémique sur la désaffection du
public p^isien ةl'égard des concerts, M. René Dumesnil répliquai؛
a M. Juhen Benda : * Il y a dans la musique un élément d'affirmation
p e r s o n n e l l e , un élément plébéie ؟, que les maîtres du XIX، siècle, tous
fils de la Révolution, y ont introduit et dont l'humanité collective, réu-
nie devant tin orchestre, est particulièrement avide. Or, de cet élé
ment, la plupart de nos musiciens contemporains, par leurs attaches
avec un art éminemment aristocratique, la frustrent totalement. ٠
Sur les ٠ Images » de Debussy, M. Jules Combaricer écrivait : € Il y
a là des sonorités nouvelles, des accouplements de timbres, des com-
binaisons de harpe et de cordes, des ingéniosités, des trouvailles
exquises. La couleur et le réalisme y abondent : le sentiment en est
a b s e n t . » Le public des concerts est sentimental. Dans son ٠ Histoire
de la littérature entre les deux guerres », Thibaudet qualifiait la خ»نل
rature iss^e de Mallarmé de *faite uniquement pour les littérateurs»•
H existe de même une musique faite uniquement pour les musiciens.
Or, le public moyen se fait mal ةdes œuvres d'où l expression vivante
des sentiments est systématîquement exclue.
Un autre écueil doit être soigneusement évité, et c'est celui de
l'ennui aux formes multiples : le grand ennui allemand, pédantesque
et prétentieux, le gros ennui italien, meilleur garçon mais plus vul-
gaire, le petit ennui français, m e s q u i n et bourgeois, celui de tant et
tant d'œuvres appelées par euphémisme de la ٠ musique bien faite ».
Le visiteur d'un musée de peinture, sortant d'une galerie de primitifs,
soupire après un Rubens. Après une interminable fugue bien scho-
lastique, الconvient de placer quelque charmante mélodie romanti-
que et un récital de Chopin fait ^ite appeler de tous les vœux des au-
diteurs une belle œuvre classique. L'ennui moderne est pire que l'an
74
BULLETIN ECONOMIQUE ET SOCIAL DE LA TUNISIE
cien. Il y a aussi 1 ennui du fait des exécutants. Les quatuors à cordes,
une des formes les plus elevées de la musique, sont odieux devant trois
cents personnes et sur une estrade : on n'en jouit que dans l'intimité,
dans une chambre, comme son nom l'indique, et leur exécution publi
que, solennelle, les dénature irrémédiablement. Que dire de l'abus
des concertos, dont on fait la pièce de résistance des programmes,
et auxquels tant de grands chefs-d'œuvre semblent ne plus servir
que de cadres !
La musique se doit d'être toujours attrayante par quelque côté et
de ne jamais lasser celui qui l'écoute avec respect d'abord puis avec
amour. Il faut faire en sorte de transformer en apôtre l'auditeur venu
en clerc débutant. Pourquoi ne pas inscrire sur l'affiche d'un concert
public 1 épigraphe que Paul Valéry a placée à l'entrée du Musée d®
Chaillot ? « Il dépend de celui qui passe — Que je sois tombe ou tré
sor — Que je parle ou me taise — Ceci ne tient qu'à toi — Ami, n'en
tre pas sans désir. »
Pour parvenir à ce résultat, il appartient à toute entreprise, muni
cipale ou privée, de s'efforcer de continuer l'éducation du public tu
nisois, en l'initiant progressivement aux différents genres. Feu Don-
chet y a admirablement réussi pour le théâtre à Tunis, dans la der
nière décade du siècle passé. De même, dans le domaine de la mu
sique pure, les efforts soutenus, en dépit des difficultés, des regrettes
maîtres Frémaux, Laffage, Beccaria, les conférences-programmes du
président Vionnois, plus tard les manifestations de M. Babin et de
l'Orchestre symphonique de Tunis, utilisant les éléments locaux ont
été couronnés de succès. Les résultats conjugués de toutes ces en
treprises du passé et des efforts qui sont poursuivis aujourd'hui feront
de Tunis — pour peu que la nécessité de l'éducation du public ne soit
pas perdue de vue — une Capitale où la grande musique ne connaî
tra pas seulement la faveur de quelques chapelles, mais parviendra
à charmer et à émouvoir les foules.
Raoul DARMON.